Le Délit http://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Tue, 25 Nov 2014 01:51:23 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=4.0.1 La femme d’abord, l’athlète ensuite? http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/la-femme-dabord-lathlete-ensuite/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/la-femme-dabord-lathlete-ensuite/#comments Tue, 25 Nov 2014 00:53:48 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21960 L’article premier de la Charte internationale de l’éducation physique et du sport de l’UNESCO stipule que «la pratique de l’éducation physique et du sport est un droit fondamental pour tous». En théorie, l’accès au sport est universel, et il est aujourd’hui clair que les femmes ont trouvé leur place dans le monde du sport. Cependant, de nombreuses traditions associent encore la femme à la douceur, à l’obéissance et au rôle de mère de famille; et l’homme à la force, à la compétition et à la dominance: des valeurs auxquelles on associe généralement le sport. Ces idées reçues persistent dans les images véhiculées par les médias.

Le poids des stéréotypes

Dès leur plus jeune âge, les jeunes filles sont éduquées à être distinguées. On attend d’elles délicatesse, raffinement et douceur, en les dissuadant de grogner, de transpirer, ou d’être agressive par exemple. Lorsqu’une femme semble dépasser ces attentes, c’est son orientation sexuelle, ses valeurs ou son genre qui sont remis en question; comme l’a prouvé, en 2009, l’exemple de Caster Semenya, coureuse olympique qui fut au centre des médias pendant plusieurs semaines et dont la sexualité avait été remise en cause du fait de son apparence et du ton masculin de sa voix.

Certaines expressions langagières reflètent aussi cette idée reçue que la femme n’est pas apte à faire du sport au même titre que l’homme. Tout d’abord, la formulation de «sexe faible» en opposition au «sexe fort» pour désigner les femmes parle d’elle-même. La campagne à l’égard de la stigmatisation des femmes «Comme une fille», de la marque Always, a rencontré l’année dernière un grand succès sur les réseaux sociaux. «Courir comme une fille», «lancer comme une fille», comme le montre ce projet, est hautement connoté comme étant une prestation ridicule; ce qui n’a absolument pas raison d’être. Tous ces stéréotypes font paraître la femme comme non compétitive, faible et sensible.

Sois belle et on écrira sur toi

L’un des problèmes les plus saillants est celui de l’image de ces femmes véhiculée par les média: un phénomène qu’on pourrait nommer «la femme d’abord, l’athlète ensuite». Cette vision de la femme athlète offre une image qui insiste sur l’importance de l’apparence de celle-ci, au détriment de ses capacités physiques.

Il a été estimé par une étude menée au centre de Recherche Féminine de l’Université de Caroline du Sud que le sport masculin recevait (sur les chaines affiliées à NBC, CBS et ABC) 96% du temps d’antenne. Ce biais est particulièrement marqué lorsqu’il s’agit de disciplines traditionnellement «masculines», comme la lutte, les courses de voitures, et même pour des sports aussi médiatisés que le football ou le rugby.

De ce fait, les femmes athlètes reçoivent ainsi une pression extérieure extraordinaire afin d’avoir accès à une couverture médiatique qui leur permet en partie de financer leurs entraînements. Or, cette pression médiatique les incite à se présenter d’une certaine manière pour plaire à une audience majoritairement masculine. Kevin Adler, chef de recrutement à l’agence de marketing du centre sportif de Chicago explique que «pour des athlètes masculins, c’est tout d’abord à propos de leur performance. Et pour les femmes, c’est clairement autant à propos de leur apparence qu’à propos de leur performance». En effet, trois des cinq athlètes féminines les mieux payées en 2011 (Maria Sharapova, Danica Patrick et Venus Williams) ont admis avoir été sexualisées par les médias, et ont affirmé que ce choix était nécessaire pour accéder à une exposition médiatique. Conforme aux normes de la société, cette omniprésence de la sexualisation féminine dans notre environnement ne fait que renforcer les stéréotypes liés au genre.

Les conséquences de la médiatisation limitée ainsi que la présence des stéréotypes dans notre société sont trop importantes. Il semblerait ainsi que les médias poussent les femmes à effectuer un choix: le sport ou la féminité. La perception des femmes par les médias doit changer pour permettre un tournant dans la vision du sport et de l’identité des femmes.

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Régime minceur pour l’État http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/regime-minceur-pour-letat/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/regime-minceur-pour-letat/#comments Tue, 25 Nov 2014 00:50:00 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21957 L’Association des économistes québécois présentait une conférence le lundi 27 octobre, lors de laquelle le ministre des Finances Carlos Leitão (BA ès Sciences Économiques, McGill) a exposé sa vision des défis auxquels les finances publiques du Québec sont confrontées. Déficits chroniques, dette et service de la dette élevés (11% des dépenses publiques et 50,3% du PIB respectivement), croissance anémique de l’économie, population vieillissante: le diagnostic du ministre est sombre. À cela s’ajoute l’instabilité de l’économie mondiale. La croissance des économies émergentes ralentit et la zone euro menace de retomber en récession.

Déficit zéro

Pour résorber la dette, la stratégie est simple. La croissance des dépenses devra être maintenue sous celle des revenus. Les prévisions sont d’une croissance des revenus d’environ 3%, alors que la croissance des dépenses de programmes qui se situait autour de 4 % au cours des dernières années sera gardée sous la barre du 1%. Pour ne pas trop affecter l’allocation des services en santé et en éducation, les façons de faire devront être revues.

Le ministre a rappelé la nécessité de l’atteinte du déficit zéro si le Québec veut éviter de se retrouver dans une situation similaire à celle du Portugal en 2011, son pays natal. Le Portugal avait été incapable d’emprunter sur les marchés internationaux pour financer sa dette et a dû accepter le plan de sauvetage proposé par Bruxelles adoptant ainsi des mesures d’austérité. Aux yeux du ministre, un tel scénario est possible au Québec si rien n’est fait. Ce diagnostic lui vaut de vives critiques de l’opposition à l’Assemblée nationale, telles celles venant de la recrue vedette du Parti Québécois, Pierre Karl Péladeau, qui n’hésite pas à qualifier le ministre d’alarmiste.

Les agences de notation ont décrété le plan de réduction de la dette ambitieux, mais réalisable. Il y a quelques semaines, le Québec a notamment emprunté 1,6 milliard sur les marchés internationaux à des taux d’intérêt tout à fait appréciables ce qui, selon le ministre, reflète la crédibilité qu’accordent les agences financières internationales à son plan.

Monsieur Leitão a souligné également l’importance du Fonds des générations géré par la Caisse de dépôt et placement du Québec. Il a réitéré que le gouvernement n’utiliserait pas ce fonds pour rembourser la dette, car il offre un rendement supérieur au taux auquel les marchés prêtent des liquidités au Québec. Le fonds dispose de ses propres sources de revenus: une partie des redevances d’Hydro-Québec et des revenus miniers, ainsi que la taxe sur l’alcool.

Un problème structurel

Monsieur Leitão a souligné à maintes reprises que les finances publiques font face à un problème structurel que l’on ne saurait régler avec des mesures ponctuelles. Selon lui, son prédécesseur, Nicolas Marceau, n’admettait certes pas cette situation avec le même volontarisme.

Même en ignorant les dépenses en santé et en éducation, qui représentent le deux tiers du budget, il y a une énorme pression sur les dépenses publiques. L’introduction de nouveaux programmes, dans un mécanisme de stratification perpétuelle, et, dans une moindre mesure, l’augmentation de la masse salariale des employés de l’État, en sont les causes.

Des mesures ont déjà été prises. Le gel des embauches dans la fonction publique en est un exemple. Mais c’est lors du dépôt des conclusions de la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise et de la Commission permanente de révision des programmes le mois prochain que nous en saurons plus.

Repenser l’État

Le ministre a clairement ouvert la porte à ce que des groupes communautaires offrent des services actuellement rendus par des employés de l’État, ce qui a fait couler beaucoup d’encre dans les médias. Cette révélation n’est effectivement pas anodine.

Le mois dernier, Antoine Robitaille du journal Le Devoir rapportait que Philippe Couillard s’inspire du livre de deux éditeurs de The Economist: «The Fourth Revolution – The Global Race to Reinvent the State».

Qu’est-ce que cette quatrième révolution? Dans les mots des auteurs, c’est plusieurs choses: «c’est se débarrasser des pratiques dépassées dans l’organisation du travail étatique. […] Et c’est aussi revitaliser l’esprit de la démocratie en allégeant la charge de l’État. S’il promet trop, il induit de l’insatisfaction et une dépendance aux services publics chez les citoyens; c’est seulement en revoyant ses promesses que la démocratie pourra de nouveau laisser libre cours à ses vertus de flexibilité, d’innovation et de résolution de problèmes.» (traduction libre des auteurs, J. Micklethwait & A. Woolridge, 2014: 268).

Cet ouvrage met en lumière l’exercice auquel se livre actuellement le ministre Leitão. Devant la crise actuelle, ce n’est qu’en révisant leur mission et manières de faire que nos gouvernements retrouveront leur légitimité et leur capacité d’agir. Difficile de ne pas penser à l’expression qu’avait utilisée Raymond Bachand en 2010. Le Québec avait besoin, selon lui, d’une «révolution culturelle». Coupe dans les dépenses; purge des idées. Ce sont en effet les idées qui, selon les auteurs de ce livre, ont permis à l’État de s’établir et de se maintenir comme modèle d’organisation sociale et politique dominant. Les trois principales se fondaient sur les idées de trois auteurs: L’État-nation de Thomas Hobbes, les principes libéraux de John Stuart Mill et l’État-providence de Beatrice et Sidney Webb. Pour sauver l’État, il faudrait aujourd’hui réduire son importance et fournir les services de manière plus efficiente, ce qui inclurait leur transfert vers le milieu communautaire et les acteurs privés.

L’équilibrage des finances publiques est beaucoup plus qu’une opération comptable. C’est aussi un exercice idéologique. Il n’est donc pas complètement surprenant de constater que la lutte au déséquilibre fiscal (avec l’état fédéral) ne semble pas être une priorité du ministre Leitão. L’IREC rapporte que selon le ministère des Finances, le manque à gagner dû aux modifications apportées au calcul des transferts fédéraux en santé seulement se chiffre à dix milliards pour les dix prochaines années. Bien qu’il ait été corrigé par le premier ministre au Conseil de la fédération, le ministre des Finances était même allé jusqu’à nier l’existence du déséquilibre fiscal lors d’une commission parlementaire en juin dernier. Il s’était également engagé à ne pas occuper l’espace fiscal qui se créerait si le gouvernement fédéral venait à diminuer ses impôts. Ces revenus pourraient pourtant être très utiles pour atteindre le déficit zéro.

La mise à jour budgétaire aura lieu à la fin du mois de novembre. À ce moment, nous aurons une meilleure idée de ce que l’avenir nous réserve. Le volontarisme du ministre Leitão est cependant clairement affiché: non seulement la cure devrait être sévère pour l’exercice 2015-2016, mais celle-ci est vouée à durer. Un tournant pour le «modèle québécois»? 

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Le Kazakhstan http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/le-kazakhstan/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/le-kazakhstan/#comments Tue, 25 Nov 2014 00:46:28 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21953 Après avoir vanté les mérites de la Slovénie, direction les terres désertes d’Asie centrale pour une autre destination atypique: le Kazakhstan. Le nom déjà recèle de mystères et d’exotisme. Cette vaste République de 17 millions d’habitants a l’allure d’un pays perdu au milieu de nulle part et pourtant c’est le candidat le plus sérieux, parmi les pays d’Asie centrale, pour devenir un pays émergent. Son «or radioactif», encore sous-exploité, pourrait changer la donne sur tous les plans. Après une brève révision historique et géographique, nous verrons en quoi l’uranium pourrait permettre un développement économique durable.

