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	<title>Archives des Slider - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Wed, 04 Nov 2026 03:41:19 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
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	<item>
		<title>Francisée, mais pas la bienvenue?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/11/04/francisee-mais-pas-la-bienvenue/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Della Harris]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Nov 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Appartenance]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[identité]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Témoignage sur un Québec qui a financé mon français, mais pas mon avenir.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/11/04/francisee-mais-pas-la-bienvenue/" data-wpel-link="internal">Francisée, mais pas la bienvenue?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em><a href="https://www.mcgill.ca/internationalstudents/once-here/summer-french-immersion-program" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">15 000 $</a>. C’est environ cette somme que McGill et le gouvernement du Québec m’ont donnée à ce jour pour financer mes cours de français langue seconde.</em></p>



<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Je suis arrivée à Montréal il y a quatre ans. Aujourd’hui, je parle suffisamment bien le français pour mener ma vie au Québec. Ces cours me permettent de commander un café, de m’inscrire à des cours de sport dans mon centre communautaire et de vivre avec des colocataires francophones.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des politiques qui changent</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant que j’apprenais le français, le Québec modifiait ses politiques d’immigration. Le gouvernement a aboli le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) en novembre 2025, puis l’a rétabli en <a href="https://www.google.com/url?q=https://www.journaldequebec.com/2026/06/10/immigration--quebec-retablit-le-peq-pour-2-ans&amp;sa=D&amp;source=docs&amp;ust=1793658128260427&amp;usg=AOvVaw3D52toT0yIOw8z6lpahaEq" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">juillet 2026 pour deux ans</a>. Il a mis en place des restrictions pour la période de réception des demandes pour le PEQ (la plus récente a fermé le <a href="https://www.quebec.ca/immigration/permanente/travailleurs-qualifies/programme-experience-quebecoise" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">31 octobre</a>, la prochaine période n’a pas été encore annoncée) alimentant l’incertitude pour les immigrants. Il a également limité le nombre d’étudiants étrangers <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2143660/certificats-acceptation-caq-quotas-immigration" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">par la loi 74</a> et imposé de <a href="https://www.cicnews.com/2025/11/breaking-quebec-announces-further-cuts-to-its-immigration-programs-1161778.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">nouvelles restrictions</a> pour les réfugiés. Même si rien n’a été formulé explicitement, le message est clair : le Québec ne veut plus autant d’immigrants et est de moins en moins disposé à les soutenir. Tout ce temps, je me suis souvent demandé pourquoi le Québec avait financé mes cours si ses autres politiques visaient à décourager l’immigration. Pourquoi avoir investi dans mon apprentissage du français s’il ne m’offre aucune voie pour rester à la fin de mes études?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un coût pour le Québec</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’incohérence des politiques d’immigration a un coût économique et social que l’État devra assumer. Citée par <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2205991/immigration-quebec-sourd-demandes-college-universite" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Radio-Canada</em></a>, Marie Montpetit, présidente-directrice générale de la Fédération des cégeps, a souligné que « la disparition du PEQ prive le Québec d’un levier efficace pour retenir des diplômés déjà intégrés, francisés et essentiels à la vitalité de nos régions ».</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Si la seule voie vers la résidence permanente s’ouvre et se referme sans prévenir, pourquoi consacrer autant d’heures à apprendre le français et s’établir ici? »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">De plus, ces changements ne touchent pas seulement les personnes non francophones. <a href="https://www.ledevoir.com/monde/europe/1010204/dur-retour-france-depites-reve-canadien" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Selon <em>Le Devoir</em></a>, même les immigrants français ont dû quitter le Québec à cause des changements apportés au PEQ. Le Québec peine à retenir les immigrants dont il a pourtant besoin. C’est un gaspillage de ressources pour l’État, et une perte de temps et d’efforts pour ceux qui veulent rester ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un nouveau gouvernement, plus d’incertitude</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec la transition vers le nouveau gouvernement du Parti québécois, la politique d’immigration changera probablement encore. Le nouveau premier ministre, Paul St-Pierre Plamondon, a promis de continuer à limiter le nombre d’étudiants internationaux, de ramener le seuil d’<a href="https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2026-08-29/le-pq-promet-une-diminution-significative-de-l-immigration.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">immigration permanent</a> et de reprendre le contrôle d’Ottawa en matière d’immigration, <a href="https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2026-10-01/hausse-prevue-de-l-immigration-par-ottawa/quebec-n-a-pas-ete-prevenu-st-pierre-plamondon-monte-le-ton.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">selon <em>La Presse</em></a>. Cependant, la nouvelle ministre de l’Immigration et de l’Intégration, Catherine Gentilcore, n’a pas encore précisé comment, ni même si elle comptait remédier à l’instabilité que vivent actuellement de nombreux immigrants au Québec.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Et maintenant?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je finis mes études cette année, donc j’ai commencé à penser à mon avenir – ici si c’est possible. Le Québec a investi dans mon parcours, et, de mon côté, j’ai consacré du temps et fourni des efforts pour apprendre sa langue et m’intégrer. Malgré tout, le Québec me tient à cœur et je crois que mon français le montre. Toutefois, si la seule voie vers la résidence permanente s’ouvre et se referme sans prévenir, pourquoi consacrer autant d’heures à apprendre le français et s’établir ici?</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Même si rien n’a été formulé explicitement, le message est clair : le Québec ne veut<br>plus autant d’immigrants et est de moins en moins disposé à les soutenir »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rebâtir une voie claire</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est important de rappeler que le Québec a une longue tradition d’accueil et d’intégration des immigrants. Ces dernières années, le Québec semble avoir perdu une partie des principes qui ont longtemps guidé ses politiques d’immigration. Ces changements ne me semblent pas motivés par les valeurs québécoises que j’ai apprises en m’intégrant. Il me semble plutôt que les restrictions aient été mises en place pour leur apparence politique et pour jeter de l’huile sur le feu du populisme. Si Québec ne rebâtit pas une voie claire vers la résidence permanente, il continuera à perdre du temps, des immigrants qualifiés et de l’argent.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cet article est publié dans le cadre d’une collaboration avec le cours FRSL 449 : Le français des médias, offert par le Centre d’apprentissage du français. Présélectionné par les étudiants du cours, il a ensuite été retenu par l’équipe du Délit.</em></p>
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		<title>Laisser couler l’eau</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/11/04/laisser-couler-leau/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Timotée Allouch-Chantepie]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Nov 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[droits]]></category>
		<category><![CDATA[Judiciaire]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[loi]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comme débutent toutes les belles histoires, rendons-nous dans le merveilleux monde des égouts. Ces vastes systèmes de tuyaux, de pompes, de calculs méticuleux des courants d’eau se voient confier deux des plus nobles missions. La première, et certainement la plus intuitive, est d’évacuer les eaux usées, afin qu’elles retrouvent leur état naturel dans nos rivières,&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2026/11/04/laisser-couler-leau/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Laisser couler l’eau</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Comme débutent toutes les belles histoires, rendons-nous dans le merveilleux monde des égouts. Ces vastes systèmes de tuyaux, de pompes, de calculs méticuleux des courants d’eau se voient confier deux des plus nobles missions. La première, et certainement la plus intuitive, est d’évacuer les eaux usées, afin qu’elles retrouvent leur état naturel dans nos rivières, nos lacs, nos mers et nos océans. La seconde, bien plus piégeuse, mais tout autant nécessaire, s’assure que toute eau contaminée par l’industrie humaine ne s’invite pas dans nos fragiles écosystèmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est là que la grande question se pose – comment s’assurer qu’une de ces missions n’enfreint pas l’autre? Vous l’aurez bien compris, nous ne nous sommes pas amusés à écrire tout un éditorial sur la qualité du système digestif de nos villes (même si vous ne trouverez aucun mépris de notre part envers ceux qui le traitent). Non, le système que nous souhaitons aborder est bien plus abstrait et surtout bien plus imparfait que nos égouts : la justice.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une affaire qui perturbe</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La justice et les égouts ont en effet des objectifs assez concordants. Comme un réseau d’assainissement, la justice doit rendre à la société ceux qu’elle a pris en charge, tout en s’assurant qu’ils ne lui nuisent pas à leur retour. Réhabiliter sans exposer la communauté à la récidive, voilà le geste d’équilibre qu’elle doit sans cesse entreprendre. Une mission à laquelle elle semble avoir échoué en ce qui concerne l’affaire Ewert (p. 3, édition du 28 octobre 2026).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que son risque de récidive inquiétait déjà, la confirmation de l’échec par son <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/10/28/affaire-ewert-qui-savait-quoi/" data-wpel-link="internal">exclusion du campus</a> pourrait et devrait être interprétée comme un manque de vigilance et d’accompagnement de la part de l’université et du système judiciaire. Les comportements qui lui sont reprochés par plusieurs étudiants de la Faculté de droit <a href="https://montrealgazette.com/news/mcgill-law-students-open-letter-murderer-jeffery-ewert/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">dans une lettre ouverte</a> ne sauraient être excusés. Si les allégations venaient à être confirmées, McGill porterait également une part de responsabilité envers les victimes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, et voilà d’où l’affaire tire sa complexité, McGill n’a jamais failli aux yeux de la loi. La réhabilitation fait partie, et bien heureusement, des piliers phares de la justice. L’objectif d’une peine vise, au-delà de punir les erreurs du passé, à préparer un retour : la réhabilitation part du simple principe que nos égarements ne nous définissent pas. Une société qui refuse cette possibilité condamne à l’exclusion permanente, et l’exclusion nourrit justement la récidive qu’elle prétend prévenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’antécédent judiciaire ne saurait justifier un refus d’accès à l’éducation supérieure. L’administration de McGill, par le biais d’Angela Campbell, provost et vice-rectrice principale aux études, nous explique d’ailleurs parfaitement pourquoi. Il s’agit d’une question de « respect de la dignité humaine et [de] droit à une seconde chance ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une valeur fragile, mais tout autant essentielle</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le danger vient tout autant du risque de récidive que de la rhétorique qui a surgi suite à la médiatisation de l’affaire, celle qui insinue une rupture avec la pratique de la réintégration. Certes, l’affaire Ewert choque. Elle nous rappelle que nos salles de classe ne sont pas à l’abri des risques inhérents à la vie en société. Elle nous demande une réflexion sur notre sécurité et notre confort dans nos lieux d’apprentissage, une réflexion qu’aucun étudiant au monde ne devrait avoir à entreprendre. Mais le risque parallèle, non moins important, est la perte de nos repères dans nos valeurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réhabilitation doit figurer parmi les idéaux fondamentaux de nos sociétés; la colonne vertébrale de notre système pénitentiaire et judiciaire. L’affaire Ewert témoigne de la science imparfaite qu’est la réinsertion, mais imaginons un monde dans lequel cette science est abandonnée au profit d’une justice purement punitive. Si l’antécédent judiciaire vient à définir l’individu, que suggère cela sur la nature de l’Homme social?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le conducteur ivre ayant percuté un inconnu sera-t-il à jamais identifié comme meurtrier? L’adolescent vendeur de drogue sera-t-il à jamais identifié comme dealer de stupéfiants? L’erreur est humaine, l’apprentissage aussi. La justice de demain ne doit pas l’oublier. Cela nécessite un grand courage, et l’humilité de savoir que la route infinie vers une justice parfaite sera truffée d’erreurs – l’affaire Ewert n’est ni la première, ni la dernière. Allons-nous condamner chaque criminel à une éternité de punitions pour assurer notre sécurité? Disparaîtrait alors la valeur essentielle de la rédemption, d’abord pour les condamnés, puis pour le reste d’entre nous, car le droit à cette rédemption ne peut se forger autour de constructions juridiques. La justice ne sera jamais capable de garantir la pureté des intentions de ses anciens prisonniers, mais que cette incapacité condamne même les sincères serait une défaite pour notre humanité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’accompagnement comme responsabilité</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Surtout, ne confondez pas cette foi envers la réhabilitation, à une apologie de la récidive et un dédain pour les voix des victimes. Dans le cas de l’affaire Ewert, la lettre ouverte des étudiants de la Faculté de droit ne peut rester sans réponse et sans transformation sur le fond de la stratégie d’intégration de l’administration mcgilloise. La fidélité envers nos principes de justice ne doit absolument pas nous aveugler et ne dédouane pas l’université de responsabilité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si McGill se dit prête à accueillir des étudiants en situation de semi-liberté, tant mieux, et même heureusement, mais cet accueil doit être le fruit d’une diligence incontestable. Alors, il faut investir. Investir dans l’accompagnement, dans la consultation avec la communauté étudiante, et dans la protection de tous – à la fois pour les étudiants, ainsi que pour l’individu en question qui ne doit subir aucune forme de harcèlement pouvant davantage le marginaliser et donc augmenter le risque de récidive. Tout cela sans perdre de vue l’objectif de l’éducation : la création du bon citoyen, capable de vivre en société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà où le jeu d’équilibre que McGill peine à maintenir devient délicat. Les filets qui filtrent le plastique avant que l’eau ne soit déversée dans nos rivières sont essentiels, mais plus leurs mailles se resserrent, moins l’eau passe, et nous nous retrouverions vite avec des égouts débordés, et une ville inondée par des eaux fétides – une société qui aurait abandonné la foi en la rédemption.</p>
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		<item>
		<title>Les lacrymogènes causeraient plus que des larmes?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/11/04/les-lacrymogenes-causeraient-plus-que-des-larmes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Minola Grent]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Nov 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Santé]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=61424</guid>

					<description><![CDATA[<p>Des possibles effets sur les cycles menstruels.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/11/04/les-lacrymogenes-causeraient-plus-que-des-larmes/" data-wpel-link="internal">Les lacrymogènes causeraient plus que des larmes?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Le 8 octobre 2026, le compte Instagram Lacrymos de Sang, en collaboration avec l’Observatoire Féministe des Violences Médicales (OBSMed), lance un appel aux témoignages. <a href="https://www.instagram.com/p/DeOkmf6RIz2/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">La description de la première publication du compte indique</a> : « Tu as fait l’expérience de symptômes inquiétants par rapport à ton cycle menstruel après avoir été exposé·e à des lacrymos ces dernières semaines? Partage ton témoignage anonymement au lien en bio! ». En date du 30 octobre, le collectif Lacrymos de Sang avait reçu <a href="https://www.nouvelobs.com/societe/20261030.OBS119698/si-ca-peut-declencher-mes-regles-quels-autres-effets-sur-mon-corps-l-effet-des-gaz-lacrymogenes-en-question.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plus de 10 000 témoignages</a>. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Après avoir été exposée à du gaz lacrymogène pendant une quinzaine de minutes lors des manifestations du 17 octobre, Valentine confie à OBSMed qu’elle a « eu des crampes à l’utérus et du sang dans [ses] urines » le lendemain. Bien que Valentine n’ait plus ses règles depuis quatre ans, étant sous pilule en continu, elle a saigné abondamment cette nuit-là. Plusieurs autres personnes ont <a href="https://www.instagram.com/p/De94R96mAFp/?img_index=1" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rapporté</a> des saignements abondants, des menstruations avancées, des douleurs utérines et, dans certains cas, des fausses couches. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le gaz lacrymogène est devenu une arme habituelle dans les manifestations, mais sa composition et son fonctionnement restent méconnus du grand public. Contrairement à ce que son nom indique, le gaz lacrymogène n’est pas nécessairement un gaz, mais plutôt un <a href="https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/10/23/le-gaz-lacrymogene-est-il-dangereux-pour-la-sante-ce-qu-en-dit-la-science_6799078_4355770.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">composé chimique solide appelé CS et dispersé par voie d’aérosol</a>. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce qu’on sait à date </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour en savoir plus, Le Délit est allé à la rencontre d’Élise Brunot, directrice générale du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes (RQASF). </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mme Brunot explique que le CS – 2‑chlorobenzylidène malononitrile de son nom complet – s’attache aux récepteurs de douleur du corps, ce qui provoque des sensations de picotement et de brûlure. Néanmoins, hormis le CS, aucun autre composé ne peut être identifié dans cette arme, les manufacturiers ne partageant pas les formules exactes. « On ne sait même pas ce qu’on respire », dit-elle. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Très peu d’études ont été menées sur les effets secondaires du gaz lacrymogène. <a href="https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8074355/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">L’une des premières, parue en 2021 dans <em>BMC Public Health</em></a>, porte sur 2 257 personnes exposées lors des manifestations de Portland en Oregon, États-Unis, en 2020. Parmi elles, 2 116 participants, soit 93,8 %, ont déclaré des troubles physiques ou psychologiques – maux de tête, maux intestinaux, anxiété accrue et fatigue, entre autres – et 1 944, soit 86,1 %, en ressentaient encore dans les jours suivant l’exposition. Les auteurs observent par ailleurs que plus l’exposition se répète, plus les troubles sont fréquents. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La même étude s’était penchée sur les cycles menstruels, un sujet que les chercheurs disaient alors inexploré. Sur 1 650 personnes concernées, 54,5 % rapportaient une perturbation du cycle ou une sensibilité mammaire, 36,6 % des crampes accrues et 27,8 % des saignements inhabituels. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux ans plus tard, une seconde <a href="https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38516336/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">étude, consacrée cette fois spécifiquement à la santé reproductive</a>, aboutit au même constat. Parmi les 1 276 personnes sondées, 83 % rapportent au moins un effet après une exposition aux agents chimiques employés par les forces de l’ordre, 69 % ont eu des crampes utérines, 55 % des saignements précoces, 30 % une sensibilité mammaire et 19 % des saignements retardés. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon Mme Brunot, plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ce phénomène, mais deux ressortent particulièrement. La première se rapporte au fonctionnement du gaz lacrymogène. Les récepteurs auxquels le gaz se rattache pour causer les sensations de brûlure seraient aussi responsables des douleurs menstruelles. La deuxième, quant à elle, se baserait sur une éventuelle transformation du gaz en cyanure une fois présent dans le corps par inhalation. Celui-ci priverait alors les muscles d’oxygène et créerait des douleurs dans les jours suivant l’exposition.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Que faire de tout ça? </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mme Brunot mentionne en revanche qu’il ne faut pas tirer de conclusions hâtives. Avec seulement deux études et des témoignages, il serait impossible de prouver avec suffisamment de certitude que la corrélation observée correspond bien à une causalité. Elle soutient cependant que les témoignages de ces femmes ne doivent pas être ignorés, mais qu’au contraire, ils doivent servir de signal d’alarme et de moteur pour continuer à pousser les autorités à conduire plus d’études. À la connaissance de Mme Brunot, aucune autorité sanitaire en France ne conduit actuellement de recherches sur le sujet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mme Brunot a conclu l’entrevue en encourageant les femmes à se réapproprier le discours autour de leurs menstruations afin de mieux prendre soin de leur corps et de leur cycle hormonal. Elle invite tout le monde à dépasser le tabou social, politique et institutionnel que représentent les règles. De plus, Mme Brunot insiste sur le fait que la santé mentale et la santé physique sont indissociables l’une de l’autre. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré le peu de ressources disponibles au Québec pour soutenir la santé des femmes, le RQASF met à la disposition de toutes et tous des brochures compilant des informations sur plusieurs sujets touchant aux menstruations, notamment la précarité et l’équité menstruelle, sur <a href="https://rqasf.qc.ca/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">son site</a> et sur <a href="https://lefilrouge.rqasf.qc.ca/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Le Fil Rouge</a>, qu’il consacre aux règles.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/11/04/les-lacrymogenes-causeraient-plus-que-des-larmes/" data-wpel-link="internal">Les lacrymogènes causeraient plus que des larmes?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Souriez, vous êtes filmés!</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/11/04/souriez-vous-etes-filmes-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Héloïse Durning]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Nov 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
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		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=61428</guid>

