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	<title>Archives des Enquêtes - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Wed, 18 Mar 2026 11:05:44 +0000</lastBuildDate>
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	<item>
		<title>Qui sont les agents qui patrouillent notre campus?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/qui-sont-les-agents-qui-patrouillent-notre-campus/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Héloïse Durning]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[GardaWorld]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[sécurité]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60470</guid>

					<description><![CDATA[<p>Une enquête sur Garda à McGill.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/qui-sont-les-agents-qui-patrouillent-notre-campus/" data-wpel-link="internal">Qui sont les agents qui patrouillent notre campus?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">« L’Université McGill est à la recherche de patrouilleurs dynamiques et engagés pour assurer la sécurité de sa communauté universitaire », selon une <a href="https://jobs.garda.com/job/Montr%C3%A9al-Agent%28e%29-de-s%C3%A9curit%C3%A9-patrouilleur%2C-McGill-Qu%C3%A9b/1361873400/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">annonce</a> publiée sur le site web du Groupe de sécurité Garda S.E.N.C. (Garda), mieux connu sous le nom de GardaWorld. Cette entreprise canadienne de sécurité privée est <a href="https://www.mcgill.ca/senate/files/senate/d24-08_report_of_the_board_of_governors.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sous contrat avec McGill</a> depuis le 26 août 2024, et ce, jusqu’au 30 avril 2027. </p>



<p><strong>Qu’est-ce que Garda? </strong></p>



<p><a href="https://securitysystems.garda.com/fr/a-propos" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Garda </a>est l’une des plus grandes firmes de sécurité privée au monde. Elle offre des services de protection physique, de gestion de risque à l’international et de <a href="https://www.newswire.ca/news-releases/gardaworld-cash-services-building-the-secured-transportation-fleet-of-the-future-in-partnership-with-roshel-814850484.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">transport</a> de valeurs et d’espèces. Plus récemment, <a href="https://garda-federal.com/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Garda- World Federal</a>, une compagnie subsidiaire à Garda, <a href="https://www.theglobeandmail.com/world/article-canadian-gardaworld-immigration-emergency-detention-services-ice/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a conclu une série de contrats</a> avec l’<a href="https://news.azpm.org/p/news-articles/2026/3/13/228892-the-company-set-to-renovate-surprise-detention-center-has-ties-with-alligator-alcatraz-rep-stanton-says/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ICE</a> et l’État de la Floride pour gérer des centres de détention, dont celui d’<a href="https://www.nbcmiami.com/news/local/former-alligator-alcatraz-worker-describes-inhumane-conditions-inside/3673307/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Alligator Alcatraz</a>. Dans une <a href="https://amnistie.ca/sites/default/files/2026-01/Lettre%20Garda%20De%CC%81cembre%202025.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">lettre ouverte</a> à Jean-Luc Meunier, président et chef d’exploitation de GardaWorld, France-Isabelle Langlois, directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone dénonce les conditions de détention du centre, jugées comme « <em>cruel[les], inhumain[es] et dégradant[es] et, dans certains cas, une torture</em> ». Lorsque <em>Le Délit</em> a contacté Garda pour leur demander des précisions sur leur contrat avec Alligator Alcatraz, ils ont répondu que « <em>l’entreprise GardaWorld Sécurité ne fournit pas de services à Alligator Alcatraz</em> (tdlr)». Le porte-parole de Garda a ensuite suggéré que l’on contacte plutôt « <em>la division de gestion des urgences de la Floride</em> ».</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Plus récemment, GardaWorld Federal, une compagnie subsidiaire à Garda, a conclu une série de contrats avec l’ICE et l’État de la Floride pour gérer des centres de détention, dont celui d’Alligator Alcatraz »</p>
</blockquote>



<p>Si, dans le contexte politique actuel, la potentielle association de Garda avec Alligator Alcatraz projette la compagnie sous le feu des projecteurs, cela fait déjà plusieurs années qu’elle se spécialise dans la gestion de centres de surveillance de l’immigration, aux <a href="https://www.ktsm.com/news/county-approves-2-7-million-for-migrant-transportation/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">États-Unis</a> comme au <a href="https://jobs.garda.com/job/Oakville-CBSA-Tactical-Guard-Full-Time-Onta/1356355400/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Canada</a>. De plus, Garda s’est déjà trouvé au cœur d’affaires jugées légalement et éthiquement ambiguës. En 2012, <a href="https://www.nytimes.com/2012/01/06/world/asia/afghanistan-shuts-down-gardaworld-a-canadian-security-firm.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">deux employés de Garda</a> ont été arrêtés en Afghanistan après avoir été retrouvés avec 30 AK-47, des fusils d’assaut considérés illicites par les autorités. Cet incident n’est pas isolé : des cas similaires se sont également produits à Kaboul en <a href="https://www.cbc.ca/news/politics/daniel-m%C3%A9nard-ex-canadian-general-released-from-afghan-prison-1.2543215" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">2014</a>, et en <a href="https://libyaupdate.com/7-employees-of-canadian-security-firm-guarda-world-arrested-in-tripoli/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Libye</a> en 2023.</p>



<p><a href="https://www.canadiansecuritymag.com/gardaworld-announces-aegis-group-purchase-2906/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Aegis Group </a>(Aegis), subsidiaire de Garda, a aussi été accusé de <a href="https://www.nbcnews.com/news/world/private-contractors-are-accused-abusive-labor-practices-us-military-ba-rcna52110" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">trafic humain</a>. Lusambu Karim, employé par Aegis, <a href="https://ctip.defense.gov/Portals/12/Lusambu%20Karim%20Full%20Story_Final_1.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">raconte</a> dans un témoignage rapporté par le gouvernement étatsunien, les conditions de travail déplorables dans une base militaire en Afghanistan pour lui et ses collègues ougandais. Il explique qu’à l’échéance de leur premier contrat la compagnie a refusé de le renouveler; incapable de rentrer chez eux, ils se sont trouvés contraint de travailler sans contrat ni protection. Garda <a href="https://www.nbcnews.com/news/world/private-contractors-are-accused-abusive-labor-practices-us-military-ba-rcna52110" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a déclaré</a> que Karim avait mal compris son contrat et qu’il a pu ensuite démissionner de son poste.</p>



<p><strong>Un retour sur Garda à McGill </strong></p>



<p>Sur le campus de McGill, ce n’est pas la première fois que Garda fait parler. Le <a href="https://www.agsem.ca/news/statement-on-assault-of-agsem-member-on-dec-11-2024/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">11 décembre 2024</a>, environ quatre mois après le début du contrat de Garda avec l’Université, Asa Kohn, étudiante et membre de l’Association des étudiant.e.s diplomé.e.s employé.e.s de McGill, est impliquée dans une altercation avec un agent de Garda. Elle <a href="https://www.thetribune.ca/news/request-for-spvm-to-investigate-mcgill-securitys-alleged-assault-of-agsem-member-remains-ongoing-11032025/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">explique</a> en entrevue avec <em>The Tribune</em> que, dans le cadre de son travail pour l’AÉUM, elle avait pour charge de répertorier la présence accrue d’agents de sécurité sur le campus. Alors qu’elle prenait en photo un groupe d’agents, l’un d’entre eux l’aurait attrapée par le bras, plaquée contre une porte et empêchée de partir. Dans un <a href="https://www.youtube.com/watch?v=zvO79ZXmBLg" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">documentaire</a> réalisé par <a href="https://www.youtube.com/watch?v=zvO79ZXmBLg" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">The Rover</a>, des extraits vidéos montrent que l’agent en question arborait le badge de GardaWorld sur sa manche (15:44). On entend aussi une voix au téléphone : « Est-ce que quelqu’un peut venir au bâtiment 1–31, bureau du portier? Une étudiante filmait les Garda alors qu’ils remplissaient la machine bancaire. Garda l’a contre le mur » (17:22). Dans des courriels publiés par The Rover, l’Université McGill nie toute relation avec les individus impliqués dans l’incident, soutenant qu’il s’agit d’agents indépendants. Dans une entrevue avec <em>Le Délit</em>, Cecelia Callaghan, étudiante et activiste à McGill, partage ses interactions avec des agents de Garda. « <em>La plupart du temps, ils ne faisaient que m’attraper et me tirer de force hors de la ligne de piquetage </em>», raconte-t-elle, « <em>personnellement, je n’ai jamais été physiquement blessée </em>». Ce n’est pas le cas de tout le monde : l’une de ses amies aurait été amenée aux urgences après avoir été piétinée à la suite d’une altercation avec des gardes. « <em>Ce semestre d’automne, le comportement de Garda était nettement plus violent que l’année dernière </em>», estime Cecelia. Elle poursuit : « <em>Une autre de mes amies s’est retrouvée coincée dans une porte, et les gardes ont refusé de la rouvrir pour qu’elle puisse partir. Elle avait la jambe couverte d’hématomes.</em> »</p>



<p>En novembre 2025, de nombreux départements de l’Université ont déclaré la <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/11/26/nouvel-episode-de-greve-propalestinienne-a-mcgill/" data-wpel-link="internal">grève</a> en soutien à la Palestine. Cette période a été marquée par une présence accrue de gardes et de policiers sur le campus. Des vidéos publiées sur le compte Instagram <a href="https://www.instagram.com/shutitdownstrikes?utm_source=ig_web_button_share_sheet&amp;igsh=ZDNlZDc0MzIxNw==" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">@shutitdownstrikes</a> (dont <em>Le Délit</em> n’a pas pu confirmer l’authenticité) révèlent le comportement violent et agressif des gardes de sécurité, qui invectivent les manifestants et à les déplacent de force. Si, à première vue, on peut observer deux types d’uniformes parmi les agents de sécurité – Garda et BEST – ces compagnies ne sont pas distinctes. BEST est en effet une <a href="https://www.newswire.ca/fr/news-releases/gardaworld-annonce-que-l-ensemble-de-ses-services-de-securite-evenementielle-agiront-desormais-sous-une-seule-marque-unifiee-best-gestion-de-foules-899735919.html?utm_source=chatgpt.com" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">compagnie subsidiaire à Garda</a> spécialisée dans la gestion de foule.</p>



<p>D’après Cecelia, le comportement des agents de Garda est parfois problématique : « <em>On est juste des étudiants. Ce ne sont pas des policiers.</em> » Elle raconte : « <em>Il y a eu plusieurs instances où ils nous suivaient hors du campus, jusque dans Milton Park. C’était assez effrayant.</em> »</p>



<p><strong>Des influences extérieures </strong></p>



<p>Les comportements de Garda s’inscrivent dans le cadre de leur contrat avec l’administration McGill. Dans un courriel adressé au président de l’Université, <a href="https://www.mcgill.ca/president/about-president" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Deep Saini</a>, et à la vice-rectrice principale aux études, <a href="https://www.mcgill.ca/provost/who-we-are/meet-provost" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Angela Campbell</a>, la professeure de philosophie à McGill Marguerite Deslauriers s’enquiert sur les raisons qui ont mené les gardes de sécurité à interrompre son cours PHIL 242, le 19 novembre 2025. <em>Le Délit</em> a obtenu une copie du courriel qui avait été partagé avec les étudiants inscrits, dont le cours avait été perturbé. La professeure Deslauriers y explique sa décision de maintenir son cours malgré la grève. Elle précise avoir suivi les conseils de l’administration de McGill en invitant certains étudiants manifestants « <em>à faire part brièvement de leurs points de vue à la classe et permettre un moment de discussion avec les étudiants présents</em> ». D’après Deslauriers, qui cite des courriels de l’administration, les agents de sécurité étaient censés intervenir seulement si « <em>l’instructeur demandait de l’aide</em> ». McGill avait garanti que « <em>le rôle des agents n’est pas d’interrompre, mais plutôt d’aider à préserver la sécurité de tous les partis </em>». La professeure affirme ne pas avoir fait appel aux gardes ; ces derniers étaient déjà présents dans la salle de classe à son arrivée. Malgré les demandes de Deslauriers, les gardes ont « retiré de force les manifestants invités », citant des directives de l’administration et l’opinion de « <em>certains parents qui objectent que les cours de leurs enfants soient perturbés</em> ».</p>



<p><strong>Les arguments de l’Université </strong></p>



<p>McGill reste toutefois constante dans sa position en faveur de Garda. Une porte-parole de l’Université explique : « Afin d’assurer la sûreté et la sécurité d’environ 40 000 étudiants, 12 800 employés, 218 bâtiments, deux campus et de nombreux visiteurs, l’Université McGill s’appuie sur des employés internes et un fournisseur externe.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Un plébiscite organisé par l’AÉUM en avril 2025 révèle que la majorité du corps étudiant, près de 65 %, se sentait déjà mal à l’aise avec la présence accrue des agents de sécurité sur le campus»</p>
</blockquote>



<p>Les besoins de McGill en matière de sécurité varient selon les activités récurrentes et les événements spéciaux. » Ce sont les mêmes arguments qu’emploie <a href="https://www.mcgill.ca/vpadmin/fr/le-vice-recteur" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Fabrice Labeau</a>, vice-recteur de l’administration et des finances, dans une <a href="https://www.mcgill.ca/senate/files/senate/d24-81_question_and_response_regarding_continued_security_presence_on_campus.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">réponse</a> aux questions du Sénat de l’AÉUM. Labeau adresse l’augmentation du budget total alloué aux salaires et équipements de sécurité, qui était de 5 849 493, 27$ en 2019, et est maintenant de 8 006 605, 27$. De cette somme, moins de deux millions de dollars sont alloués au salaire des employés de McGill, le reste (environ six millions) est réservé aux fournisseurs externes dont fait partie Garda. Labeau explique : « <em>Comme c’était le cas durant la pandémie de COVID-19, la communauté mcgilloise est en ce moment en train de vivre des circonstances exceptionnelles qui nécessitent une sécurité accrue. </em>» Il cite aussi l’inflation comme un facteur déterminant de cette augmentation de budget.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Même si Garda n’est directement responsable des violations aux droits de la personne et au droit international perpétrées par l’ICE, elle en bénéficie probablement »</p>
</blockquote>



<p>constances exceptionnelles qui nécessitent une sécurité accrue. » Il cite aussi l’inflation comme un facteur déterminant de cette augmentation de budget. </p>



<p>Sur la question éthique, la porte-parole affirme que, « conformément à son Code de conduite des fournisseurs, McGill exige que tous ses fournisseurs respectent les droits de la personne ». Elle précise que l’Université se conforme aux principes énoncés dans les <a href="https://can01.safelinks.protection.outlook.com/?url=https%3A%2F%2Fwww.iso.org%2Ffiles%2Flive%2Fsites%2Fisoorg%2Ffiles%2Fstore%2Fen%2FISO%252020400_Sustainable_procur.pdf&amp;data=05%7C02%7Cheloise.durning%40mail.mcgill.ca%7Cca622ef78e894a500bb108de8063724c%7Ccd31967152e74a68afa9fcf8f89f09ea%7C0%7C0%7C639089361725479622%7CUnknown%7CTWFpbGZsb3d8eyJFbXB0eU1hcGkiOnRydWUsIlYiOiIwLjAuMDAwMCIsIlAiOiJXaW4zMiIsIkFOIjoiTWFpbCIsIldUIjoyfQ%3D%3D%7C0%7C%7C%7C&amp;sdata=1artSQw%2FAkOab72xvgBhJ74w1WzeBFejKZKKwWvO5rA%3D&amp;reserved=0" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">cadres de référence</a> <a href="https://can01.safelinks.protection.outlook.com/?url=https%3A%2F%2Fwww.ohchr.org%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Fdocuments%2Fpublications%2Fguidingprinciplesbusinesshr_en.pdf&amp;data=05%7C02%7Cheloise.durning%40mail.mcgill.ca%7Cca622ef78e894a500bb108de8063724c%7Ccd31967152e74a68afa9fcf8f89f09ea%7C0%7C0%7C639089361725521056%7CUnknown%7CTWFpbGZsb3d8eyJFbXB0eU1hcGkiOnRydWUsIlYiOiIwLjAuMDAwMCIsIlAiOiJXaW4zMiIsIkFOIjoiTWFpbCIsIldUIjoyfQ%3D%3D%7C0%7C%7C%7C&amp;sdata=ZMBRXfsd7YutQEFJPBUg9rQGsvEhDlMXLP5%2Bnr1oP3U%3D&amp;reserved=0" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">annexés</a> à la <a href="https://can01.safelinks.protection.outlook.com/?url=https%3A%2F%2Fwww.oecd.org%2Fcontent%2Fdam%2Foecd%2Fen%2Fpublications%2Freports%2F2018%2F02%2Foecd-due-diligence-guidance-for-responsible-business-conduct_c669bd57%2F15f5f4b3-en.pdf&amp;data=05%7C02%7Cheloise.durning%40mail.mcgill.ca%7Cca622ef78e894a500bb108de8063724c%7Ccd31967152e74a68afa9fcf8f89f09ea%7C0%7C0%7C639089361725545862%7CUnknown%7CTWFpbGZsb3d8eyJFbXB0eU1hcGkiOnRydWUsIlYiOiIwLjAuMDAwMCIsIlAiOiJXaW4zMiIsIkFOIjoiTWFpbCIsIldUIjoyfQ%3D%3D%7C0%7C%7C%7C&amp;sdata=T%2FLAnO2HynHgUYKEDzi62ntBoMHnAYhU0RxnybsfGg4%3D&amp;reserved=0" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">déclaration</a>. </p>