URSS  puis dictature

Le Kazakhstan est situé en Asie centrale, entre la Russie et l’Ouzbékistan, bordé par la mer Caspienne. Ce vaste pays de 2 724 900 km au carré, seulement peuplé de 17 millions d’habitants, est une plaine enclavée qui s’étend à perte de vue sur des milliers de kilomètres: c’est la steppe. Le pays sort petit à petit de l’anonymat sur la scène géopolitique de par une forte croissance et des sous-sols riches en hydrocarbures et en uranium.

En décembre 1991, le pays acquiert son indépendance de l’Union Soviétique, et Noursoultan Nazarbaïev devient président. Depuis lors, il dirige le pays d’une main de fer. En 2011, il est réélu, pour la cinquième fois, pour un mandat de cinq ans. Sa mainmise sur la constitution lui permet de mettre au pas l’opposition et de rester au pouvoir. Il libéralise l’économie mais nombreux sont les investissements encore encadrés par le gouvernement, qui détient Petro Kazakhstan, le principal exploiteur du précieux or noir. Le régime traque et musèle l’opposition en ayant parfois recours à la torture, selon les organisations internationales pour les droits de l’homme, qui dressent un tableau noir de la situation actuelle du pays. Les médias sont contrôlés et l’espoir de démocratie après la chute de l’URSS ne s’est jamais concrétisé. Le pays se classe tristement parmi les dix pays les plus corrompus de la planète. Les financements douteux ayant servi à la campagne présidentielle française de Nicolas Sarkozy en 2012 en sont la preuve. Par conséquent, ce régime très autoritaire ne semble pas prendre la voie d’une éventuelle démocratisation, mais son économie est prometteuse: une forte croissance économique malgré le contexte mondiale encore difficile – 5,2% en 2014 – et une croissance à deux chiffres avant la crise.

Dépendance aux hydrocarbures

Le pétrole y est abondant, mais baser son économie sur l’or noir est dangereux: le prix du baril varie de quelques centimes et c’est le Kazakhstan entier qui se retrouve considérablement affecté. N’oublions pas non plus de mentionner que la ressource a été nationalisée et est donc aux mains du gouvernement. Les autres pays ayant suivi cette voie (Vénézuéla, Russie) montrent une industrie pétrolière fortement corrompue et une redistribution des richesses très inégalitaire. Ainsi, 50% de la population du Kazakhstan vit encore sous le seuil de pauvreté avec un écart entre les riches et les pauvres qui s’accroît. Bref, c’est la voie d’une autre ressource qu’il faut prendre, celle de l’uranium, pour éviter que le pays ne se retrouve dans la même situation que l’un de ses confrères: l’Azerbaïdjan. Également un pays autrefois sous tutelle soviétique, il doit à son or noir une croissance économique aux alentours de 20%; mais cette dépendance est synonyme d’une croissance volatile. Comment sortir de cette «malédiction des ressources naturelles», telle que Richard Auty l’a conceptualisée?

Valoriser l’uranium

Outre ses gigantesques réserves d’hydrocarbures, le pays possède un minerai radioactif qui suscite l’intérêt dans le cadre d’une transition énergétique: l’uranium. Cet «or radioactif» est très abondant dans les sous-sols kazakhs, ce qui fait de cette ex-république socialiste la 2e réserve mondiale (après l’Australie et avant le Canada). Un atout de taille certes, mais il semblerait que la gestion de cette ressource ne soit pas optimale. Même si les réserves sont importantes, le produit n’est malheureusement que peu valorisé, ce qui réduit le pays à un simple exportateur de matières premières tributaires des cours de l’uranium. Ainsi, de même qu’avec le pétrole, l’économie kazakhe n’échappe pas à la malédiction des ressources naturelles. Difficile donc d’envisager une croissance stable et durable. Sa valorisation semble être la solution, chose qui peut être faite via diverses industries. La plus simple consiste à enrichir la ressource exploitée pour obtenir de l’Uranium 235 (présent à hauteur de 0.71% dans le minerai brut). Ce-dernier sert de carburants aux centrales nucléaires permettant de valoriser la ressource en électricité et, de surcroît, soit de l’exporter aux pays voisins soit d’alimenter les industries et foyers du pays, et donc de rendre le secteur secondaire plus productif. Cette solution est la plus médiatisée mais n’omettons pas les autres industries de haute technicité permettant de valoriser le précieux minerai: les industries de l’armement, l’aérospatiale et le médical.

Le nucléaire permet de […] nourrir des secteurs hautement techniques et rentables.

Il est intéressant de s’étendre sur le premier, extrêmement rentable. Avec de l’uranium, il est possible de produire diverses sortes de bombes et missiles. On peut discuter à l’infini de la justesse morale de fabriquer et d’exporter des armes. Mais sur le plan géopolitique, s’agissant de la quête de la puissance, la production et la vente d’armements lourds présente deux avantages considérables pour un État: d’abord, le maintien ou l’accroissement de son indépendance vis-à-vis des autres puissances, alliées comme adversaires, ensuite, le fait de favoriser sa balance commerciale tant les missiles et bombes sont des produits à très haute valeur ajoutée. N’omettons pas non plus toutes les conséquences du développement d’une telle industrie: il faudrait les ingénieurs, chercheurs et ouvriers spécialisés pour accomplir ces tâches très techniques. De plus, en dehors de quelques rares et courtes périodes de reflux des achats (par exemple, dans les années 1990, après la chute du bloc soviétique), le marché des armements se porte généralement très bien… À la clef, apparaitrait une industrie de pointe fournissant de nombreux emplois sur le sol kazakh. Pour ce faire, le pays devrait développer son système universitaire en proposant des cursus scientifiquement avancés, sans oublier les formations juridiques et managériales liées à l’uranium. Cela créerait un domaine d’expertise pour le système universitaire kazakh avec, à plus long terme, des universités qui grimperont dans les classements internationaux. Une condition se pose néanmoins: l’accord et le soutien des grandes puissances occidentales ou russe. Quant à l’industrie aérospatiale (secteur plus limité étant donné qu’il s’agit principalement de certains types de moteur de fusées), l’exploitation de l’uranium assurerait également un développement technique et permettrait au pays d’exporter des produits à très forte valeur ajoutée. L’industrie médicale utilise le précieux minerai pour les IRM, scanners et autres outils permettant le diagnostic de nombreuses maladies. La création d’une telle industrie, en plus d’appuyer les exportations, donnerait aux hôpitaux un accès facile à ces produits de haute technicité et les inciterait à s’en procurer, permettant le développement des infrastructures. La valorisation du nucléaire permet donc non seulement de fournir l’énergie nécessaire à l’activité économique mais aussi de nourrir des secteurs hautement techniques et rentables.

Cependant, le pays, par endroit très isolé, devrait commencer par une politique de désenclavement en construisant routes, voies ferrées et hôpitaux pour inciter les investisseurs à venir et à développer leurs industries. Durant mon stage dans l’industrie du ciment cet été, j’ai pu constater que les ventes de ciment et béton y explosent. Or, la construction est un moteur et, de même que la vente d’emballages par exemple,  un signe avant-coureur de la croissance économique. Il semblerait donc que le Kazakhstan soit en marche vers un développement industriel digne d’un pays émergent; le nucléaire en serait la voie la plus rapide et durable.

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«Nous, les premiers peuples sur ces terres» http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/nous-les-premiers-peuples-sur-ces-terres/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/nous-les-premiers-peuples-sur-ces-terres/#comments Tue, 25 Nov 2014 00:43:24 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21950 Rebuts de la colonisation, en marge de la société canadienne moderne, les autochtones revendiquent sans relâche une reconnaissance de leurs racines. Selon l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de Statistique Canada, près de 1 600 000 personnes se sont déclarées autochtones en 2011, ce qui représenterait environ 4.3% de l’ensemble de la population canadienne. Même si ces chiffres montrent qu’il s’agit d’une minorité, parler d’une identité indépendante des Premières Nations au Canada n’est pas un anachronisme.

Se définir en tant que peuple(s)

Quelle est l’identité des Premières Nations? «C’est une question bien large», rit M. Kenneth Deer, membre de la nation iroquoise des Mohawks, dont il est  représentant à Kahnawake. En entretien avec Le Délit, il prend le temps de décrire la forte identité nationaliste de son peuple. Les Mohawks tirent une fierté de la Constitution des Cinq Nations, datant du dix-huitième siècle, formulée conjointement avec les Tsonnontouans, les Onnontagués, les Goyogouins et les Onneiouts. La Constitution est un code légal, définissant les rôles et les comportements des individus, ainsi que des piliers politiques et militaires au sein de ces nations. On retrouve cette force identitaire dans la déclaration de l’Assemblée des Premières Nations (APN) au Canada, serment des temps modernes: «Nous, les premiers peuples sur ces terres, savons que le Créateur nous a mis ici. […] Les droits et les responsabilités qui nous ont été donnés par le Créateur ne peuvent être modifiés ni nous être enlevés par aucune autre nation.» S’il y a bien un point sur lequel M. Deer insiste quand il s’agit de comprendre la place des peuples autochtones au Canada, c’est qu’ils ne se perçoivent en aucun cas comme des citoyens canadiens. L’identité des Premières Nations existe par et pour elle-même.

«Racisme institutionnalisé»

Sur la question autochtone on soulève généralement des problèmes de disparités économiques et sociales. Par exemple , dans l’Aide-mémoire sur les questions autochtones publié en 2011 par la bibliothèque du Parlement, on indique que le taux d’emploi des Autochtones de 25 à 64 ans pour l’année 2011 est de 63%. On souligne en outre une différence de 30% entre le revenu annuel médian des peuples autochtones et celui des canadiens non-autochtones.

Ces problèmes semblent ancrés dans des normes identitaires appuyées par certaines institutions. «Le problème au Canada», explique M. Deer, «c’est que les Premières Nations sont traitées comme un peuple moindre». C’est ce qu’il appelle le «racisme institutionnalisé». Depuis la colonisation qui a eu pour conséquence la perte de leurs territoires; la Réserve des Six Nations, une étendue de 3800 kilomètres carrés (maintenant réduite à 190 kilomètres carrés) a été formée en 1784 dans le but d’accueillir les peuples autochtones. «C’est une dépossession largement acceptée: notre territoire n’est même pas notre territoire», commente M. Deer. Il ajoute: «Nous n’avons pas notre propre argent!». En effet les sommes allouées par le gouvernement aux peuples autochtones sont issues des contribuables.

Un autre exemple, plus concret et plus quotidien, de ce racisme est la marginalisation de ces peuples. M. Deer mentionne le scandale autour des centaines de femmes autochtones disparues ou assassinées, autour desquelles plane un silence de plomb.

Dans l’éducation

Selon un autre rapport du Parlement du Canada sur les investissements fédéraux dans l’éducation postsecondaire, le gouvernement a déboursé 1,93 milliard de dollars sous la forme de prêts à un total de 345 124  étudiants à temps plein et à temps partiel, au cours de l’année scolaire 2006-07. La fondation Indspire déclare avoir versé, depuis sa création en 1985, un total de 65 millions de dollars destinés à financer les études de jeunes membres des Premières Nations. Cependant, selon l’Aide-mémoire sur les questions autochtones, en 2006 «50% des membres des Premières Nations vivant sur les réserves et âgés de 25 à 64 ans n’avaient pas obtenu leur certificat d’études secondaires». Aussi, ce rapport fixe à 8% la proportion de ces Nations ayant un baccalauréat ou un certificat d’études supérieures. M. Kenneth Deer, lui, a occupé la fonction de conseiller pour les étudiants autochtones dans une école secondaire. L’éducation est un souci premier, selon lui, mais il ne faut pas oublier que la culture des Premières Nations est fondamentale et qu’elle doit être protégée. La question de l’éducation fait évidemment réémerger celle de l’identité. Doit-elle être en opposition avec l’éducation canadienne?

