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	<title>Archives des En toute franchise - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Sun, 22 Nov 2020 03:27:01 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
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	<item>
		<title>J’aime Wiki</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/15/jaime-wiki/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gali Bonin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2020 13:02:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[En toute franchise]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Éloge à la connaissance libre de droit.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/15/jaime-wiki/" data-wpel-link="internal">J’aime Wiki</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">«&nbsp;Non, Gali, tu ne peux pas mettre systématiquement des hyperliens vers </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Accueil_principal" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Wikipédia</span></a><span style="font-weight: 400;">.&nbsp;»</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">J’entends encore cette phrase résonner dans ma tête lorsque, au milieu d’un texte, j’enclenche mon traditionnel «&nbsp;ctrl + k&nbsp;» pour proposer un petit détour par l’encyclopédie en ligne. Je me résigne alors à partir à la chasse aux références, routine à laquelle je commence à m’habituer, et je déniche un article quelconque d’une source «&nbsp;plus fiable&nbsp;» ou un PDF de </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_de_Sherbrooke" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">l’Université de Sherbrooke</span></a><span style="font-weight: 400;"> concernant mon sujet.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Même si, pour ces articles que j’édite ou ces travaux scolaires que je remets, je me suis mis au pas quant à l’usage prohibé de Wikipédia, mon cœur est ailleurs. Je les entends, les arguments qui viennent et repartent. « Ce n’est pas une source fiable », « n’importe qui peut écrire là-dessus »</span> <span style="font-weight: 400;">ou encore, mon préféré, « ça ne fait pas sérieux de citer Wikipédia ». Je les entends et les comprends, mais le proverbe québécois dit vrai : on ne peut pas empêcher un cœur d’aimer.</span></p>
<p><b>Un point de départ</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Je peux tout à fait comprendre les réticences qu’éprouvent certaines et certains quant à l’usage de Wikipédia comme source officielle et référentielle. Il va sans dire que les articles s’y retrouvant ne peuvent être utilisés comme unique point de référence pour qui veut débattre d’un enjeu précis. Toutefois, cette règle n’est-elle pas la même pour toute source? Ce n’est pas pour rien que les professeur·e·s demandent à leurs étudiant·e·s un minimum d’œuvres dans leur bibliographie : une pensée trop homogène est une pensée en souffrance. Ce n’est pas parce qu’une personne a lu un article du </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/The_New_York_Times" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><i><span style="font-weight: 400;">New York Times</span></i></a> <span style="font-weight: 400;">synthétisant la </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_S%C3%A9cession" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Guerre de Sécession américaine</span></a><span style="font-weight: 400;"> qu’elle peut affirmer connaître et comprendre tous les tenants et aboutissants de cette dernière.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Wikipédia n’est pas un outil d’analyse, c’est un point de départ. Tout comme on cherche dans le </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Petit_Larousse" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><i><span style="font-weight: 400;">Le Petit Larousse</span></i></a> <span style="font-weight: 400;">un mot dont le sens nous échappe, on consulte l’encyclopédie lorsqu’un sujet nous est inconnu. De là, l’exploration peut débuter. Il s’agit, comme l’illustre le logo de </span><a href="https://fr.wikisource.org/wiki/Wikisource:Accueil" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Wikisource</span></a><span style="font-weight: 400;">, de la pointe d’un iceberg : une fois la partie émergente trouvée, on peut plonger en profondeur pour consolider notre savoir. À mon sens, tout l’intérêt de Wikipédia est dans cette pointe accessible à qui veut bien la chercher. Sans pointe, comment fait-on pour trouver ce qui est trop profond pour apparaître aux yeux du monde?</span></p>
<blockquote><p><span style="font-weight: 400;">Face à l’impossibilité de tout connaître de fond en comble, il faut se résigner à couvrir le plus large possible</span></p></blockquote>
