Le Délit http://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Fri, 27 Feb 2015 00:13:21 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=4.1.1 Quelques poils dans de l’eau de rose http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/quelques-poils-dans-de-leau-de-rose/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/quelques-poils-dans-de-leau-de-rose/#comments Tue, 24 Feb 2015 17:56:28 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22509 Le Délit n’a pas fait exception. Comme Le Devoir, La Presse, Le Monde, il s’est rendu dans une salle sombre, assez vide, au fond de laquelle s’étaient agglutinés quelques couples, pour voir ce qui s’annonçait être la merde la plus médiatique de l’année.

Quiconque s’est approché d’un réseau social depuis juillet dernier a entendu parler de 50 Nuances de Grey. Adaptation par Sam Taylor-Johnson du bestseller de E.L. James, ce film tout à fait remarquable en matière de promotion, relate une histoire toute simple saupoudrée d’érotisme sadomasochiste. Anastasia, une jeune étudiante jouée par la mièvre mais bien foutue Dakota Johnson, tombe sous le charme de Christian Grey, un riche homme d’affaire interprété par Jamie Dornan, des abdos d’acier mais un peu trop boyscout pour paraître autoritaire. Leur histoire va très vite, Grey l’invite pour une date, baisers dans l’ascenseur, galipettes une semaine plus tard dans des draps de soie. La romance se corse quand Grey apprend à l’ingénue souriante qu’il «ne fait pas l’amour, mais qu’il fuck». Il va donc l’initier à la soumission sexuelle à coup de cravache, fessées et bondage. Mon dieu, la pucelle ne s’y attendait pas! Mais le spectateur, si.

Oh qu’elle est grosse (l’histoire)

Jamais nous ne plongerons dans leur histoire. Pas de réalisme, pas d’émotion, pas d’intensité entre les personnages. Aucune nuance. Aucune femme dans cette salle ne pleurera à la fin. C’est trop gros. Les quelques spectateurs autour de nous ont souvent rit: l’héroïne qui trébuche lors de sa première rencontre avec Grey, lui qui l’attrape entre ses larges épaules pour l’empêcher de se faire renverser par une voiture, l’hélicoptère, la vue de l’appartement qui pue les effets spéciaux…

Même les figures de styles sont sans subtilité. On sourit dès le début en voyant les plans larges sur Seattle: c’est le matin, et l’ensemble des buildings forment une palette de  «cinquante nuance de Gris». Et comme l’avait fait l’auteure dans sa trilogie, le réalisateur s’est obstiné à croire que quand une métaphore est mauvaise, il est bon de la filer. L’ensemble du film est donc constitué de clins d’œil bien lourds aux déclinaisons du gris: les cravates de Grey, ses costumes, les paysages… Affligeant de facilité.

«Nan mais le livre est mieux hein»

Pour pouvoir être encore plus sévère avec le film, il faut avoir lu le livre. Beaucoup – et moi-même – s’accorderont à dire qu’il était très mal écrit et que la trame était ridicule par bien des aspects. Cependant s’il a été le livre le plus vendu de 2012 et a créé à lui seul un véritable mouvement littéraire contemporain – le «Mommy Porn» – c’est parce que les scènes érotiques ont su faire leur effet. L’auteur y décrivait, pendant de longs paragraphes, la jouissance asphyxiante de la jeune Anastasia, des scènes crues entremêlant à chaque coup de bassin le réalisme sans paillettes des pratiques actuelles et la sensualité troublante du sadomasochisme. Un grand coup de fouet dans l’imaginaire de la ménagère de quarante ans. Celle-ci se retrouvait propulsée dans l’esprit d’une jeune fille en fleur savourant son succès après sa première fellation, tentant de taire ses orgasmes avant même la chevauchée finale, découvrant le pouvoir mystique d’une langue sur un sein ou d’une main lancée sur une fesse. Les dialogues insipides et l’intrigue de roman de gare se révélait être un moyen de retenir notre haleine.

Rien de cela dans le film. La tension est inexistante, le réalisme bien loin (voir la section comique de ridicule quant à la perte de virginité de Mademoiselle), on ne voit rien à part quelques poils qui dépassent, et Sam Taylor-Johnson n’a pas su jouer sur le temps: tout va trop vite, la romance monte à grande vitesse sans nous embarquer et les scènes érotiques se terminent avant même que le rouge ne nous monte aux joues. Le spectateur n’a même pas la noble liberté du lecteur consistant à s’imaginer les personnages, les décors et l’intensité de leurs regards. Tout lui est imposé; et c’est d’un cliché tel que l’excitation sexuelle est tuée dans l’œuf.

Le Délit, fier de son devoir messianique, conseille à ses chers lecteurs d’opter pour le boycott. Ne payez pas un billet hors de prix au cinéma Scotia pour faire partie du phénomène et pouvoir donner, vous aussi, votre avis sur comment Dakota Johnson se mord les lèvres. Si vous voulez paraitre trendy, dites juste que l’acteur est diablement sexy. Si vous voulez passer une bonne Saint Valentin, sachez que la fin du film est triste. Si vous voulez vous retrouver dans une salle avec des gens, il y a toujours McLennan. Si vous voulez braver les interdits, rebranchez votre magnétoscope et regardez le classique Emmanuelle.

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Dancing Queen http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/dancing-queen/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/dancing-queen/#comments Tue, 24 Feb 2015 17:54:34 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22506 Christine and the Queens a fait une entrée remarquée dans l’univers de la pop francophone grâce à son clip Saint Claude, déjà visionné plus de six millions de fois sur Youtube. Seule sur un grand bloc rouge qui lui fait office de scène, la chanteuse danse. Mais quelle danse! — celle qui fera sa gloire, assurément. Car le talent de Christine and the Queens, de son vrai nom Héloïse Letisser, consiste d’abord en l’audace d’allier à la pop une danse purement contemporaine, dans une vraie recherche artistique et avant-gardiste du corps. À cela s’associe une attitude queer fièrement assumée, un look à la fois androgyne et glamour, et une musique sophistiquée, longtemps polie dans les lieux souterrains de Londres, pour émerger électronique et hybride, tant en anglais qu’en français, et toujours sans complexes.

Tout cela, on pouvait le déduire simplement de ses quelques performances vidéo sur le Web, assez saisissantes pour faire vendre tous les billets du Métropolis ce jeudi dernier, où la chanteuse jouait dans le cadre du festival Montréal en Lumière. Restait à prouver que son concept si vendeur se traduisait bien sur la scène pour la durée de tout un spectacle. La réponse, simplement, est oui. Car ce que les vidéos ne laissent pas deviner, c’est le charme incroyable de la personne, son plaisir évident à être sur scène, et son attitude enjouée et communicative avec son public adorateur.

Dans son veston doré, entourée de deux musiciens et de deux danseurs, la dénommée Christine séduit un public déjà conquis dès les premières notes. «Ah Montréal, qu’est-ce que je suis contente!» s’exclame-t-elle, «j’ai l’impression d’être une rock star grâce à toi. J’ai pas fait deux chansons que tu m’aimes déjà!» Pour sa chanson iT où elle proclame fièrement «I’m a man now», elle allie à son style chorégraphique particulier certaines références gestuelles à Michael Jackson. Elle avoue alors être une grande fan de musique RnB, qu’elle appelle de la «musique de cheer up» — à chanter sous la douche quoi — ce qu’elle prouve en entonnant à la blague Say my Name, chanson à laquelle le public se joint immédiatement dans le rire; douche d’amour immédiate dans le Métropolis.

Pour sa chanson Paradis Perdus, la chanteuse se place dans une rare immobilité, un seul rayon de lumière rose fendant l’obscurité bleutée de la scène. Puis elle se penche sur le rebord de la scène pour aller interpeller directement des membres du public. «Ah vous êtes proches mais loin», dit-elle en tentant de tendre son micro vers les gens, «ce paradoxe de la vie moderne!» ajoute-t-elle d’un ton rieur. «Et toi, comment tu t’appelles?», demande-t-elle alors en chantant aux gens placés à l’avant. «Et bien moi, réplique-t-elle, j’ai choisi mon nom. Et je m’appelle Christine!» C’est alors le temps d’entamer la chanson éponyme, Christine, à nouveau en compagnie de ses danseurs, ses valeureuses Queens.

Tout au long du spectacle, la jeune femme prouve à répétition ses habilités vocales tant que physiques, tout en témoignant d’une énorme gratitude pour l’accueil on ne peut plus chaleureux du public montréalais. À la fin, elle revient carrément sur scène avec un bouquet de fleurs en expliquant de façon adorable: «Comme c’était une première date, j’ai amené des fleurs pour te donner envie de me revoir.» Elle les jette le dos tourné, comme une jeune mariée, et le public qui se l’arrache lui relance alors une de ses fleurs qu’elle attache naturellement à sa boutonnière. «C’est une «toune» un peu spéciale», dit-elle pour introduire Saint Claude en s’aventurant dans le vocabulaire québécois. Le public en veut toujours plus, refuse de la laisser partir: «Mais je ne suis qu’une jeune chanteuse avec un tout petit répertoire!» s’exclame-t-elle devant tant de ferveur. «Vous allez me faire pleurer!», et le public accepte la gageure en redoublant de cris et d’applaudissements. C’est donc les larmes aux yeux qu’elle offre comme ultime chanson la poignante Nuit 17 à 52. Fin d’une belle nuit d’amour dont on espère voir les suites.

Alliance entre le pop et le contemporain

Cet engouement pour Christine and the Queens vient souligner un intérêt renouvelé pour la danse contemporaine qui semble souffler ces derniers temps sur la musique populaire. Que l’on pense notamment à la chanteuse Sia et à son succès démesuré aux États-Unis et dans le monde: cette dernière efface sa propre présence au profit des interprétations de la jeune Maddie Ziegler, chorégraphiées par Ryan Heffington, dans les spectaculaires vidéos pour Chandelier et Elastic Heart. Récemment, c’était la chanson Take Me To Church de Hozier qui se trouvait illustrée des mouvements du danseur classique Sergei Polunin. La popularité de cette tendance se confirme également au Québec chez de nombreux chanteurs: le légendaire Serge Fiori s’était allié à Marie Chouinard, une des plus grandes chorégraphes québécoises, pour chorégraphier le vidéo de sa nouvelle chanson Jamais en octobre dernier. Tout récemment, le groupe montréalais Loud Lary Ajust collaborait avec Nico Archambault pour sa chanson Automne. Si l’on en croit le fil Instagram de la jeune chanteuse Cœur de pirate, cette dernière se serait également associée au célèbre danseur québécois pour travailler sur le vidéo dans son nouvel album à venir, probablement pour le titre Crier tout bas. Et ce n’est pas tout, Ariane Moffatt annonçait il y a quelques semaines être à la recherche de danseurs contemporains adolescents, certainement pour un nouveau vidéo.

«Je pense que c’est encourageant; cela montre qu’on ne travaille pas pour rien», affirme Mathilde Gessaume-Rioux, danseuse professionnelle diplômée de l’École de danse contemporaine de Montréal. «On dit souvent que l’art contemporain devient l’art actuel, mais trente ans plus tard, comme Beyoncé qui reprend les mouvements d’Anne Teresa De Keersmaeker des années après. Avec Christine and the Queens, il y a une conjoncture des deux. Elle a développé un vrai langage chorégraphique, avec un travail sur l’abstraction dans le mouvement. C’est en lien direct avec le travail des chorégraphes contemporains, mais le succès est maintenant.» Il sera intéressant de voir si cette présence marquée dans la musique populaire n’existe qu’en termes de tendance, ou au contraire, permettra un rayonnement durable de cet art si difficile à exercer et à faire respecter qu’est la danse contemporaine.

