World Press Photo 2012
18 septembre 2012 - Image par Stéphanie Sainclair
Portraits de crises

Le 15 octobre 2011 à Sanaa, au Yémen, une femme portant le voile intégral, Fatima al-Qaws, tient dans ses bras son fils Saïd souffrant des effets de gaz lacrymogènes, après une manifestation contre le régime du Président Ali Abdallah Saleh. C’est la première image que l’on voit, en passant les portes du Marché Bonsecours pour visiter l’édition 2012 du prestigieux concours international de photojournalisme World Press Photo.

La photo, prise par l’Espagnol Samuel Aranda pour le New York Times, est la grande lauréate de l’année, et résume aussi ce qui domine l’exposition: des images de violence, tant humaine que naturelle.

De nombreuses photos illustrent certains épisodes du «printemps arabe», principalement en Égypte et en Libye. La photo d’Aranda est entourée, par exemple, du premier prix «General News (single)» intitulé «Mubarak Steps Down», ou encore du premier prix «Spot News (single)» montrant des rebelles libyens «On Revolution Road», comme l’indique son titre.

Aux côtés du Moyen-Orient, des photos du tremblement de terre et du tsunami qui ont frappé le Japon en mars 2011 sont aussi exposées. Yasuyoshi Chiba capture un catamaran soulevé par les vagues sur un immeuble de deux étages. Koichiro Tezuka saisit avec brio le moment précis d’arrivée de la vague avant qu’elle ne fracasse les côtes japonaises.

Plus loin, une série du Suédois Niclas Hammarström sur le massacre d’Utøya rend parfaitement l’horreur du moment: l’une des photos montre un jeune homme terrifié agrippé à la paroi rocheuse de l’île, d’autres montrent des victimes de Breivik gisant sur le rivage. La série remporte la deuxième place dans la catégorie «Spot News (stories)».

Si la violence domine l’exposition, celle-ci ne s’y limite pas. Les photos de la catégorie «Portraits», par exemple, sont parmi les plus poignantes. L’Ukrainienne Inna Shevchenko, devant des immeubles de Kiev, torse nu et poing en l’air en signe de protestation contre le tourisme sexuel, est brillamment photographiée par le Français Guillaume Herbaut. Le premier prix «stories» de la catégorie revient à Donald Weber, le seul canadien parmi les lauréats, pour sa série «Interrogation Room» montrant des suspects interrogés (parfois violemment) en Ukraine.

L’exposition est aussi une opportunité de se laisser impressionner par les clichés d’athlètes dans la catégorie «Sports», dont celui du BASE jumper Johannes Dagemark. Enfin, certaines photos de la section «Nature» sont à couper le souffle, mais d’autres rappellent la violence et la destruction humaine comme la série «Shark Fin» du Britannique Paul Hilton.

Mais le World Press Photo ne s’arrête pas aux neuf catégories de l’exposition. Dans le cadre de l’événement, le photographe français Denis Rouvre, dont l’une des photos a remporté la troisième place dans la catégorie «Portraits (singles)», donnera une conférence au Collège Dawson jeudi le 20 septembre à propos du portrait documentaire.

 
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