Le Délit https://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Thu, 20 Sep 2018 19:28:55 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.8 Calendrier culturel https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/calendrier-culturel-3/ Tue, 18 Sep 2018 21:55:56 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31529 Webmestre, Le Délit | Le Délit ]]> Gare aux tatouages! https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/gare-aux-tatouages/ Tue, 18 Sep 2018 21:51:12 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31520 Evangeline Durand-Allize | Le Délit

Chaque année depuis seize ans, un monument emblématique de Montréal abrite le célèbre Montréal Art Tattoo Show. Venu·es de l’Amérique entière, tatoueur·ses et tatoué·es se retrouvent pour partager leur art, leurs inspirations, leur technique et leur bonne humeur.

Dans une ambiance festive, au son de la vibration des machines à tatouer et de la voix d’Amy Winehouse, chacun·e déambule à la recherche du bijou, du dessin qui tapera dans l’oeil. Certain·e·s, habitué·e·s, savent déjà vers qui se tourner: le festival est l’occasion de venir rencontrer son artiste préféré·e, et d’en ressortir frappé·e·s d’un autographe corporel. D’autres se laissent la liberté de la découverte, feuilletant les catalogues dans l’attente du coup de cœur ou du coup de tête. D’abord un lieu d’échange et de partage, le Montréal Art Tattoo Show est une véritable célébration du tatouage, de ses artistes et de son milieu. Un événement marquant, à tous points de vue!

Portraits

Marcelle est tatoueuse, originaire de Toronto, mais vient pour la première fois se faire tatouer au Montreal Art Tattoo. C’est l’occasion pour elle d’échanger avec celles et ceux de sa profession, de trouver de nouvelles sources d’inspiration et de se mettre dans la peau du client. Lorsque Le Délit l’interroge, elle est allongée sur le fauteuil, guettant l’appareil du tatoueur se remplir d’encre, tandis que l’araignée fraîchement tracée sur sa peau attend, immobile, que l’on scelle son dess(t)in à jamais.

Katy est la gérante d’un salon de tatouage, situé dans le Lower East Side de Manhattan, New York. Tombée amoureuse de l’ambiance du Montreal Art Tattoo Show, elle n’en a pas manqué un seul depuis sept ans: l’énergie créative effervescente, la variété des personnes présentes, l’inspiration: rien n’y manque. Elle-même couverte de tatouages, ce n’est plus l’inspiration que Katy cherche… c’est encore un peu de place!

Rémi est diplômé du Syn Studio en dessin de jeux vidéo. Sitôt sorti de l’école, il y a cinq ans, il s’initie au tatouage grâce à l’une de ses ami·e·s. De fil en aiguille, prenant goût à la liberté et la flexibilité de cette pratique, il décide d’en faire son métier. Abandonnant le réalisme pour les contours épurés, le noir et blanc pour la couleur, il se crée un style sans cesser de chercher l’inspiration autour de lui, parmi ses collègues tatoueur·se·s. Le Montreal Art Tattoo Show est alors autant un événement social qu’artistique: ce sont les vacances d’un passionné.

Rick, tatoueur à Ottawa, vient chaque année depuis huit ans. Il aime l’esprit unique du festival, qui donne pleinement la place aux artistes de s’exprimer: «Ici, c’est différent des salons. Les gens ne viennent pas avec leurs images préconçues, ils viennent rencontrer un·e artiste qu’ils aiment et lui laisse la liberté de créer, lui donnant souvent carte blanche.»

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Qu’est-ce qu’un·e affichiste ? https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/quest-ce-quun%c2%b7e-affichiste/ Tue, 18 Sep 2018 21:47:11 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31518 «Un·e affichiste est une personne qui crée des affiches» m’indique la première réponse Google. Et avec raison. Mais cette évidence linguistique ne saurait nous éclairer ni sur son rôle, ni sa formation, ni les limites et la liberté de sa fonction. Et tout d’abord, qu’est-ce qu’une affiche? Roman Cieslewicz (1930-1996), graphiste et affichiste polonais, s’amuse de la définition du Larousse: «Une feuille imprimée, souvent illustrée, qui porte un avis publicitaire, etc.» Selon lui, c’est dans le «etc.» de la définition qu’il trouve sa place. Car Cieslewicz lui-même ne sait pas bien en quoi consiste le métier d’affichiste: dépassant le caractère commercialisateur et politique de l’affiche, il explore jusqu’à l’épuisement les capacités de l’image et de sa fonction, offrant une abondante quantité d’objets à notre étude.

L’affiche comme arme de résistance

Diplômé des Beaux-Arts de Cracovie, Cieslewicz devient rapidement un acteur majeur de la scène graphique polonaise. Lorsqu’en 1963, il s’exile en France pour «confronter son oeuvre aux néons de l’Occident», il bouscule les codes esthétiques de la tradition française de l’affiche, héritée de Chéret et Toulouse-Lautrec, et lui donne un nouveau souffle: celui de l’engagement.

Son oeuvre, à laquelle le musée des Arts Décoratifs de Paris rend aujourd’hui hommage, est d’un éclectisme sans limites. Affiches pour le cinéma, le théâtre, les expositions du Centre Pompidou, couvertures de livre, de journaux, mises en pages de Vogue ou Elle; il navigue dans l’océan graphique de la seconde moitié du XXème siècle. Mais par un dialogue perpétuel entre ses références artistiques (Dada, Avant-Garde russe, Bruno Schultz), ses préoccupations essentielles (l’actualité politique, la guerre, la tyrannie), et ses compagnons de création (Roland Topor, Raymond Depardon), son oeuvre devient rapidement la figure de l’engagement par le graphisme, dont témoignent ses projets et sa participation critique dans la presse. Entre autre, par la revue Kamikaze, dont la puissance évocatrice des images suffit à critiquer et remettre en question les sujets les plus controversés de l’actualité.

a chirurgie de l’image

Son mode de création, quant à lui, est aussi fascinant qu’édifiant. Chaque jour, il épluche la presse internationale, trie, découpe, classe son butin dans plus de 350 boîtes à thèmes différents. Puis, en remaniant les informations et les symboles visuels de ses trouvailles, il les cisaille, les assemble, afin de leur donner une nouvelle signification, celle de son propre regard sur le monde, critique et acéré. Sa méthode presque scientifique lui vaut le qualificatif de «chirurgien de l’image».

La gifle visuelle

Cieslewicz considère que l’affiche a pour mission d’instruire, autant esthétiquement qu’intellectuellement. Il reprend ainsi les symboles les plus forts de l’actualité de son époque et de la tradition culturelle occidentale: Mona Lisa, le Che, la croix gammée;  amplifiant, détournant et ravageant leur sens. Sa parole à lui, ce sont ses images, qui dérangent et fascinent autant qu’elles nous réveillent, nous assurant «l’hygiène de la vision» qu’il vise à prodiguer.

Révélant la puissance de l’impact visuel des images, et dévoilant au grand jour la manipulation que nous subissons quotidiennement dans la presse et les images publicitaires, Roman Cieslewicz propose une définition du métier de l’affichiste qui va bien au-delà d’un rôle commercialisateur: l’art de la chimie, directe et explosive, entre message et outils visuels. Il ne tient qu’à nous d’en faire bonne utilisation.

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Entre violence et douceur https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/entre-violence-et-douceur/ Tue, 18 Sep 2018 21:44:30 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31516 Le marché Bonsecours, situé au cœur du quartier du Vieux-Port, accueille tout au long du mois de septembre la 13e édition du World Press Photo Montréal. Prestigieux concours annuel de photographie professionnelle, l’événement propose une rétrospective des événements internationaux marquants de l’année passée.

En 2018, le World Press Photo Montréal récompense 42 photojournalistes de 22 pays, pour 150 images lauréates. Au long du parcours de l’espace situé au rez-de-chaussée, toutes les images sélectionnées sont distinguées et rassemblées par catégories: enjeux contemporains côtoient environnement, projets à long terme de photographes, sports ou encore portraits.

Tout juste après avoir passé l’entrée du bâtiment, l’on est happé par la première image exposée. Très sombre, en orange et noir, elle jure sensiblement avec l’ambiance claire de la salle: il s’agit de la photographie ayant remporté le prix de la photo de l’année. La récompense a été attribuée au photographe vénézuélien Ronaldo Schemidt de l’AFP (Agence France-Presse), pour l’exploit d’avoir capté l’intense violence de l’instant représentant une silhouette masculine encadrée par la police prenant tout à coup feu. José Victor Salazar Balza, 27 ans, est l’homme représenté sur cette photo prise lors d’une lors d’une manifestation de mai 2017 contre le président Nicolas Maduro à Caracas, au Venezuela. Le choc est d’entrée palpable, mais le soulagement n’en est que plus grand lorsque l’on se déplace à l’envers de la photographie pour découvrir que le jeune homme s’en est tiré malgré ses nombreuses brûlures au second degré.

Ivor Prickett

Terreurs et compassions humaines

Au fur et à mesure que l’on parcourt l’exposition, on note à contrecœur qu’à l’inverse du jeune José Victor Salazar Balza, tous les protagonistes ne s’en sont pas aussi bien sortis.

Une section au fond à gauche de la galerie est réservée aux moins sensibles. On s’en prend rapidement plein les yeux: Toby Melville, photographe anglais raconte à travers Witnessing the Immediate les attentats de Westminster où il s’avérait être présent, de manière crûment figurative. 

Des passants aident des victimes immédiates de la voiture-bélier conduite par le terroriste, tuant cinq personnes et faisant plus d’une cinquantaine de blessés. On y voit une de ces blessés, une touriste américaine, ironiquement allongée dans les cartes postales de la capitale anglaise, dispersées par la force du choc. Le contraste entre la panique lisible sur le visage de la blessée et l’environnement du cadre est déroutant, et l’on ne s’en remet pas facilement.

Les traumatismes des actes terroristes sont largement représentés à travers ce palmarès.  Un peu plus loin, à l’arrière de la petite section, il faut passer voir Car Attack de Ryan Kelly pour constater toute la fragilité du quotidien. Cette image est celle de la voiture-bélier fonçant en août 2017 dans la foule d’un groupe de manifestants antiracistes rassemblés en opposition à une manifestation d’extrême-droite de suprématistes blancs à Charlottesville, dans l’État de Virginie aux États-Unis. En une image se condense tout le désespoir d’une vie banale arrachée à ces gens: des chaussures, des téléphones, des corps dans tous les sens, projetés en l’air et retombant, malgré leur éclectisme frappant, dans une même faiblesse de chiffon.

La douceur de l’anodin

Après tant d’émotions relativement difficiles à supporter, on escompte enfin voir un peu d’espoir. On le trouve en montant à l’Espace Mezzanine, à travers l’exposition L’Après-coup» qui concentre les regards et les rencontres photographiques d’Alexandre Champagne sur l’après-tragédie du Centre culturel islamique de Québec. Sont présentées des histoires intimes, touchantes, qui apportent finalement aux visiteurs un peu d’apaisement face à toute la violence présente au fil de l’exposition, dont il est à peine donné d’imaginer l’impact sur la vie des victimes et survivants d’attaques terroristes.

Dans un ton bien différent, en redescendant au premier étage et juste avant de quitter l’exposition, on tombe presque sans faire attention sur un îlot de douceur qui semble en décalage discret avec le poids justifié des autres sujets. Ich Bin Waldviertel projet à long terme de Carla Kogelman mené depuis 2012, présente une sélection touchante de clichés retraçant l’évolution d’Alena et Hannah, deux jeunes filles que la photographe suit dans leurs étés, au fur et à mesure des années.

Un portrait tout en douceur et en intimité de l’enfance et des débuts de l’adolescence dans ce petit village bioénergétique de Merkenbrechts. Les portraits des deux fillettes et leurs frères et amis jouant dehors, nageant dans ce village d’Autriche autonome en énergie de la biomasse locale et de sources renouvelables apportent une touche d’espoir nécessaire pour apprécier l’ensemble du World Press Photo à sa juste valeur: un portrait fidèle de l’année 2017.

Jusqu’au 30 septembre au marché Bonsecours.

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La Chambre des Merveilles https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/la-chambre-des-merveilles/ Tue, 18 Sep 2018 21:21:32 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31663 Palomo Spain propose un univers. Chaque collection du jeune créateur Alejandro Palomo nous amène, depuis 2016, dans un endroit, un rêve particulier, que ce soit un hôtel, une partie de chasse ou, plus récemment encore, un cabinet de curiosité.

