3e rencontre préparatoire
4 février 2013
Le ministre Pierre Duchesne souligne l’importance de faire des compromis - À McGill aussi on veut porter notre voix au sommet

Les 17 et 18 janvier 2013, le ministère de l’Enseignement supérieur a organisé à Sherbrooke une rencontre sur le thème de la gouvernance et du financement des universités.

Cet événement s’inscrivait dans le cadre d’une série de quatre rencontres thématiques, en préparation du Sommet sur l’enseignement supérieur qui aura lieu les 25 et 26 février prochains.

«Pour l’instant, nous sommes encore en mode ‘échange’», a dit le ministre de l’Enseignement supérieur Pierre Duchesne dans son discours d’ouverture le soir du 17 janvier. «Il faut un ton qui ne soit plus celui de l’affrontement», a-t-il ajouté dans un point de presse.

Le 17 janvier, Jacques L’Écuyer, consultant en gestion et assurance qualité des systèmes d’enseignement supérieur, a donné une conférence d’introduction au système de gouvernance des universités.

La transparence est, selon lui, un des problèmes de la gouvernance actuelle. Jacques L’Écuyer s’est étonné, par exemple, du fait que les rapports annuels des universités – des documents publics, a-t-il rappelé – ne soient pas souvent affichés sur les sites Internet. M. l’Écuyer a également questionné la composition des instances de gouvernance et de l’indépendance de leurs membres.

Hélène P. Tremblay, ancienne présidente du Conseil de la science et de la technologie et sous-ministre adjointe à l’Enseignement supérieur jusqu’en 2009, a ensuite introduit le sujet du financement. «Il est temps de faire vraiment l’évaluation d’investissement des ressources», a-t-elle déclaré.

Le 18 janvier était une journée de débats. En fin d’après-midi, Pierre Noreau, vice-recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie et Grand témoin de cette rencontre, a proposé sa synthèse de l’événement. Les participants étaient invités à réagir au cours d’une table ronde.

Pour ce qui est de la gouvernance, il y a consensus sur l’idée de créer un organisme-conseil pour aviser les instances de gouvernance. Mais selon Guy Breton, recteur de l’Université de Montréal, «avant de créer une autre patente,  il faut travailler à ce qui existe déjà» et renforcer le rôle du ministère en tant qu’arbitre.

Les participants à la rencontre sont d’accord sur la nécessité de clarifier le rôle des intervenants actuels de la gouvernance. Il y a cependant divergence sur le rôle et la proportion des membres.

Certains ont également suggéré de créer une Charte de l’Université Québécoise. Le député et adjoint parlementaire à la jeunesse Léo Bureau-Blouin, dans son discours de clôture, a déclaré: «Une vision commune du milieu académique, pour préserver la liberté académique […] est une voie que nous devrions fouiller, investiguer». L’idée ne fait toutefois pas l’unanimité.

En ce qui concerne le sous-financement des universités, il n’y a toujours pas de consensus. Louise Chabot, présidente de la Centrale des Syndicats du Québec (CSQ) a demandé à ce qu’il y ait des «données probantes» à ce sujet. À court terme, le ministère a selon elle «la capacité d’analyse et de contextualisation» pour obtenir ces données. «On constate quand même une chose: il y a des besoins qui ne sont pas comblés; cela est dû à un problème structurel», a dit Max Roy, président de la Fédération Québécoise des Professeures et Professeurs d’Université (FQPPU).

À la question, soulevée par M. Noreau dans sa synthèse, de savoir si on peut déterminer une éventuelle limite au financement d’une université, Martine Desjardins, présidente de la Fédération Étudiante Universitaire du Québec (FEUQ) a répondu par un «non» catégorique: «La réponse va de soi! On ne peut jamais arrêter d’investir dans l’éducation».

