Une marche pour une humanité retrouvée
6 avril 2011
Plusieurs centaines de personnes sont attendues ce dimanche 10 avril à Montréal à l’occasion de la marche de mobilisation et de soutien aux victimes d’agressions sexuelles organisée par le CRIPHASE.

D’après les statistiques du Ministère de la sécurité publique, une femme sur trois et un homme sur six ont été victimes d’agressions sexuelles durant leur enfance. Quels que soient les gestes posés, ou la qualification juridique que l’on peut leur donner, les atteintes portées ont des conséquences importantes pour les victimes dont l’intégrité psychique, affective et physique a été bafouée.

Est-il besoin de rappeler que les enfants d’aujourd’hui sont aussi les adultes de demain? Ils observent le monde à travers le regard d’adolescents et d’adultes qu’ils prennent comme modèle et auxquels ils accordent une confiance sans faille.

La majorité des agressions sexuelles perpétrées sur les garçons interviennent avant leur puberté, à un âge où ils sont encore des enfants. L’exigence sociale qui veut que force et virilité aillent de paire ne facilite pas le cheminement personnel des hommes anciennement victimes d’agressions sexuelles. Dépasser le carcan du silence, de la culpabilité, de la  honte et d’un certain nombre de fausses croyances; c’est là la mission du Centre de Ressources et d’Intervention pour Hommes abusés sexuellement dans leur enfance, le CRIPHASE. Et la marche de dimanche entend faire mieux connaître et reconnaître ce véritable fléau de société.

Créé en mars 1997, ce centre est le premier organisme spécialisé dans l’aide aux victimes masculines d’abus sexuels au Canada. C’est le seul au Québec.

Au Québec, une demande de réparation de préjudice sexuel auprès des instances civiles doit intervenir dans un délai de trois ans après l’agression. Cette disposition implique qu’une victime doit être capable de comprendre ce qui lui est arrivé, mais aussi de le verbaliser auprès d’un environnement familial réceptif, et ce dans un délai de trois ans. Alain Jobidon, directeur du CRIPHASE, remarque que «si le gouvernement québécois a conscience de cette incohérence, le Québec est aujourd’hui la seule province d’Amérique du Nord qui protège encore ses pédophiles». L’une des principales revendications du CRIPHASE est l’abolition de cette prescription qui ne semble pas tenir compte de l’isolement intérieur des victimes et du silence auquel elles sont réduites.

Le seul remède à la pédophilie est la prévention et la sensibilisation. Pour cela, les familles et la société toute entière doivent s’efforcer de favoriser un espace de dialogue dans lequel aide l’enfant à prendre conscience du fait qu’il est le seul à pouvoir disposer de lui-même.

L’opinion publique est plus sensible que jamais à la cause des victimes d’agressions sexuelles. Alain Jobidon regrette toutefois la persistance d’un certain scepticisme, ainsi que d’innombrables idées reçues, à commencer par celle selon laquelle une personne agressée a de forts risques de devenir abuseur à son tour. Selon de nombreuses études, moins de 30% des délinquants sexuels affirment avoir reproduit l’abus.

En fait, la très grande majorité des victimes développent au contraire une attitude extrêmement protectrice envers ceux qu’ils aiment, au prix parfois de s’oublier eux-mêmes.

Il semble aussi important de défaire l’idée selon laquelle seuls les hommes sont capables de commettre des abus sexuels. Les femmes, elles aussi, peuvent développer des comportements de prédation sexuelle.

Ces idées reçues entravent le travail personnel des victimes qui doivent également faire face à un certain nombre de pressions de la part de leur milieu familial et parfois même de leur agresseur qui, même après les abus, peut continuer à exercer des manipulations pour les contraindre au silence. Pour se protéger, lui.

La marche de dimanche est l’occasion pour ces femmes et ces hommes, victimes d’autrefois et survivants d’aujourd’hui, de reconquérir leur liberté de cœur, de corps et  d’esprit.

Elle défilera ce dimanche à partir de 13h30, avec comme point de départ le Palais de Justice de Montréal (1 rue Notre-Dame). Le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, pourrait y faire une apparition.

Pour plus d’informations, consultez:

http://www.criphase.org/activites.php

 
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