<p><a href="https://can01.safelinks.protection.outlook.com/?url=https%3A%2F%2Fwww.ohchr.org%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Fdocuments%2Fpublications%2Fguidingprinciplesbusinesshr_en.pdf&amp;data=05%7C02%7Cheloise.durning%40mail.mcgill.ca%7Cca622ef78e894a500bb108de8063724c%7Ccd31967152e74a68afa9fcf8f89f09ea%7C0%7C0%7C639089361725521056%7CUnknown%7CTWFpbGZsb3d8eyJFbXB0eU1hcGkiOnRydWUsIlYiOiIwLjAuMDAwMCIsIlAiOiJXaW4zMiIsIkFOIjoiTWFpbCIsIldUIjoyfQ%3D%3D%7C0%7C%7C%7C&amp;sdata=ZMBRXfsd7YutQEFJPBUg9rQGsvEhDlMXLP5%2Bnr1oP3U%3D&amp;reserved=0" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Le guide des Nations Unies</a>, l’un des documents servant de « cadre de référence » à l’Université McGill, indique qu’une entreprise est complice lorsqu’elle « contribue, ou paraît contribuer à des incidences négatives sur les droits de l’homme causées par des tiers » et si elle « bénéficie de l’atteinte [aux droits de la personne] commise ». Même si Garda n’est pas directement responsable des violations aux droits de la personne et au droit <a href="https://www.ohchr.org/en/press-releases/2026/01/usa-migrant-crackdown-un-human-rights-chief-decries-dehumanisation-harmful" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">international</a> perpétrées par l’ICE, elle en bénéficie probablement : avec des postes, des contrats, et des nouvelles opportunités. Comme l’affirme en 2012 <a href="https://www.theglobeandmail.com/globe-investor/garda-world-business-boosted-by-montreal-protests/article4209727/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Stéphan Crétier</a>, directeur général et fondateur de Garda : « Naturellement, les périodes de trouble sont […] très souvent bonnes pour les affaires. » </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="2000" height="1600" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/garda-2000x1600.jpeg" alt class="wp-image-60504" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/garda-2000x1600.jpeg 2000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/garda-650x520.jpeg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/garda-150x120.jpeg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/garda-768x614.jpeg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/garda-1536x1229.jpeg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/garda-2048x1639.jpeg 2048w" sizes="(max-width: 2000px) 100vw, 2000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/felixfournier/?media=1" data-wpel-link="internal">Félix Fournier</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p><strong>L’opinion des étudiants</strong> </p>



<p>Un <a href="https://www.mcgill.ca/senate/files/senate/d24-81_question_and_response_regarding_continued_security_presence_on_campus.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plébiscite</a> organisé par l’AÉUM en avril 2025 révèle que la majorité du corps étudiant, près de 65 %, se sentait déjà mal à l’aise avec la présence accrue des agents de sécurité sur le campus. Quand <em>Le Délit</em> a demandé à Cecelia si elle pensait que ce chiffre pourrait changer si un nouveau plébiscite était réalisé aujourd’hui, elle a acquiescé. « Cela dépend surtout de si les gens sont au courant de la polémique, » nuance-t-elle, « mais s’ils savaient, je pense que oui ». <em>Le Délit</em> a questionné plusieurs étudiants, et ce jugement semble se confirmer. Noor Alabed exprime d’abord sa surprise lorsqu’elle est mise au courant du lien présumé entre Garda et Alligator Alcatraz. Elle admet se sentir un peu mal à l’aise avec leur présence. </p>



<p>Pour Cecelia, une partie non négligeable de la communauté étudiante à McGill est impliquée, voire personnellement touchée : « Je discutais avec une amie latino-américaine l’autre jour. Certains membres de sa famille n’ont pas de papiers. Elle se sentait très mal à l’aise avec la présence de Garda sur le campus. » </p>



<p><a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/manifestation-anti-gardaworld/" data-wpel-link="internal">Le 13 février 2026</a>, un groupe d’étudiants mcgillois s’organise et crée son propre détachement pour se joindre à une manifestation anti-Garda à la Place Vertu. Hannah Marder-MacPherson, étudiante à McGill et manifestante, critique la complicité de Garda – et indirectement de McGill – au niveau des crimes commis par l’ICE. « <em>La même compagnie qui va commettre des violations des droits humains patrouille dans notre campus », déplore-t-elle. « Cela nous implique directement en tant qu’étudiants mcgillois : c’est bien possible que cesoit notre argent qui paie Garda-World, et donc, indirectement, qui aide l’ICE</em>. »</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Comme c’était le cas durant la pandémie de COVID-19, la<br>communauté mcgilloise est en ce moment en train de vivre des<br>circonstances exceptionnelles qui nécessitent une sécurité accrue »</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Fabrice Labeau</li>
</ul>
</blockquote>



<p>« <em>Ce ne sont pas les gardes individuels avec qui j’ai un problème, pas vraiment </em>», commente Cecelia lors de notre entrevue, « <em>ce sont juste des gens qui veulent un travail qui paie bien</em>. » Elle explique que c’est le système en lui-même qui lui pose souci, et les structures bureaucratiques qui dissimulent des crimes et empêchent toute véritable reddition de comptes. Le point presse de Garda affirme que l’entreprise «<em> respecte la capacité des individus à exprimer leurs opinions, mais refuse de commenter sur le sujet précis de ces opinions </em>». Il maintient : «<em>Notre priorité reste la sécurité de toutes les personnes et de tous les actifs sur les sites desservis par nos équipes. </em>» Quel futur pour Garda à McGill? Le rapport de d’ISO (organisation international de standardisation) sur l’approvisionnement responsable, l’un des documents procurés par la porte-parole de McGill, encadre les politiques d’acquisition de l’Université en y intégrant des régulations et recommandations éthiques. Le rapport explique que « ce qu’une organisation achète, à qui elle l’achète et la manière dont elle utilise les biens et services une fois acquis peuvent avoir une influence considérable […] sur sa réputation ». </p>



<p>Les <a href="https://can01.safelinks.protection.outlook.com/?url=https%3A%2F%2Fwww.ohchr.org%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Fdocuments%2Fpublications%2Fguidingprinciplesbusinesshr_en.pdf&amp;data=05%7C02%7Cheloise.durning%40mail.mcgill.ca%7Cca622ef78e894a500bb108de8063724c%7Ccd31967152e74a68afa9fcf8f89f09ea%7C0%7C0%7C639089361725521056%7CUnknown%7CTWFpbGZsb3d8eyJFbXB0eU1hcGkiOnRydWUsIlYiOiIwLjAuMDAwMCIsIlAiOiJXaW4zMiIsIkFOIjoiTWFpbCIsIldUIjoyfQ%3D%3D%7C0%7C%7C%7C&amp;sdata=ZMBRXfsd7YutQEFJPBUg9rQGsvEhDlMXLP5%2Bnr1oP3U%3D&amp;reserved=0" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">principes directeurs des Nations Unies</a> auxquels souscrit McGill proposent la « diligence raisonnable » comme méthode pour examiner efficacement les problématiques éthiques et les enjeux qui y sont continus. Le guide précise les degrés de responsabilité variable, soulignant qu’une entreprise directement impliquée n’a pas le même devoir qu’une organisation « impliquée seulement […] par une relation commerciale ». Dans un tel cas, il admet que la situation est plus compliquée et déclare que « <em>si l’entreprise a le pouvoir de prévenir ou d’atténuer l’incidence négative, elle doit l’exercer </em>». Si cela n’est pas possible, le guide est clair : « <em>Elle devrait envisager de mettre un terme à la relation.</em> » Questionnée quant au futur de Garda sur le campus, Cecelia s’esclaffe, un peu amèrement : «<em> Je ne pense pas que ce soit une demande déraisonnable de réduire les contrats avec GardaWorld, mais je sais que ce n’est pas très réaliste si l’on se fie au comportement passé de McGill.</em> »</p>



<p>La position de Noor Alabed est plus modérée. Elle explique que McGill aura toujours besoin de gardes, et se demande s’il est vraiment possible de garantir l’intégrité d’une compagnie fournissant de tels services : « <em>L’industrie de sécurité privée sera toujours un peu controversée</em>. »</p>



<p></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/qui-sont-les-agents-qui-patrouillent-notre-campus/" data-wpel-link="internal">Qui sont les agents qui patrouillent notre campus?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>McGill contre les syndicats</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/25/mcgill-contre-les-syndicats/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Union]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60314</guid>

					<description><![CDATA[<p>Plus d’un million de dollars auraient été déployés dans cette lutte antisyndicale.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/25/mcgill-contre-les-syndicats/" data-wpel-link="internal">McGill contre les syndicats</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Ce n’est qu’au sortir de la pandémie que la <a href="https://www.lapresse.ca/actualites/education/2022-11-08/universite-mcgill/un-premier-syndicat-de-professeurs-voit-le-jour.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">première union</a> syndicale de professeurs à McGill voit le jour : L’Association des professeurs de droit de McGill (AMPD). Formée en 2021, elle résulte de la mobilisation du corps professoral de droit. Parmi ses nombreux griefs figure le constat d’un modèle de gouvernance de plus en plus centralisé, qui prend peu, voire pas du tout, en compte les professeurs et employés dans son processus décisionnel. L’institution avait notamment stipulé, sans consultation, le retour à l’enseignement en présentiel à McGill lors du déconfinement. L’année de sa formation, l’union a déposé une demande d’accréditation au Tribunal administratif du travail, qu’elle a <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2108766/mcgill-suspension-greve-professeur-droit" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">obtenu </a>en 2022. </p>



<p><strong>Un processus de privatisation </strong></p>



<p>La syndicalisation des professeurs mcgillois est donc toute récente. Cette mobilisation tardive détonne face à la tradition de forte syndicalisation au sein des autres universités québécoises. Afin de bien comprendre les enjeux de syndicalisation à l’université, Le Délit a interrogé Barry Eidlin, professeur agrégé au Département de sociologie de l’Université McGill, et deuxième vice-président de l’Association mcgilloise des professeurs de la Faculté des arts (AMPFA). Ce dernier attribue cette récente union à une idée d’exception mcgilloise: « Au sein de la génération précédente, on s’accrochait à l’idée d’une gouvernance collégiale ou partagée, à l’idée que c’était des professeurs qui endossaient le rôle de doyen ou de chancelier », et ce, afin d’assurer le temps de quelques années la gestion de l’Université. «C’était comme une circulation », décrit-il. Une fois leur mandat terminé, les doyens ou chanceliers cédaient leur poste et « réintégraient le corps professoral », ce qui permettait de conserver l’essence d’une gouvernance collégiale. </p>



<p>Enfin, « historiquement, c’était le cas », affirme-t-il. Cette exception s’est progressivement érodée au cours des dernières décennies : « Ce qu’on a vu, c’est un processus de corporatisme. On a désormais une couche de gestionnaires qui ne sont plus vraiment des professeurs. Lorsque leur mandat est terminé, ils cherchent une position similaire dans d’autres universités, plutôt que de réintégrer le corps professoral dont ils étaient issus. » Eidlin s’appuie sur l’exemple du Dr. Deep Saini. Vice-chancelier de l’Université McGill depuis 2023, il occupait auparavant le poste de président de l’Université Dalhousie. « Les membres de l’exécutif se sont établis comme une couche séparée, composée de cadres et de la haute direction, et sont plutôt au service du gouverneur, et non plus des travailleurs et étudiants. » </p>



<p><strong>Des syndicats sous pression </strong></p>



<p>Ce corporatisme de McGill se traduit pour beaucoup par une lutte contre la syndicalisation. Même une fois leur accréditation obtenue en 2022, les membres de l’AMPD ont continué d’être entravés dans leur mobilisation, notamment parce que l’administration a longtemps <a href="https://therover.ca/mcgill-spent-over-1-million-fighting-unionization/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">contesté</a> l’existence de cette nouvelle entité. Déplorant un manque de bonne foi de la part de l’administration à la table des négociations, le syndicat a déclenché une <a href="https://www.caut.ca/fr/nouvelles/les-professeur-e-s-de-droit-de-mcgill-votent-en-faveur-dune-greve-illimitee/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">grève illimitée</a> en avril 2024. </p>



<p>Toujours en 2024, le Tribunal administratif du travail a <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2101507/tribunal-administratif-travail-tat-mcgill-professeurs-droit-greve" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sommé </a>McGill de cesser toute entrave à la syndicalisation de ses professeurs. Cette décision fait suite à deux courriels de l’administration envoyés aux professeurs de droit, et ce, à quelques jours de la grève. Dans ces courriels il était affirmé que le syndicat diffusait des informations factuellement incorrectes et omettait certains éléments. Le Tribunal a fait état d’une ingérence de la part de l’université, laquelle a tenté de miner la crédibilité de l’AMPD. </p>



<p>Jonathan Nehme, président de l’Association des employés de soutien de l’Université McGill (AMUSE), affirme que « <em>dans le cadre du petit rôle que nous jouons au sein du syndicat, McGill était réputée pour son hostilité, tant envers ceux qui tentaient de se syndiquer que ceux qui l’étaient déjà</em> (tdlr) ». Concernant les règlements des conflits syndicaux, McGill « <em>embauche pas mal de consultants externes qui font montre d’une attitude assez agressive</em> ». </p>



<p><strong>Des dépenses déraisonnables? </strong></p>



<p>Un article d’investigation publié par <em>The Rover </em>au début du mois de février révèle des <a href="https://therover.ca/mcgill-spent-over-1-million-fighting-unionization/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sommes vertigineuses</a> déboursées par l’administration, décidée à dresser des obstacles procéduraux face à ce processus de syndicalisation. </p>



<p>D’après des sources internes obtenues par le journal indépendant, McGill aurait dépensé au cours de ces cinq dernières années un peu plus d’un million de dollars en services juridiques extérieurs, bien qu’elle dispose a priori d’un service juridique interne. La somme avancée par <em>The Rover</em> n’est pas surprenante aux yeux de Jonathan Nehme : « <em>Ayant eu affaire à McGill et à ses avocats à maintes reprises, ça me semble logique qu’ils aient dépensé tant d’argent. Ils ne cessent de faire appel à des avocats, et de dresser des obstacles aux discussions. […] Cela s’inscrit aussi dans une logique de corporatisme de l’Université, qui est de moins en moins traitée comme un établissement d’enseignement public.</em> » </p>



<p>Le cabinet auquel McGill <a href="https://therover.ca/mcgill-spent-over-1-million-fighting-unionization/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">aurait eu recours </a>depuis cinq ans est celui de Borden Ladner Gervais, spécialisé en droit du travail et en négociations syndicales. Ses avocats sont notamment connus pour avoir représenté la multinationale américaine Walmart en 2005, menant au congédiement de 190 travailleurs après un vote favorable à la création d’un syndicat. Ces licenciements massifs ont été par la suite révoqués, ayant été jugés comme constituant une violation du Code du travail du Québec. </p>



<p><strong>Un écart qui se creuse entre gestionnaires et employés </strong></p>



<p>Cette somme d’un million de dollars <a href="https://therover.ca/mcgill-spent-over-1-million-fighting-unionization/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">aurait été puisée</a> à même les fonds publics de l’Université. Une dépense qui semble particulièrement incongrue, surtout dans un contexte de restrictions budgétaires accrues. </p>



<p>Accusant un déficit de <a href="https://www.lapresse.ca/actualites/education/2025-02-10/l-universite-mcgill-annonce-des-coupes-en-reponse-aux-nouvelles-politiques-du-quebec.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">15 millions de dollars</a> à l’année 2025, l’institution avait été contrainte d’opérer des compressions importantes au niveau du personnel, dont la dotation représentait <a href="https://www.lapresse.ca/actualites/education/2025-02-10/l-universite-mcgill-annonce-des-coupes-en-reponse-aux-nouvelles-politiques-du-quebec.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">80 %</a> des dépenses de McGill. Cette mesure incluait des licenciements et des gels d’embauche. Mais ces coûts que l’Université ne peut plus assumer sont redirigés vers le corps professoral, dont la charge de travail se voit particulièrement alourdie.</p>



<p> Dans ce même laps de temps, la classe gestionnaire a vu son salaire augmenter dramatiquement au cours de ces dix dernières années, creusant un écart de rémunération croissant entre l’exécutif et le reste des salariés. Alors que les fonds dédiés à la direction ont augmenté de <a href="https://therover.ca/mcgill-spent-over-1-million-fighting-unionization/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">118 %</a>, la paie du personnel académique n’a augmenté quant à elle que de <a href="https://therover.ca/mcgill-spent-over-1-million-fighting-unionization/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">6 %</a>. </p>



<p>Contactée au sujet de l’article de <em>The Rover</em>, une porte-parole de l’Université McGill a répondu au Délit : « Les frais juridiques engagés par McGill en matière de relations de travail concernent divers dossiers », sans apporter davantage de précisions. Elle ajoute que « McGill accueille favorablement les discussions avec l’ensemble de ses partenaires syndicaux et associatifs et apprécie le temps qu’ils consacrent aux négociations ».</p>
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		<title>L’anatomie d’une rupture sociale et urbaine</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/lanatomie-dune-rupture-sociale-et-urbaine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marius Grieb]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[little burgundy]]></category>
		<category><![CDATA[petite bourgogne]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60146</guid>

