Le Délit http://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Tue, 25 Apr 2017 02:51:23 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.7.4 Entrevue avec Frédéric Lefebvre http://www.delitfrancais.com/2017/04/22/interview-avec-frederic-lefebvre/ Sun, 23 Apr 2017 00:13:59 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28514 NB: Monsieur Lefebvre a clairement expliqué qu’il ne souhaitait pas répondre à des questions qui touchaient à ses affinités politiques et à la présidentielle. L’absence de questions à ce propos n’est pas souhaitée mais contrainte.

 

Le Délit: Quel est, selon vous, le plus grand défi des Français expatriés aujourd’hui ?

Frédéric Lefebvre: Le défi des Français quand ils sont partis c’est d’atteindre leur objectif. Ce n’est jamais le même: il peut être familial, professionnel, entrepreneurial, scolaire ; mais d’abord, chacun veut réussir. Tout le travail que j’essaie de faire en m’appuyant sur les associations françaises qui existent déjà ou les élus locaux, c’est de les aider à réussir. En les aidant à réussir individuellement, on aide collectivement la France mondiale à réussir. Or, la France mondiale, pour moi, c’est celle qui est fidèle à son histoire. On est un pays qui est ouvert, qui a pour objectif de partir à la conquête du monde — c’est pour ça qu’on parle français sur tout les continents, il n’y a pas longtemps le français est devenu la troisième langue du monde en repassant devant l’espagnol.

Il y des études démographiques américaines qui sont passionnantes. En France, on a parfois l’impression qu’on ne comprend pas que notre langue est une richesse. J’ai monté un certain nombre de programmes en tant que député pour que les Français puissent partir à la conquête du monde — y compris des jeunes qui n’ont pas la chance de pouvoir faire des études supérieures. C’est cette France là que je veux essayer de porter, c’est-à-dire là France que j’ai rencontrée ici à Montréal.

 

LD: Avec son système scolaire mondialisé et sa place dans une communauté linguistique importante, la France a la capacité d’être un acteur de poids dans la communauté internationale. Comment expliquez-vous que la francophonie soit si absente dans les projets présidentiels.

FL: La France est en capacité, mais elle n’a pas pris conscience de cette force. C’est très frappant de voir que dans le monde politique, dans le débat public, souvent, on n’appréhende pas suffisamment cette force que nous avons pour peser dans le monde.

La logique de la France doit être d’investir — j’emploi ce mot parce que je ne pense pas que c’est des dépenses de fonctionnement — massivement sur la jeunesse française à l’étranger. J’ai la chance d’avoir des neveux et nièces franco-américaines, et je vois à quel point c’est difficile de maintenir le capital «France» chez ses propres enfants. À chaque fois que la France n’investie pas dans leur éducation, elle se coupe elle-même d’une chance de réussir. Je crois que c’est un des sujets absolument majeurs.

On peut aussi parler d’entreprenariat. J’entends toute la journée que les Français quittent la France parce qu’on y paye trop d’impôts. On accroche une étiquette négative aux jeunes qui lancent des startups, aux entrepreneurs… alors qu’en fait on se trompe complètement ! Les États-Unis et le Canada, honnêtement, ce sont des pays où l’on paye beaucoup d’impôts.

On a un pouvoir politique et économique qui n’est, de mon point de vue, pas à la hauteur de la dynamique mondiale qui pourrait exister. Quand on compare les pays du nord de l’Europe, qui ont comprit qu’il faut investir sur l’Afrique, qui cherchent à faire venir des jeunes qui ont des racines africaines pour investir sur eux, et nous, qui avons tant de jeunes qui ont des racines africaines, au lieu de leur expliquer qu’ils ont un avenir on les stigmatise. Quand j’entends dans le débat public, à droite et à gauche, culpabiliser ceux qui ont deux nationalités ou qui assument leurs racines… moi quand je suis ici et que je vois un français, je lui dit «surtout, reste fière de tes racines, entretient les, la France en a besoin». Pourquoi j’aurais un discours inverse quand je suis en France? Pourquoi je dirais à quelqu’un qui a des origines et des racines d’un pays d’Afrique «tu dois t’assimiler totalement à la France, oublier tes racines…» c’est ridicule ! Au contraire, on a besoin de cette richesse là.

Donc c’est tout ça que j’essaye d’amener dans le débat public en France. C’est difficile avec le monde de la haute fonction publique, politique ou économique. La France a une tendance à se regarder le nombril, elle est recroquevillée sur elle-même, elle a peur de s’ouvrir.

 

LD: Vous avez donné une interview dans Nouvelles d’Arménie Magasine dans laquelle vous disiez que l’Europe ne devait plus céder à la Turquie et ne devait plus verser la rançon annuelle de six milliards de dollars. Votre position reste-t-elle la même après le résultat, serré, de ce référendum ?

FL: D’autant plus! Le référendum servait à renforcer les pouvoirs d’un homme qui en abuse déjà très largement avec des motivations que n’importe quel pays démocratique ne peut que regretter. Il y a une difficulté: c’est à la fois l’allié des Américains, des Canadiens, et de l’Europe via l’OTAN, et en même temps, c’est un pays qui s’est fixé comme objectif depuis de nombreuses années d’intégrer l’Europe.

Prenons l’exemple de la Grèce, qui a les difficultés qu’on connaît. Honnêtement j’avais honte, vraiment, de la position qu’ont prise l’Italie, l’Allemagne ou la France quand il y a eu les réfugiés. Tout le monde s’est tourné vers les Grecs en leur tapant dessus parce qu’ils n’avaient pas protégé leurs frontières. Comment est-ce que l’on peut demander aux Grecs dont on connaît la situation, et comment est-ce que l’on peut être aussi inconséquent pour laisser la protection de la frontière commune européenne uniquement sous l’autorité d’un pays?

Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu’il y a trop d’Europe, je pense qu’il n’y en a pas assez. Je reproche fortement à l’Europe de ne pas assumer cette mission là. Ça fait des années que je demande un coup de rein, une réaction, et j’aimerais que la France soit à la tête de cette réaction. Je le demandais quand j’étais ministre!

 

LD: Vous connaissez bien Montréal ?

FL: Je viens très souvent à Montréal oui.

 

LD: Est-ce-que vous avez un lieu culturel préféré ?

FL: C’est ce qui est amusant: je trouve que Montréal c’est presque en soi un lieu culturel. Les endroits où je prends le plus de plaisir, c’est où je me retrouve emmené dans un des discussions avec des gens qui portent des projets. Ce que j’aime ici c’est qu’on est dans la culture vivante.

Je vais vous faire une confidence, et beaucoup de Français qui vivent ici me disent la même chose : je ne vais pas beaucoup au musée ici. Quand on connaît les musées français, on ne peut pas dire qu’on ait une grande chance de découvrir des choses…

En revanche, je trouve absolument extraordinaire qu’on puisse avoir une espèce de culture ambiante. Ça c’est passionnant. Je dirais, qu’au lieu de parler d’un lieu précis, ici, la culture elle est partout. Ce qui est le plus intéressant c’est ce que réussit à faire naître le mélange culturel. L’atmosphère est à l’échange ici, je pense que c’est une des grandes forces.

 

LD: Si vous aviez un projet que vous pouviez mettre en œuvre pour renforcer l’amitié franco-québécoise, ce serait quoi ?

FL: Il faut pas se voiler la face: ce n’est pas tous les jours rose les rapports entre les Français et les Québécois, y compris quand on construit son avenir. On fait ses études ici, et quand on commence à cherche un boulot, on ne trouve pas toujours ce qu’on veut, on vous offre pas toujours le même parcours qu’à un Québécois. Je dis ça avec des mots policés, mais c’est parfois le parcours du combattant, même quand on est là depuis très longtemps.

Les citoyens ils ont envie de faire des choses ensembles. Les entrepreneurs, je les vois, ils ont envie de faire des choses ensembles. Les entrepreneurs québécois admirent beaucoup la France, et réciproquement. Les gens ont envie, c’est les institutions qui bloquent.

Je pense qu’aujourd’hui, on est parfois un peu trop dans des discussions qui font référence à notre histoire, à votre amitié et à nos liens culturels, et on n’est pas assez dans l’efficacité. Si je devais vraiment changer quelque chose c’est ça.

 

LD: Comment est-ce-que vous concevez votre rôle de député étant donné le fait que vous représentez les français établis à l’étranger? Est-ce-que vous considérez que cela vous différencie de vos collègues? En quoi?

FL: D’abord, j’ai été député en France, donc j’ai un bon moyen de comparer. J’ai une circonscription qui est un petit peu plus grande que celle que j’avais quand j’étais en région parisienne (rires). Elle fait quarante fois la taille de la France.

Quand j’étais en France, comme tous les députés, il y avait un endroit où les gens savaient qu’ils pouvaient venir me voir. J’ai rapidement compris que [maintenant] je devais aller vers les gens. Donc mes permanences je les fait en allant dans toutes les grandes villes de la circonscriptions.

Les gens viennent de voir. Croire que les gens sont à l’étranger et ont zéro problèmes c’est ridicule. Moi je vois plein de gens qui ont des difficultés sociales, avec le système fiscal en France, sur le plan de la santé… j’en vois en permanence des gens.

C’est exactement la même chose que quand j’étais député en France, c’est à dire que je vois des gens pour essayer de les aider à régler leurs problèmes, sauf que l’organisation est quand-même pas tout à fait la même. Je vois beaucoup de gens dans les avions. Ça me permet d’écrire. Je suis dans un système qui est assez différent. Pendant six mois je suis très actif sur les sujets qui concernent les Français qui vivent dans cette circonscription immense, et je suis à leur rencontre les six autres mois sur tout le territoire.

Quand je suis à Montréal, je suis au consulat pour faire la permanence. Quand je suis à Kansas City comme je l’étais l’autre jour, je fais la permanence dans un café. Mais ça pour moi c’est très important parce que, c’est le paradoxe, je ne cesse de nourrir mon travail de député à l’assemblé avec tout ce que les gens viennent me dire quand je les vois dans les permanences.