Apprendre à cohabiter

Kenneth Deer a notamment été Président du Caucus autochtone aux Nations Unies, et il a œuvré activement à la rédaction et à la votation de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones en 2007. Après vingt-cinq ans de débats, la déclaration est passée alors que la délégation du Canada a voté contre, invoquant une contradiction avec la Constitution canadienne ainsi que la Charte canadienne des droits et libertés. Cette déclaration a été réalisée en collaboration avec les associations militantes pour les droits des peuples autochtones du monde entier. D’ailleurs, le travail continue afin d’affirmer les droits de ces peuples à l’autodétermination, et Kenneth Deer insiste sur la signifiance de ce combat conjoint: «nous avons tous pâti des mêmes discriminations. Il est plus facile de s’unir afin de se battre pour nos droits.» 

La même collaboration est-elle possible avec le gouvernement canadien? En fait, y a-t-il un dialogue ouvert avec ces institutions? La réponse de Kenneth Deer est un «Non» bien catégorique. «Ils résistent absolument à toute tentative de dialogue concret» et il n’y  a pas de relation «de bonne foi» entre les deux partis. «Quoi qu’ils disent, il y a très peu d’évolution».

Kenneth Deer invoque l’importance d’apprendre à cohabiter en paix. C’est une valeur qui est fortement ancrée dans l’identité des peuples autochtones. Elle date de l’Alliance avec les Néerlandais aux premiers temps de la colonisation. «C’est très fort chez les Mohawks, cette idée de vivre l’un à côté de l’autre, mais chacun pour soi. Certaines autres nations sont plus ouvertes en terme d’intégration.»

Ainsi, que ce soient les questions administratives et politiques, les problèmes d’inégalités économiques et sociales ou la discrimination qui pèse encore sur les populations autochtones, tout semble pour Kenneth Deer être lié à un déséquilibre entre la façon de définir cette identité autochtone par les Premières Nations elles même et par le gouvernement canadien. Bien que les institutions canadiennes s’efforcent aujourd’hui d’aider les autochtones, le consensus est encore loin d’être atteint. Ceci est sûrement justifiable par le fait que le gouvernement identifie ces peuples comme des citoyens issus d’une minorité qu’il faut aider à intégrer à la société (par le biais de bourses, allocations gouvernementales…), alors qu’eux mêmes s’identifient comme une nation seulement prête à vivre «à côté de l’autre», à côté de la société et de l’identité canadienne. 

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«À ceux…» http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/a-ceux/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/a-ceux/#comments Tue, 25 Nov 2014 00:39:04 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21947 À ceux qui refusent de parler par crainte d’insulter une minorité. À ceux qui sont contre mais ne proposent rien. À ceux qui veulent inclure tout le monde donc ne laissent personne parler. À ceux qui regrettent d’être privilégiés. À ceux qui détestent tellement la société qu’ils oublient qu’ils en font partie. À ceux pour qui la vie de tous les jours est une bataille politique encore loin d’être gagnée. À ceux qui souhaitent honorer les transsexuels et les Premières Nations un 11 novembre. À ceux qui usent de la violence pour dénoncer la guerre. À ceux qui pensent que l’égalité des sexes commence par des toilettes sans genre attribué. À ceux qui considèrent que le Canada est raciste parce que le «mois de l’histoire des Noirs» est en février, soit le mois le plus court de l’année. À ceux qui veulent l’Égalité mais ne souhaitent ni agir, ni parler. À ceux pour qui Blanc et colon sont encore des synonymes. À ceux qui gueulent pendant une minute de silence. À ceux qui voient en Movember une glorification de l’hyper-masculinité. Bref, à ceux qui voient en l’Espace Sécuritaire (Safe Space, en anglais) non pas un but à atteindre, mais un mode de vie. Laissez moi vous expliquer pourquoi vous avez tort.

Le Safe Space, comme il est connu sur le campus de McGill, part d’une excellente intention. Tout le corps étudiant et professoral de l’Université doit non seulement se présenter comme il est, mais doit en être fier. Le jugement identitaire ou politique n’a pas sa place dans une institution hyper-cosmopolite comme la nôtre. Il faut voir l’étudiant avant de voir le juif, l’homo, le bi, le socialiste ou le conservateur. On pourrait aller encore plus loin et clamer que tout le monde est d’abord humain.

L’Association Étudiante de l’Université McGill (AÉUM) a fait de cette politique son char d’assaut. Personne, je dis bien personne, ne pourra souffrir de victimisation. Les blagues racistes et sexistes ne seront pas tolérées. Tu ravaleras tes commentaires déplacés. Quant à ceux un tant soit peu intelligents, ils devront aussi se taire: ils pourraient, par leur réflexion, offenser quelqu’un. Ton opinion n’a point de valeur quand ton prochain se sent agressé.

Aujourd’hui, une logique du respect (que je respecte) a laissé place à une logique du silence pour ne pas manquer d’irrespect (laissez-moi ne plus respecter du tout). Les mots ont une portée si folle, voyez-vous, qu’il faut les bannir.

Par crainte d’insulter, on se tait, on ferme le débat: si vous ne me croyez pas, souvenez-vous de l’Assemblée Générale de l’AÉUM, le 23 octobre dernier. Peu m’importe de savoir si les étudiants sont pour ou contre un soutien officiel de l’AÉUM envers les peuples palestiniens. Je veux un débat, des idées, des discussions. Mais cela est trop dangereux et peut mener à des raideurs. Donc on bloque le système, et les étudiants se départageront sur la question un autre jour. Personne ne sait vraiment quand. Jamais, probablement.

Il semble qu’une frange du corps étudiant craigne aujourd’hui les tensions. Créer des tensions, c’est se diviser entre étudiants. C’est avoir deux points de vue opposés et ne pas réussir à convaincre l’autre. Est-ce grave? Il faut croire que oui. Aujourd’hui, créer des tensions, c’est être raciste, xénophobe, homophobe. Souvent les trois en même temps d’ailleurs.

Ceux qui marchent Safe Space, parlent Safe Space, chantent Safe Space, baisent Safe Space, rêvent Safe Space osent soupeser opinion et personne. Ils choisissent la personne et crachent sur les idées.

Leur prémisse est cependant louable: ils rêvent d’un campus où les désaccords n’existent pas. Ça c’est le bonheur. Et moi, je m’imagine une file humaine, longue de 37 000 étudiants. Ils se tiennent la main, les yeux brillants. Il fait beau. Ils sont tous bâillonnés. Parce qu’un mot de dit, c’est un raciste de plus.

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Changer de nom…publiquement? http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/changer-de-nom-publiquement/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/changer-de-nom-publiquement/#comments Tue, 25 Nov 2014 00:35:59 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21945 Nous apprenons, dès notre plus jeune âge, à écrire notre nom sur nos devoirs d’écoles. Puis, nous prenons l’habitude de remplir différents documents d’inscriptions jusqu’au premier passeport.. Enfin nous atteignons la majorité, devenant, à part entière, un individu doté d’une identité – supposée – fixe reconnue par l’état et par nos pairs. Pourtant, le prénom et le nom de famille sont sujets à changements. Comment la modification de l’identité s’articule-t-elle avec le nom inscrit au registre?

Ce que dit la loi

Il y a plusieurs raisons et façons de changer de nom. Pour ce faire, il faut passer soit par le tribunal, soit par le Directeur de l’état civil, selon les circonstances. Quelques exemples de motifs sont divulgués sur le site officiel du gouvernement du Québec tels que: «Un nom prêtant au ridicule ou frappé d’infamie (marqué par le déshonneur, la honte, l’indignité). Un nom d’origine étrangère, trop difficile à prononcer ou à écrire dans sa forme originale.» Les procédures sont clairement expliquées et si vous êtes tentés par la chose, l’accès à l’information est libre.

L’une des obligations liées au changement de nom m’a cependant paru plus discutable: «La personne qui présente une demande de changement de nom au Directeur de l’état civil doit obligatoirement, sauf si elle en est dispensée, faire connaître publiquement son intention». Cette procédure consiste en la publication de deux avis à ce propos dans La Gazette officielle du Québec et de deux autres dans «un journal local publié dans le district judiciaire du domicile de la personne concernée par la demande.»

Sexe changé? Dispensé!

Le problème semble avoir trouvé une solution pour ce qui en est des changements liés au sexe, Il existe en effet des dispenses, issues de la Loi modifiant le Code civil en matière d’état civil, de successions et de publicité des droits (2013, chapitre 27). Depuis le 1er mars 2014, les citoyens dont le changement de prénom est lié à une modification de l’identité sexuelle sont dispensés de telles publications. Un autre changement entrera en vigueur «à une date ultérieure qui sera fixée par le gouvernement», pour permettre la reconnaissance officielle du changement d’identité sexuelle d’une personne sans que celle-ci ne soit passée sous le scalpel ou ait ingéré des médicaments, l’exemptant alors aussi de montrer au grand jour dans les journaux sa transformation identitaire. 

Le Moi et son ID

Certes, le nom ne fait pas le moine et je pense que nous ne nous limitons pas à notre identité administrative. Reste qu’elle influe quotidiennement sur la façon dont nous sommes perçus par nos pairs et sur la place – si petite soit-elle – que nous occupons dans notre société. Aussi l’exigence des avis publiés me semble-t-elle abusive. Une personne qui change d’identité est certainement soumise à des tourments et il me semblerait plus solidaire – cher ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale – de ne point l’obliger à le déclamer sur tous les toits. Plaider une cause et contourner des lois devant un tribunal pour obtenir le simple droit de ne pas s’exposer publiquement constitue, à mes yeux, un surplus de procédures qui ne peuvent contribuer au bien-être de personne.

M’apercevant que cette obligation permet à d’autres, dès lors avisés, de s’opposer au changement, je crois qu’elle constitue un problème dans une société dotée d’une Charte qui prône la liberté des citoyens. En tant qu’individu, je ne comprends pas pourquoi je n’aurais pas les pleins pouvoirs sur ma propre appellation. Il me semble qu’il est aujourd’hui nécessaire de s’attarder sur la liberté et le bien-être des personnes en se penchant sur le droit à l’identité dans le Code Civil.

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Multilinguisme canadien http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/multilinguisme-canadien/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/multilinguisme-canadien/#comments Tue, 25 Nov 2014 00:31:12 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21939 «Multiculturelle», «internationale» et «accueillante» sont les mots que j’avais l’habitude d’utiliser pour qualifier Montréal. En effet, une grande partie des gens que j’avais rencontré ici, via McGill ou par d’autres biais, venaient du monde entier. Quant à ceux qui étaient nés à Montréal, beaucoup étaient issues de familles immigrantes.

Pourtant, il n’a fallu que quelques heures de bus pour me convaincre que si ma perception n’était pas complètement erronée, je devais au moins la mettre à l’épreuve en comparant Montréal avec une autre grande ville canadienne: Toronto.

En venant de Montréal, et donc du Québec, il était difficile de ne pas être marqué par des publicités dans toutes les langues affichées dans le métro de Toronto. La série de publicités pour la Banque de Montréal à la station Yonge était particulièrement saisissante. L’emplacement n’était pas anodin puisqu’il s’agit d’un carrefour important du centre-ville, parfois même appelé le Time Square de Toronto. À cette station donc, en attendant sagement un subway, je me retrouve face à plusieurs publicités écrites respectivement en hindi, hébreu et arabe. Ne parlant “que” français et anglais, je me retrouvais devant l’inconnu. Et ça faisait du bien! Non seulement parce que cela réjouissait ma curiosité, mais aussi car – on l’oublie parfois – le Canada est une terre d’immigrants dont les cultures méritent d’être célébrées.

