De la conception à la destruction
15 janvier 2013 - Image par Adrien Fumex
Beaux Dégâts / Fine Mess: Art battle #7

Le mois de décembre s’est plutôt bien passé au niveau de la scène artistique montréalaise, notamment grâce à la septième «Bataille artistique» qui rassemblait cinq collectifs d’artistes venus de tous horizons. En effet, Régime du Rêve (Mireille Champagne et Regimental Oneton), Females (Bianca Hlywa, Erica Cyr et Leigh Macrae), Monsieur Plume & Mademoiselle Goudron, Art de Destruction Massive (Le Makabé, Enoma, DrunkenUncle, Screw et Johnzy) ainsi que La Mandibula (Mc Baldassari, Mateo et Il Rustico) se réunissaient au studio de danse situé au 4445 Boulevard St-Laurent pour essayer de réaliser l’œuvre la plus originale, intéressante et travaillée en l’espace de seulement deux heures.

Le concept, à la fois novateur et ludique, stipule que chaque équipe se voie imposer un thème, en l’occurrence des titres de films, qui leur servira de ligne directrice. À celui-ci s’ajoute un second thème choisi au préalable par chaque groupe. Suivent 30 minutes de «brainstorming» pendant lesquelles chaque groupe prépare son projet en associant au mieux les deux thèmes, généralement très différents, qu’ils doivent respecter. C’est enfin les spectateurs qui rendent le verdict final grâce à des cannettes de bière qui leur servent de bulletin de vote. En effet, chaque équipe dispose d’une poubelle dans lesquelles le public jette ses Pabst Blue Ribbon vides, le but étant bien sûr d’en récupérer un maximum. Sur le coup de neuf heures, spectateurs et artistes sont fins prêts et la bataille peut commencer.

C’est donc dans un studio chaleureux, animé par les mix de Construct, Tchoupz et Henward et par un public passionné, que les œuvres prennent rapidement forme. Les champions en titre, Régime du Rêve, entament leur œuvre avec un portrait stylisé d’une femme noire inspirée de l’héroïne du film Coffy de Jack Hill. Dès le début, beaucoup de regards se tournent vers ce duo très talentueux. De l’autre côté de la salle, on peut admirer une représentation de Psy, auteur du titre surmédiatisé Gangnam style, accompagné de deux danseuses issues de Superfly, film d’action américain sorti en 1972.

Le trio Females nous présente ainsi un mélange étonnant entre un style musical très contemporain et un des rares films dont les recettes ont été dépassées par les revenus de sa propre bande-son. Juste à côté, un grand drapeau américain sur lequel se tient un personnage couvert d’une peau de renard se dessine sous les coups de pinceau expérimentés de Monsieur Plume et Mademoiselle Goudron. Quant à La Mandibula, leur guerrière modestement vêtue inspirée du film récent Black Dynamite et calée sur un fond orangé parsemé de symboles mayas ne peut  que présager du bon. Enfin, Art de Destruction Massive nous invitait à porter un regard sur une représentation colorée d’un Montréal dévasté par un coup de feu du héros de Shaft qui aurait provoqué un tremblement de terre.

Un des principaux avantages de ce genre d’événements est la possibilité offerte au public de suivre la progression du travail présenté. En effet, rares sont les œuvres, qu’elles soient cinématographiques, sculptées, arabesques, musicales ou littéraires, qui laissent au spectateur la possibilité d’apprécier à la fois la création et le résultat final. «Beaux Dégâts» permet également au public de s’exprimer grâce à son système démocratique insolite. En ce qui concerne cette 7e édition, le verdict final était très serré puisque La Mandibula l’a emporté sur Régime du Rêve à une bière près, et ce même après la demi-douzaine de cannettes sifflée par Regimental Oneton. À savoir également, l’événement se tient presque tous les mois. À ne pas rater pour les passionnés, amateurs, intéressés ou simples curieux.

La dernière particularité de cette prestation, qui donne tout son sens au titre du projet, est que les gagnants ont le droit de détruire les œuvres des autres artistes, une fois les urnes dépouillées. De quoi rajouter un peu de piment et d’éveiller la détermination de chaque concurrent pendant ces deux heures, ainsi que de sceller une représentation qui ne manque pas de rappeler que l’art peut être éphémère, comme toute bonne chose.

 
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