					<description><![CDATA[<p>La Petite-Bourgogne se guérit des séquelles du projet d'autoroute Ville-Marie.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">La Petite-Bourgogne est un quartier de l’arrondissement Sud-Ouest de la ville de Montréal. Ses fresques, ses plaques historiques et ses terrains de sports racontent l’histoire d’une communauté soudée et riche en culture. Pourtant, une consternation, héritée des années de marginalisation, persiste chez certains habitants. Même la voix feutrée du jazziste Oscar Peterson, qui résonne dans les institutions portant son nom, peine à couvrir le vacarme de l’autoroute Ville-Marie.</p>



<p>Mais ce ne sont pas seulement des nuisances sonores que se plaignent les habitants de la Petite-Bourgogne : ils déplorent surtout les nombreux effets néfastes de la construction de l’autoroute sur la cohésion communautaire et la vitalité économique du quartier.</p>



<p>Voyez, avant l’arrivée de l’autoroute, la Petite-Bourgogne a longtemps été l’épicentre du jazz, et un pilier de la culture noire au Canada. Pendant l’ère de la prohibition aux États-Unis, les musiciens de jazz et d’autres artistes en quête de reconnaissance y trouvent un refuge et un public. Des figures légendaires du jazz, telles que Louis Armstrong ou Ella Fitzgerald ont ainsi pu s’y épanouir sur une scène vibrante et accueillante, dans un contexte où, au sud de la frontière, la ségrégation raciale leur imposait de nombreuses contraintes. La communauté de la Petite-Bourgogne a ainsi pu offrir un souffle de magie musicale à la ville de Montréal.</p>



<p>À partir de la fin des années 1960, la ferveur qui avait gagné la communauté noire de Petite-Bourgogne semble s’être largement essoufflée. Au cœur de cette dissipation se cachent des réalités plus sombres : une désindustrialisation accélérée, un projet politique intransigeant et un racisme invisibilisant.</p>



<p><strong>Une communauté de prolétaires solidaires</strong></p>



<p>Une simple autoroute ne semblerait pas, à première vue, pouvoir provoquer un choc social et économique de telle ampleur. La division du travail, conséquence directe de la ségrégation raciale informelle, permet d’expliquer la relation entre ces deux phénomènes et leurs impacts destructeurs.</p>



<p>Victime d’une injustice structurelle et d’un mépris généralisé, la communauté noire de Montréal se trouvait historiquement concentrée dans les environs du quartier de la Petite-Bourgogne. C’est ainsi, en périphérie du centre-ville, que se sont développées des opportunités économiques et un fort sentiment de solidarité communautaire. À proximité des stations de trains de Bonaventure et Windsor, situées en plein cœur de la Petite-Bourgogne, de nombreux hommes noirs <a href="https://canada.constructconnect.com/dcn/news/projects/2024/02/prof-documents-1960s-evisceration-of-montreals-black-anglo-little-burgundy-enclave" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ont pu obtenir du travail</a> dans des compagnies ferroviaires, notamment comme porteurs et portiers. Dans un contexte où la discrimination restreignait fortement l’accès au marché du travail, ces postes représentaient une occasion exceptionnelle d’accéder à la mobilité sociale. Ainsi a émergé une nouvelle classe économique stable au sein de la communauté noire de la Petite-Bourgogne. Cela a permis un <a href="https://www.erudit.org/en/journals/uhr/2017-v46-n1-uhr04514/1059112ar/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ruissellement dans le reste du quartier</a> : services communautaires, investissement dans des commerces locaux et essor culturel.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Malgré la résilience des habitants du quartier de la Petite-Bourgogne, leur statut de minorité raciale les rend invisibles, pour ne pas dire sacrifiables »</p>
</blockquote>



<p>Au-delà de la valeur économique de ces emplois, l’allègement de la précarité et les bénéfices liés aux voyages à travers le continent ont permis une socialisation accrue. Un exemple emblématique des avantages de cette mobilité a été la mobilisation politique des Noirs au Canada. Notamment, l’établissement d’une branche du <em><a href="https://canada.constructconnect.com/dcn/news/projects/2024/02/prof-documents-1960s-evisceration-of-montreals-black-anglo-little-burgundy-enclave" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Universal Negro Improvement Association</a> </em>à Montréal a permis une popularité croissante du garveyisme. La mère de Malcolm X <a href="https://canada.constructconnect.com/dcn/news/projects/2024/02/prof-documents-1960s-evisceration-of-montreals-black-anglo-little-burgundy-enclave" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">était membre de l’organisation</a> durant son passage à la Petite-Bourgogne.</p>



<p>En outre, l’établissement de nombreux services sociaux, tels que le <em>Negro Community Centre </em>ou le <em>United Union Church</em>, ont été cruciaux pour le renforcement de la solidarité communautaire. Ces associations coopératives ont non seulement apporté un soutien matériel et éducatif, mais ont aussi servi de lieu de rencontre pour les membres de la communauté.</p>



<p><strong>Une injustice invisible</strong></p>



<p>Malgré la résilience des habitants du quartier de la Petite-Bourgogne, leur statut de minorité raciale les rend invisibles, pour ne pas dire sacrifiables, aux yeux des projets de modernisation portés par la municipalité.</p>



<p>C’est dans le contexte de la Révolution tranquille et de la transition vers l’automobile qu’un changement urbain ayant pour effet le bouleversement du tissu social et culturel de la communauté de la Petite-Bourgogne s’est produit. Rêvant d’une vision de ville moderne, où le transport des marchandises serait fluidifié par un réseau d’autoroutes extensif, le maire de Montréal, Jean Drapeau, donne son feu vert pour la démolition d’une partie de la Petite-Bourgogne et la construction de l’autoroute Ville-Marie.</p>



<p>À court terme, cette décision de politique urbaine a eu pour effet l’expropriation et la destruction de nombreuses maisons d’habitants noirs du quartier. Contraints à déménager, beaucoup d’entre eux quittent la Petite-Bourgogne pour s’installer dans d’autres régions de Montréal. Alors que la population noire du quartier représentait à un moment près de <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Little_Burgundy" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">90 %</a> de la population noire de Montréal, en 1996, près de trois décennies après l’achèvement du projet, ce taux était tombé à <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Little_Burgundy" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">2 %</a>.</p>



<p>En outre, le déclin de la compétitivité du système ferroviaire a entraîné une perte de revenus stables pour les employés des gares du quartier. À l’échelle collective, cette diminution des opportunités économiques a fragilisé les réseaux communautaires, provoquant à la fois un appauvrissement matériel et culturel.</p>



<p>Aujourd’hui, les effets de ce projet d’autoroute se font encore sentir. Comme l’explique Michael P. Farkas, président de l’association <em>Little Burgundy’s Youth in Motion</em>, ce projet « <em>a morcelé la communauté </em>(<em>tdlr</em>) » et contribué à l’aliénation économique du quartier. Malgré ces défis persistants, il demeure optimiste pour le futur et toujours prêt à promouvoir le progrès pour sa communauté : « Même les plus petits rêves, quand on les poursuit à plusieurs, peuvent déplacer des montagnes! Ce n’est pas de la magie, non, c’est simplement la beauté de l’unité et du consensus qui nous permettent d’avancer main dans la main vers un but commun ».</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/lanatomie-dune-rupture-sociale-et-urbaine/" data-wpel-link="internal">L’anatomie d’une rupture sociale et urbaine</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Arrondir son don : oui ou non?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/11/05/arrondir-son-don-oui-ou-non/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Stu Doré]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Nov 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[enfant]]></category>
		<category><![CDATA[enquête]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59194</guid>

					<description><![CDATA[<p>Comment la pauvreté affecte les enfants au Québec.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/11/05/arrondir-son-don-oui-ou-non/" data-wpel-link="internal">Arrondir son don : oui ou non?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Ces temps-ci, les magasins de seconde main sont extrêmement populaires chez les jeunes. Le <em>thrift store</em>, temple de la réutilisation et de la revente d’objets, semble en effet être un endroit de prédilection pour bien des gens. Leur but principal : aider les gens à faible revenu. Cependant, que ce soit celui qui ne peut s’acheter une canne de soupe ou celui qui possède la compagnie de ladite soupe, la friperie attire tout le monde et laisse toute honte de magasinage de matériel usagé à la porte. Il n’y a pourtant pas si longtemps de cela, l’idée de mettre le pied dans un tel endroit aurait fait « la honte à un chien ». La friperie était vue comme un établissement quasiment sous-humain ; personne n’osait s’y rendre par peur d’y croiser une connaissance.</p>



<p>C’est quelque chose que j’ai eu le <em>privilège </em>de vivre dans mon enfance : un air de mépris, des mots peu délicats dirigés vers ma mère et moi. Comme si cette simple action changeait notre valeur à leurs yeux. Le stigma, la rareté de ressources, l’angoisse constante des finances et de l’effritement du foyer : vivre la pauvreté dans l’enfance apporte bien des difficultés à celles et ceux qui la traversent à travers le pays.</p>



<p>Le changement d’avis concernant les friperies pourrait être lié à la diminution du taux de pauvreté au Canada et au Québec. En effet, selon <a href="https://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2021/as-sa/98-200-X/2021009/98-200-x2021009-fra.cfm" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Statistique Canada</a>, de 2015 à 2021, le taux de pauvreté canadien est passé de 14,5 % à 8,1 % alors que, selon <a href="https://statistique.quebec.ca/fr/produit/publication/indicateurs-progres-taux-pauvrete-selon-mesure-panier-consommation" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Statistique Québec</a>, celui de notre province a diminué de 13,5 % à 5,2 %. Pourtant, ce qui frappe le plus, c’est cette même statistique, chez les enfants, qui a diminué de plus de la moitié, et ne dépasse pas les 10 % dans toutes les tranches d’âges.</p>



<p>Malgré ces bonnes nouvelles, <em>Le Journal de Montréal </em>précise qu’au Québec, <a href="https://www.journaldemontreal.com/2025/04/30/pres-dun-menage-sur-cinq-vit-sous-le-seuil-du-revenu-viable" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">près d’un ménage sur cinq vivait sous le seuil du revenu viable</a>, soit un niveau situé entre 40 000 $ et 80 000 $ pour un foyer monoparental avec un enfant ou un foyer avec deux parents et deux enfants. En tout, cela représenterait 20 % des foyers ayant de la difficulté à finir l’année, tout en subvenant aux besoins de leur famille ; un portrait moins rose que celui présenté dans les données de 2021.</p>



<p>Selon <a href="https://childrenfirstcanada.org/fr/blog/child-poverty-the-facts-you-need-to-know/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Enfants d’abord Canada</a> et <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/751652/enfants-canada-pauvrete-rapport-campagne-2000-autochtones#:~:text=Prenez%20note%20que%20cet%20article,sans-abri%20est%20un%20enfant" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Radio-Canada</a>, environ 1,3 million d’enfants vivaient dans la pauvreté en 2021, contre 1,34 en 2015. Statistique Canada avance une explication possible à cette faible diminution de la pauvreté, en rappelant la création temporaire de prestations pendant la pandémie de COVID-19, ainsi que l’augmentation de l’allocation canadienne pour enfants, spécifiquement pour la période entre 2019 et 2021.</p>



<p>La pauvreté dans l’enfance englobe un large éventail de problèmes, notamment la négligence alimentaire, hygiénique et éducative, qui affectent profondément la croissance et le développement infantile. Cette négligence peut, dans certains cas, se métamorphoser en maltraitance physique et mentale. Le manque de stabilité dans le milieu familial peut ainsi entraîner non seulement des problèmes de santé et des difficultés financières, mais aussi une panoplie de problèmes mentaux qui, s’ils ne sont pas pris en charge, risquent de se prolonger à l’âge adulte.</p>



<p>Malgré tout, plusieurs organismes existent et viennent en aide aux familles dans le besoin, dont le <a href="https://carrefourfamilial.com/maison-de-la-famille-3/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Carrefour Familial Hochelaga</a>, <a href="https://www.centraide-mtl.org/vivre-en-situation-de-pauvrete/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Centraide du Grand-Montréal</a> et <a href="https://macommunaute.ca/bottin-des-organismes/avanttoutlesenfants/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">avant tout, les enfants – Montréal</a>. Si vous ou un proche avez besoin de soutien, ne craignez pas de prendre la main qui se tend vers vous ; tout le monde mérite une seconde chance.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/11/05/arrondir-son-don-oui-ou-non/" data-wpel-link="internal">Arrondir son don : oui ou non?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Grandir avec une identité plurielle</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/11/05/grandir-avec-une-identite-plurielle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marius Grieb]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Nov 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[enfant]]></category>
		<category><![CDATA[enquête]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevue]]></category>
		<category><![CDATA[identité]]></category>
		<category><![CDATA[immigrant]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59190</guid>

					<description><![CDATA[<p>Trois portraits d’étudiants issus de l’immigration.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Nouveau-né, à peine sorti de la maternité, on se retrouve face aux réalités d’un monde complexe et strictement ordonné. Sans préavis, on se voit attribuer prénom et nom de famille : les premiers marqueurs de notre identité. Inondé de sensations nouvelles et condamné à être un « enfant », on pleure, on crie, sans réussir à se libérer de notre prison à barreaux en bois. Heureusement, la voix angélique de notre mère est là pour nous bercer vers un sommeil profond. On ne le sait pas encore, mais cette douce chanson et ces paroles à syllabes rythmiques et codifiées nous imprègnent d’une marque communautaire et culturelle qui formera la base de notre <em>histoire </em>individuelle et servira de point de référence pour nous décrire au reste de la société.</p>



<p>L’enfance est une période complexe où l’on apprend à comprendre qui nous sommes et qui nous voulons devenir. Contraints à exister dans un système de règles qui nous précède, on lutte pour trouver notre propre agencement tout en cherchant à s’identifier de manière stable par rapport aux autres. Cette tension forge notre caractère, et – par procédé dialectique – influence ceux qui nous entourent.</p>



<p>Les milieux sociaux et culturels qu’on fréquente durant l’enfance ont un impact profond sur notre sens d’identité. Ils façonnent la manière dont on interprète le monde, la morale et les normes et participent à la construction de notre personnalité. Pour les enfants dont les parents sont immigrants, cette réalité est d’autant plus marquée, étant donné la pluralité des contextes culturels auxquels ils doivent s’intégrer.</p>



<p>Chercheur à McGill en matière d’éthique de l’enfance pour l’initiative intellectuelle collaborative <em>VOICE</em>, Ryan Kent, nous aide à comprendre les enjeux de cette tension identitaire : « <em>L’auto-determination des enfants est lié à la moralité. Ainsi, la manière dont les enfants issus de l’immigration naviguent à travers différents cadres normatifs, influencés par la culture, fait d’eux des agents normatifs à part entière. Ils le sont dans la façon dont ils interprètent les questions normatives en</em> <em>s’appuyant sur leurs propres références culturelles, et dans la manière dont ils réinterprètent la culture et la moralité, pouvant même contribuer à faire évoluer la culture selon cette dynamique </em>(<em>tdlr</em>). »</p>



<p>Dans un contexte aussi multiculturel que celui du Québec, ce mécanisme qui combine l’assimilation et l’agencement opère de façon à produire une identité québécoise nuancée, hybride et florissante. Cette semaine, <em>Le Délit </em>donne la parole à trois élèves dont la famille a immigré au Québec depuis divers pays dans l’optique de mieux comprendre comment cette identité plurielle se construit et se vit au quotidien.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center"><em>« La manière dont les enfants issus de l’immigration naviguent à travers différents cadres normatifs, influencés par la culture, fait d’eux des agents normatifs à part entière »</em></p>



<p class="has-text-align-center"><sup>Ryan Kent, chercheur à l’initiative <em>VOICE</em></sup></p>
</blockquote>



<p><strong>Yasmine, étudiante en droit</strong></p>



<p>Montréalaise et fille de parents algériens, Yasmine est fière de son héritage culturel et consciente des pressions conformistes qui pèsent sur elle et d’autres jeunes de la diaspora algérienne. Elle nous explique : « La [confusion identitaire, <em>ndlr</em>] est une conséquence à long terme du colonialisme [qui, par nécessité sociale et économique, produit un désir] de s’assimiler, qui se manifeste par un abandon de certains liens culturels, comme le fait d’arrêter de parler arabe à la maison. Moi, j’ai eu de la chance. Mes parents ont vécu cela dans leur famille à l’étranger et c’est devenu quelque chose qu’ils ont voulu éviter. J’ai grandi en allant chaque année en Algérie et en faisant des cours d’arabe. Pour mes parents ce n’était pas toujours économiquement viable, mais c’était un investissement dans ma culture. »</p>



<p>Parlant maintenant quatre langues, Yasmine est convaincue que cet investissement culturel en a valu la peine. D’un point de vue professionnel, elle reconnaît que grandir dans un milieu culturel distinct l’a « rendue plus sensible et plus empathique » face aux barrières légales auxquelles font face les personnes immigrées au Canada. D’autre part, au niveau social, entretenir un lien avec son héritage culturel lui a permis de maintenir une solidarité avec d’autres élèves maghrébins, qu’elle préserve à travers son rôle au sein de l’association des étudiants en droit nord-africains.</p>



<p><strong>Billy, étudiant en sciences humaines</strong></p>



<p>Même si Billy parle déjà anglais et français, il se trouve parfois frustré de ne pas encore maîtriser le créole haïtien. À l’aise avec son identité composée (haïtienne, américaine, québécoise), il reconnaît cependant que cette distance avec sa langue maternelle le mène parfois à se sentir exclu du cercle fermé des Haïtiens « de souche ».</p>



