Quand «idée» se heurte à «réalité»
21 février 2017 - Image par Luce Engérant
Retour sur une altercation entre police et secte en République Démocratique du Congo.

Commençons par les faits: l’assaut a été donné par les policiers lors d’une opération au domicile de Ne Muanda Nsemi, député, mais également leader de la secte Bundu dia Kongo (BDK) crée en 1986. Le bilan est assez lourd: trois morts et une trentaine de blessés. Comment expliquer que l’altercation ait pris une telle tournure? Les relations ont toujours été assez tendues entre les forces de l’ordre et la secte. Dans le cas présent, BDK a estimé que son leader n’était pas au poste qu’il méritait au sein du gouvernement. Les policiers craignaient une attaque violente, et ont donc décidé de prendre les devants. 

Le mouvement a une certaine vision pour l’avenir

Retour aux origines

Simple mouvement culturel à la base, BDK se fait vite reconnaître en tant que groupe mystique sécessionniste. Né en 1986, le mouvement incarne la résistance contre l’étranger, et repose sur deux principaux axes: l’abolition des frontières issues du colonialisme, signe de soumission du pays colonisé, ainsi que la réhabilitation de l’héritage traditionnel du pays, qui fut perdu lors de la période d’occupation coloniale. Cependant ce n’est pas parce qu’il est nostalgique d’un passé précolonial que le mouvement refuse d’aller de l’avant. En effet, il a une certaine vision pour l’avenir, plutôt paradoxale compte tenu du fait que Muanda Nsemi est contre la modernité. Il y a donc deux visions qui se chevauchent: une initiative dégressive qui vise à effacer les traces de la colonisation, et une autre progressiste qui a pour but de créer les «États-Unis d’Afrique» basés sur l’ethnicité.

Comprendre les motivations

Muanda Nsemi, devenu leader politique est rentré au gouvernement en 2006 et a tenté d’imposer les idées du mouvement au sein du pouvoir exécutif, menant à une relation très tendue avec ce dernier. Il s’opposait ouvertement au pouvoir du président Joseph Kabila, affirmant que ce dernier serait Rwandais, selon les dires d’une vieille rumeur. Cela vient confirmer les idéologies xénophobes de la secte. Ce sont donc ces obscures déclarations qui rendent les forces de l’ordre sceptiques au sujet de BDK. Ces derniers n’ont pas peur de se salir les mains, comme ils ont pu le prouver en 2008 en attaquant des agents de l’État et en appelant la population locale à chasser les «étrangers», opérations qui ont été sévèrement réprimandées.

Quels impacts?

Puisque le mouvement a été interdit par le Conseil des ministres en 2008, il s’est vu forcé à rester plus ou moins dans l’ombre. Son message n’a donc pas un impact majeur au niveau national. Cependant, avec Muanda Nsemi au gouvernement, la secte se trouve à une place stratégique, et pourrait très bien accéder au pouvoir, d’où la nécessité réguler ses activités. L’altercation de ce début de semaine peut donc être considérée comme une tentative de remettre BDK à sa place. Plusieurs trouvent cependant que la secte est illégitimement jugée illégale, puisque ce pouvoir ne se trouve a priori pas dans les mains du Conseil mais plutôt dans ceux d’un tribunal. L’altercation est donc une opposition entre les forces de l’ordre, symbole de l’autorité formelle et légitime, et les adeptes de BDK, mouvement à but non-lucratif, dont les actions n’ont pas encore eu d’effets concrets.

 
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