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La vie universitaire http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/la-vie-universitaire/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/la-vie-universitaire/#comments Tue, 24 Feb 2015 17:51:07 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22503 Envisageons cette scène: George, un jeune professeur universitaire, écrivain dans l’âme un peu timide, tombe amoureux de la fille du recteur de l’université dénommée Martha. En fait, c’est Martha qui le choisit: elle le voit dans une réunion départementale, flirte avec lui en s’aidant d’un peu d’alcool fort et le contraint finalement au mariage. C’est d’ailleurs elle qui le pousse dans tous les aspects de sa vie – que ce soit à terminer son manuscrit ou à l’envoyer à son père pour qu’il le publie. Mais (on le sait), le campus universitaire a ce je-ne-sais-quoi de conservateur qui oblige le père de Martha de refuser le texte de George. Cette réaction est non-motivée et ridiculise George qui reçoit l’étiquette du professeur d’histoire «sans ambition» du campus.

Vingt ans plus tard, le couple est toujours ensemble. Au cours des nuits, ils ont eu le temps de se rappeler leurs frustrations, buvant toujours, coups après coups, de l’alcool fort qui avait scellé leur mariage. Un beau soir, revenant d’une soirée départementale, ils décident d’inviter des amis: le nouveau professeur de biologie et sa femme. C’est sur l’arrivée de ce couple qui entre dans le milieu universitaire que s’ouvre la fameuse pièce d’Edward Albee, Qui a peur de Virginia Woolf?. Joué et rejoué, ce psychodrame mettant en scène ces deux couples ancrés dans les filets des règles et des conventions du «bon monde» est surtout connu du grand public grâce au film dans lequel Elizabeth Taylor incarne le rôle de Martha, dans un rôle tout en subtilité malgré la grande fureur et le désespoir du personnage.

Cependant, dans cette mise en scène de Serge Denoncourt, le spectateur regrette un peu le jeu contrôlé d’Elizabeth Taylor. Maude Guérin dans le rôle de Martha fait rire de façon très juste lorsque son personnage s’enivre d’alcool, mais l’accent semble avoir été mis sur la portion ludique de la pièce. Kim Despatis, dans le rôle de la femme du professeur de biologie, est une très bonne actrice: elle mène avec éclat les émotions du personnage qui est pour Edward Albee source de contraste lorsqu’on la compare au couple de Martha et de George. Toutefois, le jeu est trop gros pour y croire, les deux femmes semblent avoir été dirigées comme l’on dirigerait un vaudeville.

Heureusement, le résultat n’est pas totalement inintéressant. Lorsque le texte s’assombrit après l’entracte, l’ambiance loufoque s’affaisse au profit d’une tonalité traditionnellement dramatique propre à la pièce. Les personnages changent: les masques des adultes niant le malheur qui les entoure tombent, et l’auditeur réalise que tout cela n’était qu’illusion. Un couple à bout qui ne peut plus se supporter ni se mentir, des collègues exténués qui n’en peuvent plus de boire à quatre heures du matin et de faire semblant de s’apprécier. Le jeu ralentit, on regarde les couples ramasser ce qu’il reste d’eux-mêmes et finir les derniers verres. Et enfin, on se calme.

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De l’autre côté du miroir http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/de-lautre-cote-du-miroir/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/de-lautre-cote-du-miroir/#comments Tue, 24 Feb 2015 17:47:42 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22500 Mis à part, peut-être, les documentaires animaliers et la voix de Chet Baker, il semblerait qu’il existe peu de choses aussi relaxantes que les dessins animés du site de l’Office national du film du Canada (ONF). Vous serez surpris de constater, entre deux readings, comme les archives des plus ou moins courts métrages de l’ONF offrent à vos meilleurs outils de procrastination une alternative des plus rafraichissantes. On n’y pense pas forcément mais le monde de l’animation recèle de petites perles qui, si l’on garde l’esprit ouvert, peuvent nous emmener vers des contrées insoupçonnées.

Une fois pris au jeu, on ne se lasse pas de revoir des petits classiques canadiens comme Le Chandail de Sheldon Cohen ou La tendre histoire de Cendrillon pingouin, version décalée des années 1980 où le conte sacré dont on commençait à oublier l’existence est animé par des manchots dans une ambiance insolite, presque mystique. Dans un registre tout autre, les séries Poets on Film adaptent en dessin les œuvres de grands poètes comme Leonard Cohen ou James Reaney, une façon créative de rendre la poésie accessible à un public plus large et de le sensibiliser, en images, à la culture canadienne.

Une des particularités des films d’animation, c’est qu’il est possible de tout exagérer: les couleurs, les formes, les démarches peuvent se plier aux volontés des créateurs et sont totalement malléables. Contrairement à d’autres domaines d’art comme le cinéma, chaque détail est imaginé, façonné et animé, éclipsant ainsi le réalisme des images photographiques qui se voit remplacé par une certaine forme de familiarité. Les films d’animation sont encore souvent assimilés aux dessins animés qu’on regardait, enfant, à la télévision, et on les confine parfois à cette catégorie qu’ils ont pourtant déjouée, contournée et distancée au moins autant de fois qu’il en faut pour s’en affranchir complètement.

En ce qui concerne L’affaire Bronswik – nominé au festival de Cannes en 1978 –, c’est une autre forme de mélange que nous propose l’ONF. Les réalisateurs Robert Awad et André Leduc se sont amusés à assembler des archives de films avec des dessins pour former un court métrage aux allures de magazine découpé qui se moque des documentaires sensationnels. L’affaire commence en 1964 lorsque Mme Gaumont, M. Zicar, et toutes sortes de citoyens lambda sont victimes des ondes maléfiques des téléviseurs Bronswick et se mettent à acheter en quantités déraisonnables des articles dont ils n’ont absolument pas besoin. À travers de fausses entrevues, un humour pince-sans-rire et une histoire montée de toutes pièces, les deux coréalisateurs nous mettent en garde contre les dangers de la publicité. Ironie du sort: Robert Awad a un jour confié à Radio-Canada que la moitié des visionneurs ont réellement cru à cet appel au second degré.

Au cours de son histoire, la sphère du film d’animation canadien s’est aussi mêlée à celle du film expérimental, toutes deux à la recherche de nouveaux effets spéciaux. Ainsi, les films de Norman McLaren Il était une chaise, ou l’énigmatique Voisins – qui reçut un oscar lors de sa sortie en 1952 – utilisent de nouvelles techniques d’animation telles que la pixilation. Découvert par l’auteur du premier dessin animé de cinéma James Stuart Blackton, cet effet parvient à filmer des acteurs ou objets image par image, pour ensuite donner une illusion de mouvement ou déplacement impossibles dans la vie réelle. Encore utilisée aujourd’hui, c’est entre autres à cette technique que l’on doit l’impression de magie que certains films provoquent chez le spectateur.

Maintenant que vous avez à votre disposition un moyen simple et efficace de retomber en enfance, prenez garde, car une fois entré dans le labyrinthe de l’animation, la légende raconte qu’il est très difficile d’en sortir.

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Dernière chronique http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/derniere-chronique/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/derniere-chronique/#comments Tue, 24 Feb 2015 17:40:21 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22497 Enfin! Ca y est! J’ai réussi! Je. Je. Je. JE! Je crisse ce «Je» là par la porte!

J’ai eu il y a bientôt un an déjà une idée de chronique pour Le Délit de laquelle je n’avais que le titre, idée soufflée par le rédacteur en chef de ce journal confronté à ma subversion de circonstances. Comme les «dilettantes de l’anti-conformisme qui aiment leurs pantoufles» que dénonce Hervé Bazin, je me réclame de cette subversion tranquille et paradoxale, que j’ai trouvé bon de nommer «subversion en pyjama», retrouvant dans le pyjama la même idée de confort qu’évoquent les pantoufles.

Ne voyant aucune trace de ma chronique, que j’annonçais sur tous les toits, mes collègues du comité de rédaction ont commencé une running joke sur cette chronique que l’on ne verra jamais, running joke que je me plaisais à alimenter, décrétant que ma chronique était tellement subversive qu’elle ne serait jamais publiée (ni même écrite, du reste).

Or, la voici, inannoncée, dans son inachèvement, outrepassant d’ailleurs le vote du comité, simple formalité normalement. Oui, car avec l’aide de deux-trois complices, j’ai créé une fissure dans Le Délit, introduit ma chronique clandestine en douce, accomplit une métasubversion qui est l’aboutissement de ma chronique, ou bien son commencement. Ma chronique! Il se peut que ce soit la seule, auquel cas elle fera date. Voici l’œuf du projet tué dans l’œuf, pas de poule, et certainement pas de fécondation. Ce n’est pas le Grand Dérangement, mais un petit dérèglement dans l’ordre des choses.

Je me reprends. On respire. Qu’est-ce que la subversion en pyjama? C’est mon confort d’homme blanc, issu de la upper-upper, étudiant dans la meilleure université du Canada (selon le dernier classement McClean’s. Quels en sont les critères? Qu’importe!). J’ai le pouvoir et je le refuse, non merci, je ne joue pas le jeu. Vous m’avez expliqué les règles mais je lis à travers. Je suis un loup des steppes, triste cynique trop optimiste. Pourquoi faire un effort quand les dés sont pipés? Jamais. Jamais. Jamais.

Il s’agit de tout déconstruire puisque je ne crois en rien. Muni de mon petit guide du parfait déconstructeur (ou Derrida chez Galilée) je pointe du doigt, je monstre, je crie au loup. Mais personne ne m’écoute, j’ai trop crié et tout le monde me tourne le dos en riant.

On pourrait aussi déconstruire Derrida! Belle entreprise. Jacques, né Jackie, a changé de prénom de peur que cela fasse trop Jack pour un philosophe-écrivain. C’est surtout mon écriture qu’il faut déconstruire, pour qu’elle ne fasse plus aucun effet. Sèche, aride, faire de ma vie un désert. DÉSERT! DÉSERT! Bla-bla-bla tout s’explique, et comment faire croire que c’est moi qui écrit quand je dis « Je ». Je. Je. Je. Attendez! Je suis mort! Je n’ai pas réussi à me tromper moi-même. Comment puis-je tromper les autres? Je ne les ai pas suspendus, ils ne rentreront pas dans ma propre vie. Je suis DI-EU. Je suis DI-EU. Je suis DI-EU. Non non non.

J’ai longtemps refusé d’écrire, ne croyant pas au mythe de ma propre fiction. C’est pour cela que j’ai écrit aujourd’hui. Mais je m’arrête. Ce petit jeu m’épuise.

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Temps délictif http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/temps-delictif/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/temps-delictif/#comments Tue, 24 Feb 2015 17:35:55 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22494 Mon arrière-grand-mère avait coutume de dire, avec un sourire: «И то ће проћи, i to će proći» (ça aussi ça va passer). C’était sa phrase des beaux, comme des mauvais jours, des vacances, comme des quotidiens plus difficiles à traverser; sa façon de calmer les enfants trop heureux de lécher leurs doigts dégoulinants de sorbet à la framboise et aussi sa façon de calmer les mauvaises passes. Ne trouvez-vous pas fascinante cette résonnance des mots, assujettis à l’atmosphère, au temps, à l’espace, au vent et au bruit qui les porte. Le verbe ne fait pas, non, le verbe passe. Il passe comme un message, et quand il repasse, s’il ne tombe pas à plat, c’est qu’il reste des plis.

