Tout dire… ou pas
21 janvier 2014

On aimerait mieux ne pas en parler, mais c’est vraiment dur de passer à côté. La semaine dernière dans Le Délit, on admettait avec regret que la Charte des valeurs continuerait de faire encore et toujours les manchettes cette année.

Ce qui est ressorti de la première semaine des consultations publiques sur le projet de loi 60 est plutôt consternant. Une commission taillée sur mesure pour Infoman à Radio-Canada, qui avait prévu «des heures de plaisir». Du «bonbon» pour son émission, en effet.

Une vidéo en particulier a très vite circulé sur internet cette semaine, et a suscité beaucoup de réactions. C’est l’histoire de Madame Machin, qui raconte devant la commission ses vacances au Maroc, où elle a été choquée de voir des gens «prier», «à quat’ pattes su’ un tapis». Le rapport avec le Québec? Une soi-disant «comparaison» avec ce qui nous «attendrait» ici. Autrement dit, pas la peine de chercher ce qu’il y a de constructif dans ce témoignage.

En choisissant de donner la parole à absolument tous ceux qui voudraient s’exprimer, sans aucune sorte de «filtre» ou de «pré-selection», Bernard Drainville a complètement décrédibilisé cette commission (et se décrédibilise encore plus lui-même). La semaine dernière dans Le Délit, le professeur de droit Daniel Weinstock -signataire d’un mémoire présenté à la commission- faisait part de ses doutes par rapport à ces consultations «contradictoires», proposées par un gouvernement prêt à tout entendre, mais qui ne «reculera pas».

Encore une commission gâchée alors. On part toujours avec une bonne intention: entendre toute la diversité des points de vue, débattre sur un projet qui ne fait pas l’unanimité. C’est bien ça, la démocratie… Mais la démocratie, c’est aussi bien plus complexe que ça. Il s’agit d’appliquer un certain jugement, de faire preuve de responsabilité. Si le gouvernement prétend s’attaquer aux intégrismes, aux extrêmes, il leur offre ici une formidable tribune pour s’exprimer. Le résultat ressemble plus à une «thérapie de groupe» ou chacun serait invité à dire de manière irréfléchie et spontanée ce qu’il a sur le cœur.

On a beaucoup parlé de cette affaire. Trop peut-être? Ce qu’on remarque, c’est que ce ne sont que les événements de ce type qui ressortent. On attire l’attention sur les points de vue sans intérêt et au final, les points de vue constructifs se noieront dans une marée de discours. On parlera de la pluie et du beau temps. Et les journalistes devront rendre compte de tout cela.

D’un autre côté, on assiste aux chicanes de famille au sein du PLQ. On avait demandé à la députée Fatima Houda-Pépin de se ranger derrière la position de son parti sur la charte ou de partir. Elle est partie. Un bon point pour les défenseurs de la charte?

Plutôt une succession d’enfantillages et de sujets frustrants.

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Un ancien étudiant de Sherbrooke a reçu cette semaine une amende de près de 3800$ pour avoir organisé une manifestation et «occupé la chaussée». Selon l’article 500.1 du code de la sécurité routière, sur lequel est basée la décision de la cour municipale, «nul ne peut, au cours d’une action concertée destinée à entraver de quelque manière la circulation des véhicules routiers sur un chemin public, en occuper la chaussée […]». La cour a donc tranché le 16 janvier dernier; et visiblement, ça coûte cher, de manifester. Une grosse amende pour une seule manifestation et pour un seul individu.

C’est ce que dénonce le Comité des arrêtés de Sherbrooke, qui soutient les jeunes qui devront aller en cour: le comité parle du «caractère repressif» de la décision qui «met la responsabilité sur une seule personne».

Dans ce cas-là, c’est en quelque sorte l’autre «extrême», peut-être?

 
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