Libre expression à McGill
20 mars 2012
Le deuxième forum sur la liberté d’expression organisé par Christopher Manfredi, doyen de la Faculté des arts, n’a pas rameuté les foules.

À l’image du premier de la série, l’Open Forum qui s’est tenu dans la petite salle du deuxième étage de l’édifice de l’AÉUM comptait à peine une quarantaine de personnes, et parmi elles, même pas une dizaine d’étudiants étaient présents.

Pourtant Josh Redel, membre du groupe consultatif, s’est dit satisfait. «Cette rencontre a été beaucoup plus productive que le précédente, on a eu de bonnes conversations», a-t-il déclaré après l’événement. «Le plus important, ce n’est pas le nombre de personnes qui prennent la parole, mais la diversité des points de vue», soutient Christopher Manfredi.

Nicolas Quiazua | Le Délit

En ce sens, l’objectif premier de ce forum, à savoir le «rassemblement de la diversité de l’université», aurait été rempli. «Cette assemblée est unique», fait remarquer Josh Redel, expliquant qu’il est rare de voir des professeurs, membres du personnel, et étudiants rassemblés dans une même salle. Rappelons également que la principale Heather Munroe-Blum, bien qu’elle ne soit pas intervenue dans le débat, était présente.

La discussion a essentiellement tourné autour des grandes questions soulevées dans le rapport Jutras. En particulier, la question d’un espace spécialement dédié à la libre expression a été largement explorée.

Lorenz Lüthi, professeur au département d’Histoire, a rappelé que l’université est l’endroit où les jeunes apprennent à devenir des citoyens responsables et critiques. Pour lui, «un espace spécifique pour manifester va à l’encontre de l’esprit de l’université.».

Un étudiant a, au contraire, suggéré de déterminer un lieu où la libre expression serait interdite. Cela reviendrait, au final, à définir le reste de l’espace comme libre. Mais plusieurs personnes ont soutenu qu’une telle initiative ne serait pas bien accueillie.
Puisque le forum devait traiter de la «libre expression» et de «l’assemblée pacifique», il a également été question de la définition de ces termes. Par ailleurs, la discussion a traité, plus généralement, des problèmes liés à la réaction de McGill suite aux récents événements.

Selon Lorenz Lüthi, il faut repenser la façon dont doit réagir l’université: «Le problème, c’est que chaque événement de ce campus qui n’est pas prévisible est considéré comme une menace. Mais une petite manifestation n’est pas une menace.»

D’autre part, pour Haley Dinel, étudiante membre du groupe consultatif, on discute trop de la manière dont les gens expriment leur mécontentement, mais pas assez des raisons pour lesquelles la communauté est aujourd’hui mécontente.

En ce qui concerne l’absence d’étudiants au forum, plusieurs pistes ont été étudiées. On a suggéré que si l’administration prenait quelque mesure concrète avant la prochaine rencontre, cela prouverait l’utilité de ce forum, et inciterait la communauté à le considérer plus sérieusement. Selon une étudiante, tout ceci relève principalement d’une question de «confiance». Mais déjà, le fait que ce deuxième forum se soit tenu dans l’édifice de l’association étudiante de McGill est un élément rassurant.

Reste à voir si les étudiants auront préféré le « really, really open forum on freedom of speech and the right to protest», lancé par MUNACA le 15 mars, ou s’ils assisteront en plus grand nombre au prochain rendez-vous donné par Christopher Manfredi le 27 mars au bar du campus Macdonald.