L’orgueil blessé
5 avril 2011
En commençant cette ultime chronique, je combats désespérément la tentation du bilan larmoyant, nostalgique avant la fin.

Certainement, je suis fière –à tort– de passages illisibles, et vaguement honteuse de quelques drôleries probablement sympathiques. J’ai rabâché plus souvent qu’à mon tour le sort des incompris, et celui des poseurs qui ne sont pas toujours ceux qu’on pense, je n’ai pas pu m’empêcher de commenter la vie tumultueuse et généralement comique du bien petit monde de la jeune vingtaine universitaire. J’ai glissé en passant –souvent à la troisième personne, chacun a sa pudeur– le souci d’être compris, la crainte de n’être pas lu, le désir enfoui de n’avoir jamais à parler de ses écrits, mais sans passer inaperçu. Ai-je su dire, seulement une fois, quelque chose de vrai, ai-je pu toucher à l’essentiel? Peut-être pas, probablement pas, mais bon, je vous jure que j’ai essayé, à tout le moins, de vous fournir une lecture avec un peu de chair autour de l’os.

Quelques interprétations de style libre ont amené, j’espère, un éclairage tout personnel, à défaut d’être édifiant, sur des œuvres qui ont croisé mes préoccupations. (Après, si on n’aime pas la personnalité de l’éclairagiste, l’intérêt est limité, quoique j’adore lire Josée Legault, question de stocker des munitions.) Bref, je crois à l’importance de lire des opinions et de comprendre leur mécanique, aussi fautive qu’elle puisse paraître. Notre Roch Voisine exprimait un point de vue différent aux Enfants de la télé (le Dollaraclip radio-canadien, mais oui, vous connaissez) plus tôt cette saison. Sa vision, on-ne-peut-plus originale, sous-tendait d’abord ceci: que savent-ils de plus que les autres? De quel droit émettre des jugements? Suivant cette logique, il faudrait que toute intervention commence en rappelant à l’auditoire la subjectivité des locuteurs. Tant qu’à faire, moi je rajouterais les dépêches de presse, les articles de journaux, les essais, les monographies, en général tout ce qui s’imprime. Il faudrait aussi, j’aimerais beaucoup, qu’on établisse une liste des faits qui ne sont pas des opinions (l’alcoolisme de Dollard des Ormeaux, et autres faits historiques irréfutables) mais que tout le reste soit précédé de «Ce n’est que mon humble opinion, mais…». Ou on pourrait rendre obligatoire un cours «subjectivité et objectivité» en cinquième secondaire. Ou encore cesser de prendre les gens pour des imbéciles pour ménager la sensibilité d’artistes à la carrière internationale et prospère.

(Je ne vous aurais pas laissé sans un dernier coup de gueule un peu trop agressif.)

Voilà donc. Qui eût cru que Roch Voisine eût été mon dernier sujet? Encore une chronique qui n’a pas tourné comme prévu. Il y aurait eu tant à dire sur les mots, le combat constant que de les utiliser à bon escient, l’espoir naïf d’y parvenir. Mais l’aurais-je pu? Ça prendrait une vie, j’imagine.

 
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