Intello, pragmatique, redoutable
18 octobre 2016 - Image par Mahaut Engérant
Un portrait du nouveau chef péquiste Jean-François Lisée en quatre points.

Vendredi dernier, les militants du Parti québécois (PQ) ont élu un nouveau chef. Au terme de deux tours de vote, c’est à Jean-François Lisée qu’ils ont confié la lourde tâche de re-populariser cette formation politique qui n’est que l’ombre de ce qu’elle fut. La tâche qui attend leur nouveau leader est digne des douze travaux d’Hercule. Cependant, malgré son âge et son étiquette de membre de l’establishment, ce serait une erreur monumentale de sous-estimer le champion choisi.

Le vieil intellectuel et le stratège

Comme on dit en bon québécois, M. Lisée est un «vieux de la vieille». Après une prolifique carrière médiatique et intellectuelle, il s’est lancé en politique en 1994. Cependant, jusqu’à son élection comme député en 2012, il a œuvré dans l’arrière-scène de l’arène politique. En effet, c’est comme conseiller spécial de Jacques Parizeau, le premier ministre québécois qui a mené la charge du deuxième référendum sur l’indépendance du Québec en 1995 qu’il a fait ses débuts. On lui doit notamment la composition de la question référendaire, ainsi que l’élaboration de la stratégie qui entourait cet effort en 1995. Le résultat aura été serré, alors que l’option du «oui» a perdu par quelques dizaines de milliers de voix (49,42% des voix en faveur contre 50,58% en défaveur, ndlr). La politique est donc une discipline qu’il connaît. Grand défenseur de la gauche, il travaille depuis ses débuts pour «mettre la droite K.O.», comme le suggère le titre d’un de ses livres. S’il y a une chose que M. Lisée a réussi à récolter, de par son implication politique, c’est certainement du respect. Avec ses 15 livres, il est une véritable machine à idées. Nous avons donc affaire à un fin stratège et à une esprit politique aguerri.

Un homme pragmatique

L’autre qualité de M. Lisée, c’est son pragmatisme. Il le sait, l’indépendance n’est pas populaire en ce moment — le PQ doit redorer son blason. Alors que ce parti avait autrefois 300 000 membres, il n’en a désormais que 73 000 et sa moyenne d’âge est de 61 ans. Ainsi, M. Lisée a décidé d’adopter une toute autre approche face à la question de l’indépendance du Québec: il s’appliquera au cours de son premier mandat à faire tomber le gouvernement libéral de Philippe Couillard, reportant ainsi le processus référendaire à un éventuel deuxième mandat péquiste en 2022. Sous René Lévesque, figure emblématique du parti, le PQ fut élu pour la première fois en 1976 après une campagne fondée sur «un bon gouvernement». Le choix de mener une telle campagne avait fait suite aux résultats pitoyables obtenus lors des trois premières élections provinciales du parti. M. Lisée entend faire le même pari. Reste à voir si son pragmatisme portera fruits.

Pas sans failles

Cependant, malgré ses qualités, M. Lisée a ses défauts. Un peu «vieux-jeu», il émet parfois des commentaires douteux. Notamment, en campagne, il a proposé de «mieux choisir» l’immigration au Québec et que la meilleure venait de salons tenus à «Paris, Bruxelles et Barcelone». Il préfère aussi que les immigrants parlent déjà le français à leur arrivée. Certes, on peut comprendre ces commentaires, mais alors qu’il a la tâche de donner une image inclusive au PQ, il devra faire plus attention. De plus, son âge et certaines de ses idées ne le rendent pas populaire auprès de la jeunesse. Les jeunes péquistes ont davantage supporté Martine Ouellet, Paul St-Pierre Plamondon et Alexandre Cloutier (les autres candidats à la chefferie du PQ, ndlr). Depuis quelques temps, M. Lisée tente de séduire les jeunes de la Coalition Avenir Québec ainsi que ceux de la Commission Jeunesse du Parti libéral. Les Justin Trudeau de ce monde l’auront prouvé: sans jeunes, il est difficile de gagner une élection.  Il devra trouver un moyen, quel qu’il soit, de rajeunir son parti et, surtout, de rallier caquistes, solidaires et ONistes à sa cause (les trois autre partis en importance au Québec outre le Parti québécois et le Parti libéral, ndlr). Le PQ, s’il veut réussir, devra se rallier autour de Lisée et redevenir une coalition inclusive.

Un adversaire redoutable

Le 18 octobre, M. Lisée reviendra sur les bancs du Salon bleu de l’Assemblée nationale en tant que chef de l’opposition. Le premier ministre Couillard ferait mieux de se tenir prêt. Débatteur hors-pair, maître de ses dossiers, et politicien expérimenté, Jean-François Lisée l’attendra de pied ferme. Réuni devant une foule à Montréal la semaine dernière, l’ancien éditeur-en-chef de La Presse devenu sénateur, André Pratte, a annoncé que la venue de Lisée comme chef est une excellente nouvelle pour les fédéralistes. Selon lui, il les forcera à abandonner leur complaisance et à se tenir debout. Somme toute, le PLQ n’aura pas la tâche facile. 

 
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