Cette scène illustre de façon intéressante les différences entre les approches du Québec et de l’Ontario dans leur façon de traiter des identités issues de cultures multiples, – qui peuvent sembler conflictuelles – au service d’une identité plus large les englobant.

Québec: Se distinguer pour s’identifier

Une identité, qu’elle soit ethnique, religieuse, linguistique ou tout simplement citoyenne, rassemble ceux qui s’y retrouvent, mais sépare aussi. On se définit en contraste de l’autre.

Le Québec semble appliquer cette idée en utilisant le français comme force de rassemblement mais aussi comme moyen de se différencier du reste du Canada. La langue y assure une certaine cohésion sociale, par une communication facilitée, mais aussi par la culture qu’elle véhicule. Mais la réalité est un peu plus compliquée: en demandant à un ami s’il se considérait Québécois, celui-ci m’a répondu qu’il préférait se considérer Canadien car pour lui, le terme Québécois évoquait un conflit, une séparation avec laquelle il n’était pas en accord. Loin de moi l’idée d’insinuer que son avis représente une majorité, mais il soulève bien un problème: si l’identité du Québec semble plus facile à définir, elle est aussi plus facile à rejeter.

Ontario: le multiculturalisme comme dénominateur commun

L’Ontario – du moins sa plus grande métropole –, en revanche, trouve son identité dans le tomber des barrières, et l’absence d’une langue enseignée de force à ses immigrants. Certes, l’anglais permet des rencontres et la communication entre tous les torontois, mais quelques minutes dans Greektown ou Chinatown suffisent pour se rendre compte que cette langue n’est pas aussi nécessaire que le français l’est au Québec. L’anglais y est un outil qui permet à une multitude de cultures de cohabiter, mais pas nécessairement de se retrouver.

Peut-on alors tout de même parler d’une identité commune? Je le crois. Car c’est cela, le multiculturalisme dont le Canada se vante. Toutes ces personnes venues d’ailleurs ne partagent pas nécessairement quelque chose de concret comme l’ethnie, la religion ou la langue, mais ils partagent cette conception que c’est peut-être ça, être Canadien: être accueillant, ouvert d’esprit et non pas avide d’imposer une vision unique à toute une population. Ils ne se retrouvent pas à travers une langue à l’identité forte, mais à travers la culture selon laquelle toutes les langues sont valorisées.

Amoureuse inconditionnelle de la langue française, je comprends pourquoi le Québec a eu besoin de la loi 101 et des autres mesures qui ont eu pour effet de faire taire les langues étrangères qui y résonnaient: cela a permis de faire survivre une langue en danger. Je ne peux pourtant pas m’empêcher de rêver au jour où le français et l’identité québécoise seront suffisamment établis pour que Montréal n’ait plus peur de s’adresser à ses habitants dans une langue qui valorise leurs différences.

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Le visage du CRIEM http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/le-visage-du-criem/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/le-visage-du-criem/#comments Mon, 24 Nov 2014 23:46:08 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21933 Créé en 2012, le Centre de Recherche Interdisciplinaire en Études Montréalaises (CRIEM) est un projet en pleine expansion. Avec 33 chercheurs venant de McGill, l’UQAM, l’UdeM, et plusieurs autres instituts de recherche, le Centre se propose de fédérer la recherche universitaire à Montréal et de servir d’interface entre le monde académique et la société civile. Le Délit s’est entretenu avec le directeur du CRIEM, Pascal Brissette, professeur au Département de langue et de littérature françaises, pour en savoir plus sur ses pratiques et ses objectifs.

        Le Délit (LD): Tout d’abord, pourquoi et comment est né un tel projet?

        Pascal Brissette (PB): Le CRIEM est né dans de drôles de circonstances. Il s’agissait de réfléchir à ce que McGill pouvait faire de plus dans les études québécoises. Le Programme d’Études sur le Québec [PEQ], qui est un programme interdisciplinaire au sein de la Faculté des Arts est relativement peu connu, et manque un peu de visibilité. Le doyen était peu satisfait des inscriptions, il s’est tourné vers nous en nous disant: «Trouvez-moi une solution. Il faut que les études québécoises trouvent une avenue novatrice, et que McGill, par ce biais-là, inscrive plus clairement sa contribution à la société québécoise et donc au local et qu’elle soit mieux perçue». Après plusieurs consultations et de nombreuses recherches avec Stephan Gervais [actuel directeur du PEQ], on s’est rendu compte que l’un des mots qui ressortait le plus dans les projets de recherche à McGill c’était «Montréal». Or cet objet d’étude n’avait pas donné lieu à un centre qui ait une capacité véritablement structurante au sein des universités québécoises. Alors l’idée nous est venue: «Pourquoi ne ferait-on pas un centre d’études sur Montréal, McGill étant très fortement ancrée dans la culture et dans l’histoire montréalaise?»

        LD: Comment fonctionne plus précisément ce groupe de recherche?

        PB: Notre centre a deux objectifs principaux. D’une part, fédérer les recherches des universités montréalaises sur Montréal, qu’on soit véritablement la porte d’entrée pour qui cherche à repérer des experts sur le sujet. D’autre part, de servir d’interface entre les universités, les recherches universitaires et la société civile. Dans cette perspective là, on peut réserver une place importante aux membres non-universitaires, aux citoyens. En ce qui concerne la gouvernance, il y a tout d’abord le comité de direction, composé d’un directeur, moi-même, et des professeurs Gillian Lane-Mercier, Daniel Weinstock, Will Straw, Sherry Olson et d’Annick Germain. On a aussi créé un comité consultatif avec d’autres professeurs, dont M. Klein et Claire Poitras. Les membres scientifiques seront quant à eux répartis en deux catégories. D’un côté, des étudiants et des chercheurs, sans différence de statut entre les uns et les autres. De l’autre, les membres partenaires, venant de la société civile.

        LD: Concrètement, le CRIEM se matérialisera sous quelle forme?

        PB: En plus de s’installer dans des nouveaux bureaux, au 3438 McTavish, on parle de la création de la première Chaire de recherche en études montréalaises, que McGill puisse embaucher un véritable expert dans le domaine qui vienne animer le Centre.

Nous travaillons en ce moment sur les actes d’un colloque tenu en février dernier sur la corruption et qui paraîtra peu avant la publication du rapport de la Commission Charbonneau. Cet ouvrage, on l’a conçu dans une perspective grand public et il paraîtra chez un éditeur non universitaire, Leméac. L’idée, c’est d’offrir un outil pour servir à la compréhension du phénomène et de permettre au citoyen de prendre un peu de distance par rapport à l’actualité, lui permettre de la comprendre dans son ensemble.

On parle également de la création d’une plateforme qui permettrait d’aller jusqu’au bout de notre 2e mandat: accompagner la réalisation de projets qui demandent une expertise universitaire, et le CRIEM offrirait ce parrainage-là. Inversement, des étudiants et des chercheurs pourraient proposer des projets et solliciter la participation de citoyens. Avec cette plateforme, l’idée serait donc de réunir des acteurs qui traditionnellement ne travaillent pas ensemble. On va aussi mettre en place un programme de financement pour les étudiants: des bourses de maîtrise, de doctorats, de post-doctorats. Enfin, on veut ouvrir nos portes à des chercheurs étrangers, spécialistes de la ville, pour qu’ils viennent travailler comme chercheurs invités.

        LD: Un projet d’une telle ampleur nécessite certainement une organisation adaptée. Comment gérez-vous l’évolution actuelle du CRIEM?

       PB: Alors on doit travailler à tous les aspects du projet parallèlement en ce moment et c’est extrêmement difficile de tout faire d’un seul coup. Aux communications, il y a du travail en interne et en externe. La question se pose: comment communique-t-on des nouvelles d’intérêt scientifique pour la ville à la communauté montréalaise? Le fil Twitter a été créé hier et le site web sur lequel on travaille arrivera dans les prochains jours.

Il y a aussi le financement, c’est un gros morceau du projet. Il faut assurer la pérennité du Centre à long terme et lui donner les moyens de son développement. On travaille très fort de ce côté-là pour trouver des donateurs. Le CRIEM n’ira pas chercher à court terme un financement de type «regroupement stratégique», ce qui fera, on le souhaite, sa capacité fédérative. Nous ne sommes pas en compétition avec d’autres regroupements stratégiques comme Villes Régions Monde [le réseau interuniversitaire d’études urbaines et spatiales], ou le CRISES [Centre de recherche sur les innovations sociales] qui en sont et qui ont des financements publics du FQRSC [Fond de recherche société et culture, du gouvernement québécois]. Parce que lorsqu’un chercheur a une affiliation comme membre dans un centre comme celui-là, il ne peut pas être membre dans un autre centre ayant aussi un financement public. L’objectif en allant chercher un financement privé, c’est de permettre à des chercheurs qui sont déjà affiliés à des centres multidisciplinaires d’adhérer au nôtre.

On rencontre actuellement beaucoup de personnes. On parle d’un financement très élevé, ce qui est nécessaire pour le plein développement du CRIEM, c’est une donation de 13 millions. Pour cela, il faut convaincre ces partenaires éventuels que le Centre n’est pas là pour maintenir la tradition de travail de l’université dans sa tour d’ivoire. On est là pour servir Montréal et on est là pour faire en sorte que le savoir universitaire soit efficacement transféré vers la société civile.

        LD: Comment faire participer d’avantage les étudiants de McGill, à majorité anglophones, dans des initiatives telles que celle-ci, dans l’optique d’une meilleure connaissance du fait montréalais et québécois?

       PB: La première chose qu’il faut dire c’est que le CRIEM organise ses discussions et accueille ses intervenants dans les deux langues [français et anglais, ndlr]. C’est un Centre que l’on veut bilingue, en vue d’affirmer pleinement l’identité montréalaise en son sein. On ne veut pas un centre mcgillois pur, dans la tradition, qui serait anglophone avec une petite ouverture vers le français. On ne veut pas non plus en faire simplement un centre francophone, dont seraient coupés par la langue des intervenants anglophones. L’intégration se fait en partie par là.

Ensuite, il y a des bureaux dans nos nouveaux locaux qui seront réservés à des chercheurs post-doctoraux. Il y a aussi une salle de séminaire où sera installée la bibliothèque du Programme d’Études sur le Québec et les étudiants seront invités à venir y travailler. Cette intégration se fera forcément par le biais d’activités savantes, comme les colloques. Les étudiants commencent à manifester beaucoup d’intérêt pour le Centre et c’est ce qu’on souhaite! On a par exemple des étudiants de certains disciplines où on n’a pas encore repéré de chercheurs, notamment de la McGill School of Environment.

En vue de stimuler la recherche des étudiants sur Montréal, on va aussi créer cette année un «prix du CRIEM pour la recherche émergente». Il récompensera la meilleure thèse produite, quelle que soit la discipline, sur Montréal. Le montant associé à cette bourse sera encore modeste mais avec les donations on espère pouvoir en créer un autre pour la maîtrise dans les années qui viennent et peut-être les multiplier. 

Je vois Montréal

Lundi 17 novembre, le CRIEM a participé à JeVoisMTL – grande journée de rencontres à la Place des Arts entre des dizaines d’acteurs présentant des projets concrets pour la Ville de Montréal. Sur le site internet de l’événement, le projet du CRIEM s’est classé 95e sur les 248 «chantiers» proposés. Selon M. Brissette, ce résultat est significatif: «on a encore l’impression que l’université évolue en vase clos, qu’elle ne répond pas aux besoins directs de la société». Pour pallier à ce disfonctionnement, les discussions en ateliers de lundi ont fait apparaître deux mesures concrètes à mettre en place pour le 375e anniversaire de Montréal, en 2017.

