Combattre cette notion appelée développement
12 septembre 2011
Le documentaire Tibet: terre des braves invite le spectateur dans une tribu nomade pratiquant des traditions millénaires, au coeur du plateau himalayen.

Vendredi au Cinéma du Parc avait lieu la première mondiale de Tibet: terre des braves. À travers le quotidien d’une famille nomade tibétaine, le documentaire explore les différents obstacles rencontrés par les nomades alors qu’ils tentent tant bien que mal de perpétuer leur mode de vie millénaire.

Gracieuseté des Productions Multi-Monde

En 1992, Gyamtso Sotse, un jeune adulte exilé du Tibet, fuit vers l’Inde et y rencontre sa future épouse Marijo Demers, une québécoise qui poursuit des études sur la langue et la culture tibétaines. Seize ans plus tard, avec l’aide des Productions Multi-Monde et en compagnie de la réalisatrice Geneviève Brault, le couple canado-tibétain et leur fille Yengchen s’envolent pour le Tibet afin d’y rencontrer la famille de Gyamtso et d’apprendre les traditions culturelles ancestrales des nomades tibétains.

Les Tibétains ont une position précaire au sein de la Chine moderne. La majorité de la population vit en dehors de la région autonome du Tibet et se retrouvent donc en minorité dans des provinces chinoises avoisinantes. Les nomades, vivant de l’élevage de yaks, parcourent les montagnes enneigées du plateau himalayen en petits groupes, dans le respect de leurs traditions. Depuis quelques années, toutefois, la Chine impose des réformes ayant pour but de moderniser le Tibet, menant ainsi à la sédentarisation des nomades. Les terres autrefois libres pâturages pour les yaks sont réassignées, restreignant les troupeaux et créant des morceaux de terre surexploités où aucune verdure ne pousse. Le gouvernement chinois incite les nomades qui ne peuvent plus nourrir leurs troupeaux à les vendre à des industries d’élevage extensifs.

L’industrialisation de l’élevage est considérée comme une avenue vers le développement du pays. L’enjeu du documentaire est ainsi lancé: la tradition tibétaine nomade, en voie de disparition, survivra-t-elle à la modernisation de la Chine? À cette problématique se mêle aussi la question de l’identité tibétaine. Les minorités vivant hors de la région autonome pourront-elles faire face à la disparition progressive du savoir tibétain?

La réalisatrice Geneviève Brault a choisi d’exposer une autre facette du Tibet, loin de l’angle religieux couramment mis de l’avant par les cinéastes. Elle a réussi, à travers les yeux des différents protagonistes, à dresser un portrait intégral de la vie nomade. Le documentaire n’est pas sans humour ni ironie. C’est avec des images comme celle des enfants jouant avec des cellulaires imaginaires tout en gardant les troupeaux de yaks que le documentaire démontre de façon poignante le déchirement entre tradition et modernité.

Bien qu’étant visiblement un documentaire à petit budget, l’équipe est parvenue à rendre sur pellicule toute la beauté du Tibet, avec une musique originale chantée la plupart du temps par Gyamtso lui-même. Grâce à la simplicité et l’accessibilité de la famille de Gyamtso, Tibet: terre des braves réussit à vulgariser à la fois un mode de vie et des enjeux complexes, à une époque où la question du développement se fait de plus en plus insistante.

 
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