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	<title>Étienne Maillé - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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		<title>Nous n’avons pas à être seul·e·s</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Étienne Maillé]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Feb 2022 13:00:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le très doux Symptômes de Catherine Ocelot.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/02/09/nous-navons-pas-a-etre-seul%c2%b7e%c2%b7s/" data-wpel-link="internal">Nous n’avons pas à être seul·e·s</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">L’état de santé de Mireille s’est détérioré depuis quelque temps. «Vue trouble, tremblements sporadiques, douleurs aux jambes, paralysies temporaires… Sang qui tire sur le orange… » L’âge? Une maladie plus inquiétante? Dans un épisode de <em>Grey’s Anatomy</em>, la pauvre dame se verrait sans doute diagnostiquer une quelconque infection rare, un rien abracadabrant, qui serait heureusement réglé <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">in extremis</span>, juste avant le générique de l’épisode. Dans <em>Symptômes</em>, la plus récente bande dessinée de Catherine Ocelot, c’est plutôt d’une solitude aiguë dont Mireille souffre. D’urgence, on lui recommande de joindre les Solitaires Anonymes. Une analyse de rêve et des muffins lui sont prescrits. </p>



<p>Sans même avoir vu – <span class="has-inline-color has-grisfonce-color">mea culpa</span> – un seul épisode de l’éternelle série de Shonda Rhimes, il semble assez peu risqué d’affirmer que la BD, bien qu’elle s’ouvre sur une déclaration d’amour pour <em>Grey’s Anatomy</em> et ses docteur·e·s à la beauté/carrure/compétence/adresse/etc. quasi-caricaturale, nous emporte vers des chemins plus oniriques. Après <em>La vie d’artiste</em>, Catherine Ocelot signe de nouveau une œuvre vaguement autofictionnelle, dont le noyau amalgame les liens interpersonnels, la médecine, notre rapport à la santé et au bien-être, les rêves, des réflexions plus ou moins psycho-pop, et des plantes. La forme, qui fait alterner quelques trames narratives et des moments qui relèvent plus d’une sorte de poésie visuelle, permet à l’ensemble d’évoluer d’une manière très naturelle, organique, de façon à ce que les presque 300 pages de l’album en paraissent beaucoup moins. La lecture est fluide, et le texte-image coule de source.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Dans son œuvre, Catherine Ocelot nous invite à réaliser que nous ne sommes pas si différent·e·s de ces plantes: nous avons tout autant besoin de soins, d’attention et d’amour»</p></blockquote>



<p><strong>Histoires de plantes</strong></p>



<p>Les plantes qu’on invite chez nous ne survivront pas seules. Elles ont besoin de soins, d’attention, d’amour, même si certaines doivent se méfier lorsqu’elles rencontrent ceux·lles qui seront appelé·e·s à remplir ce rôle délicat. Dans son œuvre, Catherine Ocelot nous invite à réaliser que nous ne sommes pas si différent·e·s de ces plantes: nous avons tout autant besoin de soins, d’attention et d’amour. Les Solitaires Anonymes, comme des plantes qu’on abreuve pour la première fois depuis trop longtemps, semblent revivre et s’épanouir lentement au contact de leurs semblables. Planche par planche, une communauté se crée. Mireille qui ne s’écoute pas. Esther qui ne peut accueillir les confidences des autres. Catherine qui se cherche une «mère intérieure», une figure capable de bienveillance envers elle. Ces histoires s’entremêlent, se donnent brièvement aux lecteur·rice·s, puis disparaissent, laissent la place aux fragments suivants. On comprendra que <em>Symptômes </em>ne se présente pas vraiment comme une histoire suivie, mais le livre n’en garde pas moins une cohérence, une unité qui laisse une impression de douceur, un confort de lecture certain. L’album s’offre un peu à la manière d’une courtepointe: chaque élément qui le compose tire force et sens de ses voisins.</p>



<p><strong>L’universalité qu’on veut bien lui donner</strong></p>



<p><em>La vie d’artiste </em>(2018), le titre précédent d’Ocelot, a en quelque sorte pavé le chemin à <em>Symptômes</em>. On y suivait déjà cette Catherine – le personnage, pas (nécessairement) l’autrice – dans ses questionnements plus ou moins existentiels, ses inquiétudes, ses joies et ses peines. La quatrième BD de l’artiste est à mon sens plus radicale encore dans ce virage intimiste: dans le ton comme dans la forme, on a parfois l’impression d’assister, presque en direct, au spectacle d’une pensée qui se fait et qui tourne autour d’une question, incertaine d’arriver un jour à une réponse définitive. On en vient même à se demander si une telle chose nous apporterait vraiment un réconfort. Il y a quelque chose de l’impressionnisme dans la proposition de Catherine Ocelot: la promesse d’un regard particulier sur le monde – et ses habitant·e·s.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«On comprendra que <em>Symptômes </em>ne se présente pas vraiment comme une histoire suivie, mais le livre n’en garde pas moins une cohérence, une unité qui laisse une impression de douceur, un confort de lecture certain. L’album s’offre un peu à la manière d’une courtepointe: chaque élément qui le compose tire force et sens de ses voisins» </p></blockquote>