Un défilé baroque

Sa collection printemps-été 2019 prend place dans un décor de vieux musée proche de l’abandon, avec des vitrines de bois couvertes de tissu blanc, un parquet grinçant et un éléphant naturalisé, entre autres animaux. Les invité·e·s vont assister, pendant une demi-heure, à un spectacle insolite, couvert par une musique d’inspiration indienne, rempli d’effets de lumière, de cliquetis, de murmures résonnant dans la galerie.
Les mannequins sortent les un·e·s après les autres. Leur pas est lent. La consigne du directeur artistique: marcher tel qu’on se sent, puissant·e. Le but est de marcher calmement, de montrer que le vêtement fait partie de son identité.
Le premier mannequin annonce la couleur pour le reste du défilé: coiffé d’un immense panache de plumes d’autruches projetées vers l’arrière, le tout sur un chapeau colonial orné d’une moustiquaire de mousseline descendant sur une veste blanche d’habit XVIIIe. Le tout surmonte une jupe assortie et des cothurnes romaines en cuir blanc montant jusqu’au genou.
Ainsi se succèdent des vêtements aux mêmes inspirations: la Rome antique, l’Angleterre coloniale, les costumes de théâtre, les stars hollywoodiennes des années 1930, les costumes de cour du XVIIème et du XVIIIème siècles. Le tout bruit des étoffes, des plumes, des perles, des franges, des capes, sous le pas des souliers à boucles et des escarpins.

Un éclectisme total

La collection fait référence aux cabinets de curiosité, Wunderkammer en Allemand, ces salles de présentation de collections qui ont fleuri à partir de la Renaissance, alors que les pays européens s’ouvraient aux «bizarreries» du reste du monde. Le goût des très riches collectionneurs pour les naturalia, coraux, œufs d’autruche, noix de coco, montés en orfèvrerie alors, comme ici en sac à main, était caractérisé par un éclectisme assumé. Le but était de présenter à travers sa collection ses goûts les plus personnels, selon une organisation spécifique au collectionneur, qui voulait impressionner ses visiteurs, leur donner les clés de lecture que lui seul possédait. Le parallèle avec une collection de mode, rassemblant les influences les plus diverses pour leur donner une unité, est vite tracé.

Courtoisie de Palomo Spain

Un genre de mode

Surtout, ce qu’accomplit Alejandro Palomo dans ses œuvres, c’est la refonte complète de la notion de genre dans le vêtement, une différenciation que l’on peut faire remonter très loin dans l’histoire de celui-ci. En effet le vêtement, construction éminemment sociale depuis l’Antiquité, sert à distinguer les fonctions, les classes sociales, les choix de vie, les hommes et les femmes. Cette dernière distinction a été, dans l’histoire de la mode, plus ou moins accentuée ou gommée, en fonction des époques et des acteur·rice·s. On a beaucoup parlé de mode «unisexe», concernant l’introduction de codes vestimentaires masculins dans le vestiaire féminin, tels que le pantalon, le smoking, ou plus récemment les sweatshirts présentés comme portés de la même façon pour homme et pour femme. Plus rarement on a vu l’introduction d’éléments féminins dans le vestiaire masculin, rappelons-nous des robes pour homme des années 60, telle la «sumérienne» de Jacques Estérel. Or, ce prétendu «unisexe» adapte chaque type de vêtement à un genre, le féminise, masculinise, jusqu’à perdre son unité même. Palomo Spain, lui, puise autant dans le vestiaire traditionnellement féminin que masculin, et l’embellissement de chaque pièce, par l’imprimé, le drapé, les détails cousus, une boucle de métal gravé, l’utilisation du satin de soie, de la mousseline ou du velours, transforme les mannequins en icônes queer indéfinissables, séparées de toute idée de genre. Palomo Spain parvient à révéler celui·elle qui le porte, transforme le vêtement en outil de pouvoir qui transcende les genres, les époques et les influences.

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Co-présence au MAC https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/co-presence-au-mac/ Tue, 18 Sep 2018 20:58:06 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31634 L’exposition Présence instable vient de s’achever au Musée d’Art Contemporain de Montréal. Du 24 mai au 9 septembre, il était possible de venir observer les oeuvres de Rafael Lozano-Hemmer, artiste d’origine mexicaine, résidant à Montréal et grandement reconnu à l’international pour ses installations participatives. Il est notamment le premier artiste à représenter le Mexique à la Biennale de Venise, et compte des oeuvres parmi les collections du MoMA à New York, ainsi que du Tate Modern à Londres. Jusque-là peu présenté à Montréal, Rafael Lozano-Hemmer effectue un retour sur sa production des dix dernières années au travers de Présence instable.

Spectateur·rice et technologie

Plus que des installations spectaculaires par leur taille, couleur ou luminosité, la plupart des oeuvres de l’exposition requièrent une participation active des spectateur·rice·s, et invitent à plus qu’un simple regard ou une traversée. Ces dernier·ère·s doivent entrer en mouvement, s’immobiliser, parler, être bruyant·e·s ou encore pénétrer les oeuvres pour activer ces dernières. L’utilisation de la technologie est un aspect prédominant du travail de Rafael Lozano-Hemmer et permet cet échange participatif. On observe ainsi l’utilisation de vidéos, capteurs de présences, de sons, de projections lumineuses, de jeux d’ombres. En plus d’activer les œuvres, les spectateur·rice·s font partie intégrante de ces dernières, qui accumulent des images, des sons, des mouvements, qu’elles réutilisent ensuite dans leur fonctionnement.

Au-delà de la simple participation

Outre le côté ludique et plaisant de l’exposition, l’artiste aborde au travers de ses œuvres des sujets plus délicats et met ainsi l’accent sur des événements tel que le massacre étudiant de Tlatelolco (Mexique, 1968). En effet l’oeuvre Voz Alta and Prototype, commissionnée en 2008 pour célébrer le 40ème anniversaire de ce tragique événement, était constituée d’un haut-parleur et d’un faisceau lumineux, mis à disposition sur la Plaza de las Tres Culturas (Mexico), et permettait aux proches des victimes de ce massacre de s’exprimer en public. Le dispositif entier ainsi que des vidéos de l’installation dans son contexte premier étaient exposés au MAC.

D’autres installations abordent un sujet différent: celui de la surveillance. Plusieurs œuvres utilisent des capteurs de mouvements ainsi que des techniques de vidéo-surveillance. C’est notamment le cas de Zoom Pavilion. Les spectateur·rice·s entrent dans une salle équipée de douze systèmes de reconnaissance faciale, ainsi que des caméras, projetant les images du public sur les murs, effectuant des zooms sur les visage et établissant des connections aléatoires entre les visiteur·se·s. Cela ne rappelle que trop bien le sentiment d’être dans un film futuriste dangereusement proche, dans lequel tout le monde est surveillé et tout est automatisé. L’exposition Présence instable compte ainsi plusieurs dimensions, qui la rendent autant accessible qu’intéressante. Il est très facile de se laisser porter par les différentes installations, qui restent néanmoins porteuses des messages critiques de la société.   

Expositions à venir

Le rideau venant de tomber sur la rétrospective artistique de Rafael Lozano-Hemmer, le MAC se pare de nouveautés. Les expositions de l’automne sont en cours d’installation. Manifesto de Julian Rosefeldt, artiste allemande, mettra en scène une oeuvre immersive, passerelle entre vidéo, performance et installation. La programmation comptera également l’installation d’une exposition rétrospective de l’artiste québécoise Françoise Sullivan. Enfin, Partitions, ayant pour rôle de faire le pont entre les deux expositions précédentes, sera la dernière de la session d’automne. Il sera possible de visiter le Musée d’Art Contemporain à nouveau dès le 20 octobre, lorsqu’il sera rouvert au public.

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RENTRÉE DE L’AÉUM : QUESTIONS PRESSANTES https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/rentree-de-laeum-questions-pressantes/ Tue, 18 Sep 2018 18:01:46 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31586 Marina Cupido redonne de la place aux francophones.

À la tête des Affaires externes depuis juin 2018, Marina Cupido, étudiante de quatrième année à la Faculté des Arts en Études du Moyen-Orient et du monde islamique, est désormais responsable de la coordination des relations de l’AÉUM avec le gouvernement, les associations étudiantes, les groupes communautaires et les syndicats étudiants. Son rôle consiste également à fournir des ressources en français et à défendre les initiatives francophones sur le campus et dans la ville de Montréal. Une des causes dont Marina a fait fièrement la promotion est la défense des groupes autochtones de McGill. Un de ses objectifs est aussi d’améliorer les relations avec les habitants de Milton Parc.

 

Mettre fin aux abus de pouvoir

   

En abordant le problème qui a secoué le campus pendant l’été, à savoir la poursuite du professeur Amhed Ibrahim envers Sarah Abdelshamy, Marina est catégorique: «C’est urgent de mettre un frein aux violences sexuelles endémiques.». À travers les réseaux sociaux, Marina a adressé son soutien à Sarah. Marina souhaite que les relations intimes entre professeur·e·s et élèves aux rapports de force inégaux soient interdites par l’Université pour permettre aux étudiant·e·s d’étudier en sécurité.

Commentant le nouveau guide des relations intimes entre le corps enseignant et les élèves, publié en mai 2018 par  l’administration, Marina déplore une ambiguïté et des contradictions quant aux termes employés. Les relations entre professeur·e·s et élèves de facultés différentes ne sont pas interdites et il lui paraît anormal que seules les relations professeur·e·s-élèves d’une même faculté soient concernées.  C’est pourquoi il lui semble plus que nécessaire que les relations entre un·e professeur·e et un·e élève  de toutes les facultés soient simplement interdites afin de ne plus avoir  à déplorer de nouveaux cas d’abus. Quant à Sarah, il lui semble essentiel que des moyens financiers et juridiques de la part de l’AÉUM lui soient proposés.

Marina conclut en ajoutant que des espaces de discussion et des mesures disciplinaires doivent être prises rapidement pour garantir le bien-être de chacun·e. Cette dernière interrogation clôt le sujet: «Peu importe ce qui s’est passé, Sarah mérite d’être soutenue et si nous ne le pouvons pas, que pouvons-nous faire

Francophones et autochtones

Concernant la place de la francophonie au sein de l’Université et particulièrement de l’AÉUM, Marina est déterminée à redonner sa place à cette tradition en perte de vitesse au sein des affaires universitaires depuis quelque années. Récemment, des réunions ont été organisées au sein de l’AÉUM pour redonner de la place aux affaires de la francophonie. Dans la continuité de la cause francophone, Marina s’est engagée, lors de sa campagne, à créer des relations saines avec Milton Parc et ses habitants majoritairement francophones. Pour permettre à ces deux causes d’avancer, Marina annonce que deux comités seront créés prochainement, l’un pour la communauté de Milton Parc, et l’autre pour les affaires francophones au sein de l’administration, afin de faciliter la réalisation des actions. Un de ses projets est aussi de rassembler un.e représentant.e de chaque association étudiante francophone mcgilloise dans un comité dédié à la francophonie pour donner la parole aux personnes concernées, qu’iel consulterait plusieurs fois par an.  L’engagement de la part des associations pour la défense des autochtones est aussi une de ses priorités, et Marina dénonce le manque de fonds accordés aux associations étudiantes comme le Comité aux affaires autochtones et la campagne pour changer le nom de l’équipe mcgilloise de football, les hommes rouges (Redmen en anglais). Selon iel, c’est une «honte et une insulte» pour le respect des peuples autochtones et le nom devrait être changé.

Sa campagne pour changer le nom de l’équipe de football de McGill est, entre autre, une de ses promesses de l’année dernière et Marina souhaite s’y tenir.

De l’optimisme malgré tout

Malgré les coûts liés à la construction du bâtiment Shatner, le contexte politique dans lequel les élections québécoises se déroulent, avec la montée de la Coalition avenir Québec, que Marina considère inquiétante pour les minorités et les étrangers, iel se dit rester optimiste, «l’année risque d’être intéressante».


Alexis Fiocco | Le Délit

Jun Wang Vice-Président aux Finances

 

Réduire les dépenses de l’AÉUM est inévitable.

 

En charge des Finances depuis juin 2018, Jun Wang est étudiant en quatrième année à la Faculté de gestion Desautels. Il s’était engagé pendant sa campagne à rendre les finances de l’AÉUM plus transparentes et plus accessibles aux étudiant.e.s. Le rôle du chef de la direction financière de l’AÉUM est d’assurer la stabilité administrative et à long terme de l’association. Le v.-p. Finances est en charge de préparer le budget annuel, de gérer les ressources humaines et de superviser le plan d’assurance.

Un budget déficitaire

Le budget de l’année 2018-2019 est un enjeu crucial, il ne cache pas la réalité des finances : «Nous allons accumuler un lourd déficit car nous n’avons pas anticipé la fermeture du bâtiment». Suite à la fermeture du bâtiment Shatner, l’AÉUM doit faire face à des dépenses additionnelles pour payer les loyers des bâtiments Robert Bourassa et Peel, alors que les travaux prennent du retard suite aux problèmes de sécurité. L’AÉUM est aussi coupée de tout revenu, puisque le bâtiment qui auparavant était loué par l’Université est hors de service. Cependant, Jun insiste: «Je pense que ça devrait être une décision unilatérale en consultation avec tous les départements».  Les départements ont déjà accepté de réduire leur budget alors que le coût lié aux locaux des clubs a doublé dans le budget.  Il a été décidé que les premiers clubs qui seront enregistrés sur la plateforme de fonds seront assurés d’avoir un endroit et les fonds étant limités, cette règle semblait la plus juste face au nombre conséquent de clubs. Pour ceux qui n’auraient pas d’endroit attribué, Jun réfute toute responsabilité et ajoute que Tre Mansdoerfer et Sophia Esterle se chargeront de leur trouver un endroit alternatif sur le campus. Les candidatures ouvriront le 29 septembre plus tardivement que l’année dernière, si tout se déroule comme prévu.