<p>Cela dit, Billy refuse de se laisser abattre par un côté de sa culture et affirme se sentir profondément ancré dans la culture haïtienne. Dans son constat, il confirme le rôle important que jouent les éléments culturels récurrents dans le maintien de ce lien identitaire. Par exemple, en ce qui concerne sa foi chrétienne baptiste, sa relation spirituelle avec le divin est aussi une manière d’entretenir son appartenance culturelle. Plus qu’un lieu de culte, l’Église baptiste lui offre un milieu convivial et communautaire qui lui permet d’entrer en contact avec d’autres membres de la diaspora et de célébrer ses traditions.</p>



<p>De même, Billy explique qu’il ressent un profond attachement à la nourriture haïtienne, car il a grandi en mangeant des plats traditionnels préparés par sa mère. Motivé par une envie de bien manger et de revivre de bon souvenir d’enfance, Billy espère apprendre à cuisiner lui-même certains plats emblématiques comme le Mayi Moulin : « C’est comme ma madeleine de Proust! »</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Chaque matin, je me réveille en disant wow… je suis tunisienne »</p>



<p class="has-text-align-center"><sup>Mayassa, étudiante à McGill</sup></p>
</blockquote>



<p><strong>Mayassa, étudiante en sciences politiques et en études du Moyen-Orient</strong></p>



<p>Fortement enracinée dans sa culture, Mayassa se dit « vraiment contente d’être tunisienne ». Blaguant à moitié, elle me confie que « chaque matin, [elle se] réveille en disant : “wow… je suis tunisienne!” » ; une fierté palpable qu’elle croit due au fait qu’elle a « grandi entourée d’une communauté vraiment diverse », lui permettant d’assumer pleinement son identité composée.</p>



<p>Cependant, malgré cette fierté, Mayassa reconnaît que certains préjugés sociaux perdurent. Les expériences qu’elle a vécues avec le racisme dans son enfance et son quotidien l’ont menée à voir d’un œil critique les politiques actuelles des gouvernements fédéral et provincial. De son point de vue, le racisme institutionnel est au centre du problème, ayant pour conséquence la marginalisation sociale des minorités raciales du Québec. S’appuyant sur des anecdotes datant de son primaire et de son secondaire, elle explique qu’elle a l’impression que « même une personne blanche qui ne vient pas du Canada a plus sa place ici qu’une personne canadienne issue de l’immigration ». Pour elle, ce phénomène discriminatoire n’est pas inné, mais est plutôt la conséquence d’une politique identitaire qui embrase les tensions sociales et mène à l’apparence d’un racisme diffus. « Je suis très consciente que, quand [les politiciens], comme Legault, parlent à la télé de Canadiens ou de Québécois, dans leur portrait idéal, je n’en fais pas partie », confie-t-elle.</p>



<p>Pourtant, Mayassa explique qu’elle se sent très proche de la culture montréalaise, qu’elle apprécie pour sa diversité et qu’elle considère comme un terrain d’échange où son identité multiple peut pleinement s’exprimer. En fin de compte, ce qui reste le plus difficile de son point de vue est de « devoir toujours justifier sa présence quelque part ; autant physique, que culturelle, que morale ».</p>



<p>Ces témoignages nous démontrent que, malgré les contrastes entre différentes cultures et identités, elles restent compatibles, reliées, et même parfois imbriquées. Maintenant, il nous reste à trouver une moralité commune fondée sur la tolérance et la réciprocité.</p>
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		<title>L’anthologie des affranchis</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/10/29/lanthologie-des-affranchis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Collectif indépendantiste de McGill]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Oct 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59092</guid>

					<description><![CDATA[<p>Un plongeon dans les archives souverainistes de McGill.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">T</p>



<p>rente ans se sont écoulés depuis le dernier référendum sur l’indépendance québécoise de 1995. Le rôle de l’Université McGill dans l’histoire référendaire est connu comme celui de la forteresse anglo-saxonne gardée de tous côtés par des porte-paroles aux élans pro-fédéralistes. Le sentiment canadien à McGill est si fort que <a href="https://www.reporter-archive.mcgill.ca/Rep/r2911/move.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">172 professeurs de l’Université quitteront le Québec à cause du climat politique dans les trois années qui suivront le référendum de 1995</a>. Mais, les mouvements sociaux souverainistes d’une telle ampleur au Québec ne pouvaient laisser intact ce bastion du « Non », fût-il retranché dans sa tour d’ivoire rougie et défendu par ses preux soldats. Qui ont été ces fantaisistes ayant porté à bout de bras la voix de l’appui au projet indépendantiste au sein des murs mcgillois? Comment leur discours a‑t-il évolué à travers les différents évènements politiques?&nbsp;</p>



<p>Les journaux étudiants semblent être un bassin parfait pour l’analyse des discours étudiants marginaux. Cette enquête tentera donc de parcourir les archives du <em>McGill Daily</em> au cœur même des pages du <em>Délit</em>.</p>



<p>Les balbutiements de la&nbsp; lutte pour l’indépendance québécoise à McGill étaient guidés par des anglophones inspirés par les mouvements de décolonisation des années 1960. Les premiers articles s’intéressant à l’unilinguisme francophone seront publiés à partir de 1968, sous la direction de Mark Starowicz. Son proche ami Stanley Grey, un anglophone chargé de cours de McGill et membre du comité éditorial du <em>McGill Daily</em>, écrira le 10 février 1969 un article intitulé « <a href="https://archive.org/details/McGillLibrary-mcgill-daily-v58-n069-february-10-1969-11529/page/n3/mode/2up" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">McGill and the rape of Quebec</a>» (McGill et le viol du Québec, <em>tdlr</em>) présentant des arguments supportant l’unilinguisme francophone et s’objectant des « <em>200 ans d’exploitation économique et d’oppression nationale</em> » du peuple québécois. Grey mènera aussi la manifestation « Opération McGill français » le 28 mars 1969, regroupant 6 000 à 15 000 personnes issues d’organisations nationalistes, socialistes et étudiantes. Ils réclamaient un « McGill aux Québécois » pour une institution qui ne comptait à l’époque que <a href="https://mnq.quebec/wp-content/uploads/2019/09/McGill_MNQ.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">7 % d’étudiants francophones</a>. Grey était aussi fondateur d’un groupe qu’il nomme les Students for a Democratic University (SDU). La SDU s’amourachait des scandales, interrompant les réunions du Sénat et de l’Assemblée du Conseil des gouverneurs de cris de <a href="https://www.erudit.org/fr/revues/bhp/2008-v16-n2-bhp04292/1056138ar/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">« Révolution », « Vive le Québec socialiste » et de « Vive le Québec libre »</a>. Mark Wilson écrira le 17 septembre 1969 dans les pages du <em>McGill Daily que </em>« <a href="https://archive.org/details/McGillLibrary-mcgill-daily-v59-n003-september-17-1969-11417" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>l’unilinguisme français dans les écoles est légitime, nécessaire et une demande urgente pour le mouvement de libération du Québec</em></a> ». Le 29 octobre, à la suite d’une visite de René Lévesque à McGill, un éditorial décrit que le politicien a « <a href="https://archive.org/details/McGillLibrary-mcgill-daily-v58-n021-october-29-1968-11378/page/n1/mode/2up" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"></a><a href="https://archive.org/details/McGillLibrary-mcgill-daily-v58-n021-october-29-1968-11378/page/n1/mode/2up" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>un certain charme chez les étudiants de McGill</em></a> ».</p>



<p>En 1970, les enlèvements du Front de la libération du Québec (FLQ) font couler de l’encre dans les pages du <em>McGill Daily</em>. Étonnamment, plusieurs articles dépeignent positivement le FLQ comme un groupe socialiste de gauche agissant contre les élites, qu’elles soient francophones ou anglophones. Ce qui rallie plusieurs anglophones derrière la mission FLQ, c’est justement ce combat socialiste d’extrême gauche : « <a href="https://revuehis.uqam.ca/no-1-varia/le-neonationalisme-sous-la-loupe-du-mcgill-daily/#_ftn63" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Pour apporter le contrôle local à la population</em> </a>», écrit Charles Griffin le 13 octobre.&nbsp;</p>



<p>Entre 1970 et 1980, plusieurs articles font l’objet de différents enjeux politiques entourant l’indépendance, mais on attendra le 2 avril 1980 pour y voir une réelle mobilisation des membres de la communauté étudiante. Entre les publicités du <em>McGill No Vote Committee</em> de cette édition du <em>McGill Daily</em>, on y trouve une page d’une <a href="https://archive.org/details/McGillLibrary-mcgill-daily-v69-n094-april-02-1980-14603/page/n47/mode/2up" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">centaine de signataires</a>, déclarant publiquement leur appui envers le projet référendaire d’une souveraineté-association pour l’État québécois. Ce groupe compose le <em>McGill Referendum Committee</em>, qui agit en organisant des débats sur le campus en invitant des personnages politiques en vogue tels que Pierre-Marc Johnson. Le <em>McGill Daily </em>devient alors à la fois un outil de promotion d’idées et une plateforme de débat écrit, témoignant d’une résistance pro-indépendantiste bien vivante face aux pressions pro-fédéralistes.</p>



<p>L’année 1995, année du deuxième référendum québécois, est marquée dans le journal étudiant par l’apparition d’une nouvelle section éditoriale titrée « La tribune référendaire ». Dans cette section, nombreux furent ceux qui laissèrent leur ferveur souverainiste s’étendre sur les pages.</p>



<p>Inspirés par cet héritage indépendantiste mcgillois, certains étudiants se sont réunis à l’automne 2025 pour créer le Collectif Indépendantiste de McGill. Les sondages scandant la possibilité d’un troisième référendum, ils se donnent pour mission d’offrir un espace de dialogue inclusif et rassembleur à la communauté étudiante pour discuter des enjeux concernant l’indépendance québécoise. Que l’on soit en accord ou en désaccord avec le projet indépendantiste, il est évident que les étudiants sont encore intéressés par cette initiative aux répercussions potentiellement transcendantales.</p>



<p class="has-drop-cap"><span id="docs-internal-guid-a415459a-7fff-80d7-2401-54e0d3157d10" style="white-space: normal; caret-color: rgb(0, 0, 0); color: rgb(0, 0, 0);"></span></p>



<p class="has-drop-cap"><span id="docs-internal-guid-a415459a-7fff-80d7-2401-54e0d3157d10" style="white-space: normal; caret-color: rgb(0, 0, 0); color: rgb(0, 0, 0);"></span></p>



<p></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/10/29/lanthologie-des-affranchis/" data-wpel-link="internal">L’anthologie des affranchis</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Midnight Kitchen placé sous tutelle par l’AÉUM</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/10/08/midnight-kitchen-place-sous-tutelle-par-laeum/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marius Grieb]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Oct 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[AÉUM]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[Midnight Kitchen]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=58951</guid>

					<description><![CDATA[<p>« Nous refusons de devenir une cuisine dépolitisée, vide de sens et vide de cœur ».</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/10/08/midnight-kitchen-place-sous-tutelle-par-laeum/" data-wpel-link="internal">Midnight Kitchen placé sous tutelle par l’AÉUM</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Comme un pansement qu’on arrache en grinçant des dents, l’après-midi du 1<em>er </em>octobre, l’Association des étudiants de l’Université McGill (AÉUM) annonce la cessation temporaire des activités de Midnight Kitchen (MK) et le licenciement de ses employés. Ce collectif, qui distribue de la nourriture gratuite aux étudiants de McGill depuis 2002, sera désormais suspendu et réorganisé sous la direction de l’AÉUM.</p>



<p>Loin d’être une décision populaire, ce choix aura pourtant été présenté aux étudiants dans une rhétorique populiste. Dans le communiqué, envoyé le lendemain de l’assemblée générale de l’AÉUM, on explique que cette décision aurait été prise à la suite d’un « examen important des opérations et des finances du service au cours des dernières années » (<em>sic</em>).</p>



<p>S’appuyant donc sur une justification financière, et partant du principe que l’équipe de Midnight Kitchen n’aurait pas alloué les fonds du projet efficacement, l’AÉUM affirme agir dans l’intérêt des étudiants.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« De son point de vue, le chiffre de 7,41 % du budget dépensé sur la nourriture est représentatif de l’efficacité de MK et non de son dysfonctionnement »</p>
</blockquote>



<p>Pourtant, moins de 24 heures après cette décision, un tintamarre de casseroles – et de <em>tupperwares </em>vides – se fait entendre à travers le campus. Le collectif <em>SaveMKCoalition </em>et plusieurs étudiants bénéficiant du service gratuit offert par MK ont manifesté pendant près de deux heures devant les locaux de l’AÉUM, qui abritent la cuisine du club. Ils réclamaient l’annulation de la décision prise par l’AÉUM.</p>



<p>Comment expliquer la disparité visible entre la prétendue popularité du choix de l’AÉUM et la colère palpable de ce mouvement contestataire? Et, en outre, quelles seront les réelles conséquences de ce jugement sommaire pour l’avenir de MK, la satiété des étudiants qui en dépendent, et la légitimité de l’AÉUM auprès des étudiants?</p>



<p><strong>Budget : interprétations contradictoires</strong></p>



<p>Dans son communiqué destiné aux étudiants de McGill, l’AÉUM explique que, sur un budget annuel de 351 360 $, MK n’aurait consacré que 7,41 % de ses dépenses pour l’année 2024–2025 à l’achat de nourriture. De leur point de vue, ce pourcentage est insuffisant et « affecte évidemment la qualité du service offert à la communauté étudiante ». Dans un esprit de « transparence », l’AÉUM offre une copie des dépenses budgétaires de la collectivité en pièce jointe du courriel, nous permettant de constater que 190 000 $ du budget annuel seraient dédiés aux salaires des employés de MK.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Ces limites physiques, imposées par l’AÉUM elle-même, ne sont pas prises en compte par cette réforme et ne seront donc pas résolues par une intervention externe »</p>
</blockquote>



<p>Pour certains étudiants avec qui j’ai pu discuter, ces chiffres suffisent pour les convaincre d’un complot au sein de MK, une interprétation que l’AÉUM ne propose pas explicitement dans son communiqué, mais qui reste plausible en vue de l’ambiguïté de l’explication. En revanche, pour d’autres – comme les panneaux des manifestants en témoignent – ces chiffres auraient été présentés sans contexte et de façon malhonnête.</p>



<p>Orion, une nouvelle recrue de MK, licenciée avant même que l’AÉUM signe son contrat, raconte une tout autre histoire. Un bol vide dans les mains, elle dissèque le budget de MK avec passion et précision. De son point de vue, le chiffre de 7,41 % du budget dépensé sur la nourriture est représentatif de l’efficacité de MK et non de son dysfonctionnement. Elle m’explique fièrement que MK s’appuie sur son réseau communautaire pour récolter des dons alimentaires, lui permettant de consacrer son budget à la rémunération de ses employés et aux coûts de transport. Quant à l’importance de la masse salariale dans le budget, elle répond sans hésiter : « <em>On est payés 18,16 $ l’heure! C’est 2 $ de plus que le salaire minimum légal! Notre travail doit être compensé correctement, on ne travaille pas gratuitement. </em>(<em>tdlr</em>) »</p>



<p>En vue de la soudaineté de cette décision et des conséquences dramatiques pour les salariés de MK et les étudiants qui en dépendent, il est important de considérer la proposition de réforme que l’AÉUM met en avant afin de mieux comprendre les enjeux de ce débat.</p>



<p><strong>Promesses irréalistes?</strong></p>



<p>Le licenciement des cinq salariés de MK a été accompagné par l’annonce de la création d’un nouveau poste de « Gestionnaire des services de nourriture et d’hospitalité » pour remplacer la direction non hiérarchique du comité sortant. L’identité de cet employé permanent n’est pas encore connue, mais il sera directement choisi par l’AÉUM. Le contraste entre l’ancien fonctionnement démocratique et la nouvelle initiative « centralisée » est perçu et présenté très différemment par les deux camps.</p>



<p>Alors que l’AÉUM promet que le nouvel employé sera à la fois « chef culinaire » et « gestionnaire de cuisine », permettant donc l’optimisation de MK et l’approvisionnement de repas cinq fois par semaine, les opposants à ce projet s’indignent.</p>



<p>Au cours de notre discussion, régulièrement interrompue par la symphonie des casseroles et des cris, Orion m’explique clairement sa frustration. De son point de vue, cette réforme illustre la dichotomie entre l’impersonnalité bureaucratique de l’AÉUM et la convivialité traditionnelle de MK. Démentant le projet de restructuration dans sa totalité, elle m’explique que MK était limité à un ou deux services par semaine, non à cause de contraintes budgétaires, mais en raison de l’espace dont ils disposent en cuisine. Ces limites physiques, imposées par l’AÉUM elle-même, ne sont pas prises en compte par cette réforme et ne seront donc pas résolues par une intervention externe – un fait que, selon elle, l’AÉUM ne peut pas comprendre, étant donné que ses membres ne se seraient jamais rendus à la cuisine de MK pour le constater.</p>



<p>En dépit des promesses faites par l’AÉUM d’une ère d’efficacité nouvelle, certaines questions essentielles au sujet de la réforme restent en suspens. La plus importante concerne le temps : combien de temps faudra-t-il pour que les étudiants en précarité accèdent au service dont ils dépendent, et dont ils ont bénéficié pendant si longtemps? De plus, pourquoi choisir cette période de mi-saison pour mettre en œuvre une réforme imprévue et qui implique la suspension totale de MK, alors qu’elle aurait pu être effectuée durant l’été?</p>