<p><strong>Une éthique&nbsp;</strong></p>



<p>Dans les plus belles planches de ce livre, des femmes s’enlacent, s’offrent mutuellement leur soutien. Une grand-mère et sa petite-fille. Des amies. Une mère et sa fille. Les Solitaires Anonymes. Sans l’accompagnement du texte, occupant souvent toute la page, ces dessins rythment le récit, offrent des moments de répits après les moments où la vulnérabilité des personnages atteint son paroxysme. À la souffrance et à la solitude, Catherine Ocelot répond dans son livre par une véritable déclaration: nous n’avons pas à être seul·e·s. Un programme auquel il est difficile de ne pas adhérer, ne serait-ce que le temps d’une lecture, puis d’une autre. </p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«À la souffrance et à la solitude, Catherine Ocelot répond dans son livre par une véritable déclaration: nous n’avons pas à être seul·e·s»</p></blockquote>



<p>Le message de cette œuvre convient-il à tout le monde? Est-ce que <em>Symptômes</em> révèle des vérités cachées du monde, un sens commun à l’existence humaine? Ce serait, je crois, mal lire l’œuvre que de lui prêter ces intentions: nos vies se croisent comme autant de fils. Nos existences sont tricotées serrées, ou lâchement, pour le meilleur et pour le pire: on peut s’y sentir enveloppé·e·s ou étouffé·e·s. En paix, ou esseulé·e·s. <em>Symptômes</em> brosse le portrait de quelques-unes de ces existences le temps d’une convergence, d’un moment où les paroles sont douces et les sentiments et les secrets, partagés. Certain·e·s, dans cet universalisme subjectif, se retrouveront. C’est à eux·lles que l’œuvre s’adresse.</p>
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		<title>Casque fa camion loi mille livret latin</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/01/19/casque-fa-camion-loi-mille-livret-latin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Maillé]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Jan 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Le Délit et des livres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[bande dessinée]]></category>
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		<category><![CDATA[football fantaisie]]></category>
		<category><![CDATA[littérature québécoise]]></category>
		<category><![CDATA[pow pow]]></category>
		<category><![CDATA[zviane]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Traduction: «C’est l’histoire de deux petites filles».</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Nous sommes en 2017, et les élections canadiennes battent leur plein. Si la course entre le parti libertaniste et le Nouveau-parti est serrée, une province paraît décidée à voter une fois de plus pour le parti chargé de représenter ses intérêts dans un Canada qui ne semble que trop souvent vouloir les oublier… Le Québec? Non, il s’agit plutôt de l’archipel de Banane-banane, situé au nord de la Gaspésie, dont la langue donne son titre au présent article, mais aussi à la bande dessinée dont il est question. Pour des locuteur·rice·s du français, cette langue est étrangement familière et pourtant radicalement incompréhensible: «Le Canada nous déteste» devient «Si Canada poste noir», et «Mot-si grec Youtube» veut sûrement dire quelque chose comme «&nbsp;Mets-la [une vidéo] sur Youtube». <em>Football-Fantaisie</em>, le titre de l’album, n’est d’ailleurs que le nom de l’une des villes de l’archipel, qui compte également Football-Marshall et Football-Simplement. Bien malin·<span class="has-inline-color has-grisfonce-color">gn</span>e qui dira le sens que Zviane donne à ces mots; les lecteur·rice·s sont forcé·e·s de tenter de traduire la langue de Banane-banane&nbsp;en se fiant au contexte, et ce n’est souvent pas si simple! C’est justement là que réside à mon sens l’un des grands plaisirs de cette œuvre: la babélisation que subit le français, dont on reconnaît les mots mais plus le sens, rend la lecture de cette «&nbsp;langue pas possible» étonnamment divertissante.</p>