Plusieurs participants se sont entendus sur le fait que toutes ces discussions ne doivent pas porter uniquement sur le court-terme. Pour Denise Boucher, troisième vice-présidente de la Confédération des Syndicats Nationaux (CSN), «il faut faire des projections sur plus d’une année». Il s’agit d’assurer la «stabilité», et d’éviter les «crises sociales tous les cinq ans», a dit le ministre.

Le directeur du Collège Dawson, Richard Filion, appuyé par Éliane Laberge, présidente de la Fédération Étudiante Collégiale du Québec (FECQ), a par ailleurs rappelé l’importance des cégeps dans ces questions. «Il faut aussi considérer les collèges pour l’allocation des ressources».

Les divergences sont toujours nombreuses. «On a quand même fait de bonnes avancées sur plusieurs points», a fait remarquer Éliane Laberge. «On se rend de plus en plus compte que c’est dans les détails qu’il est plus difficile d’avancer».

Pour beaucoup, la question du sous-financement est une des questions sur lesquelles les acteurs doivent s’entendre au plus vite. «Si vous n’arrivez pas au sommet avec votre analyse sur le sous-financement ou non des universités, on va tourner en rond», a déclaré Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du Patronat du Québec (CPQ), s’adressant au Ministre.

«Nous ne serons pas tous sur la même longueur d’onde, mais il faudra faire des compromis», a déclaré Pierre Duchesne dans son discours de clôture. «La question est: quel genre d’université voulons-nous au Québec?».

La quatrième rencontre préparatoire, sur le thème de la contribution des universités et de la recherche au développement du Québec, se tiendra les 31 janvier et 1er février à Rimouski.

 

Le Sommet de McGill

McGill se prépare également au sommet depuis plusieurs mois.

Les 3 et 4 décembre derniers, l’Association Étudiante des Cycles Supérieurs de l’Université McGill (AÉCSUM) organisait, avec l’Association Étudiante de l’Université McGill (AÉUM), son propre sommet sur l’éducation.

«Nous voulions susciter des discussions franches et saines sur divers aspects controversés de l’enseignement supérieur, et je crois que nous avons réussi à cet égard. Les intervenants ont eu la chance de traiter des thèmes proposés avec nuance et doigté», expliquait alors au Délit Jonathan Mooney, président de l’AÉCSUM. Plusieurs rencontres, sur le financement, la recherche et l’enseignement, et autres thèmes, avaient réuni différents acteurs de l’université et de l’extérieur.

Ce sommet mcgillois avait néanmoins enregistré un faible taux de participation. «Le timing n’était pas très bon [c’était la période d’examens de l’université]», confiait alors Robin Reid-Fraser, vice-présidente externe de l’AÉUM, une des organisatrices et participantes du sommet.

Quel sera le rôle de McGill au sommet provincial? Comme l’expliquait Mariève Isabel, membre de l’AECSUM et ancienne VP externe de l’AÉCSUM, dans un courriel au Délit: «McGill aura un siège pour un administrateur, la Principale. Il y aura aussi des sièges pour les étudiants, par les associations nationales, la FEUQ dans le cas de la ACCSUM».

La Table de Concertation Étudiante du Québec (TaCEQ) représente l’AÉUM.

Le 10 janvier dernier, au conseil législatif de l’AÉUM, Robin Reid-Fraser a proposé une motion pour organiser des états généraux en même temps que le sommet prévu par le gouvernement, à travers la TaCEQ. Cette motion a été reportée, pour permettre plus de recherches sur la question. L’AÉUM travaille toujours à préparer sa contribution au sommet.

L’administration de McGill prépare également sa contribution. Dans un courriel à la communauté mcgilloise la semaine dernière, Olivier Marcil, vice-principal (relations externes) a annoncé la création d’un site Internet «où [l’université brosse] un portrait de [sa] position sur différents sujets relatifs au sommet.» «L’Université McGill demande aux membres de sa collectivité de lui faire part de ses réflexions et commentaires […] les thèmes couverts par le sommet», écrit-il.