<p><strong>MK : un combat politique?</strong></p>



<p>MK, célèbre pour sa structure non hiérarchisée, ses prises de position et sa « radicalité », risque d’être vidée de son « esprit », selon Orion et un autre manifestant membre d’un syndicat étudiant. Résolument anti-globalistes, anti-capitalistes et pro-palestiniens, ces deux manifestants spéculent que la décision soudaine de l’AÉUM menant au départ forcé de la direction de MK est motivée par un intérêt politique. Selon leurs analyses, il est crédible de situer cette décision dans une tendance d’austérité morale et économique, visant à faire taire les voix dissidentes et à promouvoir la centralisation de l’autorité décisionnelle dans la main de la gouvernance de l’AÉUM.</p>



<p>Peu importe ses causes et sa trajectoire, les conséquences tangibles de cette décision restent les mêmes : les <em>tupperwares </em>sont vides, les étudiants ont faim, et l’AÉUM doit maintenant survivre à une crise de <br>confiance. Cette réforme se révélera-t-elle le début d’une nouvelle ère d’efficacité pour MK, ou tout simplement un projet raté mettant en péril non seulement la survie de MK, mais aussi la confiance des étudiants envers l’association censée les représenter?</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/10/08/midnight-kitchen-place-sous-tutelle-par-laeum/" data-wpel-link="internal">Midnight Kitchen placé sous tutelle par l’AÉUM</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>« Le processus administratif ne fait que nous mettre des bâtons dans les roues »</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/10/08/le-processus-administratif-ne-fait-que-nous-mettre-des-batons-dans-les-roues/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Proulx]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Oct 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[administration]]></category>
		<category><![CDATA[AÉUM]]></category>
		<category><![CDATA[bureaucratie]]></category>
		<category><![CDATA[délais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quand l’impotence bureaucratique de l’AÉUM paralyse les comités étudiants.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/10/08/le-processus-administratif-ne-fait-que-nous-mettre-des-batons-dans-les-roues/" data-wpel-link="internal">« Le processus administratif ne fait que nous mettre des bâtons dans les roues »</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Peu nombreux sont ceux qui comprennent les ramifications administratives complexes de l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM). Formée d’une multitude d’assemblées démocratiques, de comités et de sous-comités, elle assure une <a href="https://ssmu.ca/wp-content/uploads/2024/12/SSMU-October-2024-Revised-Operating-Budget-Public-Report.pdf?x74610" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">gouvernance de quelque</a> trois millions de dollars sur une base annuelle. Outre une simple gestion des frais qu’elle perçoit de la population étudiante, elle coordonne bien des aspects de la vie mcgilloise, notamment en ce qui a trait à la formation de comités étudiants. Mais force est d’admettre que l’AÉUM est fragile, et que la lourdeur (perçue et réelle) de ses processus administratifs complique la tâche aux universitaires entreprenants en quête de reconnaissance officielle pour leurs comités. </p>



<p>Cette fragilité ne tient pas de l’opinion, mais bien du fait. En effet, de nombreux scandales et conflits internes ont récemment entaché la réputation de l’AÉUM, qui a même vu son accord avec McGill être <a href="https://www.mcgill.ca/studentlifeandlearning/article/termination-ssmu-mcgill-memorandum-agreement" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">interrompu l’été dernier</a>. Les démissions subséquentes de certains des membres de son exécutif ont mis à l’arrêt forcé bon nombre de ses opérations, si bien que <em>Le Délit</em> a reçu la demande formelle, de la part de certains étudiants, d’enquêter sur les irrégularités criantes des procédures de reconnaissance d’un comité étudiant. </p>



<p>Il est question, dans les récriminations du corps étudiant, d’un temps d’attente pour une reconnaissance (même temporaire) s’étirant sur plusieurs années – attente jugée prohibitive à la pérennisation d’initiatives étudiantes. On déplore aussi des bris de communications, un manque de continuité des procédures et l’absence d’une personne-ressource stable pour assurer le suivi des dossiers actifs. </p>



<p>Pour mettre toutes ces critiques au clair, <em>Le Délit</em> s’est entretenu avec Hamza Abu Alkhair, vice-président des comités et services aux étudiants de l’AÉUM. </p>



<p><strong>Enjeux institutionnels systémiques </strong></p>



<p>Depuis les nouveaux bureaux luxueux et modernes de l’AÉUM au 3501 rue Peel, M. Abu Alkhair se lance dans une explication des attentes de son organisation envers tous les aspirants-fondateurs. Pour créer un comité étudiant, il faut « <em>amender une constitution, créer un budget temporaire, une prévision des activités qui seront organisées, recueillir des appuis</em> (<em>tdlr</em>) » et remplir le formulaire prévu à cet effet sur le site de l’AÉUM. Le processus, en apparence simple, est cependant complexifié par ce que M. Abu Alkhair appelle « <em>un dédoublement fréquent des missions des aspirants-comités</em> » – qui se produit lorsque les étudiants souhaitent obtenir une approbation pour un club qui existe déjà ou qui ressemble fortement au leur.</p>



<p>Le blâme revient-il donc plutôt aux étudiants, qui n’effectuent pas de vérifications préalables? Dans les faits, pas vraiment. </p>



<p>La liste des comités existants fournie par l’AÉUM par le biais de son site Internet n’est pas à jour, et ce « <em>depuis plusieurs années</em> ». Pire, « <em>plusieurs des comités qui y figurent n’existent même plus</em> », me confie M. Abu Alkhair. Ce retard dans la mise à jour des données s’explique selon lui par le fait que « <em>le processus de mise à jour prend du temps </em>[…]<em> il faut créer une nouvelle page pour chaque comité, et nous en avons 200 à 300 au total </em>». Mais au moins, «<em> les données internes sont à jour</em> », me dit-il, d’un ton se voulant rassurant. La réalité l’est cependant beaucoup moins. Avant même que leur candidature ne soit consultée par l’appareil bureaucratique de l’AÉUM, les aspirants-fondateurs se butent à une base de données incomplète et désuète, ankylosant des démarches déjà compliquées.</p>



<p>Une fois la candidature complétée, cette dernière est évaluée par le <em>Clubs Committee</em> – une instance «<em> sans laquelle les comités ne pourraient être approuvés</em> », poursuit M. Abu Alkhair. Ce sous-comité, composé d’une variété de représentants de l’AÉUM et de la population étudiante, tient deux rencontres par mois. Il prend en charge l’évaluation, la révision et la coordination des différentes candidatures, et émet « <em>ses recommandations au Conseil législatif, qui autorise par la suite la création des comité</em>s ». M. Abu Alkhair m’assure que « <em>la décision est basée sur une grille de critères objectifs, et tout comité qui se conforme aux règles de l’AÉUM et qui est suffisamment novateur devrait éventuellement être approuvé</em> ». En somme, personne ne peut voir sa requête être strictement refusée, mais l’aspirant-comité peut être enjoint à « <em>modifier sa mission ou adapter les documents fournis</em> » par des membres du sous-comité du Conseil législatif. </p>



<p>Il est aussi pertinent de se questionner sur le volume des demandes qui peut être traité par le sous-comité, qui détient le monopole décisionnel initial en ce qui a trait à la fondation d’un comité. Lorsque questionné sur le nombre de candidatures actuellement en attente d’une décision, M. Abu Alkhair estime que « <em>50 à 60</em> » comités patientent toujours, sans pour autant savoir si leur dossier est recevable. Il se donne comme objectif d’avoir révisé toutes ces candidatures avant la fin de la session d’automne, une tâche qui semble herculéenne étant donné les maigres résultats du sous-comité au cours des dernières années. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Lorsque interrogé sur le nombre de nouvelles demandes faites chaque année, M. Abu Alkhair réplique simplement : “Bomboclaat, mon vieux, je n’en ai aucune idée” »</p>
</blockquote>



<p>Ce régime d’évaluation décevant est expliqué par « <em>la démission de membres de l’exécutif et une certaine instabilité institutionnelle</em> » – problèmes récents endémiques à l’AÉUM, répétés maintes fois au cours de notre échange. M. Abu Alkhair déplore des mois et des sessions entières sans capitaine à la barre du navire, dont la conséquence directe est ce retard qui cause la grogne populaire. </p>



<p>Admettons cependant que le sous-comité se mette à tourner à plein régime pour le reste de la session, tenant environ cinq à six rencontres d’une heure chacune. Ce seraient donc 10 candidatures par rencontre, à raison de six minutes par dossier, qui devraient être évaluées pour maintenir le rythme escompté. Même M. Abu Alkhair concède que « <em>la révision de 10 dossiers par rencontre est irréaliste </em>». Elle est aussi très précipitée, compte tenu des efforts des étudiants dans la préparation de documents constitutifs complexes et dans la collecte d’appuis de leurs pairs.</p>



<p>Un simple calcul nous montre que, malgré le bon vouloir du vice-président des comités et services aux étudiants, ses objectifs sont impossibles à réaliser. Surtout si l’on ajoute aux 60 candidatures en attente les dépôts assez nombreux qui s’ajoutent continuellement. Lorsque interrogé sur le nombre de nouvelles demandes faites chaque année, M. Abu Alkhair réplique simplement : «<em> Bomboclaat, mon vieux, je n’en ai aucune idée. </em>»</p>



<p>Cette réponse parsème notre entretien : il est évident que de nombreuses incertitudes planent quant à l’avenir nébuleux des aspirants-comités. Mais le cauchemar administratif ne s’arrête pas là. L’approbation d’un comité se fait en deux étapes : en premier lieu, un statut temporaire, et ensuite, l’obtention d’un statut permanent, si certaines conditions sont respectées. La patience inébranlable exigée durant l’attente d’obtention du statut (temporaire ou permanent) a tout de même ses avantages : « <em>Tarifs de réservation réduits, adresse courriel et site Internet fournis, accès au fonds des clubs de l’AÉUM (statut permanent seulement)… </em>» Comme quoi le jeu en vaut peut-être la chandelle. Ce dédoublement est cependant particulièrement frustrant pour certains gestionnaires de comité, qui se voient obligés de «<em> tout renvoyer pour mettre à jour leurs listes de membres</em> » – les délais d’approbation s’étant étirés au-delà de la graduation de certains signataires. </p>



<p>Si les retards et les délais ne résultent certainement pas d’une quelconque malice de la part de l’AÉUM, n’en demeure pas moins qu’elle est coupable d’une indéniable incompétence, sinon d’une négligence, à l’égard de ses étudiants. Pour vous prouver les méfaits réels d’une telle déresponsabilisation, <em>Le Délit</em> s’est également entretenu avec deux organisations qui peinent à obtenir le statut tant désiré de comité de l’AÉUM. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1200" height="901" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/10/P1160052-1200x901.jpeg" alt class="wp-image-58975" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/10/P1160052-1200x901.jpeg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/10/P1160052-650x488.jpeg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/10/P1160052-150x113.jpeg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/10/P1160052-768x577.jpeg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/10/P1160052-1536x1153.jpeg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/10/P1160052-2048x1538.jpeg 2048w" sizes="(max-width: 1200px) 100vw, 1200px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/toscaneralaimongo/?media=1" data-wpel-link="internal">Toscane Ralaimongo</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p><strong>La grogne populaire des étudiants </strong></p>



<p>La frustration a atteint son paroxysme pour David Luzzatto et Héloïse Puit, respectivement président et vice-présidente aux affaires internes de l’Association des étudiants français de McGill (AÉFM). Près de trois ans maintenant que ce comité attend de recevoir son statut permanent de l’AÉUM. Idem pour Maxime Rouhan, membre fondateur de McGill Eloquence, qui n’a toujours pas réussi à obtenir un statut temporaire après deux ans d’efforts continus! </p>



<p>Si l’attitude adoptée par M. Abu Alkhair pour traiter de la situation borde sur la nonchalance, le ton est beaucoup plus critique chez les étudiants. Pour David, le travail de l’AÉUM est tout simplement inacceptable : « Le suivi n’est pas assuré par l’AÉUM, et tout ce processus administratif ne fait que nous mettre des bâtons dans les roues. » Réapparue après la pandémie, l’AÉFM peine depuis à faire de quelconques progrès au-delà de l’obtention d’un frêle statut temporaire. Les procédures de l’AÉUM sont si bancales, surtout à la suite des « nombreux scandales et suspensions de services », que le comité s’est fait octroyer une « prolongation de son statut temporaire bien au-delà des limites prévues par le règlement ». Une énième preuve du caractère dysfonctionnel du processus d’approbation, selon David. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Alors que, plus que jamais, les étudiants sont victimes d’une précarité financière étouffante, voilà que l’indolence de l’AÉUM en rajoute : par son inaction, elle force les étudiants à débourser eux-mêmes les frais de leurs passions »</p>
</blockquote>



<p>« Les avantages d’être un comité de l’AÉUM? Outre ne pas payer 20 dollars d’inscription pour <em>Activities Night</em>, je ne saurais en donner », me rétorque David, moqueur, alors que je lui demande pourquoi quiconque voudrait souffrir au travers des tergiversations de l’AÉUM. Maxime, lui, a une réponse sidérante : en attendant l’obtention d’un statut temporaire, McGill Eloquence défraie elle-même absolument tous les coûts relatifs à son fonctionnement. Le comité paie le prix fort : 300 $, selon Maxime, pour effectuer des réservations de locaux, si bien qu’il est forcé d’utiliser quelques stratégies créatives. </p>



<p>« Parfois, j’attends la fin des cours et je m’infiltre dans un local, en espérant que personne ne l’aura déjà réservé », me dit-il, dépité de devoir recourir à cette solution plutôt que d’effectuer une simple réservation comme tout autre comité accrédité. Difficile selon lui de pérenniser les activités si les membres actuels savent d’emblée qu’ils devront financer eux-mêmes les opérations du comité : « Nous n’avons pas accès à un compte en banque, et chacun doit contribuer de sa poche. » </p>



<p>Alors que, plus que jamais, les étudiants sont victimes d’une précarité financière étouffante, voilà que l’indolence de l’AÉUM en rajoute : par son inaction, elle force les étudiants à débourser eux-mêmes les frais de leurs passions. Cette réalité va complètement à l’encontre de sa mission et des objectifs de son existence. Comme le rappelle M. Abu Alkhair, « l<em>’AÉUM dispose d’un important </em>Club Fund<em>, destiné aux comités pleinement accrédités</em> » : mais à quoi sert-il, si autant d’embûches se dressent devant ceux qui veulent enrichir la vie étudiante? </p>



<p>L’enjeu n’est pas uniquement monétaire. David a l’impression d’être ignoré par les responsables du destin de l’AÉFM, et il prend les grands moyens pour qu’on lui rende des comptes. « Si le <em>club coordinator</em> ne me répond pas, je passe au <em>VP</em> comités, puis au président de l’AÉUM lui-même! » me dit-il. Il arrive fréquemment à Héloïse « d’attendre plusieurs semaines pour obtenir une réponse », ce qui est jugé « terrible » par David. Et pour cause : les membres de l’exécutif sont sommés d’être au service de la population étudiante, et perçoivent pour ce faire un salaire de près de 40 000 $ par année. Leur silence est le symptôme d’un « manque de responsabilisation, d’une absence de comptes rendus » – il est clair que les aspirants-fondateurs pensent que l’AÉUM peut en faire plus. Qu’elle doit en faire plus. Surtout lorsque l’on apprend que sa <a href="https://ssmu.ca/wp-content/uploads/2023/11/SSMU-Operating-Budget-2023-2024-Presentation-2023-05-11-1.pdf?x74610" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">masse salariale a triplé</a> depuis 2017–18, passant d’1 M$ à 3,1 M$ lors de l’exercice financier de 2024. Les salaires versés aux membres de l’exécutif connaissent eux aussi une croissance systématique, basée sur des indices de performance. L’AÉUM semble disposer de davantage de ressources et de main-d’œuvre, mais, dans les faits, elle stagne. Elle place supposément la création de comités au <a href="https://ssmu.ca/wp-content/uploads/2023/11/SSMU-Operating-Budget-2023-2024-Presentation-2023-05-11-1.pdf?x74610" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sommet de sa liste des priorités</a>, mais se révèle incapable de concrétiser sa volonté : les interminables listes d’attente en sont la preuve. C’est à se demander à quoi elle sert véritablement, si elle est incapable de « gérer efficacement les demandes d’approbation » – son principal secteur d’activité en ce qui a trait aux étudiants, tout en étant rémunérée à leurs frais.</p>



<p>Les deux aspirants-comités se plaignent aussi en long et en large de multiples échecs administratifs : disparition du formulaire de candidature, dédoublement des demandes documentaires, silence radio de la part de la personne-ressource. Notre entretien est plutôt négatif : on sent que les étudiants en ont assez, qu’ils sont frustrés d’avoir à « tout recommencer pour se plier aux échecs de l’AÉUM ». Enfin, David me présente ses récriminations face au processus lui-même : il lui paraît complètement incohérent que chaque aspirant-comité doive « soumettre les mêmes documents alors que leurs missions et leurs moyens sont drastiquement différents ». Malgré cette simplification clairement incohérente, le processus demeure alambiqué, tortueux, presque sans issue. Décidément, peu de choses semblent satisfaire les étudiants quant à l’offre de services de l’AÉUM. Compte tenu des témoignages, il semblerait que la population étudiante se doit également de s’intéresser davantage à l’organisation qui a le contrôle total sur l’approbation des comités qui la composent. </p>