<p><em>Football-Fantaisie</em> n’est toutefois pas (qu’)une fiction politique: la campagne électorale et les manifestations faisant rage à Banane-banane ne font en fait qu’une toile de fond à l’histoire de Frédérique et d’Annabelle, deux jeunes filles («mille livret latin», dans la langue locale) en cavale depuis qu’elles ont fui l’antre d’un authentique savant fou, robots tueurs compris. L’expérience, pour laquelle les enfants de douze et six ans faisaient office de cobayes, consiste <em>grosso modo</em> à leur conférer le pouvoir de réorganiser la matière. Bien entendu, un tel pouvoir se révèle rapidement dangereux, et Joan, l’ex-universitaire à l’origine du projet, sombre rapidement dans la paranoïa à l’idée que l’armée tente de lui dérober les résultats de ses recherches. Beaulieu, l’assistant du projet et lui-même le premier cobaye doté de cet incroyable pouvoir, trouve d’ailleurs la mort en tentant de libérer les deux jeunes filles, et ce, dès les premières planches. Apeurées, esseulées, perdues dans une ville où on ne parle pas leur langue, les deux fillettes tentent par tous les moyens de contacter le monde extérieur tout en échappant à leurs poursuivants.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«La facture graphique respire ce joyeux anarchisme du projet porté par Zviane»</p></blockquote>



<p><strong>De l’efficacité du récit</strong></p>



<p>Zviane entremêle dans <em>Football-Fantaisie</em> plusieurs trames narratives, se bornant à un élément formel simple: le noir et blanc concerne les analepses qui mènent à la mort de Beaulieu, un personnage dont la mort annoncée devient de plus en plus tragique à mesure que sa vie nous est révélée. La couleur est réservée au présent des autres histoires qui se déroulent: la campagne électorale, la fuite des deux filles, les déboires de Joan, les manigances d’une vieille dame qui entraîne des rats, l’éveil politique d’Alice, une jeune banane-bananienne en butte à l’autorité, et j’en passe. Ces nombreuses trames se mélangent, se croisent à l’occasion, donnant parfois une impression de désordre qui est loin de nuire au plaisir de ce texte. Cet apparent désordre s’explique facilement lorsqu’on sait que <em>Football-Fantaisie</em>, le livre, est en quelque sorte l’intégrale d’un feuilleton publié par Zviane dans sa «revue» autopubliée <em>La jungle</em>. Dans la présentation de cette revue, l’autrice conclut en nous rappelant que «dans <em>La jungle</em>,&nbsp;il n’y a pas de règles; c’est la jungle!» On retrouve cette énergie dans <em>Football-Fantaisie</em>, dont la facture graphique respire ce joyeux anarchisme du projet porté par Zviane. Les dessins sont nerveux, les mouvements exagérés – les jambes dans les scènes de course occupent par exemple la moitié d’une case ou même d’une planche, en dépit de toute proportion. Ce style, qui peut sembler moins travaillé qu’un ancien album de l’autrice comme <em>Les deuxièmes</em> (2013) ou <em>Apnée</em> (2010), s’explique par un défi personnel: ne pas faire de crayonné – sorte de brouillon avant le dessin final –, mais travailler à l’encre tout de suite. L’esthétique de Zviane – qui se réinvente d’ailleurs de projet en projet – donne ici une impression d’urgence, de quasi-immédiateté parfaitement en phase avec le récit qui se déroule devant nous.</p>



<p><strong>Histoire de langage(s)</strong></p>



<p>Si la langue de Banane-banane, menacée par le français parlé dans le reste de ce drôle de Canada inventé par Zviane, est un élément important de cette œuvre, elle n’est en fait qu’un élément d’un thème plus vaste, à savoir une réflexion sur la langue que semble sous-tendre le texte en entier. En plus de cette langue, on trouve des personnages qui zozotent, qui parlent du nez, qui bégaient, qui utilisent la langue des signes québécoise, l’anglais… L’autrice remercie même quelqu’un pour les conseils sur l’hindi (à noter que l’auteur de ces lignes, il faut humblement l’avouer, n’a pas su repérer l’hindi dans le texte)! Le français lui-même est trituré selon un procédé simple, mais excessivement amusant: les personnages «&nbsp;parlent&nbsp;» le français selon leur niveau de maîtrise de cette langue. Ainsi, les participes passés, les homophones, les mots compliqués sont assujettis à l’identité des personnages d’une manière qui échappe – heureusement – au bête jugement de valeur. Il aurait été trop facile d’accentuer la bêtise de certains protagonistes par leur maîtrise inégale de la grammaire française, mais c’est là un piège que Zviane évite avec une élégance certaine: en généralisant le procédé, qui n’épargne finalement que très peu de personnages, l’œuvre en vient à rendre acceptable ce petit décalage par rapport à la norme. Anabelle, qui a six ans, prononce donc les mots de manière quasi-phonétique, ce qui ne fait que la rendre plus attachante encore. L’amoureuse de Beaulieu fait aussi des fautes, mais le texte ne lui en tient pas rigueur. Au même titre que la langue mystérieuse de Banane-banane, ce français légèrement à côté de celui qu’on doit parler à l’Académie est vivant, attachant, et beaucoup plus significatif qu’une langue qui chercherait à aplanir les différences linguistiques.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«L’esthétique de Zviane – qui se réinvente d’ailleurs de projet en projet – donne ici une impression d’urgence, de quasi-immédiateté parfaitement en phase avec le récit qui se déroule devant nous»</p></blockquote>