Suis moi, lecteur, voici ma théorie:

Le verbe est en plis. Le verbe n’est pas une carte, mais il la suit de si près qu’on pourrait les confondre. Je ne vais pas déplier la carte tout de suite, ce serait trop facile. Je vais me promener avec, dans la poche. Il nous faut crayon et carte blanche pour tout baluchon, la route se dessinera d’elle-même, suivant les pas mot à mot. Ne cherche pas la dernière ligne maintenant, ne te précipite pas vers la fin, nous venons tout juste de commencer à aller les yeux fermés. Arrête-toi un peu de lire et lève les yeux, lève les yeux te dis-je. Souviens-toi d’un jour où tu t’es perdu. Fais-le, perds-toi. [     ] Je vais te dire ce que je pense, je pense que tu ne t’es jamais perdu. Moi non plus je ne me suis jamais perdue, je n’écrirais pas sinon, et tu ne lirais pas. Nous ne nous sommes jamais perdus. Rien ne se perd, rien ne se crée, il s’agit simplement de relecture.

«И то ће проћи, i to će proći», mais le pro-verbe, lui, reste. Le verbe n’est pas un plan, mais ils ont en commun de changer avec le temps. Nous en sommes à la moitié de la route d’aujourd’hui, ce n’est pas très long, un aujourd’hui. Le verbe a son passé, son présent, son futur. Imaginez si je change de temps, c’est maintenant ou jamais, je vais sortir la carte de ma poche. Vous allez me suivre, vous allez y arriver, ce n’est pas impossible. Je vais déplier la carte, le verbe va se déployer, vous allez l’attraper avant qu’il ne s’envole. Vous êtes prêts?

Non, vous n’êtes pas prêt. Le présent est un temps problématique. On repassera, ne vous en faites pas, il restera des plis. Nous nous perdrons, nous nous créerons, nous nous lierons, nous nous délierons. Nous dirons que vous vous créassiez, puis nous reviendrons au présent et nous dirons: il faut que nous créions. J’aurai une plume, vous aurez vos yeux. J’aurai des mots et vous aussi.

Je vous dirai: «mon arrière-grand-mère a vécu beaucoup de guerres.» Vous penserez: «c’est dur, la guerre.» Je vous dirai: «je n’ai jamais vécu la guerre.» Vous penserez: «moi non plus.» Vous penserez peut-être: «moi, si.» Voyez comme les mots résonnent différemment: sorbet, framboise, popcorn, garage, grenier, grigri, grand-mère, grand, mère.

J’ai déplié un micro-centimètre de ma carte, j’ai regardé un milli-milli-millième du plan. Tu vois, lecteur, nous ne sommes pas perdus. Nous avons juste réussi à perdre un micro-milli-milli-millième de centimètre de temps, que nous avons créé en même temps.

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De la satire ad nauseam http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/de-la-satire-ad-nauseam/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/de-la-satire-ad-nauseam/#comments Tue, 24 Feb 2015 17:28:38 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22491 Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’écriture dramaturgique de Martin Crimp ne fait pas dans la subtilité, ce que la mise en scène de Christian Lapointe s’est fait un plaisir d’accentuer dans Dans la République du bonheur à la Cinquième Salle. Dès l’ouverture du rideau, tous les éléments sont déjà en place pour articuler une critique acerbe de la société de surconsommation, tandis que les spectateurs découvrent un décor kitsch de Club Med – avec piscine gonflable, appareil de musculation, chaises longues, minibar et mini-golf – dans lequel une famille s’apprête à fêter Noël.

Nous découvrirons plus tard que leurs vêtements correspondent à l’accoutrement de poupées Barbie, qui se verront projetées sur un écran où elles entameront un chœur dans lequel elles affirmeront les libertés individuelles du citoyen moderne. Dans la «république du bonheur» — une contre-utopie qui cache à peine sa satire des sociétés occidentales contemporaines —, chaque citoyen a le droit de se faire scanner par l’État en allant à l’aéroport; de vivre un traumatisme pour en parler dans des talk-show; de se doper aux médicaments pour oublier son angoisse; d’inspecter sans cesse ses aliments et son corps en espérant prolonger indéfiniment son existence, et bien sûr, de satisfaire sa libido avec n’importe qui en répétant «j’aime écarter les jambes», et surtout «il n’y a rien de politique au fait que j’aime écarter les jambes».

Ce type d’humour était, de manière générale, plutôt bien assumé. Pour ajouter à l’esthétique du ready-made qui envahissait les propos des personnages au même titre que les décors, cette pièce offre également une parodie réussie du genre de la comédie musicale en entrecoupant les diatribes des poupées/personnages d’intermèdes lyriques. Accompagnés de rythmes électro ou d’une guitare classique, les membres de la famille prennent à tour de rôle le micro pour exprimer gaiement leurs ambitions ou leurs désirs. Là encore, il ne faut pas s’attendre à ce que ces chansons révèlent une fragilité émotive susceptible de nous faire sympathiser avec les «problèmes» de ces poupées gonflables. Il est pourtant curieux de constater que ces scènes ont constitué les moments dans lesquels les personnages sont parvenus à susciter le plus l’adhésion du public, réitérant ainsi, a contrario, le succès éternel de ce «monstre sacré» du théâtre commercial qu’est le musical.

Ambitions, désirs, angoisses: tout se résume à l’argent. Même la grand-mère (Denise Gagnon) n’hésite pas à décrire le plaisir qu’elle éprouve à prendre le taxi pour aller faire l’épicerie, tout en sachant qu’elle paye davantage pour cette course de deux minutes qu’un clochard ne le fait en une heure de mendicité. Pour leur part, déguisées en pom-pom girls, les jeunes filles gâtées de la famille partagent leur plan de vie qui est d’épouser un gars riche qui les traitera de «bitch». Enfin, la grande gagnante de cette parade de la superficialité est incontestablement la femme de l’oncle Bob (Eve Landry) qui chante quant à elle, en perruque blonde et en robe de soirée, son rêve de vivre dans une de ces communautés gardées sous une surveillance permanente, où les gens ne  sont jamais «trop deep».

Pour couronner le tout, les personnages ne cessent de répéter des mises en garde à la critique féministe, marxiste et psychanalytique qui s’efforcerait de replacer leurs discours dans le cadre d’une critique de la société, en clamant que leurs paroles ne devraient pas être interprétées comme voulant dire le contraire de ce qu’elles prétendent affirmer. Que peut-on faire face à un tel grossissement de tous les travers qui grugent nos démocraties basées sur les droits des citoyens… sinon taper des mains en répétant à notre tour le refrain accrocheur : «il n’y a rien de politique»?

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Évasion intime au Japon http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/evasion-intime-au-japon/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/evasion-intime-au-japon/#comments Tue, 24 Feb 2015 17:25:46 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22488 Amélie, vingt ans, la tête remplie de rêves et d’ambi  tions, décide de prendre un aller simple pour Tokyo avec un seul but: celui de devenir Japonaise. Née au Japon de parents belges, passionnée par la culture nippone, elle se résigne à se confronter aux normes du pays du soleil levant. Elle veut devenir écrivaine, mais laisse de côté son inspiration pour donner des cours particuliers de français. C’est alors qu’elle rencontre Rinri, Japonais du même âge, qui devient son seul élève et par la suite son amant.

Tokyo Fiancée, réalisé par Stefan Liberski, raconte cette histoire d’amour entre une Belge atypique et excentrique et un Japonais parfait sous tous les abords et fou de culture française. Adaptation du livre d’Amélie Nothomb Ni d’Ève, ni d’Adam qui retrace la vie de l’auteure dans un Japon des années 1980, le film prend racine dans un Tokyo contemporain, moderne mais aussi traditionnel au coin des rues. Amélie va alors s’accoutumer chaque jour aux normes et habitudes japonaises par sa relation tendre et passionnelle entretenue avec Rinri. Mais Amélie reste une jeune fille de vingt ans, privilégiant son indépendance avant toute chose. Elle décide de s’attaquer mortellement au mont Fuji comme une sorte d’accomplissement philosophique. Quand il est question de mariage avec Rinri, les doutes l’envahissent. Elle fera alors languir son amoureux pendant longtemps. Mais chaque chose a une fin: la terrible catastrophe de Fukushima l’arrachera aux bras de Rinri, qui lui ordonne de rentrer chez elle. Les Japonais doivent rester seuls avec leur malheur, telles sont les paroles des habitants de la métropole. Le titre du film fait alors écho à la condition d’Amélie, fiancée à Rinri et à la culture japonaise dont le tsunami viendra l’arracher à sa vie japonaise comme ses parents l’ont fait quinze ans plus tôt.

Tokyo Fiancée remplit à merveille sa fonction de comédie romantique rafraichissante et itinérante: celui d’une rencontre entre deux cultures, qui se contemplent, s’entrelacent, s’enlacent, se confrontent et s’embrassent au fil des jours. Le film épouse un style nonchalant et contemplatif d’un Tokyo loin des néons et du rythme effréné de la capitale. La voix off d’Amélie nous fait découvrir la personnalité de l’héroïne et son esprit sans cesse en ébullition. La mise en scène est épurée, les plans sont somptueusement présentés, et les acteurs (Pauline Etienne et Taichi Inoue) incarnent à merveille cet amour de jeunesse. Le film est éclatant, ponctué d’humour par les nombreuses projections de l’imaginaire atypique d’Amélie, mais également par la confrontation entre les deux cultures. Tokyo Fiancée retrace également le parcours d’une jeune fille qui se découvre, faisant face à l’amour et à la sexualité, qui la feront devenir femme, comme chenille devient papillon.

Loin des productions à gros budget qui envahissent nos écrans, Tokyo Fiancée s’inscrit comme un film mélancolique et doux qui pousse le spectateur à se faire une image d’un Japon charmeur, poétique et fascinant. Une seule idée nous vient à l’esprit à la fin du film: celle de partir à la découverte du pays nippon.

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Un film soumis aux clichés http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/un-film-soumis-aux-cliches/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/un-film-soumis-aux-cliches/#comments Tue, 24 Feb 2015 17:22:52 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22484 Le 12 février dernier, La désintégration de Philippe Faucon a été l’objet d’une projection spéciale au Cinéma du Parc, trois ans après sa sortie en salles et un mois après le grand rassemblement citoyen en hommage aux victimes des événements qui ont secoué la France début janvier. Ce film retrace le destin de trois jeunes d’une cité de Lille qui basculent dans l’islamisme fondamentaliste, endoctrinés par Djamel, un prêcheur qui jouera sur les désillusions sociales de ces trois garçons pour les entrainer dans le terrorisme. Le réalisateur aborde ici un thème cristallisé par les attentats de Charlie Hebdo: à l’instar des frères Kouachi clamant «Allahou Akbar» avant de tirer sur leurs victimes, Ali, Nasser et Hamza attaquent le siège de l’OTAN en Belgique au nom de dieu-le-tout-puissant. Cependant, face à une problématique profondément ancrée dans le débat politique et sociétal français, un film tel que La désintégration – même s’il se veut fictionnel – ne fait qu’exacerber les sur-simplifications et les amalgames, alors que les musulmans de France se battent encore aujourd’hui pour que ceux-ci cessent depuis les attentats de janvier 2015.