L’organisation des clubs

Son premier objectif pour les semaines à venir est d’abord de transformer le système de comptabilité, qu’il considère comme inadapté face au nombre de clubs qui s’enregistrent et demandent des fonds. La priorité est de réorganiser le logiciel d’inscription afin de faciliter le processus et gérer plus rapidement les candidatures aux fonds. C’est pourquoi il a décidé de standardiser le système et de donner à chaque club un guide instructif  détaillé. Le grand chantier qu’il lui reste à transformer est le système de comptabilité de l’AÉUM,  «un système de comptabilité conservateur». Il réfléchit encore à remettre à neuf le système : «Plutôt que de travailler avec l’ancien, pourquoi ne pas le faire avec un nouveau système ?». Une autre problématique qui lui tient à cœur est le manque de communication entre les exécutifs et les départements: certaines règles ne sont pas assez claires et expliquées, ce qui entraîne des problèmes de procédures et des délais. Il tient à organiser des réunions pour mettre en place des règles explicites, et rendre tous les départements responsables .

Les frais dentaires

Jun est formel sur la décision prise: réduire la couverture dentaire était la seule solution face au déficit. Faisant référence à l’ancien v.-.p  Finances, Esteban Herpin, il précise que «l’ancien exécutif aurait dû faire une motion pour augmenter le coût de l’assurance». Pour répondre aux besoins des étudiants, il souhaite cependant s’entretenir avec le comité des frais de santé dentaire pour changer la couverture qui est modifiée tous les cinq ans. Il comprend la frustration «des élèves qui font leur dernière année et qui ne bénéficieront pas de la nouvelle couverture», mais pense que cette décision «permettra aux nouveaux élèves de faire partie du processus». Il explique aussi que cette réduction de couverture dentaire va servir à investir davantage dans la santé mentale dans le futur sans toutefois préciser de date.

Des mesures éthiques

Alors qu’il souhaitait mettre en place des rapports hebdomadaires, en plus des rapports du conseil législatif, il a décidé de simplifier ces rapports pour les rendre accessible aux étudiants. Cette décision va dans le sens de sa promesse de campagne vers une transparence des finances de l’AEUM. Enfin, il s’engage à remettre en marche le Comité des Investissements Éthiques qui n’était plus actif, et souhaite le mettre en lien avec Desautels Capital Management, un fond géré par des étudiants de l’Université.

 

Erratum: Une version précédente de l’article indiquait que Marina Cupido avait été élue en mai 2018 et que Jun Wang était en charge des Finances depuis mai 2018. Les v.-p. ont débuté leur mandat le 1er juin 2018. 

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Décoloniser les imaginaires https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/decoloniser-les-imaginaires/ Tue, 18 Sep 2018 17:52:19 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31644 Samedi, plutôt que de profiter de ce qui était annoncé comme l’une des dernières fins de semaine d’été en vadrouillant sur le boulevard Saint-Laurent rendu piéton, plutôt que de me laisser aller à l’oisiveté alléchante des lendemains de soirées un peu arrosées, plutôt que d’essayer de me perdre un peu dans le quartier où j’ai récemment emménagé, j’ai préféré m’enfermer deux heures dans les salles d’exposition surclimatisées du 1380 rue Sherbrooke.

L’Histoire de l’art est une discipline à réinventer, à réécrire en prenant en compte les discours et les récits jusqu’alors marginalisé

« Décoloniser le regard »

Décoloniser, déconstruire, défaire, démolir, désamianter, sont toutes autant de notions qui, de manière générale, m’interpellent, surtout quand elles se réfèrent à des représentations artistiques dont nous sommes plus ou moins gavés depuis le plus jeune âge.

Le plus jeune âge, c’est à peu près par-là que j’ai pour la première fois entendu parler de Picasso. Par ma mère, par la télé, dans un bouquin… Impossible de remettre le doigt sur le discours qui a gravé son nom en énorme dans mon cerveau, au panthéon des artistes les plus grand·e·s que le monde ait jamais connu, aux côtés de Victor Hugo, Rodin ou Apollinaire. Un peu exagéré me direz-vous? J’en conviens. Mais j’ai mis un certain temps à comprendre que des artistes peintres, des sculpteur·ice·s, des plasticien·ne·s ou des auteur·ice·s pouvaient être rencontré·e·s ailleurs que dans les archives de la culture légitime occidentale (mise en avant à l’école ou dans les livres d’histoire), où les hommes blancs sont surreprésentés.

Alors, «décoloniser [mon] regard», puisque tel est l’objectif ambitieux que s’est fixé le Musée des Beaux Arts de Montréal, c’est tout un projet.

Les vraies Demoiselles d’Avignon

«Arts primitifs », «arts nègres», «arts Africains»: tout ce qui se rapporte au monde non occidental est assujetti aux étiquettes composées par les sciences humaines et sociales blanches et européennes du XIXème siècle. Il est rappelé que l’histoire de l’art est une discipline à réinventer, à réécrire en prenant en compte les discours et les récits jusqu’alors marginalisés, car leurs codes ne correspondaient pas à l’esthétique occidentale imposée au monde lors des conquêtes coloniales.

Réinventer les narratifs de l’art non-occidental passe alors par la réappropriation de ces mêmes narratifs. Aussi le musée expose les oeuvres d’artistes non-blancs, non-européens, souvent d’origine ou de descendance africaine (ah, l’Afrique, ce grand pays). Pour n’en citer que quelques-unes, je retiendrais le travail du vidéaste Mohau Modiasengk, né à Soweto, les photographies de Zanele Muholi, artiste queer sud-africaine ou enfin le magnifique tableau intitulé I learned the hard way (j’ai appris à la dure, ndlr.) de Mickalene Thomas. Par ailleurs,  à l’entrée de l’exposition, une installation collaborative créée par un collectif de femmes montréalaises, qui se fait appeler «The Woman Power», est présentée. Ce projet pose une question – qui sont les vraies demoiselles d’Avignon? – et invite des femmes artistes à dialoguer avec l’œuvre du peintre Minotaure. Par la photographie notamment, les artistes questionnent le rapport qu’entretenait Picasso avec ses modèles et tentent de présenter autre chose qu’une vision fétichisée des corps féminins.

L’ensemble de ces travaux fait écho aux écrits d’Achille Mbembe, de W.E.B Du Bois ou de Simon Gikandi. Certaines citations de ces auteurs qui ont fait la pensée décoloniale sont retranscrites sur les murs.

Cette grande exposition, qui réunit des centaines d’oeuvres venues des quatre coins du monde nous donne une occasion unique de pouvoir contempler à la fois des tableaux d’un peintre illustre ainsi que des projets modernes et définitivement décoloniaux. Malheureusement, l’articulation des oeuvres entre elles et le propos tenu globalement par les textes qui accompagnent la déambulation dans les galeries m’ont paru parfois maladroits voire totalement insuffisants quant à une possible déconstruction de notre rapport à l’art non-occidental.

De l’objet au sujet

Pablo Picasso, bien que confronté à des oeuvres et des réflexions critiques de son travail, est tout de même érigé en héros dans cette exposition. En témoignent les frises chronologiques qui lézardent les murs des différentes salles et qui mettent en parallèle l’unique destin du peintre espagnol avec des évènements politiques internationaux et transcontinentaux ayant rythmé les luttes d’émancipation des peuples colonisés. J’ai été quelque peu déconcertée à la lecture des mentions suivantes juxtaposées: «1900: première conférence panafricaine» / «1902: Picasso réalise sa première sculpture en terre cuite ».

Loin de moi la pensée que les destins individuels ont moins d’importance que les traités et les conférences internationales. Ma critique réside plutôt dans l’idée que les destins individuels qui ont « voix au chapitre » sont souvent ceux des quelques mêmes grands artistes que l’on a bien voulu reconnaître en tant que tels. À qui l’on veut bien reconnaître un droit à cette individualité. Une décolonisation du regard doit passer par la décentralisation de la culture vers d’autres individualités, notamment celles qui ont été et sont encore dominées, passées sous silence. Ce sont ces dernières qui doivent passer du statut d’objet à celui de sujet. C’est pour ces individualités artistiques qu’il y a urgence. « Picasso face au reste du monde », ce n’est pas un regard décolonisé. C’est encore faire d’un artiste européen le seul sujet que l’on confronte à des centaines de masques Baoulés, de coiffes Aka mais aussi de corps (souvent de femmes) réduits à l’état d’objet. Celui-ci s’en délecte, s’en inspire, s’en émeut, il leur ajoute une valeur esthétique, et c’est là le fil conducteur d’un projet d’exposition qui se veut décolonial? Encore raté.    

« Picasso en Nigritie » 1

Picasso est cité ainsi à propos des objets venus d’Afrique subsaharienne qu’il collecte et dont il s’inspire : «Je ne sais pas d’où ça vient, je ne sais pas à quoi ça sert mais je comprends très bien ce que l’artiste a voulu faire». C’est tout à son honneur (et un peu prétentieux), mais selon moi, un discours véritablement décolonial s’attacherait à souligner que si l’intention de l’artiste anonyme ne nous est pas parvenue, c’est parce que pour la plupart, les possessions de ces objets par des Européens sont l’oeuvre de pillages et d’appropriation par des rapports de forces 2. Ce n’est pas qu’une question de mysticisme qui relierait le génie de Picasso et l’âme de celui qui a créé ledit objet. C’est aussi une question de colonisation. Au cours de l’exposition, est surtout mis en évidence ce que Picasso a su apprécier dans ce qu’il appelle « les arts Nègres ». Mais rassurons nous, il «déteste l’exotisme»3

Zanele Muholi

Une décolonisation du regard doit passer par la décentralisation de la culture vers d’autres individualités

On notera aussi les nombreuses références faites à l’amitié qu’entretenaient Pablo Picasso et Léopold Sédar Senghor, poète et premier président de la République sénégalaise, un peu comme pour assurer au public que la rhétorique anticoloniale du peintre de génie fut validée par un de ceux que l’on reconnaît comme un pilier du mouvement de la Négritude. Ces références, ainsi que les oeuvres présentées plus haut qui ont retenu mon attention, m’ont parfois donné l’impression d’être là en tant qu’alibi, comme pour faire oublier que la mention «Picasso» dans le titre de l’exposition est probablement la raison pour laquelle elle a réuni plus de 150 000 spectateurs. Le peintre protagoniste bien qu’un peu bousculé, demeure celui dont nous connaissons tou·te·s le nom à défaut de connaître ceux des centaines d’artistes anonymes dont il s’est inspiré ou qui ont su répondre à ses travaux problématiques. 

Sur le pas de la porte du musée, la chaleur étouffante à laquelle j’ai pu échapper pendant quelques heures me reprend à la gorge. Je sors de cette exposition un peu frustrée, un peu fatiguée, avec une opinion clairement mitigée. Cela étant, je suis heureuse d’avoir pu lire en très grand dans une institution culturelle aussi prestigieuse que le Musée des beaux-arts de Montréal, la phrase de Zanale Muholi, surplombant son immense portrait: « Je me réapproprie ma condition noire qui, selon moi, est continuellement interprétée par d’autres privilégiés (…) Je ne joue pas à être noire ».

À quand des centaines de milliers de visiteur·se·s au MBAM se précipiteront pour voir une exposition intitulée: «D’Afrique aux Amériques: Muholi en face à face, d’hier à d’aujourd’hui.»

 

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Les étudiant·e·s au banc des accusé·e·s https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/les-etudiant%c2%b7e%c2%b7s-au-banc-des-accuse%c2%b7e%c2%b7s/ Tue, 18 Sep 2018 17:47:30 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31621 La gentrification, anglicisme désignant l’embourgeoisement urbain, est un concept désormais difficile à ignorer. Étant témoins des mouvements d’opposition, des manifestations et des vitrines de boutiques fracassées, nous sommes forcé·e·s de constater que la revitalisation des quartiers montréalais suscite inquiétude et indignation. L’on ne peut le nier, l’accroissement d’intérêt porté à un espace déjà bien occupé mène à une transformation du profil social et économique, apportant à long terme des conséquences intrinsèquement défavorables. Par exemple, l’arrivée de gens aisés dans un quartier plutôt défavorisé conduit

Il s’agit de milliers de Montréalais.e.s, annuellement, qui sont contraint.e.s de fuir leur quartier, laissant derrière eux les nombreux souvenirs créés durant les dix, vingt et même trente dernières années

inévitablement à la construction de nouveaux commerces et restaurants haut de gamme qui sauront convenir à la nouvelle classe de résident·e·s. Le quartier se voit donc tranquillement refaçonné en espace moderne et développé. Or, le secteur étant plus attrayant, le développement urbain mène à l’inflation des loyers. Et ne pouvant se permettre cette augmentation, les moins nanti·e·s se résignent à quitter le quartier pour se réfugier dans un coin de l’île encore plus défavorisé. Il s’agit de milliers de Montréalais·e·s, annuellement, qui sont contraint·e·s de fuir leur quartier, laissant derrière eux les nombreux souvenirs créés durant les dix, vingt et même trente dernières années.