<p>C’est là, à mon sens, l’une des grandes réussites de Zviane: par des personnages hauts en couleurs, elle parvient non seulement à faire tenir une intrigue volontairement un peu bancale, mais aussi à faire de la langue, ou plutôt du langage, un matériau au service d’une œuvre intelligente, originale et excessivement réjouissante.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/01/19/casque-fa-camion-loi-mille-livret-latin/" data-wpel-link="internal">Casque fa camion loi mille livret latin</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Retour aux sources</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/10/05/retour-aux-sources-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Étienne Maillé]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 Oct 2021 14:42:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[critique]]></category>
		<category><![CDATA[Louis Hémon]]></category>
		<category><![CDATA[Maria Chapdelaine]]></category>
		<category><![CDATA[Sébastien Pilote]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un classique de la littérature québécoise au cinéma.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Il y a un certain plaisir à connaître d’avance l’histoire qui nous sera contée. Qu’il s’agisse d’une blague, d’un conte, ou d’une anecdote maintes et maintes fois répétée, l’impression de déjà-vu, déjà-lu ou déjà-entendu vient avec un je-ne-sais-quoi de rassurant, comme le retour des saisons. On pardonnera le lyrisme de cette entrée en matière, car l’image est en quelque sorte commandée par le <em>Maria Chapdelaine</em> de Sébastien Pilote : le retour des saisons, c’est un peu le moteur de cette vieille histoire. Une quatrième adaptation au grand écran du roman de Louis Hémon, maintenant centenaire, comme un bon exemple – certes pas le premier – qu’une histoire déjà racontée n’est pas toujours source d’exaspération.</p>



<p>Que l’on ait lu ou pas le roman, on a souvent une vague idée de ce qu’est <em>Maria Chapdelaine</em> : une jeune femme, Maria, approche de l’âge adulte dans son « pays de Québec » en pleine colonisation, près du Lac St-Jean. Suivant un père qui semble plus intéressé par le défrichage que par l’agriculture, prêt à quitter trois fois sa terre après l’avoir dégagée, la famille Chapdelaine est maintenant loin de tout, ne pouvant même pas « faire leur religion » tous les dimanches parce que maintenant trop éloignée de l’église. Malgré cet éloignement, ce sont trois prétendants qui se disputeront – sans trop d’âpreté, tout de même – le cœur de Maria, lui offrant trois vies complètement différentes. Entre François Paradis et sa vie de coureur des bois, Lorenzo Surprenant et la richesse des grandes villes des États-Unis, et Eutrope Gagnon et la promesse d’un avenir pareil à sa vie de toujours, pour le meilleur et pour le pire, Maria devra choisir. Au-delà de cette histoire d’amour, le roman de Louis Hémon raconte aussi, et surtout, la vie des colons, leurs habitudes, leurs difficultés. Cette dimension, mineure dans les adaptations antérieures, est essentielle dans le film de Pilote, qui travaille la question du territoire et de son occupation dans la plupart de ses films. À titre d’exemple, rappelons que dans <em>La disparition des lucioles</em> – le troisième film de Pilote – c’est évidemment l’activité humaine qui dénature le territoire en faisant fuir les mystérieux insectes.</p>



<p>Ainsi, les plans qui montrent l’immensité de ce territoire ne sont pas rares dans ce film : bien que les personnages n’en soient jamais tout à fait absents, ils sont souvent presque avalés par la neige, par la forêt, par cette terre qu’ils essaient tant bien que mal de dompter. Ces images comptent certainement parmi les plus belles du film, qui les multiplie sans donner l’impression d’en abuser. Peut-être, au contraire, que cet excès de paysages sert le film, rappelle d’une certaine manière la folie de l’entreprise coloniale en en miniaturisant les acteurs. La maison des Chapdelaine est complètement isolée, et la lisière de la forêt qui entoure leur concession est toujours là pour le rappeler. À ces images d’une ampleur impressionnante s’opposent les scènes tournées dans la maison, dont l’éclairage à la bougie renforce l’impression d’emprisonnement, particulièrement lors des scènes de tempête qui sont nombreuses. Autre bon coup de la caméra : la focalisation presque permanente sur Maria, qui occupe souvent le milieu de l’écran. C’est là une façon simple mais efficace de laisser de la place à un personnage assez peu loquace.</p>