 

LD: En mot de fin, est-ce-que vous avez quelque chose à dire par rapport aux récentes révélations concernant la planification d’un attentat contre un ou des candidat·e·s à la présidentielle ? (NB: cette question a été posé avant les événements qui ont eu lieu sur les Champs-Elysées le 20 avril dernier) : 

FL: C’est un sujet absolument majeur. On voit bien que ça a d’ailleurs servi un peu de prétexte, même sans faire référence aux menaces terroristes, mais par exemple les hypothétiques manipulations [de puissances extérieures], pour empêcher le vote internet. Ce n’est pas à Montréal que c’est essentiel, mais plutôt à d’autres endroits au Canada ou aux États-Unis.

Moi je suis trop attaché à la démocratie, au droit de vote des Français ici, à la capacité des Français de se mobiliser sur les sujets essentiels, pour que ce qui vient de se passer (où le gouvernement a déjoué avec les forces de police un attentat qui était orchestré pour éliminer un des candidats à la présidentielle, qui semblerait être Fillon) ne m’effraie. Et en même temps, ce sont des choses que l’on a eu l’habitude de voir dans des pays comme les États-Unis, où tout le monde a en tête les assassinats qu’il y a pu avoir, voir que ce sont des choses qui commencent à arriver en France et en Europe, ça demande que l’on crie tous notre attachement à la démocratie. Qu’on montre à quel point on ne cèdera jamais au terrorisme, jamais à ces combats qui sont menés au nom, non pas de la religion, mais au dévoiement de la religion.

Le Canada a été frappé, à plusieurs reprises, et il n’y a pas du tout le même type de politique. Moi qui ai des témoignages, y compris de jeunes, qui ont pu aller dans un certain nombre de régions du monde qui sont aujourd’hui en guerre, c’est vrai que pour eux, sur place, c’est plus facile d’avoir la vie sauve en disant «On a étudié au Canada» qu’en disant «On a étudié en France». Le Canada est vécu comme laissant plus de libertés, et étant plus tolérant. Ça ne l’a pas épargné pour autant. Aujourd’hui, les démocraties n’ont pas les réponses. Là encore, je pense que les réponses viendront des citoyens, et de la force des citoyens qui résisteront qui ne se laisseront pas manipuler par des terroristes.

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Entre amitiés et journalisme http://www.delitfrancais.com/2017/04/21/david-drouin-le/ Fri, 21 Apr 2017 20:33:42 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28511 Le Délit (LD): Comment avez-vous entendu parler du Délit?

David Drouin-Lê (DDL): À l’automne 2003, en tombant par hasard sur un présentoir du Daily et du Délit, je n’ai pu m’empêcher d’esquisser un sourire en comprenant le jeu de mots.

LD: Quelle était la place du français et des francophones à ce moment-là à McGill?

DDL: Les francophones à McGill constituaient une importante minorité silencieuse (20%) ne souhaitant pas faire de vagues et qui se fondait à la masse anglophone. Le sentiment d’appartenance des francophones à McGill était beaucoup moins prononcé que celui des anglophones et des étudiants étrangers pour qui la vie sociale semblait évoluer autour du campus. Cela s’explique assez facilement. Pour les anglophones, McGill représentait une de leurs institutions historiques à laquelle ils étaient profondément attachés. En ce qui concerne les étrangers, l’université représentaient la raison de leur présence à Montréal. La situation était différente pour les francophones, pour la plupart issus du cegep. Ceux-ci avaient déjà une vie sociale développée dans la région de Montréal avant leur arrivée à McGill et pour qui fréquenter McGill, ce n’était que fréquenter une université, aussi prestigieuse soit-elle. La place du français était conséquente à ce sentiment d’appartenance et rare étaient les francophones qui insistaient pour y parler leur langue ou exiger d’être servis dans celle-ci.

LD: Est-ce que votre contribution au Délit a influencé vos choix professionnels?

DDL: Certainement. Paradoxalement toutefois, le fait d’y avoir travaillé pendant 2 ans et demi m’a poussé vers d’autres métiers que celui du journalisme. Pas nécessairement parce que je n’ai pas apprécié l’expérience, bien au contraire, mais plutôt, parce que j’avais envie d’essayer autre chose.

LD: Quel est le meilleur souvenir que vous conservez du journal?

DDL: Les rencontres que le journal m’a permis de faire à l’extérieur et à l’intérieur de la salle de rédaction. Grâce au Délit, j’ai noué plusieurs belles amitiés que j’entretiens encore à ce jour dont celle avec une collaboratrice qui est devenue ma colocataire avant de me succéder à la tête du journal et pour qui j’ai fait office de témoin de (relative) dernière minute à son mariage à Londres.

LD: Comment percevez-vous l’avenir des journaux étudiants?

DDL: Dix ans après être sorti du monde universitaire, il serait un peu prétentieux de me prononcer sérieusement sur cette question. Toujours est-il, j’estime que les étudiants auront toujours besoin de quelque chose à lire de facilement accessible pour passer le temps entre deux cours soporifiques (ou bien pendant ceux-ci). 

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Le McGill Délit Français, une fenêtre sur McGill http://www.delitfrancais.com/2017/04/21/jeffrey-edwards/ Fri, 21 Apr 2017 20:27:47 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28509 J’ai des souvenirs exceptionnels de mon passage au Délit (à l’époque Le McGill Daily français). Je me rappelle du partage des tâches et de la collaboration intense entre tous les membres de l’équipe.

Et quelle équipe! Daniel Weinstock, plus tard professeur de philosophie (Université de Montréal) et maintenant de droit (McGill), Richard Latendresse (correspondant de TVA à Washington), Sophie Durocher (chroniqueuse-animatrice et passionnée de la culture québécoise) et tellement d’autres collaborateurs dotés d’immenses talents et venant de presque toutes les facultés.

À l’époque, le nom du journal n’était pas Le Délit. C’était The McGill Daily, Édition française. Nous avons francisé le nom du journal en ajoutant «Le» au début et «français» à la fin. Ce changement de forme faisait écho et marquait dans les faits un changement de fond.

L’équipe responsable du McGill Daily français était en effet devenue un regroupement distinct d’individus dédiés exclusivement à la production du numéro francophone. Le ou la «responsable» de «l’édition française» est devenu(e) le rédacteur ou rédactrice en chef d’une équipe comprenant des rédacteurs distincts en matière culturelle, politique et autres domaines pour le journal de langue française. Autre développement: le numéro francophone comprenait dans ses pages son propre bloc technique.

Nous nous considérions une fenêtre de McGill sur la société québécoise et du même coup, une fenêtre du Québec francophone sur l’université. Fiers de notre appartenance à la Presse étudiante du Québec, et branchés sur le monde francophone d’ici et d’ailleurs, nous faisions état des actualités politiques et culturelles pouvant intéresser les étudiants de McGill.

Quel lieu de stimulation intellectuelle et d’apprentissage! En plus de la planification du journal, notre pain quotidien était fait de débats d’idées et de société.

Et on apprenait de tout: le métier de journaliste et celui de réviseur de textes, la gestion avec peu de ressources, la mise en page, le travail sous pression et l’accommodement des approches de chacun, ainsi que le respect des dates de tombée qui nous imposaient des choix ultimes et de l’efficacité.

J’ai particulièrement apprécié l’apprentissage de deux habiletés inhérentes au journalisme que j’utilise encore régulièrement: la synthèse et la vulgarisation. J’y ai recours dans le but de rendre des jugements clairs et donc à la portée de tous.

Hormis le contexte particulier, je me garderais, en raison de mes fonctions actuelles, d’employer une certaine formule de souhait. Mais ici, c’est tout à fait approprié: longue vie au Délit! 

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Le McGill Délit Français, un «mal nécessaire» http://www.delitfrancais.com/2017/04/21/sophie-durocher/ Fri, 21 Apr 2017 20:26:18 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28507 Le Délit (LD):Comment avez-vous connu/entendu parler du Délit?

Sophie Durocher (SD): C’était le journal étudiant, tout le monde le lisait et le commentait.

LD: Qu’est-ce qui vous as convaincu de rejoindre l’équipe et de continuer à vous impliquer?

SD: Je voulais me lancer en journalisme. J’ai rencontré l’équipe, j’ai aimé le leadership de Richard Latendresse et j’ai embarqué. J’étudias en Études Nord-américaine. C’était une super activité parascolaire. Et en plus, j’y ai rencontré mon chum de l’époque!

LD: Quelle était la place du français et des francophones à ce moment-là à McGill?

SD: On était un «mal nécessaire». Incapables d’avoir des services en français, nous n’étions pas pris au sérieux par l’administration.

LD: Est-ce que votre contribution au Délit a influencé vos choix professionnels?

SD: Non, je savais déjà que je voulais faire du journalisme. Dès que j’ai fini mon bac à McGill, j’ai commencé à travailler dans la salle des nouvelles de Radio-Canada.

LD: Quel est le meilleur souvenir que vous conservez du journal?

SD: Les soirs où l’on finissait de coller les articles à la cire sur le mock up et que l’on envoyait les épreuves à l’imprimeur. On partait faire la fête chez Ben’s , une institution montréalaise qui a depuis été démolie.

LD: Quel est la leçon la plus importante que vous avait apprise grâce au Délit?

SD: Toujours garder en tête les intérêts des lecteurs. Nos collègues du Daily anglais parlaient de politique étrangère, mais ne s’intéressaient pas à ce qui se passait dans les corridors de l’université…

LD: Est-ce que vous vous rappelez de vos premiers textes?

SD: Je me souviens que j’étais allé voir Girerd, caricaturiste à La Presse (le Chapleau de l’époque) et que je lui avais demandé de nous faire une caricature. Il avait dessiné son chien emblématique en train de pisser sur la statue de James McGill. On a tellement ri!

LD: Vous avez commencé à écrire à une époque où la profession de journaliste était dominé par les hommes, comment avez-vous réussis à tailler votre place dans ce boys club?

SD: Je n’ai jamais, JAMAIS eu l’impression de travailler dans un boys club.

LD: Finalement, disons que vous êtes en train de produire le journal, il est très tard, le moral de l’équipe est à plat, quelle chanson est-ce que vous mettrez?

SD: Gigi Lamoroso chanté par Dalida! 

