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	<title>Hamza Bensouda - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Fri, 12 Feb 2021 19:51:17 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Quand le vert est décidé par le blanc</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/02/25/quand-le-vert-est-decide-par-le-blanc/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Hamza Bensouda]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Feb 2020 14:44:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Relever la fracture coloniale dans la crise écologique mondiale. </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/02/25/quand-le-vert-est-decide-par-le-blanc/" data-wpel-link="internal">Quand le vert est décidé par le blanc</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">À </span>mille lieues d’écrire, à mille lieues de m’exprimer encore, je me trouvais hier. Pourtant, depuis quelques heures, les mots de certains de mes confrères s’entrecroisent et bruissent dans mes pensées de plus en plus fort, cacophonie silencieuse qui donne subitement lieu à ma main portant la plume et rédigeant ce nouvel article pendant mon cours d’environnement.</p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">&nbsp;Ces affirmations ont toutes deux réveillé en moi le besoin de rappeler que l’écologie a, tout d’abord, un récit colonial très fort et que deuxièmement, ce récit explique, en partie, la haute teneur politique de la question écolo</span><span class="s2">gique</span></p>
</blockquote>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Une erreur de conception </b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">On pourrait croire que l’écologie et l’environnement sont au centre des préoccupations de tous·tes les étudiant·e·s de l’Université au regard de l’implication de chacun·e lors d’événements comme la marche pour le climat ou dans des initiatives prises par McGill (bien qu’encore à développer) en matière de recyclage et de respect de cette fameuse « nature », mot encore d’abord largement débattu du fait de sa vacuité. Pourtant, dans les cours d’environnement, de développement international et de science politique surgissent dans les remarques de l’assemblée étudiante des conceptions étranges et critiquables du développement durable et des luttes environnementales.<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>J’entendais il y a une semaine ces phrases&nbsp;: «&nbsp;Les pays africains polluent aussi en faisant leur extraction de ressources et de minerais », </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">et « Je trouve que c’est beau de voir que l’écologie peut faire oublier le politique », car « ce n’est pas une affaire de politique, mais de survie ».</span></p>
<p class="p2"><span class="s3">L’idée d’une transgression des luttes politiques par le besoin d’assurer la survie n’est pas étrangère aux discours que l’on entend à la télévision ou dans de nombreux médias. Pourtant, je crois que l’écologie est aussi profondément politique. Au-delà des implications de la deuxième remarque énoncée plus haut, il est facile de souligner l’extrême fragilité conceptuelle de la première : de quelle pollution parle-t-on?<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>Dans quelle propension? Comparée à quoi? Et il est tout aussi rapide de rappeler que ce n’est pas une affaire de « pointage de doigts » de l’un à l’autre. </span></p>
<p class="p2"><span class="s4">Toutefois, ces affirmations ont toutes deux réveillé en moi le besoin de rappeler que l’écologie a, tout d’abord, un récit colonial très fort et que, deuxièmement, ce récit explique, en partie, la haute teneur politique de la question écologique ou environnementale.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">De quelle </span><span class="s1">pollution parle-t-on? Dans quelle propension? Comparée à quoi?</span></p>
</blockquote>
<p class="p4"><span class="s5"><b>Le capitalisme : un récit colonial&nbsp;</b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">La crise écologique à laquelle fait face le monde est souvent attribuée à l’idée d’extraction de ressources qu’enfante le modèle capitaliste. </span><span class="s4">Si l’on s’intéresse de près à l’Afrique dans ce cas-là, les liens entre colonialisme et destruction de la Terre se resserrent déjà. Le colonialisme s’est, en effet, fortement appuyé sur la doctrine d’extraction des richesses du sol et d’exploitation de l’homme (traite négrière) et, en conséquence, a mené à l’appauvrissement des pays africains ainsi qu’à leur dérégulation comme le prouve l’affaire tristement célèbre du cuivre en Zambie. Cette surextraction, selon Noah Diffenbaugh, mène les pays riches à s’enrichir davantage alors que les pays pauvres s’appauvrissent tout autant. De plus, il serait rapide d’identifier les principaux investisseurs du cobalt, zinc, cuivre et autres minerais en Afrique pour alors souligner le fort lien colonial et la direction prise par les profits de ces marchés hautement polluants et pointés du doigt par les activistes. Sans surprise, on retrouve des puissances coloniales comme la France ou le Royaume-Uni. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">D’autres exemples illuminent les fondations coloniales de l’urgence écologique. Pensons par exemple aux conquêtes de l’Amérique qui ont décimé des espèces et les ont remplacées par d’autres d’Europe, aux colons qui ont décimé les dodos de l’île Maurice en important des rats, ou encore, plus récemment, au chlordécone responsable d’une crise sanitaire aux Antilles et dont les ordonnateurs sont directement liés aux esclavagistes d’un temps. Autant d’exemples devraient peut-être permettre à chacun·e de remettre en perspective le rôle et l’influence de la colonisation (la mine Potosí des colons espagnols détruisant les structures sociales amérindiennes), du racisme (Cancer Alley qui a, intentionnellement, touché les populations afro-américaines) et des schémas de domination (la France et l’exploitation du nickel en Nouvelle-Calédonie menant à la domination des Kanaks) qui sont sous-jacents à la question de l’environnement. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Si je donne autant d’exemples, c’est pour justement rappeler qu’aucun grand concept à défendre, comme l’écologie, n’est vide d’attaches historiques et de legs coloniaux. Repenser la colonialité de l’environnement – expression d’un néologisme que je crois nécessaire – c’est pouvoir accorder un meilleur respect des droits humains, développer une compréhension de l’Histoire et des analyses engageant l’entièreté du monde et évincer une vision « blanche » ou « occidentale&nbsp;» de l’environnement niant l’existence de dynamiques d’emprises et de luttes de pouvoirs. </span></p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Diversifier nos compréhensions </b></span></p>
<p class="p5"><span class="s1">La crise écologique n’est pas un thème apolitique. Croire le contraire serait uniformiser les responsabilités des pays. Mais, rappelons-le, celles-ci sont différées et le développement actuel des différentes nations est à relativiser. Lorsque les pays européens et occidentaux qui ont connu leur âge industriel veulent imposer, aujourd’hui, un développement durable et vert aux pays africains, il faudrait leur rappeler le colonialisme </span><span class="s1">qui a coupé la tête à l’indépendance, à la construction d’une myriade de pays tentant aujourd’hui de se construire, mais se trouvant à la merci d’un néocolonialisme les replaçant de nouveau sous domination.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Aucun grand concept à </span><span class="s1">défendre, comme l’écologie, n’est vide d’attaches historiques et de legs coloniaux&nbsp;</span></p>
</blockquote>
<p class="p2"><span class="s1">C’est peut-être cela qui me gêne le plus dans le discours de certaines associations sur le campus et dans le monde : établir un monde plus «&nbsp;écologique » est aussi une question de politique, car cela implique de construire une société qui grandit avec cette éducation aux enjeux coloniaux, de concevoir un pouvoir économique diversifié et respectueux de la planète et surtout, de prendre des responsabilités apparentes. L’argument n’est pas là pour invalider l’urgence ou mener à l’immobilité, mais sert plutôt à reconnaître la complexité de cette problématique et à mieux en saisir les traits, les formes, pour mieux en imaginer les solutions.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Si certain·e·s continuent à s’opposer à la nature politique de cette crise, après que nous ayons montré l’importance de la colonialité et de l’adoption d’une approche politique dans nos luttes environnementales, il faudra alors leur rappeler la suppression de la jeune militante ougandaise Vanessa Nakata d’une photographie prise aux côtés de Greta Thunberg au sommet de Davos. Nakata déclare&nbsp;: « Je n’ai pas pleuré parce que cela était triste, pas uniquement parce que c’était raciste, mais aussi en pensée aux peuples africains. Cela montre comment nous sommes estimé·e·s&nbsp;». </span></p>
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		<item>
