Un livre pour relancer le débat
9 septembre 2014
Pour son deuxième livre, Gabriel Nadeau-Dubois aborde la gratuité scolaire.

Moins d’un an après la parution de son premier livre, Gabriel Nadeau-Dubois publie un nouvel ouvrage, Libres d’apprendre, en collaboration avec 15 intellectuels québécois et avec la participation du politologue américain Noam Chomsky. L’ex-porte-parole de la CLASSE continue dans la lignée du Printemps étudiant de 2012 en abordant la question de la gratuité scolaire.

Si son premier livre Tenir Tête (voir Le Délit du 22 Octobre 2013) était plutôt un récit du mouvement étudiant contre la hausse des frais de scolarité, Libres d’apprendre se rapproche plus d’un ouvrage théorique sur la faisabilité de la gratuité scolaire au Québec, ses partisans et les obstacles auxquels elle fait face. Il en ressort que la gratuité scolaire, en laquelle Gabriel Nadeau-Dubois et les quinze autres auteurs du livre croient fermement, est selon le livre un projet non seulement très faisable, mais qui par le passé était beaucoup plus accepté par la classe politique québécoise. 

Une telle idée peut surprendre aujourd’hui alors que seul le parti Québec Solidaire, qui ne pèse pas beaucoup dans la balance politique québécoise, prône officiellement la gratuité scolaire. Pourtant, comme il l’affirme dans son livre, «jusqu’au début des années 1970, la gratuité scolaire à tous les niveaux faisait l’objet d’un large consensus au sein de la classe politique québécoise». Le changement progressif d’opinion face à la question du financement des universités s’est opéré non seulement chez les hommes politiques, mais également dans l’ensemble de la société québécoise, influencée entre autres par les médias. Un tel changement d’opinion s’explique, peut-on lire dans le livre, par la montée du néolibéralisme comme système de pensée régissant les économies du monde et reléguant l’idée de la gratuité scolaire au statut de projet irréaliste et infaisable.

Selon Gabriel Nadeau-Dubois, les seuls acteurs sociétaires ayant soutenu la gratuité scolaire du début à nos jours ont été les étudiants qui l’ont «sans cesse mis de l’avant, que ce soit pour forcer le respect de promesses électorales, réagir à leur abandon ou combattre des mesures restreignant l’accessibilité aux études».

Un livre pour ouvrir un débat

Pourquoi publier un tel livre plus de 2 ans après l’annonce de l’indexation des frais de scolarité par le Parti Québécois de Pauline Marois et la fin de la grève étudiante? Selon l’ancien militant du Printemps étudiant: «L’éducation est une valeur importante et, malheureusement, au Québec, on a totalement arrêté d’en parler depuis 2012», déplore-t-il dans une entrevue avec Le Délit.  En effet, après un sommet sur le financement de l’éducation supérieure organisé par le PQ en février 2012, la question était demeurée en sursis. Les principaux acteurs étudiants s’étaient sentis lésés car la possibilité de la gratuité scolaire n’avait pas été abordée et la décision du PQ d’indexer les frais de scolarité avait été adoptée sans consensus. L’objectif du livre est donc entre autres de relancer la discussion sur le type d’universités que veulent les étudiant(e)s et la société québécoise. 

Quant au format d’un tel débat, Gabriel Nadeau-Dubois croit en une consultation de tous les acteurs concernés qui pourrait se faire par exemple sous forme d’États généraux. «L’idée des États généraux circule depuis longtemps au Québec, affirme-t-il, ça ne réglerait évidemment pas tous les problèmes, mais c’est un bon point de départ pour commencer les discussions. Dans un premier temps, l’important, c’est de faire le bilan. »

 
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