Manif’ du 22
25 septembre 2012 - Image par Lindsay P. Cameron
Un autre 22; une manifestation controversée.

Malgré la pluie, près de 2 000 personnes se sont retrouvées ce samedi 22 septembre dans le cadre de la manifestation qui s’inscrivait dans la série des 22 qui avait rythmé la grève étudiante du printemps dernier. La manifestation s’est déroulée sans entraves, mis à part quelques incidents.

Rassemblés au parc Lafontaine, les manifestants ont pris la rue aux alentours de 14h30. Un grand nombre de parents, grands-parents et autres supporteurs de la cause se mélangeaient aux étudiants. Malgré l’apparence paisible de la manifestation, un grand contingent policier a fait son apparition pas plus de 30 minutes après le début de la marche. Cela a donné lieu à quelques altercations entre policiers et manifestants, altercations qui se sont soldées entre autres par deux arrestations et un policier légèrement blessé. La présence massive des forces de l’ordre dans une manifestation qui se voulait festive et pacifique en a choqué plus d’un. Manon Massé, candidate dans Sainte-Marie-Saint-Jacques pour Québec Solidaire lors des dernières élections, affirme qu’«on est plusieurs à considérer que la manifestation d’aujourd’hui, c’est une manif’ de fête, alors c’est vraiment très triste que le bras policier vienne encore provoquer les citoyens et citoyennes qui viennent fêter leur gain démocratique. Je pense que ça va juste faire en sorte qu’ils vont avoir encore plus le goût d’être dans la rue».
«C’est une petite réunion de famille presque calme aujourd’hui, puis tout à coup, on nous poivre, on poivre tout le monde, c’est n’importe quoi. Est-ce que que ça va être ça à chaque fois?», ajoutait une femme se définissant comme une Mère en colère.

La manifestation semblait revêtir diverses significations pour les gens qui y participaient. Alors que certains y voyaient l’expression de leur joie en raison de l’annulation de la hausse et de certains retraits au niveau de la loi 12, d’autres la voyaient comme une façon de maintenir la pression sur le nouveau gouvernement afin que celui-ci tienne ses engagements et se penche sérieusement sur la question lors du Sommet sur l’éducation qui devrait se tenir dans les premiers 100 jours de son mandat. «C’est la poursuite de la lutte étudiante, pour discuter de la gratuité scolaire, une question qui avait été reléguée aux oubliettes et c’est bien de la remettre à l’ordre du jour», me dit Christiane, une manifestante. «C’est pour continuer la lutte, car elle n’est pas seulement pour annuler la hausse», ajoute Kira, une autre manifestante.

Malgré tout, il faut rappeler que cette manifestation ne faisait pas l’unanimité, même au sein du mouvement du carré rouge. Anne-Sophie Gravel, étudiante à Laval et engagée dans le mouvement depuis la première heure, pense pour sa part que cette manifestation est contre-productive: «Je trouve que ce n’est pas une bonne idée de faire cette manifestation au lendemain de l’annulation de la hausse des frais de scolarité. Ça donne l’impression d’avoir raison aux nombreuses personnes dont l’argument est que les étudiants ne sont jamais contents».

Charlotte Fortin, étudiante en Droit, elle aussi à Laval, ajoute que «bien que je comprenne que la gratuité scolaire puisse être un idéal dans une société, je crois que c’est irréaliste de penser l’imposer ici à moins d’un changement radical des mentalités. Un pourcentage trop important de la population […] est réfractaire à l’idée». Elle précise cependant qu’elle ne condamne pas la manifestation car elle croit «que les gens peuvent et doivent aller manifester lorsqu’ils croient en quelque chose».

Finalement, certains critiquent ouvertement la CLASSE en raison de «son acharnement à toujours désirer plus, [ce qui] lui fait malheureusement perdre de la crédibilité». Grégoire St-Martin, étudiant en sciences naturelles au Cégep Garneau, me dit qu’«après avoir atteint leur objectif, ils se relancent dans une tentative de relancer le mouvement social, même si la majorité des gens qui marchaient contre cette hausse tous les soirs sont satisfaits de la conclusion de cette crise sociale». Il ajoute toutefois qu’il «espère que la manifestation […] réunira assez de personnes, puisque la gratuité [scolaire], malgré [être un] concept parfois dur à avaler et avec cette coalition étudiante controversée qui la défend, est un concept intéressant qui serait le paroxysme de l’égalité sociale pour certains».