À bout des éternelles querelles
20 septembre 2011
Lorsque j’étais à l’école secondaire, crier haut et fort que l’on était fédéraliste menait à un suicide social.

Non seulement étais-je la seule à «sortir du placard», mais la condescendance ressentie par mes collègues s’acclamant fièrement souverainistes m’incitait à garder le silence. Apparemment, ma fierté canadienne était incompatible avec ma fierté québécoise.

Cependant, à ma sortie de l’école, j’ai vite compris que l’engouement de mes camarades à l’idée de la souveraineté québécoise n’était guère représentatif de notre société en général. Puis, en tendant la main à d’autres fédéralistes, j’ai constaté que nous avions tous la même impression d’être perçus comme de «faux Québécois». C’est ainsi que j’en suis venue à endosser les propos de François Legault, qui suggère aux Québécois de modifier l’axe opposant fédéralistes et souverainistes, afin de se réorienter vers un système politique fondé sur la rivalité gauche/droite.

Bien que ce soit un sujet contentieux, on ne peut nier qu’au moment où j’écris ces lignes, le mouvement souverainiste stagne (sondage Léger Marketing, 9 mai 2011), faisant suite à une crise au sein du Parti Québécois.

Certes, la récente création du Nouveau Mouvement pour le Québec par d’anciens députés du PQ en est la preuve. Avec son manifeste intitulé «Brisons l’impasse», le NMQ soulève l’inaction du mouvement indépendantiste au Québec, allant même jusqu’à affirmer que l’État québécois se déconstruit.

Il va sans dire que le déclin du souverainisme fâche ces indépendantistes affirmés, signataires du manifeste. Nul doute qu’ils en veulent aux fédéralistes. Ils s’illusionnent même que ces derniers ont perdu leur bataille malgré deux référendums gagnés.
Ce manifeste semble comme un cri de détresse. Un SOS envoyé dans le but de rallier tous les Québécois. Or, il n’offre qu’une solution: l’indépendance du Québec. Et il a beau préciser que la souveraineté, aujourd’hui trop institutionnalisée, doit redevenir un mouvement social, il demeure peu convaincant, n’offrant aucune autre option que de raviver les troupes nationalistes.

En outre, «Brisons l’impasse» m’a laissée amère. La fédéraliste en moi s’est sentie attaquée, comme si je manquais de loyauté envers le Québec en n’appuyant pas le projet souverainiste. Pourtant, je suis très fière d’être québécoise et, comme plusieurs de mes concitoyens, je suis inquiète d’un Canada gouverné par le Parti Conservateur, quasi absent dans la Belle province.

Ceci étant dit, je suis d’avis qu’il faut aller de l’avant. Qu’il faut renouer avec le «Rest of Canada», et surtout avec les franco-canadiens, qui ont besoin du Québec comme pilier essentiel à la survie de la langue française. Si le Québec commençait à défendre les droits des francophones autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la province, serait-ce une première étape afin d’améliorer la relation du Québec à l’intérieur du Canada?

Somme toute, avec le Parti Québécois qui souffre d’une crise interne, il est évident que les pions politiques actuels vont se déplacer sur le grand échiquier québécois. Chose certaine, il serait grand temps pour les fédéralistes et les souverainistes de faire cause commune et de cesser d’être éternellement opposés les uns aux autres.

Commençons alors par cesser ces dialogues de sourds et arrêtons de percevoir le fédéralisme comme une trahison à notre identité québécoise.

 
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