Pirates au Conseil
7 février 2012
La dernière rencontre du Conseil des Gouverneurs interrompue par des étudiants déguisés en pirates

Mardi dernier, le Conseil des gouverneurs de l’Université McGill a ouvert ses portes au grand public lors de sa rencontre à la Faculté de droit. Suite à un début de session à huis clos, les étudiants et autres membres de la communauté mcgilloise ont été invités à prendre part à la discussion.

L’ouverture d’une des institutions les plus hermétiques de l’Université avait pour but de proposer un forum de discussion entre les étudiants et l’administration. Plus précisément, l’administration disait vouloir recevoir l’opinion des étudiants à propos du Rapport Jutras sur les événements survenus à McGill le 10 novembre dernier.

À peine trois minutes après l’ouverture de ses portes au public, la réunion s’est vue ajournée suite à une manifestation étudiante.  C’est la deuxième fois de suite que le Conseil des gouverneur est interrompu par des étudiants.

La rencontre a commencé par quelques mots de bienvenue de la part de la Principale, Heather Munroe-Blum, ainsi que par une énumération des règles à respecter, prononcées par Stuart Cobbett.  Entre autres, monsieur Cobbett a souligné le fait que la galerie publique n’avait  pas le droit de parole et a demandé aux spectateurs de se restreindre de tout geste d’approbation ou de mécontentement.

Nicolas Quiazua | Le Délit

L’introduction de monsieur Cobbett est cependant très vite interrompue par un groupe d’une dizaine d’étudiants, majoritairement déguisés en pirates, chantant à tue-tête. Pendant l’exercice, durant à peu près cinq minutes, plusieurs des gouverneurs esquissent un sourire alors que d’autres semblent dérangés par le geste de défiance. Suite à plusieurs essais d’intervention, monsieur Cobbett a decidé d’ajourner la réunion.

L’administration a refusé de commenter. Par contre, lors de leur sortie, plusieurs des membres du Conseil ont fait entendre leur mécontentement, affirmant qu’une minorité d’étudiants ruinaient l’opportunité de faire entendre l’opinion générale. Sur ce point, un des étudiants-pirates avoue que lors de la planification de l’occupation du conseil, ils n’avaient pas été avertis qu’une discussion ouverte aurait lieu sur le Rapport Jutras. Information qui selon lui aurait pu changer la stratégie adoptée.

Tout de même, les occupants insistent pour dire que le simple fait que le Conseil des gouverneurs comporte douze administrateurs et simplement deux membres de la communauté étudiante résulte en une impasse: «Il y a des limites à ce que l’on peut faire dans une institution comme cette université qui a à sa base une autorité si non-démocratique».

Nicolas Quiazua | Le Délit

Maggie Knight, la présidente de l’AÉUM et l’une des deux représentants étudiants au Conseil des gouverneurs dit comprendre l’action des étudiants, le «reflet d’un sentiment que les étudiants n’ont pas de forum  où ils peuvent s’exprimer». Selon madame Knight, il semblerait y avoir un désaccord sur ce que peut réellement apporter un dialogue au Conseil des gouverneurs.

Allison Laywine, professeure en philosophie, est du même avis. Elle dit comprendre les motivations des étudiants-manifestants: «Ils sentent qu’ils ne peuvent pas faire entendre leurs voix par une voie normale dans leur université, donc ils cherchent des moyens alternatifs pour faire passer leur message».

Malgré les recommandations du Rapport Jutras par rapport à la nécessité d’établir des forums de communication entre l’administration et les étudiants, le gouffre ne semble pas se réduire. L’administration semble vouloir proposer des plateformes telles que les foires de consultation ou l’ouverture des portes du Conseil des gouverneurs. Néanmoins, il semblerait que les étudiants voient dans ces initiatives rien de plus qu’un simulacre d’écoute.