					<description><![CDATA[<p>Couche-Tard : un « magasin-laboratoire » rue McTavish.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/11/04/souriez-vous-etes-filmes-2/" data-wpel-link="internal">Souriez, vous êtes filmés!</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">On entre, on achète, on sort. Pour les étudiants de McGill qui fréquentent le dépanneur Couche-Tard situé sur la rue McTavish, ce rituel est quotidien. Malgré l’allure pressée des clients, il n’est pas rare que ces derniers aient à naviguer à travers une congestion importante afin de compléter leurs achats. Ce que peu d’étudiants remarquent est le petit panneau à l’entrée du magasin : « Laboratoire d’innovation en commerce au détail ». </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un laboratoire pas tout nouveau</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"> En janvier 2021, le <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/09/couche-tard-connecte-ombre-a-daves-store-depanneur-historique-faculte-de-gestion/" data-wpel-link="internal">laboratoire </a>ouvre ses portes au rez-de-chaussé du pavillon Bronfman de la faculté de gestion Desautels. Le partenariat entre Alimentation Couche-Tard inc. et l’École Bensadoun de commerce au détail de McGill a pour but, comme l’explique la compagnie dans un <a href="https://corporatif.couche-tard.com/2021-01-14-L-apos-Universite-McGill-et-Alimentation-Couche-Tard-ouvrent-un-magasin-laboratoire-unique-qui-propulsera-le-secteur-du-commerce-au-detail-et-les-clients-vers-l-apos-avenir" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">communiqué de presse</a>, « de mener des recherches novatrices et de tester des solutions, y compris des technologies “sans friction” ». Ces technologies permettaient aux clients de faire leurs courses sans passer par la caisse; des portiques à l’entrée du magasin étaient censés détecter et facturer les produits achetés. Si le magasin demeure encore un laboratoire de recherche à ce jour, les technologies « sans friction », pourtant <a href="https://corporatif.couche-tard.com/2021-11-08-Nos-gens-au-coeur-de-linnovation-ouverture-officielle-du-Couche-Tard-Connecte-a-Montreal" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">louées</a> comme une innovation révolutionnaire à leur instauration, n’ont pas duré très longtemps. « <em>C’était un peu trop coûteux pour Couche-Tard (tdlr)</em> », suppose le professeur James Clark, codirecteur du laboratoire d’innovation lors d’une entrevue avec Le Délit. Bien qu’il ne soit pas au courant de la raison officielle pour laquelle Couche-Tard a cessé d’utiliser ces systèmes, il pense que leur complexité a probablement été un facteur. « <em>Il fallait vérifier manuellement que toutes les transactions étaient correctes, et les gens n’aimaient pas trop le délai entre la sortie du magasin et la confirmation de l’achat.</em> »</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Il suffit de lever la tête pour se rendre compte que le Couche-Tard fait aussi office de laboratoire : le plafond est recouvert d’une centaine de caméras qui fixent quiconque rentre dans le magasin »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Lors d’une conversation avec Le Délit, une caissière à Couche-Tard qui souhaite demeurer anonyme corrobore les propos de James Clark. Elle ajoute que beaucoup d’étudiants n’avaient pas l’application mobile nécessaire pour compléter le processus « sans friction », ce qui rendait la présence d’employés nécessaire quoi qu’il en soit. Aujourd’hui, les technologies « sans frictions » ont été remplacées par un système de caisses libre service.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À travers l’oeil d’une caméra il suffit de lever la tête pour se rendre compte que le Couche-Tard fait aussi office de laboratoire : le plafond est recouvert d’une centaine de caméras qui fixent quiconque rentre dans le magasin. La présence de ces technologies est le fruit d’une collaboration entre Couche-Tard et <a href="https://axper.com/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Axper</a>, une entreprise québécoise qui se spécialise dans l’analyse des flux de personnes. Cette dernière fournit la technologie – caméra et IA – et les données brutes à analyser par les équipes de chercheurs mcgillois. « Nos capteurs mesurent en temps réel les entrées et sorties » écrit Axper sur son site web, « l’IA [nous permet] d’obtenir des informations additionnelles sur les clients : genre, groupe d’âge, distinction entre le personnel et la clientèle, et bien plus encore ». L’entreprise promet que « les capteurs installés discrètement au plafond assurent une intégration non intrusive et respectueuse de la vie privée », soulignant son respect pour la sécurité et la confidentialité des données des entreprises et clients.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Délit a eu l’occasion de visionner un extrait d’une vidéo produite par Axper. Sur une carte 2D du Couche-Tard, des petits cercles colorés dotés de deux bras se déplacent entre les rayons. «<em> Les bleus sont les employés</em> », pointe James Clark, « <em>les jaunes sont les gens qui achètent quelque chose, et les oranges sont les gens qui n’achètent rien</em> ». La vidéo n’est pas en temps réel mais, d’après le professeur, l’IA peut reconnaître le comportement des clients et leur assigner une désignation – acheteur ou non-acheteur – très rapidement. Pour ce qui est des employés, ils se distinguent par le temps qu’ils passent sur le site et les endroits auxquels ils ont accès.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De nombreuses autres tendances se dessinent avec le temps. En tant que dépanneur, le Couche-Tard reçoit beaucoup de circulation, une des raisons pour lesquelles la compagnie a été choisie. En un an, c’est près de 250 000 personnes qui font usage du magasin. Grâce au volume de données disponible, il est facile de dégager des motifs récurrents dans les comportements des consommateurs. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Si une grande partie des résultats de recherche ne sont utiles qu’à des fins académiques, certains ont toutefois un intérêt pour Alimentation Couche-Tard inc. C’est notamment le cas des informations portant sur le stock en rayons, et plus particulièrement la détection des vagues d’achats, afin de prévoir et d’éviter les ruptures de stock. Le professeur Clark donne l’exemple des plats prêt-à-emporter qui venaient souvent à manquer les jeudis soirs. Grâce aux systèmes de surveillance IA, les chercheurs ont remarqué que chaque jeudi, un nombre important de clients rentraient dans le magasin et se dirigeaient vers la section du prêt-à-manger – et, en fin de soirée, repartaient les mains vides car il n’y avait plus rien en stock. Après que le problème a été identifié, Couche-Tard a pu y pallier en prévoyant un plus grand approvisionnement de plats. La raison de cette mystérieuse rupture de stock provient du fait que les étudiants de la Faculté de gestion n’ont pas cours le vendredi. James Clark explique qu’un grand nombre d’entre eux profitent de leur dernier soir de semaine sur le campus pour faire certaines courses au Couche-Tard. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quels projets de recherche? </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que le partenariat soit principalement avec l’École Bensadoun, plusieurs autres facultés de McGill font usage du « laboratoire vivant » pour des projets de recherche. <a href="https://www.mcgill.ca/bensadoun-school/fr/laboratoire-dinnovation-en-commerce-au-detail/projets-de-recherche/projets-en-cours" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Plusieurs projets sont en cours</a> avec la Faculté de génie, dont un mené par le professeur Clark ayant pour but de « modéliser le comportement et l’attention de la clientèle dans les dépanneurs », entre autres via un système d’oculométrie (<em>eye-tracking</em>). Une autre initiative, portée par l’École de nutrition humaine, vise à « évaluer les expériences uniques et les processus de prise de décision des personnes atteintes de diabète de type 2 lorsqu’elles font leur épicerie ». </p>



<p class="wp-block-paragraph">Un <a href="https://www.mcgill.ca/bensadoun-school/fr/laboratoire-dinnovation-en-commerce-au-detail/impliquez-vous-dans-la-recherche-au-licd" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">concours d’idéation </a>est présentement ouvert aux étudiants de premier et deuxième cycle avec pour thème : « Innovation en commerce au détail à l’ère de l’IA (ou de l’IA générative) ». </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Éthique et consentement</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Si parmi les étudiants, rares sont ceux qui ont entendu parler du projet de « magasin-laboratoire », c’est même parfois le cas parmi les employés du Couche-Tard. Le Délit s’est entretenu avec une ancienne employée qui a accepté de témoigner sous le couvert de l’anonymat. Elle nous révèle que ses employeurs ne l’ont jamais officiellement informée de la présence ou de la fonction des caméras. En effet, elle nous explique que cinq semaines ont passé avant que son collègue ne lui dise de « <em>regarder en haut</em> », moment où elle a pris conscience de l’ampleur du dispositif de caméras. Favorable à l’objectif éducatif du projet, elle dit toutefois qu’elle s’est un peu sentie comme un « <em>cobaye de laboratoire</em> ». </p>



<p class="wp-block-paragraph">La problématique éthique pose alors question : les étudiants de McGill qui vont faire leurs courses au Couche-Tard ont-ils vraiment consenti à être filmés – même sans marque d’identification – et utilisés dans ces projets de recherche? Le professeur Clark assure que chaque projet doit passer devant un comité d’éthique de la recherche avant d’être approuvé. Le Couche-Tard de la rue McTavish ne cache pas son statut de laboratoire. Encore faut-il savoir où regarder. La prochaine fois que vous pousserez la porte du magasin, levez vos yeux. Entre les rayons de collations et les réfrigérateurs, la recherche universitaire se mêle au quotidien des milliers de clients qui viennent faire leurs achats. Or, ni le comité d’éthique ni les promesses de « non-intrusion » d’Axper ne comblent l’écart entre un affichage discret et un consentement éclairé. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, y consentez-vous?</p>
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				<dc:creator><![CDATA[Marius Grieb]]></dc:creator>
	</item>
		<item>
		<title>Sauve qui peut : l’IA à nos trousses</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/11/04/sauve-qui-peut-lia-a-nos-trousses/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Nov 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[coécriture]]></category>
		<category><![CDATA[fierté]]></category>
		<category><![CDATA[IA]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[prix littéraire]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=61463</guid>

					<description><![CDATA[<p>Réflexion sur la création du Prix Pascal, premier prix littéraire récompensant l’IA.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/11/04/sauve-qui-peut-lia-a-nos-trousses/" data-wpel-link="internal">Sauve qui peut : l’IA à nos trousses</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">L’intelligence artificielle a fait couler beaucoup d’encre (et d’eau) depuis l’avènement de&nbsp;ChatGPT en <a href="https://ici.radio-canada.ca/en-bref/90-14710/intelligence-artificielle-chatgpt-3-ans" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">novembre 2022</a>. Cet article ne fera malheureusement pas&nbsp;exception à la tendance, car l’IA s’immisce une fois de plus dans nos&nbsp;vies. C’est officiel, le domaine littéraire n’échappe plus à la menace des machines : un prix littéraire récompensant une œuvre coécrite avec&nbsp;l’IA est arrivé, et il se présente comme le premier du genre.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un prix pour la francophonie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Prix Pascal – dont le nom fait&nbsp; référence au mathématicien et philosophe français Blaise Pascal – a&nbsp;été créé en <a href="https://www.lapresse.ca/arts/litterature/2026-10-21/france/un-nouveau-prix-litteraire-recompensera-une-oeuvre-coecrite-avec-l-ia.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">France</a> par trois entrepreneurs : Philippe Rodriguez, Albin Serviant et Gilles Mentré. Les fondateurs ont lancé un appel aux candidatures en spécifiant que « [l]e prix est ouvert à toute personne qui écrit&nbsp;en français, partout dans la francophonie, sans condition de nationalité ni de résidence, sans éditeur ».&nbsp;Concrètement, l’œuvre ne doit pas avoir été publiée par un éditeur, mais l’autoédition est acceptée.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par la création de ce prix, les fondateurs veulent ouvrir un espace dédié aux œuvres coécrites avec l’IA. Dans la foulée de l’affaire de Thélyson Orélien, <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2286149/thelyson-orelien-intelligence-artificielle-roman" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">accusé en septembre</a> d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour écrire son roman <em>C’était ça ou mourir</em>, la nouvelle peut apparaître rafraîchissante pour certains ou horrifiante pour d’autres. L’auteur a nié, mais son éditeur québécois, les Éditions du Boréal, <a href="https://www.editionsboreal.qc.ca/actualites/18-les-editions-du-boreal-mettent-fin-a-leur-collaboration-avec-thelyson-orelien.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a mis&nbsp;fin à leur collaboration</a> le 21 octobre, le jour même du lancement du Prix Pascal. Il dit avoir relevé des traces&nbsp;d’IA dans les métadonnées des versions de travail, sans pouvoir en établir l’ampleur. Les créateurs du prix précisent que « <a href="https://prixpascal.fr/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">[l]e jury cherche</a> une œuvre inédite, utile ou qui alerte ». Les personnes voulant tenter leur chance devront remettre un dossier en trois parties : la « graine », soit&nbsp;4 000 caractères expliquant brièvement le projet, le manuscrit, de 300 000 caractères maximum, et enfin, le dossier technique. Ce dernier&nbsp;doit préciser le type de modèle d’IA utilisé, les agents ou le <em>prompt</em> qui ont mené à la création du manuscrit.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les candidatures sont officiellement ouvertes depuis le 20 octobre&nbsp;et se clôtureront à la fin du mois de&nbsp;novembre. Les dossiers seront ensuite évalués par des « lecteurs professionnels et des personnes qui&nbsp;connaissent [les outils d’IA] de l’intérieur », puis les dix finalistes seront annoncés par le jury. Selon le site officiel du Prix Pascal, le lauréat&nbsp;sera annoncé et le prix remis au début du mois de décembre : une dotation ainsi que la promesse de voir son manuscrit publié.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’IA peut maintenant briller&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Prix Pascal assume l’usage de l’IA. Il n’est plus question de cacher l’utilisation de la machine, d’en faire un secret d’État : l’IA est ici une fierté, un outil reconnu et légitime. Sur le site Internet du prix, les&nbsp;fondateurs mentionnent que « [l]’IA est déjà dans les ateliers&nbsp;d’écriture, dans les manuscrits, dans les librairies, souvent en silence. Le Prix Pascal pose la question à voix haute : qu’est-ce qu’une œuvre quand l’auteur et la machine collaborent? ».&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce prix est une arme à double tranchant. S’il faut retenir une chose des&nbsp;débats entourant l’IA dans le milieu littéraire, c’est qu’il est difficile de&nbsp;déterminer jusqu’où permettre l’utilisation de la machine. Peut-elle&nbsp;être utilisée pour la réflexion et l’élaboration d’idées? Pour la rédaction?&nbsp;Ou doit-elle simplement être bannie? Personne ne s’entend : chacun a&nbsp;ses propres limites et l’industrie littéraire a bien du mal à trancher de&nbsp;façon officielle. Il faut donc se rendre à l’évidence : l’IA est utilisée dans certains manuscrits et nous avons peut-être déjà lu une œuvre&nbsp;où l’IA a joué un rôle, probablement&nbsp;sans en avoir conscience. Il est devenu impossible d’ignorer le problème que pose l’intelligence artificielle dans de multiples domaines et la solution est peut-être de rendre son utilisation moins taboue afin que ceux qui en font usage ne se cachent pas. Au lieu de jouer au chat et à la souris, l’IA pourrait être déclarée et il reviendrait aux lecteurs de faire leur choix : lire ou ne pas lire de l’IA? Ceux qui n’y voient pas de problème pourraient apprécier des œuvres qui&nbsp;les satisfont, tandis que les partisans de l’écriture humaine pourraient éviter certains ouvrages.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Le ressenti humain est au cœur de la création et il se retrouve complètement évacué lorsque l’IA prend les rênes d’un tel projet »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Or, tout cela est profondément utopique. Tous ceux qui utilisent l’IA&nbsp;pour rédiger des manuscrits ne déclareront pas nécessairement&nbsp;l’usage de la machine dans leur travail par peur des représailles : si&nbsp;certains n’y voient pas d’inconvénient, il y a tout de même une certaine réticence à lire des œuvres&nbsp;d’IA – si tant est qu’on puisse les appeler des œuvres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Récompenser la « coécriture » d’un livre normalise l’usage de l’IA dans le milieu littéraire. L’IA sera certainement utilisée dans ce domaine –&nbsp;mais comment indiquer son utilisation sans la glorifier? Comment ne&nbsp;pas survaloriser de telles œuvres au détriment de ce qui est humain? Il&nbsp;faut bien sûr abolir le tabou autour de l’utilisation de l’IA afin&nbsp;que ceux qui l’emploient se déclarent, mais pas au point d’encourager la création avec l’IA.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La littérature est un art et l’art est profondément humain. Il exprime des émotions, des sentiments et des situations qui apaisent l’esprit et l’âme. Comment une machine peut-elle bien reproduire une telle chose? Même si on ne comprend pas tout son fonctionnement, force est d’admettre que l’IA a la capacité technique nécessaire pour écrire des œuvres satisfaisantes. Mais une œuvre magnifique ne signifie pas une œuvre humaine. Le ressenti humain est au cœur de la création et il se retrouve complètement évacué lorsque l’IA prend les rênes d’un tel projet.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">De la même façon, une personne écrivant un livre à l’aide de l’IA peut-elle réellement se dire autrice? Écrire,&nbsp;c’est s’acharner, douter de soi, remanier des phrases entières pour être compris. Être autrice, c’est s’associer&nbsp;à ce processus de création, faire l’expérience de ces émotions conflictuelles à travers la rédaction, c’est retravailler les mots presque jusqu’à la folie, c’est s’identifier à des siècles de littérature qui ont ouvert la voie. Comment dire d’une personne qui a&nbsp;tout simplement envoyé des requêtes à l’IA pour en tirer un livre qu’elle est autrice? Flaubert, qui a passé <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/madame-bovary-et-flaubert-reinvente-le-roman-1767460" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">53 mois</a>&nbsp;à travailler <em>Madame Bovary</em> et qui déclamait chaque phrase dans son&nbsp;gueuloir, serait bien déçu…&nbsp;</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/11/04/sauve-qui-peut-lia-a-nos-trousses/" data-wpel-link="internal">Sauve qui peut : l’IA à nos trousses</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Quand la mode va trop loin</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/10/28/quand-la-mode-va-trop-loin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Aviat]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Oct 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Colorisme]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[esthétique]]></category>
		<category><![CDATA[mode]]></category>
		<category><![CDATA[tendances]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=61320</guid>

