Yémen oublié
18 octobre 2016
Alors que la guerre continue, une famine menace.

Au Yémen, cela fait maintenant 18 mois que s’affrontent les forces alliées du gouvernement «légitime» du Président Abdrabbuh Mansour Hadi et les forces rebelles chiites qui soutiennent l’ancien Président Saleh. Ces dernières — les «Houthis» — ont forcé M. Hadi à fuir la capitale Sanaa en février. Depuis, le Yémen se retrouve en proie à une situation de plus en plus catastrophique du fait d’une internationalisation du conflit.

En outre, le Yémen est devenu le théâtre d’affrontements indirects entre l’Iran — qui soutient les rebelles houthistes — et l’Arabie Saoudite, alliée d’envergure pour le camp de l’ancien président Hadi. Cette véritable «guerre d’influence» ne semble déboucher sur aucune résolution, les négociations de paix étant au point mort depuis août dernier. Au contraire, le dernier raid aérien saoudien, samedi dernier (le 8 octobre), qui a ciblé une cérémonie funéraire dans la capitale ne peut que confirmer ce pessimisme grandissant.

Ces frappes civiles, qui avaient pour but de cibler un rassemblement de l’élite rebelle houthis, ont causé 140 morts (se rajoutant ainsi aux 9 000 morts depuis le début de la guerre). À ce chaos total s’ajoute un coût humanitaire très élevé pour les yéménites: une famine menace sévèrement leur pays.

Le coût humanitaire élevé d’un conflit interne sans fin

Au cœur de ce conflit interne se retrouve une population délaissée et en manque critique d’approvisionnement de denrées alimentaires. Selon le Programme alimentaire mondial (World Food Program), plus de la moitié des 28 millions de Yéménites souffrent d’une «insécurité alimentaire», et 20% nécessite une aide alimentaire immédiate. Comme le rappelle l’UNICEF, les enfants sont les victimes de première ligne: plus de 1,5 million d’entre eux souffrent de malnutrition et des centaines de milliers risquent de mourir de faim. Les mères souffrants aussi de malnutrition ne peuvent les allaiter, ce qui explique en partie le fait que la moitié des enfants en dessous de cinq ans présentent un retard de croissance.

Face aux visages émaciés et aux corps décharnés des enfants dans les hôpitaux de la capitale, M. Stephen O’Brien, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence (OCHA) — en visite la semaine dernière — a décrit une des pires crises humanitaires au monde et d’un véritable «crève-cœur».

Cette situation d’urgence est le résultat inévitable des bombardements incessants et de l’écroulement des infrastructures étatiques. Ces dernières sont nécessaires pour l’approvisionnement en nourriture et en aide humanitaire mais sont en grande majorité paralysées.

Pour cause: la coalition saoudienne a imposé un blocus des ports yéménites les plus importants et a détruit les appareils de déchargement de navires dans les zones contrôlées par les rebelles houthistes. Ces cibles sont éminemment stratégiques puisque le Yémen dépend à 90% d’importations alimentaires pour se nourrir. La pénurie de nourriture se voit donc instrumentalisée comme véritable arme de guerre, au détriment des Yéménites. À ce blocus maritime s’ajoute la montée exponentielle des prix de l’essence et des produits de premières nécessités (sans parler des salaires non-payés). Subsister devient ainsi incessamment plus compliqué.

Selon Ibrahim Mahmoud, du Fonds social de développement yéménite, une solution politique à long terme doit activement être sollicitée par les différents belligérants afin d’éviter la propagation de la famine. Or, la situation étant critique, seule une aide humanitaire imminente et efficace de la part de la communauté internationale semble viable à court terme afin d’éviter une catastrophe de plus grande ampleur. 

 
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