<p><strong>Que feront les étudiants? </strong></p>



<p>Alors, que retenir de cette enquête? Tout d’abord, toutes les parties impliquées reconnaissent que l’AÉUM a échoué dans son devoir de vérification et d’approbation des aspirants-comités dans un délai raisonnable. Les raisons évoquées varient : du côté de l’AÉUM, on déplore des années difficiles, gangrenées par un manque de personnel et un laxisme des vice-présidents précédents. Les étudiants, eux, sont plus critiques : l’administration actuelle ne fait que « pelleter les problèmes vers l’avant » et place le blâme de ses propres échecs sur d’autres circonstances. Elle échoue dans ses devoirs de communication et de reddition de comptes, et force parfois les étudiants à subir des délais prohibitifs à la création et au maintien des comités. </p>



<p>Alors que l’AÉUM devrait servir d’organe permettant aux comités de s’épanouir et de se faire connaître par la population étudiante, la réalité est tout autre : McGill Eloquence, l’AÉFM et bien d’autres comités auront énormément de difficulté à pérenniser leurs activités s’ils n’obtiennent pas le statut tant espéré. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Si les retards et les délais ne résultent certainement pas d’une quelconque malice de la part de l’AÉUM, n’en demeure pas moins qu’elle est coupable d’une indéniable incompétence, sinon d’une négligence, à l’égard de ses étudiants »</p>
</blockquote>



<p>Les étudiants soumettent tous les documents demandés et se plient docilement aux exigences de l’AÉUM. Le problème : on ne leur rend pas la pareille. Les modifications des constitutions prennent « plusieurs mois » à être approuvées, malgré la simplicité des changements effectués, et leurs listes de membres souffrent du roulement inhérent qu’engendre une attente de plusieurs années. La mission première du comité devient donc l’obtention d’un statut plutôt que la planification et l’organisation d’activités, ce qui, pour David, est insensé : « Comment peut-on savoir ce qu’on va faire si l’on ne sait même pas quel genre de financement on va recevoir? » </p>



<p>C’est donc à se demander si l’AÉUM accorde un quelconque avantage aux comités qui veulent l’intégrer. Avec l’avènement des rencontres en distanciel et la numérisation croissante du quotidien des étudiants, il est clair que les bienfaits d’être un comité accrédité sont en baisse, surtout s’il est de plus en plus difficile d’être reconnu. Les étudiants sont proactifs et prennent en charge leurs « propres activités de financement » – signe qu’ils se refusent à abandonner leurs projets et passions simplement parce que l’AÉUM est trop incompétente ou désintéressée pour donner suite à leurs demandes.</p>



<p>Le<em> Clubs Committee</em> aura énormément de travail dans les mois qui suivront : plus de 60 demandes en attente depuis l’année passée seront évaluées. Selon M. Abu Alkhair, tout cela sera bouclé avant décembre 2025 – espérons qu’il saura tenir parole – afin que les aspirants-comités puissent avoir accès à tous les avantages auxquels ils cotisent chaque année par le biais de leurs frais de scolarité. </p>



<p>Il n’est certainement pas souhaitable que, dans leur processus, les étudiants aient pour réponse à leurs interrogations cette phrase ridicule, prononcée avec désinvolture : « <em>Bomboclaat mon vieux, je n’en ai aucune idée. </em>» </p>



<p>Le Délit<em> est ravi d’apprendre que, moins d’une semaine après son entretien avec Hamza Abu Alkhair, le comité McGill Eloquence a enfin reçu une réponse de suivi concernant l’obtention de son statut de comité temporaire de l’AÉUM. Pas encore une accréditation, mais au moins un pas dans la bonne direction. Bien qu’il ne pourrait s’agir là que d’une coïncidence, il est clair qu’un contact direct avec les entités décisionnelles responsables ne peut être que bénéfique à l’avancement des candidatures en attente.</em></p>



<p></p>
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		<title>Les violences invisibles au Mexique</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/10/08/les-violences-invisibles-au-mexique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Oct 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[enquête]]></category>
		<category><![CDATA[Mexique]]></category>
		<category><![CDATA[migrant]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59008</guid>

					<description><![CDATA[<p>La criminalisation des migrants comme véhicule d’exploitation.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/10/08/les-violences-invisibles-au-mexique/" data-wpel-link="internal">Les violences invisibles au Mexique</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Depuis 2006, le Mexique est plongé dans une guerre civile marquée par une lutte acharnée contre le trafic de drogue. Le bilan humain : <a href="https://www.nouvelobs.com/monde/20241008.OBS94703/edile-decapite-guerre-de-cartels-au-mexique-la-nouvelle-presidente-sheinbaum-face-au-defi-de-la-violence-criminelle.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">450 000 homicides enregistrés en 2024</a>, <a href="https://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20240830-journ%C3%A9e-internationale-des-disparitions-forc%C3%A9es-mexique-narcos-disparus" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">des centaines de milliers de disparitions</a> et des cas répétés de <a href="https://www.amnesty.org/fr/wp-content/uploads/sites/8/2021/07/amr410142010fra.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">violations des droits de la personne</a>. Des violences largement attribuables aux cartels, mais aussi à la militarisation de la sécurité publique.</p>



<p>Les populations locales ne sont pas les uniques cibles de ces explosions de violences. En <a href="https://dam-oclc.bac-lac.gc.ca/download?is_thesis=1&amp;oclc_number=1132085319&amp;id=ce7c5c8d-bfb6-4057-b453-cd6af0f884c8&amp;fileName=33580.pdf#:~:text=La%20pr%C3%A9sence%20de%20Centram%C3%A9ricains%20en%20migration%20de,nombre%20d&#039;%C3%A9tudes%20s&#039;y%20rapportant%20soit%20en%20croissance" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">2011</a>, le Mexique est devenu le corridor de transit le plus emprunté au monde. Ces importants flux migratoires se sont révélés être une source majeure de profit aux yeux des cartels. De ce fait, les migrants sont exposés à de multiples dangers au cours de leur traversée. Les cas d’extorsion, d’enlèvements et d’assassinats sont monnaie courante, et alimentent la peur.</p>



<p>Depuis le début du conflit et <a href="https://shs.cairn.info/revue-herodote-2004-1-page-49?lang=fr" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’élargissement du contrôle du territoire par les cartels</a>, les attaques dirigées contre les migrants de transit se sont intensifiées, transformant le pays en un véritable « triangle des Bermudes de l’Amérique latine » selon l’ouvrage de l’anthropologue Wendy A. Vogt, <em>Lives in Transit : Violence and Intimacy on the Migrant Journey</em>. Cette expression employée laisse entrevoir toute la dimension systémique et organisée de ces violences. C’est le « <em>cachuco industry </em>» : construit en parallèle de la guerre des cartels, ce système repose sur un véritable processus de réification qui facilite l’exploitation des migrants. Ces derniers deviennent la proie d’une industrie qui les dépouille de toute humanité, les transformant en une source de productivité dont il faut maximiser la rentabilité. Ils sont désormais réduits à une force de travail, des organes qui peuvent être vendus, un corps qui peut être abusé.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center"><strong>« </strong>Les migrants sont exposés à de multiples dangers au cours de leur traversée. Les cas d’extorsion, d’enlèvements et d’assassinats sont monnaie courante, et alimentent la peur »</p>
</blockquote>



<p>Parmi les cartels les plus puissants du Mexique figure Los Zetas, fondé à la fin des années 1990. Opérant majoritairement dans la région du golfe du Mexique, il a élargi ses activités à l’extorsion et au trafic d’êtres humains, notamment en organisant des raids contre des trains de marchandises. Il s’agit d’un moyen de transport <a href="https://www.lapresse.ca/international/amerique-latine/2023-09-20/des-dizaines-de-trains-mexicains-immobilises-apres-l-afflux-de-migrants.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">fréquemment</a> emprunté par les migrants pour effectuer leur transit. Ces attaques reposent sur la complicité du conducteur et, très souvent, des autorités locales. Les acteurs étatiques et non étatiques s’entre-mêlent dans cette exploitation systémique. Les cartels jouissent d’une impunité facilitée par l’incurie de l’État mexicain gangréné par la corruption. N’importe qui peut entretenir des liens avec un cartel comme Los Zetas. De cette présence tentaculaire résulte une incroyable méfiance de la part des migrants. De plus, les rares aides qui leur sont dédiées sont frappées par cette recherche de profit. De nombreux refuges subissent l’influence des cartels : leurs membres infiltrent ces abris à des fins de recrutement et d’exploitation. D’autres acteurs agissent aussi indépendamment, désireux d’en tirer parti. Wendy A. Vogt relate, dans son ouvrage, l’histoire de Mauricio, travailleur social au sein d’un refuge. Il est musicien et se produit régulièrement dans des bars locaux. À l’issue d’une de ses représentations, le patron d’un club de <em>striptease </em>a sollicité son aide pour recruter des danseuses centraméricaines. Une tâche qui serait naturellement rémunérée. Si Mauricio n’a pas accédé à sa requête, cet exemple illustre combien les migrants centraméricains sont vulnérables à bien des égards.</p>



<p>Mais c’est avant tout la criminalisation des migrants qui les rend si vulnérables aux violations des droits de la personne. Loin d’être des cas isolés, ou des dommages collatéraux, ces violences s’inscrivent au cœur d’un système économique et global qui profite de la main-d’œuvre bon marché que sont les sans-papiers. Cette exploitation ne serait <a href="https://www.unodc.org/documents/human-trafficking/2013/2013_GMG_Thematic_Paper.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">pas rendue possible sans le statut d’illégalité imposé par des politiques anti-migrants</a>, qui réduisent la valeur de leur force de travail et, incidemment, leur légitimité au sein de la société. Les médias cultivent cette image de migrants « illégaux » qui représenteraient un danger pour la sécurité du pays, voire la composition ethnique de sa population. Cette illégalité justifie toutes les exactions qu’ils subissent lors de leur passage au Mexique, mais également à leur arrivée aux États-Unis.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center"><strong>« </strong>C’est avant tout la criminalisation des migrants qui les rend si vulnérables aux violations des droits de la personne. Loin d’être des cas isolés, ou des dommages collatéraux, ces violences s’inscrivent au cœur d’un système économique et global qui profite de la main-d’œuvre bon marché que sont les sans-papiers »</p>
</blockquote>



<p>Les <a href="https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20250612-los-angeles-raids-ice-contre-les-immigres-donald-trump-veut-semer-la-terreur-et-la-propager" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">raids du 6 juin</a> à Los Angeles, opérés par la police de l’immigration et des douanes (ICE), ont marqué l’intensification de la répression des sans-papiers dans le pays. Ils illustrent la politique <a href="https://lecourrier.ch/2025/09/18/la-fascisation-est-indeniable/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">de déshumanisation et de xénophobie</a> portée par l’administration de Trump à l’égard des migrants en situation irrégulière. Relayés sur les réseaux sociaux, de nombreux messages de soutien aux familles de déportés appuient le caractère indispensable de ces individus, peignant l’image de personnes honnêtes et de travailleurs qui contribuent à la vitalité de l’économie américaine. Des économistes confirment : on compte sur le territoire américain <a href="https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/sans-migrants-leconomie-americaine-risque-lessoufflement-2170223" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">huit millions de clandestins</a> qui représentent une force de travail bon marché et flexible, payant à eux seuls <a href="https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/sans-migrants-leconomie-americaine-risque-lessoufflement-2170223" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">100 milliards de dollars de taxes</a> chaque année. Et s’il est certes important de valoriser leur contribution, la récurrence de ces arguments montre combien nous suivons malgré nous cette logique du profit, comme si la reconnaissance d’un migrant était conditionnelle à son degré de productivité.</p>



<p>Au lieu de parler de profit ou d’utilité, Amnistie internationale part plutôt d’un <a href="https://www.amnestyusa.org/press-releases/amnesty-international-usa-reaction-to-targeted-ice-enforcement/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">constat</a> simple. Les migrants sont des personnes disposant de droits, qui méritent d’être protégées et respectées dans leur dignité. L’ONG se réfère notamment à <a href="https://www.un.org/en/about-us/universal-declaration-of-human-rights" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’article 14</a> de la Déclaration universelle des droits de l’homme, laquelle affirme que toute personne a le droit de chercher asile et d’en bénéficier dans d’autres pays. La question des droits de l’homme doit occuper une place centrale dans la protection des migrants, durant leur transit et durant leur rétention.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/10/08/les-violences-invisibles-au-mexique/" data-wpel-link="internal">Les violences invisibles au Mexique</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>IA et pénurie d’emplois : un défi de taille pour les étudiants</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/09/24/ia-et-penurie-demplois-un-defi-de-taille-pour-les-etudiants/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Sep 2025 11:10:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[enquête]]></category>
		<category><![CDATA[étudiant]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[Midnight Kitchen]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=58634</guid>

					<description><![CDATA[<p>Midnight Kitchen : l’automatisation infiltre le processus de recrutement.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/09/24/ia-et-penurie-demplois-un-defi-de-taille-pour-les-etudiants/" data-wpel-link="internal">IA et pénurie d’emplois : un défi de taille pour les étudiants</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Entre pénurie d’emplois, intelligence artificielle (IA), et compétition accrue, le marché du travail est devenu marché du vide. ChatGPT, logiciels automatisés et autres IA génératives se relaient face à un processus d’embauche de plus en plus drainant. Ils permettent aux candidats, mais aussi aux employeurs, d’économiser du temps et de l’énergie. L’IA semble avoir endossé le rôle de candidat et de recruteur.</p>



<p>Le collectif mcgillois <a href="https://midnightkitchen.org/about-us" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Midnight Kitchen</a> (MK), notamment, a dû faire face à cette problématique. Depuis 2002, Midnight Kitchen combat l’insécurité alimentaire et la précarité étudiante, distribuant chaque semaine des paniers-repas à la communauté étudiante. L’association met l’accent sur la solidarité organique, la justice sociale, ou encore la protection environnementale, qu’elle se propose d’enseigner à travers différents ateliers.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« En fait, ça nous a assez surpris. L’utilisation de l’IA par les candidats était juste tellement évidente »</p>



<p class="has-text-align-center">Dania, membre du collectif MK</p>
</blockquote>



<p>Le mois dernier, l’association a ouvert trois postes aux étudiants de l’Université en prévision de la rentrée d’automne 2025. Partageant les valeurs portées par ce collectif, et étant par la même occasion à la recherche d’un emploi étudiant, j’ai naturellement candidaté à leur offre d’emploi. Mon profil n’a finalement pas été retenu, et, accoutumée aux courriels de rejet, je n’ai lu que distraitement celui de l’association. Toutefois, son contenu m’a interpellée. Car, d’après MK, au moins un quart (25 %) des postulants a eu recours à ChatGPT pour rédiger sa lettre de motivation et/ou son curriculum vitæ (CV). À ce sujet, j’ai interrogé Dania, membre du collectif <br>depuis presque cinq ans : « Nous avions un profil très spécifique en tête : actif au sein de sa communauté et politiquement engagé. Les expériences bénévoles et personnelles étaient un atout. » De ce fait, l’utilisation de l’IA a été particulièrement déroutante. Les lettres de motivation rédigées à l’aide de ChatGPT ne permettaient pas d’entrevoir la personnalité ou les convictions du candidat. « Cela semblait très impersonnel », avoue Dania, très étonnée lors de l’examen des candidatures. Les années précédentes, son utilisation était certes décelable, mais plus subtile, « et surtout, pas aussi généralisée », précise-t-elle. « Là, on a retrouvé plusieurs documents presque identiques, reprenant directement des éléments de la description de l’offre. C’était juste bizarre ». Il va sans dire que ces candidatures n’ont pas été sélectionnées.</p>



<p>Dans le cas de Midnight Kitchen, l’utilisation de l’IA s’est révélée contre-productive. Toutefois, on ne peut ignorer la quasi-nécessité d’en faire usage dans un contexte où l’obtention d’un emploi étudiant relève presque du miracle.</p>



<p><strong>La recherche d’emploi : un parcours du combattant</strong></p>



<p>Pendant près d’un an, Bryanna, 19 ans, a multiplié les candidatures. En l’interrogeant sur ses qualifications, force est de constater que ce n’est pas le manque d’expérience qui lui a fait défaut. Avec trois années en service à la clientèle, elle a concentré ses efforts sur ce secteur. Et sur les 200 offres d’emploi auxquelles elle a postulé, seulement deux ont débouché sur un entretien.</p>



<p>Elle a finalement trouvé un emploi au sein d’une compagnie de tutorat, à raison de quatre heures par semaine. Si ce temps de travail ne la satisfait pas, elle s’en contente, consciente de la pénurie actuelle d’offres d’emploi.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Le sentiment que, fournir des efforts pour produire une candidature qualitative, avec des compétences qui correspondent à la demande du recruteur n’est plus récompensé »</p>
</blockquote>



<p>En effet au Québec, le nombre de postes à pourvoir a atteint son niveau le plus bas depuis 2018, soit <a href="https://www.youtube.com/watch?v=xHXl_jZiBfY" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">119 175</a>. Une pénurie d’emplois qui pénalise particulièrement les plus jeunes, âgés entre 15 et 24 ans, dont le taux de chômage s’élève à <a href="https://www.journaldemontreal.com/2025/08/08/perte-de-15-000-emplois-en-juillet" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">14,2 % en 2025</a>. <a href="https://www.youtube.com/watch?v=xHXl_jZiBfY" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Ventes en baisse, pouvoir d’achat réduit, tarifs douaniers : au cœur de ce contexte économique incertain, les recruteurs ne recrutent plus vraiment…</a> De nombreux emplois n’ont pas survécu à ces coupes budgétaires, en particulier ceux à temps partiel : <a href="https://www.journaldemontreal.com/2025/08/08/perte-de-15-000-emplois-en-juillet" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">16 500 ont disparu cette année</a>, au détriment d’un bon nombre d’étudiants.</p>