					<description><![CDATA[<p>Est-il raisonnable de se blanchir l’anus?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Il y a des tendances qui s’imposent partout : le nouvel iPhone, les Adidas Samba, la coupe mullet, ou bien, en pleine <a href="https://www.santemagazine.fr/beaute-forme/chirurgie-esthetique/tout-savoir-sur-le-blanchiment-anal-1039201" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">expansion</a> ces dernières années, le blanchiment anal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Consistant à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Blanchiment_anal" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">dépigmenter</a> la peau autour de l’anus, cette recherche d’<a href="https://www.topsante.com/medecine/problemes_dermatologiques/blanchiment-anal-methodes-douleurs-prix-tout-ce-quil-faut-vraiment-savoir-940525" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">uniformité</a> corporelle vient du colorisme, une forme de discrimination qui valorise les teints de peau plus clairs au détriment des plus foncés. Pourtant, cette zone présente naturellement un épiderme plus foncé, en raison d’une concentration élevée de <a href="https://www.topsante.com/medecine/problemes_dermatologiques/blanchiment-anal-methodes-douleurs-prix-tout-ce-quil-faut-vraiment-savoir-940525" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">mélanine</a>. Celle-ci est influencée par des facteurs génétiques et hormonaux, par l’âge ou par les frottements quotidiens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2017, la demande de blanchiment anal aurait explosé de <a href="https://steemit.com/story/@fatos/demand-for-anal-bleaching-soars-by-23-as-women-follow-in-the-footsteps-of-celebrities-including-sophie-kasaei-charlotte-crosby" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">23</a> % dans la clinique médicale londonienne HB Health après que certaines stars comme Kourtney Kardashian aient mentionné avoir eu recours à cette pratique. En uniformisant la couleur de leur peau, certaines femmes se sentiraient plus à l’aise dans leur corps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce désir d’éclaircissement a pourtant des racines plus anciennes, d’abord <a href="https://www.santemagazine.fr/beaute-forme/chirurgie-esthetique/tout-savoir-sur-le-blanchiment-anal-1039201" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">culturelles</a> : au Moyen-Orient (notamment aux <a href="https://lejournaldemoncorps.fr/etes-vous-pret-pour-un-blanchiment-anal/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Émirats arabes unis</a>) et en Asie, la peau blanche est signe de richesse, et la dépigmentation des zones intimes peut être demandée en préparation de la nuit de noces. En effet, la peau plus claire se voit accorder une valeur sociale supérieure pour des raisons historiques et sociales. La peau bronzée a longtemps été associée aux paysans et aux ouvriers travaillant sous le soleil, et la peau pâle, étant un signe de noblesse ou d’aristocratie, était liée à l’élégance, à la propreté et à la réussite professionnelle. Elle est aujourd’hui devenue un attrait sur le marché du mariage et un idéal de beauté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ceux qui ont lancé la mode, ce sont les acteurs de l’industrie du divertissement pour adultes (le porno), qui s’est progressivement <a href="https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/penelope/segments/rattrapage/1991040/discussion-nouvelle-serie-documentaire-sexe-inc" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">démocratisée</a> dans les années 1980 et 1990. C’est notamment à travers l’imagerie érotique du magazine <em><a href="https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/penelope/segments/rattrapage/1991040/discussion-nouvelle-serie-documentaire-sexe-inc" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Playboy</a></em>, normalisant le sexe imberbe, que la volonté d’esthétiser ces parties du corps nouvellement dévoilées a émergé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Désormais, de nombreuses <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Blanchiment_anal" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">méthodes</a> de blanchiment anal répondent aux nouveaux standards esthétiques des zones intimes et se conforment au colorisme. Des crèmes, des gels ou des sprays ont pour but d’annihiler la production de mélanine à un endroit précis. Les produits mal employés peuvent cependant comporter des risques d’inflammation. En effet, ils contiennent des actifs, tels que l’acide azélaïque, l’acide lactique ou l’acide salicylique, qui peuvent s’avérer irritants en cas de mauvais usage, ou encore de l’acide pyruvique, classé comme <a href="https://reptox.cnesst.gouv.qc.ca/Pages/fiche-complete.aspx?no_produit=138115" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">corrosif</a>, pouvant provoquer de graves brûlures cutanées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas étonnant que de telles crèmes à base d’hydroquinone – <a href="https://www.topsante.com/medecine/problemes_dermatologiques/blanchiment-anal-methodes-douleurs-prix-tout-ce-quil-faut-vraiment-savoir-940525" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ingrédient</a> aussi utilisé dans ces formules – soient <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Blanchiment_anal" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">interdites</a> en Europe et au Canada depuis 2001, au vu de leur toxicité (atteintes au foie, cancers et problèmes thyroïdiens).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le laser CO₂ est une autre méthode. Supervisée par un médecin dermatologue, elle permet de cibler spécifiquement la mélanine. Il faut tout de même être prêt à débourser près de 1000 $ CAD par <a href="https://www.topsante.com/medecine/problemes_dermatologiques/blanchiment-anal-methodes-douleurs-prix-tout-ce-quil-faut-vraiment-savoir-940525" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">séance</a>. Et attention, le résultat n’est pas garanti : un éclaircissement mal réalisé peut provoquer un <a href="https://www.topsante.com/medecine/problemes_dermatologiques/blanchiment-anal-methodes-douleurs-prix-tout-ce-quil-faut-vraiment-savoir-940525" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">assombrissement</a> de la zone traitée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un peu beaucoup d’argent pour une intervention plutôt totalement ridicule. Suivre les tendances du porno, relevant pourtant exclusivement d’une mise en scène, pour se sentir bien dans son corps, ne devrait pas être à la mode. Il est temps d’accepter ses formes, ses couleurs et ses singularités corporelles telles qu’elles le sont, sans les mettre en danger pour répondre à des standards fictifs, illusoires, inutiles et dangereux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Prix exorbitant, dangers pour la santé, popularisation par des industries patriarcales et capitalistes qui objectifient et sexualisent les femmes et les hommes du porno : la pratique du blanchiment anal ne devrait-elle pas être vue comme démodée?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement, avec sa popularisation par les réseaux sociaux et l’accroissement des demandes, cette pratique extrême semble prendre de la place dans un monde criblé par les problèmes non résolus. Aujourd’hui, les conflits géopolitiques et les guerres déchirent des pays et des vies, la crise climatique menace l’environnement, l’insécurité alimentaire et le coût de la vie pèsent, et la fragilité économique, ainsi que la crise de la gouvernance internationale sont des problèmes primordiaux. Est-il alors raisonnable et moral de s’offrir une petite mise en beauté de l’anus?</p>
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		<title>Quand la transidentité effraie</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/10/28/quand-la-transidentite-effraie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sixtine Nicolaÿ]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Oct 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Coin queer]]></category>
		<category><![CDATA[Culture pop]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[films]]></category>
		<category><![CDATA[horreur]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Transidentité]]></category>
		<category><![CDATA[transphobie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Utilisation des codes de la transidentité dans l'horreur.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Alors que les feuilles tombent et que la température chute, une dernière célébration vient ponctuer l’automne avant l’arrivée de l’hiver : Halloween. Et quoi de mieux qu’un bon film d’horreur pour se plonger dans l’ambiance de cette période effrayante? Alors, vous lancez un premier film : <em>Massacre à la tronçonneuse</em>. Puis, vous sélectionnez <em>Le Silence des agneaux</em>. De vrais classiques du cinéma d’horreur! Enfin, vous choisissez de conclure avec <em>Psychose</em>. Si vous avez terminé la soirée en beauté, un constat vous frappe. En y regardant de plus près, ces tueurs ont tous un point commun : ils transgressent, chacun à leur manière, les normes de genre. Plus encore que leur violence meurtrière, ce brouillage entre les codes de genre semble nourrir l’horreur qu’ils inspirent.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les origines du mythe&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre comment le motif narratif du tueur transgenre s’est ancré si profondément dans le cinéma de l’horreur, il faut revenir sur <em>Psychose</em>, un des films les plus influents du genre. Sorti en 1960, le film d’Alfred Hitchcock s’articule autour du meurtre de Marion Cranes et de l’enquête menée afin de trouver son assassin. Si on pense initialement que c’est une femme qui l’a tuée, le vrai <a href="https://collider.com/horror-movies-transphobia/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rebondissement </a>de l’intrigue se déroule à la fin du film. On y découvre que le tueur n’est pas une vieille femme, mais Norman Bates, le gérant du motel où avait séjourné Marion. C’est d’ailleurs cet aspect qui s’avère le plus révolutionnaire, mais aussi le plus troublant pour le public de l’époque. C’est la révélation de cet homme « habillé en femme » qui suscite la surprise et l’effroi des spectateurs, davantage que le meurtre en soi. À la fin, un docteur explique que Norman n’était pas « un travesti », mais qu’il souffre plutôt d’un trouble dissociatif qui le pousse à croire qu’il était sa mère.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, à une époque où la transidentité était très peu évoquée et encore moins acceptée, il est facile d’imaginer comment cette représentation du travestissement comme une pathologie monstrueuse a pu contribuer à renforcer des préjugés envers les personnes transgenres.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Ces représentations reflètent une transphobie évidente qui résulte, entre autres, de la pathologisation de la transidentité »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Ce motif narratif sera d’ailleurs repris à de nombreuses reprises dans le cinéma d’horreur, notamment dans <em>Le silence des agneaux</em>. Le tueur en série Buffalo Bill cherche à confectionner un vêtement à partir de la peau de ses victimes – toutes des femmes – afin de se fabriquer une robe en peau humaine. L’une des scènes les plus marquantes du film le montre en train de se maquiller, alors que les cris d’une de ses victimes résonnent en arrière-plan. Dès lors, la monstruosité de Bill ne réside plus seulement dans ce qu’il fait à ses victimes. Sa folie semble d’autant plus effrayante, car il adopte des codes associés à la féminité. Cependant, il est expliqué par Hannibal Lecter (un autre tueur en série cannibale) que Bill n’est pas « un vrai transsexuel ». Si le film lui même tente de mettre une distance entre le tueur et la transidentité, cela ne reste que quelques lignes de dialogue dans un film de deux heures qui associe transgression de genre à une forme de folie.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son article « <em>Les femmes trans dans l’horreur </em>», <a href="https://fourteeneastmag.com/index.php/2019/01/18/blood-bodies-and-binaries-trans-women-in-horror/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Jenni Holtz</a> explique les conséquences très réelles de ce genre de représentation qui, selon elle, « <em>conduit certaines personnes à les considérer comme des sous-hommes, les transformant en monstres réduits à l’état d’objets abjects. De telles conceptions erronées engendrent des violences dans le monde réel (tdlr) </em>».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>&nbsp;L’horreur comme un reflet des angoisses de la société&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est souvent dit que le cinéma d’horreur est un <a href="https://theconversation.com/le-cinema-dhorreur-miroir-de-nos-angoisses-contemporaines-268442" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">miroir des angoisses de notre société</a>. Cette idée devient d’autant plus claire dans le cas des films d’horreur qui utilisent la transgression de genre comme un élément essentiel de la construction d’un personnage monstrueux. Ces représentations reflètent une transphobie évidente qui résulte, entre autres, de la pathologisation de la transidentité, considérée jusqu’en <a href="https://www.bbc.com/news/health-48448804" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">2019 </a>comme un trouble mental et comportemental selon le manuel mondial de diagnostic de l’Organisation Mondiale de la Santé. Ainsi, les personnes qui s’écartaient des normes de genre, qu’elles soient transgenres ou non, faisaient face à une double stigmatisation. Non seulement leur non-conformité aux attentes sociales était perçue comme déviante, mais elle était aussi fréquemment associée à la maladie mentale, un autre phénomène déjà fortement touché par les <a href="https://www.quebec.ca/sante/sante-mentale/s-informer-sur-sante-mentale-et-troubles-mentaux/combattre-prejuges-troubles-mentaux" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">préjugés</a>. Les films jouent donc sur ces deux stigmates – le travestissement et les troubles psychiatriques – pour susciter l’effroi du public. Ce procédé narratif contribue toutefois également à renforcer l’association entre les deux.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Se réapproprier la monstruosité&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si ces films promeuvent une image négative de la transidentité, comment expliquer qu’un certain nombre de personnes queer continuent de les regarder? C’est le <a href="https://theconversation.com/horrors-monsters-find-new-meaning-with-queer-and-trans-audiences-how-teenage-sex-and-death-at-camp-miasma-dissects-identity-291766" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">paradoxe </a>que Jane Schrodinger explore dans son film <em><a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/16/la-transidentite-dans-les-slashers/" data-wpel-link="internal">Teenage Sex and Death at Camp Miasma</a></em>. Kris, une réalisatrice queer, cherche à relancer une ancienne franchise de slasher qui la fascine depuis l’enfance : <em>Camp Miasma</em>. La franchise s’inspire directement du mythe du tueur trans incarné par <em>Little Death</em>, dont le questionnement sur sa réelle identité de genre participe à la création de sa monstruosité. Bien que Kris soit consciente de la transphobie qui est véhiculée dans ces films, elle reste profondément attachée à cet univers dans lequel elle trouve une forme de réconfort.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Il est possible de comprendre l’impact négatif que de telles représentations ont pu créer, tout en admettant qu’elles peuvent quand même être réappropriées et appréciées par certaines personnes de la communauté »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Le film met ainsi en avant la relation complexe et paradoxale que les personnes queer ont avec ce genre d’oeuvre. Ainsi, au-delà de cette mauvaise représentation, ces œuvres peuvent aussi être appréciées et interprétées sous un angle différent, plus positif. Par exemple, la monstruosité de ces personnages peut être vue comme une forme de résistance aux normes traditionnelles de genre. Ces personnages se retrouvent exclus de la société, car ils refusent de se conformer à ses attentes, une expérience qui peut faire écho au vécu de nombreuses personnes queer.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’une autre façon, l’horreur, par son exploration souvent macabre du corps humain, permet également de se questionner sur son rapport au corps et sur la dysphorie de genre. Dans son article « <em><a href="https://www.them.us/story/body-horror-gender-dysphoria-essay" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Comment les films d’horreur corporelle [body horror] m’ont aidée à surmonter ma dysphorie de genre</a></em> », Nadine Smith explique : « <em>En tant que femme transgenre ayant lutté toute ma vie contre la dysphorie de genre, c’est peut-être le seul genre de film qui soit aussi préoccupé par la chair que moi. </em>» Ainsi, comme Kris dans <em>Camp Miasma</em>, il est possible de comprendre l’impact négatif que de telles représentations ont pu créer, tout en admettant qu’elles peuvent quand même être réappropriées et appréciées par certaines personnes de la communauté.</p>
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		<title>Affaire Ewert : qui savait quoi?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/10/28/affaire-ewert-qui-savait-quoi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Cherifi]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Oct 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[affaire Ewert]]></category>
		<category><![CDATA[McGill Université]]></category>
		<category><![CDATA[meurtre]]></category>
		<category><![CDATA[réinsertion]]></category>
		<category><![CDATA[témoignage]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À l'Université McGill, l'accueil de Jeffrey Ewert laisse des questions sans réponse.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/10/28/affaire-ewert-qui-savait-quoi/" data-wpel-link="internal">Affaire Ewert : qui savait quoi?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Jeffrey Ewert est de retour en détention. Le Service correctionnel du Canada (SCC) a annoncé le 24 octobre la <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2295635/meurtrier-droit-mcgill-prison-ewert" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">suspension de sa semi-liberté</a>, dans l’attente d’un examen plus approfondi de sa situation. Sa présence à la Faculté de droit de McGill avait suscité des inquiétudes étudiantes et conduit l’Université à examiner ses propres pratiques. Si son retour en détention modifie la situation immédiate, les questions sur son accueil demeurent : quelles mesures concrètes avaient été prévues pour organiser sa présence sur le campus et comment l’Université McGill a‑t-elle répondu aux préoccupations de sa communauté? </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une présence qui suscite de nombreuses interrogations </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1984, Jeffrey Ewert a été reconnu <a href="https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/convicted-killer-mcgill-law-school-9.7382625" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">coupable </a>de meurtre au deuxième degré et de tentative de meurtre pour deux attaques commises contre une femme et une adolescente en Colombie-Britannique. Condamné à la prison à perpétuité, il avait obtenu depuis 2025 un régime de semi-liberté, prolongé de six mois en juin 2026. Il est important de noter que Ewert avait effectué une <a href="https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/convicted-killer-mcgill-law-school-9.7382625" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">demande de semi-liberté </a>en 2022, qui lui avait été refusée, son risque de récidive jugé trop élevé. Il a finalement obtenu ce statut après avoir contesté la décision, affirmant que les <a href="https://www.justice.gc.ca/fra/pr-rp/jr/gladue2/resume-summary.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">principes Gladue</a> – arrêt clé en droit autochtone – n’avaient pas été suffisamment pris en compte. La <a href="https://www.canada.ca/fr/commission-liberations-conditionnelles/services/liberation-conditionnelle/les-types-de-mise-en-liberte-sous-condition.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">semi-liberté</a>, accordée pour six mois au maximum et pouvant être renouvelée par périodes supplémentaires, permet de participer à des activités de réinsertion dans la collectivité tout en imposant de retourner chaque soir dans un établissement résidentiel communautaire ou un pénitencier. C’est dans ce cadre que Ewert a entrepris ses études à McGill, où il fréquentait les cours et les événements de la Faculté de droit depuis août. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon les documents de libération conditionnelle, son <a href="https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/convicted-killer-mcgill-law-school-9.7382625" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">risque de récidive</a> se situait dans la catégorie modérée dans les conditions d’encadrement prévues. La Commission des libérations conditionnelles a toutefois exprimé des préoccupations concernant ses interactions avec les femmes et ses attitudes à leur égard. Ewert fait par ailleurs l’objet d’une <a href="https://www.ledevoir.com/actualites/education/1018004/etudiants-mcgill-demandent-retour-meurtrier-condamne-bancs-ecole" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">exclusion temporaire du campus depuis le 6 octobre</a>. Dans une <a href="https://montrealgazette.com/news/mcgill-law-students-open-letter-murderer-jeffery-ewert/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">lettre ouverte</a>, des étudiants en droit ont formulé des allégations de contacts physiques inappropriés avec des étudiantes et dénoncé certaines de ses interactions sur les réseaux sociaux. Son avocate, Nora Demnati, a <a href="https://www.ctvnews.ca/montreal/article/convicted-murderer-should-be-banned-from-mcgill-campus-for-rest-of-academic-year-students-say/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">mis en garde</a> contre des conclusions fondées sur des informations partielles ou sorties de leur contexte. Les motifs précis de la décision de McGill n’ont pas été détaillés lors de son échange avec Le Délit. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La découverte de ses antécédents – des condamnations pour meurtre au deuxième degré et tentative de meurtre – a suscité des <a href="https://www.tvanouvelles.ca/2026/10/19/est-ce-que-vous-le-defendriez-sil-etait-blanc--la-controverse-eclate-autour-dun-meurtrier-admis-en-droit-a-mcgill" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">réactions divergentes</a> : la possibilité d’une réinsertion par l’éducation côtoie des inquiétudes concernant la sécurité des étudiants et le manque d’information à propos de ce sujet. L’affaire soulève ainsi une question qui dépasse la décision d’admission: comment l’Université prépare-t-elle, accompagne-t-elle et accepte-t-elle une telle situation? </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Avant l’arrivée : un encadrement à préciser</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Sollicitée par Le Délit, l’Office de la communication et des relations externes de McGill a décliné une entrevue et transmis une déclaration écrite. L’Université y indique que la vérification des antécédents judiciaires ne fait généralement pas partie des processus d’admission des universités canadiennes. Invoquant les lois québécoises sur la protection des renseignements personnels, elle refuse de commenter les circonstances individuelles du dossier. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« La possibilité d’une réinsertion par l’éducation côtoie des inquiétudes concernant la sécurité des étudiants et le manque d’informations à ce sujet. »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Sa réponse ne précise donc pas quels services connaissaient la situation d’Ewert avant son arrivée, ni si des dispositions particulières avaient été établies. <a href="https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/convicted-killer-mcgill-law-school-9.7382625" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Nora Demnati affirme</a> pourtant à CBC que McGill était consciente de ses antécédents et de son statut lors de sa candidature. L’absence de ces précisions ne démontre toutefois pas l’existence d’un encadrement prévu pour la situation. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son communiqué écrit, McGill explique qu’elle collaborerait avec les organismes gouvernementaux concernés, notamment le SCC, si des renseignements préoccupants lui étaient signalés. Elle pourrait également utiliser les mécanismes prévus par ses politiques internes, dont son <a href="https://www.mcgill.ca/secretariat/files/secretariat/code_of_student_conduct_and_disciplinary_procedures_fr.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Code de conduite de la personne étudiante</a>. </p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Université décrit ainsi les mesures qu’elle peut prendre, sans préciser comment elle s’était préparée à l’arrivée d’Ewert sur le campus. L’admission, les conditions de libération et l’accès aux espaces universitaires relèvent de décisions distinctes, dont la coordination reste à clarifier : qui était responsable du suivi et selon quels critères les mesures en place étaient elles évaluées? </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une réponse après le début de l’année </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un message adressé à la communauté mcgilloise le 16 octobre, Angela Campbell, provost et vice-rectrice principale aux études, indique que l’administration a reçu, seulement après la rentrée, des informations soulevant des inquiétudes pour la sécurité et le bien-être des étudiants. </p>



<p class="wp-block-paragraph">« Nous avons pris des mesures réfléchies et fermes », écrit-elle. Elle précise qu’Ewert n’est pas venu sur le campus depuis début octobre et que sa situation fait l’objet d’un examen, sans identifier les services responsables de ce dernier. McGill a également communiqué avec les corps gouvernementaux responsables de la surveillance des personnes en liberté conditionnelle, sans préciser lesquels, à quelle date, ni la teneur des échanges. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Angela Campbell reconnaît également que des membres de la communauté s’inquiètent et se demandent pourquoi ils n’ont pas été pleinement informés plus tôt. « Ces préoccupations sont légitimes, et nous les prenons très au sérieux », écrit-elle. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le manque d’information au cœur des préoccupations</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour une étudiante à la Faculté de droit qui a souhaité garder l’anonymat, l’information est d’abord venue d’une amie ayant lu des articles de presse. Elle côtoyait pourtant déjà Jeffrey Ewert dans un cours d’une quinzaine de personnes, s’asseyait à ses côtés et avait effectué des travaux d’équipe avec lui. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis que l’affaire a éclaté, l’étudiante explique s’être principalement renseignée par les médias et les échanges entre étudiants avant le message du 16 octobre. Elle aurait souhaité recevoir davantage de contexte pour décider de ses interactions en connaissance de cause lorsqu’il était encore présent sur le campus et pour comprendre la situation. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Son témoignage met en lumière une attente envers le cadre universitaire : elle ne s’attendait pas à devoir envisager des précautions particulières avec une personne de sa classe. Bien que cette expérience individuelle ne permette pas de mesurer l’opinion de toute la faculté, elle illustre cependant la manière dont le manque d’information peut peser sur des relations quotidiennes jusque-là ordinaires. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les positions divergent parmi ses camarades. Selon l’étudiante, certains jugent injuste de priver Ewert d’une possibilité de réintégration dans la société, tandis que d’autres s’inquiètent de sa proximité quotidienne avec des jeunes femmes. Ces préoccupations ne constituent pas nécessairement un rejet de la réinsertion : elles portent aussi sur son encadrement dans un milieu universitaire. L’étudiante reste elle-même partagée. À ses inquiétudes s’ajoute un malaise face au changement d’attitude envers Ewert, auparavant perçu comme un camarade agréable. Cette mise à l’écart l’amène notamment à s’interroger sur les conséquences d’une aliénation plus générale tout au long de son parcours de réinsertion. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Confidentialité et transparence </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La demande de transparence couvre en réalité deux questions. La première concerne l’accès aux renseignements individuels, tandis que la seconde concerne les règles du jeu qui, dans l’administration, est chargé de faire le lien avec les organismes de surveillance? Comment un signalement circule-t-il entre les services? À partir de quel moment la communauté doit-elle être avertie? </p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Université fait valoir que la confidentialité protège à la fois l’étudiant concerné et les personnes qui ont exprimé des inquiétudes. De leur côté, des membres de la communauté, dont l’étudiante interrogée par Le Délit, disent avoir souhaité davantage de contexte pour avoir la possibilité de décider de leurs interactions tout en étant conscients de la situation. Les deux positions ne s’excluent pas mutuellement, mais l’information disponible publiquement ne permet pas de dire où l’Université se positionne aujourd’hui entre les deux. Le retour d’Ewert en détention ne tranche pas cette question. Le SCC poursuit l’examen de sa situation, tandis que celui mené par l’Université n’a pas de calendrier ni de forme connus. </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/10/28/affaire-ewert-qui-savait-quoi/" data-wpel-link="internal">Affaire Ewert : qui savait quoi?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
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		<title>Jeu d’esprit : quand la psyché se dévoile sur toile</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/10/28/jeu-desprit-quand-la-psyche-se-devoile-sur-toile/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jiayuan Cao]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Oct 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Exposition]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[exposition]]></category>
		<category><![CDATA[MBAM]]></category>
		<category><![CDATA[peinture]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=61326</guid>

					<description><![CDATA[<p>Première exposition individuelle d’Allison Katz au Québec, au MBAM.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/10/28/jeu-desprit-quand-la-psyche-se-devoile-sur-toile/" data-wpel-link="internal">Jeu d’esprit : quand la psyché se dévoile sur toile</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Rendez-vous au pavillon Jean-Noël Desmarais du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). Descendez l’escalier principal. Tournez à gauche. Au bout de ce court parcours, vous tomberez sur <em>Jeu d’esprit</em>, la première exposition d’Allison Katz présentée au Québec.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Montréalaise aujourd’hui établie à Londres, Katz est vue comme étant l’une des peintres les plus fascinantes de sa génération sur la scène internationale. Vingt ans après son départ, <em>Jeu d’esprit</em> marque ainsi son retour à sa ville natale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>En suivant le courant</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Arrivé dans la salle d’exposition, on retrouve une carte sur le mur. Celle-ci indique l’ordre de la visite, numérotant les œuvres séparées en trois niveaux circulaires de 1 à 13 (en ordre d’extérieur à l’intérieur : 9 à 13; 1 à 4; 5 à 8).</p>