Cependant, les causes de l’embourgeoisement ne tiennent pas que des agents immobiliers et propriétaires de condos assoiffés d’argent, le phénomène est complexe et prend diverses formes. En fait, les étudiant·e·s contribuent aussi à l’embourgeoisement des quartiers montréalais. 

Une ville étudiante

Montréal est désignée comme la meilleure ville d’Amérique du Nord pour étudier, selon le classement du cabinet Quacquarelli Symonds (QS) et héberge l’une des meilleures universités au monde, soit l’Université McGill (32e dans le classement),

toujours selon la même source. Il n’est donc pas surprenant que la métropole abrite près de 35 000 étudiant·e·s étranger·ère·s, soit 77% des nouveaux·elles citoyen·ne·s installé·e·s au Québec, et que ces chiffres ne cessent d’augmenter. Comme tout flux migratoire, l’arrivée de ces nouveaux·elles étudiant·e·s crée de grands changements sociaux et économiques. Indéniablement, une forte vie étudiante permet le roulement de l’économie locale, entraîne la création d’évènements éducatifs et culturels et mène à la construction de lieux publics tels que les bibliothèques, les cafés et les bars. Dans la société vieillissante qu’est le Québec, les étudiant·e·s permettent d’autant plus un renouvellement de la main d’œuvre. La présence d’étudiant·e·s internationaux·ales, de plus, renforcé la mosaïque culturelle qu’est Montréal — et ne faut-il pas oublier que c’est son cosmopolitisme qui la distingue du reste du Canada. 

Embourgeoisement étudiant

Sur une note moins positive, les étudiant·e·s s’installent

généralement dans des quartiers où le coût des loyers est assez bas, se séparant le prix entre deux, trois ou même quatre colocataires. Les propriétaires se tournent alors vers des logements plus grands et peuvent ainsi se permettre d’augmenter le loyer, au détriment des petites familles qui ne peuvent se permettre qu’un appartement modeste. Et même pour les familles aisées, le déménagement est parfois la seule option lorsque leur petit quartier tranquille se transforme en débauche étudiante.

Constatant la demande grandissante de logements pour étudiant·e·s et y voyant un marché florissant, les propriétaires et les  universités se sont empressés de créer des résidences étudiantes près des campus. Parc Cité ou encore Evo dans le Milton Parc, l’Îlot voyageur dans le quartier latin et le 355 rue de la Montagne dans Griffintown: l’on parle de logements qui impressionnent par leur style moderne et luxueux. Encore une fois, aucune place aux logements abordables ne fut accordée dans ces

projets immobiliers.

Les contrecoups de la population étudiante ne s’arrêtent pas là. S’installant à Montréal de façon temporaire pour la plupart, les étudiant·e·s ne traitent pas le quartier où ils·elles résident de la même façon que les habitant·e·s de longue date. En effet, chaque quartier possède certaines caractéristiques qui lui sont propres, ce qui crée un sentiment d’appartenance parfois puissant chez ceux et celles qui y résident. Ces dernier·ère·s veillent ainsi au maintien et à la floraison du coin en participant par exemple aux activités culturelles du quartier, en s’impliquant auprès de comités locaux ou simplement en respectant les règles et l’environnement des lieux. Tandis que pour un·e étudiant·e fraichement arrivé·e en ville et considérant qu’il·elle ne s’installe que temporairement, il est plus difficile de

Le gouvernement pourrait à son tour faire sa part en développant des stratégies concrètes pour améliorer l’intégration des étudiant.e.s internationaux.ales à leur nouveau milieu

développer un rapport d’attachement pour son arrondissement, et l’individu ne s’investira probablement pas dans la vie de quartier. Rien d’alarmant, certes, mais lorsqu’il s’agit d’une vague importante d’étudiant·e·s passager·ère·s, ou de la construction d’imposantes résidences universitaires, cela peut gravement endommager l’harmonie du quartier. Le non-respect de la collecte des ordures, par exemple, est un problème récurrent dans les arrondissements où y vivent de nombreux·ses étudiant·e·s. Des concierges opérant dans Milton Parc et le Plateau ont témoigné à la presse de Radio-Canada que les rues sont continuellement couvertes d’ordures jetées par les étudiant·e·s qui ne se soucient pas des règlements municipaux.

La population étudiante a son lot de responsabilités dans l’embourgeoisement des quartiers montréalais, mettant l’authenticité de la ville en péril

Ces incivilités sont d’autant plus visibles à la fin des semestres, où les étudiant·e·s s’empressent de quitter pour les vacances en abandonnant meubles et déchets au passage. Comme mentionné, l’arrivée en masse d’étudiant·e·s permet à la métropole de conserver son dynamisme et sa vivacité. Nul ne peut ignorer l’apport de ces nouveaux·elles arrivant·e·s sur les plans social, culturel

et économique.

Toujours est-il que la population étudiante a son lot de responsabilités dans l’embourgeoisement des quartiers montréalais, mettant l’authenticité de la ville en péril.

Bien évidemment, la solution n’est pas de pénaliser les universitaires, plutôt faudrait-il sensibiliser les nouveaux·elles étudiant·e·s quant à l’importance de respecter et de participer à la vie de quartier. Le travail doit peut-être débuter dans les universités mêmes. Elles devraient s’assurer que les projets immobiliers de résidence respectent la volonté du quartier dans lequel ils s’implantent et encourager la participation des étudiant·e·s aux activités locales, par exemple, au travers de projets de recherche. Le gouvernement pourrait à son tour faire sa part en développant des stratégies concrètes pour améliorer l’intégration des étudiant·e·s internationaux·ales à leur nouveau milieu. Pour protéger la culture québécoise, il faut inciter les nouveaux·elles citoyen·ne·s à s’y intéresser, plutôt que de tenter de les en écarter.

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Le Québec et l’ambiguïté nationale https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/le-quebec-et-lambiguite-nationale/ Tue, 18 Sep 2018 17:42:49 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31615 Le Québec retourne aux urnes en octobre. Toutefois, cette campagne électorale a de particulier qu’on a pratiquement éjecté hors de celle-ci la question de la souveraineté politique de l’État québécois.

Pour les électeurs québécois, le positionnement socio-économique des partis politiques sur l’axe gauche-droite n’est évidemment pas dénué d’intérêt. Toutefois, depuis les années 1970, c’est leur position face à la question nationale qui s’est généralement avérée déterminante.

Cette question maintenant écartée du débat, le clivage gauche-droite devient le principal élément structurant de cette campagne. De retour à la politique dite normale, semble-t-il.

Cependant, le débat souveraineté c. fédéralisme absent cette fois-ci, les partis traditionnels ont dû revoir leur jeu afin de s’attirer autrement la sympathie des électeurs. Or, des décennies de focus sur la question nationale ont épargné au Québec la polarisation gauche-droite qu’on peut observer par exemple aux États-Unis. L’échiquier politique québécois demeure donc relativement étroit.

Du pareil au même?

C’est ainsi que la ligne apparaît en effet parfois plutôt mince entre la Coalition avenir Québec (CAQ), qui se trouve en tête de peloton, et le Parti libéral du Québec (PLQ), qui se range présentement juste derrière elle : «Libécaquiste, Caquibéral : du pareil au même» insiste d’ailleurs une coalition de syndicats québécois.

Le PLQ et la CAQ sont effectivement tout autant apôtres d’une «saine » gestion des finances couplée à une réduction de la taille de l’État. Les deux partis se rangent derrière le projet de Réseau express métropolitain (REM). Ils s’engagent à donner plus de poids aux régions, se campent en faveur du fédéralisme et demeurent discrets face aux impératifs des changements climatiques.

Le PLQ se défend de vouloir abolir les commissions scolaires tel que la CAQ promet de le faire; il a pourtant tenté de rapatrier leurs pouvoirs et de supprimer les élections scolaires lors de son dernier mandat. Enfin, sur le plan socio-économique, les différences entre les deux partis semblent relever davantage de la forme que du fond.

L’ambiguïté ne peut d’ailleurs qu’être entretenue alors que le PLQ et la CAQ s’échangent des candidats comme s’ils étaient des cartes Pokémon. Prenons Marguerite Blais, ministre au sein du gouvernement libéral de Jean Charest, ou Nadine Girault, qui a elle aussi décidé de porter les couleurs de la CAQ. De l’autre côté, deux candidats défaits de la CAQ ont été recyclés en ministres au sein du PLQ. Tout dernièrement, Gertrude Bourdon et Enrico Ciccone, qui flirtaient avec la CAQ, ont annoncé qu’ils seraient candidats pour le PLQ.

Cette confusion idéologique risque d’exacerber la volatilité politique qui règne déjà suite à la mise au rancart de la question nationale; car c’est bel et bien sur le plan identitaire qu’ils semblent vouloir se distinguer l’un de l’autre.

La promesse caquiste de diminuer annuellement de 20% le nombre d’immigrants en témoigne. On en témoigne un autre exemple, lorsque Philippe Couillard, faisant profil bas sur son bilan, prétend au nom des Québécois que « La ‘‘ballot question’’, comme on dit au Québec en 2018 » devra porter sur les seuils d’immigration.

Souveraineté

Si le Parti québécois (PQ) a mis la souveraineté au rancart, c’est notamment parce qu’il sait qu’elle ne trouve pas le même écho auprès des Milléniaux qu’auprès des Baby-boomers, dont le poids démographique décroît progressivement.

Avec Québec solidaire (QS) à sa gauche, le support des milléniaux – socialisés politiquement durant une période complètement différente de celle des Boomers, ayant assisté à deux référendums et plusieurs crises constitutionnelles est tout sauf gagné d’avance pour le PQ.

Tel que le présageaient Éric Bélanger et Valérie-Anne Mahéo dans un article paru cette année, tout indique qu’un réalignement du système partisan québécois est en cours. La question qui semble s’imposer, finalement, est la suivante: le PQ aura-t-il été le parti d’une génération, voué à disparaître ?

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Les Louanges, premier album ! https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/les-louanges-premier-album/ Tue, 18 Sep 2018 15:06:05 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31651 Le Délit (LD): Quelle est ton histoire avec la musique?

Vincent Roberge (VR): J’ai toujours pris des cours d’instrument, en commençant par la guitare. Mes premières expériences de scène datent de l’adolescence, quand je jouais dans les rues de Québec avec des ami·e·s. Plus tard, j’ai étudié en musique au Cégep et navigué parmi de nombreux groupes. En 2015, j’ai participé au festival de la chanson Granby, ce qui m’a permis d’obtenir un peu d’argent, un peu de reconnaissance, et de voyager en France, j’ai même pu aller chez Francis Cabrel, à Astaffort. Les rencontres que j’ai faites à Granby, c’était le dernier coup de pouce pour que je déménage à Montréal. J’ai d’abord sorti un EP – Les Mercures – sous le nom « Les Louanges ». J’ai tenté de participer au concours des Francouvertes, j’ai pas été pris; j’ai retenté l’année d’après, j’ai été pris. Encore mieux: je me suis retrouvé en finale. C’est à ce moment-là que je me suis fait remarquer par ma maison de disques, une aubaine pour l’album que je préparais! Et le reste s’enchaîne: la promo, les spectacles…

LD: Comment crées-tu ta musique?

VR: Dès qu’il s’agit du processus de création musicale, c’est vraiment moi et mon ordinateur. J’utilise Logic Pro pratiquement comme un instrument. L’album que je m’apprête à sortir est assez organique par moments, j’avais mes grilles d’accord et j’enregistrais différentes textures, mais après ça je modifiais les sons, j’en ajoutais des préexistants, tout ceci en utilisant plein de synthétiseurs…

LD: On te décrit parfois comme l’un des artistes qui déconstruisent la notion du genre. Comment te places-tu par rapport à ça?

VR: Je ne pense pas être à l’avant-scène de la remise en question du genre. Dans mon album, il y a quand même des marques de genre, je parle de moi par morceaux, j’ai même évoqué ma blonde. Et je reste un garçon blanc hétérosexuel… Mais les sujets de mes chansons ne sont pas genrés, si je parle d’amour, n’importe qui peut s’y reconnaître, un gars avec un gars, un gars avec une fille, des queers, même… un chien (rire)? Ces sujets-là sont universels.