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Où ça? Où ça? http://www.delitfrancais.com/2017/04/21/ou-ca-ou-ca-4/ Fri, 21 Apr 2017 19:27:10 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28459 Le cirque itinérant

Àl’occasion du 375e anniversaire de Montréal cet été, la métropole sera rythmée par de nombreuses activités qui vous permettront de varier les plaisirs après votre énième sieste au Parc Jeanne Mance. L’un des événements majeurs de ce programme sera la tournée des arrondissements du cirque Éloize : pendant 19 fins de semaine la troupe va s’emparer de 19 quartiers de la ville et, du soir au matin, va les animer de performances intermittentes. Le cirque Éloize est une véritable institution québécoise. La troupe a été formée en 1993 et produit des spectacles qui s’inscrivent dans la lignée du nouveau cirque, de véritables performances artistiques poussées loin du sensationnalisme du cirque traditionnel. Les moments clés à ne pas rater seront les samedis soirs où, dans la lumière du coucher du soleil, la troupe donnera un spectacle divisé en sept tableaux qui s’articulent autour de lettres d’amour écrites à, de et pour Montréal. Un moment qui s’annonce, en somme, plein de magie et d’émotion.

– Dior Sow


Festival mural de Montréal

Tout au long de l’année, les passants s’émerveillent devant la créativité des artistes de rue montréalais. Tags et peintures murales tapissent les briques et font de la ville une galerie atypique. Du 8 au 18 juin 2017, les œuvres seront mises à l’honneur sur le boulevard Saint-Laurent, perdant pour une semaine leur rôle de simple décor.

À l’occasion de la cinquième édition du festival, le boulevard sera transformé en véritable musée à ciel ouvert. Les sens des participants seront tous sollicités. Leurs yeux se poseront sur les murales au cours de leur déploiement et leurs papilles découvriront de nouvelles saveurs. Ce voyage visuel et gustatif sera rythmé par les notes de groupes de musique locaux et internationaux. Les curieux pourront parcourir la rue seuls ou accompagnés d’un guide qui leur présentera les œuvres. N’hésitez-plus, montréalais, ce sera l’occasion pour vous de découvrir des artistes venus des quatre coins du monde pour célébrer l’art urbain! 

– Lara Benattar


D’Atwater au Musée de Lachine

Bientôt le début des beaux jours, bientôt la fin des finaux. Pour ceux et celles qui ne partent pas, ce sera l’occasion de découvrir ou redécouvrir l’agglomération de Montréal. Le Délit vous propose un petit périple facile à prévoir sur une journée.

Le point de départ: le marché Atwater. Pas loin de la station Lionel-Groulx et de la résidence Solin Hall de McGill, allez faire un tour à ce marché public qui est l’un des plus grands de Montréal. On aime déambuler entre les parterres colorés des nombreux stands de fleuristes, et acheter des produits locaux (bonne halte pour les piques-niques) auprès des divers commerçants situés dans l’édifice art déco du marché.

Continuez ensuite le long du Canal Lachine, direction ouest, sur une piste accessible aux piétons et aux vélos. Considérée comme l’un des plus beaux circuits urbains du monde, la piste du canal Lachine s’étend sur 14,5 km, et ce depuis la naissance du Délit en 1977! Le circuit avait notamment été élu au troisième rang mondial des circuits urbains par le magazine Time en 2009. Vous aurez l’occasion de vous arrêter pour piquer-niquer en bordure du canal ou encore de profiter des services de location de vélos.

À pied pour les plus courageux, vous atteindrez la fin du canal Lachine qui débouche sur le lac St-Louis. Au bout du chemin se trouve également le Musée de Lachine, auparavant ancien poste de traite et point stratégique commercial. Composée de bâtisses du 17e siècle et d’une collection archéologique qui témoigne de l’époque de la traite des fourrures, le Musée ré-ouvre le 3 mai et propose des activités particulières pour les 375e de Montréal. Enfin, l’histoire côtoie le contemporain grâce au Musée plein air de Lachine qui expose plus d’une cinquantaine d’œuvres contemporaines. À découvrir! 

– Chloé Mour

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Du McGill Délit Français à ICI Musique Radio-Canada http://www.delitfrancais.com/2017/04/21/du-delit-a-ici-musique-radio-canada/ Fri, 21 Apr 2017 19:26:33 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28474 Alors qu’elle était étudiante à la faculté de gestion à McGill, Josée Bellemare a découvert Le Délit, alors le Mcgill Daily Francais. Son expérience l’a incitée à se lancer dans le journalisme et aujourd’hui elle est la directrice des émissions à la radio d’ICI Musique de Radio-Canada. Le Délit s’est entretenu avec elle pour parler de son expérience au sein du journal.

Le Délit (LD): Comment avez-vous entendu du Délit quand vous étiez à McGill?

Josée Bellemare (JB): J’ai dû voir Le Délit traîner dans un local, et je m’y suis intéressée. J’étais dans la faculté de gestion, impliquée dans diverses associations en commerce, et j’avais le goût de faire autre chose. C’est pour ça que je me suis intéressée au journalisme étudiant.

LD: Est-ce qu’il avait-il un certain contexte à McGill autour de la langue française, du Québec?

JB: Oui, c’est sûr. Il y aura toujours ce contexte dans cette université anglophone au milieu d’une province majoritairement francophone. Mais cette réalité était vécue différemment d’une faculté à l’autre. Moi, ce n’est pas par souci de me retrouver entre francophones que je suis allé au journal étudiant. C’était plus pour m’intéresser à des questions d’actualités, à la vie étudiante.   

LD: Quel était le fonctionnement du journal à cette époque-là?

JB: Je me rappelle que nous étions assez autonome. On fréquentait quand même l’équipe du journal anglophone. Ce qui me marque encore aujourd’hui, c’est à quel point nous avions le sens de la critique entre nous. J’ai rarement rencontré une équipe aussi franche et aussi droit au but dans ma carrière. Le journal était publié le mardi matin, et le mardi soir on faisait le slash: c’était de passer en revue le journal et les articles de tous le monde, en plus de préparer la production du prochain numéro. Les critiques étaient toujours constructives, j’ai vu qu’on pouvait vraiment améliorer un article.

LD: On voit que les traditions n’ont pas changées!

JB: Je vous en parle parce que c’est vraiment ce qu’il me reste de mieux, vingt-cinq plus tard (rires)! De se mettre en équipe, regarder le journal, critiquer et se faire critiquer.

LD: Quel est votre meilleur souvenir au Délit?

JB: Ah mais il y en a trop (rires)! D’un point de vue personnel, je me souviens du moment où je me suis dit que je serai journaliste dans la vie. J’écrivais un article sur l’école alternative et je me suis dit : «Un jour on va peut-être me payer pour que j’apprenne davantage et que je cultive ma curiosité». Cette idée-là me séduit encore aujourd’hui. Il y a eu d’autres moments, des bons et des plus difficiles. Et je me souviens des moments difficiles, parce qu’ils ont été formateurs.

LD: Quelle chanson mettriez-vous pour motiver votre équipe du Délit un lundi soir?

JB: On avait une chanson fétiche JB notre gang, c’était «Le phoque en Alaska» [de Beau Dommage, ndlr]. On ne la mettait pas en production, mais on finissait tous nos partys avec ça! Si je la mettais au bureau, c’est sûr que tout le monde comprendrait que c’est le temps de se serrer les coudes! 

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Le Délit: «un laboratoire dont il faut savoir profiter» http://www.delitfrancais.com/2017/04/21/marc-antoine-godin/ Fri, 21 Apr 2017 19:16:31 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28479 Je vais vous faire une confidence. S’il y a le même nombre de lecteurs du Délit qu’à l’époque, je suis sûr qu’il s’agit d’une confidence.

Lorsque j’ai été embauché à La Presse, je n’ai même pas eu besoin de justifier le fait que je n’avais jamais étudié en journalisme. «À nos yeux ton expérience au journal étudiant vaut bien un bacc en journalisme.» Woah, ok!

Ce n’est pas vrai que l’Université McGill n’a aucun programme en journalisme; c’est juste qu’on n’y trouve aucun cours, aucun professeur et aucune théorie. Le programme du Délit français est entièrement pratique ! Je vous assure que ça recèle plus d’avantages que vous ne le croyez. Car si les grands principes du journalisme demeurent, les façons de faire, elles, changent continuellement. Apprendre les façons de faire sur les bancs d’école peut s’avérer une perte de temps si, au moment d’entreprendre le boulot, l’industrie est déjà passée à d’autres méthodes. C’est en tout cas ce qu’ont dit certains collègues qui, du bout des lèvres, regrettaient leurs études.

De mon expérience au Délit, il n’y a rien à regretter. C’est un laboratoire dont il faut savoir profiter. Au départ, c’est la chronique qui me venait le plus aisément. Je voulais teinter mes articles de mon point de vue. Je me prononçais pompeusement sur des sujets que je ne maîtrisais pas tout à fait. Je cherchais le style d’abord et le sujet ensuite. Tsk tsk tsk. Mais il a fallu passer par là pour me rentre compte que plus on en sait, plus il nous en reste à apprendre…

Ça fera bientôt 20 ans que j’ai quitté McGill. Ma cohorte a été parmi les dernières à faire ses études sans internet. Saint-Wiki n’était pas là pour nous sauver. Les choses n’ont changé qu’en apparence. Aujourd’hui, autant dans les cours qu’au journal, il y a certes un fond d’informations facilement accessible, un Astroturf de savoir qu’on étend sur le plancher de nos sujets. Mais après ça? Après il reste la vraie histoire à raconter, celle pour laquelle il faut fouiller, questionner… Il faut sortir, parler aux gens — les faire parler surtout — et être les porte-voix d’une réalité pas toujours belle mais néanmoins réelle. Là où il y a de l’authenticité il n’y aura pas de fake news.

J’ai appris à McGill deux conseils qui ne me quittent plus. Tout d’abord cette citation d’Yvon Deschamps: «on ne veut pas le savoir, on veut le voir». Rien à ajouter! Et puis cette riche idée que mon directeur de mémoire m’a transmise: «le plus petit contient le plus grand». En d’autres mots, inutile de vouloir décrire une réalité dans son ensemble, en trop de mots et en trop de façons de s’y perdre. Trouvez un petit exemple probant et, si vous l’exprimez bien, il va irradier une vérité beaucoup plus grande.