<p><b><i>Ad nauseam, </i></b><b>la connaissance</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Tout comme les </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Orpaillage" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">orpailleur·se·s</span></a><span style="font-weight: 400;"> de San Francisco, une fois qu’un filon intéressant est trouvé sur l’encyclopédie, il suffit de creuser jusqu’à ce qu’une paillette ou une pépite d’or apparaissent. Des heures de lecture peuvent s’ensuivre. Wikipédia devient alors un moyen de ratisser large sans toutefois explorer les enjeux en profondeur. Rien de mieux pour s’initier à un sujet méconnu.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Avant de regarder un documentaire entier sur l’historique </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A8glement_17" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">règlement 17 de l’Ontario</span></a><span style="font-weight: 400;">, un rapide détour sur Wikipédia est de mise. Grâce aux hyperliens, les curieux et les curieuses peuvent rapidement se retrouver sur les articles concernant la création de la </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9d%C3%A9ration_canadienne" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Confédération canadienne</span></a><span style="font-weight: 400;">, les années au pouvoir de </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Wilfrid_Laurier" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Sir Wilfrid Laurier</span></a><span style="font-weight: 400;"> ou encore la question des </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Question_des_%C3%A9coles_du_Manitoba" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">écoles francophones du Manitoba</span></a><span style="font-weight: 400;">. Cet apprentissage autodidacte devient une manière accessible et démocratique pour s’initier à toutes les questions que l’on se pose (ou presque).&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">S’il est important de se tourner vers des sources diverses lorsque l’on veut voir complètement la partie immergée de l’iceberg sur lequel on a atterri, n’est-il pas tout aussi important d’avoir un portrait d’ensemble de l’archipel de savoirs auquel il appartient? L’encyclopédie virtuelle devient alors une route permettant de sauter d’un îlot à l’autre, une manière de dresser une carte mentale d’une thématique donnée avant de plonger sous l’eau et comprendre la composition réelle d’un des ces monolithes de glace. Face à l’impossibilité de tout connaître de fond en comble, il faut se résigner à couvrir le plus large possible, tout en gardant certains champs d’expertise.&nbsp;&nbsp;</span></p>
<p><b>Des remerciements nécessaires</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Avant de mettre un point final à cette ode à l’encyclopédie du 21</span><i><span style="font-weight: 400;">e&nbsp;</span></i><span style="font-weight: 400;">siècle par excellence, je tenais à dresser une liste (non exhaustive, Dieu merci!) de certaines découvertes personnelles qui ont été rendues possibles grâce à Wikipédia&nbsp;:</span></p>
<ul>
<li style="font-weight: 400;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kondiaronk" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Kondiaronk, dit </span><i><span style="font-weight: 400;">Le Rat&nbsp;</span></i></a><span style="font-weight: 400;">: chef de la nation autochtone huronne-wendat et pilier de la </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_paix_de_Montr%C3%A9al" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Grande Paix de Montréal de 1701</span></a><span style="font-weight: 400;">&nbsp;;</span></li>
<li style="font-weight: 400;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Brault" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Michel Brault</span></a><span style="font-weight: 400;"> et le </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Cin%C3%A9ma_direct" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">cinéma direct</span></a><span style="font-weight: 400;">&nbsp;: réalisateur important de ce mouvement cinématographique des années&nbsp;1950–1960 ;</span></li>
<li style="font-weight: 400;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mir_Jafar" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Mir Jafar</span></a><span style="font-weight: 400;"> et la </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Plassey" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">bataille de Plassey</span></a><span style="font-weight: 400;">&nbsp;:&nbsp;premier <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nawab" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Nawab</a> du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bengale" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Bengale</a> à plaider allégeance à la couronne britannique&nbsp;;</span></li>
<li style="font-weight: 400;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Action_directe" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Action directe</span></a><span style="font-weight: 400;">&nbsp;:&nbsp;groupe révolutionnaire français aux méthodes violentes des années 1980&nbsp;;</span></li>
<li style="font-weight: 400;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gentilhomme_huissier_de_la_verge_noire" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Gentilhomme huissier de la verge noire</span></a><span style="font-weight: 400;">&nbsp;:&nbsp;poste honorifique dans la tradition parlementariste britannique.</span></li>
</ul>
