La menace imaginaire
21 février 2017 - Image par Monica Morales
Unis, nous serons toujours plus forts.

Le débat sur la laïcité de l’État, qui ponctue sporadiquement l’actualité politique québécoise depuis 2007, semble de nouveau en vogue. Délicat, il soulève les passions, voire la discorde. Contrairement à ce que plusieurs ont affirmé au cours des dernières semaines, je ne le considère pas intrinsèquement malsain, intolérant ou raciste. J’estime qu’il est constructif, pour toute société, de se questionner sur les valeurs qu’elle souhaite promouvoir et partager. Il est possible de débattre ouvertement sans alimenter la haine et la stigmatisation. Cela est, par ailleurs, probablement moins dangereux que de laisser certains discours nocifs se propager dans l’ombre, sans «contre-argumentation».

Une charte électoraliste

Toutefois, le débat entourant la Charte des valeurs du Québec, proposée par le gouvernement de Pauline Marois en 2013 n’a, en aucun cas, atteint ses objectifs. Purement stratégique, le projet de loi, qui, entres autres, souhaitait interdire le port de signes religieux ostensibles par les employés de l’État, ne cherchait pas à construire un avenir meilleur, juste ou plus près des valeurs des Québécois.Il ne tentait que de plaire à une partie de l’électorat – une frange se sentant menacée et qui craint pour la pérennité de la culture québécoise – afin d’assurer la réélection du Parti Québécois lors du prochain scrutin. C’est cet objectif crasse, voué à diviser, qui  selon moi, mène à la stigmatisation de certaines minorités culturelles, principalement la communauté musulmane. Les arguments fallacieux, les calomnies et les raccourcis intellectuels ont été permis et ont, sans le moindre doute, eu un effet non négligeable sur les relations entre les divers groupes culturels du Québec. Si nous décidons, aujourd’hui, de rouvrir ce débat, faisons-le bien et apprenons des erreurs commises par le passé.

Je crois, néanmoins, qu’il faille pousser notre raisonnement plus loin avant de poursuivre cette discussion de société. Cette «menace» que certains perçoivent et qui a mené le Parti Québécois à adopter cette stratégie est-elle réelle? Est-ce que les minorités culturelles, voire les musulmans, car, soyons honnêtes, c’est la communauté soulevant le plus de préjugés, mettent réellement la culture et les valeurs québécoises en péril? À toutes ces questions, je réponds catégoriquement: non. Cette «menace» me semble tout simplement imaginaire.

Alliés pour préserver notre unicité

Je ne fais pas l’autruche: je suis conscient que l’accueil de nouveaux citoyens est toujours perfectible et nécessite, pour toute société, des discussions et des choix difficiles. Cependant, alors que les Québécois perdent, petit à petit, leur poids démographique, l’immigration me semble un allié indispensable pour préserver l’unicité du Québec en Amérique du Nord et dans le monde. Ces immigrants, nous les choisissons et, il faut l’avouer, nous sommes plutôt exigeants, voire sévères. Une part importante des néo-Québécois est originaire de l’Afrique du Nord, où la population est majoritairement musulmane. Mais est-ce la seule caractéristique qui définisse ces gens? Certainement pas, et, à vrai dire, c’est un détail auquel je trouve que nous accordons beaucoup trop d’importance. Tant que nous en oublions nos ressemblances et tout ce qui nous unit.

Ils sont des alliés pour préserver notre unicité ainsi que pour assurer l’épanouissement de la francophonie en Amérique du Nord

Nous avons tous, bien entendu, ce désir d’être épanouis et libres, mais nous partageons également une langue commune, qu’elle nous soit maternelle ou seconde. Il existe de nombreuses caractéristiques pouvant unifier les hommes, et la langue n’est certes pas l’unique qui puisse aider à tisser des liens forts. Toutefois, il est impossible de négliger la multitude de repères culturels et la proximité qu’offre la langue française. Les néo-Québécois ont, en effet, cette capacité de consommer et d’apprécier la culture unique du Québec. De plus, ils peuvent, et cela me semble beaucoup plus important, participer activement à la création et au rayonnement de celle-ci. Ils sont des alliés pour préserver notre unicité ainsi que pour assurer l’épanouissement de la francophonie en Amérique du Nord: nous n’avons qu’à leur tendre la main et à nous attaquer réellement aux problèmes qui empêchent leur confort. Si nous ne le faisons pas, nous ne parviendrons pas à créer ces liens si vitaux, et les sentiments de «menaces» et de peur qu’éprouvent certains persisteront éternellement.

Deux façons diamétralement opposées de préserver la culture et les valeurs québécoises s’offrent aujourd’hui à nos politiques. Ils devront les garder en tête s’ils poursuivent le débat sur la laïcité de l’État. Ils peuvent céder, dans un but électoraliste, à la menace imaginaire, en excluant et en divisant, ou peuvent assurer un avenir pérenne à la culture québécoise en débattant de manière constructive, mais surtout, en incluant. Unis, nous serons toujours plus forts. 

 
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