Sur ce, je vous laisse. Vous avez un monde à changer et moi une fille à aller chercher à la garderie.

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Le tournant journalistique http://www.delitfrancais.com/2017/04/21/david-groison/ Fri, 21 Apr 2017 19:16:15 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28481 Je parle souvent du Délit car cette expérience a été pour moi un tournant. J’ai créé un journal quand j’avais 11 ans, je savais déjà que je voulais être journaliste. Mais arrivé au lycée, j’ai abandonné l’idée. Ça me semblait irréalisable. Depuis ma ville de Lyon, en France, ne connaissant aucun journaliste, cela me semblait un délire inatteignable. J’ai fait alors une école d’ingénieur, un an à McGill. J’ai assez peu bossé mes cours d’informatique, mais j’ai pu m’investir dans une troupe de théâtre et la vie du journal. Et j’ai adoré ça. J’ai découvert celui qui était encore un metteur en scène peu connu, à la tête du théâtre de Quatre Sous, Wadjdi Mouawad. Une claque que j’ai voulu partager d’abord avec Maude et les copains de la rédaction… et puis avec tous les lecteurs du Délit. J’ai aussi pris un café — après l’avoir renversé de stress sur la table du bistrot — avec Gad Elmaleh. J’ai rencontré des artistes, réalisé reportages critiques et interviews. Et puis un jour, en mars, L’Oréal m’a proposé une mission d’ingénieur à New York. Je suis allé passer les entretiens, mais dans le bus qui m’a ramené la nuit vers Montréal, j’ai fait mon choix. Je leur ai dit non et ai postulé à l’École de journalisme de Lille. Je dois beaucoup au Daily et au Délit (c’est cette année là qu’on a changé de nom).

Bel anniversaire à vous.

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Alexis Chemblette http://www.delitfrancais.com/2017/04/21/alexis-chemblette/ Fri, 21 Apr 2017 19:15:59 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28483 Mon passage au Délit, il y a quelques années, a coïncidé avec mes premiers pas dans le journalisme. Je me suis ainsi retrouvé  commentateur politique à un moment où  j’envisageais plutôt une carrière dans les cabinets ministériels.

Au Délit, j’ai intégré d’emblée une équipe de rédaction animée par sa modeste mais intangible ambition de produire et diffuser un hebdomadaire en langue française au sein d’une université anglophone. Car le Délit c’était avant tout cette exigence d’offrir une tribune aux étudiants de tous horizons qui avaient en commun de s’exprimer en français : Québecois, Français, Maghrébins, tous réunis autour d’une appartenance linguistique et, plus largement, d’une empreinte culturelle. Nous revendiquions une sorte de dissidence malgré les critiques et railleries  que nous essuyions de nos confrères du McGill Daily et du McGill Tribune convaincus qu’il n’y avait point de salut en dehors du canon de pensée libéral anglo saxon.

Au Délit, j’ai pris le goût de l’écriture journalistique, celui de toujours adopter un regard original et critique sur les événements du monde. J’y ai saisi aussi, sur un plan plus pratique,  le poids des contraintes et des échéances que suppose la publication d’un journal papier. Je publiais des éditos sur la politique et les affaires internationales, mais j’officiais aussi en tant que secrétaire de rédaction de la section art et culture. Un ensemble de responsabilités qui me convenait parfaitement. Mon expérience au délit m’a également appris à maîtriser l’art de l’interview, consistant à concevoir et poser des questions incisives et déstabilisantes en vue d’obtenir des réponses aussi sincères et spontanées que possible.

Je me remémore aujourd‘hui les soirées interminables de bouclage du journal, le lundi… Ces chroniques qu’il fallait relire cent fois, ces articles de nos correspondants qu’on attendait fébrilement, ces mises en page laborieuses sur Indesign, mais aussi les  bières à trois heures du matin lorsque l’édition du lendemain était  enfin envoyée à l’impression.

Cette expérience a sans aucun doute guidé mes choix ultérieurs ; mûri mon goût pour le journalisme. J’ai notamment mis en avant cette expérience pour être embauché aux Echos à Paris où j’ai d’ailleurs renoué avec cette atmosphère indescriptible  et unique des salles de rédaction:  le désordre permanent, le bruit des claviers, les appels incessants des attachés de presse, et les centaines de pages de journaux qui jonchent le sol.

L’ironie de l’histoire a fait qu’aujourd’hui j’écris à NY et en anglais pour VICE, un média d’origine montréalaise qui se rapproche du Délit à de nombreux égards. Je retrouve, avec des nuances, cette ligne éditoriale progressiste, cet esprit alternatif et cet engagement pour la diversité qu’incarne le Délit.

Mon premier article au Délit portait sur le polémiste Eric Zemmour et l’amorce de la  radicalisation de la droite française. Un article qu’il serait nécessaire d’actualiser tant les idées défendues par Zemmour sont devenues majoritaires en France et dans d’autres pays occidentaux. C’était il y a cinq ans, à l’aube de l’élection de François Hollande … Une éternité !

Il n’y a rien de plus gratifiant que de publier un article en son nom propre. Le Délit m’a donné cette première opportunité. Je lui en serai toujours reconnaissant. 

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Il était une fois… l’Histoire. http://www.delitfrancais.com/2017/04/21/il-etait-une-fois-lhistoire/ Fri, 21 Apr 2017 19:13:53 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28504 Passer du côté des livres

Nous sommes en 2001, quelque part en Algérie, mais aussi en 1822, dans une calèche en route vers Paris, et à Linchamps en 1988. Rien ne semble connecter ces moments au premier regard. Pourtant, une suite d’événements en apparence aléatoires viendront se lier pour former une histoire. Martin Martin, en enterrant sa mère dans la campagne pluvieuse des Ardennes, fait la découverte de nombreux carnets, datant d’une époque lointaine. Ce sont les écrits d’Adélaïde de Saxe de Bourville. À mesure qu’il en parcourt les lignes, le héros entame un voyage dans l’histoire, vers l’Histoire.

L’objectif ultime de Martin Martin est de raconter une histoire, de retrouver les descendantes des Saxe de Bourville pour la leur transmettre. Cependant, il est difficile d’en voir le début et la fin, puisque les époques se superposent et se confondent tout au long de la pièce, accentuant la confusion entre l’imaginaire et le réel. Néanmoins, la présence de personnages historiques permet d’élargir le contexte de la pièce, en lui donnant une pertinence. Le spectateur peut ainsi ancrer le récit dans un contexte particulier, mais aussi le sortir de la scène. On pourrait presque retrouver quelque chose du personnage d’Adélaïde dans le légendaire Comte de Monte-Cristo, écrit par Alexandre Dumas, personnage clé de l’histoire.

Gaspard Nahmias | Le Délit

Entre fiction et réalité

Le récit présenté sur la scène laisse le spectateur avec de nombreuses interrogations. La pièce était bien réelle, mais qu’en est-il de l’histoire? Comment savoir si tout ce que Martin Martin raconte est véridique ou non? Mais … y a-t-il vraiment une réalité? La pièce pose la question de l’existence d’une réalité objective à laquelle tout récit devrait correspondre pour être vrai. Au sortir de la pièce, il apparaît évident que «La vie est un récit», et chaque vie et chaque récit sont eux-mêmes composés de plusieurs récits, d’une multitude, d’une infinité de récits. Tout est fiction, et le spectateur est libre de toute interprétation.

L’histoire se caractérise aussi par des éléments qui traversent les époques tout en les liant. La fontaine, sous laquelle est enterré le trésor des Saxe de Bourville est omniprésente dans le récit. On la retrouve dans les tableaux, dans le périple de Martin Martin et dans l’histoire qui se déroule sous les yeux du spectateur. Elle donne du sens à la quête du héros, c’est la raison qui le pousse à remonter l’encre des carnets d’Adélaïde. Presque mystique, cette fontaine est le fil conducteur de ce périple.

Le dénouement est laissé à l’imaginaire du spectateur.

Une chose est sûre, l’histoire racontée par Martin Martin est tissée de tant de passion que le spectateur est tenu en haleine du début à la fin. L’attitude du personnage porte à croire qu’il suit les aléas de la vie, en construisant son histoire au fur et à mesure que le spectateur la découvre. Sauf que lui, il la connaît, l’histoire. Il se contente de la livrer à Alia et sa fille Jeanne, leur faisant ainsi comprendre qu’elles sont les descendantes d’Adélaïde, que cette histoire est la leur. En réalité, il avait tout planifié, il savait exactement où il allait, comme s’il avait le pouvoir d’écrire cette histoire. Au fond, le spectateur n’aura jamais la certitude de la véracité de ces propos. Est-ce que ce sont réellement les carnets d’Adélaïde qui l’ont amené là, ou un parfait hasard? Le dénouement est laissé à l’imaginaire du spectateur. Le subterfuge est réussi:  «Rien que pour un moment figé dans le temps, l’on enfile l’habit de l’autre, et on se met à y croire.»

Gaspard Nahmias | Le Délit

L’envers du décor

Ayant choisi d’adapter Le Porteur d’Histoire, d’Alexis Michalik, la principale difficulté pour Franc-Jeu résidait dans la distribution des rôles. Dans la pièce originale, il n’y a que trois rôles principaux. Cependant dans cette adaptation, les personnages secondaires parviennent à se tailler une place. Cette manœuvre permet de faire avancer l’histoire pour lui permettre de se résoudre avec fluidité. Le rôle principal de Martin Martin étant divisé en deux, il était nécessaire que le duo d’acteurs s’accorde à la perfection pour une interprétation commune d’un personnage, mais aussi pour montrer et justifier son évolution au fil du temps, puisqu’il est passé d’un personnage amer au moment où il enterrait sa mère, vers quelqu’un d’enthousiaste en arrivant en Algérie. Dans la même optique, Adélaïde et sa descendante Alia étaient jouées par la même actrice, qui avait donc le défi inverse, de montrer les différences entre les deux personnages, mais aussi ce qui les lie.