<p class="wp-block-paragraph">On commence par le milieu (1 à 4). Dès l’entrée en salle, plusieurs peuvent reconnaître le paysage du canal Lachine, qui s’inscrit sur une toile à huile carrée. Entre les arbres aux feuilles jaunies par l’automne, le cours d’eau reflète le bleu du ciel comme un miroir naturel. Le côté droit de la composition montre un petit bateau accosté au rivage. En passant par le canal, elle revisite le paysage d’enfance et relie ses souvenirs à la matérialité encore présente aujourd’hui. Katz met sur toile différents éléments de sa vie, des fragments refoulés au fond de son esprit, en passant par son rêve d’adolescente de devenir actrice, à une Allison Katz encore enfant, qui frappe à une fenêtre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Au noyau</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le premier niveau met en lumière les souvenirs conscients de Katz, celle-ci creuse davantage dans son inconscient dans le deuxième (5 à 8). S’inspirant de la psychanalyse freudienne, l’artiste nous guide vers le mécanisme fondamental de son processus de création. Elle explique : « J’ai appris à peindre et à poser en même temps, à être à la fois peintre et peinture. » Une idée parfaitement reflétée dans son œuvre intitulée « P‑Coq avec portrait II ». Sur la toile, Katz dépeint une palette de peinture qui devient un paon. Il s’agit d’un hommage à la vraie palette utilisée lors de la réalisation de l’œuvre. À cette juxtaposition s’ajoute une reproduction miniature d’un portrait de Katz peint par Susannah Phillips en 2003, ce qui brouille la frontière entre l’art et la réalité. Le motif en arrière-plan mérite également qu’on y porte attention : combinée avec le fond rouge foncé, la palette prend une forme similaire à une bouche ouverte, un élément récurrent dans les œuvres de Katz. C’est un lieu d’ambiguïté, à la fois là où la nourriture entre et là où les mots sortent. En appliquant cette métaphore à la pratique de Katz, c’est l’objet d’inspiration qui ressort en création après une « mastication » méticuleuse.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1895" height="2000" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/10/AK-MBAM1-1895x2000.jpg" alt class="wp-image-61328" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/10/AK-MBAM1-1895x2000.jpg 1895w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/10/AK-MBAM1-150x158.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/10/AK-MBAM1-649x685.jpg 649w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/10/AK-MBAM1-767x810.jpg 767w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/10/AK-MBAM1-1456x1536.jpg 1456w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/10/AK-MBAM1-1941x2048.jpg 1941w" sizes="(max-width: 1895px) 100vw, 1895px"><figcaption><span class="media-credit">Allison Katz</span></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Regard vers le dehors</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le troisième niveau nous mène aux grands murs de la salle. Comme la disposition le suggère, le contenu des images se tourne également vers une perception plus externe. Le concept de juxtaposition demeure, notamment dans « Portes (Musée des beaux-arts de Montréal) ». Un trompe‑l’œil grandeur nature reproduit les portes de la salle. Par un curieux hasard optique, Katz a remarqué que ces portes vitrées laissaient à la fois voir le décor de l’autre côté et reflétaient ce qui se trouvait derrière elle. En jouant avec cette illusion, l’artiste défie une fois de plus les limites qu’impose la réalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De plus, Katz apporte en salle Gradiva – personnage principal d’une nouvelle allemande écrite par Wilhelm Jensen en 1903, rendue célèbre le psychanalyste Sigmund Freud – dont le nom vient d’un bas-relief antique représentant une jeune femme en mouvement. Katz l’incorpore dans une série de trois peintures : « Catwalk », « Gradiva » et « Rediviva ». Le mouvement de la figure de Gradiva guide le public dans le sens de l’exposition. La dernière toile, « Redivida », ne se trouve même plus dans la salle. Elle est cachée, il faut la trouver. Les visiteurs sont ainsi invités à parcourir le musée pour conclure leur expérience de l’exposition, ce qui complète également l’interaction entre l’individu et l’environnement, la physicalité et la psyché, tout comme l’artiste existe à travers l’ensemble de son œuvre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’exposition </em>Jeu d’esprit<em> est à l’affiche au MBAM jusqu’au 14 mars 2027.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>#Jésus et autres mots-clics</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/10/28/jesus-et-autres-mots-clics/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julia Couture]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Oct 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Documentaire]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[documentaire]]></category>
		<category><![CDATA[jésus]]></category>
		<category><![CDATA[réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[religion]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Réflexion sur le documentaire Faites du bruit pour Jésus.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Disponible sur la plateforme de Télé-Québec, le documentaire <em>Faites du bruit pour Jésus</em>, s’interrogeant sur la montée en popularité de l’évangélisme en ligne, fait la une depuis le passage du journaliste Clément Hamelin sur le plateau de <em>Tout le monde en parle</em>. Ma curiosité piquée, je l’ai visionné à mon tour. Cinquante minutes plus tard, j’ai interpellé mon coloc qui l’avait déjà regardé : je devais absolument en parler.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je le dis d’emblée : je me considère athée depuis que je sais ce que le mot veut dire. Mes parents ne m’ont pas baptisée, je n’ai jamais fait un seul cours de catéchisme. Mon éducation religieuse se résume aux cours d’éthique et culture religieuse du primaire et du secondaire et aux lieux de culte que j’ai visités en voyage. Certains propos plus radicaux tenus par les personnes interviewées dans le documentaire m’ont perturbé, car ils sont à des années-lumières de ma réalité. J’avoue aussi avoir parfois de la difficulté à me saisir du sujet religieux, comme si je ne savais jamais vraiment par quel bout m’attaquer à cette conversation, qui, je crois, est tout de même nécessaire à avoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me demande souvent si mon malaise avec la religion vient de ma culture et de mon éducation québécoises. Telle une véritable héritière de la Révolution tranquille, je garde en moi les histoires du traitement injuste de l’Église envers les femmes de ma famille. Mon incapacité à croire, je la mets sur le dos des ravages que l’institution chrétienne a faits au Québec comme ailleurs. Or, il faut reconnaître que la religion parle encore à beaucoup de gens. Le Québec est un contexte particulier : nos églises se vident de plus en plus pour être finalement converties en condos et en gyms. Un coup d’œil vers notre voisin du sud nous permet de constater que la relégation de la religion à la sphère strictement privée n’est pas la norme partout. Les évangélistes choquent, car ils manifestent leur foi dans l’espace public. La mission fondamentale de leur confession, soit de transmettre la foi aux non-croyants, se situe à l’opposé d’une société québécoise qui fait de la religion une affaire privée. Et cela dérange. Beaucoup.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Le documentaire permet aussi de déconstruire les idées et préjugés sur les personnes croyantes : ce ne sont pas que des personnes âgées ou qui ont grandi dans des familles religieuses »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Le documentaire <em>Faites du bruit pour Jésus</em> prend la forme d’une série d’entrevues avec des évangélistes – des nouveaux convertis tout comme des fidèles de longue date. Certaines rencontres ont suscité de plus grosses réactions. Je pense entre autres à JNT, youtubeur et ancien party animal nouvellement converti, et André Lefebvre, pasteur ayant renié son homosexualité au profit de sa foi. Clément Hamelin discute avec ces personnes et s’intéresse à ce qui les a amenées à se tourner vers la religion. La réponse m’a paru être souvent la même : ce sont des personnes qui ont un parcours de vie difficile et la religion leur a offert un repère en temps de crise. Ce qui m’a le plus frappée dans les discussions, ce sont les phrases toutes faites qui mettent fin à n’importe quel doute et pensée critique, constat par ailleurs formulé par un ex-croyant à la fin du documentaire. JNT me semblait parler de façon automatique, en répétant souvent les mêmes formules. Ses phrases sont construites d’avance, comme un CD qui se répète. Toujours le même plat, avec une sauce légèrement différente : Dieu a un plan parfait, Dieu est tout puissant, Dieu ceci et Dieu cela. La pratique évangéliste profite, que ce soit volontaire ou non, de la vulnérabilité des gens pour leur tendre sur un plateau d’argent toutes les solutions à leur problème. Ce n’est pas que la religion qui opère de cette façon : on voit cela dans la polarisation en politique, où certains partis offrent à leurs adeptes des réponses clés en main à tous leurs problèmes, peu importe le niveau de complexité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En ce sens, le documentaire met le doigt sur un problème de société plus large : la radicalisation, surtout celle des jeunes hommes – comme l’observe entre autres Léa Clermont-Dion dans ses travaux pour la Chaire UNESCO-PREV. Nous le voyons plus drastiquement dans les balados masculinistes, mais il ne faut pas oublier que ce glissement idéologique trouve son fondement dans le quotidien. Des propos homophobes comme ceux tenus par certains des hommes interviewés contribuent, lorsqu’ils sont banalisés, à ce mouvement vers des croyances beaucoup plus extrêmes. Certes, les femmes ne sont pas à l’abri, mais les hommes y semblent beaucoup plus vulnérables. Le discours des trois femmes interviewées est beaucoup plus modéré, alors que les deux animateurs du balado <em>Pour de Vrai</em>, JNT et Emmanuel Ouellet, tiennent des propos extrêmement conservateurs, voire rétrogrades. Les réseaux sociaux contribuent à pousser ce type de contenu au devant de l’algorithme : les deux influenceurs ont un certain succès et sont souvent nommés comme points de pivot vers la conversion religieuse. S’il est pour moi impensable que l’homosexualité et le meurtre soient des « péchés » équivalents, une personne constamment exposée à ce type de discours pourrait finir par y croire et se dire qu’il s’agit de la norme.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« La pratique évangéliste profite, que ce soit volontaire ou non, de la vulnérabilité des gens pour leur tendre sur un plateau d’argent toutes les solutions à leur problème »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Le documentaire permet aussi de déconstruire les idées et préjugés sur les personnes croyantes : ce ne sont pas que des personnes âgées ou qui ont grandi dans des familles religieuses. Elles semblent beaucoup plus près de ma réalité; les personnes présentées ont ces airs de monsieur et madame Tout-le-monde. D’un autre côté, en montrant majoritairement des croyants plus extrêmes, le documentaire renforce cette image du zèle religieux, dans un contexte politique où la religion cause déjà beaucoup de tensions. L’angle de l’enquête ne concernait pas les croyants modérés, mais je crois qu’il faut se rappeler que la majorité silencieuse – j’ose l’espérer – ne se reconnaît pas dans ce documentaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je salue la capacité qu’a eue Clément Hamelin de poser les bonnes questions au bon moment et de pointer du doigt les incohérences dans les discours des personnes présentes dans son film. Dans un moment particulièrement frappant, il demande au pasteur « anciennement » homosexuel si la période de sa vie où il vivait plus ouvertement son homosexualité lui a fait du mal. Visiblement troublé par la question, il répond qu’il ne saurait le dire. Le journaliste fait avancer la discussion avec beaucoup d’habileté. Lorsque Hamelin ressent que son interlocuteur et lui ne s’écoutent plus, il le souligne, comme lors de sa conversation avec Emmanuel Ouellet. Il perçoit que la discussion n’est plus productive et le nomme, ce qui contribue à faire cesser le dialogue de sourds. Les terrains d’entente entre sa position athée et celle des croyants sont parfois très difficiles à délimiter, voire tout simplement impossibles à trouver. L’attitude du journaliste est plutôt rafraîchissante : malgré un certain malaise parfois apparent, on sent qu’il tente réellement de comprendre les mécanismes sous-jacents à cette tendance religieuse, plutôt que de se camper dans ses idées et ses croyances.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai fini le documentaire avec une seule pensée en tête : pourquoi avons-nous si peur du vide? Je peux comprendre l’envie de se tourner vers la religion, qui offre des réponses toutes faites à des questions qui donnent le vertige. La religion comble ce manque de sens, mais n’adresse pas la question à la base : pourquoi ne pas savoir nous perturbe de cette façon? Si, collectivement, le vide nous faisait moins peur, peut-être que nous n’en serions pas à tenter de faire cohabiter des systèmes de croyances tous plus complexes les uns que les autres, et peut-être que la société serait plus ouverte à la différence.</p>
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		<title>Un classique revisité</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/10/07/un-classique-revisite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 Oct 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>
		<category><![CDATA[arts de la scène]]></category>
		<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[cyrano]]></category>
		<category><![CDATA[Rideau vert]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour réussi de Cyrano au Théâtre du Rideau Vert.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Devant moi, la scène est sobre. Une chaise, une petite table et Cyrano. Le long nez du personnage le rend reconnaissable au premier coup d’œil. Penché sur la table, Cyrano écrit. Puis les lumières s’éteignent : le spectacle peut commencer.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Faire beaucoup avec peu</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le décor n’a rien d’époustouflant. Pourtant, on se sent tout de suite transporté dans l’univers de la pièce. Des blocs sont placés stratégiquement sur scène pour servir tantôt de lit, tantôt de siège. Une plateforme centrale surélève légèrement les comédiens par rapport aux côtés de la scène, où certains interprètes patientent entre leurs interventions. On apporte parfois des objets sur scène, comme une grande échelle qui sert de balcon pour la fameuse scène où Christian et Cyrano chantent la pomme à Roxane. Puis, de longs bâtons en guise d’armes pour les scènes de guerre, un brancard en tissu pour les blessés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un interlude à saveur de comédie musicale s’insère même au début du spectacle pour ouvrir la pièce avec éclat. Une bannière portant le titre apparaît à l’arrière-scène et Cyrano brandit son poing dans les airs.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Cyrano (Benoit McGinnis) livre une performance mémorable : sa tirade du nez,<br>si connue, est revisitée avec intonation et lancée avec expertise »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La pièce n’a pas besoin de décors complexes pour emporter le spectateur et le faire entrer dans le monde de Cyrano. Une mise en scène, signée Marie-Eve Fortier, qui n’a pas besoin d’être extravagante pour être efficace.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un jeu à couper le souffle</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le personnage de Roxane (Charlotte Aubin) est interprété avec justesse. L’humour et le sérieux s’allient à son courage impulsif et à ses coquetteries. Aubin fait rire la salle en rusant pour envoyer le comte de Guiche (Alexis Martin) à la guerre, mais plus tard brise le cœur des spectateurs par son deuil profond. Il en est de même pour Christian (Justin Simon), qui émeut avec sa lucidité et son amour pour Roxane. Cyrano (Benoit McGinnis) livre une performance mémorable : sa tirade du nez, si connue, est revisitée avec intonation et lancée avec expertise. Les mots coulent et nous donnent l’impression qu’ils sortent véritablement de l’esprit de Cyrano. La scène au balcon de Roxane n’est pas moins marquante : le trémolo dans la voix, Cyrano exprime son amour dans les mots les plus riches. Mais de tout le spectacle, c’est certainement la scène finale qui marque le plus. L’émotion est palpable dans la salle. Le dernier monologue de Cyrano, empreint d’espoir et d’une volonté de se battre même lorsque la mort est inévitable, promet de tirer quelques larmes aux plus sensibles. Comme McGinnis le déclame si bien: « On ne se bat pas dans l’espoir d’un succès! Non! non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile! »</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un classique intemporel</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si certains classiques vieillissent mal, celui-ci reste d’une actualité frappante. L’adaptation de René Richard Cyr ajoute de l’humour à une pièce sensible, sans sacrifier la versification des répliques. <em>Cyrano</em>, écrite en 1897, traverse les siècles et demeure un spectacle mémorable. Une pièce incroyable, qui continue de m’habiter une semaine après l’avoir vue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cyrano<em>, d’une durée de 1h50 sans entracte, est à l’affiche au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 18 octobre 2026.</em></p>
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			</item>
		<item>
		<title>La femme parfaite est un objet</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/10/07/la-femme-parfaite-est-un-objet/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 Oct 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[doubles standards]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[mysoginie]]></category>
		<category><![CDATA[Rap]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Réflexion sur l’objectification des femmes dans le rap. </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph"><em>Cet article discute de paroles musicales crues et vulgaires envers les femmes. Il y a également mention d’un terme dérogatoire. Les mots utilisés dans les traductions ne reflètent pas la pensée de l’auteure et ne visent qu’à illustrer le propos initial en français.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">« J’serre plus de meufs que de mains / […] Trous écartés, genoux fléchis / Biatch connaît d’jà fin du récit / […] Dans son vagin, je me défoule », ainsi va la chanson <em>Dieu ne ment jamais</em> de Damso. Une charmante ode à la femme, il va sans dire… Mais Damso est loin d’être le seul (ni le pire) rappeur à utiliser de tels mots pour décrire la gent féminine. Les exemples sont nombreux: NLE Choppa, Kanye West et Chris Brown, pour n’en nommer que quelques-uns. S’il fallait recenser tous les rappeurs qui usent d’un langage dégradant envers les femmes, cette page complète serait remplie de noms. Mais pourquoi est-il si normalisé d’objectifier les femmes dans le rap?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une industrie parmi tant d’autres</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mettons une chose au clair : le rap n’est pas la seule industrie à normaliser cette objectification de la femme. Pensons aux films d’action où les femmes sont vêtues de bikinis pour séduire les héros, pensons aux mangas où les jeunes filles sont dessinées avec une énorme poitrine, pensons aux jeux vidéos où les femmes sont vêtues de minuscules morceaux de tissu pour combattre le mal. La misogynie et l’objectification des femmes sont partout autour de nous : le rap n’est qu’un milieu qui explicite le tout en des paroles de chansons. Il est beaucoup plus frappant d’entendre des hommes s’exprimer avec des mots crus que d’être scandalisés par des graphismes ou des représentations imagées. Après tout, nous y avons tant été habitués qu’il n’y a plus rien de choquant, non?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une image de réussite</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rap émerge dans les années 1960 et 1970 dans les quartiers défavorisés du <a href="https://timeline.carnegiehall.org/genres/rap-hip-hop" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Bronx, à New York</a>. Les communautés noires et latinx sont majoritaires dans ces quartiers et se retrouvent donc au cœur de la naissance du rap, qui sert de diversion aux guerres de gangs. Le rap devient une façon d’éviter le danger des gangs et de la drogue, une échappatoire à cette réalité de l’époque. Le genre musical prend naissance dans les fêtes de quartier avec les MCs (<em>Master of Ceremonies</em>) et les <em>DJ sets</em>, avant de se propager aux bars et aux clubs. L’industrie musicale et cinématographique remarque le potentiel du rap et, peu à peu, le tout devient de plus en plus <em>mainstream</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rap étant ancré dès sa naissance dans une lutte contre la pauvreté, la notion de réussite y est très importante. Les rappeurs à succès ont une de ces « <em>struggle stories</em> »: une histoire de travail acharné qui les mène au sommet de la société alors qu’ils sont partis de rien. Cette esthétique de la réussite est populaire et se traduit par l’acquisition de biens matériels… parmi lesquels on compte les femmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans l’imaginaire du rap, un rappeur qui réussit a de l’argent en quantités ridicules, ce qui lui permet d’acheter montres, voitures, diamants pour les dents : bref, tout le luxe désiré. Toutefois, ce luxe passe par la réussite sexuelle. Un rappeur réussi sera irrésistible pour les femmes, qu’il le soit grâce à sa capacité de leur acheter ce qu’elles veulent ou grâce à ses prouesses sexuelles. Avoir plusieurs femmes à son bras est une preuve de réussite, un trophée à montrer à tous. Tous les rappeurs n’adhèrent pas à cette image archétypale, mais plusieurs la perçoivent comme faisant partie intégrante de leur personnage du rap.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il peut être amusant de comparer cette esthétique aux discours masculinistes : ces hommes qui connaissent une grande réussite à la fois auprès de leur emploi et auprès des femmes sont communément appelés des « mâles alpha ». Une nouvelle terminologie pour un concept qui existe depuis belle lurette. Comme quoi les masculinistes n’ont rien inventé…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Impacts d’une telle objectification</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2017, les écoutes pour le rap sur Spotify ont augmenté de <a href="https://time.com/5118041/rap-music-mainstream/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">74 %</a>. Une hausse étonnante qui a posé le rap comme genre dominant dans l’industrie musicale sans montrer de signes que son influence diminue. Les rappeurs sont plus populaires que jamais et leur musique est de plus en plus diffusée à travers divers canaux, comme les plateformes d’écoute en ligne et la radio.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon une étude, le rap concentre « <a href="https://stm.cairn.info/revue-sexologies-2025-1-page-34?lang=fr" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">65 % des paroles à connotation sexuelle dégradante</a> ». La consommation de cette musique aurait un impact significatif sur la perception de la sexualité chez les adolescents: certains chercheurs défendent une hypothèse selon laquelle les jeunes filles seraient davantage susceptibles de favoriser « une plus grande tolérance à des comportements irrespectueux de la part de leur partenaire ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une pratique qui ne s’en cache pas</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les paroles dégradantes envers les femmes viennent dans toutes sortes de formats. Attaques à l’appréciation de la sexualité par les femmes, objectification, homophobie à peine voilée, tout y passe. Playboi Carti rappe dans la chanson <em>Carnival</em> : « <em>She tatted my name on her titties, yeah, you can bust it, but it’s a borrow</em> » (« Elle a fait tatouer mon nom sur ses seins, ouais, tu peux venir dessus, mais c’est un emprunt »). Les paroles sous-entendent que la femme, si obsédée par le rappeur, s’est fait tatouer son nom dans un acte d’admiration et que, même si un autre homme a des rapports sexuels avec elle, elle appartiendra toujours à Playboi Carti… comme un objet appartient à quelqu’un. L’objectification de la femme n’est même pas voilée. Kanye West n’y va pas de main morte non plus : « <em>Girls kissin’ girls ‘cause it’s hot right? / But unless they use a strap-on then they not dykes</em> » (« Des filles qui embrassent des filles parce que c’est sexy, non? Mais si elles n’utilisent pas un <em>strap-on</em> elles ne sont pas de vraies gouines »). Le rappeur est clair : la femme ne sert qu’au plaisir et à l’émoustillement de l’homme, même si ce dernier n’est pas directement impliqué. Qui plus est, toute femme lesbienne serait immédiatement sujette à des termes dérogatoires, puisque l’homme n’est plus au centre de tout.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un double standard</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si NLE Choppa chante sans problème « <em>I’m tryna fuck some’ / In heat, bitch, let me bust one</em> » (« J’essaie de coucher avec une <em>bitch</em> en chaleur, laisse-moi venir une fois »), Ceechyna, une rappeuse anglaise, a reçu énormément de <a href="https://thatgrapejuice.net/2024/12/ceechynaa-returns-splits-opinion-with-polarizing-peggy-video/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">commentaires négatifs</a> pour sa chanson <em>Peggy</em>. Des paroles comme « <em>I’m pegging that man at the back of the bus</em> » (« Je fais du chevillage à cet homme dans le fond du bus ») ou encore « <em>I don’t give a fuck, shut the fuck up, get on your knees and grease my feet</em> » (« Je m’en fous, tais-toi, mets-toi à genoux et graisse-moi les pieds ») ont fait réagir fortement les internautes sur des réseaux sociaux comme TikTok. L’oreille moyenne est habituée à entendre des hommes dégrader les femmes pour le bénéfice de la chanson, mais le contraire est plutôt inhabituel. Dès que cette artiste féminine renverse les rôles traditionnels de misogynie, l’indignation retentit : des accusations de misandrie ont été lancées sur les réseaux sociaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Est-ce réellement plus scandaleux qu’une femme dégrade les hommes que les hommes dégradent les femmes? Et est-ce vraiment un enjeu beaucoup plus grave que la misogynie ancrée dans notre société? L’un comme l’autre est problématique, mais certaines femmes se tournent vers la misandrie pour lutter contre une misogynie qui ne s’efface jamais. Les hommes, eux, sont en revanche bien loin de se défendre de quoi que ce soit avec ces discours rabaissants…</p>
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		<title>Une épidémie de solitude masculine, vraiment?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/30/une-epidemie-de-solitude-masculine-vraiment/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décodage]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[décodage]]></category>
		<category><![CDATA[incels]]></category>
		<category><![CDATA[Manosphère]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La manosphère, vecteur de radicalisation.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Une épidémie de solitude se serait abattue sur la population masculine… Le symptôme d’une crise identitaire au cœur d’une société où tout est sens dessus dessous, la faute aux féministes!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce phénomène purement médiatique a été popularisé en 2023, à la suite d’un <a href="https://wou.edu/westernhowl/the-male-loneliness-epidemic/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rapport</a> émis par le gouvernement américain alertant sur un recul généralisé des liens sociaux. Justifiée par des <a href="https://wou.edu/westernhowl/the-male-loneliness-epidemic/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">données sélectionnées</a> de manière tendancieuse, la « <em>Male Loneliness Epidemic</em> » s’apparente davantage à une panique morale qu’une réalité sociale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Foyer initial de l’épidémie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette vindicte populaire trouve son origine au sein de la manosphère, un nom pour le moins risible, on l’admettra, mais aux conséquences plus que fâcheuses. Point de départ et d’amplification de ces discours, la manosphère est un réseau informel de communautés poreuses et masculines réunies sous la même bannière pour parler de sujets typiquement « masculins ». Ces communautés en ligne se répartissent dans différents forums et réseaux sociaux, et peuvent s’identifier en allant du libertarisme jusqu’au <em>alt right</em> – mouvement politique informel d’extrême droite et de nationalisme blanc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les idées de ces communautés ont gagné en popularité, propulsant des influenceurs masculinistes sur le devant de la scène, avec Andrew Tate pour n’en citer qu’un. Ne se limitant pas à l’espace virtuel, ces discours sont aussi portés par la classe dirigeante, avec des oligarques comme <a href="https://www.vox.com/technology/2023/12/27/24011198/bezos-zuckerberg-musk-buff-mma-masculine&lt;" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Jeff Bezos ou Elon Musk</a> qui adhèrent massivement à cette esthétique d’hypermasculinité. Sous l’impulsion de Donald Trump, le parti républicain américain les a très rapidement intégrés pour <a href="https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/823317/virilisme-campagne-trump-convaincu-bien-jeunes-hommes" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">mobiliser un électorat</a> jeune et masculin, séduit par une rhétorique viriliste.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La manosphère : site de radicalisation</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La manosphère est devenue cet espace de confort et de valorisation pour de nombreux jeunes hommes isolés, aux sentiments de décalage ou de malhabileté sociale. Un espace de soutien, ou plutôt d’endoctrination : il mène fréquemment à la <a href="https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12351222/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">radicalisation</a> de ses internautes, nourris par des idées et dis cours nauséabonds, suintant la misogynie et le racisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les promoteurs de cette crise sont empreints de nostalgie. Nostalgie des rapports genrés, plus rigides et traditionnels; regret d’un temps où l’on reléguait les femmes et personnes racisées au rang de citoyen·ne·s de seconde zone… C’est qu’avec les différentes vagues de féminisme et l’autonomisation des femmes au sein de nos sociétés industrielles, nombreux sont ces hommes qui ont vu leur « dividendes patriarcaux » se déliter. Les dividendes patriarcaux, c’est l’ensemble des avantages économiques et sociaux obtenus collectivement par les hommes. Conceptualisés par la sociologue <a href="https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/14443058.2025.2476406" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Raewyn Connell</a>, il s’agit d’avantages structurels qui bénéficient avant tout aux hommes blancs, cisgenres et hétérosexuels. Que ces privilèges soient remis en cause au profit d’une société plus égalitaire, aux yeux des incels, c’est impardonnable.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Il y a effectivement une crise de solitude; seulement,<br>elle n’est ni nouvelle ni proprement masculine »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Ces incels (« <em>involuntary celibates</em> »), situés dans la branche alt-right de la manosphère, participent largement à la propagandisation de cette prétendue crise. L’apologie et la promotion d’actes préjudiciables au sein de cette communauté a ouvert la marche à de nombreux actes terroristes masculinistes : Elliot Rodger en est la figure de proue. Auteur du massacre d’Isla Vista, il a laissé derrière lui un manifeste, <em><a href="https://www.documentcloud.org/documents/1173808-elliot-rodger-manifesto/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">My Twister World</a></em>, devenu un texte fondateur au sein des milieux incels et masculinistes : « <em>Les femmes ne devraient pas avoir le droit de choisir leur partenaire. Ce choix devrait être fait à leur place par des hommes civilisés et intelligents (tldr).</em> »</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une crise non-genrée, une gestion genrée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais alors, que disent les chiffres de cette crise de solitude? La solitude des hommes a augmenté au cours de ces dernières années, c’est une certitude. Sont-ils pour autant plus seuls que les femmes? <em>Pew Research</em> le dément : <a href="https://www.pewresearch.org/social-trends/2025/01/16/men-women-and-social-connections/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">16 %</a> des Américain·e·s déclarent se sentir seul·e·s tout le temps ou la plupart du temps. C’est le cas de <a href="https://www.pewresearch.org/social-trends/2025/01/16/men-women-and-social-connections/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">16 %</a> des hommes et <a href="https://www.pewresearch.org/social-trends/2025/01/16/men-women-and-social-connections/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">15 %</a> des femmes. C’est lorsqu’on se penche sur la gestion de cette solitude que les proportions diffèrent d’un genre à l’autre : les femmes sont plus susceptibles de chercher du soutien auprès de proches ou de professionnels de la santé mentale – <a href="https://www.pewresearch.org/social-trends/2025/01/16/men-women-and-social-connections/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">22 %</a> des femmes contre <a href="https://www.pewresearch.org/social-trends/2025/01/16/men-women-and-social-connections/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">16 %</a> des hommes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les taux de suicides constituent, dans la manosphère, une preuve de mal-être dont les hommes auraient le seul monopole. Si les hommes demeurent surreprésentés dans les statistiques – environ <a href="https://cams-care.com/resources/educational-content/the-gender-paradox-of-suicide/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">76 %</a> des morts par suicide aux États-Unis chaque année –, on compte environ <a href="https://cams-care.com/resources/educational-content/the-gender-paradox-of-suicide/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">trois tentatives</a> de suicide chez les femmes pour chaque tentative chez les hommes. Des chiffres qui s’expliquent notamment par les <a href="https://cams-care.com/resources/educational-content/the-gender-paradox-of-suicide/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">méthodes utilisées.</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a effectivement une crise de solitude; seulement, elle n’est ni nouvelle ni proprement masculine. L’âge, l’origine sociale et ethnique ou encore la sexualité sont des facteurs plus déterminants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le constat d’une population en proie à la solitude devrait, plutôt que de nourrir des contenus problématiques, ouvrir la porte à la remise en question des normes de genre nocives : les hommes devraient s’autoriser aussi une vulnérabilité, un lien émotionnel, et chercher l’aide dont ils ont besoin. Reconnue comme une <a href="https://globalnews.ca/news/10095898/loneliness-global-public-health-concern-who/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">urgence sanitaire</a> internationale, la solitude a, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), des effets délétères : ce phénomène augmenterait le risque de démence, les accidents vasculaires cérébraux et les décès prématurés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si cette solitude généralisée présente un danger sanitaire sérieux, la panique morale autour de cette « épidémie » est tout aussi inquiétante : les idées relayées au sein de la manosphère ne restent plus cantonnées aux marges d’Internet. Elles sont désormais largement diffusées, atteignant une démographie masculine plus jeune, plus susceptible donc de voter pour des partis d’extrême droite que des femmes dans la même tranche d’âge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En ayant autant de prise sur les discours médiatiques, les milieux masculinistes sont capables d’influencer la culture populaire pour le pire. Et quand les plus hautes sphères de pouvoir s’en emparent, elles ne peuvent que servir et exacerber un <a href="https://academic.oup.com/sp/advance-article/doi/10.1093/sp/jxag012/8671579" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">retour de bâton</a>, conduisant fatalement au recul des droits des minorités.</p>
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		<title>Rouge d’une part, blanche de l’autre</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/30/rouge-dune-part-blanche-de-lautre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jiayuan Cao]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre]]></category>
		<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le succès d’une première production théâtrale en mandarin de McGill As If Student Drama Society.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Les lumières s’allument sur la scène et éclairent quatre silhouettes en <em>qipao</em> (robe traditionnelle chinoise pour femme, moulante et d’une seule pièce). La musique de fond nous transporte dans le Shanghai des années 1940. Le personnage de Yanli A, interprété par Skadi Yan, dépose son ouvrage de broderie pour chercher sa nouvelle robe, alors que de l’autre côté, Sylvia Sun (Jiaorui A) change le disque du phonographe en arrière-scène.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Huit mois après sa fondation, la <em>Mcgill As If Student Drama Society</em> présente sa première pièce : <em>Rose rouge et rose blanche</em>. Deux soirées vendues à guichets fermés, la production marque aussi une première à McGill : jamais une pièce entièrement en mandarin n’y avait été présentée auparavant. Le public n’a pas besoin de comprendre le mandarin pour y assister : des sous titres en anglais sont également projetés sur scène.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Avis de non-responsabilité : ce texte contient des divulgâcheurs.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La reprise d’un classique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La pièce <em>Rose rouge et rose blanche</em> est une adaptation réalisée en 2008 par la metteuse en scène Tian Qinxin, qui reprend le roman éponyme de la célèbre Eileen Chang. Au cœur de l’intrigue se trouvent Tong Zhenbao, sa maîtresse Wang Jiaorui et son épouse Meng Yanli. D’un côté, la passionnée « rose rouge »; de l’autre, la sage « rose blanche ». Pris entre les deux, Zhen bao peine à trouver sa place.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À première vue, le récit semble reposer sur un triangle amoureux plutôt conventionnel et sur des conceptions du mariage et du désir qui appartiennent à une autre époque. Pourtant, selon Amy Xia, codirectrice de <em>Rose rouge et rose blanche</em> et interprète de Yanli B, c’est précisément cet aspect qui incite la réflexion: <em>« Les hésitations et le conflit intérieur de Tong Zhenbao – tiraillé entre amour et désir, idéaux et réalité – trouvent toujours un écho en nous aujourd’hui. </em>(<em>tdlr</em>)<em> »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Deux Zhenbao et quatre roses</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la version de Tian, reprise par la troupe, la metteuse en scène dédouble la distribution pour créer « <em>deux Zhenbao et quatre roses</em> ». Sur scène, les trois protagonistes sont chacun joués par deux interprètes (différenciés par A et B), afin de livrer au public à la fois l’extériorité (A) et l’intériorité (B) des personnages. Le procédé est ambitieux, tant pour la mise en scène que pour les comédiens. Chaque duo doit ainsi incarner un même personnage tout en distinguant clairement ses deux facettes. Le pari s’avère réussi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce sujet, Amy Xia, la codirectrice de la pièce, confie que plutôt que de voir cette configuration comme un défi, elle y voit un dispositif qui laisse aux comédiens une grande liberté dans l’appropriation de leurs personnages. « <em>Par exemple, pour Yanli B, elle est beaucoup plus consciente de ses désirs et les assume pleinement </em>», explique-t-elle. « <em>Ainsi, alors que Yanli A baisse souvent la tête et évite de croiser le regard du jeune tailleur (son amant), Yanli B soutient son regard pendant qu’il prend ses mesures</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les talents sur scène</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que la troupe soit formée de membres aux parcours variés, le niveau de professionnalisme dont elle fait preuve est remarquable. Je dois toutefois un coup de cœur à Sylvia, dans le rôle de Jiaorui A. Son ton candide, la manière dont elle tend la main, le rouge de sa robe… pas étonnant que Zhenbao ait succombé à son charme. Assise à l’avant-dernière rangée de la salle, je ne suis pas certaine que j’aurais mieux résisté que lui. Moi aussi, j’ai été complètement séduite par son interprétation.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="2000" height="1334" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/redwhiterose2-2000x1334.jpg" alt class="wp-image-61141" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/redwhiterose2-2000x1334.jpg 2000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/redwhiterose2-150x100.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/redwhiterose2-650x433.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/redwhiterose2-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/redwhiterose2-1536x1024.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/redwhiterose2-2048x1366.jpg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/redwhiterose2-1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/09/redwhiterose2-930x620.jpg 930w" sizes="(max-width: 2000px) 100vw, 2000px"><figcaption><span class="media-credit">Tan YiYang</span></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo: Scott Tan</p>



