Madame Louis 14
1 mars 2011
Lorraine Pintal donne sa voix à Madame de Maintenon.

Lorraine Pintal, directrice générale et artistique du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), retourne sur les planches dans la peau de Madame de Maintenon, dans un solo théâtral qu’elle a écrit et mis en scène en 1988. Ce sera donc du 29 mars au 30 avril au Théâtre du Rideau Vert qu’il sera possible de s’entretenir avec cette marquise ayant régné indirectement pendant trente ans sur la France en gagnant le cœur du Roi-Soleil.

 

Gracieuseté du Théâtre du Rideau Vert
Née en prison et issue de la petite noblesse, Françoise d’Aubigné grandit dans les couvents de l’époque. Elle épouse le poète Paul Scarron, de vingt-cinq ans son aîné. Sa personnalité la fait briller au sein de la société littéraire et, à travers la fréquentation de divers amis artistes de son mari, elle devient la gouvernante des bâtards du roi Louis XIV. Celui-ci, lassé de ses amourettes après la mort de Marie-Thérèse d’Autriche, se prend d’affection pour celle qui s’occupe de ses enfants illégitimes avec tant d’amour. Elle acquiert ainsi le titre et le château de Maintenon, et épouse secrètement le roi en 1683. C’est donc à partir d’extraits de biographies, des correspondances de Madame de Maintenon, des écrits de Saint-Simon, de Ninon de Lenclos et de la marquise de Sévigné, que Lorraine Pintal raconte ce parcours de vie inspirant.

 

 

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Le Délit
(LD): Qu’est-ce qui vous avait motivé, il y a plus de vingt ans, à écrire cette pièce?

Lorraine Pintal (LP): Les femmes avaient été silencieuses, l’histoire des hommes avait évacué, muselé leur voix. Mais par sa force de volonté, sa détermination, Madame de Maintenon s’est élevée dans la hiérarchie et est devenue une reine. Je voulais réhabiliter l’histoire par les écrits de cette femme qui était révolutionnaire, construire une histoire féminine.

LD: Pourquoi avez-vous choisi la tirade ou le monologue?

LP: Je voulais me retrouver seule par rapport à un spectacle et au processus de mise en scène que je connaissais déjà. Être confrontée à la page blanche. Avec une bourse du Conseil des Arts du Canada, j’ai visité les lieux de vie de Madame de Maintenon, j’ai parcouru les archives nationales. Lorsque tu ne suis qu’un personnage, sa motivation, son parcours historique, l’adaptation se construit autour d’une seule ligne pour approfondir le propos. On se met aussi en danger par rapport au public, c’est un état de déséquilibre, de confrontation avec le public. C’est un des défis que je voulais me lancer, cette solitude sur scène.

LD: Pourquoi reprendre la pièce aujourd’hui; l’avez-vous modifiée, et pourquoi au Théâtre du Rideau Vert?

LP: La reprise ne m’aurait jamais effleuré l’esprit, j’avais tourné la page et j’étais prête à explorer autre chose, je pensais à Jeanne d’Arc, à la Reine d’Angleterre, Virginia Woolf… C’est Denise Filiatrault qui m’a lancé l’idée de reprendre la production telle quelle, il y a environ un an. La scène du TNM est trop grande pour un solo, au Théâtre du Rideau Vert, c’est plus intime.

LD: Le contexte socio-culturel a-t-il changé depuis, avez-vous modifié le texte ou la mise en scène?

LP: La structure est la même, mais j’ai modifié l’intérieur de certains monologues. C’est une esthétique très classique pour le costume, le maquillage, la perruque. J’ai évolué avec le personnage, je l’ai modernisé, je lui ai apporté une parole plus personnelle. J’ai voulu mettre en lumière les contradictions de l’époque, comment ça se situe dans le contexte actuel, la femme dans la société, par rapport à l’éducation, aux relations amoureuses, à la séduction, au questionnement de sa foi, à la spiritualité. Tous ces sujets dont on discute encore abondamment de nos jours.

LD: Quels mots ou quelles images –réelles ou chimériques– vous viennent en tête au mot «royauté»?

LP: Des images très anciennes, Élizabeth Ière, la marquise de Maintenon, Christine de Suède. On pense aussi à une royauté moins glorifiée, aux pays arabes, à une certaine forme de despotisme, à des dictatures. Louis XIV n’était pas un despote, j’interroge la royauté par le biais de cette femme qui se retrouve reine, dirigeante. De quelle manière impose-t-elle son autorité, gère-t-elle l’état, organise-t-elle ses priorités? On connaît en ce moment une des plus grandes périodes de révolution dans notre histoire, je ne préconise pas la monarchie, mais je cherche comment une femme, qu’elle soit premier ministre ou présidente, assume cette royauté très réelle, pas chimérique.

LD: Croyez-vous que la royauté joue un rôle important dans l’histoire du Québec? Quelle relation avons-nous avec la Royauté aujourd’hui?

LP: Je ne crois pas du tout que la royauté possède un grand rôle dans l’histoire du Québec. De par notre appartenance au Canada, par la Couronne britannique, il existe une relation, mais elle n’est même pas symbolique. C’est une réalité qui se rapproche de celle de l’Australie. La royauté, c’est une figure sur les billets de dollars, c’est encombrant même, c’est une très vieille structure qu’on n’a pas cru bon de transformer, peut-être à cause de l’attachement public, surtout chez les personnes âgées.

Madame Louis 14, écrite, mise en scène et interprétée par Lorraine Pintal, sera présenté du 29 mars au 30 avril au Théâtre du Rideau Vert.

 
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