Où en est la culture?
18 janvier 2011

La compagnie d’analyse Mintel a récemment publié des résultats particulièrement intéressants comparant la fréquentation des théâtres et des pubs en Angleterre pendant la récession économique qui a eu lieu entre 2008 et fin 2010. Les données, présentées par Natalie Woolman dans l’article «Theatres trump restaurants and pubs in recession, says market research», publié dans le journal The Stage, montrent qu’en période de crise, 43% des gens qui vont régulièrement dans des pubs ont tendance à réduire leur présence dans ces lieux, tandis que seulement 21% de l’audience des théâtres changent leurs habitudes culturelles. 5% d’entre eux affirment également envisager d’augmenter leur fréquentation, contre 1% pour les habitués des pubs.

Pas question de sacrifier les plaisirs culturels
Les lieux et événements culturels conserveraient donc leur attrait, même en période de crise, à l’inverse des bars, boîtes de nuit, restaurants, etc. Les économies n’auraient pas lieu d’être en milieu culturel. Pourquoi? Le rapport affirme que la raison se situe dans le fait que tant que les industries du cinéma, du théâtre (et pourrait-on ajouter, de la danse et de la littérature?) fourniront de bons «produits» en retour de l’argent investi par leur public, il n’y a aucune raison qu’ils régressent en termes économiques.

De plus, les sorties culturelles telles que le cinéma possèdent un caractère exceptionnel, contrairement, par exemple, aux sorties culinaires qui sont plus fréquentes. Il serait donc plus aisé d’économiser sur les dépenses quotidiennes que sur les petits plaisirs que l’on s’offre uniquement quelques fois par mois. L’indéniable succès des spectacles à grand public The Lion King et Wicked confirme la motivation du public à continuer, quelque soit le contexte économique, à fréquenter salles de spectacles et autres lieux culturels.

Quelle réalité pour la culture?
Si les résultats de cette étude peuvent surprendre, c’est qu’ils soulèvent un questionnement intéressant et actuel vis-à-vis de cette perte de vitesse du secteur culturel dont une certaine élite aime à se plaindre.

C’est, entre autres, dernièrement, au Salon du livre de Montréal que l’on pouvait entendre, dans le coin des «petites» maisons d’éditions (Le Quartanier, L’oie de Cravan, etc.), des éditeurs, des auteurs, des lecteurs et d’autres intellectuels plus ou moins élitistes se morfondre de la baisse d’intérêt du public pour les différents secteurs culturels, et particulièrement, évidemment, pour la littérature. Les gens achètent moins de livres, ne se précipitent plus au cinéma comme avant, les salles de théâtre se vident et les quelques films sur le ballet récemment parus sur nos écrans ne suffisent pas à donner envie au public de remplir les salles de danse. Difficile de lutter contre ces discours pessimistes généralement ponctués de chiffres de vente désastreux.

Mais que penser de ces discours et de ces réactions lorsque l’on peut lire dans The Stage que la culture, au fond, ne se porte pas si mal?

Un certain public
Il suffit peut-être simplement de s’attarder dans certains lieux montréalais pour comprendre que le rapport Mintel pourrait bien avoir raison du pessimisme de l’élite intellectuelle déçue du Salon du Livre. Les cafés ne regorgent-ils pas toujours de jeunes et moins jeunes étudiants ou autres travailleurs qui parlent culture, discutent de leurs dernières lectures, se conseillent des spectacles «à ne rater sous aucun prétexte» ou encore se mettent en route vers la Cinémathèque Québécoise pour une rétrospective sur Jean Epstein ou Joyce Wieland (en ce moment à l’affiche)?
De plus, les journaux étudiants des différentes universités montréalaises ne prouvent-ils pas,  eux aussi, quotidiennement, qu’il existe une communauté qui se passionne pour la culture, quelle que soit sa forme, et, oui, quelque soit son prix. Cette communauté, si elle n’est pas grandissante, n’en est pas pour autant à négliger, ou à oublier.

Et le rapport de Mintel prouvera à ceux qui ne sont pas convaincus que l’avenir de la culture n’est pas en danger.