Un statut à reconnaître

La première mesure serait de faire reconnaître et promouvoir par la Ville de Montréal son statut de ville universitaire. «On a entre 140 et 200 000 étudiants à Montréal, rappelle M. Brissette, on représente 10% de la population mais notre voix ne porte pas beaucoup car nos universités sont en compétition objectivement les unes contre les autres. Si on travaille d’avantage en concertation et qu’on peut parler d’une seule voix, notamment avec cet interlocuteur principal qui est la ville de Montréal, que l’université devienne un des morceaux de cette identité montréalaise nous parait évident».

Fluidifier le dialogue

La seconde mesure serait de créer un poste de «commissaire aux universités» à la mairie, chargé d’aiguiller les chercheurs dans leurs travaux sur Montréal, et inversement, que chaque université se dote d’une instance capable de fournir à la ville les experts sur les questions qu’elle souhaite traiter. «Tout cela, conclut le professeur, pour que l’échange d’information soit plus rapide et efficace, en vue notamment d’accélérer la production scientifique. Car si les recherches universitaires arrivent souvent après les faits d’actualité, c’est que c’est extrêmement long pour avoir accès aux données.»

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Manifester en fête http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/manifester-en-fete/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/manifester-en-fete/#comments Mon, 24 Nov 2014 23:42:03 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21929 Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées samedi 15 octobre à 13h pour prendre les rues de Montréal et manifester contre les projets pétroliers et le Plan Nord. Sous un soleil radieux, les manifestants se sont rassemblés, sourires aux lèvres, sur la place Norman Bethune dans un esprit de bonne humeur. Organisée par la Coalition des Étudiants Contre les Oléoducs (ÉCO), un collectif d’associations étudiantes québécoises opposées aux projets d’oléoducs créé cette année, la manifestation dénonçait avant tout les projets d’acheminement de pétrole qui permettront l’accélération du développement des sites d’extractions de sables bitumineux. Citant l’exemple des projets d’oléoducs déjà entamé en Colombie Britannique (Northern Gateway) ou aux États-Unis (Keystone XL), l‘ÉCO   rappelle le besoin de militer contre les projets similaires au Québec, en particulier le Plan Nord, vaste projet de développement économique dans le nord québécois basé sur l’exploitation des ressources naturelles.

L’ÉCO, coalition jeune et montée sur pied par des étudiants mcgillois et concordiens, avait donc réuni quelques milliers de personnes sous le slogan simple et clair: «Les oléoducs ne passeront pas», comme on pouvait lire sur plusieurs bannières ainsi que sur la page Facebook de l’événement. Pour Lily Schwarzbaum, ancienne étudiante à McGill et membre de Justice Climatique Montréal, c’est justement cet aspect de ralliement qui est important, en particulier pour les étudiants d’universités anglophones. «Il est important qu’ÉCO ait démarré grâce aux efforts d’étudiants de McGill et de Concordia, explique-t-elle, cela représente un effort pour connecter les universités traditionnellement anglophones avec les luttes québécoises et briser ces murs-là.»
Un contingent de l’Université McGill avait en effet fait le déplacement, réuni sous l’égide de Divest McGill, une association étudiante dont le mandat principal est le retrait des avoirs de l’Université McGill des compagnies de combustibles fossiles et du Plan Nord. Interrogée sur la participation mcgilloise à l’événement, généralement très basse aux rassemblements portant sur des enjeux québécois, Kristen Perry, une des organisatrice de Divest McGill s’enthousiasme: «Il y a beaucoup de gens ici aujourd’hui de Divest McGill, mais également quelques nouveaux visages, ce qui est important et encourageant.»

Un rassemblement bon enfant

C’est dans une ambiance festive et musicale que le cortège a fait son chemin à travers le centre-ville jusqu’au Square Victoria. Pour l’occasion, le **Whalebone Collective** de Concordia avait composé quelques chansons interprétées a capella ou avec l’aide de leur fanfare, qui avait notamment repris l’air de Yellow Submarine en remplaçant le refrain par «We’re gonna take down the Tar Sand machine» [Nous ferons tomber la machine des sables bitumineux, ndlr].
Si les étudiants composaient la majorité de la manifestation, plusieurs personnes de tous âges, et quelques familles avaient fait le déplacement. C’est le cas de Robert, venu avec sa femme et ses deux filles, qui dit vouloir : «[…] manifester avant qu’il ne soit trop tard pour leur laisser une planète habitable.»
Une fois arrivée au Square Victoria, la manifestation prit une tournure plus politique, lorsque l’orateur dénonça, «l’impudence de la classe politique» au complet, de Mulcair à Harper, ajoutant que: «Nous ne sommes pas prêts à sacrifier notre environnement pour sortir de l’austérité dans lequel le gouvernement nous a mis».
Les manifestants se sont dispersés peu après le dernier discours vers 16h30 sous le regard sévère du SPVM, ravalés par la ville, ne se distinguant des autres riverains que par les dernières bannières et pancartes encore visibles.

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Cégeps: victimes de l’austérité http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/cegeps-victimes-de-lausterite/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/cegeps-victimes-de-lausterite/#comments Mon, 24 Nov 2014 23:40:12 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21927 À la suite de l’annonce mercredi dernier de coupures budgétaires de 19 millions pour l’année en cours, la Fédération des cégeps n’a pas tardé à répondre. Dès le lendemain, M. Jean Beauchesne, président-directeur général de la Fédération des cégeps, a dénoncé les coupures et accusé le gouvernement de mettre en péril les services offerts aux étudiants.

Ces coupures ne sont pas les premières auxquelles les cégeps doivent faire face. La Fédération rappelle que 109 millions de dollars ont été retirés aux cégeps dans les quatre dernières années. Par communiqué de presse, M. Beauchesne déclare: «Trop c’est trop! Les cégeps viennent tout juste de revoir leur cadre financier pour absorber les dernières coupures imposées le 4 juin dernier. Il n’y a plus de marge de manœuvre. Les services donnés aux étudiants sont désormais en péril et comme éducateurs, c’est une réalité que nous ne pouvons accepter. D’autant plus que ce sont d’abord les étudiants les plus vulnérables qui en subiront les conséquences, alors que le Québec n’a vraiment pas les moyens de perdre un seul diplômé.»

En vertu de la loi, les cégeps doivent boucler un budget équilibré chaque année. Ils n’ont pas de pouvoir de taxation et ne peuvent pas augmenter leur revenu en demandant des droits de scolarité. Le financement des établissements d’enseignement collégial dépend presque entièrement du gouvernement. Les compressions imposées aux cégeps touchent aussi les universités. Celles-ci devront faire avec 50 millions de moins en aide gouvernementale cette année. En entrevue avec Radio-Canada, le ministre Bolduc a affirmé que ces coupures faisaient partie de l’effort pour un retour à l’équilibre budgétaire et que tous doivent faire leur part, les établissements d’enseignement supérieur y compris. 

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«Fermés pour cause d’austérité» http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/fermes-pour-cause-dausterite/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/fermes-pour-cause-dausterite/#comments Mon, 24 Nov 2014 23:38:56 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21923 Plusieurs centaines d’organismes communautaires ont symboliquement fermé leurs portes pendant 225 minutes soit une minute par million réclamé le 17 novembre dernier dans toute la province. À Montréal, ce sont quelque 2000 manifestants qui ont marché de la Place Émilie-Gamelin à la Place des Arts en début d’après-midi pour dénoncer le sous-financement chronique du réseau communautaire et les mesures d’austérité du gouvernement Couillard qui promettent d’alourdir leur fardeau.

À bout de souffle

Précarité, salaires faibles, épuisement professionnel… Les travailleurs du communautaire sont «à bout de souffle», confie Sébastien Rivard, coordonnateur du Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal (RIOCM), en entrevue téléphonique avec Le Délit. Le geste «historique» – c’était la première fois que les organismes communautaires en venaient à fermer leurs portes en guise de contestation – organisé par les acteurs du communautaire visait à démontrer l’importance du rôle qu’ils jouent dans la société. Les manifestants venus réclamer une «pleine reconnaissance» et des engagements clairs du gouvernement à rehausser le financement du réseau ont marché pendant près de deux heures dans le centre-ville de Montréal, s’arrêtant devant le Centre Hospitalier Universitaire de Montréal (CHUM) en milieu de parcours. Des porte-paroles ont alors dénoncé les partenariats public-privé et les dépassements de coûts, soutenant que le choix du gouvernement de couper dans les services publics est un «choix idéologique». Une fois le cortège arrivé à la Place des Arts, les porte-paroles du milieu communautaire, l’humoriste Mathieu Cyr, la députée de Québec solidaire Manon Massé, et le critique des services sociaux Jean-François Lisée, entre autres, se sont exprimés à tour de rôle. Monsieur Lisée, député du Parti Québécois (PQ) pour la circonscription de Rosemont, a rappelé l’engagement pris par son parti alors qu’il était au pouvoir le printemps dernier de redistribuer 162 millions de dollars au réseau communautaire. Sébastien Rivard nous confirme que des négociations étaient en cours entre les organismes communautaires et le gouvernement, et que cet argent aurait probablement été versé par le PQ s’il était resté au pouvoir. Le nouveau gouvernement libéral a toutefois annulé cet engagement, ce qui a mis le milieu communautaire «en colère», selon un communiqué du RIOCM.

Des choix idéologiques

La manifestation avait également pour but de dénoncer les mesures d’austérité du gouvernement Couillard. Ces politiques «ont un impact très grand […] et on travaille avec ces gens-là qui seront touchés, surtout les femmes», nous confie Lyse Cloutier, du Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA), rencontrée lors de la manifestation. Céline Métivier, de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, ajoute que les choix du gouvernement sont idéologiques, et qu’il y a «d’autres avenues» que les coupes qui s’accumulent. En effet, les libéraux ne cachent pas que les mesures d’austérité visent entre autres à «repositionner l’État québécois», comme l’a affirmé à plusieurs reprises le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux. Sébastien Rivard affirme que les libéraux l’ont averti de ne rien attendre du gouvernement «avant plusieurs années» et de s’estimer «chanceux» que le budget des organismes communautaires ne soit pas amputé.
         En réponse à la manifestation du 17 novembre, la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse et à la Santé publique Lucie Charlebois a déclaré au Devoir ne pas comprendre «pourquoi on s’agite autant» puisque le budget accordé aux organismes communautaires sera indexé de 0,9% cette année. Du côté de PLQ McGill, Julie Thibault, vice-présidente aux relations et aux communications, affirme dans un échange de courriels avec Le Délit qu’on préfère «voir le contexte financier difficile comme une opportunité pour faire preuve d’innovation positive». On s’étonne d’ailleurs que «peu [d’organismes communautaires] aient songé à varier leurs sources de revenus au fil des années», ajoutant qu’«il serait […] souhaitable que la population […] encourage personnellement [les] organismes communautaires […]. C’est LA meilleure façon d’aider». Selon un rapport du RIOCM publié en février 2013, le gouvernement du Québec verse 384 millions annuellement à quelque 3000 organismes communautaires alors que leurs besoins se chiffrent à 609 millions. Pour l’instant, les organismes communautaires luttent tant bien que mal pour combler le manque par le financement de différentes fondations privées ou communautaires ou des campagnes de financement, par exemple.

Dix milliards de solutions

Les organismes communautaires proposent des solutions qui permettraient d’augmenter les revenus de l’État québécois de dix milliards de dollars annuellement sans couper dans les services publics. Parmi les mesures proposées, on trouve: «réinstaurer la progressivité de l’impôt des particuliers, revoir les mesures fiscales destinées aux entreprises, augmenter les redevances sur les ressources naturelles, lutter contre l’évasion fiscale». Du côté des Jeunes libéraux, on souhaiterait également voir le gouvernement libéral miser sur l’augmentation des revenus de l’État. On propose par exemple d’installer «des compteurs d’eau dans les nouvelles constructions industrielles et commerciales […] et favoriser l’augmentation du taux d’activité de la population de 55 ans et plus en éliminant les divers incitatifs fiscaux favorisant les retraites hâtives et les barrières empêchant les retraites progressives».
            Les différents acteurs du communautaire s’entendent pour dire que la manifestation du 17 novembre «n’[était] qu’un début», et qu’ils continueront d’exiger des engagements concrets du gouvernement à rehausser le financement public du réseau communautaire et d’exprimer leur mécontentement face aux mesures d’austérité.