LD: Qu’est-ce que tu veux transmettre dans ta musique?

VR: Je pense qu’une grosse partie de ma musique évoque la recherche d’un post-adolescent qui n’est pas encore rentré dans de nombreux standards. Même au niveau musical, je ne sais pas exactement où me placer. Je me retrouve dans des playlists trap, hip-hop, alors que je ne m’y conforme pas du tout. À partir de tout ça, ma musique exprime ma vision sur le monde. Mais d’abord, je fais ce que je veux entendre. J’ai une approche non-bullshit, j’aime expérimenter, la moitié de mon album est pleine de références, je recherche la poésie, l’accroche. Si j’avais un but à transmettre, c’est bien celui de faire ce que je veux. Je fais des trucs alors que je n’ai pas le physique de l’emploi, du funky sensuel alors que je suis pas funky sensuel, du rap alors que je me fais rire moi-même quand je rappe…

LD: Quels sont tes projets pour la suite?

VR: L’automne va être assez chargé, l’album sort le 21 septembre, j’ai un lancement à Montréal, puis un lancement à Québec et les deux sont sold-out. D’ici à 2019, j’ai environ 19 événements de prévus. Je viens aussi de signer pour les Trans de Rennes (Rencontres Trans Musicales de Rennes, ndlr), alors je m’en vais faire une petite tournée en Europe pendant deux semaines avant Noël… Il se peut que j’aille en Belgique, à Paris et dans le Nord de la France. Peut-être sortir d’autres sons d’ici à l’été prochain!

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Les films de la rentrée 2018 ! https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/les-films-de-la-rentree-2018/ Tue, 18 Sep 2018 14:49:33 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31638 We The Animals, fresque brutale et sensible de l’enfance

We The Animals est l’adaptation du roman éponyme de Justin Torres sur l’enfance troublée de Jonah, jeune garçon américain d’origine portoricaine. Dans les années 1980, en pleine zone rurale de l’État de New York, Jonah et ses deux frères aînés Manny et Joel forment un trio inséparable. Les épisodes de violences conjugales poussant le père à disparaître régulièrement et la mère en dépression, les trois frères se retrouvent livrés à eux-mêmes. Ils vont alors devoir se battre pour assurer leur survie au sein d’un foyer instable porté par l’amour si volatile de leurs parents. Jonah, hyper-sensible, va s’extraire de cette violence quotidienne en dessinant chaque nuit, en cachette.

Entre documentaire et animation

Le réalisateur Jeremiah Zagar offre une sublime et envoûtante fresque de l’enfance. Devant la violence du monde des adultes, Jonah se retrouve obligé de grandir par à-coups. L’absence parentale va entraîner une libération chez les trois frères, soulignant une certaine «sauvagerie» qui évoluera sans l’intervention d’une quelconque autorité. Le film explore avec poésie l’expérimentation de cette liberté, illustrée par de magnifiques scènes en pleine nature.

We The Animals est le mélange réussi entre la brutalité des scènes similaires à un documentaire, et la grâce des dessins de Jonah qui vont s’animer et devenir des personnages à part entière. La caméra de Zagar vissée sur les visages nous confronte abruptement à l’intimité des personnages. Sans jamais tomber dans le voyeurisme, Zagar nous emmène avec délicatesse dans la complexité de l’apprentissage. L’alternance entre plans panoramiques de la campagne américaine, zooms coup de poing sur les visages et les dessins enfantins de Jonah donne une atmosphère magnétique à l’œuvre. De plus, la rareté de la parole multiplie brillamment l’intensité des expressions et laisse exploser la puissance des émotions.

  

Le refus d’une virilité écrasante

L’un des thèmes majeurs de We The Animals est la découverte par Jonah de son homosexualité. La liberté des trois frères ne va paradoxalement pas inciter Jonah à assumer cette sexualité naissante. Le père portoricain et les deux frères aînés reproduisent en effet une hyper-masculinité par un comportement extrêmement agressif envers leur mère et entre eux. Lors d’une scène particulièrement marquante, Manny et Joel vont boire, fumer et insulter Jonah de «bitch» car il ne se conforme pas aux normes d’une virilité menaçante. Outre la représentation de cette masculinité oppressante, ce film est aussi l’histoire du détachement de Jonah vis-à-vis de cette dernière.  Par le dessin et l’écriture, Jonah se construit un monde onirique puissant selon ses fantasmes et sa sensibilité.

We The Animals est une véritable pépite cinématographique portée notamment par les performances remarquables de Raúl Castillo et Sheila Vand dans le rôle des parents. En sélection officielle au festival du film de Sundance 2018, le film rappelle Moonlight, Oscar du meilleur film 2017, dans son approche violente et pourtant poétique de la sexualité queer. En route vers la statuette?

 

BlacKkKlansman: Nouveau coup de génie pour Spike Lee

Affiche officielle du film

Colorado Springs, États-Unis, 1978. Ron Stallworth, policier afro-américain, se fait passer pour un suprémaciste blanc et réussit à infiltrer le Ku Klux Klan.

Aussi hallucinant que cela puisse paraître, BlacKkKlansman est l’adaptation par le réalisateur Spike Lee d’une histoire vraie! Pendant plusieurs mois, Stallworth va être en contact téléphonique avec l’organisation raciste et lors des rencontres en personne, Flip Zimmerman, un collègue policier blanc prendra sa place. En plus d’afficher une haine anti-noire, le KKK est notoirement antisémite, et le double blanc de Stallworth est juif. Se joue alors une gigantesque farce où un Afro-américain et un juif vont réussir à s’imposer au sein même de l’organisation qui les méprise.

Une comédie jouissive

«Que Dieu bénisse l’Amérique blanche!» Dans la bouche de l’Afro-américain Ron Stallworth, la formule annonce d’emblée l’ampleur du grotesque qui va se dérouler. Les propos racistes et antisémites sont poussés à un tel extrême que le film atteint les sommets de l’irrationnel et de la drolatique absurdité. Particulièrement marquante est la conversation téléphonique entre Ron Stallworth et David Duke, leader du KKK, pendant laquelle ce dernier affirme être certain de parler avec un blanc car Stallworth prononce correctement ses phrases. L’acteur interprétant ce dernier, John David Washington, le fils de Denzel Washington, offre ici une performance absolument hilarante sur le «parler noir».

Une claque magistrale, révélant un passé qui n’est pas mort, ni même passé.

La stupidité de la haine est tournée en ridicule, jusque dans l’intimité des suprémacistes blancs où l’une des épouses remercie son mari d’avoir donné un sens à sa vie en haïssant les noirs.

BlacKkKlansman est un film que l’on pourrait qualifier de «pop»: situé dans la fin des années 1970, Spike Lee ne se prive pas de magnifiques scènes louant la musique et l’esthétique gospel et disco afro-américaine. La célébration de la culture noire américaine passe aussi par une bande-son ponctuée de pépites du registre soul telles que James Brown, The Temptations, ainsi qu’une chanson inédite de Prince.

Dangereusement actuel

Le cadre des années 1970 nous ferait presque oublier les enjeux très actuels des tensions raciales aux États-Unis. Néanmoins, Spike Lee ancre son œuvre sur des vérités historiques avec des images de Naissance d’une nation de 1915; film ayant relancé la popularité du Ku Klux Klan et justifié le lynchage d’afro-américains. Les liens avec l’Amérique contemporaine sont aussi omniprésents. Un dialogue entre Ron Stallworth et un policier blanc sur l’impossibilité d’élire un président suprémaciste blanc provoque un rire nerveux dans la salle… Ainsi Spike Lee n’hésite pas à inclure dans son film les images bien réelles des protestations de néo-nazis et nationalistes blancs à Charlottesville en 2017, ainsi qu’un discours de Trump, le désignant clairement comme élément catalyseur des violences racistes. Le réalisateur rend également hommage à Heather Heyer qui perdra la vie lors de ces protestations, avec la phrase «Rest In Power» à la place de «Rest In Peace». C’est précisément cette notion d’émancipation des opprimés qui est au centre des questions soulevées par Spike Lee. Il interroge brillamment la conception de l’identité, notamment lorsque le double blanc de Stallworth avoue ne jamais s’être posé la question de ce que signifiait être juif avant d’être confronté à l’antisémitisme.

L’ennui, c’est que le film sera probablement vu par des personnes déjà majoritairement favorables à la vision de Spike Lee. Tourner en ridicule les suprémacistes blancs antisémites pourrait discréditer une menace pourtant bien réelle. Quoiqu’il en soit, ce film demeure une claque magistrale, révélant un passé qui n’est pas mort, ni même passé. Qui est présent.

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Kanata et la controverse https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/kanata-et-la-controverse/ Tue, 18 Sep 2018 14:41:04 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31631 Suite à la décision initiale d’annuler le projet théâtral Kanata de Robert Lepage due à la pression sociale et aux controverses alimentées par les médias ainsi que différents acteurs de la communauté autochtone, celui-ci revoit le jour au Théâtre du Soleil à Paris. Rappelons-nous que la pièce a été sous les feux des projecteurs en raison des polémiques entourant l’absence de comédiens autochtones quand cette même pièce vise à présenter une version de l’histoire du Canada à travers les relations entre les colons et les Premières Nations. Dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir, des membres de la communauté autochtone indiquent qu’ils se sentent «invisibles»:

«L’un des grands problèmes que nous avons au Canada, c’est d’arriver à nous faire respecter au quotidien par la majorité, parfois tricotée très serré, même dans le milieu artistique. Notre invisibilité dans l’espace public, sur la scène, ne nous aide pas. Et cette invisibilité, madame Mnouchkine et monsieur Lepage ne semblent pas en tenir compte, car aucun membre de nos nations ne ferait partie de la pièce. Nous ne souhaitons pas censurer quiconque. Ce n’est pas dans nos mentalités et dans notre façon de voir le monde. Ce que nous voulons, c’est que nos talents soient reconnus, qu’ils soient célébrés aujourd’hui et dans le futur.»

Cette lettre est signée par près de vingt autochtones, dont l’auteure Maya Cousineau Mollen, la réalisatrice Kim O’Bomsawin, et André Dudemaine, directeur de Terre en vue, un groupe qui fait la promotion de la culture autochtone et organise le festival annuel des Premières Nations.

L’arrivée du Théâtre du Soleil

Dans un communiqué de presse, le théâtre parisien annonce «[avoir] décidé, en accord avec Robert Lepage, de poursuivre avec lui la création du spectacle et de le présenter au public aux dates prévues, sous le titre « Kanata – épisode 1 : La controverse». De son côté, Ex Machina, la compagnie de Robert Lepage, indique que le Théâtre du Soleil financera lui-même la pièce. En tant que directeur, Robert Lepage s’investira personnellement dans le projet sans profiter d’un cachet quelconque. Selon ce même communiqué, ce n’est qu’après la représentation du spectacle que ses détracteurs seront en mesure de le juger et le critiquer, quitte à en appeler à la sanction suprême, à savoir la «désertion de la salle.»

Le communiqué du Théâtre du Soleil ne précise cependant pas si le spectacle sera présenté au Canada. L’avenir nous dira ce qui adviendra de cette pièce, mais les tenants du travail de Lepage pourront se réjouir de voir la créativité de l’artiste démuselé, lui qui avait déploré que son travail soit accusé d’ «appropriation culturelle» car la distribution était intégralement blanche.

Un message encore mal compris

L’artiste multidisciplinaire autochtone Émilie Monnet déplore tout de même le fait que plusieurs malentendus demeurent. Ayant signé la lettre ouverte et participé à la rencontre du 19 juillet, elle rappelle que les autochtones n’ont jamais demandé l’annulation du spectacle. «Malheureusement, malgré l’écoute de Robert Lepage et Ariane Mnouchkine, le public n’a pas vraiment entendu notre point de vue», témoigne celle qui prépare Okinum («barrage» en anishnabemowin), qui sera présenté à la salle Jean-Claude-Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui en octobre. «Le danger, c’est de répéter la même histoire qui exclut notre vision des choses, surtout quand il est question de sujets délicats comme les pensionnats et la disparition

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Mythologie: le Contribuable https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/mythologie-le-contribuable/ Tue, 18 Sep 2018 14:38:05 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31628 Le contribuable, déclinaison chiffrée du citoyen, est, selon la définition établie, celui ou celle qui est assujetti à l’impôt, c’est-à-dire dont le revenu est considéré comme assez haut par l’État pour l’amener à apporter sa part au bien commun, autrement dit à contribuer.

Toutefois, au travers du discours des médias et des partis politiques plus conservateurs, le terme contribuable subit une déformation, un renversement de sa signification. Initialement issu du terme contribuer, synonyme en quelque sorte d’aider, le contribuable devient cette figure mythique de celui que l’on exploite, du citron que l’on presse pour en faire sortir le jus savoureux jusqu’à la dernière goutte. Ainsi peut-on voir les journaux titrer « Ce projet a coûté 8 millions aux contribuables. » ou entendre des politiciens scander « Les contribuables en ont assez de payer! ».

