Le 7e art et les 6 autres
22 mars 2011
Le Festival international du film sur l’art présente à Montréal un choix parmi les meilleures productions mondiales cinématographiques sur l’art. Chaque film, allant de l’enquête, de l’hommage, du portrait ou de la création pure est unique et offre au spectateur une occasion de développer un regard critique sur l’art.

Les différents volets s’ouvrent à des domaines variés tels que l’architecture, la peinture, la danse, le design, la musique, la mode, le théâtre, la photographie et bien d’autres. Cette édition est marquée par deux nouveautés: la création du prix Liliane Stewart pour les arts du design et l’inauguration du Marché International du Film sur l’Art, présenté du 24 au 27 mars aux professionnels de l’industrie du cinéma.

Gracieuseté du FIFA

La jeune fille au Napalm

The picture of the napalm girl est l’une des photos les plus célèbres au monde. Le 8 juin 1972, le village de Tran Bang est attaqué. Les villageois n’ont que le temps de voir les marqueurs tomber au sol avant d’être bombardés au napalm. La température s’élève instantanément et le paysage devient infernal. Nick Ut Cong Hyunh de l’Associated Press et ses collègues sont postés sur la route. Soudain, de l’épais nuage de fumée sortent des enfants. Ils sont déroutés, les yeux hagards, la peau noircie, en lambeaux. À la vue des photographes et des soldats, ils courent dans leur direction en pleurant. Cet événement selon certain changea le cours de la guerre du Vietnam; pour d’autres, il en est le symbole. Cette petite fille Kim Phùc âgée alors de huit ans, courant nue, ses vêtements ayant été soufflés par les flammes, se retrouva sur la couverture de tous les journaux du monde. Sauvée par le photographe qui l’emmena d’urgence à l’hôpital de Saigon, elle vit aujourd’hui au Canada. Poursuivie par une célébrité dont elle n’a jamais voulu, elle ne parvint jamais à mener une vie normale. Acceptant son destin, elle est maintenant ambassadrice pour la paix à l’UNESCO, et c’est avec un regard tendre qu’elle raconte son histoire. Le film se termine sur les paroles d’un journaliste présent à cette époque: «quand on regarde ces images, ce ne sont pas les événements qu’elles montrent qui sont inhabituels, on voit cela tous les jours à la guerre. Ce qui est inhabituel, c’est qu’il y ait des photos pour les montrer».

Gracieuseté du FIFA

La différence fait l’union

Figurez vous un monde sans tabou, où les images publicitaires font preuve d’une intelligence provocante et ouvrent le débat sur des sujets sensibles. C’est un monde tel que celui-ci que nous représente Oliviero Toscani par son travail et son art, et c’est ce monde que le documentaire The Rage of Images nous propose. «Ce qui m’intéresse ce sont les différences, je ne veux pas les cacher, au contraire. Un monde sans différence serait un monde ennuyant. Le consensus mène à la médiocrité.» Ce sont les mots du célèbre photographe. N’ayant jamais utilisé de mannequin professionnel et défiant les conventions sociales, Toscani a toujours inséré des messages sujets à la polémique dans ses campagnes publicitaires pour grandes lignes de vêtements, notamment pour United Colors of Benetton avec lequel il a rompu son contrat en 2001 après que la compagnie a fait des excuses publiques pour la série de photos de condamnés à mort au États-Unis. Toscani aime faire scandale, non pas par pur plaisir de choquer comme c’est le cas en art trop souvent, mais pour faire parler les gens, pour les pousser dans leur réflexion. En 2007, la campagne choc contre l’anorexie pour la ligne de vêtements No-l-ita avait causé beaucoup de remous. Comme le montrent les passants interrogés dans le film, les gens trouvent cela repoussant, dérangeant, et s’ils s’insurgent au début, ils admettent finalement que cette photo gigantesque et agressive pour le regard puritain les ont amenés à prendre conscience de cette réalité. Des vêtements ensanglantés ayant appartenus à un soldat mort, un jeune homme agonisant du SIDA, mais aussi le racisme et l’union de la race humaine sont des sujets chers au photographe jovial et bon vivant. Son plus beau projet est sans aucun doute La Razza Umana, dans lequel il photographie des passants, des inconnus dans leurs différences avec leur quotidien, marquant leur visage des angoisses et plaisirs qui ont fait leur existence, ayant tous en commun cette chose, leur humanité.

Gracieuseté du FIFA

Au commencement, il y eut le regard

L’espace est une chose, certes par sa forme, mais il n’a de sens réellement que sous le regard qu’on lui porte. C’est ce concept que l’artiste islando-danois Olafur Eliasson exploite à travers son œuvre.

Dans un long-métrage tourné en quatre ans, le spectateur est amené à comprendre ce qu’est l’espace, comment il peut être redéfini et réaménagé pour que notre interaction avec celui-ci en soit transformée. Chaque expérience est unique et personnelle, et la conception de l’espace s’accompagne d’une perception du temps qui la complète; on parle d’une quatrième dimension. «C’est votre perception qui crée l’espace. Celui-ci n’existe pas en tant que tel tant que votre regard ne l’a pas défini» explique l’artiste. Le film Space is Process suit l’évolution de l’ambitieux projet d’immenses cascades en milieu urbain à New York, dans le but de donner une nouvelle dimension à la ville par l’eau ainsi qu’une nouvelle interaction possible avec celle-ci pour le citadin. Ce cheminement est entrecoupé de séquences prises lors du montage d’une exposition rétrospective au Musée d’art moderne de New York ainsi qu’une séance de photographie époustouflante en Islande parmi les glaciers. Le tout est ponctué de commentaires de l’artiste qui, malgré l’écran et la pellicule qui nous séparent de lui, parvient à interagir avec le public, lui faisant faire de petites expériences et lui ouvrant les yeux sur l’espace qui l’entoure. «L’art ne prend pas le monde pour acquis, mais comme un modèle. La réalité soudainement peut changer.» Olafur Eliasson aura certainement eu un impact sur le monde et les perceptions de cause à effets que l’on retrouve dans l’art, la nature et la ville.

 
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