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UQAM «on t’a à l’œil» http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/uqam-on-ta-a-loeil/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/uqam-on-ta-a-loeil/#comments Mon, 24 Nov 2014 23:37:15 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21919 Plus d’une centaine d’étudiants de l’Université du Québec À Montréal (UQAM) se sont réunis dans l’agora du bâtiment Judith-Jasmin, jeudi 20 novembre à 12h30, afin de dénoncer les agressions sexuelles commises par des professeurs sur des étudiants de cette même faculté.

Organisée par l’association  Sycorax Hurlante en collaboration avec d’autres associations étudiantes dont l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), la manifestation n’avait pas été autorisée par l’université.

D’ailleurs, plusieurs activistes ont été  «menacés de poursuite» selon Emmanuel Denizon, sympathisant proche des organisateurs de la démonstration. Selon lui, la directrice «des services à la vie étudiante» de l’UQAM, Diane Villancourt, soutenue par le syndicat des professeurs de l’UQAM (SPUQ), aurait entrepris une démarche pour «déposer une mise en demeure et intenter une poursuite contre l’AFESH (l’Association facultaire étudiante des sciences humaines)».

«L’UQAM complice de la culture du silence»

Il y a deux semaines, les bureaux des professeurs accusés de viol, Eric Pineault, Jean-François Fillon et Eric Mottet, avaient été placardés d’autocollants incitant à briser le silence: «Harcèlement, attouchements, voyeurisme, agressions: tolérance zéro !». Ces images ont rapidement fait le tour des réseaux sociaux, en commençant par la page des Hystériques, collectif féministe à l’UQAM, pour ensuite être partagées sur la page officielle de l’Association facultaire étudiante des sciences humaines de l’UQAM (AFESH-UQAM). Jenny Desrochers, directrice à la division des communications, avait alors décrit ces actions comme «complètement inacceptables». À la manifestation de jeudi, les sympathisants ont repris cette même technique «d’assaut», en placardant mur sur mur des autocollants annonçant: «Non à la culture du viol. Brisons le silence. L’UQAM doit agir». Pendant ce temps, d’autres sympathisants vêtus de noir faisaient usage de pancartes pour cacher l’œil des caméras et permettre le passage continu des manifestants qui scandaient: «À nous nos corps, et pas à eux, tout ce qu’ils ont pris, ils l’ont volé». Ayant ainsi bravé les services de sécurité de l’UQAM, la manifestation non-autorisée n’a pas été interrompue et s’est finie après deux heures. Elle avait débutée sur le brûlage collectif d’une chronique de Pierre Foglia parue dans La Presse le 11 novembre, où il se prononçait sur les accusations de viol à l’UQAM et plus largement sur la question du viol dans ces termes: «Le mari rentre émoustillé […] sa femme endormie dit non. Il dit oui pareil. C’est un viol. Sauf que le plus souvent elle ne dit pas non. […] Une agression sexuelle?». Sa chronique a déjà reçu les complaintes de plus de 247 785 lecteurs, selon des chiffres qu’il a lui-même avancé dans l’article «Bon ben voilà» paru le 17 novembre dans le même journal. 

Sur les détails des agressions sexuelles présumées, rien n’est dit lors de la manifestation. La question fait unanimité et  personne ne se prononce sur la nature des dénonciations publiques, sur leur  légitimité, ou même sur leur véracité. D’ailleurs, nul ne veut se lancer sur le sujet, quand bien même de façon officieuse, et le climat est tendu. Les menaces de l’UQAM quant à la possible expulsion des étudiants impliqués dans les démonstrations ne sont pas prises à la légère même si la manifestation y répond tout en provocation. Alice, une étudiante en sciences politiques souhaitant rester anonyme, témoigne, bousculée par les événements: «les filles sont encouragées à rester dans la peur, le silence et la honte; et c’est par leurs propres institutions, par leur propre université.»

La manifestation se dissout dans une colère pleine d’enthousiasme, avec comme réclamation: «UQAM, nous revendiquons une cellule d’intervention pour les survivantes.». À défaut d’une réponse de l’Université, les associations ont pris le devant sur cette demande et proposent un «atelier de formation pour soutenir les survivantes d’agression sexuelle» le jeudi 29 novembre entre 10h et 13h à l’UQAM.

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Défier l’oppression culturelle http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/defier-loppression-culturelle/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/defier-loppression-culturelle/#comments Mon, 24 Nov 2014 23:35:04 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21917 Le groupe McGill Students for UN Women National Committee Canada - (Étudiants à McGill pour le comité national canadien de l’ONU, ndlr.) a organisé le 13 novembre dernier une réunion informelle de spécialistes sur les femmes et les crises sanitaires mondiales. Cette question est particulièrement d’actualité à cause de la propagation du virus Ebola. Les conférenciers comptaient les deux anthropologues médicales Sandra Hyde et Anat Rosenthal, ainsi que Nitika Pai et Drissa Sia de l’Institut des politiques sociales et de la santé à McGill. Ils ont parlé de l’intersection de l’épidémiologie et du sexe, tous d’un point de vue particulier et propre à leur domaine professionnel. Nikita Pai, en entrevue avec Le Délit, soutient que les tables rondes sont d’excellents forums pour discuter des thèmes qui ne sont pas couverts en cours. Le fait d’interagir avec des professionnels et de se projeter dans la cause offre une grande valeur ajoutée pour les étudiants.

Julie Cumin, étudiante en histoire et psychologie à McGill, souligne la difficulté de rendre l’information scientifique accessible aux hommes politiques. Elle maintient qu’il est crucial de comprendre «les origines socio-économiques et inhérentes de la vulnérabilité humaine, afin de créer des systèmes de priorisation qui promeuvent l’équité sanitaire.»

Comprendre la vulnérabilité des femmes

Pour les organisateurs de la conférence, il est essentiel de comprendre l’impact de la vulnérabilité. Anat Rosenthal explique que pour les femmes, la vulnérabilité peut avoir une nature pathologique, c’est-à-dire qu’elle peut provenir de l’oppression sociale et culturelle d’un groupe. Rosenthal distingue la vulnérabilité innée de la vulnérabilité situationnelle: les femmes ne sont pas biologiquement prédisposées à courir un plus grand risque face aux crises de santé. C’est en effet leur situation qui les met en péril, en particulier à cause des normes associées à leur sexe et les pratiques culturelles conséquentes.

En guise d’illustration, Drissa Sia a mentionné les différents facteurs qui facilitent la contraction du VIH/SIDA chez les femmes en Afrique sub-saharienne. Leur position inférieure dans la communauté fait qu’elles ont très peu de pouvoir dans les prises de décisions sexuelles et ne peuvent pas toujours réclamer l’usage d’un préservatif.

Sandra Hyde a parlé des femmes et de l’Ebola, en mentionnant la statistique effrayante de «55-75%», soit le nombre de victimes d’Ebola qui sont des femmes. Ces chiffres révèlent que les rôles attribués aux deux sexes sont inextricablement liés aux soins de santé. M. Hyde soutenait lui aussi que les infirmières sont aux premiers rangs pour donner des soins aux patients, et elles sont souvent celles qui se consacrent au traitement des fluides corporels contaminés.

Dr. Nitika Pai a conclu la conférence avec des anecdotes de son expérience en tant que jeune fille en Inde. Ceci l’a menée à expliquer comment la sensibilisation des hommes et surtout l’encouragement au dépistage du SIDA peuvent radicalement changer le chiffre de femmes qui sont atteintes par la maladie. Mais le plus important reste de défier les facteurs socioculturels, ces normes, qui nuisent à la santé des femmes.

La récente campagne #HeforShe lancée par McGill Students for UN Women National Committee Canada souligne l’importance d’impliquer les hommes dans la scène féministe par simple intérêt humaniste. D’où l’importance de montrer aux gens la pertinence des sujets comme celui de la vulnérabilité de la santé des femmes, même dans notre propre société. Docteure Pai pense que ce thème est «inextricablement tressé dans le tissu social partout», qu’il existe un réseau de causes qui fait que les facteurs socioculturels vont toujours fragiliser les femmes. Il en va de même pour les personnes de couleur, ou de classe économique désavantagée, en Afrique comme en Amérique du Nord. McGill émerge comme une lueur d’espoir dans notre communauté occidentale, avec ses pratiques sensibles au genre et aux personnes vulnérables. Mme Pai note le ratio optimiste hommes/femmes dans sa propre Faculté de médecine comme indicateur de la progressivité de McGill. Mais il faut aller au-delà, il faut chercher à promouvoir la liberté des femmes au niveau local, démanteler les structures sociales qui sont si dangereuses. C’est pour cela que la conférence était orientée sur les enjeux africains, là où le problème est le plus grave.

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3438, rue McTavish http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/3438-rue-mctavish/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/3438-rue-mctavish/#comments Mon, 24 Nov 2014 23:32:44 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21914 Après le Centre de recherche interdisciplinaire en études montréalaises (CRIEM), c’est le Programme d’études sur le Québec (PÉQ) qui déplacera ses locaux du pavillon Ferrier au premier étage du 3438, rue McTavish, d’ici la mi-décembre. L’objectif principal? Accorder au département un espace physique corrélé avec l’importance que McGill lui voue: une «priorité».

Stephan Gervais, coordonnateur et assistant du directeur du programme, confie au Délit que les anciens locaux du PÉQ seront probablement utilisés par le Département d’histoire voisin. Quant au Département d’études juives, dont les locaux se situaient au 3438, ils ont été relogés au septième étage du pavillon Leacock, accompagnant d’autres déménagements à l’intérieur de la Faculté des arts. D’autre part, le PÉQ ne sera pas le seul à s’installer au 3438: deux autres centres de recherche, un sur l’Union européenne, et l’autre affilié à l’École de service social, feront de même.

Visibilité = priorité

Selon M. Gervais, la principale raison de ce mouvement, en ce qui concerne son département, est l’établissement du CRIEM. «Le CRIEM avait besoin d’un lieu central sur le campus et ça correspond tout à fait à nos critères: accessibilité en métro, capacité des étudiants à trouver le lieu», explique-t-il. Les locaux du pavillon Ferrier n’offriraient pas une visibilité suffisante au projet. «Le lieu physique sur le campus est très stratégique», ajoute-t-il. «Si les études québécoises et le nouveau centre de recherche sur Montréal sont bien positionnés, ça enverra un message très fort, un message politique aussi.» McGill se doit d’accorder une visibilité importante aux études québécoises si elle prétend qu’il s’agit d’une de ses priorités.

Puisque: «les interventions publiques de la principale témoignent de sa volonté d’arrimer l’Université encore plus à la communauté montréalaise», il est en effet logique que le PÉQ et le CRIEM prennent plus d’importance spatiale et organisationnelle sur notre campus.

M. Gervais se dit en théorie satisfait du changement qui lui parait cohérent. Il ménage cependant son enthousiasme puisqu’il faudra attendre que le mouvement ait effectivement lieu pour juger de son succès. Il espère aussi que ces nouveaux locaux permettent à plus d’étudiants de découvrir et de s’intéresser aux études sur le Québec «avec engouement et intérêt».

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Référendum de l’AÉFA http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/referendum-de-laefa/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/referendum-de-laefa/#comments Mon, 24 Nov 2014 23:31:34 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21912 Du lundi 24 au vendredi 28 novembre aura lieu le référendum d’automne de l’Association Étudiante de la Faculté des Arts (AÉFA) sur la question du renouvellement du Fonds pour l’emploi étudiant en arts. Le statut de ce dernier, mieux connu sous son acronyme anglophone d’AFEF, spécifie qu’il doit être ré-approuvé tous les trois ans.