		<title>Suis-je orientaliste?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/01/21/suis-je-orientaliste/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Hamza Bensouda]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Jan 2020 15:42:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Aux confluences des identités : le danger d’un consensus arbitraire.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">I</span><span class="s1">l ne faut pas ignorer la capacité qu’ont les mots à soumettre des groupes entiers à la généralisation, à la réduction et à des simplifications souvent futiles et inadéquates. Il suffit parfois d’observer les interventions, les avis et les opinions de certain·e·s étudiant·e·s en cours lorsqu’ils·elles parlent du « Moyen-Orient » et des « Arabes&nbsp;» pour s’en rendre compte. (Je m’affranchirai ici des guillemets que requiert l’emploi de ces deux concepts et abus de langage, sans pourtant m’arrêter de les remettre en question.)</span></p>
<p class="p2"><span class="s1"> La plupart des disciplines des sciences humaines, politiques<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>et sociales sont sujettes à la critique lorsque celles-ci viennent poser indifféremment l’idée d’universalité de leurs enseignements sur l’entièreté du globe. Ainsi, il semble<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>crucial de se questionner sur la positionnalité de ceux·celles à l’origine de principes ou paradigmes «&nbsp;nouveaux&nbsp;», notamment en spécifiant l’agent·e qui porte le regard – quel pays, quel·le auteur·rice, quelle sphère, quel domaine. À cette seule condition<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>pourrons-nous prétendre à plus d’objectivité.</span></p>
<blockquote><p><span class="s1">Le Moyen-Orient est un concept et n’existe que par le visage qu’on lui donne</span></p></blockquote>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Définir le Moyen-Orient</b></span></p>
<p class="p6"><span class="s1">Certainement, une des régions au centre de l’actualité et qui souffre de grands parangons vides, d’amplifications absurdes et d’essentialisations rapides et veules est bien le Moyen-Orient. Promenez-vous dans les couloirs de McGill et tentez de poser la question « qu’est-ce que le Moyen-Orient? ». En ce faisant, vous remarquerez que l’on vous citera<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>probablement les pays du Golf, Le Liban, la Syrie, Israël, la Palestine, la Turquie et l’Égypte. Là, vous verrez les premiers chemins qui divergent quand certain·e·s. ajouteront le Maroc, la Tunisie, la Libye, l’Algérie alors que d’autres parleront de Djibouti ou remettront en question la place de la Turquie. Le Moyen-Orient est un concept et, comme tous les autres, il n’existe que par le visage qu’on lui donne. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">La réponse est là. Le Moyen-Orient est une expression forgée de toutes pièces qui n’est pas consensuelle : Proche ou Moyen-Orient, Afrique du Nord incluse ou non? Et cette absence de consensus sur la question pose autant problème aux étudiant·e·s et aux chercheur·se·s qu’aux États et aux institutions. Il n’y a qu’à observer la diversité des départements ou facultés actuels centrés sur cette zone et leur dénomination : Centre des études du Moyen-Orient à Harvard, la Faculté des arts (Départements de science politique, Institut des études islamiques…) à McGill, Centre arabe et du Moyen-Orient à l’Université de Beyrouth, Centre des études du Proche et du Moyen-Orient à l’Université de Marburg ou encore le Centre des études modernes orientales de l’Université Humboldt de Berlin… La liste s’allonge, de même que les questions : définir par la langue ? Les ethnies ? Les ressemblances ? L’histoire ? Les cultures ?</span></p>
<p class="p4"><span class="s2"><b>L’orientalisme : la face cachée </b></span></p>
<p class="p6">Le « Grand Moyen-Orient » de Bush indistinct fait son apparition après le 9 septembre 2001 mélangeant tout et définissant une aire comprenant des pays et appliquant la terminologie « Arabe&nbsp;», ignorant les ethnies réelles (Amazighs par exemple). Il faut se rendre à l’évidence : le Moyen‑Orient est défini comme tel parce qu’il pose problème à l’Occident.</p>