Pour ce qui est de la mise en scène, fidèles à eux-mêmes, Franc-Jeu a proposé à son public des décors minimalistes. Les différentes époques où l’histoire prend place se distinguent par les cinq tableaux, qui servent ingénieusement de repère au public et dynamisent le décor. Chacun représente la même scène, Adélaïde devant la fontaine, mais sous le spectre artistique propre à chaque époque, allant de la peinture médiévale à l’art contemporain, en passant par le romantisme de Delacroix, l’impressionnisme, et le «néo-expressionnisme».

Aussi, là n’est pas la seule combinaison artistique rajoutée par Franc-Jeu, puisque deux guitaristes et une pianiste accompagnent les acteurs, rajoutant une dimension sonore inédite à la pièce. Ces ajouts montrent bien la volonté de la troupe de dépasser le cadre du théâtre traditionnel  pour construire quelque chose de collectif, de plus moderne, par l’expérimentation de plusieurs formes d’art tout en restant en lien avec le théâtre.

Gaspard Nahmias | Le Délit

Remonter l’Encre, était un pari risqué, mais réussi. La pièce originale s’ancre dans un contexte purement fantaisiste, et le seul reproche que l’on pourrait adresser à Franc-Jeu est de ne pas l’avoir transposée dans un univers plus canadien… La pièce est également très féministe, les dialogues semblent avoir été longuement travaillés pour que ce parti pris se fasse avec finesse. En somme, la troupe a embrassé cette opportunité, ce qui leur a permis de diversifier leur approche dramatique. Quoi qu’il en soit, leur histoire ne semble pas prête de s’arrêter.

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Futur du journalisme étudiant http://www.delitfrancais.com/2017/04/18/futur-du-journalisme-etudiant/ Tue, 18 Apr 2017 21:09:34 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28497 La presse papier étudiante est aujourd’hui un anachronisme. Cela ne remet pas en question ses raisons d’être. Maintenir une édition papier, distribuée à travers le campus, permet à un journal étudiant de demeurer visible, de soigner son image et sa légitimité, son professionnalisme, de rester à proximité d’un public qui lui est exclusif soit son public.

Si l’édition papier est fondatrice pour le journal, elle lui permet de s’étendre vers de nouvelles plateformes et de nouveaux lectorats. The Link, un des deux hebdomadaires de l’Université Concordia, aux côtés du Concordian, imprime 8000 copies parsemées chaque semaine en plus de 100 lieux hors-campus, un réseau de distribution unique à Montréal pour un périodique étudiant. The Link fait néanmoins nouvelle peau, et a récemment décidé de «transiter d’un journal hebdomadaire à un média en ligne avec un magazine papier mensuel.» Site internet d’abord, magazine en dur ensuite, The Link envisage de compenser le ralentissement de son rythme de publication papier par une présence digitale réactualisée «au quotidien».

Une grande première dans le journalisme étudiant

Pari inédit, le futur proche du Link sera scruté par le microcosme journalistique étudiant au Québec, comme a pu l’être le grand déménagement de La Presse il y a peu. «Les journaux étudiants ont leur pertinence et leur légitimité en version papier» note toutefois Laurence Poulin, rédactrice en chef du Collectif, le journal étudiant de l’Université de Sherbrooke. Face à une logique économique incitant à un «virage obligatoire uniquement vers le web», le papier reste attrayant.

Il faut apprécier l’audace du journal concordien, alors que tout journal étudiant ne réduit d’habitude sa présence physique que lorsqu’il en est forcé. The Link a ici décidé d’anticiper des tendances se dessinant avec de plus en plus de netteté. Kelsey Litwin, rédactrice en chef du Link, nous explique le raisonnement du journal: «Le lectorat des journaux descend, c’est indéniable. Beaucoup réduisent leur distribution et rythme de publication. Les magazines, par contre, demeurent pertinents à travers tout ceci. Il y a quelque chose de particulier avec les formats magazine — que ce soit le design, le style d’écriture, les éléments visuels — qui ne rendent pas aussi bien en ligne.»

Les objectifs divers de la presse papier

Ces même tendances nous sautent aux yeux chaque semaine, lorsque les piles du Délit ou du McGill Daily semblent rester intactes partout sur le campus, et qu’elles grimpent à chaque nouvelle édition, pour nous donner en fin de semestre le spectacle d’un macabre gâchis. L’interrogation du lectorat n’est toutefois pas une hantise. Tantôt taboue, tantôt opportunément évacuée, elle s’efface devant d’autres préoccupations. Celle de remplir son rôle et son mandat, celle de former des journalistes néophytes et intéressés, celle de retrouver dans les bacs, chaque mardi matin, seize pages de qualité.

Le Délit, îlot francophone en mers anglophones, se doit de remplir une mission qui lui est propre: promouvoir la francophonie, sa langue et sa culture, au sein de la communauté mcgilloise. À cette obligation s’en ajoute une autre, incombant à tout journal étudiant, celle d’agir en contre-pouvoir, de tenir responsable de leurs actes les multiples institutions étudiantes et universitaires.

Autre particularité déliite, qu’il partage avec ses confrères mcgillois le journal forme autant qu’il informe. En l’absence d’école de journalisme, la presse étudiante, radio (CKUT) et vidéo (TVM) y compris, fait office de formation de circonstances: tout nouveau ou nouvelle venu·e se retrouve directement sur le terrain, à découvrir par soi-même les réalités du métier, guidé·e par les plus ancien·ne·s, porteurs·euses d’un savoir institutionnel.

Espace de libre expression

L’atout premier du journal étudiant est l’espace dont il dispose et qu’il peut offrir aux étudiant·e·s. Selon Félix-Antoine Tremblay; ancien rédacteur en chef de L’Heuristique, journal étudiant de l’ÉTS, un journal étudiant «doit être une plateforme permettant à tout·e·s les étudiant·e·s de diffuser de l’information.» Une plateforme ouverte à tous, et aux voix qui ont d’habitude du mal à se faire entendre, Kelsey Liwtin nous définit le mandat du Link, «de défendre les communautés marginalisées et couvrir des enjeux qui ne sont pas typiquement couverts par la presse généraliste.»

Dans un monde du journalisme professionnel soumis à plus en plus de contraintes, la liberté de ton, de sujet, de format, propre à certains journaux étudiants, est une grande richesse.

La presse étudiante complète la presse professionnelle, contribue à la diversité du paysage médiatique, amène de nouvelles perspectives et enjeux, un rôle d’avant-garde, d’équilibre. C’est via sa presse que la population étudiante peut s’investir dans le débat public. À Québec plus que nulle part ailleurs dans la province, Impact Campus, le journal étudiant de l’Université Laval et seul journal étudiant de la ville, s’est imposé comme un acteur respecté de la vie publique.

À la faveur d’évènements sur et autour du campus — agressions sexuelles en résidence, attentat à Sainte-Foy, grève du principal syndicat des employés de l’université — Impact Campus a pu gagner en visibilité, nous explique Henri Ouelette-Vézina, chef de pupitre Actualités du journal. Il invoque aussi un plus grand accès aux sources officielles, avec le Parlement sur place, et une compétition médiatique moins présente. À plus grande reconnaissance et plus grand lectorat, plus grande responsabilité et plus grand investissement requis, souligne-t-il toutefois. En cherchant à être légitime, à se professionnaliser, la presse étudiante devrait-elle s’accommoder de ces contraintes dont elle est d’ordinaire libre?

Pour remplir ses tâches, pour en avoir la liberté et la capacité, il faut tout de même à un journal étudiant une certaine sécurité financière, lui permettant de s’inscrire et réfléchir dans la durée. Peu de journaux étudiants évoluent dans de telles conditions aujourd’hui. L’Heuristique a cette année failli disparaître, journal interne de l’association étudiante de l’ÉTS, il s’est retrouvé en danger quand l’association a voulu le dissoudre. L’Heuristique a dû s’en émanciper, et devenir un journal étudiant financé par sa propre cotisation étudiante, pour obtenir une indépendance conditionnelle à son bon fonctionnement.

Une existence précaire

Une cotisation étudiante  apporte une bienvenue garantie de revenus, qui s’ajoute à des fluctuants revenus publicitaires, mais peut elle-même prendre fin. Le Collectif a failli perdre sa cotisation étudiante cet automne, faisant face à une campagne Fuck le Collectif, lors d’une Assemblée générale de l’association étudiante. Laurence Poulin, rédactrice en chef, en a tiré des enseignements: «Nous sommes toutefois conscients que l’on ne peut pas plaire à tous les lecteurs, mais assurer une représentation qui soit la meilleure possible.»

Un journal étudiant doit être remis en question par son public étudiant, qui le lit et le finance. Mais exister dans un état permanent de précarité et d’incertitude est néfaste au développement organique du journal. À McGill, la Société du publication du Daily, encadrant le Délit** et le Daily, doit voir sa cotisation étudiante renouvelée tous les cinq ans lors d’un référendum. Sur un campus régulièrement en proie à de clivantes tensions politiques, cela ajoute à la vulnérabilité conjointe du Daily et du Délit.

L’Organe, trimestriel francophone logé à l’Université Concordia, a tout récemment récupéré une cotisation étudiante qu’il avait perdu il y a deux ans, faute d’activité. Un journal étudiant peut faillir, chancelant, et se rétablir sur ses pieds, avec le soutien de l’Université, qui elle aussi bénéficie d’une presse étudiante dynamique.

Quarante ans plus tard, la versatilité du Délit, de la presse étudiante, surprend, entre papier et internet, avec une liberté de format, de ton, et de contenu, affranchie de toute pression économique, la presse étudiante a à portée de main des outils pour rester présente et avant-gardiste.

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Souriez, Le Délit se fait pirater! http://www.delitfrancais.com/2017/04/18/souriez-le-delit-se-fait-pirater/ Tue, 18 Apr 2017 20:00:37 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28431 Il est souvent délicat d’aborder le sujet de la sécurité informatique, ce pour plusieurs raisons. Au début de l’ère informatique, manipuler un ordinateur relevait du défi, il fallait comprendre de manière très précise ce qui se passait, afin de pouvoir effectuer ce que l’on voulait. Avec le temps les innovations graphiques et pratiques ont permis d’élargir la base d’utilisateurs, tout en réduisant les connaissances nécessaires et abstrayant les processus complexes du regard de l’utilisateur. La conséquence est qu’aujourd’hui ces processus sont perçus comme étant plus complexes par les utilisateurs, rendant plus difficile leur vulgarisation.

