La disparition de la liberté
22 mars 2011
Notre époque est caractérisée par une perte de confiance accrue en le gouvernement et un désintérêt joint à un désengagement total chez les jeunes.

Comment puis-je affirmer ceci alors que cette fin de semaine la Commission-Jeunesse du Parti Libéral du Québec tenait son assemblée annuelle et que des représentants des associations étudiantes collégiales envahissaient ces premiers? Toutes ces manifestations pour se faire entendre et, encore, je reste impassible. Comme beaucoup autour de moi. Tout ce vacarme, tous ces mots. Que des mots.

Je poursuis cette semaine une idée tirée de mon dernier éditorial: le manque de rigueur et d’information. Jeudi dernier, le ministre des Finances Raymond Bachand déposait son budget pour l’année 2011-2012 et confirmait une hausse des frais de scolarité de 325 dollars par an sur cinq ans, faisant le bonheur de certains et le malheur des autres. Si vous avez écouté l’assemblée nationale, vous vous êtes peut-être sentis perdu comme l’exprime le message de cette jeune femme (@veroniquemartel) repris par d’autres sur Twitter: «Mais c’est quoi, tous ces fonds, si on est si cassés que ça?! #jesuisconfuse #budget2011 #assnat». Beaucoup de mots, beaucoup de chiffres, mais comment ceci m’affecte-t-il concrètement demande-t-on? Comme un mauvais vaudeville, on comprenait mal les liens entre les décisions du gouvernement qui justifieraient certaines coupures et d’autres subventions.

Le lendemain, à Maisonneuve en direct sur la radio de Radio-Canada, une jeune femme, étudiante en aéronautique à Longueuil qui a du quitter le foyer familial et louer un appartement et qui travaille trente heures par semaine pour parvenir à joindre les deux bouts, déplorait qu’avec le système actuel des prêts et bourses, elle ne pouvait travailler plus d’une quinzaine d’heures sans être imposée. C’est ainsi que resurgit l’inquiétude de nombreuses personnes quant à la promesse du gouvernement d’améliorer le programme des prêts et bourses. Ce n’est pas tant l’argent, mais sa distribution qui semble poser question. Sur ce point, nul ne peut assurer le dénouement. Il va de même pour le financement des universités. Les dépenses de celles-ci seront-t-elles surveillées (pour éviter le prix d’achat exorbitant d’immeubles ou le salaire des recteurs –de Concordia et de Laval)? Silence.

Dans la même émission, une femme beaucoup plus âgée soutenait la décision du gouvernement de hausser les frais de scolarité, les jeunes doivent faire leur part martelait-elle comme d’autres. Bon d’accord, mais pourquoi d’autres scénarios proposés tel l’imposition prorata ou l’impôt progressif ou l’impôt postuniversitaire ne fonctionnent-ils pas? Pourrait-on connaître la réflexion par laquelle le gouvernement a abouti à la hausse des frais comme dernier recours, ou recours préférable?

Parmi ceux qui déplorent le budget Bachand, on appelle celui-ci le programme Brault & Martineau en rappelant ici que les plus riches se sont enrichis avec l’État providence à partir des années 1960, et que le coûts des infrastructures ont été jetés sur la carte de crédit qu’est la dette, remettant enfin la facture à la jeunesse. D’autres rient de celui qui se plaint de la hausse alors qu’il porte un Canada Goose (@TamyEmmaPepin Le gars fru par #budget2011 à LCN: «On va perdre des élèves sur bancs d’écoles». Pour 325$? Please. Un Canada Goose coûte 600$ #priorités). Le problème est là. On s’amuse entre nous à pointer l’autre du doigt, alors que les autres ignorent les règles du jeu, ignorent le jeu lui-même.

Avec la rapidité à laquelle doivent sortir les informations à présent, on ne pense qu’à synthétiser. Mais à force de synthétiser, on ne communique plus rien. Il est extrêmement difficile de comprendre les retombées du budget sans aller faire un tour dans les archives, sans lire une dizaine d’excellents articles, sans un ami en économie pour vulgariser le tout… sans être éduqué à ce monde d’adultes dans lequel nous sommes inévitablement propulsés dès l’âge majeur. Et à force de méconnaître cet univers, nous nous inventons le nôtre, dans lequel nous nous isolons. Et on perd notre liberté. D’autres parleront à notre place; et ils le feront mieux que nous.

Pour atteindre l’équilibre budgétaire de 2014, on dirait qu’une étape a été sautée, celle des explications. Le financement des tableaux interactifs symbolise et sert de bon exemple de cette nouvelle façon de faire qui consiste à s’outiller avant de comprendre le rôle de l’outil. 240 millions de dollars dans des tableaux interactifs avant la formation des professeurs à la technologie. Tout cet argent plutôt que de réparer le toit des écoles (voir «Nos écoles tombent en ruine» de l’émission Enjeux à Radio-Canada).

Liberté d’expression, oui; mais la liberté se manifeste surtout à travers le droit de vote. Aux prochaines élections, si vous n’êtes pas satisfait, inscrivez-vous et remettez un vote blanc. Avant de voter, on aimerait comprendre pour qui on vote.

 
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