<p class="p2"><span class="s1">Le Moyen-Orient est au final une conception créée par une impression d’inconnu et de contradiction avec le mond</span><span class="s3">e occidental. «&nbsp;L’orientalisme », dans les mots de l’universitaire américain-palestinien Edward Saïd est flagrant. Par ce mot, celui-ci définit, tout d’abord, un mouvement de p​ensée posant une différence entre l’Orient et l’Occident et créant un «&nbsp;autre ». </span><span class="s1">Il y a également une idée de domination, d’autorité, de réaménagement des aires et des contenus de cet Orient. Enfin, il est aussi un ensemble d’institutions qui produisent ce savoir sur l’Orient souvent biaisé. Foucault pensait que le savoir est un pouvoir, Edward Saïd montre que créer ce savoir autour de cette région, c’est pouvoir dominer celle-ci. Alors, c’est le mal final, sublime et immuable. L’Orient est généralisé (« tous les…sont… »), réduit («&nbsp;des Arabes au Moyen-Orient »), essentialisé («&nbsp;Le Moyen-Orient c’est l’Islam », phrase prononcée par un professeur de McGill), et aussi pensé par culturalisme (la culture comme source des problèmes sociaux).</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Le Moyent-Orient est défini comme tel parce qu’il pose problème à l’Occident&nbsp;</span></p>
</blockquote>
<p class="p4"><span class="s2"><b>Dépasser l’orientalisme</b></span></p>
<p class="p6"><span class="s1">À McGill, ce sont des phrases, des idées, des mots parfois prononcés qui le laisse se profiler et ronger les sensibilités et les nerfs de certain·e·s. On entend parfois «&nbsp;vous vous connaissez? » quand une personne reconnaît un dialecte arabe, persan, turc sans pourtant connaître la personne. Il y a aussi ces interruptions faites en cours comme : « ils sont ethniquement semblables donc ils interagissent entre eux », « dans leur culture, il faut… », « c’est à peu de choses près la même chose » ce qui est assez ironique quand on y pense. Peut-être faudrait-il alors rappeler que deux personnes qui parlent une langue moyenne-orientale ne se connaissent pas forcément, que la culture est malléable, personnelle et jamais le facteur unique d’un acte, et qu’« à peu de choses près&nbsp;», c’est déjà beaucoup de choses pour être identiques. Je m’attarderai aussi ici à rappeler que les déclarations et les prises de paroles lorsque l’on parle de Moyen-Orient en classe commençant par « I feel like » (« je sens que&nbsp;») sont caduques quand on parle de faits, de littérature scientifique et de sociétés particulières surtout si elles présentent une opinion lointaine, biaisée et ignorante de la réalité. Et disons-le plus franchement comme la vague twitter <i>#orientalisme</i> le rappelle, sur un ton plus comique, « Non Brian, ce n’est pas parce que tu as fait un échange au Liban que tu es un expert du Moyen-Orient ». La subjectivité est rarement source de connaissances et, plus encore, quand il s’agit de questions autour de la zone. </span></p>
<p class="p2"><span class="s3">Alors que faire&nbsp;? Êtes-vous orientaliste&nbsp;? La réponse est simple&nbsp;: nous le sommes souvent sans nous en rendre compte. Pour la petite histoire, le sociologue Goffman parle de stigmate inversé, car, en effet, certains stigmatis·é·s, dans notre cas les habitant·e·s de cette zone, vont parfois mettre en valeur leurs stigmates comme des caractéristiques positives. De plus, les pays se définissant comme arabes traitent aussi les autres avec des préjugés, car, hélas, ce vice n’est pas étranger à la zone. Pour autant, et cela fait exemple d’évitement d’une pensée orientaliste, l’existence de faits orientalistes dans cet Orient, ne peut pas justifier l’orientalisme occidental. En d’autres mots, l’argument « ils le font aussi&nbsp;» n’est pas recevable pour justifier un discours essentialisant. Au final, la question est celle de l’intentionnalité : se découvrir orientaliste permet de l’éviter dans la vie quotidienne et dans les cadres universitaires. Pouvoir se questionner au fil des rencontres, des critiques et des expériences de la vie, c’est se délivrer des fausses bonnes généralisations.</span></p>
<blockquote><p>Non Brian, ce n’est pas parce que tu as fait un échange au Liban que tu es un expert du Moyen-<span class="s1">Orient</span></p></blockquote>
<p class="p2"><span class="s1">En somme, ne pas être orientaliste revient, en quelque sorte, à comprendre, une fois de plus, la singularité et la ressemblance. Il faut être autant attentif aux spécificités culturelles, sociales, politiques et bien d’autres qu’à leur possible adhésion à un schéma plus global et transfrontalier.</span></p>
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		<item>
