240 000 épingles, 14 minutes
14 février 2012
Michèle Lemieux présente son tout dernier court-métrage Le grand ailleurs et le petit ici, produit par l’Office National du Film.

Michèle Lemieux (Nuit d’orage) nous raconte en noir et blanc la courte histoire d’un homme qui prend soudainement conscience de la matière qui l’entoure et qui cherche à en saisir le sens. Grâce à la magie des épingles, la cinéaste nous fait découvrir ce petit personnage attachant. Sans mots, mais avec une musique des plus sublimes, elle nous fait entrer dans son monde sans couleur avec aisance.

Gracieuseté de l'ONF

Michèle Lemieux a un talent incroyable, soit celui d’avoir créé un film à la fois splendide, mais sans cérémonie, touchant et simple. Nul doute que ce court-métrage en fera parler plus d’un lors de l’ouverture de la 30e édition des Rendez-vous du cinéma québécois le 15 février. Non seulement car elle utilise un procédé unique en son genre, mais parce qu’elle seule en connaît les secrets. En effet, l’écran d’épingles est une technique qu’elle maîtrise depuis peu, d’autant plus que le seul écran existant aujourd’hui se trouve dans les locaux de l’Office National du Film du Canada.

La cinéaste explique sa méthode singulière: «Il s’agit d’un châssis métallique où sont installés des tubes de plastiques dans chacun desquels se trouve une épingle, légèrement plus longue que le tube». On y retrouve 240 000 épingles, entassées les unes à côté des autres. La caméra est positionnée directement devant l’écran, c’est pourquoi nous ne pouvons voir les aiguilles pendant la projection. La magie se trouve dans l’éclairage placé de manière latérale afin de projeter une ombre sur l’écran. C’est cette ombre, composée de toutes les épingles correctement alignées, qui crée les nombreuses images que nous pouvons voir à l’écran.

En jouant pendant des jours et des heures avec les épingles et en faisant preuve d’une patience inégalée, la cinéaste a peaufiné son art à la perfection. «Impossible de revenir en arrière», dit-elle. «Lorsque j’efface l’image, je ne pourrai plus jamais la reproduire de manière identique. La marge d’erreur est terriblement mince! Il ne s’agit donc pas d’un instrument de précision, mais plus d’une intuition. Ça rend le travail extrêmement excitant et captivant!» Pour créer cette œuvre de toutes pièces, il lui a fallu deux ans et demi ainsi qu’entre 11 000 et 12 000 esquisses qu’elle ne pouvait jamais reproduire authentiquement, étant donné son outil de travail si particulier.

L’artiste s’est inspirée, il y a quelques années de la nouvelle technique qu’elle découvrait alors pour penser son scénario. «Ç’a été un vrai coup de foudre quand j’ai découvert ce procédé! Dès le premier instant où j’ai touché l’écran, j’y ai vu le parallèle des épingles et de l’univers. À quel point une petite particule peut créer la matière. Au fond, c’est ce que nous sommes; des poussières dans l’univers. L’espace est un sujet qui m’interpelle et c’est pourquoi j’ai voulu en faire mon œuvre» déclare-t-elle philosophiquement.

Elle affirme avoir conçu le film qu’elle se représentait mentalement. Elle a réussi à traduire son imaginaire en art cinématographique tout en gardant son côté abstrait parfaitement mélangé à l’inspiration du moment qu’imposait l’écran d’épingles. Justement, la cinéaste soutient avoir trop d’idées en tête en ce moment pour penser à un nouveau projet, car entre deux productions, elle aime bien prendre du temps pour réfléchir à ce qu’elle voudrait vraiment bâtir. «J’aimerais beaucoup avoir la chance de réutiliser la technique de l’écran d’épingles pour un de mes projets à venir. C’est un privilège que j’ai de pouvoir travailler avec une technique que très peu de gens savent maîtriser.»

 
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