<p class="wp-block-paragraph">Owen Luo (Zhenbao A) mérite également une mention. Contrairement à Zhenbao B, qui cède davantage à ses élans passionnels, Zhenbao A incarne la raison et l’ordre social. À la lecture de l’œuvre, je me suis toujours représenté ce personnage comme un homme hypocrite et profondément égoïste. L’interprétation d’Owen Luo m’a toutefois amenée à revoir ce jugement. Son maintien impeccable, son dos constamment droit et ses brèves hésitations laissent plutôt entrevoir un homme qui tente sincèrement de faire le « bon choix ». Sans lui conférer le rôle d’un héros tragique, Owen Luo parvient à faire de Zhenbao un personnage plus humain qu’il n’y paraît à la lecture.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans les coulisses</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour finir, <em>Le Délit</em> aimerait vous partager quelques mots de la part d’Amy Xia, également cofondatrice et directrice des affaires externes et des finances de <em>McGill As If Student Drama Society.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cette entrevue est une retranscription entièrement traduite du chinois.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le Délit (LD)</strong> : <em>On dit souvent que les grandes œuvres ne s’érodent pas dans le temps. En mettant en scène l’histoire de </em>Rose rouge et rose blanche <em>82 ans après la parution du roman d’Eileen Chang, y voyez-vous des éléments encore révélateurs aujourd’hui?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Amy Xia (AX)</strong> : Je pense que le conflit dramatique central de cette pièce est le suivant : existe-t-il une « bonne » réponse unique à la vie? Pour Zhenbao A, dans la pièce, la réponse est l’obéissance et le respect des règles, symbolisés par la rose blanche; pour Zhenbao B, c’est la passion et la fougue de la rose rouge. Quelle est la bonne réponse?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette question reste sans réponse autant dans le roman d’Eileen Chang que dans son adaptation théâtrale, et je pense qu’elle l’est aussi pour nous aujourd’hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quel genre de personne est digne d’amour? Quel genre de personne est digne de se marier? Quelle vie est considérée comme respectable? Face à ces questions, peut-être sommes-nous, comme Zhenbao, prisonniers de nos propres peurs, désirs et obsessions, prisonniers des attentes de la société et des « larmes de nos mères ». Que faire? L’incertitude demeure… J’espère que les spectateurs de cette pièce continueront à chercher leurs propres réponses, poursuivant ainsi l’histoire de Zhenbao et des roses rouges et blanches.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>(LD) :</strong> <em>Si vous ne pouviez choisir qu’un seul passage, lequel aimeriez-vous voir marquer durablement les esprits du public? Pourquoi donc?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>(AX) :</strong> Je pense que le moment le plus marquant a été le monologue final de Zhenbao A. Pendant les 90 minutes précédentes, la pièce avait dépeint le conflit intérieur de Zhenbao, tiraillé entre deux relations et deux amours, insistant surtout sur son comportement méprisable et irresponsable envers les deux femmes. Or, ce monologue final révèle le reste de la vie de Zhenbao et sa vraie nature.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si les épisodes précédents étaient comme un petit trou dans une fenêtre, nous offrant un aperçu de sa vie, alors le monologue final ouvre cette fenêtre en grand. On y découvre son ambition de réussite scolaire et professionnelle, ses amitiés profondes et sa détermination à subvenir aux besoins de sa famille, malgré son infidélité sordide, les violences conjugales et le recours à la prostitution dans son mariage (il ne s’agit ici, en aucun cas, de minimiser ses erreurs).</p>



<p class="wp-block-paragraph">On voit Tong Zhenbao comme un être complexe, entier et humain. Bien sûr, ce monologue pourrait n’être qu’un procédé narratif subjectif employé par Zhenbao, mais, à mon avis, la manière dont la pièce utilise cette fin pour révéler le « vrai visage » de Tong Zhenbao est indéniablement puissante. J’espère aussi que le public pourra, à la lumière de cette fin qui invite à la réflexion, reconsidérer les confessions et les actions passées de Zhenbao et se faire une opinion sur la façon dont il faut percevoir Zhenbao et sa relation avec les deux femmes les plus importantes de sa vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>(LD) :</strong> <em>Avez-vous d’autres choses à partager avec le public?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>(AX) :</strong> Le succès de cette pièce est indissociable du travail acharné de tous ceux qui y ont contribué, sur scène comme en coulisses. Les acteurs ont étudié leurs rôles avec soin et les membres de l’équipe ont accompli leurs tâches avec diligence, se soutenant mutuellement pour parvenir à ce résultat<em>. Rose rouge et rose blanche</em> n’est pas seulement un spectacle apprécié du public, mais aussi une occasion pour toute notre troupe de théâtre de briller. Je tiens à exprimer ma sincère gratitude à chaque spectateur qui est venu assister à la représentation. Sans vous, la troupe n’existerait pas; c’est grâce à vous qu’elle est ce qu’elle est. Tel est le message que la troupe de théâtre <em>As If</em> veut faire passer au public.</p>
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		<item>
		<title>Affaire Thélyson Orélien : une chasse aux sorcières?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/30/affaire-thelyson-orelien-une-chasse-aux-sorcieres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[accusation]]></category>
		<category><![CDATA[ambiguité]]></category>
		<category><![CDATA[Écrivain]]></category>
		<category><![CDATA[IA]]></category>
		<category><![CDATA[plagiat]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=61117</guid>