		<title>Toi et moi, la même chose?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/01/14/toi-et-moi-la-meme-chose/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Hamza Bensouda]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Jan 2020 18:27:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p> Apprenons à intégrer l’intersectionnalité dans nos conversations quotidiennes.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">L</span><span class="s1">es discussions s’enchaînaient depuis quelques minutes déjà sans que je ne prête de réelle attention aux dires des uns et des autres, alors que le cours semblait prendre fin. C’est d’ailleurs intéressant de tendre l’oreille à la sortie d’une conférence pour tenter d’attraper les mots des étudiant·e·s fatigué·e·s ou à la curiosité excitée après les deux longues heures de présentation. Celui·celle qui se prêterait à l’exercice pourrait entendre toutes sortes d’anecdotes, allant de lamentations face à la cinquantaine de pages à lire pour la semaine prochaine à des complaintes sur l’écrasante froideur de ce début d’année. Ou encore, l’on pourrait se confronter à des sujets un peu plus irritants, à des déclarations à demi-mot qui vous frôlent et qui, dans mon cas, vous glacent bien plus le sang que les températures affreusement basses, pour un étudiant marocain en échange.</span></p>
<p class="p2"><span class="s2">Parmi ces déclarations, des polémiques sur le désinvestissement des énergies fossiles à McGill ou encore les derniers souffles des troubles autour de l’affaire Hillel. En sortant du cours, une autre discussion me surprit : « Ce n’est pas parce que je suis blanc que je ne ressens rien comme les autres, je suis blanc et gay. Donc, toi, mon pote noir et gay, je peux te comprendre », ce à quoi l’autre répond&nbsp;: « On n’a pas le même parcours. Ce n’est pas parce que tu es gay que tu peux tout comprendre.&nbsp;» Dans le cas de cette phrase, c’est peut-être le manque de recul avant de la prononcer qui releva mon attention, une absence de considération que l’on peut résumer par : « Je ne suis pas que blanc, je suis aussi gay, et de ce fait je peux comprendre la perspective d’une personne noire gay. » Les implications et les conséquences de ces idées m’ont semblé former un sujet parfait à étudier et à déconstruire, ce à quoi je veux m’appliquer ici.</span></p>
<p class="p5"><span class="s3"><b>Redéfinir le pouvoir</b></span></p>
<p class="p6"><span class="s2">La discussion n’était pas achevée et, tel un <i>stalker</i> qui n’avait rien de mieux à faire (ou un étudiant en échange dont les notes ne comptent pas), j’avais décidé de continuer mon examen de la discussion où d’autres arguments suivirent sous les paroles du jeune homme&nbsp;: «&nbsp;D’accord, je suis blanc mais je suis gay.<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>Tu vois bien que je peux mieux te comprendre qu’un autre qui est [seulement] noir puisque tu es gay ». </span></p>
<p class="p2"><span class="s2">Ce qui dérange dans cette phrase, mise à part l’évidente poussée d’égo chez cet étudiant prétendant « mieux » comprendre, c’est évidemment l’idée de hiérarchisation. La démarche peut être analysée aisément. En effet, en agrégeant «&nbsp;blanc » et « gay », l’étudiant tente de montrer la complexité de sa personne et de s’insérer dans une identité plurielle et multiple où il est positionné comme dominant de fait d’être « blanc » et dominé au regard de son identité sexuelle opposée à la norme hétérosexuelle environnante. Cette démarche n’est pas étrangère à la sociologie puisqu’elle fait écho à la théorie de l’intersectionnalité de Kimberlé Crenshaw. Celle-ci désigne ainsi l’interconnectivité d’identités multiples s’agrégeant pour expliquer les effets de schémas de domination sur des individus différemment positionnés.</span></p>
<p class="p2"><span class="s2">En somme, si l’on venait à appliquer cet exposé au discours présenté, l’étudiant en question se présente comme « blanc » mais aussi comme « gay », ce qui peut, selon lui, expliquer la compréhension des maux de l’autre parce qu’ils sont tous deux soumis à la norme hétérocentrée de la société. </span></p>
<p class="p2"><span class="s2">Pourtant, cet argumentaire a une limite très claire : appliquer la théorie, c’est appliquer l’esprit de celle-ci, ses contingences et ses altérités. L’intersectionnalité n’appelle pas dans sa vision à créer une hiérarchie où une identité comprend « mieux » une autre. Au contraire, elle appelle à une réflexion globale et plus profonde de la personne comme porteuse d’identités multiples, connectées, soumises à des schémas de domination ou en faisant partie. Ainsi, l’étudiant peut certes comprendre, ou de manière plus juste, identifier certains des maux d’un</span><span class="s1">·e</span><span class="s2"> autre qui porte une identité sexuelle semblable, mais celui-ci doit aussi considérer le reste des identités de son</span><span class="s1">·sa</span><span class="s2"> interlocuteur</span><span class="s1">·rice</span><span class="s2">, qui altèrent justement la perfection de sa compréhension : sa couleur de peau, son milieu socioprofessionnel, son niveau d’éducation, ses origines, sa religion, son espace d’évolution… </span></p>
