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24 mars 2009
Plaisirs coupables et cultes contemporains

Je n’ai pas grandi en écoutant des «émissions de filles». Alors que mes camarades du primaire regardaient 90210, Chambres en ville et Place Melrose avec leurs grandes sœurs, je regardais des émissions comiques telles que Les Simpsons, 3rd Rock From the Sun ou Home Improvement avec mes parents. Je n’ai pas développé l’envie irrésistible de suivre religieusement les aventures de Virginie, ni celles d’Annie et ses hommes. Je demeure toujours sceptique lorsqu’une nouvelle émission fait son apparition, et je reste convaincue que je ne ferai pas partie de la légion de personnes qui planifient leur vie en fonction des Saintes écritures du TV Hebdo.

Pourtant, parfois, quelques émissions réussissent à me séduire. J’ai fait une bonne partie de mon parcours académique en compagnie du charmant et hyperactif duo composé de Rory et Lorelai – les Gilmore Girls. Bien qu’un peu excessifs dans leurs personnalités, les personnages de cette émission étaient réalistes: ils ressemblaient tous à quelqu’un que l’on connaît. Les auteurs de la série savaient agencer la comédie loufoque avec une écriture intelligente et originale. Cependant, même cette émission n’a jamais réussi à faire de moi une dévote, débranchant son téléphone une heure par semaine pour mieux profiter de sa télévision. La fille à genoux devant sa télé, les deux mains jointes en prière devant le suspense irrésistible provoqué par la tension amoureuse entre un Oh Richard et une Oh Sally-Mae, ce n’était pas moi.

Mais, un beau soir de janvier, tout a changé. Par simple curiosité, j’ai regardé la première de la série Being Erica sur la chaîne CBC, une émission qui allait devenir l’objet d’une dévotion infaillible. La publicité pour la promotion de la nouvelle série avait attiré mon attention: nostalgique des années quatre-vingt-dix et rongée par une multitude de regrets banals et moins banals, j’aimais l’idée que la protagoniste puisse, grâce à un mystérieux psy, retourner dans la décennie passée pour tenter de changer sa vie ou, du moins, de réparer quelques erreurs. J’ai été immédiatement charmée par les personnages et par le talent du réalisateur, capable de nous faire revivre 1992 ou 1989 du point de vue d’une adolescente ou d’une jeune adulte. Les Doc Martens, les posters de Nirvana, les permanentes, les toupets bouffants et une multitude de chansons pop et alternatives qui vont droit au cœur: tout y est!

Le concept original et haut en couleurs aurait pu prendre toute la place au détriment du reste, et  faire ombre au développement de l’histoire et à la complexité des personnages. Mais ce n’est pas le cas. Les péripéties de cette Torontoise de trente-deux ans, jolie et éduquée, mais aussi maladroite, anxieuse, seule et rêveuse, n’ont rien d’ennuyeux. Chaque émission est hilarante, originale et charmante, tout en demeurant intelligente. Malgré le côté un peu fantastique du concept de retour dans le temps c’est une des émissions les plus réalistes que j’ai vues depuis longtemps. Erica est loin d’être parfaite. Elle prend souvent des décisions irrationnelles et a de la difficulté à se comprendre elle-même. Elle ne nous fait pas «chier» avec sa vie professionnelle et amoureuse idéale. Elle est ordinaire, et, en même temps, tout sauf ordinaire. «Vous savez, cette amie que vous avez, celle qui semble avoir tout pour elle? Elle a le super travail, le super copain, la super vie… Hé bien… je ne suis pas cette fille», dit la protagoniste pour se présenter. Moi, j’ai mordu à l’hameçon. Enfin un personnage auquel je peux réellement m’identifier. Amen!

 
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