De celui-qui-aide-le-bien-commun, le contribuable se transpose en celui-qui-veut-aider-le-moins-possible. Il devient ainsi un contribuable malgré lui, né contre son gré au sein d’une société à qui il n’a rien demandé. Celui ne souhaite qu’à s’occuper de son condo et de sa voiture.

Ainsi, en réaction à l’épanouissement de l’écosystème de ceux-qui-veulent-aider-le-moins-possible poussent les bureaux de comptabilité et les «experts en impôts», promettant toujours «le meilleur retour possible», puisque qu’il serait scandaleux de laisser partir ne serait-ce qu’un dollar de trop. Tout est entrepris pour réduire au minimum sa contribution. Dans une logique similaire, certains optent pour placer leurs avoirs dans ce qu’on nomme les «paradis fiscaux», leur argent bien loti au soleil et bien à l’abri des regards indiscrets de l’État. Cette logique d’épargne est poussée si loin que même le don de charité, forme d’aide que l’on pourrait imaginer comme étant innocente, est instrumentalisé pour réduire sa charge de contribution sous forme de «crédit d’impôt» et, d’une pierre deux coups, permet au petit-bourgeois d’épargner tout en s’achetant une belle conscience morale. Le mythe du contribuable fait finalement oublier le rôle de l’État en évacuant subtilement cette question du discours, l’État ne pouvant finalement être autre chose que l’ennemi des contribuables.

Le contribuable en veut pour son argent; il veut plus de services en payant moins, voire en ne payant pas du tout. Il va sans dire que l’appellation clientèle lui sied donc parfaitement. L’État des contribuables n’est donc rien de plus qu’une entreprise cherchant à offrir les meilleurs services à ses clients dont les droits sont définis par le montant qu’ils investissent.

Globalement, la figure du contribuable éclipse celle du citoyen, cet Athénien s’investissant dans les affaires publiques et les enjeux de la cité. Parallèlement à cet éclipsement se produit une opération de réduction, l’individu n’étant non plus décrit en termes sociétaux et sociaux, mais uniquement en termes de colonnes de revenus et de dépenses. Il n’y a plus de classes sociales, mais que des profils socio-économiques. C’est ainsi que cette réduction permet d’éliminer tout un pan de la population ayant de trop faibles revenus pour être qualifié de «contribuable». Citoyens dans l’État de droit, ils et elles ne le sont plus dans l’État des contribuables. Sous le monde des contribuables, le pouvoir d’achat devient le seul pouvoir social, voire la seule forme de pouvoir qu’un individu peut légitimer espérer acquérir et exercer. L’on vote avec son argent et le contribuable, ce petit-bourgeois, ne vote que pour lui-même. Cependant, ce dernier oublie qu’il n’est, comme le penseur Alain Denault le mentionnait avec justesse, qu’un «prolétaire avec de l’argent» pensant se libérer du joug de l’État pour sauter à pieds joints dans celui du Capital.

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Mythologie: l’écoblanchiment https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/mythologie-lecoblanchiment/ Tue, 18 Sep 2018 14:35:46 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31624 Lorsqu’il est question de «développement durable», il nous faudrait ne pas entendre «durable» si l’on en croit les données scientifiques, mais il est d’époque de considérer publiquement le développement comme devant s’accompagner du mélioratif «durable». Après tout, que le développement ne puisse jamais être vraiment durable, les idéologues ne s’en embêteront pas.

Le discours public ne s’encombre pas des preuves scientifiques accablantes. Elles ne peuvent entacher le marketing blanc telle une maison blainvilloise toute propre. La pollution des océans, la décimation du phytoplancton, les forêts rasées, l’air pestilentiel de produits chimiques, le plastique présent de haut en bas de la chaîne alimentaire. Réglons la question une fois pour toutes avec un arrêt sur les pailles en plastique! Le dossier est clos: un pas de géant a été accompli. Le monde entier est sous le choc de ce mouvement majeur vers un monde «durable».

Au sein du vacarme propre au discours public, qui donc ose annoncer la triste nouvelle? Le développement ne peut être durable puisque la croissance infinie est impossible dans un monde fini… Peut-être nos gouvernements et nos intellectuels attendent-ils quelque chose d’habituellement propre aux séries télévisées: un cliffhanger! Ah! Quel excellent scénario pour notre nouvelle série fantastique: L’humanité survira-t-elle? On peut déjà voir les licornes voler à notre secours. Le «développement durable» discute de dates et de doses. Promesses pour 2010, 2015, 2020, 2030, 2050. Échecs pour 2010, 2015 et toutes les prochaines échéances à venir. La pièce de théâtre à laquelle nous prenons tous part ne tient pas du théâtre d’été…il s’agit d’une tragédie dont la fin est annoncée dès les premiers vers.

Alors que le «développement durable» prétend signifier le «durable», il signifie plutôt «durabilité de la logique propre à la croissance». Autant pour dire, organiser la société pour que les riches demeurent riches et qu’une élite puisse prospérer tant que nous le permettra le monde limité en ressources et en qualité.

Si la question écologique était d’une réelle importance, tout au moins les foules se procureraient le très accessible essai La politique de l’oxymore écrit par Bertrand Méheust ou  encore quelques équivalents. Tous les intellectuels se passeraient le mot sur la question écologique. Elle dominerait tout le paysage culturel tellement la question est cruciale: notre espèce survivra-t-elle à sa propre logique destructrice? La réalité est toute autre. Autour d’un repas au restaurant, quelques personnes privilégiées et instruites diront à peu près cela: «Que c’est angoissant ce qui se passe en ce moment ! […] L’environnement est vraiment un dossier important…j’espère que les choses bougeront!» Viendra ensuite une bouchée dans ce succulent jarret d’agneau commandé quelque vingt minutes auparavant.

Comment une telle chose est-elle possible? Comme dans toute société orwellienne ou huxleyienne, le discours idéologique est programmé effectivement. La mythologie est au point, se porte au secours des puissances. Le «développement durable» est réaliste, pragmatique, courageux, visionnaire. Se targuant d’être la seule option «sérieuse» en ce qui concerne la transition écologique, voilà qu’il cache ses motivations: le maintien d’un ordre économique bien particulier (lire ici: tout modèle basé sur la croissance). De cette escroquerie, peu en comprennent effectivement les relents. S’exclamer en faveur du «développement durable» suffit à s’auréoler de la conscience morale à la mode. Multinationales, gestionnaires, actionnaires, gouvernements, ONG, contribuables… Le «développement durable» est ce doux chapelet que l’on récite telle une prière. «Dieu! Faites que l’on puisse s’enrichir et détruire l’inhumain de manière durable!» La prière des ignorants, des aveugles et des criminels. Ce modèle survit parce qu’il prétend être le seul véritablement viable. Il orchestre ce mensonge et met en branle la grande «politique de l’oxymore».

Finalement, le dernier masque du «développement durable» qui tombera sera celui-ci: «Nous, preneurs de décisions d’importance, savons que notre modèle économique mènera à une hécatombe, mais nous préférons le présent des excès à l’avenir plein de vie.» Le carpe diem des suicidaires. Le philosophe de la technique Gilbert Simondon disait que «toute société cherche à persévérer dans son être». Prions de bonne foi qu’il eut tort.

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Ruba Ghazal et Québec solidaire: l’écologie authentique https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/ruba-ghazal-et-quebec-solidaire-lecologie-authentique/ Tue, 18 Sep 2018 14:25:00 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31618 Le Délit (LD): Bonjour Mme Ghazal. Commençons par cette question : comment s’est construite la plateforme écologiste de Québec solidaire ? 

Ruba Ghazal (RB): En fait, comme pour notre programme de façon générale, nous avons des instances démocratiques dans le parti; (ce sont) les membres qui amènent des propositions sur différents sujets, que ce soit sur l’écologie, l’éducation, la santé, etc. Ça fait dix ans que nous écrivons notre programme. Pour ce qui est de l’écologie, ça s’est développé au travers du temps et ce n’est pas la première fois —dans une élection — que nous présentons certaines propositions écologistes, mais nous l’avons poussé un peu plus loin cette fois. C’est-à-dire, avoir un plan plus global, que nous avons appelé un plan de «transition» économique, écologique et énergétique.  [Le plan] touche ces aspects-là, mais nous l’appelons le «plan de transition économique» parce que notre position est que nous ne pouvons plus, aujourd’hui, parler d’économie sans parler d’environnement. On ne peut pas séparer les deux.

(…) nous l’appelons le << plan de transition économique >> parce que notre position est que nous ne pouvons plus, aujourd’hui, parler d’économie sans parler d’environement

Je vous donne un exemple de ce que les membres ont voté concernant les émissions de gaz à effet de serre. Après l’Accord de Paris, le gouvernement du Québec a décidé de réduire les émissions de gaz à effet de serres, d’ici 2030, de 37.5%.  Nous, avec nos membres, après beaucoup de discussions, nous sommes arrivés au chiffre de 48%. C’est en congrès que cela a été décidé et notre plan de transition est fait de façon à ce qu’il puisse amener cela. Nous  prenons ce qui est voté en congrès ou par les instances locales, puis après, nous construisons en consultant des experts  afin de s’assurer que ce que l’on dit soit faisable si l’on prend le pouvoir. Ça fait maintenant deux ans que nous travaillons sur ce plan de «transition économique» qui couvre le transport, les modes de production, les modes de consommation, le recyclage, l’énergie, l’agriculture, etc. 

LD: Vous avez mentionné que votre plan de «transition économique» n’est pas pensé sans la transition écologique. Quel est votre rapport, à Québec solidaire, à la croissance économique ?

RB: En fait, nous avons beaucoup de discussions, au sein du parti, où l’on remet en question le mode de consommation et de production dans lesquels nous vivons. Je vous donne un exemple concret: nous favorisons les «circuits courts», c’est-à-dire que l’aménagement du territoire soit fait de façon à ce que les gens puissent travailler, faire des loisirs et aller à l’école dans un circuit court, ou acheter local. Nous favorisons en tout temps les circuits courts où il y a le moins de transport. [Cela revient] à remettre en question nos modèles de consommation. Dans notre plan de transition, il y a de la création d’emplois liés à cela, mais des emplois du 21e siècle. Des emplois verts, où l’on délaisse d’autres emplois, notamment liés à l’exploitation et l’exploration pétrolière. Création d’emplois, donc création de richesses. […] Nous voulons plus de transport en commun de façon très massive. Nous remettons en question nos modes de consommation et de production, mais nous ne l’amenons pas uniquement sur les individus. Les individus ont leurs efforts à faire, mais [il faut] favoriser aussi un contexte qui permet cela, c’est-à-dire ne pas être obligé d’acheter  une voiture.

Il existe beaucoup d’initiatives volontaires, mais à Québec solidaire, (…) il faut continuer là-dedans (…), pour que cela ne reste pas que sur la base du volontariat

LD: Dans votre programme, il est question de «décroissance à la consommation», de «durabilité des produits dans le temps» et d’«optimisation des ressources». Quelles sont les politiques liées à cela?

RB: Si je prends la durabilité des produits dans le temps, dans notre plan de transition — comme cela se fait en France —, nous proposons de mettre en place une loi sur l’obsolescence programmée et aussi de faire en sorte que les gens qui fabriquent ces produits-là offrent une garantie de dix ans sur leurs produits, tout en offrant des manuels d’instruction afin de réparer les produits au lieu de les jeter comme ce qui se passe en ce moment. Donc, ce sont des lois qui existent ailleurs et c’est ce que nous proposons pour ici. On parle beaucoup de la «crise du recyclage», mais souvent, le recyclage (par exemple le carton) est dû au suremballage. Actuellement, les producteurs mettent un produit sur le marché qui est suremballé et après cela, c’est la société qui doit se charger de son recyclage. Il existe des programmes, par exemple la «Responsabilité élargie des producteurs», mais nous voulons renforcer cela, tout en utilisant également l’écofiscalité, pour que les producteurs payent plus de taxes sur les produits qui seraient suremballés. En utilisant cela, ces contraintes, les entreprises seront davantage créatrices en ce qui concerne réduire l’emballage. C’est une autre façon de réduire, que ce soit la consommation ou la surproduction. Ce sont des exemples de notre plan de transition.

LD: Donc, par «décroissance à la consommation», vous sous-entendez que vous allez vous occuper des producteurs?

RB: C’est sûr qu’il y a beaucoup de sensibilisation — ça se discute et vous n’êtes pas le premier à me poser la question —, surtout chez les jeunes et ça me démontre que les gens ont une remise en question par rapport aux produits qu’ils utilisent. Même, il y a beaucoup de commerces de vêtements où l’on dit: «au lieu d’acheter des vêtements et les garder» cela serait plutôt de les louer et de les remettre. Il existe beaucoup d’initiatives volontaires, mais à Québec solidaire, en tant que gouvernement, il faut continuer là-dedans, mais pour vraiment favoriser cela, pour que cela ne reste pas que sur la base du volontariat, il faut légiférer en matière de contraintes envers les producteurs aussi. 