<p class="p5"><span class="s3"><b>De la blancheur floue </b></span></p>
<p class="p6"><span class="s2">Une autre remarque frappe l’esprit de quiconque tente de comprendre les implications de ces élocutions : le mot « blanc » dont les lignes de définition sont floues et variables. Justement amené dans <i>Quand je suis devenu blanc</i> (Magyd Cherfi, entretien avec Thierry Leclerc, 2013, <i>ndlr</i>): « Le Blanc ne sait pas qu’il est blanc, puisqu’il représente la norme. Or, pour détruire la couleur, il faut la nommer.&nbsp;» Les auteurs poursuivent dans une mise en abyme de l’expression « blanc » : parle-t-on de la couleur au sens strict, par rapport aux autres? Parle-t-on de l’hégémonie d’une culture européenne ou nord-américaine sur d’autres? S’adresse-t-on à l’idée du privilège blanc ? La sociologie politique, la philosophie et, bien sûr, les domaines de l’identité tentent de différencier les manières d’interprétation de cette phrase. Généralement, dans le langage courant, « Je suis blanc » semble souvent noter, dans le milieu universitaire, à la compréhension d’un modèle de pouvoir ou de privilèges sur d’autres identités.</span></p>
<p class="p2"><span class="s2">Alors, comme je ne savais pas trop ce qu’il voulait dire, j’ai décidé de lui poser la question, ce à quoi il répondit : « [Être blanc], c’est être privilégié par les constructions sociales et politiques dans les pays où les autres sont immigrés ou non majoritaires. » Une définition complexe, miroir de l’étudiant en science politique. Ce qui est intéressant, c’est évidemment le paradoxe posé par ses propos : s’il comprend l’esprit de domination qui peut s’allier avec son milieu et qui lui donne plus de chances que les <i>Noirs</i>, les <i>Arabes</i> (catégories stéréotypées qu’il m’énonçait quelques instants plus tard), il doit donc comprendre que même en étant gay, il est différent d’être gay et noir que d’être gay et blanc. Une lecture intersectionnelle se fonde sur la reconnaissance de récits individuels divergents. La hiérarchisation des peines est inutile, la compréhension des histoires personnelles variantes est capitale. </span></p>
<p class="p5"><span class="s3"><b>Des histoires pour saisir le monde</b></span></p>
<p class="p6">Dans ces discussions, il faut se poser la question de l’intention, de l’utilité et du rapport de<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>la personne à la question. Il est certain que cet étudiant est dans l’exercice d’une stratégie négligée et imparfaite de rapprochement avec l’autre. Ses premiers cheminements peuvent apparaître ballants et maladroits car il semble omettre l’histoire personnelle de l’autre. En soi, il est important, dans une vision intersectionnelle, de pouvoir s’identifier aux autres identités portées par un individu, surtout quand vient le moment de défendre des droits et libertés remis en cause par le pouvoir injustifiable d’autres tendances dominatrices (machisme, hétérocentrisme, racisme…).</p>
<blockquote><p><span class="s2">La hiérarchisation des peines est inutile, la compréhension des histoires personnelles variantes est capitale.</span></p></blockquote>
<p class="p2">Dans tous les cas, il est nécessaire de comprendre que c’est par cette discussion que l’on nuance une interprétation stricte et involontairement ignorante de l’histoire de l’autre, de la complexité des identités humaines et des racines historiques, sociales ou politiques qu’elles peuvent porter. Par la discussion intéressée et ouverte dans une idée d’échange, de compréhension et de respect, les esprits éclairent de nouveaux compartiments de pensée. Ils créent de nouvelles liaisons avec les modèles auxquels ils sont confrontés chaque jour et peuvent alors saisir une partie des implications d’un mot, d’une idée ou d’une simple phrase, aussi banale qu’elle soit, ainsi prononcée à la fin d’un cours, habituelle qu’elle soit pour un·e étudiant·e universitaire.</p>
<p class="p2">« Je ne vivrai jamais aussi sensiblement ce que tu as vécu, je peux comprendre les schémas qui nous réunissent et je peux respecter la différence qui nous enrichit tout en la reconnaissant », lui répondait alors l’étudiant après avoir passé une vingtaine de minutes à échanger.</p>
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