					<description><![CDATA[<p>Réflexion sur la dénonciation de l’IA dans le milieu littéraire.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/30/affaire-thelyson-orelien-une-chasse-aux-sorcieres/" data-wpel-link="internal">Affaire Thélyson Orélien : une chasse aux sorcières?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Thélyson Orélien. Aujourd’hui, même ceux qui ignorent tout de la littérature connaissent son nom. En quelques instants, la carrière prometteuse de cet auteur québécois a basculé pour le reléguer au rang de paria du milieu littéraire. </p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quand les problèmes commencent </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Thélyson Orélien est un écrivain québécois : il a à son actif un essai, quatre recueils de poésie et trois romans, en plus d’un grand nombre de chroniques dans divers journaux québécois et français. Son tout dernier roman, <em>C’était ça ou mourir</em>, raconte la fuite forcée d’un homme haïtien dont le pays natal est ravagé par les guerres de gangs de rue. Aussi actuel et nécessaire dans le contexte géopolitique d’aujourd’hui, ce récit a connu un grand succès, au point d’obtenir une place sur la liste des <a href="https://www.ledevoir.com/lire/1005794/roman-thelyson-orelien-lice-prix-goncourt?rc_source=recirculation&amp;rc_medium=hyperlien&amp;rc_campaign=corps_texte" data-type="link" data-id="https://www.ledevoir.com/lire/1005794/roman-thelyson-orelien-lice-prix-goncourt?rc_source=recirculation&amp;rc_medium=hyperlien&amp;rc_campaign=corps_texte" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">16 livres en lice au prix Goncourt</a> cette année. <em>C’était ça ou mourir</em> est également sélectionné pour le Renaudot, le <a href="https://www.lapresse.ca/arts/litterature/2026-09-08/c-etait-ca-ou-mourir/thelyson-orelien-dans-la-course-au-prix-femina.php" data-type="link" data-id="https://www.lapresse.ca/arts/litterature/2026-09-08/c-etait-ca-ou-mourir/thelyson-orelien-dans-la-course-au-prix-femina.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">prix Décembre et le Femina. </a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la dernière semaine, des allégations d’usage d’intelligence artificielle pour la rédaction du roman commencent à surgir. Sur la plateforme X, le compte Balance ton Claude, qui vise à dénoncer l’usage d’IA dans des œuvres littéraires, a accusé Thélyson Orélien. <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2287304/thelyson-orelien-samuel-fitoussi-balance-ton-claude-explications" data-type="link" data-id="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2287304/thelyson-orelien-samuel-fitoussi-balance-ton-claude-explications" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Samuel Fitoussi</a>, l’un des responsables du compte, a expliqué que les chapitres de C’était ça ou mourir ont été donnés au logiciel Pangram, un détecteur d’intelligence artificielle, qui assurait qu’entre 90 % et 100 % de ceux-ci étaient générés par l’IA. Une enquête se met en branle et, bientôt, le dossier s’alourdit : des accusations de plagiat tombent. Orélien, chroniqueur pour différents journaux français et québécois, voit ses écrits passés au peigne fin. Certains relèvent une nette ressemblance entre une chronique de l’auteur québécois sur la chute de stars sportives et celle d’<a href="https://www.lapresse.ca/arts/litterature/2026-09-23/thelyson-orelien-rattrape-par-un-passe-de-plagiaire.php" data-type="link" data-id="https://www.lapresse.ca/arts/litterature/2026-09-23/thelyson-orelien-rattrape-par-un-passe-de-plagiaire.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Andy Bautista</a>, un chroniqueur pour le quotidien <em>The Philippine Star</em>. Certains passages sont presque identiques et un coup d’œil suffit pour déterminer qui des deux auteurs est plagiaire — Orélien a publié sa chronique le 28 février 2013 et Bautista, le 23 février 2013. Plusieurs autres exemples de plagiat de la part d’Orélien sont découverts. Les événements ont un véritable effet domino : en seulement quelques jours, l’auteur qui était la coqueluche du Québec se retrouve en chute libre. Les <a href="https://www.journaldemontreal.com/2026/09/25/affaire-thelyson-orelien-un-de-ses-accusateurs-dit-avoir-agi-pour-eviter-la-disparition-de-lecriture" data-type="link" data-id="https://www.journaldemontreal.com/2026/09/25/affaire-thelyson-orelien-un-de-ses-accusateurs-dit-avoir-agi-pour-eviter-la-disparition-de-lecriture" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">éditions Boréal</a>, qui ont publié <em>C’était ça ou mourir</em>, suspendent les activités de promotion du roman, <a href="https://www.lapresse.ca/arts/litterature/2026-09-24/controverse-autour-de-thelyson-orelien/le-casse-tete-des-libraires.php" data-type="link" data-id="https://www.lapresse.ca/arts/litterature/2026-09-24/controverse-autour-de-thelyson-orelien/le-casse-tete-des-libraires.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Renaud-Bray</a> retire sa fameuse étiquette « coup de cœur » des exemplaires, le <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2287164/academie-goncourt-supprime-roman-thelyson-orelien-selection" data-type="link" data-id="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2287164/academie-goncourt-supprime-roman-thelyson-orelien-selection" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Goncourt </a>retire le livre de sa liste de nominations et le <a href="https://www.journaldemontreal.com/2026/09/25/affaire-thelyson-orelien-un-de-ses-accusateurs-dit-avoir-agi-pour-eviter-la-disparition-de-lecriture" data-type="link" data-id="https://www.journaldemontreal.com/2026/09/25/affaire-thelyson-orelien-un-de-ses-accusateurs-dit-avoir-agi-pour-eviter-la-disparition-de-lecriture" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Salon du livre de l’Estrie</a> révoque l’invitation d’Orélien, qui devait participer à l’événement en tant qu’invité d’honneur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le message est on ne peut plus clair : Thélyson Orélien est maintenant <em>persona non grata</em>. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Détecter l’IA </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pangram, le logiciel utilisé pour évaluer <em>C’était ça ou mourir</em>, a déclaré que le roman était fait par l’IA à <a href="https://www.tf1info.fr/high-tech/videos/video-info-infox-pangram-le-programme-a-l-origine-des-accusations-de-thelyson-orelien-est-il-fiable-51326-2466571.html" data-type="link" data-id="https://www.tf1info.fr/high-tech/videos/video-info-infox-pangram-le-programme-a-l-origine-des-accusations-de-thelyson-orelien-est-il-fiable-51326-2466571.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">97 %</a>. Les autres romans en lice pour le Goncourt ont aussi été testés et révèlent un taux d’IA très faible ou nul. De plus, Pangram est reconnu pour être le logiciel de détection d’IA le plus fiable – son taux de faux positifs est de <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2286476/thelyson-orelien-pangram-test-roman-ia" data-type="link" data-id="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2286476/thelyson-orelien-pangram-test-roman-ia" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">1 sur 10 000.</a> Le hic? Les deux études qui en viennent à cette conclusion ont fait l’expérience en utilisant seulement des textes en anglais. Il est également à noter qu’un poème de Victor Hugo, dont une seule ligne avait été retirée, a été évalué par Pangram comme utilisant l’IA à 100 %. À cela s’ajoute un autre grain de sable dans l’engrenage : le logiciel de détection d’IA utilisé par l’<a href="https://www.tf1info.fr/high-tech/videos/video-info-infox-pangram-le-programme-a-l-origine-des-accusations-de-thelyson-orelien-est-il-fiable-51326-2466571.html" data-type="link" data-id="https://www.tf1info.fr/high-tech/videos/video-info-infox-pangram-le-programme-a-l-origine-des-accusations-de-thelyson-orelien-est-il-fiable-51326-2466571.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">AFP </a>conclut que C’était ça ou mourir est 100 % humain. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pangram se base sur des textes humains et des textes modifiés par l’IA pour effectuer la détection. Cet entraînement avec deux types de textes lui permet de repérer les formulations typiques de l’IA, ainsi que la ponctuation généralement utilisée. Cela dit, il ne faut pas oublier qu’un logiciel est un logiciel, et qu’il comporte inévitablement un risque d’erreur. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des accusations biaisées </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Même si Samuel Fitoussi, qui a dénoncé <em>C’était ça ou mourir</em> par l’entremise de Balance ton Claude, a affirmé que cette accusation n’était nullement motivée par des biais racistes, l’entreprise n’est peut-être pas complètement dénuée de discrimination – et ce, sans que les dénonciateurs ne le souhaitent. Selon Thibault Celier, cofondateur de <a href="http://usuel.ai" data-type="link" data-id="http://usuel.ai" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">usuel.ai</a> au micro de RTL, les détecteurs d’IA peuvent avoir un biais. Ces derniers sont entraînés à reconnaître les tics de langage des natifs d’une langue : un francophone qui écrit en anglais aura une tournure de phrase « <a href="https://www.rtl.fr/actu/sciences-tech/c-est-quoi-pangram-le-detecteur-d-ia-a-l-origine-de-l-affaire-thelyson-orelien-et-peut-on-lui-faire-confiance-7900676490" data-type="link" data-id="https://www.rtl.fr/actu/sciences-tech/c-est-quoi-pangram-le-detecteur-d-ia-a-l-origine-de-l-affaire-thelyson-orelien-et-peut-on-lui-faire-confiance-7900676490" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plus prévisible qu’un anglais natif</a> ». Même si le rédacteur est complètement à l’aise dans la langue d’écriture, le fait que ce ne soit pas sa langue natale a tout de même une incidence sur les tics de langage adoptés : ces derniers diffèrent selon le paysage culturel. Un Français et un Québécois n’auront pas les mêmes tics de langage entre eux, de même pour un Algérien et un Haïtien. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, Thélyson Orélien, dont la langue maternelle est le <a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-jeudi-03-septembre-2026-5280607" data-type="link" data-id="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-jeudi-03-septembre-2026-5280607" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">créole haïtien</a>, aurait pu induire le détecteur d’IA en erreur à cause de tics de langage adoptés lors de l’apprentissage de cette langue seconde qui ne correspondent pas parfaitement au français natif étudié par l’IA. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Un autre phénomène est à ne pas négliger : la suspicion « <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2286341/thelyson-orelien-reactions-milieu-litteraire" data-type="link" data-id="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2286341/thelyson-orelien-reactions-milieu-litteraire" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">disproportionnée</a> sur des auteurs plutôt que d’autres. » Dave Anctil, professeur de philosophie au Collège Jean-de-Brébeuf, auteur et chercheur à l’Obvia (Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique), souligne le cas similaire de Jamir Nazir, un auteur trinidadien qui avait été accusé à tort d’utilisation d’IA pour la rédaction de sa nouvelle <em>The Serpent in the Grove</em>, qui a reçu un prix littéraire de la <em>Commonwealth Foundation</em>. Il a par la suite été conclu qu’aucun des lauréats du prix littéraire n’avait utilisé d’IA. L’ironie? Les accusations se basaient sur les résultats de Pangram. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un appui de la communauté </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si Thélyson Orélien nie l’utilisation de l’intelligence artificielle pour la rédaction de son roman et s’abstient de commenter sur ces <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2287164/academie-goncourt-supprime-roman-thelyson-orelien-selection" data-type="link" data-id="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2287164/academie-goncourt-supprime-roman-thelyson-orelien-selection" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">accusations</a>, plusieurs auteurs ont défendu le romancier. <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2286341/thelyson-orelien-reactions-milieu-litteraire" data-type="link" data-id="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2286341/thelyson-orelien-reactions-milieu-litteraire" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Laura-Ève Lambert</a>, autrice notamment de <em>Que notre joie demeure</em>, apporte son soutien à Orélien en mentionnant que « c’est une accusation dont il est impossible de se défendre. » India Desjardins, connue pour la série <em>Le journal d’Aurélie Laflamme</em>, lui a aussi témoigné son soutien, tout comme la poète Pascale Cormier et l’écrivain Stéphane Dompierre. Un vent de solidarité semble souffler sur le milieu littéraire québécois.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong> Une chasse aux sorcières en 2026</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu’on ait un avis tranché sur le cas de Thélyson Orélien ou non, une chose reste certaine : il est impossible de savoir avec une certitude absolue si l’auteur a utilisé ou non de l’intelligence artificielle pour rédiger son roman. Peut-être en a‑t-il utilisé un peu pour corriger certaines tournures de phrases, peut-être a‑t-il tout écrit avec ChatGPT, peut-être a‑t-il ignoré totalement l’IA dans tout le processus d’écriture. À moins d’une confession de l’auteur, nous n’aurons jamais réellement le fin mot de l’histoire. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cas est suspect, bien sûr, d’autant plus lorsqu’on tient compte des accusations de plagiat pour diverses chroniques. Mais être plagiaire de quelques textes signifie-t-il nécessairement être utilisateur d’IA? Pas du tout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème avec toute cette histoire, c’est qu’il n’y a aucun moyen catégorique pour nous de trancher. Nous devons nous en remettre à des logiciels, qui décideront ensuite de la carrière, de la vie d’un auteur. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« L’IA est en train de créer une véritable chasse aux sorcières dans notre société en nous poussant à nous méfier de ceux autour de nous, à dénoncer les coupables au moindre signe suspect »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La carrière de Thélyson Orélien vient presque assurément de se terminer. Rares seront les prix littéraires qui oseront le remettre sur une liste de nominations. Beaucoup de gens seront hésitants à lire ses œuvres. Chaque fois qu’Orélien sera mentionné, les mots « plagiat » et « intelligence artificielle » ne seront pas loin derrière. La supposée « détection » d’IA est un jeu dangereux. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Devrait-on, selon moi, bannir de la littérature l’usage de l’IA générative? Absolument. Devrait-on limiter l’exposition des auteurs qui utilisent ladite IA? Bien sûr! Le milieu littéraire en est un de rencontres entre des auteurs et des lecteurs, un espace communautaire où nous pouvons partager ce qui fait de nous des humains, dans tout ce que cette condition a de plus splendide et de déchirant. Mais nous ne devrions, sous aucun prétexte, partir à la chasse à l’IA. Nous ne devrions pas banalement accuser des auteurs d’usage d’intelligence artificielle pour partir en croisade contre des maisons d’édition et des individus qui ne veulent que mettre leur expérience de vie en mots. </p>



<p class="wp-block-paragraph">L’IA est en train de créer une véritable chasse aux sorcières dans notre société en nous poussant à nous méfier de ceux autour de nous, à dénoncer les coupables au moindre signe suspect. Si nous continuons, en tant que communauté, à ignorer que des balises sont nécessaires pour l’IA dans un milieu où la créativité et l’expérience humaine règnent en maître, nous nous dirigeons droit dans un mur. Qui sait si vous ne serez pas le prochain à être lancé pieds et poings liés dans la rivière? </p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<item>
		<title>Faire compter sa voix</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/faire-compter-sa-voix/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Cherifi]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[accessibilité]]></category>
		<category><![CDATA[Barrière Linguistique]]></category>
		<category><![CDATA[Indigenous Awareness Week]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[Participation Electorale]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=61044</guid>

					<description><![CDATA[<p>Entre sensibilisation et élections, quelle place pour les voix autochtones?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Du 18 au 30 septembre, l’Université McGill accueille la 15e édition de ses <a href="https://www.mcgill.ca/indigenous/news-events/indigenous-awareness-weeks-2026" data-type="link" data-id="https://www.mcgill.ca/indigenous/news-events/indigenous-awareness-weeks-2026" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Semaines de sensibilisation aux cultures autochtones</a> (<em>Indigenous Awareness Weeks</em>), qui mettent à l’honneur les <a href="https://www.mcgill.ca/indigenous/news-events/indigenous-awareness-weeks-2026" data-type="link" data-id="https://www.mcgill.ca/indigenous/news-events/indigenous-awareness-weeks-2026" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">voix et les savoirs autochtones</a> à travers conférences, projections et ateliers. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette initiative fait écho à un autre enjeu d’actualité : à l’approche des élections provinciales du 5 octobre, la participation électorale autochtone demeure particulièrement faible dans plusieurs des communautés. Élections Québec déploie cette année de nouvelles mesures pour réduire les obstacles au vote, notamment dans ces secteurs éloignés. À différentes échelles, ces initiatives interrogent la place accordée aux voix autochtones au sein des institutions. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des voix au premier plan </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En quinze ans, les<em> Indigenous Awareness Weeks</em> (IAW) sont devenues un espace de « dialogue, de rapprochement et de célébration » où peuvent également être abordées des conversations difficiles, explique <a href="https://reporter.mcgill.ca/phyllis-webstad-fondatrice-de-la-journee-du-chandail-orange-prononcera-le-discours-principal-des-semaines-de-sensibilisation-aux-cultures-autochtones/" data-type="link" data-id="https://reporter.mcgill.ca/phyllis-webstad-fondatrice-de-la-journee-du-chandail-orange-prononcera-le-discours-principal-des-semaines-de-sensibilisation-aux-cultures-autochtones/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Brittanny Janvier</a>, directrice du <a href="https://www.mcgill.ca/indigenous/" data-type="link" data-id="https://www.mcgill.ca/indigenous/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Bureau des initiatives autochtones de McGill</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La<a href="https://www.mcgill.ca/indigenous/channels/event/indigenous-awareness-weeks-2026-374136" data-type="link" data-id="https://www.mcgill.ca/indigenous/channels/event/indigenous-awareness-weeks-2026-374136" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"> programmation</a> de cette année témoigne de cette ambition. Parmi les invitées figurent notamment <a href="https://reporter.mcgill.ca/phyllis-webstad-fondatrice-de-la-journee-du-chandail-orange-prononcera-le-discours-principal-des-semaines-de-sensibilisation-aux-cultures-autochtones/" data-type="link" data-id="https://reporter.mcgill.ca/phyllis-webstad-fondatrice-de-la-journee-du-chandail-orange-prononcera-le-discours-principal-des-semaines-de-sensibilisation-aux-cultures-autochtones/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Phyllis Webstad</a>, survivante des pensionnats et fondatrice de la Journée du chandail orange, ainsi que l’aînée crie <a href="https://reporter.mcgill.ca/phyllis-webstad-fondatrice-de-la-journee-du-chandail-orange-prononcera-le-discours-principal-des-semaines-de-sensibilisation-aux-cultures-autochtones/" data-type="link" data-id="https://reporter.mcgill.ca/phyllis-webstad-fondatrice-de-la-journee-du-chandail-orange-prononcera-le-discours-principal-des-semaines-de-sensibilisation-aux-cultures-autochtones/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Betty Ross</a>. À travers ces rencontres, les <em>Indigenous Awareness Weeks </em>abordent des enjeux tels que les pensionnats, la réconciliation, la Rafle des années 1960 et les femmes, filles et personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées. Les IAW s’achèveront le 30 septembre, Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. La professeure nēhiyaw Jarita Greyeyes y présentera notamment ses recherches sur le <a href="https://www.mcgill.ca/indigenous/channels/event/national-day-truth-and-reconciliation-presentation-how-indigenous-academic-leaders-think-academy-can-374159" data-type="link" data-id="https://www.mcgill.ca/indigenous/channels/event/national-day-truth-and-reconciliation-presentation-how-indigenous-academic-leaders-think-academy-can-374159" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">leadership autochtone et la transformation des institutions universitaires</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais tandis que McGill cherche à créer des espaces où les voix autochtones peuvent être entendues, la question de leur participation aux institutions politiques québécoises demeure complexe. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une participation électorale très inégale </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’existe pas un <a href="https://docs.electionsquebec.qc.ca/PRO/6a01f9c8725f0/DGE-6414.pdf" data-type="link" data-id="https://docs.electionsquebec.qc.ca/PRO/6a01f9c8725f0/DGE-6414.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">taux de participation autochtone</a> unique. Élections Québec souligne qu’il varie considérablement d’une communauté à l’autre : certaines enregistrent des taux supérieurs à 50 %, tandis que d’autres votent très peu, voire pas du tout. En 2022 tout de même, la moyenne dans les communautés autochtones s’élevait à <a href="https://docs.electionsquebec.qc.ca/PRO/6a01f9c8725f0/DGE-6414.pdf" data-type="link" data-id="https://docs.electionsquebec.qc.ca/PRO/6a01f9c8725f0/DGE-6414.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">14,66 % contre 66,15 % dans l’ensemble du Québec.</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces écarts sont particulièrement visibles dans le <a href="https://docs.electionsquebec.qc.ca/PRO/6a01f9c8725f0/DGE-6414.pdf" data-type="link" data-id="https://docs.electionsquebec.qc.ca/PRO/6a01f9c8725f0/DGE-6414.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Nord du Québec</a>, où l’éloignement et l’isolement de certaines communautés compliquent aussi matériellement l’accès au vote. Ils ne peuvent toutefois pas être réduits à un simple « désintérêt » pour les élections : le sentiment d’exclusion du système politique, le manque de représentation ou l’impression que le vote aura peu d’effet peuvent également éloigner certains électeurs des urnes. Élections Québec pointe par ailleurs plusieurs <a href="https://docs.electionsquebec.qc.ca/PRO/6978ebe0eb44f/Communautes-autochtones_Feuille-de-route_VF.pdf" data-type="link" data-id="https://docs.electionsquebec.qc.ca/PRO/6978ebe0eb44f/Communautes-autochtones_Feuille-de-route_VF.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">difficultés concrètes</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, depuis les dernières élections provinciales, l’institution dit avoir <a href="https://www.electionsquebec.qc.ca/communiques/elections-provinciales-de-2026-mesures-speciales-dans-certains-secteurs-eloignes/" data-type="link" data-id="https://www.electionsquebec.qc.ca/communiques/elections-provinciales-de-2026-mesures-speciales-dans-certains-secteurs-eloignes/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rencontré une trentaine de communautés</a> inuites, cries et atikamekw afin de mieux comprendre leurs réalités. Plusieurs obstacles ont été identifiés : inscription sur la liste électorale, accès aux pièces d’identité requises, réception de l’information électorale et barrières linguistiques. L’institution souhaite également développer des relations plus durables avec les communautés, recruter localement du personnel électoral et sensibiliser davantage les jeunes au processus électoral. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quand le scrutin se déplace </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le scrutin de 2026, ces réflexions se traduisent par plusieurs <a href="https://www.electionsquebec.qc.ca/communiques/elections-provinciales-de-2026-mesures-speciales-dans-certains-secteurs-eloignes/" data-type="link" data-id="https://www.electionsquebec.qc.ca/communiques/elections-provinciales-de-2026-mesures-speciales-dans-certains-secteurs-eloignes/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">mesures concrètes</a>. Entre le 25 septembre et le 1<sup>er</sup> octobre, des équipes d’Élections Québec se rendront directement dans certains <a href="https://www.electionsquebec.qc.ca/voter/autres-options-pour-voter/vous-etes-dans-un-secteur-eloigne-ou-isole/" data-type="link" data-id="https://www.electionsquebec.qc.ca/voter/autres-options-pour-voter/vous-etes-dans-un-secteur-eloigne-ou-isole/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">secteurs éloignés ou isolés</a>. Les électeurs pourront y mettre à jour leur adresse ou s’inscrire sur la liste électorale, puis voter lors du même déplacement. Les équipes retourneront également sur place le 5 octobre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’ampleur du défi logistique est particulièrement frappante dans Ungava : des équipes devront se déplacer en <a href="https://www.electionsquebec.qc.ca/communiques/elections-provinciales-de-2026-mesures-speciales-dans-certains-secteurs-eloignes/" data-type="link" data-id="https://www.electionsquebec.qc.ca/communiques/elections-provinciales-de-2026-mesures-speciales-dans-certains-secteurs-eloignes/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">avion dans une vingtaine de communautés autochtones éloignées</a>. Des <a href="https://www.electionsquebec.qc.ca/communiques/elections-provinciales-de-2026-mesures-speciales-dans-certains-secteurs-eloignes/" data-type="link" data-id="https://www.electionsquebec.qc.ca/communiques/elections-provinciales-de-2026-mesures-speciales-dans-certains-secteurs-eloignes/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">mesures particulières</a> sont également prévues dans plusieurs autres circonscriptions, dont Duplessis, Abitibi-Est et Pontiac.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Rendre les urnes accessibles suffit-il à susciter la participation? »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Élections Québec cherche aussi à réduire les barrières linguistiques. Son <a href="https://www.electionsquebec.qc.ca/notre-institution/communautes-autochtones/" data-type="link" data-id="https://www.electionsquebec.qc.ca/notre-institution/communautes-autochtones/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">guide électoral</a> est disponible dans plusieurs langues et dialectes autochtones, dont l’atikamekw, l’algonquin, le cri, l’innu ouest-central, l’inuktitut, le micmac, le mohawk et le naskapi. Dans les communautés inuites, cries et naskapies, un document supplémentaire dans la langue locale sera distribué directement dans les cases postales. Des messages seront également diffusés sur des radios locales et sur le Web. L’institution prévoit même des solutions lorsque l’<a href="https://www.electionsquebec.qc.ca/communiques/elections-provinciales-de-2026-mesures-speciales-dans-certains-secteurs-eloignes/" data-type="link" data-id="https://www.electionsquebec.qc.ca/communiques/elections-provinciales-de-2026-mesures-speciales-dans-certains-secteurs-eloignes/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">identification</a> pose problème : une personne ne disposant d’aucune des pièces d’identité normalement acceptées peut, sous certaines conditions, faire confirmer son identité par un proche ou présenter deux autres documents et prêter serment.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces mesures répondent cependant principalement aux obstacles pratiques à l’exercice du vote. Elles laissent ouverte une question plus difficile : rendre les urnes accessibles suffit-il à susciter la participation? </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une voix qui ne se résume pas au vote </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les onze nations autochtones présentes au Québec ont des <a href="https://fnp-ppn.aadnc-aandc.gc.ca/fnp/Main/index.aspx?lang=fra" data-type="link" data-id="https://fnp-ppn.aadnc-aandc.gc.ca/fnp/Main/index.aspx?lang=fra" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">histoires, des structures politiques et des rapports</a> aux gouvernements provincial et fédéral distincts. Réduire l’abstention à un problème d’accessibilité risquerait donc d’ignorer une partie de cette complexité. Élections Québec reconnaît elle-même la nécessité de poursuivre ses <a href="https://www.electionsquebec.qc.ca/notre-institution/recherches-projets-et-sondages/" data-type="link" data-id="https://www.electionsquebec.qc.ca/notre-institution/recherches-projets-et-sondages/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">recherches</a> sur la participation autochtone et affirme vouloir construire des relations de confiance avec les communautés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ici que le parallèle avec les IAW prend son sens. Les deux initiatives ne poursuivent pas le même objectif : l’Université McGill ne cherche pas à accroître la participation électorale, pas plus qu’Élections Québec ne mène un programme de sensibilisation culturelle. Mais toutes deux se confrontent, à leur manière, à la question de la place accordée aux voix autochtones. Au sein de l’établissement, cela passe par le partage des savoirs, des expériences vécues et par une réflexion sur la transformation de l’institution elle-même. Élections Québec, de son côté, tente d’adapter certaines de ses pratiques aux réalités des communautés qu’elle dessert. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 5 octobre permettra d’observer si ces nouvelles mesures réduisent certains obstacles à l’exercice du vote. Mais la participation politique autochtone ne saurait se mesurer uniquement au nombre de bulletins déposés dans les urnes. Les événements organisés à l’Université McGill en témoignent : avant de chercher à faire entendre davantage les voix autochtones, encore faut-il créer les conditions permettant de les écouter.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/faire-compter-sa-voix/" data-wpel-link="internal">Faire compter sa voix</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Est-ce que je dois un bébé à l’État?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/est-ce-que-je-dois-un-bebe-a-letat/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Brunet Rodriguez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Élections]]></category>
		<category><![CDATA[maternité]]></category>
		<category><![CDATA[natalité]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=61017</guid>