<p>Les postes disponibles, notamment en service à la clientèle ou dans l’alimentation, font donc face à une augmentation accrue de candidatures. L’annonce de MK a cumulé près de 100 postulants, un nombre inhabituellement élevé pour l’association. Les jeunes à la recherche de leur premier petit boulot ont donc peu de chance de se démarquer face à des profils bien plus qualifiés.</p>



<p><strong>Privilégier la quantité à la qualité</strong></p>



<p>Pour obtenir un emploi coûte que coûte, certains étudiants sont donc bien contraints de répondre à un nombre considérable d’offres, parfois sans vraiment prendre le temps de lire <a href="https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2025/09/job-market-hell/684133/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">la description ou les attentes du poste</a>. L’IA apparaît alors comme une aide bien fortuite. Les 25 postulants de MK ayant eu recours à ChatGPT étaient sans doute soucieux d’économiser du temps dans leur recherche d’emploi, espérant maximiser leur chance de déboucher sur une réponse positive. Piètre stratégie, certes, mais légitime.</p>



<p>Au-delà d’une volonté de gagner du temps dans leurs recherches, il y a aussi cette impression d’un processus de recrutement complètement arbitraire. Le sentiment que, fournir des efforts pour produire une candidature qualitative, avec des compétences qui correspondent à la demande du recruteur n’est plus récompensé. Le mérite personnel ne semble plus prévaloir : le piston et les relations préalables constituent la voie royale pour être embauché. <a href="https://www.cnbc.com/2019/12/27/how-to-get-a-job-often-comes-down-to-one-elite-personal-asset.html#:~:text=Research%20shows%20that%2070%25%20of,this%20the%20%22network%20gap.%22" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">80 % des emplois sont obtenus par l’intermédiaire d’une connaissance</a> personnelle ou professionnelle.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Cette sélection automatisée est devenue toutefois indispensable, compte tenu de la hausse de candidatures pour une seule offre d’emploi »</p>
</blockquote>



<p>En ce qui concerne Bryanna, elle a effectué sa recherche d’emploi sans l’aide de ChatGPT, pour des considérations éthiques et environnementales. Cela dit, elle peut concevoir qu’un nombre croissant de postulants y aient recours. Après tout, c’est de bonne guerre : « un pourcentage élevé de candidatures doit très probablement être examiné par une IA », présume-t-elle.</p>



<p><strong>Un marché de l’emploi du vide</strong></p>



<p>Effectivement, les employeurs ne s’en privent pas non plus. Afin d’accélérer le processus de recrutement, les candidatures doivent passer par un logiciel informatique, lequel est <a href="https://www.lexpert.ca/news/legal-insights/artificial-intelligence-real-liability-using-ai-tools-in-recruitment-and-hiring/390159" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">paramétré et entraîné par la base de données de la compagnie</a>. S’opère alors un tri minutieux : les CV sans mots-clés précis, incluant localisation géographique, compétence linguistique ou encore années d’expérience, sont rejetés d’office. L’IA ne conserve que les meilleurs candidats, qui sont dès lors recommandés et priorisés pour un entretien. Un processus assez déshumanisant, puisque les logiciels sont incapables de détecter <a href="https://www.theglobeandmail.com/business/article-how-ai-is-infiltrating-the-hiring-process-for-recruiters-and-job/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’intelligence émotionnelle du candidat</a>, qui doit apparaître notamment dans sa lettre de motivation.</p>



<p>Cette sélection automatisée est devenue toutefois indispensable, compte tenu de la hausse de candidatures pour une seule offre d’emploi. D’après un <a href="https://d341ezm4iqaae0.cloudfront.net/assets/sites/13/2025/01/21162341/Smarter-Hiring-With-Data-Driven-Insights_CA_en.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rapport</a> publié en 2025 par <em>Indeed</em>, 51 % des compagnies américaines y ont recours. Pour leurs voisins canadiens, le pourcentage s’élève à 27 %.</p>



<p>Beaucoup de postulants ont conscience de ne pas correspondre au profil recherché, mais tentent leur chance malgré tout. C’est un véritable cercle vicieux qui s’est créé : la pénurie d’emplois pousse les postulants à déposer leur CV n’importe où, souvent à l’aide de ChatGPT. Pour gérer cette demande accrue, les compagnies n’hésitent pas à les filtrer au moyen d’une IA. Les candidats, eux, <a href="https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2025/09/job-market-hell/684133/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">continuent d’intensifier leur recherche</a>.</p>



<p>En tout cas, le climat professionnel actuel est décourageant pour plus d’un. Dania en a bien conscience. C’est pourquoi « l’organisation a pour politique de répondre à chacune des candidatures, même si la réponse est négative », m’a‑t-elle assuré. L’intelligence artificielle, quant à elle, n’a pas fini de <a href="https://www.forbes.com/sites/keithferrazzi/2025/03/27/the-ai-recruitment-takeover-redefining-hiring-in-the-digital-age/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">redéfinir</a> le marché du travail, et semble annonciatrice d’un effritement des liens organiques que nous entretenons les uns avec les autres.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/09/24/ia-et-penurie-demplois-un-defi-de-taille-pour-les-etudiants/" data-wpel-link="internal">IA et pénurie d’emplois : un défi de taille pour les étudiants</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>L’ambiguïté des relations entre les Premières Nations et McGill</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/09/17/lambiguite-des-relations-entre-les-premieres-nations-et-mcgill/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Héloïse Durning]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Sep 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[les Premières Nations]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[Mères Mohawk]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Nouveau-Vic]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=58506</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le projet Nouveau Vic réveille les tensions historiques entre l'Université et les communautés autochtones.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/09/17/lambiguite-des-relations-entre-les-premieres-nations-et-mcgill/" data-wpel-link="internal">L’ambiguïté des relations entre les Premières Nations et McGill</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">La <a href="https://www.youtube.com/watch?v=7mdGyt1Nw4I" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">présentation du Projet « Nouveau Vic »</a> commence par un court message de reconnaissance historique du territoire, comme la majorité des vidéos promotionnelles de McGill. « L’Université McGill est située sur un territoire qui a longtemps servi de lieu de rencontre et d’échange autochtone. Nous saluons et remercions les divers peuples autochtones qui ont enrichi de leur présence ce territoire accueillant aujourd’hui des gens de partout dans le monde ». </p>



<p>Et pourtant, le projet du Nouveau Vic est un sujet de contention majeur entre McGill et les Mères mohawk – aussi connues sous le nom de Kanien’kehá:ka Kahnistensera. L’organisation soutient que l’ancien hôpital Royal Victoria abrite très probablement des tombes non marquées d’enfants victimes des expériences MK-Ultra, certains étant des enfants autochtones. De 1950 à 1970, <a href="https://thecanadianencyclopedia.ca/en/article/mkultra" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">des expérimentations psychiatriques</a> ont été réalisées dans cet hôpital, déjà affilié à l’Université McGill. Dans un <a href="https://d.docs.live.net/be22624ad62bc7e0/Documents/Le%20Delit/affidavit" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">affidavit</a>, Lana Ponting raconte son expérience de patiente dans l’établissement et les méthodes de torture qu’elle a subies. Selon elle, les individus responsables du programme sont des meurtriers, et elle croit fermement qu’il y a bel et bien des corps enterrés sur la propriété. Le territoire sur lequel a été bâti l’hôpital n’ayant jamais été cédé par ses habitants autochtones, les Mères mohawks <a href="https://www.mohawkmothers.ca/the-site" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">revendiquent que les Kanien’kehá:ka en ont encore la juridiction</a>. En 2015, lorsque McGill a annoncé sa volonté de rénover le bâtiment pour en faire une <a href="https://www.mcgill.ca/newvic/timeline" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">nouvelle branche de son campus</a>, les Mères mohawks ont envoyé une mise en demeure demandant à l’Université de cesser toute invasion, exploitation et atteinte au territoire. S’ensuit une longue bataille légale qui perdure encore aujourd’hui.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Les individus responsables du programme sont des meurtriers, et elle croit fermement qu’il y a bel et bien des corps enterrés sur la propriété »</p>
</blockquote>



<p>Le 13 juin 2025, les Mères mohawks se retrouvent une nouvelle fois devant les tribunaux pour défendre leur cause. Le procureur général du Québec et la Société québécoise des infrastructures (SQI) ont présenté une requête visant à faire rejeter les revendications du groupe autochtone, alléguant que celles-ci seraient <a href="https://easterndoor.com/article/motion-filed-to-dismiss-mohawk-mothers-case" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">« infondées en fait et en droit »</a>. « <em>À ce jour, aucune preuve ne permet de confirmer la présence de sépultures, malgré les recherches menées dans l’ensemble des secteurs d’intérêt identifiés dans le plan de recherche archéologique (tdlr)</em> », <a href="https://easterndoor.com/article/mohawk-mothers-sound-alarm" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a affirmé Anne-Marie Gagnon</a>, porte-parole de la SQI, quelques mois plus tôt. Elle ajoute que tout se déroule « conformément aux recommandations du comité d’experts en archéologie ».</p>



<p>Ce n’est pas un avis que partagent les Mères mohawks, pour qui les démarches archéologiques entreprises par la SQI ont été bâclées. Philippe Blouin, doctorant en anthropologie et accompagnant les Mères mohawks depuis plusieurs années dans ce processus judiciaire, a livré plus de détails lors d’une entrevue téléphonique avec Le Délit. Il rapporte notamment les inquiétudes de l’archéologue mohawk Lloyd Benedict, présent sur le site comme moniteur culturel. Ce dernier critique dans un <a href="https://falconers.ca/wp-content/uploads/2023/10/Plaintiffs-AMENDED-Application-Safeguard-Order-October-20-2023.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">affidavit</a> « le fait qu’ils n’ont pas tamisé les sols immédiatement, comme l’avait demandé le panel d’experts et comme c’est l’usage en archéologie », explique Philippe Blouin. « Ils les ont laissés pendant plusieurs mois dans de grosses piles, à la merci des éléments. Puis, ils les ont déplacés sur un autre site. Là, les sols ont enfin été tamisés… par de grosses machines utilisées dans le domaine minier. » C’est particulièrement grave dans ce cas-ci, où les ossements pourraient appartenir à des enfants enterrés sans cercueil – soit des ossements fragiles sans protection contre les ravages du temps et de la décomposition, explique le doctorant.</p>



<p>Un rapport obtenu par les Mères mohawk et combinant les résultats de trois moyens de détection – <a href="https://easterndoor.com/article/mohawk-mothers-cadaver-dogs-find-evidence" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">chiens renifleurs</a>, géoradar et plus récemment une sonde spécialisée – semble pointer plus fermement vers la présence de sépultures illégales. Pour elles, la décision de la SQI et du procureur général du Québec de rejeter leurs revendications porte atteinte à leurs droits d’user de leurs terres ancestrales et de protéger les sites de sépultures autochtones. Ce genre d’argument va à l’encontre de la <a href="https://www.un.org/development/desa/indigenouspeoples/wp-content/uploads/sites/19/2018/11/UNDRIP_F_web.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones</a>.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« À ce jour, aucune preuve ne permet de confirmer la présence de sépultures »</p>
</blockquote>



<p>Les Mères mohawks ont dû soumettre une réponse à la requête, ainsi que les accusés. Juge Moore n’a pas encore pris la décision de rejeter – ou non l’affaire.</p>



<p>Si l’on observe en détail le message de reconnaissance du territoire avec lequel l’Université McGill introduit sa vidéo, un détail se détache : « Un territoire qui a longtemps servi de lieu de rencontre […] les divers peuples autochtones qui ont enrichi de leur présence ce territoire accueillant aujourd’hui des gens de partout dans le monde. » Tout est écrit au passé, sans tenir compte du fait que ces territoires n’ont jamais été officiellement cédés et que ces individus sont encore vivants. « L’usage du passé composé… c’est comme si ces gens n’existaient plus, souligne Philippe Blouin, alors qu’en fait, il y a trois communautés mohawks majeures à moins de deux heures de route ».</p>



<p>De fait, se renseigner à propos des allégations de sépultures anonymes et des conflits légaux sur le site de McGill n’est pas une tâche facile, surtout si on ne sait pas où, ni quoi, chercher. De même pour les expériences MK-Ultra, qui ne sont mentionnées qu’une demi-douzaine de fois sur le site web de l’Université, et encore plus rarement en détail. Beaucoup sont ceux qui ne sont que vaguement conscients que ces événements ont eu lieu. Il n’est pas rare que des étudiants croient que ce ne sont que des rumeurs, des faits non avérés, ou encore en soient entièrement ignorants. Une étudiante en deuxième année qui n’était pas au courant de ces expériences avant notre entrevue conclut : « C’est important que McGill soit transparente à propos de son histoire et des controverses qui en font partie ; il est crucial d’éduquer et sensibiliser les étudiants. »</p>



<p>McGill maintient néanmoins sa volonté de reconnaître et de respecter « <em>l’héritage [et] l’histoire autochtone du territoire</em> ». </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/09/17/lambiguite-des-relations-entre-les-premieres-nations-et-mcgill/" data-wpel-link="internal">L’ambiguïté des relations entre les Premières Nations et McGill</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Quand le Canada ferme ses portes, qu’advient-il des étudiants internationaux?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/09/10/quand-le-canada-ferme-ses-portes-quadvient-il-des-etudiants-internationaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Lara Cevasco]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Sep 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[étudiants internationaux]]></category>
		<category><![CDATA[Immigration]]></category>
		<category><![CDATA[permis d'étude]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=58369</guid>

					<description><![CDATA[<p>IRCC annonce un nouveau plan d’immigration pour 2025-2027. </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/09/10/quand-le-canada-ferme-ses-portes-quadvient-il-des-etudiants-internationaux/" data-wpel-link="internal">Quand le Canada ferme ses portes, qu’advient-il des étudiants internationaux?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Alors que l’effervescence étudiante de McGill a repris son cours en cette rentrée 2025, certains étudiants internationaux n’ont pas pu assister à leurs premiers cours de l’année. Pour cause : de plus en plus de retards, voire de refus, dans l’obtention de leurs permis d’études. Ainsi, tandis que de nombreux élèves restent actuellement bloqués dans leurs pays d’origine, les universités canadiennes, telles que McGill, doivent, quant à elles, faire face à la baisse des arrivées d’étudiants internationaux provoquée par le virage politique du gouvernement canadien en octobre 2024. Depuis bientôt un an, le gouvernement libéral cherche à réduire le nombre de résidents permanents et temporaires dans le pays, y compris les étudiants étrangers ; des changements qui vont probablement redessiner le visage d’universités multiculturelles, telles que McGill, au cours des prochaines années. </p>



<p><strong>Un plan de limitation d’ici 2027 </strong></p>



<p>En octobre 2024, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marc Miller, annonçait dans un communiqué la mise en place du <a href="https://www.canada.ca/fr/immigration-refugies-citoyennete/nouvelles/2024/10/le-gouvernement-du-canada-reduit-limmigration.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Plan des niveaux d’immigration 2025–2027</a>. Ce dernier prévoyait de réduire la croissance démographique à court terme durant les trois prochaines années, avec une baisse marginale de la population de 0,2% en 2025 et 2026. Cela se traduirait par la réduction de résidents permanents de 500 000 à 395 000 en 2025, et de 500 000 à 380 000 en 2026, pour finalement atteindre un seuil de 365 000 résidents permanents en 2027. </p>



<p>Les personnes cherchant à obtenir la résidence permanente ne sont pas les seules concernées par ces changements ; les résidents temporaires, tels que les étudiants internationaux, sont pour la première fois également la cible de ce plan annoncé par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). D’ici la fin de 2026, l’IRCC veut tenter de réduire à 5% de la population canadienne le nombre de résidents temporaires, contre près de 7% actuellement. Il est ainsi prévu que la population temporaire du Canada diminue d’environ <a href="https://www.canada.ca/fr/immigration-refugies-citoyennete/nouvelles/2024/10/le-gouvernement-du-canada-reduit-limmigration.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">445 000 personnes par an en 2025 et 2026</a>. Pour les étudiants, cela se traduit par un nombre plus élevé de permis d’études refusés : depuis janvier 2024, le gouvernement a établi <a href="https://ici.radio-canada.ca/info/long-format/2157350/enjeux-immigration-etudiants-etrangers-elections-federales" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">un plafond d’approbation de permis d’études sur deux ans pour les étudiants étrangers</a>. </p>



<p>À l’époque, l’ancien premier ministre <a href="https://apnews.com/article/canada-immigration-reduction-trudeau-dabd4a6248929285f90a5e95aeb06763" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Justin Trudeau</a> avait déclaré que ce plan visait principalement à donner aux gouvernements provinciaux le temps de rattraper le retard en matière de logement, soins de santé et services sociaux. Réduire le nombre de permis de travail ou d’études permettrait ainsi d’alléger les pressions sur les demandes de logement et autres services. </p>