<p><span style="font-weight: 400;">La liste pourrait encore s’allonger longuement, mais ce ne serait que du superflu. Ce qui importe<span style="color: #0000ff;">,</span> c’est de faire la juste part des choses. Une source ne sera jamais infaillible. Que ce soit dans l’</span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Encyclop%C3%A9die_ou_Dictionnaire_raisonn%C3%A9_des_sciences,_des_arts_et_des_m%C3%A9tiers" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><i><span style="font-weight: 400;">Encyclopédie</span></i></a><span style="font-weight: 400;"> de </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Denis_Diderot" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Diderot</span></a><span style="font-weight: 400;"> et </span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Le_Rond_d%27Alembert" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">d’Alembert</span></a><span style="font-weight: 400;"> ou dans l’</span><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Encyclop%C3%A6dia_Universalis" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Encyclopædia Universalis</span></a><span style="font-weight: 400;">, les faits rapportés peuvent être biaisés, mal vérifiés ou carrément erronés. Certes, concernant ce genre de bévues, Wikipédia est toujours plus à risque de par son aspect collaboratif. Mais n’est-ce pas également là une de ses plus grand beauté? Une démocratisation du savoir, mais aussi de la construction de ce savoir. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">À mon sens, c</span><span style="font-weight: 400;">e qui importe réellement c’est d’être en mesure de se renseigner librement et démocratiquement sur tous les sujets qui pourraient m’intéresser. C’est pour ça que j’aime Wiki. </span></p>
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			</item>
		<item>
		<title>J’aime les anglicismes</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/09/14/jaime-les-anglicismes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rafael Miró]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Sep 2020 20:08:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[En toute franchise]]></category>
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		<category><![CDATA[québécisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quand ils sont utilisés avec parcimonie, les anglicismes ne sont pas une tare de la langue française au Québec, mais une richesse.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/09/14/jaime-les-anglicismes/" data-wpel-link="internal">J’aime les anglicismes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Au Québec, nous avons l’habitude de condamner sans retenue tous les mots qui proviennent, de près ou de loin, de la langue anglaise. Dans les médias, l’on accuse constamment les jeunes de polluer leur parler par l’ajout d’effroyables expressions anglaises&nbsp;: </span><i><span style="font-weight: 400;">cool, vintage, live, down, fresh,</span></i><span style="font-weight: 400;"> etc</span><i><span style="font-weight: 400;">. </span></i><span style="font-weight: 400;">À l’écrit, il faudra toujours châtier d’un crayon rouge tous les mots anglais comme « </span><i><span style="font-weight: 400;">briefing</span></i><span style="font-weight: 400;"> », « </span><i><span style="font-weight: 400;">email</span></i><span style="font-weight: 400;"> » ou « </span><i><span style="font-weight: 400;">toaster</span></i><span style="font-weight: 400;"> » afin les remplacer par des équivalents français spécialement inventés<span style="color: #ff0000;">&nbsp;</span>à cet effet<span style="color: #3366ff;">.</span> On évitera également à tout prix d’employer des anglicismes lors des occasions formelles, car ces mots seront&nbsp;toujours fortement associés au registre familier.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Nous nous faisons même une fierté de traquer les plus subtiles des tournures syntaxiques, au nom de la préservation d’une « pureté » de la langue : dire que « ça fait du sens » plutôt que « ça a du sens » vous attirera par exemple certainement les foudres de votre professeur·e. À la télévision, même souhaiter « bon matin » en ondes provoquera systématiquement des plaintes des auditeurs ou des auditrices zélé·e·s !</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Puisque nous y sommes habitué·e·s, nous imaginons que notre attitude est toute naturelle. En regardant ailleurs, toutefois, nous nous rendons rapidement compte que tous·tes ne sont pas affecté·e·s par cette véritable phobie. Dans le monde anglo-saxon, par exemple, l’utilisation d’expressions étrangères est au contraire plutôt bien perçue. Nos voisin·e·s américain·e·s usent avec fierté (et avec peu de talent pour la prononciation) de gallicismes </span><i><span style="font-weight: 400;">clichés </span></i><span style="font-weight: 400;">comme </span><i><span style="font-weight: 400;">rendez-vous</span></i><span style="font-weight: 400;">, </span><i><span style="font-weight: 400;">déjà-vu, sang-froid</span></i><span style="font-weight: 400;"> ou encore </span><i><span style="font-weight: 400;">chef‑d’œuvre</span></i><span style="font-weight: 400;">.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il en va de même pour les Français·e·s et autres francophones du Vieux Continent qui restent bien moins réticent·e·s quand vient le temps d’emprunter à l’anglais. Ces mots ne seront pas nécessairement associés au registre familier, comme ils le sont, la plupart du temps, au Québec. C’est ainsi que l’on verra souvent des termes anglais être utilisés dans les publicités ou même dans des discours politiques. Quoique cela fasse à l’occasion polémique, la majorité des gens ne s’en soucient guère et, même, apprécient ces emprunts.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Certes, je vous entends le dire, la situation linguistique au Québec est en tous points différente de celle aux États-Unis ou en France. Là-bas, l’on emprunte des mots à une langue exotique, qui ne risque aucunement de remplacer la langue d’usage dans un avenir perceptible. Ici, l’on emprunte des mots à une langue omniprésente et envahissante, qui a sonné le glas de tant d’autres langues en Amérique du Nord.</span></p>
