La grève de MUNACA dans le contexte de la faillite du système financier. À qui la faute?
20 septembre 2011
Jusqu’ici, la grève de MUNACA nous a été présentée comme un problème local issu d’une série de litiges de nature financière entre McGill et ses employés.

Mais aux dires du vice-principal Michael di Grappa dans un courriel envoyé cette semaine, «l’offre de McGill consistant en une hausse salariale de 1,2% sur les trois prochaines années reflète la politique salariale du gouvernement québécois». Ce qui révèle bien qu’il ne s’agit pas là d’un problème local, dans la mesure où les coupures dans les pensions et les bénéfices sociaux des employés de McGill ne font que refléter ce qui se produit à l’échelle provinciale –et j’ajouterais là: au niveau fédéral et international. Car il suffit de prendre un pas de recul et d’examiner un moment les politiques d’austérité qui émergent à droite à gauche, en Europe comme aux États-Unis, pour s’apercevoir que McGill n’est aucunement la seule institution à se serrer la ceinture, tout comme la grève de MUNACA est loin d’être la seule réaction d’indignation face aux mesures prises pour «éviter» la crise, ou plutôt pour lui faire face.

Aux États-Unis le mois dernier, peu après l’adoption controversée du nouveau plafond de la dette par le Congrès, le Trésor de l’État fédéral américain dévoilait que la dette publique a officiellement dépassé de 100% la valeur du PIB, rejoignant ainsi les pays dits du «bailout» comme la Grèce (152%), l’Italie (120%) et l’Irlande (114%). Le site finance-banque applaudit quant à lui la «sagesse» du Canada qui adopta dès 1990, en guise de précaution, des réformes budgétaires caractérisées par une diminution drastique des dépenses publiques. Une tendance qui ne peut que s’accentuer sous le gouvernement Harper, lequel ne nourrit pas d’espoir plus grand que celui de parvenir à rétablir «l’équilibre budgétaire» d’ici 2015. Autrement dit, à investir le moins de fonds possibles dans les services publics pour garder une bonne image auprès de la communauté internationale qui se pavane joliment dans les journaux sous le titre de Fonds Monétaire International. Belle initiative!

Dans un article du 20 mai 2011 dans le Guardian, Greg Palast dénonçait cet asservissement à l’oligarchie financière en rappelant que le FMI travaille pour les banquiers, et non pour les nations qui conserveraient encore une quelconque illusion de souveraineté dans le «choix» de leurs politiques. «Les avocats de [l’ex-président du FMI] Dominique Strauss-Kahn, écrit-il, disent que la relation avec la femme de ménage était «consensuelle». Mais DSK dit la même chose de tous les accords que le FMI passe avec les nations sur lesquelles il a droit de vie et de mort.» Et cette expression de Palast n’était malheureusement pas qu’une stratégie rhétorique visant à susciter l’indignation de ses lecteurs… puisque, en imposant une coupure drastique dans les fonds de retraite et une hausse délibérée du chômage à 14% en Grèce, tout comme il impose actuellement des coupures de plusieurs trillions de dollars dans le budget fédéral américain via les efforts soumissionnistes du Président Obama et de son «super-congrès» (superbement illégal), le FMI a véritablement droit de vie et de mort sur les pays qui ont le malheur de croire qu’ils se doivent d’«équilibrer leur budget» pour sortir de la crise économique. Car l’«équilibre du budget» ne signifie rien d’autre que des coupures dans les pensions, les bénéfices sociaux, doublée d’une augmentation du chômage, ce qui ne manquera pas de déclencher d’autres grèves, quel que soit le résultat des négociations entre McGill et MUNACA.

 
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