La seconde difficulté majeure est d’attiser l’intérêt chez l’auditoire: «À quoi bon me protéger personnellement si je n’ai rien à cacher?» Cette question précise ayant déjà été abordée maintes et maintes fois, je me contenterai de vous renvoyer à l’article d’Hortense Chauvin Parole sous surveillance; adoptons plutôt une perspective globale: que se passe-t-il si les autres ont une sécurité défaillante? Car il est bien beau d’être un citoyen sans peur ni reproche faisant des recherches google, mais, à l’ère des «fausses nouvelles», et autres épouvantails (straw men), quand la qualité et l’indépendance des médias est capitale sur fond de context politique troublé, qu’adviendrait-il si la sécurité informatique d’un journal fût compromise?

Hacker: accessible ?

Mon but, vous l’aurez compris sera de tenter de dépasser ces deux difficultés, de vous montrer que pour hacker — ici, récupérer des mots de passe sans y être autorisé — il faut surtout être attentif plus que connaisseur, et que les conséquences peuvent être dramatiques, à une échelle perceptible par tout étudiant de McGill.

La première étape est de résumer ce que l’on sait de la cible: bien que les bureaux de la SPD aient une serrure, des personnes vont et viennent la journée et la semaine, laissant donc parfois la porte ouverte, aussi, lors des soirées de production, tout le monde y est admis, ce qui représente une bonne occasion pour accéder au matériel informatique.

Une fois sur les lieux, on peut commencer la collecte d’informations sensibles: tout indice qui puisse nous aider. On remarque rapidement que l’un des tableaux du bureau recèle énormément d’information accessible à toute personne dans la salle: le mot de passe de l’imprimante, celui des sessions du Délit sur les ordinateurs, ainsi que l’adresse du serveur sur lequel sont tous les fichiers des deux journaux, et le mot de passe pour y accéder.

En somme, toute personne étant rentrée une fois pendant une soirée de production pourrait accéder à distance — voire de chez elle — à ce serveur et en supprimer l’entièreté du contenu, ce qui entraînerait probablement l’arrêt de la publication du Délit pendant plusieurs semaines.

De lourdes conséquences

Toutefois, ceci n’est peut-être pas la conséquence la plus grave. Le Délit a un site internet sur lequel sont postés les articles après leur publication papier; aussi, comme la très large majorité des site internets, ce site est géré grâce à un logiciel, WordPress, qui permet de prendre facilement en charge la sécurité et la publication des articles. Ce système est en théorie tout à fait sécurisé, sauf lorsque le mot de passe pour accéder au WordPress est lui-même laissé dans un endroit non-sécurisé: c’est comme laisser la clef d’un coffre-fort juste devant celui-ci.

Délit de fuite

Si l’on veut accéder à ce mot de passe, il nous faut nous poser quelques questions: est-ce que l’équipe du Délit accède à WordPress depuis les ordinateurs du bureau? Si oui, est-ce qu’il y a moyen de récupérer ce mot de passe depuis ces ordinateurs? Essayons.

En premier lieu, il arrive que quelqu’un se soit connecté à WordPress  en oubliant de se déconnecter de l’ordinateur, nous donnant alors le champ libre. De plus, si la boîte courriel ou le Facebook de l’un des éditeurs est ouverte, nous pouvons récupérer autant d’informations que possibles sur les contributeurs, voire sur des sources anonymes puis les révéler.

Si ce n’est pas le cas, grâce aux mots de passe trouvés plus haut on peut ouvrir une session sur chaque ordinateur du bureau, puis on peut vérifier pour chaque ordinateur les mots de passe enregistrés par Google Chrome: allons dans «Paramètres», puis «Paramètres avancés», puis «Gérer les mots de passe» puis nous obtenons la liste des mots de passe enregistrés, y compris ceux de WordPress, ce qui nous permet ensuite de modifier à volonté le site internet: inclure de nouveaux articles, modifier d’anciens, etc.

De simples mesures  à prendre

Pourtant de simples mesures permettraient de limiter ces riques. Ces failles simples, silencieuses, dangereuses sont la parfaite arme politique: qu’adviendrait-il si de fausses accusations — d’agressions sexuelles par exemple — étaient publiées? Probablement la simple destruction de l’accusé·e ainsi que de la crédibilité de la publication. 

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Córki dancingu (The Lure) http://www.delitfrancais.com/2017/04/14/corki-dancingu-the-lure/ Sat, 15 Apr 2017 01:22:25 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28492 The Lure (l’Appât), premier film de la réalisatrice polonaise Agnieszka Smoczyńska, transcende les genres cinématographiques. À cheval entre la comédie musicale et le film d’horreur, le conte pour enfants et le film noir pour adultes, le résultat est un plaisir audio-visuel à la trame narrative un peu floue.

Deux jeunes sœurs sirènes arrivent sur une plage de Varsovie, où elles entendent un trio de musiciens décompressant d’une (autre) soirée passée à jouer dans un «restaurant dansant», institution typique du bloc communiste des années 80. Attirées par la musique sur la terre ferme, elles sont prises sous l’aile de la chanteuse Krysia (Kinga Preis), une sympathique matrone à l’étoile pâlissante qui remarque leur impressionnant talent vocal. Elle les présente au propriétaire du resto qui, après une protestation sommaire des moins convaincantes («Ce ne sont que des gamines…»), ne demande qu’à les voir dans leur plus simple appareil. À sec, elles ont des jambes humaines, mais un pubis parfaitement lisse au lieu d’une vulve. Toutefois, lorsqu’on les éclabousse, leur queue d’anguille réapparaît, écaillée et gluante, et dotée une curieuse fente. «Elles pourront chanter et danser nues», dit le proprio confus, mais opportuniste.

Alors que Golden (Michalina Olszańska) développe un penchant pour la séduction et le cannibalisme, Silver (Marta Mazurek) tombe rapidement éprise du bassiste de la maison, un jeune blondinet pas insensible aux charmes de la jolie sirène mais peu éveillé sur le plan émotif. L’amour, donc, n’est pas réciproque: «Tant que t’auras cette queue, tu ne seras toujours pour moi qu’un poisson», lui dit-il. Des tensions naissent entre l’ingénue malheureuse et sa sœur mangeuse d’hommes, qui sait fort bien qu’une histoire d’amour entre une sirène et un humain ne peut que mal se terminer…

Au menu: un plat aux fruits de mer sucré-salé, relevé d’une sauce féministe.

Infusé de chansons pop saccharines aux paroles souvent enfantines, le film baigne aussi dans une ambiance visuelle des plus fantastiques: tantôt chaude et feutrée, tantôt dégoûtante et… poisseuse, comme de raison. Il exploite adroitement la dualité entre l’artifice du spectacle et son côté trash derrière le rideau; entre le culte voué par les hommes au corps des jeunes femmes et la révulsion que celui-ci suscite lorsqu’il est réellement mis à nu; entre l’innocence naïve et l’exploitation cynique.

The Lure surprend beaucoup, surtout pour un début cinématographique, même s’il présente certains défauts caractéristiques d’un premier effort: Smoczyńska a étiré certaines scènes — réussies sur le plan esthétique — au détriment d’autres qui auraient pu étoffer davantage le récit.

Ce film art-house ne plaira peut-être pas à tout public, mais il saura certainement s’attirer un petit culte de curieux en quête d’une expérience cinéma «late-night» inusitée et hantée d’une indéniable beauté sensuelle.

 

Pologne • 2015 • 92 minutes • Couleur • 2.39:1 • VO polonaise STA

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Des cuisines aux refuges http://www.delitfrancais.com/2017/04/09/des-cuisines-aux-refuges/ Sun, 09 Apr 2017 16:32:04 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28485 MealCare organisait cette semaine un concours photo sur le thème du gâchis alimentaire, le cliché gagnant illustre cet article.

Chaque année, on estime que près de 40 pourcents de ce que nous produisons est jeté avant d’être mangé. En moyenne, le consommateur canadien moyen jette 50 pourcents de ce qu’il achète en magasin et le gaspillage alimentaire coûte près de 31 milliards de dollars par année au pays. Pourtant, selon le Programme Alimentaire Mondial, 1 personne sur 9 souffre de faim dans le monde. Et ce gâchis  ne cesse de croitre.

Des dizaines de refuges de sans-abris, à Montréal seulement, attendent d’être aidé. Voilà justement la mission que des étudiant·e·s mcgillois·e·s se sont fixé à travers l’association MealCare. Leur objectif est de combattre la faim à Montréal tout en réduisant le gâchis de nourriture. Ainsi, les membres cherchent à récupérer le surplus de nourriture d’institutions (les cafétérias de McGill, du bâtiment Shatner, de restaurants, épiceries et supermarchés dans Montréal) pour le redistribuer dans des cantines, des refuges, et des banques alimentaires.

Dimanche dernier, après des mois de préparation, MealCare a pu faire sa première livraison de nourriture, de la cafétéria de la résidence mcgilloise Royal Victoria College à la Mission Old Brewery, un refuge abritant les sans-abris montréalais. Cette première opération, s’étant déroulée sans souci, sera renouvelée chaque semaine, selon l’organisation dans l’espoir d’aider les personnes à la rue, et de réduire le tas de nourriture gâchée dans la ville.

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Les 40 ans, vus par les âmes du Délit http://www.delitfrancais.com/2017/04/08/les-40-ans-vus-par-les-ames-du-delit/ Sat, 08 Apr 2017 13:47:25 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28476 Pour Boris et Letty, qui n’étaient pas encore impliqués au bureau publicitaire en 1977, cette année conjure toutes sortes de souvenirs: une scène musicale effervescente et le succès des Sex Pistols pour l’un, et un parcours d’études tout juste amorcé pour l’autre, la tête pleine de rêves et d’aspirations académiques. Tous deux se rappellent le climat politique bouillonnant de l’époque, dont le mécontentement vis-à-vis de la représentation francophone à McGill, que certains souhaitaient transformer en institution complètement anglophone.