La musique arabisante dès l’apparition des crédits d’ouverture annonce la couleur: entre clichés et raccourcis, le spectateur restera distant face au récit tout au long du film, se demandant si le réalisateur n’aurait pas pu trouver trame narrative plus stéréotypée. Le film débute le jour de l’Aïd, la première scène présente une femme en train de mettre son voile et se poursuit sur le discours d’un imam qui dénonce le manque de place dans la salle de prière, autant d’éléments diégétiques censés nous introduire dans le monde des musulmans en France, mais semant encore une fois dans l’esprit des spectateurs des réalités fondées sur des associations stigmatisantes, mais pas moins récurrentes. 

Ce film ne cherche pas à étudier la place socio-culturelle des musulmans en France: au lieu d’ouvrir un dialogue intercommunautaire, il reste fermé sur le microcosme musulman, y greffant superficiellement, et sans jamais s’y attarder vraiment, l’histoire d’Ali qui s’insurge de la posture des employeurs français face aux demandeurs d’emploi aux noms arabes ou africains.  Au contraire, le film préfère insister sur le fait que la désintégration se fait de l’intérieur. En effet, si c’est une réaction contre le système qui conduit les trois jeunes à se réfugier auprès de Djamel, la désintégration ultime est celle des garçons, l’anéantissement jusqu’à la mort. Djamel arrive à les convaincre que l’islam de tolérance et d’amour prôné par l’imam de la ville est un «islam de municipalité» et joue de son charme et sur les faiblesses d’Ali, Hamza et Nasser pour les couper de leurs familles et de toutes les voix de raison. Ainsi, que La désintégration soit qualifié de film prémonitoire ou de prophétique ne fait qu’exacerber un raccourci déjà établi entre problème social et intégrisme islamique.

D’un autre côté, la vitesse narrative empêche d’exploiter en profondeur les relations entre les personnages: le film se contente d’égrener pendant une courte heure et quatorze minutes des plans ennuyeux et des personnages stériles. À part Ali, sur lequel le film s’attarde quelque peu, aucun élément ne nous permet de connaitre Nasser, qui s’est fait chasser de chez lui par son père, ou Hamza, qui se fait appeler Nico, ni de comprendre leurs frustrations ou leurs motivations. Face à la voix douce de Djamel s’oppose le silence des trois garçons pendant tout le film, sauf pour finalement laisser Nasser annoncer qu’il est «prêt» à mourir pour Dieu. En donnant la parole au prêcheur qui récite des sourates ventant l’importance du djihad, le réalisateur passe à côté de toute justification psychologique qui aurait pu donner de la matière et de la texture au film, et préfère des ellipses d’une sécheresse figurative telle que les spectateurs se retrouvent démunis face au récit, dépourvus de tout outil pour rétablir ce qui est passé sous silence, et dubitatifs quant à la décision de Philippe Faucon de présenter des personnages si crédules et inanimés.

Le journal Charlie Hebdo lui-même avait proposé une critique de La désintégration lors de sa sortie, le qualifiant de «Lénifiant, d’une platitude analytique et esthétique qui ferait passer un exposé de collège pour une thèse de normalien…».

Enfin, et pour finir sur une bonne note, il convient de souligner la performance de la mère d’Ali jouée par Zahra Addioui, si juste dans ses émotions et touchante ambassadrice de la religion qui se veut foi du cœur. 

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Un autre angle de la Terre http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/un-autre-angle-de-la-terre/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/un-autre-angle-de-la-terre/#comments Tue, 24 Feb 2015 17:15:53 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22481 Après avoir passé deux ans à suivre les débats sur l’utilisation du français au Québec, à Montréal et à McGill – débats qui semblent décidément loin d’être terminés, au vu d’un récent article du Devoir où McGill et Concordia affirment que les exigences linguistiques établies par le gouvernement québécois nuisent au recrutement des professeurs, et débats qui prouvent aussi que ce cher Délit est peut-être plus que jamais nécessaire – après avoir suivi les évolutions de la francophonie en Amérique du Nord, donc, je pensais en avoir fini en retournant sur le Vieux Continent.

Voilà que passer de l’autre côté de l’Atlantique me prouve qu’au Royaume-Uni aussi le français fait parler de lui. Ce n’est pas tant l’effet du grand nombre de Français et francophones présents depuis longtemps dans le pays, ni la place de Londres qui serait, selon Boris Johnson et Nicolas Sarkozy, la sixième ville française; c’est plutôt l’enseignement du français à l’école, et l’(in)utilité de l’apprentissage de cette langue qui fait débat.

Le français est, avec l’allemand, la langue étrangère traditionnellement la plus apprise dans les écoles et les lycées anglais. En 2010, on estime que 25% des enfants entre 7 et 16 ans ont suivi des cours de français pendant leur cursus scolaire. À partir de 2014, l’apprentissage d’une langue étrangère est devenu obligatoire dès l’école primaire. Le gouvernement a établi une liste de sept langues qui peuvent être choisies par les élèves et proposées par les écoles: le français y figure, au côté, entre autres, de l’italien, du mandarin et du latin.

Toutefois, cette nouvelle loi n’a pas contribué à faire augmenter le pourcentage d’étudiants apprenant le français. Au contraire, on observe que l’enseignement de cette langue se fait de plus en plus rare: actuellement, à peine 150 000 élèves l’étudieraient jusqu’au lycée.

Alors, que faire? Faut-il essayer de maintenir l’apprentissage du français coûte que coûte, ou bien accepter que d’autres langues, et notamment les langues asiatiques, gagnent des points en même temps que ces pays gagnent en puissance à l’international? Le déclin du français signifie-t-il nécessairement le déclin des pays francophones?

L’année dernière, le premier ministre du Royaume-Uni, David Cameron, a déclenché une polémique en incitant les jeunes Britanniques à laisser tomber les langues européennes pour apprendre le mandarin: «Quand les enfants qui naissent aujourd’hui quitteront l’école, la Chine sera la plus grande puissance économique mondiale. Il est temps de voir au-delà de l’apprentissage traditionnel du français et de l’allemand, et de faire apprendre le mandarin à plus d’élèves», a-t-il déclaré dans une entrevue au Guardian.

Mais d’autres ont des positions bien plus extrêmes que celles du premier ministre. Le comédien et écrivain Liam Mullone a ainsi publié dans le journal conservateur The Spectator un article intitulé «Why I won’t let my children learn French» (Pourquoi je ne laisserai pas mes enfants apprendre le français, ndlr), dans lequel, après avoir démoli les possibilités économiques de la France, il réduit la francophonie à un mouvement de colonisateurs où les «valeurs françaises» associées à la langue n’ont jamais été d’actualité. Un beau portrait de la culture française et francophone, donc, à laquelle il concède quand même les bons cafés et les bonnes baguettes.

Au Québec ou en Angleterre, le français fait parler de lui, même en anglais. Langue multiforme, changeante, et présente sur tous les continents, elle tisse des liens entre différentes communautés et cultures. Elle unit des peuples différents par delà les océans et c’est peut-être pour ça qu’il faut continuer à l’apprendre, à la défendre. «Ma patrie, c’est la langue française.»

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Austérité et morale mortifiée http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/austerite-et-morale-mortifiee/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/austerite-et-morale-mortifiee/#comments Tue, 24 Feb 2015 17:12:28 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22478 Nous exposerions-nous à un cataclysme aussi terrible qu’imprécis en ne réduisant pas les dépenses publiques de façon drastique? D’où vient donc cette idée que l’équilibre budgétaire du gouvernement est une condition incontournable au maintien d’une économie prospère?

Les chercheurs Carmen M. Reinhart et Kenneth S. Rogoff, dont l’étude intitulée Growth in a Time of Debt (Situation déficitaire et croissance économique, ndlr) a servi d’assise théorique aux programmes d’austérité, reconnaissent depuis le mois d’avril 2013 que les calculs qui établissaient un lien entre la croissance de la dette publique et le ralentissement de l’économie étaient fautifs et qu’il est statistiquement impossible de déterminer qui, d’une dette élevée ou d’une mauvaise croissance, est la cause de l’autre.

Ce que l’on sait par contre, c’est que les aveux de Reinhart et Rogoff n’ont pas provoqué de questionnement chez les défenseurs des politiques d’austérité quant à l’efficacité des mesures qu’ils préconisent pour relancer l’économie, et ce, malgré les exemples patents d’échec que sont les pays qui les ont appliquées, pensons aux cas de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal.

Lorsque ni nos observations préalables, ni le résultat de notre expérimentation ne viennent supporter notre hypothèse, c’est qu’elle est fautive. Continuer à défendre une hypothèse invalidée par les faits, ce n’est plus faire de la science.

Ainsi, ce n’est pas un hasard si le discours qui défend la «rigueur» budgétaire l’associe à un comportement responsable, lui-même placé en opposition avec le caractère irresponsable de ceux qui autorisent, voire qui défendent l’utilité de l’endettement public en tant qu’outil de développement. Ces associations font écho à une logique moralisatrice tout droit sortie de l’éthique protestante, laquelle veut que la pauvreté matérielle d’un individu soit le résultat de sa faillite morale. La responsabilité de sa situation incombe donc entièrement à l’individu qui en est victime, ce qui justifie sa mise à l’écart (voire à l’amende) par le groupe des «justes». Ce type de raisonnement aboutit à un court-circuitage du débat politique puisqu’on ne peut peser les avantages et inconvénients d’une proposition qui fait l’objet d’un jugement moral.

Culturellement, cette conception de la «responsabilité» se situe à des années-lumière du modèle québécois de la solidarité, selon lequel chaque individu contribue au groupe à la hauteur de ses moyens et reçoit à la hauteur de ses besoins.

Politiquement, le Québec s’est déjà débarrassé des politiciens qui confondaient la visée des politiques étatiques avec leur volonté de réformer la morale publique (qui se souvient des cours d’économie familiale?). Nous avons baptisé ce moment de notre histoire la Révolution tranquille et nous en tirons une grande fierté.

S’il est une lutte que nous devons mener ce printemps, c’est bien celle de préserver cet acquis précieux: l’autonomie du politique du champ de la morale. Il est primordial pour la santé du débat démocratique que soit maintenu un espace de discussion libre de l’opposition entre «responsables» et «irresponsables» qui réduit le débat démocratique à un conflit entre «justes» et… les autres.

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L’avenir de nos villes http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/lavenir-de-nos-villes/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/lavenir-de-nos-villes/#comments Tue, 24 Feb 2015 17:04:45 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22473 L’Institut d’études canadiennes de McGill (IÉCM) a tenu sa conférence annuelle les 19 et 20 février derniers au centre Phi. De nombreux intervenants francophones et anglophones venus de partout au Canada, des États-Unis, de France ou encore de Colombie se sont réunis autour du thème «Les villes qu’il nous faut». L’événement consistait en une série de présentations sur les enjeux qu’affronte aujourd’hui la ville de Montréal, et pour présenter des solutions innovatrices pour rendre cet espace urbain plus équitable, durable et participatif. Au fil de l’événement, le public, venu en grand nombre, a pu en apprendre davantage sur les notions de gouvernance, de vie citoyenne, et d’infrastructures urbaines. La conférence a en outre abordé le thème de la «Croissance Intelligente» [Smart Growth, ndlr]. Lors de la première séance «Gouvernance de la ville: la perspective du maire», la mairesse de la ville de Mississauga Mme Bonnie Crombie a donné une définition de ce sujet central au 21e siècle: «comment construire une communauté viable, comment protéger et préserver notre communauté distincte, comment intensifier l’activité sans perdre notre spécificité?»

Ville numérique ou ville humaine

Regroupant des personnalités politiques et des experts en urbanisme, en droit ou en communication, la conférence a été l’occasion d’aborder des questions qui touchent la ville en 2015, notamment concernant les implications de la ville digitale. Harout Chitilian, vice-président du comité exécutif de la Ville de Montréal, a reconnu que Montréal devait utiliser sa force dans le secteur des technologies de l’information, qui génère plus de 21 millions de dollars du PIB de la ville: «la base est extrêmement solide et nous devons construire sur cet élan pour obtenir des résultats concrets», a-t-il affirmé. D’un autre côté, Jessie Adcock, responsable en chef des services numériques de la Ville de Vancouver, a mis l’accent sur le devoir de responsabilité écologique de toutes les villes, tout en soulignant l’importance de l’innovation à l’intersection du numérique et de l’énergie verte.

D’autres panélistes se sont penchés sur la notion de vie urbaine, dont Armando Silva, directeur du projet Imaginaires urbains et Luc Gwiazdzinski, enseignant-chercheur français et président du Pôle des arts urbains. Comme l’a expliqué M. Silva, la ville est un lieu physique et géographique alors que l’espace urbain est intimement lié aux mentalités et à l’imaginaire des personnes qui y vivent. Il faut donc apprendre à voir la ville comme la somme d’objets urbains incarnés par des émotions humaines et pas seulement comme un lieu géographique.

Participation citoyenne

De nombreux conférenciers ont abordé le thème de l’engagement citoyen. Lors du panel «Justice, égalité et la ville», Dr. Lashley, professeure adjointe au Département de psychiatrie à McGill, s’est attardée sur le rôle des citoyens pour faire de la ville un endroit plus sécuritaire et égalitaire. Elle a offert un discours de tolérance visant à promouvoir la solidarité citoyenne comme contre-force face aux dynamiques d’exclusion parfois exacerbées par les médias ou la politique: «Nous devons arrêter d’avoir peur les uns des autres et commencer à tendre la main aux autres». Dr. Lashley a préconisé le dialogue comme moyen d’éviter la radicalisation et la violence, estimant par exemple que les relations souvent tendues entre citoyens et policiers (comme dans le cas de Ferguson) peuvent être résolues à l’aide du respect de tout un chacun.

De son côté, M. Chitilian s’est accordé à dire que «Les citoyens de Montréal sont engagés». Il a donc conseillé à plusieurs reprises que cet engagement soit renforcé par la mise en place de lieux d’échanges et de sessions de création collective entre les Montréalais et les représentants de la ville pour que le développement devienne un processus pensé par et pour les citoyens. De telles plateformes transparentes et inclusives permettraient d’identifier les priorités des Montréalais et d’établir les politiques urbaines en fonction, a déclaré M. Chitilian.

Will Straw, président de l’IÉCM et animateur de la conférence, a affirmé dans son discours de clôture être très satisfait de l’organisation et de la parité hommes-femmes au sein des panélistes. L’année prochaine, la conférence de l’IÉCM se tiendra autour du thème «Le Canada dans le monde».

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Une marche qui fait du sur-place http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/une-marche-qui-fait-du-sur-place/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/une-marche-qui-fait-du-sur-place/#comments Tue, 24 Feb 2015 17:00:43 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22470 Environ 250 manifestants se sont réunis le lundi 23 février au coin des rues Sherbrooke et McGill College, juste devant l’université McGill, dans le cadre de la semaine d’actions dérangeantes contre l’austérité libérale. La foule s’est rassemblée vers 11h30 pour le discours inaugural. Co-organisé par la Coalition montréalaise pour la survie des services publics et la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, l’événement semblait majoritairement orienté contre le monde des banques. En effet, si les pancartes et les discours visaient au départ un rejet des mesures d’austérité libérales dans le domaine social, l’attention a rapidement bifurqué vers la banque HSBC (à côté du point de départ), celle-là même qui est accusée de fournir à plusieurs Québécois des paradis fiscaux non-négligeables. «Les banquiers grassement payés sont pas touchés par l’austérité» scandait la foule.

«Pas de justice sociale sans justice fiscale»

Au total, la marche n’aura pas duré plus d’une vingtaine de minutes. Après un départ vers 11h45, les marcheurs au front ont rapidement essayé de s’introduire dans les locaux de la Banque Laurentienne, sans trop insister, pour renforcer le message. Devant l’impossibilité d’y pénétrer, ils se sont calmement postés en haut des marches d’entrée avec leurs diverses pancartes avant de reprendre le mouvement. C’est ensuite au 1500 de la rue University, devant les bureaux de l’Association des banquiers canadiens, que le groupe s’est arrêté pour manifester son soutien à une quinzaine d’individus qui en occupaient les bureaux. En attendant leur sortie, les organisateurs ont présenté une sorte de sketch aux manifestants. Le premier ministre Philippe Couillard y était présenté en train de piger dans l’argent des services sociaux afin d’enrichir les banquiers, avant de se faire remettre à sa place par les mains rouges de la coalition.

Froid et calme

Si le froid en a certainement rebuté certains à venir à la manifestation, c’est le sur-place qui a décidé les autres à partir. En effet, il aura fallu attendre dehors pendant près de quarante minutes avant de voir sortir les occupants. À ce moment, il restait moins d’une centaine d’individus dans les rangs. D’ailleurs, la police a demandé gentiment à tous les participants de quitter la rue puisque leur nombre était insuffisant pour être considéré comme une manifestation en bonne et due forme. Malgré des slogans agressifs comme «l’osti d’austérité» et l’occupation des bureaux de la coalition des banquiers canadiens, le tout s’est déroulé dans le plus grand calme. Aucune arrestation policière n’a été effectuée et vers 12h45, les autorités ont mis fin à l’action, devant ce qui n’était plus qu’une dizaine de personnes.

À Québec, durant le même genre d’événement, ce sont les bureaux du ministre de l’Éducation qui ont été occupés. Rappelons qu’au Québec, les coupes imposées forcent les universités à remanier considérablement leur budget. L’Université de Montréal parlait dans Le Devoir d’une «situation jamais vue en plus de 15 ans».

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Love me Tendr http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/love-me-tendr/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/love-me-tendr/#comments Tue, 24 Feb 2015 16:58:17 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22467 L’un des plus grands rassemblements de programmeurs universitaires d’Amérique du nord a eu lieu la fin de semaine du 21-22 février à l’occasion de l’édition 2015 des McHacks. Les Hackers se sont retrouvés à l’appel de l’association des étudiants en premier cycle en informatique de McGill (CSUS) dans le pavillon William Shatner pour partager leur passion de la programmation informatique. Cette année à McGill, pas de règles, de frais d’admissions ou de limite d’âge; tous les participants étaient les bienvenus.

Les McHacks sont l’une des nombreuses compétitions faisant la promotion de la programmation informatique en Amérique du Nord. Ces évènements, aussi appelés Hackathons, existent dans la plupart des universités de la prestigieuse Ivy League ainsi que dans plusieurs universités canadiennes. Leur organisation est à chaque fois similaire: des transports en bus sont organisés depuis les universités participantes, qui dépêchent ainsi leurs meilleures équipes de programmeurs aux diverses compétitions du même genre. La plupart des frais d’organisation sont généralement pris en charge par des sponsors, tels Nuance ou Morgan Stanley cette année.

Grâce à l’ampleur des fonds pour l’édition 2015, les organisateurs ont pu voir les choses en grand: plus de 700 hackers, une centaine de prix différents, 24 heures de programmation non-stop, ainsi que de nombreux événements sociaux. Chaque équipe, composée d’un à quatre membres, avait pour seule et unique consigne de créer le projet le plus extraordinaire sur la plateforme de leur choix. Chaque projet a ensuite été évalué selon quatre critères: la créativité, la difficulté technique du projet, son utilité, et sa finition.

«C’était un véritable paradis de nerds, avec manque de sommeil, malbouffe et des milliers de lignes de codes», a raconté John Saigle, un des participants et étudiant en informatique à McGill, en entretien avec Le Délit

C’est entre la cérémonie d’ouverture et la cérémonie de clôture que les participants ont réellement pu laisser déferler leur potentiel créatif sur leur clavier dans une ambiance littéralement surcaféinée, puisque la compétition a commencé samedi, s’est poursuivie pendant toute la nuit de samedi à dimanche, pour se finir dimanche midi, le tout noyé dans une quantité faramineuse de poutines, popcorns, et sandwiches. On a pu ainsi assister à la présentation de projets très variés et pour le moins assez extraordinaires: un robot quadrupède bientôt équipé d’un laser, une application qui convertit plus de 48 unités de mesure en bananes, ou encore Stalkr et Drinkr, deux applications pour ceux qui veulent facilement stalker leur crush, ou commencer à boire socialement.

Du néophyte au génie de l’informatique, tous les participants ont su profiter de cet événement pour partager cette passion commune qu’est l’informatique.

Le cheval de bataille de cet événement était avant tout la promotion du mariage de l’informatique et de la création. Ainsi, programmeurs en brousse, ténors de la programmation, mais aussi graphistes et (futurs) ingénieurs en robotique, ont pu se rencontrer, faire équipe, et échanger des connaissances. La présence de mentors tout au long de l’événement, donnant un coup de pouce aux novices et des conseils plus complexes pour les plus expérimentés, a elle aussi été bénéfique aux participants.

Les grands vainqueurs de la compétition sont trois étudiants de l’Université de Waterloo, en Ontario: Adrian Pawliszko, Karan Thukral, et Julien Nadeau pour leur application Tendr. Une application simple, mais qui a fait ses preuves auprès du jury, puisqu’elle a été jugée la plus réussie parmi les 125 projets. Tendr n’est autre que le Tinder de la nourriture: des photos de menus défilent une par une sur l’application, zappez à gauche si ça n’est pas à votre goût, ou bien zappez à droite et c’est peut-être le plat de votre vie qui vous attend au coin de la rue. Les vainqueurs sont ainsi repartis avec une tablette sous le bras, une paire d’Oculus VR, ainsi que divers financements pour leurs futurs projets.

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«Nous ne sommes pas en crise» http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/nous-ne-sommes-pas-en-crise/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/nous-ne-sommes-pas-en-crise/#comments Tue, 24 Feb 2015 16:55:00 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22464 C’est un conseil du Sénat bien chargé qui s’est tenu le 18 février dernier, en présence des doyens des facultés, représentants élus du corps enseignant et du corps étudiant. La réunion s’est ouverte sur les remarques de la principale Suzanne Fortier, dans son rôle de présidente de l’assemblée, à propos du rapport Tremblay-Roy, publié en décembre dernier, et qui proposait certaines réformes du financement de l’enseignement supérieur dans la province. «Il y a encore du travail, on ne sait pas trop où ni quand ça se terminera», a-t-elle expliqué, et a ajouté qu’il y a néanmoins un consensus général sur la direction à prendre.

Après la présentation par le vice-principal Masi sur la question de l’incorporation d’activités de recherche dans les cours de premier cycle, la deuxième question portait sur l’implémentation d’une approche pan-universitaire de la santé mentale des étudiants. Le vice-principal adjoint Ollivier Dyens a expliqué que l’université tient à assurer « les changements les plus positifs à l’environnement étudiant», dans un souci d’équilibre viable entre l’aide fournie aux étudiants et le mandat universitaire.

Principes universitaires

La question de la révision du rapport sur les principes de la mission universitaire a été longuement débattue lors de la séance. Mme Fortier a exprimé sa satisfaction vis-à-vis de la première déclaration officielle des principes de McGill: « nous avons toujours eu des principes», a-t-elle dit souriante, «mais nous n’avons jamais eu de rapport de ces principes» en bonne et due forme. Le doyen en intérim de la faculté d’études religieuses Ian Henderson a quant à lui affirmé que «le principe de liberté académique n’est pas qu’un principe qu’il nous faut reconnaitre, c’est l’âme, le principe distinctif et définitif de l’existence d’une université.» La présentation de la motion a été l’occasion d’un débat entre les sénateurs, dont certains ont exprimé des doutes sur la nature et la définition de la responsabilité académique dans le rapport. Le Sénateur John Galati a souligné l’importance d’une définitionsclaire des responsabilités, ainsi que des acteurs en position de juger de leur application: «il est dangereux de conjuguer liberté et responsabilités académiques dans le texte», a-t-il conclu. La principale a mis un point final à la discussion en assurant que toutes les contributions seront prises en considération dans les modifications, dans la mesure du possible.

Conjuguer le budget et l’austérité

M. Masi a ensuite exposé en détail les prévisions budgétaires pour l’année académique à venir. Le vice-principal s’est félicité de l’efficacité de McGill dans la gestion de ses dépenses jusqu’ici: la première vague de coupes a été bien pensée, et l’esprit de prévention devrait laisser McGill dans une bonne santé financière au terme de cette année académique 2014-2015, dans une meilleure santé en effet que ses consœurs québécoises. Toutefois, «on ne peut pas continuer à faire tout ce que l’on fait» : cette meilleure santé équivaut à un déficit environnant les 7 millions de dollars. Les coupes prévues s’élèveront à environ 2 à 3% du budget dédié à chaque faculté et département.

M. Masi a assuré aux membres de l’assemblée que la priorité de McGill reste d’allouer des financements envers la recherche afin de remplir le mandat universitaire. De plus, il sera hors de question de renoncer aux promesses de l’Université envers les boursiers. La principale a conclu en affirmant que: «nous sommes dans une situation difficile, mais pas dans une situation de crise.»

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Plus d’argent, plus d’espace http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/plus-dargent-plus-despace/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/plus-dargent-plus-despace/#comments Tue, 24 Feb 2015 16:52:50 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22460 Mercredi 18 février, le conseil législatif de l’Association Étudiante de la Faculté des Arts (AÉFA), a adopté, non sans discussion, deux motions concernant l’augmentation des frais du Programme canadien d’études sur le terrain en Afrique (PCETA) et le programme d’études en Arctique. Le professeur Timothy Johns du PCETA et le professeur Hans Larsson du programme en Arctique étaient sur place pour répondre aux questions des membres du conseil. Les conseillers ont aussi demandé plus de détails à la présidente de l’AÉFA Ava Liu au sujet du Space Project, projet dans lequel elle est présentement très investie.

Des programmes dispendieux

La motion sur l’augmentation des frais associés au programme canadien d’études en Afrique a été adoptée. Les frais augmenteront dès l’année prochaine de 3004,07$ pour atteindre la somme de 15 430$ par étudiant. Le Programme canadien d’études sur le terrain en Afrique est un partenariat avec l’Université de Colombie-Britannique (UBC) qui donne l’occasion aux étudiants de passer le semestre d’hiver en Afrique. Depuis deux ans, le programme boucle son budget avec un déficit causé par une diminution des inscriptions et la chute de la valeur du dollar canadien. Le Dr. Timothy Johns a affirmé que la survie du programme dépend d’une augmentation des frais chargés aux étudiants qui y participent.

Le professeur Hans Larsson, représentant du programme en Arctique, est venu avec son confrère pour faire une demande similaire. Le programme, qui débutera l’an prochain, devait initialement se dérouler à Schefferville dans le nord du Québec, mais après avoir consulté les étudiants à plusieurs reprises, les organisateurs ont décidé de plutôt aller au Nunavut. Comme il s’agit d’une destination beaucoup plus éloignée, les frais doivent donc passer de 5000 à 12 000 dollars. Certains représentants du conseil ont questionné la raison d’être d’un programme aussi dispendieux. Ellen Gillies, représentante du département de géographie, «doute que les étudiants préfèrent réellement l’option à 12 000 dollars. Un programme aussi dispendieux exclut la vaste majorité des étudiants».

M. Larsson a reconnu qu’il s’agit d’un montant très élevé, et a par ailleurs encouragé les étudiants à interpeler la direction de McGill  au sujet des frais de scolarité qu’ils doivent payer en plus du coût du programme.

Éveil soudain

Le conseil a été sensiblement allongé par une soudaine discussion autour du Space Project. Le Space Project est une initiative de Mme Liu ayant pour objectif d’améliorer les espaces attribués à la faculté des arts comme le lobby du bâtiment Leacock et la cour du bâtiment Ferrier. La présidente de l’AÉFA travaille sur le projet depuis septembre et a présenté les avancées faites au fur et à mesure lors de rapports présentés à chaque conseil. Alors que le projet semble maintenant se concrétiser, certains représentants ont fait part de leurs réserves. Seulement pour cette année, un fond de 6000$ pourrait être débloqué pour financer le projet. Jacob Greenspon, représentant des arts au sénat, a remis en cause l’usage de fonds pour un projet qui n’a pas été officiellement approuvé par le conseil. Selon lui, il est important de prendre en compte les autres usages dont le conseil pourrait faire de cet argent. Son opinion semblait être partagée par une large partie du conseil. Afin de clarifier les choses, Mme Liu fera une présentation au conseil sous peu pour démontrer le bien-fondé du Space Project.  À suivre…

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Dans la rue crisse la craie http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/dans-la-rue-crisse-la-craie/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/dans-la-rue-crisse-la-craie/#comments Tue, 24 Feb 2015 16:49:39 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22457 Le coup d’envoi de la semaine d’actions dérangeantes contre l’austérité a été donné le 22 février avec l’organisation d’un craie-in contre l’austérité au parc Émilie-Gamelin, auquel environ 200 personnes ont pris part, dans une ambiance familiale et conviviale. Cette semaine de mobilisation, qui se déroulera du 22 au 27 février, est organisée par la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics (Coalition), formée en 2009 et regroupant aujourd’hui plus de 85 groupes sociaux venant de divers secteurs de la fonction publique. Ces divers groupes sociaux organiseront donc tout au long de la semaine de nombreuses actions destinées à faire reculer le gouvernement Couillard, qui n’a jusqu’à maintenant démontré aucune volonté de compromis vis-à-vis de sa politique budgétaire. «Plus de 40 actions de mobilisations et de visibilité sont organisées partout à travers le Québec», a annoncé via communiqué de presse Véronique Laflamme, co-porte-parole de la Coalition.

Ce premier évènement d’une semaine qui s’annonce chargée, était organisé par les collectifs Profs contre l’austérité et Profs contre la hausse, qui avaient convié professeurs, parents d’élèves et sympathisants à venir montrer leur solidarité avec le corps enseignant opposé à la politique d’austérité du gouvernement provincial. Au milieu du parc adjacent à la station Berri-UQAM, de nombreux tableaux noirs avaient été érigés pour l’occasion, afin que les participants puissent écrire à la craie, comme à l’école, leurs messages de soutien envers les professeurs, griefs contre les compressions budgétaires ou caricatures des membres du gouvernement. De nombreux parents professeurs ont participé à l’événement, amenant avec eux leurs enfants, donnant ainsi à la manifestation un air de cour de récréation. Manon Massé, députée Québec Solidaire (QS) de Sainte-Marie-Saint-Jacques et Camille Godbout, porte-parole de l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (ASSÉ) étaient également présentes. L’idée derrière le concept du craie-in était que tous pouvaient exprimer leurs idées ou leurs critiques sur la place publique.

Ce que critiquaient principalement les professeurs présents, c’est la baisse graduelle de leurs conditions de travail due aux compressions budgétaires, qui mène à une chute de la qualité de l’enseignement au Québec. Selon eux, le nombre d’élèves par classe ne cesse d’augmenter, le soutien aux élèves en difficulté ou handicapés s’amoindrit chaque année faute de fonds, et les postes supprimés, comme ceux des infirmières dans certains établissements, semblent surtout toucher les femmes. Le membre du gouvernement principalement visé par les reproches lors du rassemblement était Yves Bolduc, ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec, accusé d’être décalé de la réalité du terrain éducatif, et dont le nom figurait dans la plupart des slogans, écrits ou scandés. «Laissez les enseignants faire leur job, monsieur le ministre», «Ras le Bolduc», pouvait-on lire sur les tableaux.

Les organisateurs n’ont pas caché leur espoir de voir émerger un nouveau printemps érable, comptant recréer l’effervescence du mouvement citoyen de 2012. Plusieurs intervenants de divers milieux touchés par l’austérité ont pris la parole, dont Camille Godbout, de l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (ASSÉ), qui a signifié au gouvernement que «s’il ne recule pas, on continue d’augmenter la pression, et c’est ce qu’on fait aujourd’hui!»  Le rassemblement s’est achevé par une marche le long de la rue Saint-Hubert, dispersée vers 16h. Pour citer une des membres de la Coalition Main rouge qui s’est exprimée, «ça sent le printemps!» 

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Le statut de réfugié, une voie réservée http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/le-statut-de-refugie-une-voie-reservee/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/le-statut-de-refugie-une-voie-reservee/#comments Tue, 24 Feb 2015 16:35:05 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22454 Traverser l’Atlantique et arriver à Montréal comme réfugié ou demandeur d’asile pour échapper à la persécution et à la violence n’est pas chose facile. Depuis longtemps, le Canada est réputé comme un pays accueillant et connu pour sa population diversifiée. Cependant, depuis quelques années, le gouvernement semble serrer la vis sur la question de l’immigration, rendant l’entrée des réfugiés plus laborieuse.

Le Canada, de moins en moins accueillant?

En 1986, le Canada remportait, en tant que nation, la médaille de Nansen du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en reconnaissance de la «contribution soutenue de la population canadienne à la cause des réfugiés» d’après Action Réfugiés Montréal, une association de soutien pour les réfugiés et les demandeurs d’asile. Le Canada a la réputation d’être l’un des pays les plus accueillants, il est aussi le seul pays à avoir des partenariats privés avec des organisations d’accueil de réfugiés, en plus de ceux que le gouvernement fait venir des camps de réfugiés dans le monde. Néanmoins, depuis une dizaine d’années, le Canada ne semble plus être la terre d’accueil par excellence.

Anna Purkey, candidate au doctorat de droit civil à McGill et spécialiste de l’immigration et du traitement des réfugiés, déclare: «au regard de ce qu’il s’est passé dans les huit dernières années, je pense que nous ne méritons plus notre réputation.» Elle explique que le gouvernement a progressivement effectué des coupes budgétaires dans le domaine de l’immigration, ce qui a pour effet de compliquer l’entrée de réfugiés, particulièrement ceux qui n’ont pas été choisis par le gouvernement ou par des organismes privés partenaires. Un article paru le 23 janvier 2015 dans L’Actualité intitulé «Immigration: quand le Canada serre la vis» rapporte que ces mesures gouvernementales visent à réduire le nombre de demandes d’asile, et l’objectif aurait été atteint: le Canada a reçu deux fois moins de demandes en 2013 qu’en 2012. Anna Purkey affirme qu’«en augmentant les critères de langue et en doublant le coût de l’application au statut de résident réfugié, mais aussi en construisant plus de centres de détention pour les nouveaux arrivants, le gouvernement crée un climat peu accueillant».

D’après Jaime Lenet, diplômée en travail social et spécialiste des communautés immigrantes et réfugiées, «le Canada, qui était protecteur, est en train de devenir de plus en plus suspicieux vis-à-vis des réfugiés […] Il existe une croyance, que je ne partage pas nécessairement, que les réfugiés abusent du système et viennent pour satisfaire des besoins économiques». Le gouvernement a été critiqué pour les modifications apportées en décembre 2012 à sa Loi sur l’immigration qui tend à criminaliser l’immigrant demandeur d’asile, au lieu de l’accueillir à bras ouverts. Les demandeurs d’asile sont souvent envoyés en détention à leur arrivée, ce qui est punitif. Les délais sont ensuite très courts pour préparer une candidature au statut de réfugié (environ 60 jours), surtout si les demandeurs proviennent de «pays d’origine désignés» (POD), c’est-à-dire des pays qui ne produisent pas de réfugiés habituellement (le délai est alors de 30 à 40 jours).

Les associations à la rescousse

Anna Purkey explique que la forte concentration de réfugiés dans la ville de Montréal est attribuable, premièrement, à l’accès facilité par le bilinguisme (l’adaptation est plus commode pour les réfugiés provenant de la francophonie, notamment du Rwanda et du Congo), mais aussi parce qu’il existe un réseau d’associations d’entraide assez bien développé. La Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, explique-t-elle, est un organisme ombrelle qui relie les associations de soutien entre elles. Saandiya Allaoui et Jean-Marie Mousenga, intervenants sociaux du Centre AFRIKA, rappellent qu’un demandeur d’asile, même s’il n’a aucun statut en arrivant à Montréal, a des droits. Face au douanier, qui détient le pouvoir discrétionnaire d’envoyer un immigrant en détention, le demandeur d’asile a droit à un avocat, et surtout, le droit d’être entendu. C’est ce que décrète la Convention de Genève de 1951, précise Saandiya Allaoui. «Nous travaillons avec des réfugiés qui nous contactent et qui ont besoin de se défendre; nous les mettons donc en relation avec des avocats, et notamment avec l’organisme parapublic CIRC (Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada), explique-t-elle, qui s’occupent de défendre les droits des demandeurs d’asile et des réfugiés.»

Saandiya Allaoui souligne que les lois concernant le statut de réfugié relèvent du niveau fédéral, qui a beaucoup changé ses politiques dans les deux dernières années. Le processus d’immigration en tant que réfugié est plus rapide pour les mineurs, notamment parce que la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1995 assure le droit à l’éducation pour tous et partout. «Dans une famille de demandeurs d’asile arrivant au Canada, il est donc possible que la procédure soit plus rapide pour les enfants que pour leurs parents, ou même que les parents soient refusés et forcés de retourner dans leur pays.»

Il est plus facile de devenir résident canadien en étant parrainé par le gouvernement ou par un organisme privé, parce que cela permet aux réfugiés de mettre le pied sur le territoire canadien en ayant déjà leur statut de réfugié attribué. Une fois parrainé, un réfugié obtient automatiquement son statut de résident permanent dès son entrée au Canda, ce qui lui donne accès aux services de santé et d’éducation, mais lui donne aussi la possibilité de devenir citoyen.

À McGill, au compte-goutte

Sans forcément le savoir, les étudiants de McGill contribuent à l’accueil d’environ deux réfugiés par an. Cinquante cents sont prélevés sur la facture scolaire chaque semestre pour être reversés au EUMC McGill, la branche mcgilloise de l’organisme national Entraide universitaire mondial du Canada.

Le EUMC est un organisme qui offre des services visant à promouvoir l’accès à l’éducation dans le monde, et dont le programme d’étudiants réfugiés (PER) a permis à plus de 1200 étudiants réfugiés d’étudier dans des universités canadiennes depuis 1978. L’organisme fait venir ces réfugiés en allant les chercher notamment dans les camps où ils sont stationnés. Ce système a permis à 73 réfugiés de venir étudier au Canada en 2014. C’est ce que révèle Michelle Manks, directrice du Programme d’étudiants réfugiés, qui ajoute que McGill contribue à ce programme depuis 1987 et a déjà accueilli un total de 33 étudiants. D’après Michelle Manks, la majorité de ces étudiants a finalement obtenu le statut de citoyen, et fait donc aujourd’hui partie de la société canadienne. Michelle Manks précise que: «ces dernières années, la majorité des étudiants que nous avons établis au Québec est d’origine rwandaise, congolaise ou burundaise.» Madeleine Pawlowski, étudiante et coordinatrice du groupe EUMC de McGill, dont elle est membre depuis quatre ans, explique que son rôle est d’accueillir et d’intégrer les étudiants: «je travaille avec l’administration pour m’assurer qu’ils aient de conseillers académiques dès leur arrivée et afin de confirmer le financement de leurs études. Ensuite, nous leur ouvrons des comptes bancaires et nous les aidons à remplir les formulaires de sécurité sociale.» En plus du soutien logistique, le groupe de huit étudiants mcgillois s’occupe de l’intégration sociale et académique des étudiants parrainés: «nous organisons des dîners, nous allons patiner, nous les aidons à choisir leurs cours…» Les étudiants se retrouvent tous les mardis soirs, entre parrains et parrainés, pour organiser des campagnes de sensibilisation.

Le groupe du EUMC McGill accueille deux étudiants réfugiés par an, mais cela risque de changer. Madeleine Pawlowski déclare que l’investissement nécessaire pour s’occuper de l’intégration administrative, académique et sociale de nouveaux étudiants ne laisse pas forcément le temps de s’occuper des soucis financiers du groupe. «Le problème, affirme l’étudiante, c’est que nous sommes en déficit et que, si l’on ne change pas le montant de la cotisation étudiante, dans quatre ans, nous ne pourrons plus accueillir qu’un étudiant par an, ce qui serait dommage.» McGill n’a pas, pour l’instant, l’intention de financer le parrainage d’étudiants, car selon Madeleine Pawlowski, «McGill tient à ce que cela reste une initiative étudiante». D’après deux étudiants de McGill parrainés par le EUMC, l’Université pourrait en faire plus, notamment en offrant des exemptions de frais de résidence, par exemple. Robert et Peter, tous deux réfugiés et étudiants de McGill, expliquent que le groupe avait pensé lancer un référendum pour augmenter la cotisation, mais l’AÉUM ne les y a pas autorisés pour des raisons de statuts administratifs.

Témoignages d’étudiants réfugiés

Robert, étudiant en deuxième année en pharmacologie, et Peter, étudiant en première année de développement international, sont tous deux arrivés à Montréal grâce au EUMC. Ils étaient réfugiés rwandais au Malawi, où Peter est arrivé lorsqu’il avait un an et demi,  Robert, lui, avait huit ans. Ils expliquent que le EUMC est connu des étudiants dans les camps de réfugiés, et leur donne un espoir de poursuivre leurs études. «Après le lycée, nous devions remplir la demande pour faire partie du programme, on doit avoir de bonnes notes et correspondre à des critères particuliers. Par exemple, nous avons dû prouver que nous étions au Malawi en tant que réfugiés, que nous avions besoin de ce programme, mais aussi que nous étions indépendants.» Après avoir été choisi par l’organisme, sur la base du mérite, les étudiants ont rencontré Michelle Manks, la directrice du programme, pour une entrevue. Ils ont ensuite suivi des cours pour le TOEFL (le test d’anglais le plus largement répandu dans le monde) pendant six mois. Enfin, ils ont reçu un papier, qui leur servait de passeport, pour quitter le Malawi, «sans retour», et entrer au Canada, où ils ont pu devenir résidents permanents. «En arrivant à l’aéroport, nous avons rencontré les étudiants du groupe EUMC de McGill, dont nous ne connaissions que les noms», raconte Peter. «Dès notre arrivée, ils nous ont guidé dans Montréal, nous ont montré la ville. C’était pendant le Frosh, je n’avais aucune idée de ce qui était en train de se passer», ajoute Robert.

Les deux étudiants s’accordent sur le fait que l’organisme a fait un travail remarquable. «L’éducation change le monde. En arrivant ici, notre vie a changé. Cela nous a ouvert à beaucoup d’opportunités. En fait, nous avons commencé une nouvelle vie», racontent-ils. Peter  explique que les jeunes réfugiés qui arrivent à Montréal sans l’aide du EUMC ont beaucoup plus de mal à entrer à l’université parce que les études secondaires effectuées auparavant dans leur pays ne sont pas toujours reconnues. Pour eux, le EUMC est un privilège, et une chance, même si la condition était de laisser leurs familles derrière. «Parrainer à notre tour nos familles, en faisant venir chaque membre, coûterait beaucoup trop cher», fait remarquer Robert. Ayant terminé sa première année à McGill, il ne bénéficie plus du soutien financier du EUMC, et doit donc avoir une source de revenu en complément de ce que lui verse le gouvernement.

Robert et Peter expliquent que ce qui leur a permis de surmonter très rapidement les difficultés de la transition culturelle a été l’amabilité des Canadiens, que ce soit leurs camarades ou leurs professeurs. Robert raconte: «c’est une nouvelle culture […] pendant les premiers cours, on n’a aucune idée de ce qui se passe. Au début, on ne se rend pas compte que les gens autour ne demandent qu’à aider.» Peter continue: «au Malawi, on ne dit pas qu’on est réfugié rwandais. Les gens ne nous aiment pas. Ici, je suis à l’aise quand je le dis parce que les gens sont plus accueillants, ils nous respectent en tant qu’êtres humains peu importe d’où l’on vient.» Les deux étudiants n’ont pas leur citoyenneté canadienne mais espèrent l’obtenir. Robert confirme: «si je voyage en disant que je suis du Malawi, je ne suis pas sûr d’être aussi bien accueilli qu’en étant Canadien.» Pour ces deux étudiants optimistes, l’adaptation la plus difficile, en plus du niveau académique, a été de s’habituer à la nourriture canadienne…

Finalement, l’accès restreint au statut de réfugié est une réalité sur laquelle il est difficile d’avoir prise, mais des associations existent qui travaillent à venir en aide aux demandeurs d’asile. Les quelques étudiants réfugiés qui parviennent à s’établir légalement sont accompagnés dans leurs démarches et trouvent une terre d’accueil sur le sol canadien. Seul le gouvernement a le pouvoir d’octroyer une citoyenneté, mais les citoyens, eux, peuvent accueillir et soutenir les réfugiés. Encore faut-il que le sol canadien leur soit palpable.

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Dans une université près de chez vous http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/dans-une-universite-pres-de-chez-vous/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/dans-une-universite-pres-de-chez-vous/#comments Tue, 24 Feb 2015 16:26:03 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22450 Il était temps. L’Organe, le magazine étudiant francophone de l’Université Concordia — l’équivalent du Délit à McGill —, est à nouveau parmi nous, après plusieurs années sur la glace. De retour à la fin mars, la prochaine édition de l’Organe aura pour thème «bleu», et sera distribuée gratuitement sur le campus et en ville.

Il était non seulement temps, il était moins une. Le 11 décembre 2013, après trente mois sans publications, le Conseil des Gouverneurs de l’Université Concordia avait décidé de suspendre le financement étudiant du magazine francophone, lui donnant trois semestres de délai pour réapparaitre, sans quoi sa cotisation automatique serait coupée définitivement.

Contactée à la dernière seconde par Le Délit, la nouvelle rédactrice en chef, Charlotte Parent, explique la situation actuelle du magazine: «l’Organe a officiellement un nouveau conseil administratif et un nouveau comité de rédaction.» Du côté administratif, «une nouvelle constitution, plus transparente et plus complète que l’ancienne, dont nous avions hérité, a été votée et un processus légal est en cours pour avoir accès au compte en banque, avec l’aide d’un professeur de Concordia».