<p><b>Un phénomène courant</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">C’est en grande partie à cause de cette épée de Damoclès que nous avons tendance à mêler protection du français et purisme langagier. Pourtant, il n’est pas si évident que la présence d’anglicismes ou d’autres expressions étrangères dans une langue mène nécessairement à son déclin : l’Histoire nous montre que l’emprunt linguistique a été omniprésent dans l’histoire des langues européennes et qu’il n’a pas nécessairement mené à leur disparition.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ainsi, il est à noter que plus des deux tiers des mots de la langue anglaise sont issus du français. Pendant plus de trois siècles après la conquête normande de 1066, la noblesse et les élites ont parlé l’anglo-normand, une variété de l’ancien français. Plus tard dans l’histoire, le français a exporté énormément de mots vers la langue anglaise lorsqu’il était&nbsp;la langue internationale du commerce et de la diplomatie, soit&nbsp;jusqu’à la moitié de 20</span><i><span style="font-weight: 400;">e</span></i><span style="font-weight: 400;">&nbsp;siècle. Assez ironiquement, une bonne partie des termes que nous dénonçons au Québec comme des anglicismes sont eux-mêmes des emprunts au français. Ainsi, le mot </span><i><span style="font-weight: 400;">toaster</span></i><span style="font-weight: 400;"> est issu du verbe français </span><i><span style="font-weight: 400;">toster,</span></i><span style="font-weight: 400;"> signifiant griller, alors que le mot budget tire son origine de&nbsp;la </span><i><span style="font-weight: 400;">bougette</span></i><span style="font-weight: 400;">, la petite bourse qui se balançait aux ceintures médiévales.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Bien sûr, les Québécois et les Québécoises ne sont pas les premièr·e·s à s’inquiéter que leur langue soit «&nbsp;envahie&nbsp;» par une autre. Dès l’époque de la République romaine, le philosophe et politicien conservateur Caton l’Ancien dénonçait l’influence perverse du grec, la langue dominante à </span>l’époque<span style="font-weight: 400;">, au latin de la république. Malgré ces craintes, après plusieurs siècles de cohabitation, jamais le grec et le latin n’ont cessé d’être deux langues distinctes.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Dans le même ordre d’idée, à l’époque de Louis&nbsp;XIV et des guerres d’Italie,</span><a href="https://www.axl.cefan.ulaval.ca/francophonie/HIST_FR_s5_Renaissance.htm" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"> <span style="font-weight: 400;">certain·e·s intellectuel·le·s frança</span></a><a href="https://www.is.fi/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">is·es</span></a><span style="font-weight: 400;"> pourfendaient avec vigueur les </span><span style="color: #333333;"><i>italianismes </i></span><span style="font-weight: 400;">qui pullulaient à la cour du Roi-Soleil. Déjà à cette époque, l’on essayait de freiner le plus possible la transformation du français, sous l’influence de l’Académie française. Selon les différentes estimations des historien·ne·s, jusqu’à 8000&nbsp;mots italiens se seraient insérés dans la langue française à cette époque. Aujourd’hui, il n’en resterait qu’environ un dixième, et personne ne songerait à purger le français de ces mots qui ont ajouté leur tuile à la beauté et à la précision de la langue française. </span><i><span style="font-weight: 400;">Mascarade, banderole </span></i><span style="font-weight: 400;">et </span><i><span style="font-weight: 400;">tournesol </span></i><span style="font-weight: 400;">sont quelques-unes des plus belles </span><i><span style="font-weight: 400;">fioritures</span></i><span style="font-weight: 400;">&nbsp;linguistiques qui nous restent de cette époque.&nbsp;</span></p>
<p><b>Richesse linguistique</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">À long terme, les évolutions linguistiques (y compris les emprunts à d’autres langues) contribuent indéniablement à enrichir une langue. Malgré cela, elles sont bien souvent perçues sur le coup comme étant une menace à « l’intégrité » de la langue. C’est exactement ce qui se produit au Québec. En essayant de protéger la langue française, par amalgame douteux, on essaie de protéger sa « perfection » en s’attaquant à toutes les « impuretés » provenant d’autres langues, notamment de l’anglais. Mais pourquoi considérer le français parlé aujourd’hui comme étant pur, alors que la langue a toujours évolué ?