<p>Il aurait pu être tentant de donner plus de répliques à la protagoniste, d’autant plus que l’interprétation de Sara Montpetit, extrêmement touchante, aurait sans doute rendu ce choix plus intéressant encore. À part quelques répliques qui remplacent le monologue interne que nous offrait le roman, le film fait preuve d’une grande fidélité à l’égard de son matériau source, n’effectuant que quelques subtiles modifications. Les personnages sont évidemment très près de ceux de Hémon, mais ce sont surtout les dialogues qui raviront ceux et celles qui ont le livre en mémoire. Livrées dans une langue datée, qui coule pourtant de source, les répliques sont souvent tirées du roman à la virgule près. Encore une fois, le charme opère et c’est avec plaisir que l’on reconnait telle ou telle phrase. La fidélité au roman invite à se concentrer sur ce qui compte vraiment dans ce film : le jeu des acteur·rice·s, la beauté des images, le rythme du récit. En entrevue, le réalisateur évoquait justement que « l’histoire » peut avoir tendance à fausser l’appréciation du cinéma ; cette position devient plus convaincante à l’écoute de son <em>Maria Chapdelaine</em>.</p>



<p>Parmi les changements évoqués, l’on remarque notamment une certaine « épuration » en ce qui concerne la présence de la religion. Le film s’ouvre bien sûr sur la fin d’une messe à Péribonka – l’on entend même le « <em>Ite messa est</em> », incipit du roman – et les personnages regrettent l’éloignement qui complique leur devoir de chrétien·ne·s, mais on sent tout de même une volonté de diluer ce devoir. Le père Chapdelaine ne fredonne pas de chants sacrés, l’on s’attarde moins que dans le roman sur le désir d’aller à la messe de minuit et Maria ne fait pas ses mille <em>Ave Maria</em> à la veille de Noël. Que cet aspect soit moins appuyé, on ne le regrette pas, surtout lors de la scène de Noël où le patriarche entame un chant folklorique, <em>a capella</em>, pour sa famille : il s’agit sans conteste de l’une des plus belles scènes, et l’effet n’aurait sans doute pas été le même avec un « Dans cette étable / Que Jésus est charmant! »</p>



<p>Une sensibilité bienvenue à l’égard des peuples autochtones traverse également le film, ce qui constitue une autre différence par rapport au livre ; différence subtile, certes, mais importante. Une mention précède d’ailleurs les premiers plans, avertissant l’audience du choix de conserver un certain terme pour parler des Autochtones, déplorable mais fidèle à la langue de l’époque comme à celle du livre. Le personnage de François Paradis semble d’ailleurs particulièrement bienveillant envers ceux et celles qu’il décrit à un moment comme ses ami·e·s. On l’entend même dire une phrase dans une langue autochtone, ce qui donne une profondeur supplémentaire à ce coureur des bois. Finalement, dans une scène brève mais frappante, Maria et son père croisent un couple d’Autochtones en revenant du village et échangent un long regard avec eux, comme un rappel au public de la présence des Premiers Peuples. Sans dénaturer l’histoire, Sébastien Pilote aura trouvé une manière de réactiver la mémoire de la présence autochtone sur ce territoire, présence qu’un certain canon québécois a violemment contribué à effacer.</p>



<p>Le film de Sébastien Pilote, par les prouesses techniques qui y sont mobilisées, par la sensibilité évidente – et bienvenue – à l’égard de la question autochtone, prend le mythe de <em>Maria Chapdelaine</em>, le roman originel et ses nombreuses adaptations pour en faire une œuvre digne de ce nom. Il y a un confort à se laisser bercer par cette histoire racontée encore et encore. Comme le mentionne le réalisateur, ce n’est que lorsque l’histoire est connue d’avance qu’on peut enfin se concentrer réellement sur la manière dont elle nous est racontée. Et dans le cas de cette adaptation, c’est en s’attardant à la narration, à la beauté des images, à la trame sonore d’une grande justesse et à des acteur·rice·s impressionnant·e·s qu’on l’apprécie à sa juste valeur.</p>
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