L’AFEF fait partie des frais de scolarité (de façon facultative) à raison de 6,50 dollars par semestre pour les étudiants à temps plein, et de 3,25 dollars pour les étudiants à temps partiel. Il œuvre pour la création d’emplois sur le campus pour les étudiants de McGill et a été introduit pour la première fois en 2003. L’AFEF est divisé en deux: sa première moitié est allouée au Fonds pour l’emploi de la Faculté des arts (Arts Faculty Employment Fund, AFEF, ndlr), tandis que le reste va au programme Travail-études de l’AÉFA. Concrètement, ce fonds aide à la création des postes d’assistants de recherche ponctuels, dont le rôle est de fournir de l’aide aux nouveaux professeurs de McGill, durant leurs trois premières années en fonction.

Pour faciliter la mise en œuvre de ce Fonds, l’AÉFA a veillé à la création d’un comité spécial. Il est composé des membres de l’AÉFA selon la liste suivante: le v.-p. aux Affaires universitaires en tant que président du comité, le v.-p. aux Finances, un membre du conseil législatif, un étudiant membre de l’AÉFA, ainsi que le Doyen de la Faculté des arts, au poste de Gestionnaire du Fonds.

Les étudiants membres de l’AÉFA sont donc appelés à voter en ligne jusqu’à vendredi pour ou contre le renouvellement de l’AFEF.

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Walking the tightrope http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/walking-the-tightrope/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/walking-the-tightrope/#comments Mon, 24 Nov 2014 23:18:34 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21906 Les crises d’identité ne sont pas exclusives à un groupe particulier; personne n’en est exempté. Nous avons tou-te-s un désir intrinsèque de nous définir, par rapport aux autres. Dans les cas des enfants de la diaspora et de leur identité culturelle, il semblerait que cette réflexion soit provoquée plus tôt que tard, et pas volontairement; ce serait plutôt un résultat des influences de notre entourage, en particulier la population majoritaire. Pour discuter du sujet, j’ai rencontré trois étudiants à McGill, issus de parents immigrants, et élevés en partie ou en totalité au Canada.

Quand les gens apprennent mes origines, on me demande fréquemment si je préfère un côté où l’autre, si je me sens plus salvadorienne ou iranienne, quelle culture est la meilleure. Quand on perd l’équilibre sur une corde raide, on le retrouve en se soutenant sur un seul pied, et suite à quelques secondes de désorientation, en résumant notre marche. Bien que je n’aie pas de culture préférée et que jamais je n’oserais quantifier mes origines, je dois admettre que je me sens parfois comme une funambule qui flotte entre deux mondes, deux cultures, sans compter la canadienne ainsi que la québécoise, qui m’ont causé l’occasionnel complexe. Ces identités qui se chevauchent génèrent des dilemmes du sorte que quand je suis au Salvador ou en Iran, on me perçoit comme étant Canadienne, et quand je suis au Canada je ne suis évidemment pas d’ici. Il m’arrivait donc de me demander d’où je suis, voir ce que je suis.

I’m not alone, either – as Nadir puts it, “As children of the diaspora, you kind of don’t feel too wedded to either identity, whether it’s your Canadian one or whether it’s your original one. […] it’s definitely hard to pinpoint exactly what your identity is.”

What’s more, this seems influenced not so much by our self-perception, but instead by that of others. “In a given moment you’re not Canadian enough for Canada and not Pakistani enough for Pakistan… What am I then? Over time I think I’ve become a lot more comfortable with calling myself Canadian […] but it can definitely be a hard question to answer.”

Dès un très jeune âge, on est confronté à la question de notre identité culturelle qui, malgré nous, prend une importance parfois plus grande que notre individualité. Catherine me raconte son expérience avec ce complexe, rappelant la fois où durant un échange de collations entre amies, elle fut la seule à apporter un mets qui n’était pas canadien. «Au début ma mère faisait des trucs; je me rappelle une fois, c’était une causa: c’est [des] patates avec le citron, and then el atún y la mayonesa […] Mais t’amènes ça, et là tout le monde a du pâté chinois, and then you’re like that, and they’ll look at it, puis j’ai, no joke, two friends that tasted it. […] Je suis allée voir ma mère et [je lui ai dit] ‘Ma, tu peux faire des trucs plus québécois [comme de] la salade de patates à  la place de causa?»

Many of us do this – we try to solve the puzzle of our elusive cultural identity by trying to adopt the local culture we were born into. Perhaps our desire to label ourselves and each other stems from our intrinsic drive to belong – this feels especially true when I recall my teenage years, where I pained myself trying to learn lyrics to Les Cowboys Fringants and trying to get acquainted with Quebec’s general culture. But no matter how hard I tried, I would always remain different, feeling almost ashamed that my parents hadn’t given me a course in ‘Quebec Culture 101.’ Although, if anything, they were better equipped to teach me about their own homeland while I attempted to understand mine.

So who defines these labels and why do they matter? Based on my experience and countless conversations I’ve had with other diaspora kids, these supposedly defining factors of our being are in the eye of the beholder, at least initially. Why do we feel like we are never quite this nor that? I’m tempted to say that this othering exists in relation to the majority population, who in a sense monopolizes the defining attributes of being Canadian or quebecois. The question of cultural identity arises not as a natural part of growing up, but as a result of being othered and not knowing why. Those who perceive us as ‘other’ are not necessarily ill-intentioned, but the point remains that this forces – perhaps prematurely – the process of defining one’s cultural identity, and that it seemingly applies to any individual whose genealogical tree has most of its leaves in another country.

That is why when I meet someone whose parents, like mine, are immigrants, regardless of where they came from, I feel something that I struggle to define. Broadly said, it’s a sense of relief to know that they have probably also walked that tightrope, and that together we can talk about the shaky paths, laugh at each other’s falls, and treat each other’s wounds.

Nadir echoes this, telling me that “there’s some fellow feeling that’s already there before you’ve even [spoken about it], you know? And that’s neat, and I think that’s worth holding onto.” For once, the one who perceives no longer others us; rather, we see each other as similar, as sharing an identity that goes beyond clear-cut labels. We don’t emphasize our differences, but rather identify with each others’ shared experiences. We see each other as belonging to a similar cultural community without necessarily sharing any ethnic roots.

Our shared experiences somehow validate the struggle we’ve been through. These bonds we make validate all the cultural inheritances from our parents that we didn’t know how to contextualize, because for maybe the first time, we have people to speak this language with and share these cultural quirks with, without feeling like we’re foreign.

Sayema told me of her quest for people she could relate to, and with which she could be both Indian and Canadian. “Your parents are ingraining into you all their references and all and their language and their ideals. It’s obviously not Canadian, it’s not North American, it’s not Western. It’s very Indian,” Sayema said. “You can’t run away from that […] but you need an outlet […] and those are found in other people.” This doesn’t mean that who we are suddenly becomes clear to us, but rather that we find tools to better cope with the complexities, not to mention we find ourselves with an invaluable community of peers who will support and join us on this quest.

This tightrope is very much real, to the extent that sometimes we are left unable to define our identity/identities, either because we don’t know how to order them or which to include, or even why we should be providing others with a neatly-defined label. Sometimes it hurts to watch others frolic across the field of Canadian culture, while you’re awkwardly trying to keep from falling, all the while juggling your local culture and that of your ancestors. Sometimes though, you bump into a fellow tightrope-walker, and they give you tips on how to catch your breath and deal with the shakiness of the rope. All in all, when I slackline, I love losing my balance, finding a focus point, and then re-centering myself. I still fall a lot, but I wouldn’t for a minute want to give up this journey.

Il m’arrive parfois, même souvent, de perdre mon sens de l’identité. Alors, je lève un pied et me penche vers l’une ou l’autre culture afin de me recentrer. Ma balance n’est et ne sera jamais parfaite, et le parcours a été chargé de tombées douloureuses, mais la vue d’ici haut est trop belle pour abandonner la vie de funambule.

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Nobel de l’identittérature http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/nobel-de-lidentitterature/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/nobel-de-lidentitterature/#comments Mon, 24 Nov 2014 23:09:44 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21900 Il nous arrive souvent de penser à des souvenirs morcelés ou à des bouts de rêves que l’on n’arrive pas à remettre en place. Comme lorsqu’on se lève le matin au sortir d’un rêve tumultueux et qu’on essaye de se le remémorer. Qui était cet homme avec qui je conversais? Pourquoi est-ce que j’étais rendu à un certain endroit au lieu d’un autre? Comment se fait-il que mon ami de maintenant ressurgisse en plein milieu d’un souvenir lointain? Et puis qui étais-je à ce moment-là? Il ne nous reste plus que des tableaux de cet ensemble dissolu.

Il y a quelques années, je me posais ces mêmes questions par rapport à une histoire que je n’arrivais plus à situer. Est-ce que je l’avais vraiment vécu? Était-ce un rêve que j’avais fait qui m’a marqué? Le plus j’y pensais, le plus j’avais du mal à expliquer d’où me venait cette histoire, jusqu’à ce que je me décide à faire le tour de ma bibliothèque. J’avais certainement dû l’avoir lu, cette histoire. En effet, après une soirée de recherche, je mis le doigt dessus, il s’agissait du récit de L’Horizon de Patrick Modiano.

Je m’étais fait prendre par son univers. Cet univers dans lequel rôdent tellement de mystères et de secrets. Le temps est fuyant, l’atmosphère pesante. Ses personnages n’ont pas de passé, ils n’ont qu’un présent. On assiste donc à une recherche existentielle. On veut pouvoir coller les morceaux du casse-tête. Impossible de poser le livre jusqu’à ce qu’on ait des réponses. Modiano travaille notre intrigue, notre curiosité. Rien n’est certain. Il fait planer ce sentiment de lourdeur et de malaise qu’on peut retrouver chez Kundera par exemple.

Dans son dernier roman Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, sorti une semaine avant l’attribution du prix Nobel de littérature 2014 à cet auteur exceptionnel (qui récompense l’ensemble de l’œuvre), Modiano nous replonge dans un de ses rêves. Un téléphone qui sonne, un inconnu au bout du fil, un carnet d’adresses trouvé dans le bistrot d’une gare parisienne, une rencontre puis toute une aventure. Qu’a fait Jean Daragane à part noter dans son carnet l’information d’un vieil ami de sa mère? Qui est cette personne? S’en souvient-il? Pourquoi ces inconnus sont-ils à la recherche de ces informations? Lui en veulent-ils à lui?

Petit à petit, le récit le renvoie dans son passé. À travers cette enquête, il renoue avec certaines personnes, mais qui sont-ils? Avec certains souvenirs, mais d’où lui viennent-ils? Avec certains lieux, mais où sommes-nous? Au bout d’un moment le lecteur tout comme le narrateur se retrouve complètement mêlé. Tiraillé entre le passé et le présent, entre l’imagination et la réalité, plus rien ne fait sens. Tout semble si familier mais rien ne se suit. Aucun enchaînement de faits ne tient la route mais une histoire arrive à se tisser malgré tout.

Comme après un rêve, en fermant le livre, nous n’en savons pas tant davantage. Les quelques indices que nous avons réussi à amasser ne font qu’alimenter notre confusion. Mais on aime ça, rester sur notre faim. Il n’y aura pas de deuxième tome qui viendra donner la clef du mystère au premier. Tout ce que l’on pourra dire c’est que c’était beau, et est-il nécessaire de comprendre ce qui est beau?