À cet égard, le lancement d’une édition francophone du McGill Daily joua sans aucun doute un rôle influent dans la représentation de la voix francophone sur le campus. Cette initiative rappelle l’importance du McGill Daily comme institution d’avant-garde, au diapason avec le climat politique, prête à consacrer ses ressources pour soutenir le développement du point de vue francophone sur le campus.

Au fil des années, ce projet a continué de grandir pour prendre une forme semblable à celle d’aujourd’hui: un conseil de rédaction complètement distinct du journal anglophone, qui réussit à travailler de façon harmonieuse et collaborative avec ses confrères du Daily, pour partager une perspective unique de l’actualité étudiante, locale, nationale et internationale. Cette croissance ne s’est pas fait sans défis : certaines années, le recrutement de collaborateurs et le maintien d’un conseil de rédaction s’est avéré difficile; de plus, la production de contenu a grandement changé au fil des décennies, passant de plaques d’impressions à des fichiers numériques, sans oublier le développement du site web et du contenu multimédia.

Durant les dernières décennies, la composition du conseil de rédaction du Délit a évolué, reflétant le développement de la communauté étudiante internationale de McGill. Le conseil de rédaction représente une véritable célébration de la diversité francophone de McGill, et continue de produire du contenu unique et sophistiqué – et non pas une traduction directe du contenu anglophone, une perception erronée qui perdure depuis la création du Délit!

Au final, Le Délit demeure non seulement un point de rassemblement et d’échange pour les francophones, mais également (tout comme The McGill Daily!) une formidable école de journalisme pour la communauté de McGill et pour sa population francophone, soit 20% des étudiants. Plusieurs anciens ont poursuivi leur carrière médiatique dans des publications et institutions prestigieuses, Radio-Canada par exemple. Le bureau publicitaire de la Société des publications du Daily souhaite longue vie au Délit, et espère que son succès pourra inspirer l’apparition de médias étudiants dans d’autres universités, pour représenter des communautés et des voix qui seraient autrement laissées dans l’ombre. 

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Le français, frein aux artistes? http://www.delitfrancais.com/2017/04/08/le-francais-frein-aux-artistes/ Sat, 08 Apr 2017 13:34:07 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28470 L’industrie mondiale de la musique, oh so 21e siècle, produit en chaine et sans relâche des hits d’un jour, ou ce que ma mère préfère appeler les «chansons sandwich». Notre attention étant d’une milliseconde, nous dévorons tout ce qui est nouveau, et aussi tout ce qui est différent (ou qui parait l’être). Cette fringale auditive se reflète aussi dans le milieu de la chanson elle-même: assoiffée de formules à deux sous, elle multiplie les invectives et les bons mots. Et vis-à-vis de ce public grandissant et inassouvi, la chanson francophone a trouvé sa rétorque: chanter en anglais.

French is the new sexy

Depuis l’épique reprise de la Marseillaise par les Beatles dans «All you need is love», plusieurs artistes ont tenté le pari d’insérer des éléments français dans leurs chansons. L’exemple de Lady Gaga et son Bad Romance utilisent intelligemment cet engouement pour la langue de Racine, la langue du non-dit et du sous-entendu, du dévoilement lascif et sensuel. Et c’est bien ça le problème: certains artistes francophones contemporains préfèrent la punch line rapide et frappante de l’anglais, celle qui fait du buzz.

Pourtant, d’autres font le pari du français. L’artiste lauréat de la grande médaille de la francophonie décernée par l’Académie française, Stromæ prétend que toute langue, si bien utilisée, est dansante. Et il a pour lui les succès de«Alors on danse», «Papaoutai», «Ta fête» et autres tubes déjà légendaires. Dans une interview accordée à Tv5Monde, il joue de son succès pour lutter contre les préjugés du milieu musical. «Il n’y a pas de langues plus musicales que d’autres, il faut arrêter avec ces clichés à deux balles».

Les chanteurs francophones doivent-ils forcément chanter en anglais pour s’internationaliser?

«Ça sonne carrément faux»

Les chanteurs francophones doivent-ils forcément chanter en anglais pour s’internationaliser? Stromæ le dément. Phénomène international qui dépasse les limites du monde francophone, Stromæ reste à ce jour un des seuls à ne pas avoir «vendu son âme au diable». Juste une once peut-être, puisqu’il a concédé à mettre des sous-titres en anglais à ses vidéos les plus vues sur Youtube.

Cependant, il est vrai qu’il est carrément impossible de résister à la déferlante de la mondialisation. Prenons à titre d’exemple «La Bohème» D’Aznavour, traduite en cinq langues, ou la chanson d’Imany «Don’t be so shy», remixée sans l’accord de la chanteuse.

Le collectif Les Yeux Dla Tête a pris un autre parti. Dans sa chanson «I don’t speak English», l’artiste chante en anglais son dépit… de ne pas pouvoir parler anglais. À portée humoristique, la chanson ridiculise ceux qui, parlant en anglais, «sonne(nt) carrément faux». Incapables de faire aussi bien que leurs prédécesseurs et contemporains anglophones, les artistes francophones qui chantent en anglais entrent dans le piège tendu de l’imitation, entre fadeur et manque de créativité.

Le clash des anciens et des post-modernes

Robert Charlebois disait à juste titre: «Quand je vois des groupes francophones qui chantent en anglais et qui ne sont pas capables de demander leur chemin dans le métro de New-York…». En effet, plusieurs chanteurs français et québécois se laissent tenter par l’attrayante marche de la musique anglophone, mais faudrait-il pour autant crier haro sur eux? La controverse de l’édition de 2010 du Festival d’été de Québec (la présence de plusieurs artistes anglophones, ndlr) reflète bien les tensions qui existent encore entre les artistes «anglicisés» et les artistes «authentiques».

«Pourquoi en anglais?» est la question la plus posée aux artistes québécois qui utilisent la langue de Shakespeare. Certains expriment leur envie de ne pas dévoiler leurs sentiments et de se cacher derrière l’apparât d’une langue qu’ils maitrisent moins bien. D’autres déclarent que leurs influences sont anglo-saxonnes de base, et, au lieu de «trahir» l’univers musical d’un genre comme le blues ou la salsa, ils préfèrent s’en tenir à la langue d’origine. C’est le nouveau chouchou de la chanson québécoise (*différente de française), Bobby Bazini, qui se hisse en porte-drapeau de cette révolution linguistique. Et ça marche: son album Better in Time est disque d’or…au Québec! Il déclare au journal l’Express: «J’aime mon coin de pays, mon accent, la langue. Chanter en anglais est une étape, mais je suis et je me sens québécois». Est-ce le début d’une révolution?

«Eh, monsieur, (la musique) est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route». On pourrait piquer à Stendhal cette citation: la musique de nos jours est bien un miroir de la réalité, notre réalité. Que reflète alors le paysage musical contemporain? Luttes intestines entre l’industrie musicale anglophone et francophone, luttes politiques sur l’agenda de festivals et autres représentations culturelles, luttes hégémoniques pour monopoliser les oreilles (et le porte-monnaie) du plus grand nombre d’auditeurs·trices possible, mais c’est la vie. Mais ça  ce n’est pas moi qui le dit, mais le seul et l’unique Cheb Khaled. 

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Pop champagne http://www.delitfrancais.com/2017/04/08/pop-champagne/ Sat, 08 Apr 2017 13:32:08 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28466 Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils chantent en français. Affranchis de l’anglais, ils disent les mots bleus d’une langue qui n’a pas toujours été confinée à l’hexagone et aux terres francophones, et qui revendique sa musicalité et son pouvoir évocateur. Ces groupes de rock et de pop français tentent, depuis un peu plus de cinq ans, de s’émanciper de la langue de Shakespeare que leurs glorieux aînés de la French Touch avaient contribué à imposer dans leurs frontières. Bien sûr, les héritiers directs de Daft Punk, Air et autre Etienne de Crécy ne sont pas morts: Justice, Rone, ou Nicolas Jaar seront à Osheaga cette année. Mais, quelques semaines avant, d’autres groupes feront battre, entre nos blanches côtes, du sang rouge et bleu. Leurs noms? Feu! Chatterton, La Femme, Radio Elvis, Bagarre, et Dieu sait qu’ils ne sont pas seuls. Se revendiquant de Bashung, Gainsbourg, ou encore Noir Désir, qui ont su faire sonner la langue de Prévert sur des guitares et des claviers, ils renouvellent le paysage musical français en profondeur.

Bien sûr les «Sacrebleu» et autres «Camembert» n’avaient pas déserté la production pop-rock française, mais ce renouveau a été suffisamment remarqué par la presse et le public pour qu’il semble justifié de s’y attarder. Souvenons-nous: il y a quelques années, Phoenix, qui a conquis les States et glané un Grammy Award pour Wolfgang Amadeus Phoenix, était emblématique d’une certaine pop française, née au début des années 2000. Celle-ci pensait, en partie à raison, qu’elle mettrait le monde à genoux à coup de «I love you», et jugeait l’anglais plus facile, plus mondial, plus direct. Mais, alors comment expliquer la résurgence du français chez toute une génération de musiciens? 

«Sing white»? Non merci!

Depuis quelques années, dans le sillage de Fauve notamment, une nouvelle scène française a explosé. Venue de Bordeaux, Toulouse, Paris ou Marseille, des artistes aussi divers que Lescop, Grand Blanc, Paradis ou Aline, en plus de ceux cités précédemment, ont entrepris de donner un nouveau souffle au français.

Romain Guerret, chanteur d’Aline, explique dans Versatile Mag qu’«en chantant en français, les gens comprennent tout de suite ce qu’on raconte, cela crée une immédiateté. C’est une façon de se mettre à poil. Beaucoup de groupes français ont peur de franchir cette barrière, ils craignent de trop se dévoiler». Le français, dans ce cas, est presque un instrument. La langue ajoute à la mélodie et les mots sont d’abord choisis pour leur musicalité. Que ceux qui en doutent écoutent «Je bois et puis je danse» … D’autres groupes assument, plus encore, une naïveté certaine. The Pirouettes ou La Femme, par exemple, naviguent entre spleen et joie de vivre, préférant évoquer un mystérieux escalier ou le mois de septembre que Rimbaud ou Léo Ferré.

