De l’importance de la misogynie
31 janvier 2017 - Image par Mahaut Engérant
Enquête sur la branche masculine du féminisme.

La semaine dernière se tenait l’un des mouvements globaux les plus encourageants de ces derniers mois, un mouvement féministe d’abord, anti-Trump ensuite ; le mouvement Women’s March.
Tout inspirante que soit cette manifestation, il semblerait qu’un point vienne l’obscurcir –des hommes y ont participé.
C’est en tout cas ce que rapporte un bloggeur indépendant sur le site www.jean_eustache_lereporteramoustache.com. Dans un de ces articles, il questionne la dimension normative d’une telle insertion masculine, se demande si celle-ci n’amoindrirait pas la force du mouvement féministe.
«Aux premiers abords, écrit-il, on pourrait ne pas s’en inquiéter, pourtant une recherche sémantique approfondie nous montre l’incongruité de la situation. En effet le nom du mouvement «Women’s March»… n’a ,à priori, rien de spécial. Or, traduisons maintenant ce même titre en français. Qu’obtenons-nous? «La marche des femmes». On comprend donc bien l’absurdité d’y avoir des hommes. Ce doit être un vaste complot!»

Pour éclaircir ce mystère, au lendemain de la marche, un grand colloque a été organisé par l’association AVHV (Association des vrais hommes virils, ndla) en partenariat avec la TEUBP (Troupe exécutive unilatérale pour la bravoure phallocratique, ndla) et le CONARD (Comité organisateur national des hommes avertis républicains-démocrates, ndla).

Le Délit a pu assister à cette réunion d’experts –et vous retrace les moments saisissants.

L’égalité… pourquoi faire ?

La table ronde commence par une phrase d’introduction enflammée de son président, M. Glolourdeau. «Les hommes n’ont aucun intérêt à être féministes. Nous avons été privilégiés depuis des siècles, nous sommes mieux payés, on peut porter ce que l’on veut sans être objectifiés, sans se faire siffler ou harceler. C’est la belle vie, on ne veut pas l’égalité, ce serait un scandale!»

Perdant presque tout décorum, un des membres interpelle ses collègues: «Un homme féministe ce serait quoi… un homme qui reconnaît ses privilèges et qui les trouves immoraux ? Quelle absurdité! Évidemment qu’ils sont immoraux, mais pourquoi vouloir que les humains soient égaux, alors que l’on peut les différencier à partir d’un simple caractère biologique –donc sans fondements logique, sans raisonnement, sans argument, juste parce que c’est possible ?!»

Au milieu d’un tumulte émergeant, chaque homme coupant la parole de l’autre, pratique si caractéristiques de ces derniers; un des membres nous glisse timidement à l’oreille.
«Ils s’affolent, mais vous savez, la misogynie va bon train. Quel plus bel exemple que M. Trump et ses ministres (au masculin) qui légifèrent sur ce que les femmes peuvent faire de leur organe reproductif ? Et puis, entre nous, quel est le synonyme du mot «humain»… ne dites vous pas «Hommes»? (rire gras) Vous voyez, même notre propre langue reconnaît la domination de l’homme sur la femme (rire vraiment très gras).»

Synthèse.

Il semblerait donc, après avoir recoupé tous ces témoignages d’expert, que les hommes ayant participé aux manifestations «Women’s March» autour du monde seraient tout simplement en faveur d’une équité des sexes. Pour autant, il ne faudrait pas croire qu’ils soient le cœur même de ce mouvement. Si ils y participent, ce ne serait qu’en tant qu’alliés –car le but d’un telle démarche vise bel et bien donner aux femmes le pouvoir de parole et d’actions qui leur est dû. Quel étrange phénomène dans un monde pourtant ouvertement hétéro-patriarcal. Or si le féminisme n’était pas un «complot», mais bien un mouvement pour l’égalité, serait-il possible, alors, d’imaginer un monde où le féminisme serait simplement «le sens commun»? 

NDLA : Ceci est une satire, toute ressemblance de pensée entre celle exprimée par M.Grolourdeau (et différents membres du colloque) et celle de personnes de votre entourage serait fortuite, et très franchement assez inquiétante

 
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