LD: Quelle serait la position d’un gouvernement solidaire en ce qui concerne l’extractivisme?

RB: Moi, ça fait longtemps que je suis dans le parti et ça fait longtemps que nous en parlons. Par exemple, les redevances. Ce que nous faisons en ce moment, c’est que l’on donne nos ressources naturelles aux minières qui payent des redevances sur les profits et là, il y a toutes sortes de façons de se tromper. J’ai aussi un baccalauréat en comptabilité et il y a toutes sortes de façons de changer les profits et [les] réduire.  Nous, ce que l’on dit, c’est qu’il faut que les compagnies payent des redevances plus élevées et basées sur ce qu’elles extraient. Pour ce qui est de l’exploration et l’exploitation pétrolière et gazière —les énergies fossiles —, nous arrêterons cela totalement. Nous sommes le seul parti à avoir le courage de dire que l’on l’arrête parce que nous ne pouvons pas avoir des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre [en même temps]. Il n’y aurait pas de moratoire; on l’arrête.

Si l’on prend la voiture électrique, nous disons que d’ici 2030, les concessionnaires ne pourront plus vendre de voitures à essence

LD: Dans votre programme, vous proposez de réduire drastiquement les émissions des gaz à effet de serre de manière à limiter la hausse moyenne de la température mondiale à 1.5 °C. Or, plusieurs scientifiques prévoient déjà que la hausse minimale, même si chaque pays met en branle la grande transition, sera de l’ordre de 3 °C. Votre engagement est-il à la hauteur des défis?

RB: En fait, la façon dont toutes nos mesures ont été décrites amène à dire ce que chaque mesure va permettre de réduire. D’ici 2030, l’objectif est de réduire 48% de nos émissions et d’ici 2050, 95%. L’une des mesures que nous amenons en plus, c’est le bilan de consommation. C’est-à-dire que l’on consomme des produits qui ne sont pas fabriqués ici; le 48% est une réduction par rapport à ce que nous produisons.  Le bilan de consommation comprend des matières qui sont produites en Chine ou ailleurs. Ce que nous proposons de faire, c’est de ne pas les inclure au bilan. Nous voulons commencer à faire des calculs pour notre consommation des produits fabriqués ailleurs (combien ils émettent de gaz à effet de serre) pour ensuite faire un bilan beaucoup plus élevé. On voudrait le réduire. C’est sûr qu’avec les changements climatiques et avec tout ce qui est en train de se passer, certains disent que c’est tellement urgent ou que c’est presque trop tard. Il nous faut aussi des mesures pour réduire ce qu’on est capable, mais aussi des mesures pour s’adapter aux changements climatiques. C’est pour cela que nous voudrions plus d’espaces verts, plus de ruelles vertes, moins d’asphaltage, pour s’adapter aux changements climatiques. Les routes que l’on construit, par exemple la route en Gaspésie qui se désagrège, il faudrait la reconstruire, mais pas tout près des berges, de la même façon qu’avant. Il faudrait adapter notre façon de la construire pour s’adapter aux changements climatiques et à la montée des eaux.  On voudrait aussi avoir le moins d’asphaltage possible, qu’il y ait une taxe sur les espaces de stationnement comme c’est développé dans les banlieues, ou encore utiliser des matériaux qui vont augmenter l’imperméabilité afin de [digérer] les eaux des pluies que l’on lâche pour le moment dans le Saint-Laurent. Tout ça ne touche pas spécifiquement aux gaz à effet de serre, mais il est temps aussi que l’on commence à s’adapter dans la façon que l’on construit nos villes, nos routes, que l’on commence à s’adapter aux bouleversements des changements climatiques. Malheureusement, tout cela en raison de l’inaction d’avant.

LD: Votre réponse m’amène à vous poser une autre question. Il est mentionné dans votre programme qu’un «choix de civilisation nous est proposé». Avez-vous peur de la réception qu’un tel projet peut susciter? Est-ce qu’un gouvernement solidaire aurait un plan d’éducation pour les générations actuelles et celles à venir en ce qui concerne l’écologie et la grande transition?

RB: C’est clair. Pour mettre en œuvre tout ce que nous amenons, il faut de l’éducation dans tout le cursus scolaire. Je rencontrais récemment le Centre de recherche – Éducation, environnement, écocitoyenneté, qui chapeaute la stratégie sur l’environnement et l’écocitoyenneté, avec qui il est question d’«éducation citoyenne à l’environnement». Il y avait beaucoup de mesures pour institutionnaliser l’éducation à l’environnement dans les années 90 qui ont été coupées au travers du temps. Il y a maintenant, par exemple dans les écoles, des enseignants qui prennent sur leurs épaules de créer un système de compostage, de recyclage, alors que certains autres ont trouvé que cela puait et qu’ils ne voulaient pas. Il y a donc tout un processus à faire, pas seulement au Ministère de l’Environnement, mais aussi au Ministère de l’Éducation, pour faire de la sensibilisation. Ce serait, pour nous, des mesures à mettre en place, parce que si nous voulons faire tous ces changements-là, c’est clair qu’il faut que les citoyens, dès leur plus jeune âge, soient sensibilisés et actifs en matière d’environnement, qu’ils comprennent dans leur milieu comment ils peuvent être des acteurs de changement par rapport aux questions environnementales. Pour cela, il faut revoir le cursus des maîtres aussi, des enseignants, ce qu’ils reçoivent dans leur programme d’éducation. […] Nous voulons que tous les citoyens s’engagent dans le processus de transition.

LD: À Québec solidaire, il est énormément question de transport en commun. Vous avez un plan pour les voitures électriques d’ici 2030 et le Grand Montréal Express. Qu’en est-il du transport individuel en région?

RB: Si l’on prend la voiture électrique, nous disons que d’ici 2030, les concessionnaires ne pourront plus vendre de voitures à essence. Seulement des voitures hybrides et électriques. En 2050, nous allons retirer les voitures à essence des routes. C’est notre plan. Une façon d’y arriver, à partir d’aujourd’hui, ce sont les programmes de bonus-malus pour les voitures électriques. Or, en ce moment, c’est du mur à mur. On fait ça partout et l’on pense que c’est bon. Nous, ce que l’on dit, c’est qu’il faut que ce soit un bonus-malus intelligent, c’est-à-dire qu’il soit modulé en fonction de la situation familiale : 1- si on est une personne seule, versus une famille avec quatre enfants; 2- dépendamment du revenu afin de conserver la justice sociale; 3- dépendamment de la région que l’on habite. Si l’on est une famille qui habite dans un milieu rural, il est sûr que le bonus-malus donné pour s’acheter une voiture électrique sera beaucoup plus généreux que le bonus-malus que l’on donnera à une personne seule qui habite proche d’une station de métro. Donc, nous ne sommes pas contre le déplacement individuel; l’idée c’est,  par contre, de mettre du transport en commun partout, mais nous sommes conscients qu’avec le grand territoire québécois, il y a des endroits où ce n’est pas facile ou possible. Aussi, avec le temps, le coût des voitures va baisser, la technologie et l’innovation vont augmenter et seront plus efficaces, et il y aura aussi le marché de la revente.  J’ai une amie qui a acheté une voiture électrique à 17 000$; c’est un vieux modèle qui prend trois heures pour charger mais elle en est très contente. Donc, les choses vont avoir évolué, mais il faut que l’on donne un gros coup de pouce au gouvernement et c’est ce que nous proposons.

(…) il faut que les citoyens, dès leur plus jeunes âge, soient sensibilisés et actifs en matière d’environnement

LD: J’en viens à ma dernière question. Mme Ghazal, quelles sont les sources intellectuelles de vos réflexions par rapport à l’écologie?

RB: Moi, c’est plus de façon globale. Les grands qui ont réfléchi à cette question-là: David Suzuki, Hubert Reeves. Et il y a beaucoup d’initiatives locales qui sont inspirantes et desquelles le parti et moi-même nous inspirons.

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Le débat électoral à Radio-Canada https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/le-debat-electoral-a-radio-canada/ Tue, 18 Sep 2018 13:59:10 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31609 Jeudi soir a eu lieu le Grand débat des chefs organisé par Radio-Canada. Le Délit a assisté au débat dans un bar de Rosemont, où le plus proche rival du chef du Parti québécois (PQ), Vincent Marissal de Québec solidaire (QS), avait rassemblé ses troupes. Le Délit a recueilli ses impressions du débat.

Pour maintenir au sein de la population l’idée que son parti représente le changement, François Legault devait incarner une rupture avec les libéraux de Philippe Couillard. Au débat, Legault a eu cette occasion sur nombre de sujets, mais Jean-François Lisée et Manon Massé ont eu tôt fait de rappeler la similitudes qui existent entre les propositions des deux partis. Le chef du PQ y est même allé d’une pointe en faisant mine de confondre Legault et Couillard, rappelant comiquement la grande similitude que plusieurs imputent aux deux partis.

Éducation

Jean-François Lisée s’est présenté en défenseur de l’éducation, proposant une «loi-bouclier» interdisant la réduction des dépenses en éducation pour les gouvernements subséquents.

Philippe Couillard, dont le gouvernement a coupé dans les dépenses en éducation dans les deux premières années de son mandat, a proposé l’augmentation de la rémunération des enseignants afin de valoriser la profession.

Quant à elle, Manon Massé, en plus de proposer la gratuité scolaire «du CPE au doctorat», veut réduire le nombre d’élèves par classe.

Finalement, François Legault a présenté son projet de la maternelle à quatre ans pour tous. Le chef de la CAQ a même laissé entendre qu’il ne pourrait faire de la politique que pour cet enjeu. Québec solidaire s’est montré sceptique face à la Coalition avenir Québec en ce qui concerne son programme en éducation alors que le parti, s’il forme le gouvernement, prévoit faire des coupes dans le ministère sans pour autant faire des coupes dans l’éducation.

Écologie/économie

Alors que l’on aurait attendu de Québec solidaire un rattrapage de son temps de retard durant ce segment du débat, Manon Massé n’a pas particulièrement insisté sur les propositions solidaires en matière d’environnement, pourtant cheval de bataille de leur programme.

Dans le coin du PQ, un Jean-François Lisée énergique et assuré s’est fait sentir en ce qui concerne la crédibilité du Parti québécois en matière d’environnement. Même le rappel de François Legault du vote favorable en chambre du PQ au projet de cimenterie de Port-Daniel en 2015, le projet industriel le plus polluant de l’histoire du Québec, n’a pas semblé ébranler Lisée. Québec solidaire n’a d’ailleurs pas jugé bon d’assiéger la crédibilité environnementale du PQ dans les échanges qui ont suivi. Manon Massé s’est toutefois permis de qualifier les propositions des autres partis de «mesurettes».

Marissal déçu du débat

Questionné par Le Délit, l’ancien analyste politique et candidat Vincent Marissal a dénoncé le «congrès de comptable» qui lui semblait avoir eut cours, qualifiant les 20 premières minutes d’«inécoutables». Le candidat a toutefois eu de bon mots pour sa porte-parole: «Manon a joué son jeu, elle a laissé [les autres chefs] crier. Elle les a laissés s’entretuer dans une logique macho. […]»

Quant aux autres chefs, l’ex-chroniqueur s’est permis quelques commentaires: «Monsieur Legault qui nous a appris ce soir qu’il allait déporter des immigrants avec l’aide du fédéral. C’est quand même quelque chose! […] Monsieur Couillard nous a dit qu’il a aidé les familles du Québec alors qu’il coupe constamment. […] Monsieur Lisée, au début, voulait tellement pisser dans tous les coins de la pièce comme un vieux matou. Il criait, il prenait toute la place.»

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Marcher pour la planète https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/marcher-pour-la-planete/ Tue, 18 Sep 2018 13:56:07 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31606 Le 8 septembre, près du Vieux-Port de Montréal, des citoyen·e·s se sont mobilisé·e·s pour la lutte contre le réchauffement climatique. Après Bangkok, Paris, Melbourne et Manille, les habitant·e·s de Montréal se sont retrouvé·e·s, suite à l’appel des groupes de pression 350.org, Leap Montreal et Justice Climatique Montréal, de 14h à 15h30, pour un rassemblement militant.

Ces marches répondaient à un message lancé sur les réseaux sociaux par un français de 27 ans après la démission du ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, ancien ministre de l’Écologie en France, qui s’était plaint d’un manque de soutien populaire pour la cause environnementale le 28 août dernier.

