Un exode mystique
16 septembre 2013 - Image par Tristan Jeanne-Valles
Représentation du «Recours aux forêts» au festival des Escales Improbables.

Court et fort, le spectacle «Le recours aux forêts» de Jean Lambert-Wild, Jean-Luc Therminarias, Michel Onfray, Carloyn Carlson et François Royet avait lieu dans le cadre  du Festival des Escales Improbables du 10 au 14 septembre, sur la scène de l’Usine C.

Le texte est porté par un quatuor sobre et un vibraphone jouant dans l’ombre. De la cour au jardin, un danseur rebelle muet se meut dans une étendue d’eau.

La première partie du spectacle, «Encyclopédie des calamités», répertorie poétiquement la longue liste des vices humains, des horreurs et des maux qui pousseront le rebelle à se réfugier dans la forêt.

«Les solstices et les équinoxes se remplacent mais nul repos, nul répit pour la mort que les hommes infligent aux hommes. L’univers baigne dans le sang, l’éternel retour des hommes c’est l’éternel retour du mal…»

L’entrée en matière annonce d’ors et déjà le sentiment d’impuissance et de colère du rebelle et réveille celui du spectateur qui, derrière ses lunettes 3D, se retrouve d’abord projeté dans les nuages avant d’être envoyé dans une forêt d’arbres calcinés. L’énumération des tares d’une société tant actuelle qu’historique fait parfois amèrement sourire et titille la colère.

La seconde moitié de la représentation, qui s’intitule «Vertu des consolations», appelle à l’éveil des sens. Dans la forêt, le rebelle n’est plus soumis qu’aux lois de l’univers, libéré de l’empreinte des autres hommes.

L’extrait que voici offre un aperçu de l’ode qui s’en suit du recours à la forêt: «Suc végétal d’une âme animale. Les feuilles enroulées, lovées, pliées puis lentement dépliées, déployées, fripées, blanches au dessous, vertes en surface. Aspirant l’oxygène du monde.»

C’est dans une étendue qui se charge peu à peu comme une palette inondée que le rebelle danse en s’offrant à la Terre, au ciel, aux étoiles et au monde animal. Les couleurs se mêlent, harmonieuses, choquantes, s’infiltrent de part et d’autres ou tombent dans de frappantes éclaboussures. «Prouesse esthétique, gageure linguistique, agréables artifices aux pensées philosophiques qui peuvent simplement sembler restreintes par la pensée totalitaire.» Les sujets abordés, tels que le rejet des hommes, la perte de la confiance en eux, l’abandon de l’espèce, ne sont pas à prendre au pied de la lettre, tel que l’ont fait certains spectateurs qui se sont manifestés durant la séance de questions à Jean Lambert-Wild après la représentation. Il faut plutôt comprendre le spectacle comme une réaction de colère face au péché humain, et son apaisement par le recours à la forêt, refuge maternel et primaire.

 

Par Gwenn Duval.

 
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