Le Québec, un modèle
27 novembre 2011
L’historien et sociologue Gérard Bouchard définit l’interculturalisme québécois.

Dans le cadre de sa série de conférence «Dialogique», le professeur Norman Cornett, ancien professeur d’études religieuses à McGill, a reçu l’historien et sociologue Gérard Bouchard à l’église Saint James sur Sainte-Catherine; la rencontre était ouverte au grand public. Pendant près de deux heures, monsieur Bouchard, ex co-président de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, a présenté sa vision de l’interculturalisme au Québec.

Gracieuseté de Madame Tucker

L’interculturalisme québécois est apparu dans les années 70 en réaction au multiculturalisme canadien qui considère les cultures comme égalitaires dans un pays et donc les traite de la même façon. Dans son idéologie, l’interculturalisme ne donne aucune valeur aux différentes cultures d’une société, mais cherche plutôt à créer une culture commune tout en préservant les différences individuelles. Selon Gérard Bouchard, le Québec est l’exemple parfait d’un interculturalisme réussi.

La société québécoise, de part son histoire, sa culture, son respect et sa protection des droits et libertés individuels, a tous les moyens nécessaires pour être un succès. L’interculturalisme ne peut réussir que lorsque l’État établit des lois assez souples pour pouvoir concilier les intérêts et valeurs de chacun, mais assez rigides pour éviter toute déviance. En 2007, un juif hassidique avait exigé à la Société de l’assurance automobile du Québec un instructeur masculin ne pouvant avoir de contacts avec des femmes. Selon monsieur Bouchard, un tel cas ne devrait être accommodé au nom de l’égalité des citoyens définie par l’État.

L’application de l’interculturalisme ne s’arrête toutefois pas aux accommodements raisonnables. Ces dernières années, une nouvelle idéologie judiciaire, le pluralisme, s’est développée. Dans un effort de renoncer à la vocation universelle de la loi qui crée des injustices et des inégalités dans une société multiculturelle, cette nouvelle doctrine se propose de prendre en compte les minorités et leur culture pour rendre des décisions plus justes et égalitaires. Cette doctrine a cependant des limites et il parfois est difficile pour les juristes de savoir jusqu’où prendre les différences culturelles en compte. Ainsi, en tenant en compte l’importance de la virginité dans une culture donnée, de jeunes hommes ayant sodomisé une jeune fille pour préserver sa virginité avaient reçu des peines légères pour le viol.

Gérard Bouchard pense toutefois que l’ouverture d’esprit démontrée par cet effort est louable et devrait être encouragée à tous les niveaux de la société et à tous les âges. D’ailleurs, il y existe, selon lui, un clivage entre les plus de 40 ans et les moins de 35, qui adhèrent plus à une vision interculturelle de la société que leur ainés. Cette résistance aux accommodements raisonnables, surtout avec les minorités fortement religieuses, s’expliquerait par la relation particulière que la société québécoise entretient avec la religion. L’expérience traumatisante de l’oppression par la religion catholique hante toujours la mémoire collective. Cependant, la menace de prise de pouvoir par ces minorités, maintes fois évoquées dans le débat et à la commission Bouchard-Taylor, n’est pas une réalité.

 
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