Trauma à la tête
25 janvier 2011

Parfois, je me dis qu’à me lire vous devez sans doute me croire pleine de préjugés, intransigeante et cruellement moqueuse. Je pense aussi que vous vous dites que je ne donne de chance à rien ni à personne de me prouver leur intérêt ou leur valeur, avant que je ne leur appose un jugement définitif. Je pourrais difficilement nier ces idées à mon sujet. Mais, j’ai envie de vous montrer qu’il demeure tout de même une once de bonne foi et un soupçon d’humanité au fond de mon vieux cœur de glace.

L’an dernier, j’ai décidé de donner une chance à Fabienne Larouche, auteure célèbre de séries de longue haleine comme Virginie, dont la nouvelle série, Trauma, est diffusée à Radio-Cadenas. Je me suis convaincue que l’habit ne fait pas le moine, qu’il faut laisser sa chance au coureur, etc. J’ai donc commencé à visionner cette série emplie de bonne volonté, réceptive à son génie potentiel. Évidemment, dès le départ, plusieurs éléments m’ont agacé, comme le début de chaque épisode avec un nouveau cas médical, grossièrement calqué sur la série House, ou encore l’inexactitude du portrait du monde hospitalier (tranche de vie: je travaille dans un hôpital depuis deux ans, donc je remarque ce genre de choses), ou même encore les noms ridicules dont les personnages sont affublés (Dr Rush, urgentiste, Dr Légaré, psychiatre, et j’en passe). Malgré tout, j’ai fait de mon mieux pour garder l’esprit ouvert face à cette nouvelle production télévisuelle, me disant que, pour qu’un budget aussi généreux soit alloué à cette série, c’est qu’elle doit bien avoir une certaine qualité.

À la fin de la première saison, je n’avais pas encore trouvé cette «certaine qualité», mais je n’étais pas non plus prête à démolir Trauma dans une chronique de journal. Mes amis, ce jour est arrivé. La seconde saison de la série a débuté récemment et, après trois épisodes, je dois dire que mon vase déborde. Autrement dit, et pour rester dans le bon goût, je préférerais être exposée pour le restant de ma vie aux selles en conserve de l’artiste contemporain Piero Manzoni qu’à un épisode supplémentaire de Trauma. En seulement trois épisodes de quarante-cinq minutes, Fabienne Larouche a essayé de nous faire avaler ou plutôt, nous a enfoncé jusqu’au fond de la gorge, le viol par un mafieux, dont le frère également mafieux est hospitalisé au service de traumatologie, d’une docteure résidente (jouée par Laurence Lebœuf) déjà aux prises avec des problèmes psychologiques, Karine Vanasse en jeune délinquante se faisant infliger, à sa propre demande, des mutilations génitales par sa belle-mère, le suicide par immolation par le feu d’une autre résidente, et l’effondrement d’un stationnement souterrain dans lequel sont faits prisonniers Laurence Lebœuf, dont les répercussions du viol n’ont pas été traitées dans l’émission, et son petit ami, un autre résident joué par Yan England.

Est-ce que Fabienne Larouche peut défier davantage les règles de base de la vraisemblance dans une production soi-disant réaliste sans que personne ne pipe mot? Au diable la vraisemblance, ce qu’elle recherche ici, c’est le subversif, le choquant, sacrifiant au passage cohérence et continuité. En fait, au visionnement du dernier épisode, j’ai eu l’impression d’avoir reçu un trauma à la tête tellement le début de cette série me semblait incompréhensible, absurde, voire surréaliste.

Pousse, mais pousse égal ma Farouche.

 
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