</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les emprunts linguistiques sont perçus comme des dégradations, alors qu’ils sont par essence des ajouts. Chacun d’entre eux est un nouvel outil, une nouvelle précision possible pour s’exprimer. Comme tous les autres nouveaux mots, les anglicismes viennent souvent combler un vide sémantique perçu </span><span style="font-weight: 400;">: quels mots français réussissent à traduire exactement </span><i><span style="font-weight: 400;">brunch</span></i><span style="font-weight: 400;">, </span><i><span style="font-weight: 400;">vintage, blooper</span></i><span style="font-weight: 400;"> ou </span><i><span style="font-weight: 400;">groupie ? </span></i><span style="font-weight: 400;">Oui, il existe parfois des mots français qui ont un sens assez similaire à celui des nouveaux venus. Mais même dans ces cas, la plupart du temps, les ajouts ne prennent pas exactement le même sens que les mots sur lesquels ils viennent empiéter. </span><i><span style="font-weight: 400;">Checker</span></i><span style="font-weight: 400;"> ne renvoie pas exactement le même sens que </span><i><span style="font-weight: 400;">regarder </span></i><span style="font-weight: 400;">par exemple, </span><i><span style="font-weight: 400;">basher</span></i><span style="font-weight: 400;"> que </span><i><span style="font-weight: 400;">médire </span></i><span style="font-weight: 400;">ou que </span><i><span style="font-weight: 400;">calomnier.&nbsp;</span></i></p>
<p><b>Protéger ou pétrifier</b></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Bien sûr, le fait que les emprunts linguistiques proviennent majoritairement de l’anglais s’explique en grande partie par l’omniprésence de la culture américaine au Québec, et plus largement&nbsp; un peu partout dans le monde. Je ne nierai certainement pas que cet impérialisme est extrêmement dommageable pour la diversité culturelle. Le rayonnement du cinéma, de la musique et de la mode américaine, qui sont traités plus ou moins comme des produits économiques d’exportation, éclipse sans vergogne les cultures nationales ou&nbsp;locales en les privant de leur public et de leurs moyens de subsistance.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les emprunts linguistiques sont toutefois des résultats plutôt que des causes de cette omniprésence culturelle, et ce n’est pas en luttant obstinément contre eux que nous réussirons à préserver nos langues et&nbsp;nos cultures. Bien au contraire.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Au Québec, l’association entre la promotion de la langue française et la lutte contre sa transformation contribue à aliéner les Québécois·e·s, et en particulier les jeunes, d’une cause immensément importante pour la pérennité de notre société distincte. L’Office québécois de la langue française (OQLF) perd une partie de sa crédibilité et de sa portée quand elle s’attaque à des expressions populaires auprès des jeunes comme </span><i><span style="font-weight: 400;">cool,</span></i> <i><span style="font-weight: 400;">fly</span></i><span style="font-weight: 400;"> ou </span><i><span style="font-weight: 400;">fresh,</span></i><span style="font-weight: 400;">&nbsp;et paraît plus dépassée qu’utile. Cette attitude contribue à faire passer le français, auprès de tous·tes les Québécois·e·s, mais plus spécifiquement auprès des jeunes, comme une langue désuète</span>, inaccessible et difficile d’approche.</p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ce texte&nbsp;ne se veut pas l’apologie des gens qui contribuent à faire disparaître la langue française en la délassant au quotidien, au travail ou dans leurs loisirs, parce que la langue anglaise leur semble plus branchée ou plus professionnelle.&nbsp;Il s’agit plutôt d’une&nbsp;défense de ceux et de celles qui continuent à parler français et qui, par goût ou pour pallier des lacunes perçues, insèrent dans leur vocabulaire quelques nouvelles expressions.&nbsp;&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">L’OQLF n’a pas à craindre qu’à force d’anglicismes, le français du Québec se transforme tranquillement en anglais. L’histoire nous montre que ce qui tue les langues n’est pas leur évolution, mais plutôt leur stagnation. C’est lorsqu’elles deviennent désuètes, peu pratiques ou peu attrayantes qu’elles sont de plus en plus délaissées par les jeunes locuteurs et locutrices<span style="color: #ff0000;">&nbsp;</span>au profit de langues plus pratiques.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Plutôt que de lutter contre les anglicismes et contre les autres évolutions de la langue, l’OQLF, Impératif français et les autres institutions de promotion de la langue devraient plutôt s’atteler à la documenter et à faciliter l’intégration des nouveaux mots au français. Après tout, certains des mots les plus parlants de la langue québécoise, comme </span><i><span style="font-weight: 400;">toune</span></i><span style="font-weight: 400;">, </span><i><span style="font-weight: 400;">lousse</span></i><span style="font-weight: 400;"> ou </span><i><span style="font-weight: 400;">balloune</span></i><span style="font-weight: 400;">,<span style="color: #ff0000;">&nbsp;</span>sont des mots issus de l’anglais, héritage de notre cohabitation historique, qui se sont peu à peu fondus dans notre vocabulaire, et qui sont là pour y rester. Ces anglicismes uniques et caractéristiques, avec beaucoup d’autres, contribuent à la richesse de notre langue et ne devraient pas être injustement mis à l’écart.</span></p>
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