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Des milliers pour la Charte

La mouvement des « janettes » réclame l’adoption de la Charte des valeurs.

Près de 40 000 personnes, selon les organisateurs, sont venues manifester le samedi 26 octobre en soutien au projet de charte des valeurs du gouvernement péquiste.La marche a eu lieu entre la Place des Festivals et le Parc La Fontaine. La grande majorité des manifestants étaient des Québécois « de souche » de 40 à 70 ans. Cette manifestation a eu lieu après que l’auteure et personnalité féministe Janette Bertrand eut écrit une lettre ouverte en faveur de la Charte, le 15 octobre dernier. Dans cette lettre, elle affirme que « le principe de l’égalité entre les sexes [lui] semble compromis au nom de la liberté de religion », puisqu’elle considère le port du voile comme un signe de soumission. La Charte des Valeurs est donc, selon elle, la continuité du droit de vote pour les femmes et de la Révolution Tranquille. Les vingt femmes qui ont signé cette lettre et qui ont mis en place cette manifestation ont hérité du nom de « Janettes ».

L’événement a débuté par un discours des organisateurs suivi d’une lecture de la lettre de Janette Bertrand. L’auteure a d’ailleurs fait une brève apparition. Le temps pluvieux dans lequel s’est déroulé la manifestation est comparé par le comédien JiCi Lauzon  au « nuage de l’intégrisme et du fanatisme ». La foule a ensuite mis le cap vers le parc La Fontaine en chantant sous une multitude de drapeaux québécois. Les forces policières n’était pas nombreuses, et il n’y a pas eu d’altercation avec des opposants, si l’on ne compte pas la bannière « Les Janettes : féminisme raciste » placée à l’angle des rues Berri et Sherbrooke.

La manifestation s’est close par un discours animé par les « Janettes » Djemila Benhabib, Chantal Renaud et Julie Snyder, la militante Martine Desjardins et l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL). L’accent a été mis sur la lutte mondiale pour la laïcité et l’égalité des sexes. La Charte des Valeurs serait selon eux un moyen de lutter contre la discrimination des femmes par les religions. « La liberté d’expression doit s’arrêter ou l’égalité homme/femme commence », commente l’animatrice Julie Snyder lors d’une entrevue avec le Délit.

Les partisans de la Charte, manifestants comme organisateurs, réclament que la religion se cantonne au domaine privé. « Je n’affiche pas mes orientations sexuelles, […] religieuses et […] politiques quand je travaille pour l’État. Je suis au service des individus, je suis au service de la société et on me paye pour ça », explique une fonctionnaire au Délit. « La religion, tout le monde a le droit de la vivre […] dans sa communauté, dans sa sphère privée et dans son cœur, et non pas avec mes taxes ! », dit-elle.

McGill et la Charte

L’Association Étudiante de l’Université McGill (AÉUM) s’était déjà clairement positionnée contre la Charte des Valeurs Québécoises. Le 10 octobre 2013, lors de son conseil législatif, l’AÉUM a voté une motion stipulant l’envoi d’une lettre de contestation au gouvernement, aux médias et à Suzanne Fortier, la rectrice de l’Université McGill. Le Délit a obtenu une entrevue avec Samuel Harris, le vice-président aux affaires externes de l’Association. «[La Charte] est contraire à la liberté de religion, d’expression et d’opinion », explique-t-il.

La Charte n’aurait toutefois pas de conséquences directes sur la vie universitaire à McGill, puisque l’administration a l’intention de réclamer l’exemption de 5 ans que propose le texte lui-même. L’AÉUM veut toutefois afficher son opposition. Elle va d’ailleurs bientôt entreprendre une campagne contre  le projet gouvernemental, en contribuant à des manifestations, par exemple. « On ne veut pas donner de légitimité à cette Charte », affirme Samuel Harris. Il ajoute que « cette Madame Bertrand prétend parler pour toutes les femmes musulmanes, qui, très souvent, choisissent de porter le voile ». Un argument également utilisé par l’opposition, dont les « inclusives », un groupe de femmes ayant publié une lettre ouverte qui contredit celle de Madame Bertrand.


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