Entre conte de fée et soprano
25 février 2014 - Image par théâtre Rialto
L’opéra de Massenet présente Cendrillon à Montréal.

Opera da Camera présente en ce moment au théâtre Rialto de Montréal Cendrillon de Jules Massenet. La compagnie cherche à produire des récitals lyriques rendus accessibles à un large public. Son choix s’est donc naturellement porté sur l’adaptation du conte de fée de Perrault que le compositeur français créa en 1894 et 1895. Le metteur en scène Andrew Cuk et le directeur musical Benjamin Kwong conjuguent ainsi leurs talents pour mettre en scène l’histoire de l’amour et de la pantoufle de verre. La représentation a été précédée par une conférence de Brian McMillan, bibliothécaire de la Faculté de musique de McGill, qui a mis l’opéra en lumière.

L’opéra de Massenet s’inspire du conte de Perrault, mais s’en distingue également. Alors que le conteur se contente de décrire les traits moraux des personnages, Massenet rend ceux-ci vivants en ajoutant à sa production une donnée essentielle: l’humour. Car on rit, et beaucoup, en assistant à cette représentation de Cendrillon.

La dimension comique est essentiellement le fait des rôles de la belle-mère, Madame de la Haltière, et de ses deux filles, Noémie et Dorothée. La première se rend risible en exagérant le trait de caractère qui est le sien, celui de la méchante marâtre. Il faut rendre honneur au jeu de Geneviève Couillard Després, dont les gestes montrent jusqu’à un recul de l’actrice vis-à-vis de son personnage, touchant de près l’auto-dérision. Elle entraîne alors ses filles à tendre vers l’image d’une princesse idéale qui, loin d’être la séductrice rêvée, se rapproche plus de la posture de la pimbêche aguicheuse. Celles-ci, incarnées sur scène par Valérie Bélanger et Meagan Zantingh, renforcent le ridicule contenu dans les paroles de leur mère en les imageant par des mouvements gauches et disgracieux. Tout au long de l’opéra, elles incarnent deux jeunes filles immatures dont les chamailleries jurent avec les desseins sérieux de leur mère, dont le rêve est de voir l’une d’elles épouser le Prince.

À ces moments comiques s’opposent les arias respectives de Cendrillon et de son Prince Charmant. Tous deux chantent au début des litanies exprimant leur tristesse d’être seuls puis, après leur rencontre, expriment leur peine de ne pouvoir se revoir. Il faut reconnaître à Carol Léger qu’elle incarne la candeur du personnage de Cendrillon et qu’elle donne à la représentation tout ce qu’elle a de douceur. Son calme est intrinsèquement lié au désespoir qu’elle éprouve, allant jusqu’à souhaiter la fin de son existence quand elle croit s’être fourvoyée sur les intentions du Prince. Elle donne à l’histoire une dimension tragique de laquelle participe également son Prince Charmant qui, joué par Kathrin Welte, incarne la mélancolie par ses regards tristes.

Entre le comique et le tragique, une touche de vie est donnée par le père, Martin-Michel Boucher, qui cherche sans cesse et en vain à se faire entendre de sa femme, et par la fée, Sarah Halmarson, qui apporte une dimension magique presque shakespearienne. Le tout est complété de la vitalité de la troupe des danseurs de ballet et des comédiens du cégep John Abbott qui participe de la création d’un univers onirique.

Veuillez noter, pour les intéressés, qu’une dernière représentation aura lieu le vendredi 28 février au Théâtre Rialto.

 
Sur le même sujet: