L’odyssée d’une génération
22 mars 2011
La journaliste Mélissa Verreault entame sa carrière d’écrivaine avec Voyage léger, paru aux éditions La Peuplade le 1er mars dernier.

«Regarder sans chercher reste la seule manière de trouver.» La citation de Mélissa Verreault, placée vers la fin du roman, résume en peu de mots les préoccupations de la génération actuelle, dont les ambitions démesurées ne sont pareilles à rien d’autre que celles de posséder le monde et les choix innombrables que celui-ci lui offre.

 

Gracieuseté des Éditions La Peuplade
Dans ce monde de possibilités infinies réside cependant celui des sentiments. C’est celui-là, caché et refoulé, qui a le pouvoir intelligible de détruire tout le reste, toutes les idées, tous les projets, tous les élans créateurs.

 

C’est donc au commencement d’une douce apocalypse que l’on suit la narratrice de Voyage léger, une jeune femme dans la vingtaine victime d’un traumatisme amoureux qui décide de laisser derrière elle les sept dernières années de sa vie, cherchant quelque chose qu’elle peine encore à définir. Cet inconnu, la narratrice le trouve dans un quartier jusqu’alors inexploré de sa propre ville.

Au fil des pages, les bribes d’histoires se succèdent. On a presque affaire à un long poème en prose, parcouru d’un lyrisme amoureux et d’un espoir qui ne se tait jamais tout à fait. Toute l’action, toutes les rencontres, tous les regards échangés dans des rues brumeuses ou dans le couloir glauque d’un hôtel se déroulent à deux pas d’une réalité qui, elle, semble exister à des années-lumière.

Le roman, parsemé de rares dialogues sans caractère, tourne surtout autour des images, reconstituant le monde de l’enfance évacué des problèmes, de la peur de l’Autre, enfin de tout ce que les adultes ne savent plus ou ont oublié. La crudité de l’histoire, son caractère universel, a tout pour peindre le drame du monde actuel, où les problèmes et les moyens de les résoudre se conforment, celui où les mots n’ont que pour fonction de dépersonnaliser, celui où tous sont affairés à chercher dans l’inconnu, dans le futur, ce dont ils sont privés: la force de vivre, la force de combattre, la force de faire preuve de courage, encore si pertinent de nos jours.

Cette ultime échappatoire, la narratrice la retrouve enfin dans sa propre ville, et avec cela cette pensée: est-il vraiment nécessaire, à la fin, d’aller à l’autre bout du monde pour oublier? Ne suffit-il pas de changer simplement d’atmosphère, et, surtout, de prendre conscience de son existence, puisque, au fond, ici comme ailleurs, c’est la seule chose qui importe?

Les questions que soulève l’œuvre de Mélissa Verreault sont en partie répondues dans le roman, et c’est avec délicatesse que la jeune auteure dresse le portrait d’une génération à la fois en détresse, mais désireuse de tout voir, de tout connaître, et de consolider la seule force qui vaille: celle de pouvoir renaître, peu importe les circonstances.

Un roman où l’on boit du thé, où les pensées se perdent dans de miteuses chambres d’hôtels, où les parfums traversent les vitres et où la lumière électrique du dimanche est un hymne à la nécessité des erreurs et à ce qu’elles entraînent comme découvertes, et où la génération de l’auteure y respire à son aise.

 
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