Après des manifestations ayant rassemblé plus de 18 000 personnes à Paris selon la Préfecture, 1 300 manifestant·e·s à Bruxelles devant le Parlement européen, 15 000 personnes à Copenhague et 800 personnes à Manille (plus gros rassemblement en Asie), Montréal a fait pâle figure avec des dizaines de manifestants, selon Le Journal de Montréal.

Des militants déterminés

Parmi les groupes présents, les Mamies en colère (ayant comme slogan: «quand le dernier arbre aura été coupé, le dernier poisson aura été pêché, la dernière rivière empoisonnée, alors vous vous rendrez compte que l’argent ne peut pas être mangé») avaient pour but de dénoncer l’inaction du gouvernemet canadien face aux dérèglements climatiques qui détruisent la planète depuis plus de vingt ans. Plusieurs responsables d’associations, dont Nicolas Chevalier, porte-parole de Leap Montreal, ont pris la parole pour dénoncer non seulement l’inaction du gouvernement canadien mais aussi le choix politique du président des États-Unis, Donald Trump, de se retirer des accords pour la protection de l’environnement.Le porte-parole a déclaré dans un communiqué de presse que «nous devons accélérer la transition vers une société sans énergies fossiles, mais le gouvernement fédéral nous mène dans la mauvaise direction avec son rachat de l’oléoduc de Kinder Morgan et le recul de ses engagements climatiques devant la pression de l’industrie pétrolière».

Une étudiante de Concordia, Sally Livingston, membre du Conseil des Canadiens (Council of Canadians en anglais), a fustigé le manque d’investissement du gouvernement dans les énergies vertes: «Nous ne voulons plus que nos taxes aillent dans les énergies fossiles.» Elle a aussi interrogé indirectement plusieurs fois le premier ministre canadien Justin Trudeau avec cette question: «Monsieur Trudeau, qu’est-il arrivé aux promesses?» Cela fait référence aux promesses de campagne du ministre Trudeau, qui a approuvé des projets d’oléoducs en Alberta détruisant des réserves autochtones, allant à l’encontre de ses promesses envers ces derniers.

Un rassemblement pour l’espoir

Malgré les enjeux loin d’être résolus, des projets et des procès ont été reconnus comme porteur d’espoir pour l’année à venir: le Sommet mondial d’Action pour le Climat a eu lieu du 12 au 14 septembre, à San Francisco, en Californie; neuf villes américaines ont porté plainte contre des compagnies pour promotion et usage de produits dangereux; et on dénombre soixante poursuites contre le gouvernement du président  américain Donald Trump.

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Vox pop: Spécial élections https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/vox-pop-special-elections/ Tue, 18 Sep 2018 13:49:52 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31601 «Une de mes préoccupations, je pense que c’est un projet de la CAQ, (c’est un projet du PQ, ndlr) c’est la possibilité d’obliger les cégépiens anglophones à passer au moins un semestre en français, ce qui selon moi, détruit l’objectif d’aller étudier en anglais. Cela semble être le Québec qui veut protéger la langue française, mais cela empêche aussi un francophone de choisir d’étudier en anglais et de devenir bilingue

-Étudiante en psychologie, U2

 

«L’immigration et l’environnement. L’immigration c’est un thème tellement important, surtout que nous avons des partis avec des visions qui divergent beaucoup, […] comme la CAQ, qui veut non seulement réduire le nombre d’immigrants, mais aussi faire passer des tests de valeurs. […] [Je comprends qu’il faut] protéger la langue et la culture québécoises, mais ça ne peut pas devenir quelque chose de xénophobe. Il faut y faire attention, avec la montée du populisme et des divisions sociales. D’autres partis sont beaucoup plus ouverts, comme le Québec solidaire.

L’environnement est aussi un enjeu crucial, il faut une vraie transition, je trouve que Québec solidaire est intéressant pour cela. On a besoin de projets, sinon on punit notre futur et celui de nos enfants».

– Laurence, étudiante en économie, U2

 

«Je viens de la Colombie-Britannique, c’est  donc différentpour moi, mais mes deux plus grandes préoccupations concernent l’éducation et le système de santé. L’éducation devrait être abordable pour tous, les prêts devraient être donnés de façon appropriée. Je trouve aussi que le système de santé a besoin de réformes. La question des droits des Premières Nations me tient aussi beaucoup à cœur

-Étudiante en soins infirmiers, maîtrise

 

« C’est pas mon bail. J’y connais rien».

– Étudiant anonyme

 

«Un gros problème serait de tenter d’effacer ou de mépriser les autres cultures différentes de la culture québécoise. Selon moi, il faut accueillir les disparités entre les gens, en leur permettant de porter leurs signes religieux s’ils le désirent, par exemple

-Étudiant en psychologie, U2

 

«Je trouve que les frais de scolarité et les taxes sont trop élevés, surtout pour les étudiants internationaux. Je paie près de vingt mille dollars par semestre, c’est beaucoup trop. J’aimerais que ça change».

-Eva, étudiante en environnement, U2

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L’université en campagne: PQ https://www.delitfrancais.com/2018/09/18/luniversite-en-campagne-pq/ Tue, 18 Sep 2018 13:45:15 +0000 https://www.delitfrancais.com/?p=31598 Le Parti québécois a-t-il une vision à long terme? «C’est clair, et c’est ça que les gens demandent!», s’exclame d’entrée de jeu Catherine Fournier, porte-parole en matière de condition féminine au Parti québécois (PQ) et candidate de Marie-Victorin. La péquiste se montre critique vis-à-vis des années au pouvoir du Parti libéral du Québec (PLQ) depuis 2000, qu’elle accuse d’avoir une «vision bancale à la petite semaine». Elle défend plutôt une vision de l’éducation supérieure «dans un plus grand ensemble» en mettant l’accent sur l’égalité des chances:

«C’est ce qui nous anime au quotidien: donner l’occasion à tout le monde au Québec, peu importe de quel milieu on provient, de réussir dans la vie, d’avoir accès à des études supérieures de qualité qui permettent par la suite d’occuper un bon emploi une fois sur le marché du travail. […] L’éducation devrait toujours être la priorité permanente de la nation. C’est l’avenir des jeunes, donc l’avenir de l’ensemble de la collectivité.»

C’est important qu’il puisse y avoir ces deux aspects, que ce ne soit pas une logique mercantile à l’université et que [celle-ci] ne perde pas ses valeurs citoyennes d’enseignement

Éducation de qualité 

Dans sa vision, la candidate dans Marie-Victorin défend l’importance d’une éducation supérieure de qualité. Mais qu’est-ce que la «qualité» pour le PQ? Questionnée à ce sujet, Catherine Fournier indique qu’elle comporte deux volets, comprenant d’une part les besoins de la main-d’œuvre et d’autre part la formation citoyenne:

«Pour nous, c’est important qu’il puisse y avoir ces deux aspects, que ça ne soit pas une logique mercantile à l’université et que [celle-ci] ne perde pas ses valeurs citoyennes d’enseignement. [Il importe] de faire en sorte que les jeunes qui passent à travers le processus d’enseignement supérieur puissent se nourrir aussi comme citoyens. La marchandisation de l’éducation, pour nous, c’est vraiment un problème. Quand on parle de qualité, il ne faut pas oublier de voir l’ensemble du portrait, pas seulement penser au côté très pratique du marché du travail.»

Accessibilité et société

En plus de la qualité, l’accessibilité aux études supérieures est un vrai sujet de société. Sur ce sujet, Catherine Fournier affirme que malgré ses «faibles coûts», l’éducation supérieure n’est pas encore accessible pour tous et toutes au Québec. Elle soutient qu’il est souvent pris pour acquis que les frais de scolarité seront assumés par les parents et que, dans les faits, ce n’est pas toujours le cas. Par ailleurs, Catherine Fournier estime important de parler de l’augmentation de l’endettement étudiant lorsque vient le temps d’aborder la question de l’accessibilité.

C’est ainsi que le PQ propose la gratuité scolaire. La candidate explique que la mesure s’appliquerait d’abord (dans un premier mandat) aux jeunes issu·e·s de milieux «défavorisés économiquement» dans le but d’encourager l’accès des étudiant·e·s de première génération. Toutefois, Catherine Fournier précise que le parti est «ouvert à étendre la gratuité à tous les étudiants dans un deuxième mandat». Par ailleurs, elle amène l’idée d’assouplir le calcul de l’Aide financière aux études. Elle cite en exemple la prise en compte des pensions alimentaires dans le calcul, mesure qui doit être abolie «pour permettre à beaucoup de mères monoparentales de poursuivre des études supérieures».

«On croit que ça doit être un projet de société, la gratuité scolaire. C’est sûr que cela représente des sommes importantes, mais en même temps c’est un investissement. Ça rapporte à la société par la suite. […] Le plus rapidement on va atteindre la gratuité scolaire entière à l’université, le plus heureux on sera!», résume Catherine Fournier.

Repenser le financement

Pour le PQ, la formule actuelle du financement des universités est inadéquate. En effet, Catherine Fournier critique le financement par «tête de pipe» (le financement basé sur l’effectif étudiant des universités, ndlr). Elle explique les problèmes causés par ce mode de financement de cette façon:

« [Les universités] sont dans une espèce de compétition. Ça les pousse à construire des campus satellites qui ne sont parfois pas tellement nécessaires, qui ne répondent pas à un besoin mais qui sont là seulement pour pouvoir augmenter leur clientèle étudiante et donc avoir davantage de financement. C’est clair qu’il faut revoir cela. Il faut aussi plus d’incitatifs pour qu’il y ait plus d’étudiants qui vont en région, par exemple en créant des programmes qui sont plus nichés […] pour avoir une dynamisation de notre territoire.»

En plus du financement des études, la candidate mentionne l’importance de financer la recherche universitaire, évoquant le plan «très ambitieux» de l’ancien ministre péquiste de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne (au sein du gouvernement minoritaire formé par le Parti québécois entre 2012 et 2014, ndlr). Elle exprime le souhait de voir le projet «[être remis] sur les rails une fois au gouvernement après le premier octobre».

Le plus rapidement on va atteindre la gratuité scolaire (…) à l’université, le plus heureux on sera !

Aucune relation prof-élève

En ce qui concerne l’épineuse question de la violence sexuelle sur les campus, Catherine Fournier estime que la loi 151 (Loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur) est un «bon premier pas» puisqu’un tel projet était attendu par les groupes et dans les universités.  La candidate indique que le PQ se montre ouvert à étendre la loi à d’autres niveaux d’enseignement, par exemple à l’enseignement professionnel.

Catherine Fournier a siégé à la commission parlementaire du projet de loi 151 et elle a collaboré directement avec la ministre responsable de l’Enseignement supérieur et de la Condition féminine, Hélène David. La péquiste salue l’implication de ses collègues des autres formations politiques en expliquant que le projet a été bonifié de multiples façons:

«Par exemple, j’ai déposé des amendements qui font en sorte que le projet est maintenant appliqué aux clubs sportifs, qui sont liés aux universités mais qui n’étaient pas inclus dans le projet de loi initial. […] On a aussi fait en sorte que les universités doivent déposer leur plan d’action plus rapidement, donc on a fait certains gains!»

Toutefois, le montant de ressources dédiées aux universités pour appliquer la loi est problématique selon la porte-parole en matière de condition féminine. En effet, les universités sont tenues de mettre en place certaines mesures très rapidement — par exemple un guichet unique pour la réception des plaintes — sans que le gouvernement n’accorde nécessairement des fonds associés.

Questionnée sur la possibilité d’une intervention du gouvernement en ce qui concerne les relations intimes entre professeur·e·s et étudiant·e·s, la candidate péquiste se montre «carrément» en faveur d’une interdiction de ce type de relation. En effet, elle estime que la relation entre un·e membre du corps professoral et un·e étudiant·e est nécessairement une relation de pouvoir et que «nous ne sommes jamais certains que le consentement ne soit pas vicié». 

Plus de présence internationale

Enfin, la question de la place du Québec dans le monde universitaire international est abordée. Catherine Fournier affirme qu’«il faut renforcer notre présence à l’international». En ce sens, elle pointe plusieurs aspects à améliorer. Elle indique l’importance de préserver les relations diplomatiques existantes, déplorant au passage un engagement non tenu du gouvernement libéral qui prévoyait octroyer des bourses supplémentaires pour attirer les étudiant·e·s francophones internationaux·ales. La candidate déplore par ailleurs la hausse des frais de scolarité des étudiant·e·s français·es, estimant que cela «entache la relation entre le Québec et la France». Aussi, pour encourager la rétention des étudiant·e·s internationaux·ales, le Parti québécois entend offrir un crédit d’impôt à ces dernier·ère·s décidant de demeurer au Québec pour travailler.

En conclusion, Catherine Fournier souhaite voir l’éducation supérieure mieux considérée pendant la campagne: «C’est un grand travail de sensibilisation. Il faut que les partis démontrent que c’est un enjeu important, mais il faut aussi que la classe médiatique fasse son travail et puisse interpeller les partis sur [cette question].»

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