Parlez-vous manga?
4 octobre 2011
Leçon sur le langage visuel de la BD japonaise.

Depuis les années 80, le genre manga n’a cessé de s’étendre en Europe et en Amérique du Nord, accompagné par les dessins animés et jeux vidéo dérivés qui font dorénavant partie de l’éventail des loisirs occidentaux. Cependant, le manga reste un genre encore méconnu, particulièrement au Québec, en partie de par la proximité de la province avec les comics américains et les affinités avec les bédéistes franco-belges. Le manga reste donc un genre en marge qui se caractérise par une identité visuelle particulière et utilise un grand nombre de codes graphiques qui peuvent laisser le néophyte perplexe. C’est pour cette raison que la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a mis sur pied l’exposition «Manga, l’art du mouvement».

Cédit photo: Louis-Étienne Dore
L’exposition, de taille modeste, accueille les visiteurs dans une grande salle lumineuse, divisée par de grands panneaux en suspension qui guident la visite et servent de présentoir aux œuvres exposées. Conçue par Laurent Rabatel, la mise en scène puise son inspiration dans une esthétique japonaise qui conjugue minimalisme et technologie pour mettre en valeur les codes du manga. L’une des premières installations présente les symboles graphiques utilisés pour illustrer les émotions et sentiments exprimés par les personnages. On y voit notamment la «goutte de gêne» ou encore la «veine de la colère» tracées avec des néons et placées sur des têtes sans visage. Pour Mira Falardeau, créatrice de l’exposition, cela illustre l’idée que «le manga est un genre principalement visuel, dans lequel le texte est souvent second et l’émotion s’exprime à travers l’image».

Afin d’encourager le public à apprécier ce genre résolument nippon, l’exposition l’initie aux codes et trucages graphiques qui permettent aux mangakas (auteur de manga) de représenter le mouvement et l’action. Ainsi, à travers les séries des grands mangakas tels que le précurseur Osamu Tezuka (Astro Boy, Le Roi Leo) ou encore le collectif féminin CLAMP (Sakura, chasseuse de cartes), on est appelé à comprendre l’importance de la forme des cadres et des bulles de dialogues qui interagissent avec les mouvements des personnages, ou des jeux de perspectives qui guident l’œil du lecteur vers l’action.

Cette importance du mouvement s’explique en partie par l’influence de l’histoire sur la scène artistique japonaise: ruiné par la Seconde Guerre mondiale, le développement de l’industrie cinématographique est coupé court. Quelques artistes se réunissent et, à travers les mangas, similaires aux storyboards des films Disney, parviennent à publier les histoires des films qu’ils aimeraient produire.

Au terme de cette leçon de décodage visuel, on est appelé à mettre en pratique ce que l’on a appris: après avoir enlevé ses chaussures, le visiteur accède à une bibliothèque composée de quelques séries complètes, qu’il peut découvrir, assis en tailleur sur un tatami. Bien que cette exposition soit assez courte, elle offre cependant une première expérience assez complète et attirante de l’univers manga. Elle s’inscrit d’ailleurs dans le cadre d’un ensemble d’expositions sur le Japon et les mangas, qui comprend aussi la «mangathèque» de la BAnQ, qui offre deux larges sélections d’œuvres adaptées aux âges des lecteurs. Si «Manga, l’art du mouvement» laissera les férus du genre sur leur faim, qu’ils se rassurent: la BAnQ a de quoi leur mettre sous la dent.

 
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