					<description><![CDATA[<p>Questionnements à l’ère de la baisse démographique au Québec.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/est-ce-que-je-dois-un-bebe-a-letat/" data-wpel-link="internal">Est-ce que je dois un bébé à l’État?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Cet été, je suis tombée sur la <a href="https://www.instagram.com/reel/DasxiFDNhYG/?utm_source=ig_web_copy_link&amp;stkn=NTc4MTIwNjQ2YQ==" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">vidéo</a> d’une jeune Française exprimant son choix de ne pas avoir d’enfants. Invoquant ses valeurs et présentant tout simplement ce choix comme celui d’une femme libre disposant de son propre corps, je comprenais parfaitement ses motivations. C’est lorsque j’ai eu le malheur de m’aventurer dans la section commentaires que le cauchemar a commencé. Entre les internautes qui se réjouissaient que « les gauchistes ne se reproduisent pas » et ceux qui la traitaient d’« égocentrique », j’en ai trouvé un qui a vraiment piqué ma curiosité : « tu brises le contrat social ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet ouvrage de Rousseau, <em>Du contrat social</em>, je l’ai lu, je l’ai étudié avec minutie, et jamais je n’aurais pensé que cet argument philosophique si connu puisse mettre en péril mon autonomie corporelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certes, pour mettre la table (ou faire un court commentaire éditorial), Jean-Jacques Rousseau n’est pas le personnage le moins controversé de l’histoire et, bien évidemment, il flirtait ouvertement avec la <a href="https://academicworks.cuny.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1245&amp;context=gc_pubs" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">misogynie</a>. Mais qu’est-ce que ce fameux contrat social a à voir avec mon utérus?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon <a href="https://www.toupie.org/Dictionnaire/Contrat_social.htm" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">le contrat social</a>, les citoyens d’une société, en en faisant partie, acceptent tacitement de céder une part de leur liberté naturelle à l’État afin qu’il puisse veiller sur l’organisation harmonieuse de la société et mieux protéger les citoyens. L’État, gouverné par la volonté générale du peuple, peut alors entreprendre des actions qui briment la liberté de certains afin d’assurer le bon fonctionnement de la société. Ces violations de droits, selon Rousseau, sont légitimes, puisqu’elles proviennent de la volonté du peuple – qui a un pouvoir absolu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une fois cette logique poussée à l’extrême, advenant une baisse importante de la natalité, « la volonté générale » pourrait justifier l’imposition de la maternité à des femmes. En effet, dans ce scénario, cette baisse de natalité pourrait entraîner des problèmes sociétaux majeurs, comme un manque criant de main-d’œuvre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En appliquant cette rhétorique au pied de la lettre, on se retrouverait littéralement dans <em><a href="https://lespetitesanalyses.com/resumes/la-servante-ecarlate-resume/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">La servante écarlate</a></em>, où le corps des femmes devient un instrument démographique appartenant exclusivement à l’État. Une réalité dégoûtante où les femmes sont réduites à leur utérus, de simples machines servant à apaiser l’inquiétude démographique de la patrie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me suis longtemps arrêtée devant ce constat alarmant – ma liberté et mon autonomie corporelle ne tiennent-elles qu’à un fil? Peut-on réellement me retirer mon droit de choisir comme l’on supprime une vulgaire virgule mal placée?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Là où cette application aveugle de Rousseau fait défaut, c’est qu’un État qui a la responsabilité de protéger réellement ses citoyens ne peut imposer une grossesse à qui que ce soit. Non seulement « la volonté générale » peut se tromper, mais lui accorder le pouvoir absolu revient à ne pas reconnaître l’existence même de droits et libertés individuels et inaliénables. Le contrat social est un accord bilatéral entre un citoyen et l’État et ce dernier se doit de protéger l’intégrité corporelle des citoyens et leur propriété. Ainsi, forcer une femme à porter un enfant viendrait littéralement briser cedit contrat social.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que <a href="https://www.persee.fr/doc/dhs_0070-6760_1981_num_13_1_1346" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Rousseau</a> lui-même présente l’asservissement des femmes comme étant naturel, cela vient alors littéralement contredire ses prémisses principales quant à l’organisation et la légitimité du pouvoir politique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puisqu’on dépoussière les philosophes des Lumières, et que nos chers amis indiscrets s’improvisent doctorants en la matière dans l’espace commentaires, j’aimerais aborder brièvement la pensée de John Locke sur le sujet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vie, la liberté et la propriété : ce sont les trois principes que l’État doit respecter pour fonder sa légitimité. Pour <a href="https://oll.libertyfund.org/quotes/john-locke-on-the-rights-to-life-liberty-and-property-of-ourselves-and-others-1689" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Locke</a>, cette propriété s’étend d’abord à son propre corps. C’est un cadre beaucoup plus concret et respectueux de la liberté humaine que celui de la « volonté générale ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">La <a href="https://www.hrw.org/fr/news/2025/12/12/recul-de-letat-de-droit-en-france" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">France</a> comme le <a href="https://www.barreau.qc.ca/fr/nouvelle/communiques/barreau-craint-erosion-etat-droit-quebec/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Québec</a> sont des États de droit, où les libertés individuelles sont reconnues et protégées autant que les lois le permettent. Mais rien n’est garanti : toutes ces dispositions sont entièrement dépendantes de la volonté politique du moment.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>De Galaad au Québec</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais pourquoi vous parler de tout ça?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parce que le grand non-dit lors des prochaines élections provinciales, c’est la baisse démographique au Québec : l’an passé, la population de la province a connu un recul de <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2253815/demographie-diminution-population-quebec-2025" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">0,1 %</a>, tandis que le nombre de décès a surpassé celui des naissances.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que plusieurs partis politiques déclarent que la capacité d’accueil du Québec est saturée, on incite les jeunes Québécois à avoir plus d’enfants – bonjour la cohérence. C’est donc le retour des politiques natalistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est sûr que dans un monde où l’on <a href="https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2026-09-17/5000-educatrices-de-plus-en-cpe-d-ici-quatre-ans-promet-ruba-ghazal.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">manque de places</a> en CPE, où nos <a href="https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2026-09-01/systeme-d-education/il-n-y-a-pas-vraiment-d-ecole-a-trois-vitesses-dit-frechette.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">écoles à trois vitesses</a> débordent, où le <a href="https://ici.radio-canada.ca/en-bref/90-17155/natalite-elections-quebec-politique" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">coût de la vie</a> atteint de nouveaux sommets, où l’on doit travailler à un rythme effréné et où l’on se fait avaler par les tensions géopolitiques pendant que notre planète brûle, la parentalité devient un défi complexe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, je suis en faveur de l’<a href="https://www.lesoleil.com/elections-provinciales-2026/2026/08/28/deux-semaines-de-conge-de-plus-pour-les-nouveaux-papas-promet-frechette-HXQUQVY735GALBZJWXVL5X45LE/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">allongement des congés parentaux</a> et de la <a href="https://www.noovo.info/nouvelles/politique/elections-quebec/promesses-electorales/plq/article/le-plq-propose-une-bonification-du-rqap-et-le-developpement-du-reseau-des-garderies/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">création de nouvelles places en CPE</a> – pourquoi condamner les jeunes qui décident de fonder des familles à le faire dans les pires des conditions? Nos familles méritent beaucoup mieux que ça. Là où le malaise s’installe, c’est à l’annonce des mesures natalistes proposées notamment par le <a href="https://www.journaldequebec.com/2026/09/03/eric-duhaime-promet-100--par-semaine-pour-garder-les-enfants-a-la-maison-et-mettrait-un-terme-a-lexpansion-du-reseau-de-cpe-et-des-garderies-subventionnees" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Parti Conservateur du Québec</a> (PCQ).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qu’Éric Duhaime, chef du PCQ, propose, c’est de geler le nombre de places en CPE et d’accorder une allocation de 100 $ imposables par semaine à chaque parent qui reste à la maison avec son enfant – à condition que son partenaire travaille à temps plein.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En bloquant l’accès au réseau public de garde, le PCQ crée une contrainte économique qui incite financièrement le retour des femmes au foyer. Pour rappel, ce <a href="https://cieufm.com/une-attaques-envers-les-cpe-et-les-femmes/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">modèle québécois des CPE</a> a rendu possible l’éducation de générations entières, en plus de permettre à un nombre incalculable de femmes de revenir rapidement sur le marché du travail et de s’émanciper.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pour ceux qui ne veulent s’en tenir qu’aux <a href="https://www.iedm.org/fr/38369-les-garderies-sont-elles-rentables-pour-le-gouvernement-/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">chiffres</a> : ces mères qui retournent au travail rapportent aujourd’hui à l’État – en taxes et en impôts – bien plus que ce que lui coûte ces places en garderies à moins de 10 $. Les CPE ne sont donc pas une vulgaire dépense, mais un investissement plus que rentable à tous les niveaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plutôt que d’offrir un choix délibéré, cette logique imposerait fatalement un mode de vie axé sur le parent unique au foyer, où l’un des deux parents est contraint de rester à la maison pour s’occuper des enfants, tandis que l’autre devient le soutien financier de la famille – et tout ça par manque de solutions de garde adaptées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le PCQ n’est pas le seul parti à s’aventurer sur cette pente glissante : le <a href="https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2026-09-20/natalite-en-baisse/le-pq-promet-une-prime-pour-un-troisieme-et-quatrieme-enfant.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Parti Québécois</a> (PQ) n’a pas tardé à suivre, avec sa logique de « bébé bonus ». Son chef Paul St-Pierre Plamondon promet une prime financière directe aux familles pour l’arrivée d’un troisième et d’un quatrième enfant. Ce genre de mesure vient littéralement mettre un prix sur la capacité reproductive des femmes, comme si l’État venait récompenser les naissances à la pièce. Les corps des femmes deviennent à nouveau des leviers démographiques, un outil transactionnel, de simples machines distributrices à la commande de l’État.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien qu’il y ait effectivement des conséquences importantes découlant du vieillissement de la population, je suis d’avis que la solution ne passe pas par la valorisation politique et monétaire de la maternité. Non seulement ces primes représentent des montants dérisoires pour les familles dans le contexte économique actuel, mais les mesures telles que les « bébé bonus » ont déjà prouvé leur<a href="https://cffp.recherche.usherbrooke.ca/wp-content/uploads/2026/08/cr_2026-09_fecondite_et_fiscalite_vf.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"> inefficacité</a>. C’est comme si l’État donnait un dollar symbolique aux familles qui décidaient d’avoir des enfants – réduisant le tout à un geste purement politique. Ce sont des <a href="https://www.noovo.info/nouvelles/societe/article/inciter-la-natalite-bonne-ou-mauvaise-idee/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">politiques</a> que nous avons déjà vues passer au Québec et qui n’ont que <a href="https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2026-09-20/natalite-en-baisse/le-bebe-bonus-du-pq-braque-ses-adversaires.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">légèrement</a> et temporairement augmenté le taux de natalité, sans toutefois atteindre leurs cibles. Ce ne sont pas ces petites allocations qui nous permettront de survivre à la <a href="https://www.ledevoir.com/economie/1004363/cout-vie-logement-tarifs-economie-sommet-preoccupations-electeurs" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">crise du logement</a> ou à l’explosion du coût de la vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les jeunes Québécois ont le droit de choisir, il en est de leur liberté la plus fondamentale. Il faut leur donner tous les outils pour que chaque personne qui décide d’avoir un enfant ait toutes les ressources nécessaires. Ce n’est pas en gelant les places en garderie ni en monétisant la fertilité que l’on répondra aux aspirations de notre génération.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Est-ce que je dois un bébé à l’État</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me suis posé la question de long en large.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À entendre les chefs de certains partis politiques, on dirait presque qu’ils sont en train de scruter mes ovaires au microscope. Je sens cette pression de la société et des politiciens pour fournir un autre petit travailleur qui mettra l’épaule à la roue. On dirait que le seul fait de posséder un utérus nous contraint à mettre une vie au monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On parle de la grossesse comme si on parlait d’acheter des œufs à l’épicerie, comme si ça ne coûtait rien, comme si c’était banal. Mais c’est la décision d’une vie : celle de voir son corps changer de manière <a href="https://www.lapresse.ca/societe/sante/2025-04-21/nouvelle-etude/la-grossesse-a-des-impacts-a-long-terme.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">permanente</a>, de subir de <a href="https://naitreetgrandir.com/fr/grossesse/sante-bien-etre/grossesse-changements-physiques-maux-courants/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">violents bouleversements</a> hormonaux qui entraînent symptômes physiques et <a href="https://naitreetgrandir.com/fr/grossesse/sante-bien-etre/grossesse-depression-prenatale/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">détresse émotionnelle</a>, et c’est mettre sa <a href="https://www.24heures.ca/2022/11/15/enceintes-elles-ont-vecu-de-la-discrimination-au-travail--tu-penses-vraiment-que-cest-le-bon-moment-pour-tomber-enceinte" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">carrière en péril</a>. D’autant plus que les femmes portent encore aujourd’hui la majorité de la <a href="https://www.biron.com/fr/centre-du-savoir/parole-de-specialiste/charge-mentale-femmes/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">charge mentale</a> relative au foyer et aux enfants : ce n’est donc pas une décision à prendre à la légère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avoir un enfant, c’est un don de soi qui se fait par choix et non par obligation ni par pression. Surtout lorsque cette pression provient de cette même société qui fait culpabiliser les femmes et qui les traite de mauvaises mères dès qu’elles demandent de l’aide.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« C’est notre choix (…) et personne ne doit faire ce choix-là à notre place »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Non, ni moi, ni personne ne doit d’enfant à l’État. Ce sont nos enfants, pas les leurs. Nous mettons au monde des êtres humains et non des futurs contributeurs fiscaux. C’est notre choix en bout de ligne, nos sacrifices, nos corps, nos vies, et personne ne doit faire ce choix à notre place. Ce ne sont pas eux qui prendront soin de nos enfants au quotidien, ce ne sont pas eux qui devront leur expliquer pourquoi les flammes ravagent nos forêts ou pourquoi la haine retentit à chaque coin de rue alors que nous peinons à mettre un souper sur la table.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le simple fait d’avoir un utérus ne nous oblige à rien, et ce n’est pas l’État ni les pseudo-philosophes de TikTok qui pourront en dire autrement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On ne bâtit pas une société en faisant culpabiliser les femmes ou en monnayant leur retour au foyer : on le fait en respectant leur choix. Non, je ne dois aucun bébé à l’État, et aucune politique nataliste ni aucun contrat social ne fera de mon corps une propriété publique.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/est-ce-que-je-dois-un-bebe-a-letat/" data-wpel-link="internal">Est-ce que je dois un bébé à l’État?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Le « self-care » : qui valide votre repos?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/le-self-care-qui-valide-votre-repos/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Joséphine Miton]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décodage]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[décodage]]></category>
		<category><![CDATA[repos]]></category>
		<category><![CDATA[self-care]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Tour à tour billet médical, arme politique et conseil d'employeur. </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/le-self-care-qui-valide-votre-repos/" data-wpel-link="internal">Le « self-care » : qui valide votre repos?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Rester couché toute une journée, rideaux tirés, le téléphone à la main, porte désormais un nom : le <em><a href="https://www.today.com/health/news/bed-rotting-rcna108074" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">bed rotting</a></em>. Le site américain <em>TODAY</em> le range parmi les gestes de <em>self-care</em> et convoque cinq cliniciens pour dire comment s’y prendre sans risque. Une médecin y voit un « <em>self-care moment</em> », pas plus d’une demi-journée. Interrogés sur le risque, ils fixent au passage la dose qui fait d’une journée au lit un soin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot désigne pourtant, à l’<a href="https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/26574730/prise-en-charge-de-soi" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Office québécois de la langue française</a> comme à l’<a href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK582359/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Organisation mondiale de la Santé</a>, la pratique par laquelle « une personne identifie ses besoins », « avec ou sans le soutien d’un professionnel ». La décision revient donc à celle qui se repose. Ici, ce sont cinq professionnels qui fixent les conditions. Chaque emploi du mot pose la même question : qui décide de ce qui compte comme repos légitime? Hier, le médecin; aujourd’hui, les objets connectés, l’employeur et l’État : jamais la personne fatiguée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le rôle de malade</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1873, le neurologue Silas Weir Mitchell met au point la <em><a href="https://branchcollective.org/?ps_articles=anne-stiles-the-rest-cure-1873-1925" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rest cure</a></em>, prescrite contre la neurasthénie – un épuisement nerveux alors diagnostiqué presque exclusivement chez des femmes. Pour elles : six semaines au lit, interdiction de lire et d’écrire. Selon le diagnostic, leur fatigue vient de leurs nerfs, pas des conditions dans lesquelles elles vivent. Ce qu’elles en disent ne compte pas. Le remède suit; Mitchell n’autorise pas seulement le repos, il en dicte les modalités. À <a href="https://hekint.org/2023/12/28/charlotte-gilman-weir-mitchell-and-the-yellow-wallpaper/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Charlotte Perkins Gilman</a>, il interdit précisément ce qui était son métier : écrire. L’écrivaine affirmera plus tard avoir retrouvé son équilibre en s’y remettant. De cette expérience naîtra <em><a href="https://theconversation.com/the-yellow-wallpaper-a-19th-century-short-story-of-nervous-exhaustion-and-the-perils-of-womens-rest-cures-92302" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">The Yellow Wallpaper</a></em>, une nouvelle dans laquelle une femme soumise à la même cure sombre progressivement dans la folie. Gilman n’était pourtant pas habilitée à dire ce dont elle avait besoin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’était pas une dérive isolée, mais une règle, que <a href="https://kar.kent.ac.uk/62743/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Talcott Parsons</a> nommera en 1951 : le « <em>rôle de malade</em> ». Se retirer de ses obligations est permis, à condition de chercher à guérir et de s’en remettre à l’autorité d’un professionnel reconnu. À une autre échelle, cette logique persiste : pour reporter un examen, il faut un billet du médecin.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’auto-préservation</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1975, Ivan Illich, penseur critique des institutions, publie <a href="https://archive.org/details/medicalnemesisex00illi" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Némésis médicale</em> : <em>l’expropriation de la santé</em></a>. Il reproche à la médecine, non de s’être trompée, mais d’avoir <a href="https://bjgp.org/content/75/750/26" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">confisqué aux familles</a> ce qu’elles savaient faire. Le <em>self-care</em> consiste alors à prendre en charge ensemble ce que l’institution néglige. Dès 1968, le Black Panther Party ouvre <a href="https://blackpast.org/african-american-history/black-panther-partys-free-medical-clinics-1969-1975/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">treize cliniques gratuites</a> dans les quartiers noirs de Chicago, Seattle ou Kansas City, et y dépiste la drépanocytose, maladie du sang fréquente chez les personnes d’origine africaine. <a href="https://www.presidency.ucsb.edu/documents/statement-signing-the-national-sickle-cell-anemia-control-act" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Washington</a> ne la finance qu’en 1972, après les cliniques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les mêmes années voient des groupes de femmes s’organiser hors de l’institution médicale et publier dès 1970 leur propre manuel de santé, devenu <em><a href="https://ourbodiesourselves.org/history-legacy" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Our Bodies, Ourselves</a></em>, écrit à partir de leurs propres expériences. Médical à l’origine, le mot devient politique : se soigner sans autorisation. En 1988, la poétesse et féministe noire <a href="https://archive.org/details/burstoflightessa00lord" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Audre Lorde</a>, alors atteinte d’un cancer, écrit : « <em>Prendre soin de moi n’est pas de la complaisance, c’est de l’auto-préservation, et c’est un acte de guerre politique. (tdlr)</em> » On cite abondamment cette phrase, toutefois <a href="https://english.ucla.edu/wp-content/uploads/Schalk-and-Kim_Reclaiming-the-Radical-Politics-of-SelfCare_SAQ-2021.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rarement avec ce qui l’entoure : la maladie</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La chercheuse <a href="https://feministkilljoys.com/2014/08/25/selfcare-as-warfare/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Sara Ahmed</a> distingue deux groupes, ceux dont on prend soin et celles dont on attend qu’elles prennent soin des autres, une charge qu’elle décrit comme revenant d’abord aux femmes. Dans son analyse, Lorde appartient d’office au second groupe, et la maladie ne l’en fait pas sortir. Prendre soin d’elle-même revenait donc à quitter ce rôle, et à s’exposer au reproche d’égoïsme. D’où la justification qui ouvre sa phrase – ce n’est pas de la complaisance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le <em>soi quantifié</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le médecin signe toujours les dispenses, mais un second juge s’y est ajouté, qui n’exempte de rien et note tout. Il tient dans un objet qu’on achète et dans une routine qu’on filme, une suite d’étapes à exécuter et à montrer – le « <em><a href="https://www.stylist.co.uk/fitness-health/wellbeing/sunday-reset-trend-how-to-create-a-routine/687148" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sunday reset</a></em> », un dimanche passé à remettre la semaine en ordre; la « <em><a href="https://knowledge.uchicago.edu/record/5989?ln=en" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">that girl</a></em> », levée à cinq heures. Le <em><a href="https://www.nationalgeographic.com/science/article/does-sleepmaxxing-work" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sleepmaxxing</a></em> en est la version chiffrée : ruban adhésif sur la bouche, score de sommeil affiché au réveil par une bague. Une routine a des étapes, et des étapes s’exécutent bien ou mal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, le billet du médecin et le score de la bague ne disent pas la même chose. Le billet atteste qu’on est inapte, dispense d’un examen ou d’une journée, et engage le professionnel qui le signe. Le score ne dispense de rien et n’engage personne : la norme qu’il applique est fixée par un fabricant, pas par une profession. En 2017, des cliniciens du sommeil se demandent si le <em><a href="https://jcsm.aasm.org/doi/10.5664/jcsm.6472" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">soi quantifié</a></em> ne va pas trop loin. Ils nomment orthosomnie, la quête du sommeil parfait qu’entretiennent ces appareils : des patients consultent pour un trouble lu sur leurs courbes, qu’ils tiennent pour plus fidèles que les examens validés. Le score ne remplace donc pas le billet; il en fabrique la demande. La médecine se retrouve ainsi à arbitrer un verdict qu’elle n’a pas rendu.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le repos au service du rendement</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Une tribune du <em>Huffington Post</em>, en 2017 : « <em><a href="https://www.huffpost.com/entry/want-more-productive-employees-encourage-self-care_b_58a3763be4b0e172783aa19e" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Want More Productive Employees? Encourage Self-Care</a></em> ». Sept ans plus tard, une <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/irj.12418" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">étude</a> portant sur 46 336 salariés de 233 organisations britanniques constate que ces dispositifs – méditation, gestion du stress ou applications –, n’améliorent pas le bien-être de ceux qui les suivent. Le conseil survit à sa réfutation, et le terme est devenu, écrivent les universitaires <a href="http://read.dukeupress.edu/south-atlantic-quarterly/article-abstract/120/2/325/173307/Reclaiming-the-Radical-Politics-of-Self-CareA-Crip" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Jina B. Kim et Sami Schalk</a>, « <em>inextricable des impératifs du travail et de la productivité</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le gouvernement du Québec ne poursuit pas le même but et aboutit au même ordre. Son programme de santé mentale s’intitule « <a href="https://cisss-outaouais.gouv.qc.ca/obtenir-un-service/obtenir-de-laide-pour-un-probleme-de-dependance-ou-de-sante-mentale/sante-mentale/programme-quebecois-pour-les-troubles-mentaux-pqptm/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">des autosoins à la psychothérapie</a> ». Une personne présentant des symptômes légers à modérés reçoit d’abord un guide d’exercices, qu’elle remplit à son rythme avec l’accompagnement d’un intervenant. Le nom officiel de l’étape dit le reste, ce sont des <a href="https://www.cisssca.com/soins-et-services/sante-mentale/autosoins-diriges" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">autosoins dirigés</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autour de ces conseils et de ces programmes, un marché. L’économie du bien-être pesait <a href="https://globalwellnessinstitute.org/press-room/press-releases/the-global-wellness-economy-hits-a-record-6-8-trillion-and-is-forecast-to-reach-9-8-trillion-by-2029/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">6 800 milliards</a> de dollars en 2024. Carl Cederström et André Spicer y lisent une « <a href="https://www.politybooks.com/bookdetail?book_slug=the-wellness-syndrome--9780745655604" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>biomoralité</em></a> », où « <em>celui qui se sent bien est quelqu’un de bien, celui qui se sent mal est quelqu’un de mauvais</em> ». Comment y arrive-t-on? En deux temps, répond le sociologue <a href="https://www.persee.fr/doc/caf_2431-4501_2019_num_131_1_3352" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Claude Martin</a>. On confie à des spécialistes le soin de dire comment vivre, puis on se tient pour responsable de ce qui arrive. C’est le billet, signé par un tiers, puis le score, rendu à soi seul.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur Instagram, l’algorithme trie. Les chercheuses canadiennes en communication Shana MacDonald et Brianna Wiens ont montré qu’il met en avant une version blanche et consumériste du <em><a href="https://necsus-ejms.org/living-whose-best-life-an-intersectional-feminist-interrogation-of-postfeminist-solidarity-in-selfcare/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">#selfcare</a></em> et laisse de côté les approches féministes noires et anticapitalistes, celles de Lorde. Elles n’ont pas disparu pour autant. Tricia Hersey, fondatrice de <em><a href="https://thenapministry.wordpress.com/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">The Nap Ministry</a></em>, écrit que son repos de femme noire américaine « <em>a toujours été un refus politique</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Justifier son repos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Faut-il alors abandonner le mot? Une partie de la critique le juge perdu, devenu une façon de conseiller du repos à ceux qu’on continue d’épuiser. La chercheuse <a href="https://link.springer.com/article/10.1057/s41301-017-0131-8" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Inna Michaeli</a> reprend l’accusation dans le titre de son article, <em>Self-Care: An Act of Political Warfare or a Neoliberal Trap?</em> (<em>Self-care : acte de guerre politique ou piège néolibéral</em>), pour répondre que la question est mal posée. « <em>Respirer n’est pas néolibéral en soi.</em> » Ce qui compte, c’est ce qu’il y a autour. Le même repos peut s’acheter seul ou s’organiser ensemble, et c’est cette seconde forme qu’elle observe dans les mouvements féministes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et la personne qui tire ses rideaux à quinze heures? Le médecin décide si elle peut s’absenter, la bague note sa nuit, l’employeur lui conseille de se ménager pour revenir en forme. Aucun des trois ne lui demande ce dont elle a besoin. La phrase de Lorde n’a pas été écrite pour devenir un slogan, elle servait à une femme qui devait justifier son repos. Tant que d’autres décident quelle fatigue est légitime, chacun devra continuer à se justifier, et certains plus que d’autres.</p>
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		<title>S.O.S. Huîtres menacées</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/s-o-s-huitres-menacees/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Minola Grent]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Environnement]]></category>
		<category><![CDATA[Espèces menacées]]></category>
		<category><![CDATA[nature]]></category>
		<category><![CDATA[pêche]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=61008</guid>