Chez d’autres, au contraire, la naïveté cède le pas à une démarche que d’aucuns jugerait plus grave. Fauve ou Grand Blanc, par exemple, s’acharnent sur la noirceur d’un quotidien trop grand pour eux. Au risque d’apparaître comme verbeux, ils chantent les cendres qui les étouffent sur «Montparnasse» (Grand Blanc) ou «Azulejos» (Fauve), et l’on se sent presque de trop, comme si l’on se trouvait soudain face au journal intime d’un inconnu.

Poètes, à vos guitares

Toutefois, le français peut aussi, chez certains, prendre une dimension toute littéraire. Chez Feu! Chatterton, on se demande presque si la musique n’est pas qu’un prétexte à faire exister des histoires de gospels et de catastrophes maritimes… On sent chez ce groupe le poids des parrains, Ferré, Brel, Gainsbourg, tous ciseleurs de mots devant l’éternel. Ces cinq musiciens sont les porte-étendards d’une certaine scène française qui, aujourd’hui, a quelque chose à dire. La langue, chez eux, est devenu le médium pour exprimer un sentiment d’urgence, et ces dandys à la fibre romantique crient dans la nuit leur désir de survivre: «Du ciel tombent des cordes / Faut-il y grimper ou s’y pendre?», se demandent-ils sur Côte Concorde. Jouant sur les sonorités, les images, ils veulent retrouver la vie à nu, se sauver, mais aussi dire créer des mondes et évoquer les mythes de siècles oubliés. En cela leur démarche peut se rapprocher de celle de certains rappeurs, qui content plus que leurs quotidiens et s’inscrivent dans une démarche d’écriture singulière. Mais le sujet est trop vaste.

On constate aujourd’hui que quelle que soit leur démarche, tous ces groupes, fers de lance d’une scène française et francophone en ébullition, rencontrent un public nombreux dans les salles de concerts et les festivals. Et nous rappellent qu’au-delà des débats sur la licéité de l’usage de la boîte à rythme après 1983, leur patrie c’est la langue française. 

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Du Délit à la bande-dessinée http://www.delitfrancais.com/2017/04/07/du-delit-a-la-bande-dessinee/ Fri, 07 Apr 2017 19:08:32 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28461 Le Délit (LD): Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous expliquer ce que vous faites?

Michel Hellman (MH): Je suis auteur de bande dessinée, illustrateur et je fais aussi de l’art visuel , des expositions… Ça fait récemment que je fais juste ça, que je vis de ça. Quand j’ai terminé McGill en fait, j’ai fait une maîtrise à McGill, j’ai travaillé en tant que journaliste pigiste, critique d’art parce que j’avais étudié en histoire de l’art et petit à petit je me suis lancé à faire du dessin, à faire de la bande dessinée.

LD: Et quelle a été votre expérience au Délit?

MH: Au Délit, j’ai commencé par proposer des dessins pour illustrer les articles, c’était quand je faisais mon bac à McGill. En fait ça s’appelait encore le McGill Daily Français, enfin c’était l’année où il y a eu un vote pour savoir si on allait le changer de McGill Daily Français à Le Délit français. Donc j’ai travaillé là bas quelques années et j’étais là dans la salle de rédaction, il y avait des articles, je faisais des dessins et on s’occupait de la mise en page. Je faisais aussi des illustrations de temps en temps pour des couvertures. Donc voilà c’était vraiment une bonne expérience, en tout cas, j’en garde un bon souvenir.

Au Délit, j’ai commencé par proposer des dessins pour illustrer les articles

LD: Et comment se passaient les illustrations en 2000? Parce qu’aujourd’hui notre illustratrice a une tablette graphique, Photoshop, etc

MH: Je me rends compte que pour moi ça ne me semble pas il y a si longtemps que ça, mais c’était vraiment plus compliqué! Je faisais les dessins en direct puis on les scannait. Le scanner était lent et il y avait toujours la question du poids des images. Tout allait super lentement et pour la mise en page c’était toujours un peu problématique (rires). Mais à part ça j’imagine qu’il n’y a pas énormément de différences, si ce n’est pour le format. J’étais là au bureau et on voyait un peu comment tout le monde s’activait. Et à la fin on donnait la maquette à l’imprimeur et voilà! Ah oui, et je proposais une bande dessinée aussi c’est vrai ça. Il y avait une bande dessinée que je faisais à l’époque et qui était publiée toutes les deux semaines je crois ou du moins régulièrement. Donc j’avais un petit espace pour faire ma BD. D’ailleurs c’est drôle car elle s’appelait Montréal 2017 (rires)!

LD: Votre expérience au Délit vous a-t-elle influencée dans votre décision de devenir BD-iste?

MH: Ah oui c’est sûr. J’aimais bien illustrer les articles, mais faire cette BD c’était vraiment une expérience nouvelle pour moi. Après lorsqu’elle était publiée dans le journal j’étais toujours fier et ça m’a vraiment motivé à me lancer de manière plus professionnelle. Donc oui, Le Délit a vraiment eu une grande influence!

LD: Et que racontez-vous à travers vos BD?

MH: J’ai fait deux genres de BD. Il y a la bande dessinée traditionnelle avec des cases et des bulles. Il y a Mile End et Nunavik qui viennent de sortir récemment. C’est de la bande dessinée autobiographique. En fait, c’est de l’autofiction et je fais des chroniques du quotidien. Mile End, c’est mon quartier et Nunavik c’est aussi des chroniques mais avec les enjeux du Grand Nord, mais ça reste ancré sur des expériences personnelles de voyage que j’ai fait là-bas. Sinon je fais de la BD plus expérimentale. Ça, il y a un côté peut-être plus politique. Il y en a une que j’ai sorti il y a deux ans, qui s’appelle Le petit guide du Plan Nord et c’est fait avec des sacs poubelles que j’ai découpé, et avec des bouts de papier ligné. Graphiquement c’est différent, peut-être d’une certaine manière le propos se rejoint, mais il y a quand même une dimension engagée, voire presque journalistique dans les deux genres de BD.

LD: Quels sont vos projets futurs?

MH: Là je travaille sur un prochain projet de BD. C’est encore le début, je suis en train de regarder des idées, choisir, construire le scénario donc je n’ai pas trop envie d’en parler encore car c’est à ses débuts. Mais ça devrait sortir bientôt.

LD: Et comment était l’ambiance de l’équipe éditoriale à l’époque?

MH: On faisait des cabanes à sucre, c’était génial! Une bonne communauté aussi. On se retrouvait, il y avait déjà beaucoup de Français de France qui venaient à Montréal, et c’était une manière pour eux de se retrouver, de rencontrer des Québécois car c’était vraiment mélangé entre les francophones, qui pouvaient se sentir isolés dans tout l’univers de McGill. 

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Les scientifiques de Princeton renouvèlent l’engagement civique http://www.delitfrancais.com/2017/04/07/les-scientifiques-de-princeton-renouvelent-lengagement-civique/ Fri, 07 Apr 2017 19:00:28 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28456 Le groupe s’est formé peu après les élections de Novembre, lorsqu’il « était clair qu’un renouveau de l’engagement civique était nécessaire.» L’organisation est dite organique, et promet de trouver des procédés pour avancer et trouver des solutions durables. Leur initiative sociale se base donc sur cette idée.

«Nous, scientifiques, avons des contributions importantes à ajouter au débat public et à la discussion publique de législation scientifique,» déclare Michael Hepler, un étudiant de troisième cycle d’année en Ingénierie Mécanique et Aérospatiale et co-fondateur des Citoyens Scientifiques.

En fait, il y a une très longue tradition de cette sorte de contribution à l’Université.

En 1946 l’Université a commencé une organisation appelée le Comité de Secours de Scientifiques. Le comité a été fondé par Albert Einstein et d’autres scientifiques dans l’intérêt d’avertir le public des dangers d’armes nucléaires. Aujourd’hui, les Citoyens Scientifiques de Princeton cherchent à sensibiliser la population à ces questions de sécurité nucléaires, aussi bien qu’aux questions comme le changement climatique.

Hepler dit «on ne peut pas parler de science en temps que généralité, on doit la relier avec les problèmes sociaux qui nous divisent en temps que nation et en temps que communauté internationale». 

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McGill X-1 Accelerator http://www.delitfrancais.com/2017/04/07/mcgill-x-1-accelerator/ Fri, 07 Apr 2017 18:53:02 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28453 Le Délit a fait un partenariat avec d’autres universités à travers le monde, le IJD-U. Le but étant de partager les innovations sociales des différentes universités. Voici, la dernière en date de l’Université Mcgill : McGill X-1 Accelerator.

Le Centre Dobson au coeur des initiatives

Le Centre Dobson d’entreprenariat de McGill concentre toutes les activités entrepreneuriales de l’université.

Son objectif est de faire des élèves mcgillois les leaders de renommée mondiale de demain et de les former dans le but de poursuivre une vie entrepreneuriale positive et ambitieuse.

Ce centre n’inclut pas que la faculté de gestion Desautels, mais est ouvert à toutes les autres facultés, afin de rendre accessible à tous la valeur sociale et économique de la création. Le centre a déjà collaboré avec des firmes telles L’Oréal, et a permis aux start-ups les plus prometteuses de visiter la fameuse Sillicon Valley à San Francisco.

Epauler les futurs entrepreneurs

La dernière innovation sociale mcgilloise du centre est le projet « McGill X-1 Accelerator », un programme estival intensif de dix semaines conçu pour accélérer la processus de lancement de start-ups en cours de création.

Du 5 juin au 11 août  2017, les start-ups obtiendront l’accès au réseau de mentors et d’entrepreneurs du Centre Dobson, afin de les convaincre de financer leurs projets.

Les start-ups qui bénéficieront le plus de ce programme seront celles qui auront identifié un problème quant à leur rapport au marché. Celles-ci seront épaulées afin d’obtenir un produit approprié au marché ciblé. Pour percer dans le milieu de la finance, ce programme est clé. 

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