Joie! Notre presse étudiante avance, se réforme, se pense. Pour ceux que cela intéresse, il nous a semblé capital de nous poser la question suivante: «D’où vient l’Organe?», question qui justifie les élucubrations ci-dessous. 

Ceci est une histoire qui ne se passe pas sur le campus de McGill. Nous sommes en janvier 2002 et il fait froid, comme d’habitude, dans les rues de la ville où devrait se situer le campus de Concordia. Un étudiant répondant au nom de Gabriel Anctil, qui prétend suivre le programme de Communications de l’Université, sans savoir qu’il sera près de quinze ans plus tard publié aux éditions XYZ pour son deuxième roman, a une idée. Il dit, et le premier journal étudiant francophone de l’histoire de Concordia voit le jour. Il s’appelle le Concordia Français et son programme d’action nous fait encore vibrer : il «encrera l’université dans la ville qui l’a vu naître et qui l’a créé. Elle ne doit plus vivre dans sa tour d’ivoire, mais bien quitter son nuage pour s’ouvrir à ce qui l’entoure. Ce journal sera le véhicule de la créativité et d’un journalisme qui cherchera à comprendre, à fouiller, à élucider». Le «Concordia Français», quel joli titre! Sans doute est-il inspiré du non moins joli «Délit Français» — nom officiel d’un autre journal étudiant —, mais cela ne nous regarde pas.

L’affaire n’est pas simple. À vrai dire, monter un journal étudiant, et le faire prospérer, est plutôt une entreprise ardue. Plus d’un s’y sont cassé les dents. Toutes sortes d’obstacles apparaissent. En mars 2003, un premier référendum à la Concordia Student Union pour obtenir une cotisation étudiante de 6 cents par cours échoue à quelques voix près. Qu’à cela ne tienne, à l’automne suivant un nouveau référendum pose la même question, passe, et depuis lors le Concordia Français reçoit une cotisation étudiante qui lui permet de tirer à 3000 exemplaires, une fois par mois ou trois fois par semestre.

Mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Pour des raisons qui nous sont encore inconnues à ce jour, le Concordia Français, que l’on surnommait aussi «le bateau ivre», coule par un beau soir d’hiver, dispersant gouvernail et grappin.

Rien n’est perdu. En janvier 2006, de nouveaux étudiants, probablement inscrits dans des programmes de biologie, repêchent la carcasse du journal et fondent l’Organe, un magazine à thème. Le canard barbote quelques années et puis après la collation des grades de 2011, le départ d’une génération entière d’éditeurs laisse le «mag’ à thème» de Concordia sans comité de rédaction pour la rentrée suivante. Depuis lors, toutes les actions menées pour son retour sur les stands ont échoué. Toutes? Non! Car depuis l’hiver 2014, des étudiants se rencontraient dans l’ombre pour discuter de l’avenir de l’Organe, attendant le moment propice pour redémarrer un magazine francophone à Concordia. Vous connaissez la suite, la boucle est bouclée. ξ

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Réponse au #OscarsSoWhite http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/reponse-au-oscarssowhite/ http://www.delitfrancais.com/2015/02/24/reponse-au-oscarssowhite/#comments Tue, 24 Feb 2015 16:19:03 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=22446 Comme chaque année, vers la fin du mois de février, la cérémonie des oscars envahit l’espace public, accompagnée de son cirque médiatique. Certaines chaînes de télévision couvrent le fameux tapis rouge, espérant apercevoir un bout de la robe de Jennifer Lawrence ou arracher trois mots à George Clooney.

Depuis quelques années maintenant, les utilisateurs des réseaux sociaux y vont aussi de leur petit commentaire. Cette année, un hashtag (ou «mot-clic») en particulier a enflammé Twitter: #OscarsSoWhite. Le #OscarsSoWhite et ses relayeurs critiquent le manque de diversité ethnique dans les nominations de l’Academy of Motion Picture Arts and Science pour ses Academy Awards, ou oscars du cinéma. Dans les trois catégories individuelles phares que sont Meilleur Acteur, Meilleure Actrice et Meilleur Réalisateur, sur les quinze nominés il y avait quatorze Blancs et un Hispanique, pas de personne de couleur donc.

Avant de se lancer dans un argumentaire visant à expliquer (c’est-à-dire déplier) ce phénomène, il faut d’abord s’intéresser à la plate-forme depuis laquelle le débat a été lancé: Twitter. Sur les 288 millions d’utilisateurs actifs du réseau social, plus de la moitié réside aux États-Unis d’Amérique, le second pays le plus représenté est le Royaume-Uni avec 17% des utilisateurs, vient ensuite l’Australie avec 4%, puis le Brésil, le Canada et la France dans des proportions tout aussi marginales. Le réseau est donc un microcosme américano et anglo-centré, occidental et démocratique. Néanmoins, les humeurs de ses utilisateurs influents sont relayées par les médias de masse; dans l’affaire des oscars, The Guardian et CBC entre autres ont relayé le #OscarsSoWhite dans des articles d’information.

Twitter pose plusieurs problèmes, notamment la question de la nuance – comment nuancer un propos en 140 caractères – ce qui interroge de fait la possibilité d’un débat. Aussi, les mots-clics créent un comportement moutonnier, un spin médiatique à coups de clics, ce qui fait de Twitter le lieu de la doxa, du lieu commun, de la bien-pensance.

En témoigne le manque d’humour, ou la perte d’humour qu’a provoqué le #OscarsSoWhite chez certains, réagissant à chaud depuis leur ordinateur à chaque blague ambigüe de l’animateur de la soirée, l’acteur Neil Patrick Harris, et à celles de différents intervenants. L’exemple le plus frappant est sans doute la blague de Sean Penn lancée à son ami réalisateur Alejandro González Iñárritu, à propos de sa carte verte. Certains agélastes y ont vu la critique des groupes ethniques minoritaires, notamment hispanique, dans ce qui n’était finalement qu’une boutade entre amis (Sean Penn a tourné avec Iñárritu il y a une dizaine d’années, dans 21 grammes).

Raciste, l’Académie?

L’Académie serait-elle raciste? Non évidemment, puisque les deux derniers gagnants du prix du Meilleur Réalisateur sont mexicains! C’est être mauvaise langue, mais ce contre-argument est à la hauteur du mot-clic et du spin qu’il a provoqué. Manifestement, la question noire se pose encore aux États-Unis, ce que révèlent aussi les événements à Ferguson, Missouri l’année dernière. Avec un peu plus de recul, c’est encore la question de la ségrégation qui semble se soulever. Est-il si surprenant de constater aujourd’hui un manque de diversité ethnique dans une manifestation culturelle d’un pays qui, jusqu’en 1964, autorisait les discriminations basées sur la couleur de peau?                   La décennie précédente avait vu les combats de la communauté noire de Montgomery en Alabama contre la ségrégation dans les transports en commun autour de l’affaire Bowder v. Gayle et de l’emblématique Rosa Parks quelques mois plus tard. C’est en 1964 que la loi constitutionnelle entérine l’interdiction de la discrimination raciale, en plus des discriminations basées sur le sexe, la religion ou le pays d’origine, acte constitutionnel renforcé en 1968 après les mouvements sociaux qui ont suivi l’assassinat de Martin Luther King. Cela ne veut pas dire que les mentalités ont changé, hélas, les mentalités changent bien moins rapidement que le droit.

Le lieu de la violence symbolique

Ce qui se joue en fond, au-delà de la question raciale, c’est la question du pouvoir symbolique et institutionnel, la domination dans les sociétés occidentales des hommes, des Blancs, et de la classe supérieure upper-upper selon la terminologie sociologique. David Oyelowo, qui interprète le rôle de Martin Luther King dans Selma de Ava DuVernay, nominé dans la catégorie Meilleur Long-Métrage, disait récemment en entrevue (repris par une vidéo du Huffington Post sur le #OscarsSoWhite) que les Noirs étaient souvent représentés par des personnages serviles (on peut penser au rôle de Chiwetel Ejiofor dans 12 Years of Slave) et non par des personnages maîtres de leur destin, dans une position dominante, comme un roi. On peut lui objecter le rôle de Forrest Whitaker dans Le dernier roi d’Écosse qui lui a valu l’oscar du Meilleur Acteur, mais dans le fond il a raison. La vidéo du Huffington Post montre également que l’omniprésence de réalisateurs blancs induit un regard blanc sur ces personnages noirs. Plus largement dans le champ cinématographique, le pouvoir symbolique s’exerce également sur les femmes, voir à ce sujet la notion de male gaze (regard masculin) développée par Laura Mulvey dans son essai Visual Pleasure and Narrative Cinema (1975) et ce que ce regard implique en terme d’objectification de la femme.

Revenons-en au sujet des nominations à proprement parler. Il est clair que l’industrie du cinéma hollywoodien est un lieu de pouvoir symbolique, où s’exerce de fait une violence ou ségrégation envers les minorités ethniques. Mais enfin, faut-il avoir recours à la discrimination positive dans le processus de nomination, là où seul le mérite artistique devrait être pris en compte? Faut-il, de façon plus radicale, instaurer des quotas comme certains le suggèrent? Cela semble bien ridicule, et pourtant les adeptes du safe space le réclament avec le plus grand sérieux du monde.

Le même débat a animé la cérémonie des oscars en 2010, autour du féminisme. Cette année-là, Kathryn Bigelow a remporté la statuette du Meilleur Réalisateur (le terme anglais, Best Director, ne pose pas de différenciation des sexes) pour Démineurs, devenant la première femme à remporter un oscar dans cette catégorie. Certains y ont vu un parti pris de l’Académie en réaction aux critiques adressées à ce sujet, et en ont conclu qu’en récompensant Kathryn Bigelow, c’étaient les femmes qu’elle récompensait.

Académie et conservatisme

L’Académie justement, venons-en. C’est bien ce qu’il y a de plus évident dans cette affaire de #OscarsSoWhite. Que sont les oscars, ou les Academy Awards au juste? N’y a-t-il pas, dans Academy Awards, le mot Academy? Or, l’académie, c’est par définition le lieu de tous les conservatismes. Certains se sont amusés à sortir des statistiques sur les membres de l’Académie, qui serait composée à 94% de Blancs, 77% d’hommes, avec une moyenne d’âge de 63 ans. Et c’est ce collège qui distribue les petites statuettes d’or qui sont aujourd’hui les prix les plus importants dans le champ cinématographique, une importance qui ne tient en fait qu’à une sorte de légitimation culturelle qui s’est inscrite dans le temps et qui correspond à un entre-soi, les acteurs votant pour les acteurs, les réalisateurs pour les réalisateurs, etc. N’est-il pas étonnant, au vue de la composition de l’Académie, qu’il y ait des tendances de discrimination, aussi bien ethniques que sexuelles (économique également, les films concernés sont tous, à quelques exceptions près, de grosses productions)?

C’est ce qu’ont oublié tous les twittos qui ont relayé le #OscarsSoWhite dans l’empressement et le bruit du cirque médiatique qui entoure cet événement. Les oscars ont une telle portée dans la conscience collective qu’on oublie facilement qu’ils sont le fait d’une institution privée de moins de 6000 membres (présidée, d’ailleurs, par une femme noire, Cheryl Boone Isaacs), qui n’a pas à justifier ses choix devant les porteurs de la parole doxique.

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