					<description><![CDATA[<p>Les huîtres prince-édouardiennes décimées par des parasites.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/s-o-s-huitres-menacees/" data-wpel-link="internal">S.O.S. Huîtres menacées</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">La vie d’une huître est, en règle générale, assez simple. Le naissain – c’est-à-dire une huître qui n’a pas encore atteint la majorité – nécessite près de trois ans de croissance calme et stable avant de pouvoir être récolté et commercialisé sous la forme avec laquelle la plupart des usagers sont <a href="https://www2.gnb.ca/content/dam/gnb/Departments/10/pdf/Publications/Aqu/oyster.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">familiers</a>. À cause de leur cycle de croissance, les huîtres ne sont considérées adultes que lors de leur troisième été et ne sont habituellement pas mises en marché avant leur <a href="https://www2.gnb.ca/content/dam/gnb/Departments/10/pdf/Publications/Aqu/oyster.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">quatrième</a> afin qu’elles mûrissent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Canada, la pêche de ces mollusques marins occupe une place importante dans l’économie des provinces maritimes. L’Île-du-Prince-Édouard, en particulier, participe grandement à cette dernière en <a href="https://princeedwardislandseafood.com/annual-statistics/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">produisant 26 % des huîtres canadiennes</a>. Après les moules et le homard, les huîtres de la petite province forment la <a href="https://lactualite.com/actualites/un-parasite-menace-les-parcs-a-huitres-de-lile-du-prince-edouard/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">troisième industrie de fruits de mer</a> la plus conséquente au Canada. En 2023, plus de 27 millions de dollars d’huîtres étaient en circulation, ce qui représente un secteur valorisé à environ 54 millions de dollars pour l’économie <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2260114/maladies-huitres-msx-dermo-restaurants" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">canadienne</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, depuis 2024, les récoltes d’huîtres de l’Île-du-Prince-Édouard ont chuté subitement. En effet, la maladie de la sphère X multinuclée inconnue (MSX) et la maladie dermo, deux maladies parasitaires, se sont emparées des eaux prince-édouardiennes et emportent avec elles de plus en plus d’huîtres chaque année.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors de la première détection de ces parasites dans la baie de Badeque, les vétérinaires provinciaux espéraient pouvoir contenir les deux maladies à cet endroit. Pourtant, quelques mois ont suffi pour que la MSX et la dermo soient détectées dans la majorité des baies, rivières et autres cours d’eau de la province.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que le taux de survie général pour une récolte est de <a href="https://www2.gnb.ca/content/dam/gnb/Departments/10/pdf/Publications/Aqu/oyster.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">95 %</a>, l’ostréiculteur prince-édouardien Kyle Hardy a eu la mauvaise surprise cette année de ne faire remonter à la surface <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2249593/msx-dermo-huitres-pertes-ipe" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">que des huîtres mortes</a> après l’hiver. Tyler Hardy, un autre ostréiculteur dans le métier depuis ses dix ans, a quant à lui confié à ICI Radio-Canada qu’il a subi des pertes de près de <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2249593/msx-dermo-huitres-pertes-ipe" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">100 000 $ en une seule journée</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les exportateurs d’huîtres et les restaurateurs sont également touchés par ces hauts taux de mortalité. L’entreprise <em>East Cape Oysters</em> souligne son inquiétude de voir une pénurie survenir, notamment en raison de la <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2260114/maladies-huitres-msx-dermo-restaurants" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">demande grandissante</a> qu’elle a observée au cours des dernières années.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un communiqué de presse datant d’août dernier, le gouvernement fédéral a réagi en implantant le Programme de subventions pour le retrait volontaire de permis de pêche aux huîtres. <a href="https://www.canada.ca/fr/peches-oceans/nouvelles/2026/08/proteger-les-populations-dhuitres-sauvages-et-soutenir-les-pecheurs-au-moyen-du-programme-de-subventions-pour-le-retrait-volontaire-de-permis-de-pe.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Cette aide fournirait 40 000 $</a> aux pêcheurs qui en feraient la demande en échange du retrait permanent de leur permis de pêche, lequel ne pourra être restitué qu’après une période de dix ans. Le but d’un retrait de permis de pêche est de permettre à la population d’huîtres de se régénérer durant ces dix ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En avril, de nouveaux naissains d’huîtres américaines ont été introduits au Canada pour essayer de requinquer la population. Cependant, il faudra s’armer de patience, car les résultats de cette nouvelle implantation ne pourront être constatés que dans trois à cinq ans. Il n’est pas garanti que ces huîtres survivront aux parasites, ni même qu’elles ne perturberont pas l’écosystème de l<a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2249593/msx-dermo-huitres-pertes-ipe" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">’Île-du-Prince-Édouard</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs pêcheurs de l’industrie craignent pour la subsistance des futures générations de pêcheurs. Il y a également une peur de l’arrivée de grandes corporations sur un marché qui, jusque-là, était très <a href="https://www.cbc.ca/radio/thecurrent/oyster-farmers-msx-dermo-9.7337251" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">indépendant.</a> Pêcheurs, exportateurs et restaurateurs demandent plus de considération de la part du gouvernement fédéral face au danger qui guette leur industrie. Ils demandent des aides qui leur permettraient de rester sur le marché sans avoir à se battre pour garder la tête hors de l’eau. « Si toutes les huîtres meurent à l’île, ça va être catastrophique, les gouvernements ne semblent pas prendre cela au sérieux », a déclaré <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2249593/msx-dermo-huitres-pertes-ipe" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Gordon Jeffrey, un ostréiculteur, à ICI Radio-Canada.</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les maladies frappant les huîtres n’étant aucunement dangereuses pour les humains, <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2260114/maladies-huitres-msx-dermo-restaurants" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Robert Pendergast</a>, écailleur et traiteur, encourage les consommateurs canadiens à continuer d’acheter les huîtres prince-édouardiennes : « Si on vous présente de belles huîtres, achetez-en. Ça va montrer votre soutien. »</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/s-o-s-huitres-menacees/" data-wpel-link="internal">S.O.S. Huîtres menacées</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Arrestations visant les LGBTQ+ en Turquie</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/arrestations-visant-les-lgbtq-en-turquie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sixtine Nicolaÿ]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Coin queer]]></category>
		<category><![CDATA[Monde]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[droits]]></category>
		<category><![CDATA[LGBTQ+]]></category>
		<category><![CDATA[queer]]></category>
		<category><![CDATA[turquie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=61022</guid>

					<description><![CDATA[<p>De la « protection des enfants » à la criminalisation de la communauté.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/arrestations-visant-les-lgbtq-en-turquie/" data-wpel-link="internal">Arrestations visant les LGBTQ+ en Turquie</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le dimanche 13 septembre 2026, la police turque a lancé une vague d’arrestations dans 15 provinces du pays. Cette opération cible spécifiquement la communauté LGBTQ+, et s’en prend à des bars, des boîtes de nuit queer, ainsi qu’à des associations LGBTQ+ et à leurs membres, dont certains sont arrêtés à leur domicile. Parmi ces associations, on retrouve notamment <a href="https://www.fugues.com/2026/09/14/vaste-operation-en-turquie-contre-les-militants-lgbtq-au-nom-de-la-protection-de-la-famille/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Kaos GL</a>, l’un des plus anciens et influents groupes de défense des droits LGBTQ+ de Turquie, faisant désormais l’objet d’une enquête pour « <em>obscénité</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au total, <a href="https://www.franceinfo.fr/monde/turquie/en-turquie-le-pouvoir-poursuit-sa-repression-contre-la-communaute-lgbt-et-incarcere-plusieurs-dizaines-de-personnes_8195711.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plus de 80 personnes</a> ont été placées en détention provisoire. Le ministère de la Justice turc annonce par ailleurs l’ouverture de poursuites judiciaires contre 162 suspects, 9 associations et 13 entreprises.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En réponse à cette vaste opération de répression, des manifestants se sont <a href="https://www.rtbf.be/article/la-police-turque-arrete-150-personnes-lors-d-une-manifestation-pro-lgbtqia-11785672" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rassemblés</a> devant le tribunal de Çağlayan, dans le nord d’Istanbul, pour dénoncer les arrestations. La mobilisation a toutefois été réprimée à son tour : au moins 150 personnes, parmi lesquelles des journalistes et des avocats, ont été arrêtées selon les médias locaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La répression de la communauté LGBTQ+ n’a rien de nouveau en Turquie. Une cinquantaine de personnes avaient déjà été <a href="https://www.franceinfo.fr/societe/lgbt/en-turquie-au-moins-50-personnes-ont-ete-arretees-au-cours-de-la-marche-des-fiertes-d-istanbul_8084000.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">arrêtées</a> lors de la dernière marche des fiertés d’Istanbul en juin. Mais les récentes opérations s’inscrivent dans le cadre de la « <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2026/09/15/en-turquie-la-vague-d-arrestations-dans-la-communaute-lgbt-se-poursuit_6774480_3210.html?srsltid=AU7gw4U4IcNzpIPgRlhgWIe_sG7oyjiZWv4A_mRzI8VTRaxZonHhhdeo" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">décennie de la famille</a> » défendue par le gouvernement turc. Ce programme politique cherche à « protéger l’institution de la famille et des générations futures », tout en augmentant la natalité. Dans ce contexte, le gouvernement turc dépeint la communauté LGBTQ+ comme un danger. L’opération policière a d’ailleurs été nommée « ma famille en sécurité », sous-entendant que la communauté LGBTQ+ constitue une menace pour la famille. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a qualifié les membres de la communauté LGBTQ+ de « pervers ». Bien qu’être queer ne soit pas illégal en Turquie, cette rhétorique portée par l’État nourrit une stigmatisation bien plus large dans la société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette offensive du gouvernement turc suscite de l’inquiétude au sein de la communauté LGBTQ+ locale et annonce une réelle escalade dans les mesures visant les personnes queers. Dans un communiqué publié le 15 septembre, <em><a href="https://www.amnesty.org/en/latest/news/2026/09/turkiye-authorities-must-end-escalating-crackdown-on-lgbti-rights-groups-and-immediately-release-detained-activists/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Amnesty International</a></em> explique que « <em>cette répression massive s’inscrit dans une attaque plus vaste et continue contre les droits des personnes LGBTQ+ et de celles qui défendent ces droits (tdlr)</em> ». La Turquie n’est toutefois pas le premier pays à invoquer la protection de la famille pour légitimer des mesures restrictives envers la communauté LGBTQ+. Une interrogation demeure alors : en quoi l’existence d’une minorité queer pourrait-elle vraiment mettre en « danger » la famille?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un danger pour la famille?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour ses détracteurs, l’existence même de la communauté LGBTQ+ remet en question le modèle familial traditionnel. En s’éloignant du modèle classique composé d’un père, d’une mère et de leurs enfants, les personnes queers proposent d’autres formes de relations et de structures familiales, ce qui est parfois perçu comme une remise en cause de cette institution en tant que norme sociale. Au-delà de ce qu’elle représente pour la famille traditionnelle, la communauté queer est également perçue comme étant dangereuse pour les enfants. Cette idée se manifeste notamment dans les controverses autour de la « propagande <em>woke</em> » et les accusations selon lesquelles les personnes LGBTQ+ chercheraient à influencer ou à <a href="https://news.sky.com/story/the-parents-who-say-their-kids-are-being-indoctrinated-by-uk-schools-11720871" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">endoctriner</a> les jeunes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette rhétorique n’est pas nouvelle, et des idées similaires avaient déjà été utilisées par des activistes anti-gais dans les <a href="https://www.npr.org/2022/05/11/1096623939/accusations-grooming-political-attack-homophobic-origins" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">années 1970</a> avec des campagnes comme <em>Save our Children</em>, qui présentait les personnes homosexuelles et trans comme des dangers pour les enfants. Ces accusations de « <em>grooming</em> » (terme anglais qui désigne le processus par lequel un adulte aborde intentionnellement des mineurs et les manipule à des fins sexuelles) continuent d’ailleurs d’être mobilisées à ce jour afin de discréditer ou restreindre les discours en faveur de la communauté LGBTQ+. Une technique très efficace, puisqu’elle présente l’intolérance sous l’angle de la protection des enfants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aux États-Unis, de nombreux scandales ont éclaté cette dernière décennie autour de cette panique morale. Évoquer la communauté queer à l’école ou dans les livres de cours est décrié comme une forme de propagande susceptible de corrompre l’innocence des enfants. C’est donc cette même logique, utilisée dans les années 1970, qui est reprise aux États-Unis aujourd’hui, afin non seulement de présenter la communauté comme perverse, mais également afin d’empêcher toute discussion sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans les écoles. La Floride a d’ailleurs adopté<a href="https://www.npr.org/2022/03/28/1089221657/dont-say-gay-florida-desantis" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"> en mars 2022</a> la loi « <em>Don’t Say Gay</em> », « Ne dites pas “gai” » afin de limiter les discussions sur la communauté LGBTQ+ dans le milieu scolaire.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Une technique très efficace, puisqu’elle présente </p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">l’intolérance sous l’angle de la protection des enfants »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Toutefois, si les défenseurs de cette loi utilisent la protection des enfants comme argument principal, cette idée ne prend pas en compte les effets néfastes que peut avoir le manque de représentation ou de discussion. Tout d’abord, cette loi donne l’impression qu’être queer est quelque chose d’inapproprié, qui ne devrait pas être évoqué, renforçant ainsi les stigmates associés à la communauté. De plus, en empêchant d’évoquer ces sujets à l’école, ces mesures participent à invisibiliser la communauté LGBTQ+, ce qui peut aggraver le <a href="https://www.npr.org/2022/03/30/1089462508/teachers-fear-the-chilling-effect-of-floridas-so-called-dont-say-gay-law" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">mal-être</a> des jeunes personnes queers, une population déjà touchée de façon disproportionnée par des problèmes de santé mentale. C’est d’ailleurs ce qu’explique Clinton McCracken, un professeur en Floride, dans un article de NPR : « <em>Je n’apprends pas aux enfants à être homosexuels […] j’essaie de toutes mes forces de leur apprendre à s’accepter tels qu’ils sont.</em> » Ici, ce genre de discussion n’est pas vu comme une propagande pour rendre les jeunes queers, mais simplement comme une manière d’aider les personnes queers à s’accepter.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>De protection à criminalisation</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La Russie a pris des mesures similaires en adoptant en 2013 <a href="https://www.lemonde.fr/europe/article/2013/06/11/la-russie-reprime-propagande-homosexuelle-et-offenses-aux-croyants_3428182_3214.html?srsltid=AU7gw4VOimtKR76y4bsFI5auTEECgyycH0dSSs4RXEpoKhEEbJUY897g" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">deux lois</a> punissant les actes de « propagande » homosexuelle auprès de mineurs, avec des sanctions allant de l’amende à 90 jours d’emprisonnement lorsque cette « propagande » est diffusée sur Internet. À l’époque, ce sont les mêmes arguments mettant en avant la protection des enfants qui ont été utilisés pour défendre la loi. Mais celle-ci visait seulement les mineurs, une autre loi a été <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2022/11/24/la-russie-durcit-sa-legislation-contre-la-propagande-homosexuelle_6151480_3210.html?srsltid=AU7gw4XnM2gIVXkYzBjMXxYZghgaBf0b5YMdFyFSwehH90XDOTDllv8l" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">adoptée</a> en novembre 2022 qui interdit la « propagande des relations sexuelles non traditionnelles » et étend donc cette interdiction à l’intégralité du champ public. En novembre 2023, la Cour suprême russe a tout simplement banni le mouvement « international LGBTQ+ », considéré comme « extrémiste ».</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Ce genre de discussion n’est pas vu comme une propagande pour rendre les jeunes queers, mais simplement comme une manière d’aider les personnes queers à s’accepter »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, d’un discours sur la protection des enfants et de la famille découlent des atteintes de plus en plus importantes à la liberté d’expression qui finissent par s’étendre à l’ensemble de la société. Il devient non seulement difficile d’aborder ces sujets avec les enfants, mais tout simplement impossible de les évoquer dans la sphère publique de la société. En Russie, ces lois ont ouvert la porte à la simple criminalisation du mouvement. Reste à voir comment la situation en Turquie évoluera.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/arrestations-visant-les-lgbtq-en-turquie/" data-wpel-link="internal">Arrestations visant les LGBTQ+ en Turquie</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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