Sara Naim, photographe du son
13 mars 2012
Photographier son morceau de musique fétiche, c’est le pari réussi de Sara Naim.

Cette jeune photographe de Brooklyn a exposé en Allemagne et à Dubaï et s’est fait connaître grâce à sa série étonnante intitulée Beethoven-Moonlight Sonata. À première vue, on a devant les yeux douze clichés de lait bouillonnant, agité par une force dont on ignore la source.

Photo: Sara Naim

Cette pâte grisâtre photographiée renferme contre toute attente la trace figée des vibrations sonores d’une grandiose symphonie de Beethoven. La photographe nous dévoile avec plus de précision son projet à travers ces quelques lignes: «This body of work looks at translating sound into a photographic image. Ludwig Van Beethoven’s symphony vibrates through milk. He composed this piece in the early 1800’s for his blind pupil and lover, Giuletta Gucciardi. Gucciardi said to Beethoven that she wished she could see the moonlight. Beethoven then composed a piece about the moonlight’s reflection off Austria’s Lake Lucerne, called Moonlight Sonata.»

En capturant le mouvement de ces vibrations sonores qui varient en fonction de la fréquence et de la longueur d’onde, l’artiste nous propose une représentation visuelle du son, une matérialisation de l’invisible. Cette traduction du son sous la forme du concret et du matériel accorde à la photographie d’autres qualités et caractéristiques que l’on ne soupçonnait pas. Alors que Beethoven a créé ce morceau pour permettre à sa bien-aimée aveugle de voir et s’imaginer le clair de lune, Sara Naim a décidé de rendre une visibilité entière à cette symphonie.

Pour retracer l’origine de cette expérience, il faut remonter jusqu’en 1787 et se pencher sur le travail d’Ernst Chladni, inventeur de l’acoustique moderne. Bien avant l’apparition de la photographie, ce chercheur réalise une expérience qui va permettre de capturer, grâce à un dispositif scientifique, le mouvement sonore et ainsi observer les figures de formes géométriques qui apparaissent. Afin d’obtenir de tels résultats, il saupoudre de sable une plaque de cuivre et en frotte le bord à l’aide d’un archet.

Ces deux expériences ont comme point commun de proposer une interprétation visible et concrète du son qui participe à démystifier sa présence. En effet, dans les années 1920, les débuts des ondes radios ont suscité de nombreuses inquiétudes et interrogations sur la provenance de ces voix grésillantes qui semblaient appartenir à l’au-delà. La plupart des scientifiques de l’époque travaillaient de pair avec le paranormal. S’ils avaient pu voir à travers des clichés les traces de cette voix, ils auraient certainement éprouvé moins de frayeur à son égard. Enfin, un journaliste a posé la question suivante à Sara Naim: «Quel est votre travail?», ce à quoi elle a répondu: «Traduire la philosophie en des métaphores visuelles». Qui sait, peut-être que dans quelques années, il sera possible de commander la série photo de n’importe quel morceau sur iTunes!

 
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