Assassinat assisté
14 septembre 2010
À la suite d’une décision du ministère fédéral de l’Immigration, une Colombienne doit retourner dans son pays natal dans lequel sa vie serait menacée.

L’ordre est tombé: Gloria Uribe, qui habite Verdun depuis deux ans, doit quitter le pays accompagnée de ses deux filles. Mardi passé, Mme Uribe, qui s’est vue refuser le statut de réfugiée par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR), a parlé en conférence de presse des événements et du règne de terreur que les miliciens imposent à la population de certaines régions de la Colombie. Elle était accompagnée de son avocat et de membres de groupes sociaux appuyant sa demande.

John Bradley, membre du comité de soutien, n’a pas hésité à faire la comparaison avec le suicide assisté, qualifiant le cas de Gloria Uribe d’«assassinat assisté» en tout début d’entretien, donnant d’emblée le ton, hautement émotif, du point de presse.

«Je ne peux pas retourner en Colombie!» s’est écriée Gloria en espagnol, simultanément traduit par son accompagnatrice. Mme Uribe s’est vue refuser le droit de rester au Canada bien qu’elle plaidait que les paramilitaires ont tué et torturé son cousin et son oncle en 2004. Selon ses dires, ils auraient proféré des menaces de mort à tous les membres de sa famille qui ont refusé de leur verser la moitié de leurs avoirs. Elle a d’ailleurs reçu des menaces de mort récemment, en septembre 2009.

«Les paramilitaires sont très organisés, ils disposent de moyens sophistiqués, ils utilisent la violence, ils agissent en quasi-impunité et ils ont une longue mémoire», affirmait Stewart Isvantffy, avocat de Mme Gloria Uribe, mère de deux enfants, dont l’une est née au Québec.

Bien que certains groupes paramilitaires aient déposé leurs armes, d’autres, comme la coalition paramilitaire connue sous le nom d’Autodefensas Unidas de Colombia perpétuent régulièrement des actes de violence sur des civils, les forçant ainsi à quitter leur demeure pour des endroits plus sûrs. Un rapport de Human Rights Watch intitulé «Les héritiers des paramilitaires: le nouveau visage de la violence en Colombie» rapportait d’ailleurs que quelques trois millions de Colombiens ont dû fuir leur pays à cause des paramilitaires.

Droits humains

Le gouvernement canadien verrait dans la situation des droits de l’homme une amélioration par rapport à celle du passé; il serait d’ailleurs sur le point de signer un accord économique avec le gouvernement colombien sur la base de cette amélioration. Certains, comme SOS Colombie, interprètent conséquemment le refus du gouvernement fédéral d’octroyer un statut de réfugié à Mme Uribe comme découlant de cette conception.

Mme Uribe a dû se rendre à l’aéroport ce jeudi alors qu’elle devait prendre un vol en direction de Bogota, capitale de son pays natal, accompagnée de ses deux filles. En réponse à la manifestation tenue par un groupe désapprouvant la décision du gouvernement conservateur, le ministre fédéral de l’Immigration Jason Kenney est resté muet.

La situation de Mme Uribe relance le débat sur l’immigration engagé notamment par le cas des réfugiés tamouls. Un sondage publié un peu plus tôt cette semaine révélait que près de la moitié de la population canadienne estime que l’immigration a un effet négatif sur la société.

 
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