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Dis-moi ton nom, je te dirai qui tu es http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/dis-moi-ton-nom-je-te-dirai-qui-tu-es/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/dis-moi-ton-nom-je-te-dirai-qui-tu-es/#comments Mon, 24 Nov 2014 23:08:33 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21897 Un jour de Saint-Valentin 1895, Oscar Wilde présente pour la première fois L’importance d’être Constant au St-James Theatre de Londres. Véritable plongée dans une Angleterre victorienne, cette pièce mélange comédie sentimentale, comédie de mœurs et comédie de caractère. Les dialogues sont empreints d’une ironie délicieuse, au travers desquels se dessine une critique acerbe de la société contemporaine dont Oscar Wilde se fit le détracteur à plusieurs reprises. La haute société victorienne, autoproclamée vertueuse et morale, n’est en fait qu’hypocrisie et apparence. Et rien ne sert mieux la satire que l’humour absurde. Ainsi, chaque phrase est une dérision, une subversion assumée de l’hypocrisie aristocratique face aux institutions de l’époque: «on devrait toujours être amoureux. C’est pourquoi on ne devrait jamais se marier», s’amuse Algernon.

Traduite pour la première fois en français au Québec par Normand Chaurette et mise en scène par Yves Desgagnés, L’importance d’être Constant est servie par une troupe éclatante. Les comédiens endossent avec brio leurs costumes aux couleurs chatoyantes: ombrelles et jupes à trompettes pour les femmes, costumes trois pièces pour les hommes. Mais surtout, il faut parler de la scénographie, sublimée par Martin Ferland. Rappelant le monde dans lequel se meut la petite Alice aux pays des merveilles, la grande – que dis-je, la gigantesque – tasse qui fait office de décor fait rire le public aux éclats à peine le rideau levé. Tout prend des tailles démesurées: la cuillère dans le creux de laquelle le personnage se love, le sachet de thé qui fait office de coussin, et le biscuit qui se transforme en table. Cette exagération avertit le spectateur de ne surtout rien prendre au sérieux et décrédibilise la fameuse tradition du thé britannique qui devient le symbole de la haute société. Le paraître occupe donc, littéralement, tout l’espace.

Au cœur de cette pièce réside la question d’identité et d’usurpation d’identité. Algernon et Jack s’inventent des personnages fictifs baptisés Constant pour pouvoir mener une double vie entre Londres, où ils se délectent des plaisirs scandaleux, et la campagne anglaise, où ils peuvent échapper aux obligations sociales. Le comique vient du quiproquo autour du nom de Constant. Gwendoline et Cecily sont obnubilées par ce nom aux connotations religieuses et morales, métaphore de l’obsession de la société victorienne par l’apparence de la vertu et de l’honneur. Wilde en fait sa source d’inspiration et y puise une ribambelle de situations cocasses mêlant jeux de rôles et rebondissements farfelus. Desgagnés pousse le travestisme à son paroxysme en présentant un Raymond Bouchard dans la peau de Lady Bracknell. L’acteur revêt robes d’époque et, de sa voix rauque, incarne parfaitement cette tante revêche pour qui seuls l’image et le prestige importent.

Oscar Wilde disait «C’est lorsqu’il parle en son nom que l’homme est le moins lui-même. Donnez-lui un masque et il vous dira la vérité». Pour ne citer que Le Portrait de Dorian Gray ou L’importance d’être Constant, l’écrivain britannique a inséré à maintes reprises cette notion de double-je(u) identitaire au centre de son œuvre – sans aucun doute un élément autobiographique. En effet, Wilde lui-même menait une double vie d’homme marié ayant des relations homosexuelles. Sa relation avec le poète Lord Alfred sera révélée au public par le père de ce dernier – furieux contre son fils d’entretenir une relation sodomite, un crime à l’époque – quelques mois après la représentation de la pièce. Il sera emprisonné pour cela et finira humilié et ruiné, avant de s’exiler en France.

Loin d’être une simple comédie frivole, il faut donc déceler dans cette pièce une réflexion plus profonde sur l’identité et l’immense place que prend le faux dans toutes les sociétés. Dans une entrevue avec Le Devoir (du 8 novembre 2014), Desgagnés affirme d’ailleurs: «Quand on s’expose à [la pièce] aujourd’hui, on pourrait croire qu’elle a été écrite hier», tant le dictat du paraître dirige encore notre société moderne.

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Qui es-tu Amy? http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/qui-es-tu-amy/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/qui-es-tu-amy/#comments Mon, 24 Nov 2014 23:05:32 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21893 En septembre dernier, Gone Girl, adaptation cinématographique du livre de Gillian Flynn Les Apparences, faisait une entrée fracassante en salles. Porté par le célèbre réalisateur David Fincher, et des critiques plus que positives, le film connaît un gros succès et est même considéré par certains comme le film de l’année.

Gone Girl, c’est l’histoire de Nick (Ben Affleck) et Amy (Rosamund Pike), un couple marié, en apparence normal. Leur destin est bouleversé quand Nick rentre chez lui, le jour de son anniversaire de mariage, et retrouve sa maison saccagée. Se rendant compte de la disparition d’Amy, il contacte immédiatement la police. Cependant, la scène de crime douteuse, des révélations de plus en plus accablantes, et surtout, la découverte du journal intime de sa femme, vont projeter Nick à la place de suspect numéro un et d’homme le plus détesté de la nation. Ni Nick, ni le spectateur, ne semblent reconnaître l’infâme personnage décrit par Amy dans son journal quand elle présente son mari. Qui est le véritable menteur? Où est passée Amy? Mais surtout, qui est-elle réellement? Le spectateur interloqué s’engage dans une véritable bataille psychologique avec les deux personnages.

Certains diront que la tâche de réaliser ce film était grandement simplifiée par un scénario de génie concocté d’avance par Flynn. Il est vrai que le lecteur devenu spectateur sortira sûrement avec un fort sentiment de déjà vu tant le scénario respecte celui du livre. Comment reprocher cependant à Fincher d’avoir esquivé la plainte tant de fois entendue: «ils ont vraiment massacré le livre»? Le réalisateur rend justice au best-seller sans trahir son registre: l’atmosphère sombre, légèrement teintée d’humour, qu’on lui connaissait était presque déjà présente dans Les Apparences.

Il faut de plus considérer la difficulté de travailler avec le format du roman. En effet, la moitié de l’œuvre est constituée du journal intime d’Amy, qu’il fallait adapter sans interrompre la tension de l’action. Pari réussi, notamment grâce à Rosamund Pike, qui tient bien son rôle. Moins connue que son homologue Ben Affleck, elle a toutefois été acclamée par la critique pour sa performance. Le spectateur oscille entre des émotions très variées à l’égard d’Amy, sans tomber dans les extrêmes, jusqu’à ce qu’il saisisse sa réelle identité. Ne l’appréciant ou ne la détestant jamais complètement jusqu’à ce moment précis, le spectateur subit le jeu de l’actrice britannique, qui respecte très bien la principale caractéristique de son personnage: insaisissable.

En résumé, sans s’éloigner des grandes lignes du roman, et avec l’aide de la bonne performance des acteurs, Fincher réussit son pari: il crée une ambiance insoutenable, menant à un spectaculaire final qui ne déçoit en rien. Si le spectateur a lu le roman, il sera peut-être un peu déçu d’une certaine absence de prise de risques. Il retrouvera cependant les ingrédients qui lui avaient fait apprécier le livre, et peut-être quelques-uns en plus. Quoiqu’il arrive, il ne sortira pas sans émotion. Personne ne le fera. C’est déjà une très belle réussite. 

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Subversivité à l’Église http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/subversivite-a-leglise/ http://www.delitfrancais.com/2014/11/24/subversivite-a-leglise/#comments Mon, 24 Nov 2014 23:03:05 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=21889 L’atmosphère convenue – très Conseil-des-Arts-du-Canada-esque – qui pesait sur la salle de l’Église Saint-Pierre-Apôtre samedi dernier ne faisait pas honneur au bad-boy que fut Claudio Monteverdi.

En 1600, Giovanni Maria Artusi, élève de Zarlino, théoricien musical conservateur et compositeur, consacre une section de son L’Artusi ou les imperfections de la musique moderne au Cruda Amarilli, un madrigal de Claudio Monteverdi. Dans un vif dialogue entre «Luca», personnage d’un jeune compositeur naïf, et «Vario», sage individu dont le discours masque celui d’Artusi, le théoricien s’en prend aux grossièretés et aux licences de Monteverdi qui, par exemple, ose des septièmes sans préparation ni résolution complètes… comme le ferait «un boétien».

Quelques années plus tard, l’irrévérencieux Monteverdi fait un pied-de-nez à Artusi en publiant ce même Cruda Amarilli à la tête d’un recueil de madrigaux. Il précède ses partitions d’une défense devenue célèbre dans son écriture musicale, où il établit notamment une différence entre la prima practica, soit le style traditionnel de composition contrapuntique de la Renaissance, et la seconda practica. Cette seconde approche, plus flexible, est résumée par son fameux dictum à l’encontre des conventions de l’époque: «L’oratione sia padrona dell’armonia e non serva» – ou, comme simplifierait un étudiant en musicologie, «les mots doivent être le boss de l’harmonie, et non l’inverse».

De tous temps, l’histoire de la musique est aussi l’histoire des diverses querelles entre «Anciens» et «Modernes», dialogue nécessaire qui sous-tend la création artistique comme un ostinato dont on ne saurait se défaire.

Or, en 2014, comment les Vêpres de Monteverdi, datées de plus de quatre siècles, peuvent-elles participer à ce dialogue ?

Patrick Wedd, à la tête de Musica Orbium, trace un parallèle entre les Vêpres et… Le sacre du printemps de Stravinski. «Toute ma vie, ces deux œuvres m’ont fasciné […] pour plusieurs des mêmes raisons. Ces nouvelles œuvres iconoclastes, rafraichissantes, stimulantes et même surprenantes ont surgi de ressources musicales existant depuis longtemps (modes de plain-chant psalmodique d’un côté, chants folkloriques russes de l’autre).»

À travers la lentille de ce rapprochement, la démarche de Wedd se clarifie. Celui-ci dirige Monteverdi avec une fougue qui lui fait même malencontreusement catapulter sa baguette en direction des solistes, quatre mesures avant l’entracte. Sans sombrer dans le laisser-aller, cette énergie lui est rendue par la plupart des musiciens. Si quelques entrées du chœur des femmes ont pu être un brin mollassonnes, ce n’était là que de brèves exceptions rapidement admonestées par des gestes du directeur, gestes qui semblaient confirmer son dédain du passif. Lauriers lancés au sublime premier violon Olivier Brault, à l’infatigable Jean-Willy Kunz à l’orgue (se passe-t-il un soir cet automne à Montréal sans qu’il ne donne un concert?), au touche-à-tout Jacques David sur théorbe et à l’étincelante soprano Jana Miller, récemment lauréate du prestigieux Prix d’Europe.

Ainsi, malgré une présentation qui ne déroge pas des fastidieuses ritournelles du monde classique, Wedd et ses musiciens offrent une lecture résolument fraîche, exclusivement adressée à l’ouïe. En se défaisant de tout apparat – pas de programme insolite, pas de lieu de concert original, pas de multidisciplinarité scénique, pas de light show, pas de causerie, ni même d’encore ou de remises de fleurs – la formation n’avait qu’une seule chose sur laquelle se concentrer : la musique. Sotto voce, les choix à première vue conservateurs du directeur artistique Wedd semblait proposer que l’identité du musicien se doit de rester attachée à rien d’autre que la musique. De la sorte, ils tracent une vision subversive lorsqu’on songe à ce que font nombre de formations face à la difficulté de remplir une salle de concert classique en temps austères. À une jetée de pierre de la tour de notre radio-télédiffuseur public contraint à se réinventer, à quelques coins de rue des studios de Radio NRJ, il était impossible de ne pas savourer ce joli affront au spectaculaire de la part du musical.

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