L’université: swigne la bacaisse dans l’fond d’la boîte à bois
19 février 2008

Les quelques étudiants ayant daigné participer à l’Assemblée générale (AG) de l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM) de la semaine dernière en sont revenus très déçus. Les nombreux paquets de biscuits offerts par l’AÉUM à la sortie de cette réunion semestrielle ratée n’ont certainement pas calmé leur faim revendicatrice. Ce sont tout au plus 120 personnes qui se sont présentées à l’AG –dont moins de 50 étudiants provenant d’une faculté autre que celle des arts, un nombre insuffisant pour atteindre le quorum.

Après une semaine de «jouons à ‘à-qui-est-la-faute’», l’AÉUM accusant notamment les conseillers des facultés de sciences, gestion et génie de n’avoir pas mis assez d’efforts dans la promotion de l’AG -ils n’ont pas acheté de biscuits, eux!–, il convient de faire un petit retour sur le manque flagrant de conscientisation politique des Mcgillois.

Lorsque certains représentants de l’AÉUM ne prennent même pas la peine de se rendre à leur assemblée générale et qu’il faut acheter de la nourriture pour rendre cette consultation politique plus «ludique», peut-être existe-t-il un problème plus sérieux avec l’ensemble du corps étudiant?

Encore et toujours Denise Bombardier
Je n’aime pas beaucoup Denise Bombardier, mais parfois, lorsqu’elle ânonne son refrain «dans mon temps, les jeunes étaient politisés et engagés», je me dis qu’elle a peut-être raison. L’université doit contribuer à former une jeunesse revendicatrice, innovatrice, en l’exposant à des idées dérangeantes. Malheureusement, lorsqu’on voit ce que les Mcgillois trouvent «innovateur», il y a de quoi avoir peur.

Étude de cas
Prenez la campagne présidentielle américaine, par exemple. Obama est indéniablement le grand favori des étudiants et diplômés universitaires. Jeune, beau, hot, il est vu par les moins de 30 ans comme un homme politique capable de faire une différence. C’est d’ailleurs ce slogan qu’il répète à tout bout de champ: «Le temps pour le changement [le mien] est venu».

Pourtant, que propose-t-il de si différent pour que des centaines d’étudiants mcgillois se promènent tout fiers d’exposer leur autocollant «Obama’08» sur leur sac à dos? Une détente en Irak? Est-ce vraiment si innovateur comme mesure, mettre fin à une guerre au départ injustifiée? Une assurance-santé pour ceux qui n’en ont pas? Le système de santé américain va tout de même rester privé et continuer à subir la pression des compagnies pharmaceutiques et des groupes de médecins qui cherchent à maximiser leur profit.

«Ah ! bien sûr, répondrez-vous, la population américaine n’est pas prête pour tant de changement. Obama se situe déjà assez à gauche pour les États-Unis.» Vous voulez plutôt dire que, si un candidat à la présidence «osait» proposer un système national de santé publique, les lobbys des médecins et des compagnies de médicaments cesseraient de soutenir financièrement leur candidature? Mais le citoyen américain moyen est-il profondément opposé à l’idée de créer un système de santé financé par l’État? S’il n’est pas ultra-conservateur à la base, permettez-moi d’en douter.

Non, Obama n’est pas si «dérangeant» que ça. Oui, le mandat principal d’une association étudiante va au-delà de la coordination et du fonctionnement des clubs et services étudiants. Et oui, ce serait bien que les étudiants profitent de leur passage à McGill pour remettre leur mentalité politique en question.

 
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