Mécontentement durable
10 mars 2009

La rengaine du «trop peu, trop tard» est un refrain familier sur le terrain de la lutte environnementale. Brandie avec ardeur par les agités des causes vertes, elle retentit traditionnellement chaque fois qu’est présenté un plan destiné de près ou de loin à améliorer les conditions de vie urbaines tout en promouvant les pratiques «durables». C’est de bonne guerre; exiger plus est sain. Mais à l’approche des élections municipales, les trop-peu-trop-tardistes aiguisent et aigrissent leurs discours, parfois au risque de tomber dans l’excès. À tel point que l’on est en droit de se demander si les partis sont motivés par le seul souci de critiquer le parti de M. Tremblay, dans le but de mieux agencer leurs cartes politiques.

La tendance est telle qu’il n’est guère surprenant de voir le Plan de déplacement urbain (PDU) du Plateau, adopté la semaine dernière, accueilli par un communiqué vitriolé du chef de Projet Montréal, Richard Bergeron. Le Parti, dont la plateforme fait de la durabilité son fer de lance, n’a pas hésité à dégainer la formule magique du mécontentement systématique.  Selon Bergeron, le PDU est si insuffisant que la circulation augmentera de 20 p. cent avec son application. La formulation est sournoise puisqu’en réalité, ce n’est que si la tendance actuelle se maintient (c’est-à-dire une augmentation de 2 p. cent par an)  que la circulation augmentera. Bergeron prend donc pour acquis que le PDU n’aura aucun effet.

Le Plan de déplacement a pour objectif principal la diminution de la circulation dans le Plateau, dont nombre de mcgillois sont les envahisseurs, et par conséquent les bénéficiaires à long terme. Il a pour stratégie le développement d’alternatives efficaces à la voiture, auxquelles s’ajoutent des mesures d’apaisement du transit. Parmi les nombreux objectifs,  le plan prévoit une diminution à 30km/h de la vitesse hors des voies artérielles. Flagrant délit de mauvaise foi, Bergeron s’empresse de crier que l’apaisement de la circulation nécessite la reconfiguration des rues et des intersections, et non pas simplement l’installation de pancartes! Il a sans doute sauté un point du PDU, qui parle précisément d’ «améliorer la géométrie des intersections».

Certes, l’échéancier, qui fixe à 2019 les actions les plus ambitieuses, est quelque peu décevant. Cela dit, s’il est vrai qu’on n’en fait jamais assez, mieux vaut se dire qu’il est rarement trop tard. À la lecture du plan, on se demanderait même si l’arrondissement n’en met pas trop dans son assiette. En tout cas, l’initiative permet d’ouvrir la porte à des initiatives similaires de la part d’autres arrondissements, l’étape ultime étant d’aboutir à une politique cohérente à travers la métropole. Le PDU est solidement conçu et clair, et malgré l’imprécision de certaines de ses actions, il a l’avantage non négligeable d’exister.

 
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