«Masse critique» à Montréal
29 octobre 2013 - Image par Sylvana Tishelman
Manifester à vélo pour plus d’aménagements cyclistes.

Tous les derniers vendredis de chaque mois, été comme hiver, se déroulent des «masses critiques» partout dans le monde, et pour tout le monde. Une «masse critique» est une auto-manifestation -c’est à dire sans organisateurs officiels, ni trajet prédéfini – où se réunissent des cyclistes pour protester de manière pacifique contre divers enjeux, souvent par rapport aux problèmes reliés à l’environnement.

Ainsi, le vendredi 25 octobre à 17h30, une vingtaine de participants étaient réunis au Carré Phillips, prêts à partir, malgré le temps pluvieux et froid. La plupart des gens présents étaient des habitués, fans de vélo, se réunissant chaque mois depuis plusieurs années, peu importe la météo, dans le but de protester contre le manque d’aménagements pour cyclistes à Montréal.

Paysage cycliste en transformation

Le mouvement «Masse Critique» a commencé en 1992 à San Francisco. C’était un moyen de protester contre le manque d’aménagements pour les cyclistes, et, de manière générale, contre les voitures, jugées polluantes, dangereuses et peu pratiques en ville. Le mouvement a rapidement pris de l’ampleur et aujourd’hui, 20 ans plus tard, des «masses critiques» se déroulent dans près de 325 villes sur le globe.

Dans un monde où on ne cesse de nous parler du réchauffement climatique, de pollution, et d’obésité, le vélo apparaît comme la solution idéale pour se déplacer. Et les Montréalais semblent l’avoir bien compris: le vélo est devenu un des moyens de transport privilégiés en ville.

La Ville de Montréal, bien consciente de cet essor considérable du cyclisme, dispose de plus de 600 kilomètres de pistes cyclables (encore en expansion), a installé récemment le réseau Bixi (composé de plus de 400 stations à travers la ville) et ne cesse de mettre en place des dispositifs de stationnement pour vélos.

Pourtant, Antoine, un des manifestants présent ce vendredi, nous dit qu’il trouve «le réseau assez mal organisé, il manque de pistes cyclables à certains endroits critiques de la ville». Par ailleurs, victime d’un accident en vélo au printemps dernier, il explique aussi que «les voitures roulent vite et portent peu d’attention aux cyclistes».

Un des autres problèmes majeurs du cyclisme à Montréal, c’est le vol. Beaucoup se sont déjà fait voler leur vélo, ou connaissent quelqu’un à qui c’est déjà arrivé. Se faire voler son vélo est devenu on ne peut plus banal à Montréal: 2600 vols sont déclarés par an, et on estime que seulement une personne sur dix déclare un vol à la police. De quoi décourager plus d’un cycliste en herbe!

C’est pour toutes ces raisons, mais aussi de manière générale pour un monde plus écologique, que se réunissent chaque mois ces fans de vélos, de tout âge et de tout profil. Malheureusement le nombre de participants semble plutôt baisser qu’augmenter.

La «peur du ticket» 

Le froid et la pluie de ce dernier vendredi après-midi d’octobre n’ont certainement pas aidé à réunir foule à cette «masse critique». Pourtant, quand on parle aux courageux s’étant déplacés, la raison du peu de manifestants serait davantage la «peur du ticket». En effet, il n’est pas rare que la police intervienne au cours des «masses critiques», et ce pour divers motifs. Par exemple, les forces de l’ordre se déplacent régulièrement pour arrêter tous les manifestants dont les vélos n’ont pas de réflecteurs, obligatoires pour se faire voir de nuit.

Félix Antoine, un des participants, explique aussi au Délit qu’il a écopé d’une amende de 501 dollars au mois de juillet pour infraction routière. Une quinzaine d’autres manifestants présents ont dû payer l’amende prévue par la loi 500.1. Cette loi datant de 2000 introduit des mesures en matière d’entraves à la circulation, ce qui, d’après Félix Antoine, est «un bon moyen pour les flics d’arrêter les gens pour un rien. Les gens ont peur de la répression après le Printemps étudiant et sont réticents à participer à une manifestation dont le trajet n’a pas été donné au préalable à la police».

 
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