<p><strong>Le rôle de la francophonie</strong> </p>



<p>Si la plupart des immigrants vont sans doute voir leur quota être réduit dans les prochaines années, un groupe échappe toutefois à ces restrictions : les arrivants francophones s’installant dans les provinces canadiennes hors Québec. En effet, durant sa campagne électorale, le premier ministre Mark Carney avait promis aux Canadiens d’augmenter l’immigration francophone pour atteindre le seuil de <a href="https://www.cbc.ca/news/politics/francophone-immigration-outside-quebec-12-percent-target-1.7612011" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">12% des résidents permanents hors Québec d’ici 2029</a>. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« La baisse d’entrée d’étudiants internationaux dans les universités canadiennes risque par ailleurs d’enfoncer les dettes que présentent déjà certains établissements »</p>
</blockquote>



<p>Cette démarche s’inscrit plus globalement dans la volonté du gouvernement de privilégier le développement de la francophonie à travers le pays. Depuis 2003, ce dernier s’est engagé dans des efforts, plus ou moins marqués, pour maintenir la langue française dans la culture canadienne. Il a d’ailleurs fallu 19 ans, de 2003 à 2022, pour atteindre la cible des <a href="https://www.cbc.ca/news/politics/francophone-immigration-outside-quebec-12-percent-target-1.7612011" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">4,4% de francophones hors Québec</a>. Celle-ci va probablement continuer d’augmenter au cours des prochaines années, mais ne concerne néanmoins pas les francophones souhaitant immigrer au Québec. </p>



<p><strong>Quelles implications pour McGill?</strong> </p>



<p>Près d’un an après l’annonce de ces réformes, les secousses se font déjà ressentir sur les campus. Aisling, étudiante de première année, a fait face à de multiples problèmes avec IRCC avant même sa rentrée à McGill : « Tout était en ordre dans mes documents, j’avais prévu mon arrivée à Montréal le 19 août, puis j’ai reçu un refus, car je n’avais pas fait un examen médical – qui n’était pas nécessaire dans mon cas. J’ai alors dû reporter de nombreuses fois mon vol pour Montréal et passer cet examen médical, ce qui avait un coût financier important. » Comme beaucoup d’autres étudiants de première année, elle s’est retrouvée dans la détresse de ne pas pouvoir commencer ses études à temps : « C’était de réelles montagnes russes : j’étais tout d’abord très étonnée, puis rapidement je suis devenue anxieuse. » Elle explique qu’à cause de ces retards, de nombreux étudiants ont d’ailleurs été dans l’obligation de reporter leur rentrée à janvier 2026. </p>



<p>Ces changements au sein d’IRCC semblent également avoir des conséquences sur les demandes administratives des résidents temporaires déjà sur le territoire. Les personnes possédant un permis d’études, mais nécessitant une extension – telles que Julie, étudiante française de quatrième année à McGill – voient déjà les effets dans leurs propres démarches. Elle explique : « J’ai envoyé ma demande de renouvellement fin avril, et je n’ai toujours pas de réponse d’Immigration Canada. Cela est frustrant, car, si je ne reçois pas mon permis d’étude d’ici le 1er décembre, je serai dans l’obligation de payer les frais de scolarité d’un étudiant international. Je vais obtenir mon diplôme à la fin de l’année 2025, et cela rend mon avenir à Montréal assez incertain. » Pour rappel, à McGill, les étudiants français et belges disposent d’une <a href="https://www.mcgill.ca/legaldocuments/exemption" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">exemption de frais de scolarité</a> internationaux, et paient ainsi le même montant que les Canadiens non québécois. </p>



<p><strong>L’impact des étudiants internationaux </strong></p>



<p>La baisse d’entrée d’étudiants internationaux dans les universités canadiennes risque par ailleurs d’enfoncer les dettes que présentent déjà certains établissements. Les étudiants internationaux paient généralement des <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2043493/canada-plafond-etudiants-etrangers-immigration" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">taux de scolarité bien plus élevés</a> – jusqu’à cinq fois plus – que les étudiants provinciaux et nationaux. À McGill, les revenus générés par ces frais servent à financer non seulement les cours, mais aussi des services, la recherche et les infrastructures des différents campus. Il se pourrait donc que différents départements se voient dans l’obligation de réduire l’offre de cours sur les prochaines années scolaires, et que <a href="https://www.thecanadianpressnews.ca/national/fewer-international-students-adding-to-university-budget-challenges/article_46fbbe5d-55b9-5dcf-a318-e31fa756872a.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">certains services aux élèves soient réduits sur le campus</a>. Les étudiants internationaux forgent le caractère de McGill ; la baisse du nombre de ces arrivées pourrait avoir un impact culturel sur la vie étudiante de l’Université. Avec des centaines de clubs et associations en tout genre, réduire l’immigration étudiante étrangère risque d’impacter la diversité et les expériences interculturelles dont s’est toujours vantée McGill. </p>



<p>Si des universités canadiennes comme la nôtre ont bâti leur réputation sur la richesse de leur diversité étudiante et l’accueil d’un grand nombre d’élèves internationaux, les prochaines années pourraient marquer un tournant. La diminution de ces arrivées menace non seulement l’équilibre des campus et les ressources qui en dépendent, mais aussi l’image d’un pays longtemps perçu comme une destination privilégiée pour s’établir en tant qu’étudiant ou travailleur.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/09/10/quand-le-canada-ferme-ses-portes-quadvient-il-des-etudiants-internationaux/" data-wpel-link="internal">Quand le Canada ferme ses portes, qu’advient-il des étudiants internationaux?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>L’assurance collective : une accessibilité compromise</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/09/01/lassurance-collective-une-accessibilite-compromise/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Sep 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[assurance]]></category>
		<category><![CDATA[cour superieure]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=58273</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le débat du retrait.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/09/01/lassurance-collective-une-accessibilite-compromise/" data-wpel-link="internal">L’assurance collective : une accessibilité compromise</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Maintenir un régime d’assurance accessible pour la communauté étudiante ou protéger les étudiants en tant que consommateurs et consommatrices? C’est le dilemme que pose le régime d’assurance collective fourni par l’Alliance pour la santé étudiante au Québec (ASEQ) et Desjardins, et qui devra être étudié par la Cour supérieure du Québec.</p>



<p>Depuis 1996, des milliers d’étudiants québécois et canadiens bénéficient d’une assurance collective négociée par l’association étudiante de leur université respective. L’adhésion au régime d’assurance est automatique, avec la possibilité de s’en désinscrire à chaque nouvelle rentrée de session d’automne. À McGill, c’est Studentcare qui est derrière ce plan de santé, courtier entre Assurance Desjardins et l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM). Les <a href="https://www.studentcare.ca/rte/en/McGillUniversityundergraduatestudentsSSMU_Home" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">avantages</a> sont nombreux : couverture d’un large éventail de services, allant des soins dentaires aux conseils juridiques, le tout à un prix compétitif. Une offre <a href="https://ssmu.ca/resources/health-and-dental-plan/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">trois à cinq fois moins chère</a> qu’une couverture classique, se voulant accessible pour tous. Ces assurances font surtout office de complément pour les étudiants, dont la plupart sont déjà couverts par un régime de base. Elles prennent en charge les soins dentaires, ophtalmologiques, de santé mentale et autres services non inclus dans le plan provincial.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Le rapport suggère une simplification des démarches de retrait, un rallongement du délai et une meilleure communication »</p>
</blockquote>



<p>Si ce système d’assurance semble en tout point avantageux pour la communauté étudiante, des voix s’élèvent à son encontre. Les critiques sont principalement dirigées contre le caractère automatique de ce régime d’adhésion, jugé illégal. Déposée en juin 2023 et menée par deux anciennes étudiantes de McGill et Concordia, une <a href="https://www.droit-inc.com/conseils-carriere/nouvelles/action-collective-autorisee-contre-les-assurances-collectives-etudiantes-automatiques#:~:text=La%20Cour%20sup%C3%A9rieure%20autorise%20une,apr%C3%A8s%20le%2019%20d%C3%A9cembre%202019" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">action collective</a> conteste le modèle de retrait (<em>opt-out</em>). Manque d’informations et de transparence, délais de retrait trop limités, collection de données personnelles non consenties, voilà les principaux reproches adressés à l’assurance collective.</p>



<p>En détaillant la facture de frais d’étude, on peut s’apercevoir que la communication laisse effectivement à désirer : les dépenses optionnelles et automatiques ne sont pas explicitées. À la manière du petit poucet, McGill semble les dévoiler au compte-goutte, nous dirigeant d’un site à l’autre. Il n’est donc pas étonnant que de nombreux étudiants ignorent jusqu’à l’existence de cette couverture. Certains frais, comme le programme de protection juridique et les frais dentaires de l’AÉUM sont accompagnés d’un astérisque, signifiant qu’ils sont facultatifs. Mais cela, la page ne le précise pas, et indique encore moins la démarche à suivre pour se retirer. Il faudra passer par la page intitulée « <a href="https://www.mcgill.ca/student-accounts/fr/droits-et-frais/description-des-frais" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Description des frais</a> », puis à nouveau par Minerva, puis enfin par Studentcare pour y parvenir. Et si les étudiants viennent à bout de cette chasse au trésor, il faut leur souhaiter d’y être arrivés avant la fin du délai de retrait. Cette année, la fenêtre de délai s’étend du 13 août au 26 septembre. En moyenne, les étudiants bénéficient de trois à six semaines pour se désinscrire. De nombreux étudiants déjà couverts l’ont manqué, et se sont vus contraints de payer une année entière d’assurance sans possibilité de remboursement.</p>



<p>Face aux critiques autour de l’assurance collective, la transition vers un régime d’adhésion individuelle semble être une solution idéale. Pourtant, un bon nombre d’étudiants reste attaché à son maintien.</p>



<p>En 2024, l’Université de Montréal a tenté de s’en défaire, soucieuse de se conformer à la <a href="https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/loi-25-sur-la-protection-des-renseignements-personnels-des-citoyens-du-quebec-entree-en-vigueur-de-nouvelles-dispositions-qui-font-du-quebec-un-chef-de-file-mondial-50726" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Loi 25 sur la protection des renseignements personnels au Québec</a>. L’Université voulait adopter un modèle d’adhésion. Cette démarche a été largement contestée par son association étudiante, la FAÉCUM. Défendant le droit à une assurance collective, elle a lancé <a href="https://www.ledevoir.com/societe/education/810795/bisbille-universite-montreal-gestion-assurances-etudiantes" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">une pétition</a> cumulant près de 1 400 signatures. Ce refus de la part de la FAÉCUM n’est pas surprenant, car c’est le modèle de retrait qui garantit l’accessibilité à l’assurance. En effet, l’adhésion du plus grand nombre d’étudiants au régime permet une plus grande répartition des coûts, au profit des étudiants les plus défavorisés. À l’inverse, une adhésion individuelle serait beaucoup moins rentable pour les fournisseurs d’assurance, <a href="https://lautorite.qc.ca/fileadmin/lautorite/consultations/assurance-planification-financiere/2022-06/rapport_assurances-collectives-associations-etudiantes.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">qui verraient une baisse des montants perçus</a>.</p>



<p>Dans un <a href="https://lautorite.qc.ca/fileadmin/lautorite/consultations/assurance-planification-financiere/2022-06/rapport_assurances-collectives-associations-etudiantes.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rapport</a> publié en janvier 2024, l’Autorité des marchés financiers a lancé une consultation publique ouverte à diverses parties prenantes. Parmi celles-ci, 95% étaient favorables au maintien du modèle actuel et 43% jugeaient souhaitable que des améliorations soient mises en place. Le rapport suggère une simplification des démarches de retrait, un rallongement du délai et une meilleure communication.</p>



<p>Devons-nous donc totalement changer de modèle, en faveur d’un régime d’adhésion, ou seulement réexaminer certaines modalités de l’assurance collective? C’est la Cour supérieure du Québec qui tranchera.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/09/01/lassurance-collective-une-accessibilite-compromise/" data-wpel-link="internal">L’assurance collective : une accessibilité compromise</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Repenser la ville</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/09/01/repenser-la-ville/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marius Grieb]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Sep 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[pietonisation]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=58276</guid>

					<description><![CDATA[<p>Un projet de piétonnisation soulève autant d’espoirs que de tensions.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/09/01/repenser-la-ville/" data-wpel-link="internal">Repenser la ville</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">L’architecture nous explique que l’espace dirige notre comportement, tout comme la science, qui proclame que les conditions environnementales déterminent l’évolution des corps humains, et plus largement celle des corps sociaux. De ce fait, il ne semble ni bénéfique ni même logique de consacrer à l’année deux tiers de nos espaces publics aux voitures. Nous constatons que ces machines qui polluent de plus en plus sont un danger à court et à long terme. Et pourtant, l’internationalisation d’une configuration urbaine optimisée non pour la sociabilisation, mais pour la circulation fait qu’une importante majorité de grandes villes, qu’elles soient au Canada, en Europe, ou en Asie, maintiennent un rapport inégal entre piétons et automobilistes. Se présentant comme réformateur, le projet de piétonnisation mis en œuvre par la mairie rencontre de nombreuses critiques de toute partie prenante, démontrant ainsi les limites d’initiatives qui peinent à s’attaquer aux causes structurelles d’un problème tentaculaire.</p>



<p>Étant donné l’ampleur de cette hégémonie machinale, est-il encore possible pour la mairie de Montréal de mettre en application une politique urbaine favorisant les rapports interpersonnels? Et si oui, est-ce que cette initiative est suffisamment robuste pour répondre aux enjeux sociaux, économiques et environnementaux?</p>



<p>Face à ces questions délicates, qui remettent en question la pertinence sociale et économique du projet de lamairesse Valérie Plante, cette dernière est catégorique : aucun compromis ne sera fait. Son parti, Projet Montréal, défend l’idée que c’est précisément à travers une politique urbaine radicalement centrée sur l’humain que la mairesse parviendra à démontrer les bénéfices sociaux et économiques d’une approche politique communautaire.</p>



<p><strong>Hausse du budget pour financer les projets municipaux</strong></p>



<p>Cette vision urbaniste s’appuie sur une remise en cause de l’individualisme engendré par l’omniprésence de séparations physiques – illustré par la surabondance des automobiles – et par la favorisation d’une approche conviviale. En assurant que l’accès exclusif aux cinq artères majeures de Montréal soit accordé annuellement aux piétons, la Ville cherche à concrétiser une certaine dynamique sociale pour les années à venir. De ce fait, elle a choisi en 2024 de consacrer 12 millions de dollars sur trois ans au financement d’anciens et de nouveaux projets de piétonnisation. En outre, afin de mieux répondre aux besoins exprimés à l’échelle locale, le plafond de financement de projets municipaux, qui sera pris en compte dans le budget de 12 millions de dollars, passera désormais de 375 000 à 700 000$, une hausse de près de 100%. Alors que cet aspect de l’initiative piétonne semble relégué au second plan, elle nous paraît, au contraire, être un de ses éléments les plus importants : comment serait-il possible de mettre en valeur les rues piétonnes si elles restent dans un état de délabrement et de négligence?</p>



<p>Même si ce projet rencontre plus de résistance que prévu de la part de certains acteurs économiques, d’autres voix s’élèvent. En effet, certains propriétaires d’entreprises se plaignent des effets négatifs de la congestion automobile dans les rues autour des secteurs piétons. Il faut les comprendre, cet encombrement a pour conséquence une diminution des fréquentations quotidiennes de leurs établissements en raison d’une difficulté d’accès pour des personnes vivant plus loin. Mais à l’inverse, d’autres commerçants se réjouissent d’un afflux soudain de touristes et de locaux qui viennent profiter de l’accès paisible et privilégié aux rues et de ce qu’elles leur proposent.</p>



<p>La nuance de ces points de vue nous indique que le problème ne peut pas simplement se réduire à un affrontement entre automobilistes et piétons, ou même écologistes et libéraux. Au contraire, elle nous révèle une dysharmonie structurelle. Peut-on vraiment s’attendre à ce que des Montréalais habitant à Longueuil profitent pleinement des zones piétonnes en centre-ville si les transports publics restent insuffisamment entretenus et même dans certains cas dangereux?</p>



<p>Cela étant dit, d’un point de vue social, pas de surprise : le projet est source de réjouissance. Saransh, habitant du Plateau Mont-Royal et étudiant à McGill, témoigne de la réussite du projet sur la Promenade Ontario : « Avant, c’était juste unerue à traverser. Maintenant, c’est un endroit où on s’arrête, on se parle, on vit un peu. »</p>



<p>En dépit de son caractère progressiste, il est important de s’interroger sur le véritable potentiel de cette initiative. En s’adressant seulement aux symptômes d’une configuration urbaine défaillante, la ville fait le choix d’ignorer les causes sousjacentes de l’hégémonie des automobiles. Force est de constater notre dépendance historique aux infrastructures routières et l’influence pernicieuse des intérêts économiques de l’industrie automobile. Donc, d’un point de vue pragmatique, cette approche rend le projet de piétonnisation particulièrement vulnérable aux pressions politiques, économiques et environnementales.</p>



<p>Étant donné les fluctuations macroéconomiques soudaines dues aux tarifs imposés par les États-Unis, le risque d’une coupe budgétaire imprévue est fortement ressenti. Cette austérité ne serait pas sans précédent, comme l’a démontré en 2023 le drastique « <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2016907/resserrement-budgetaire-montreal-octobre-2023" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">resserrement budgétaire de 100 millions de dollars</a> ». La situation étant plutôt désavantageuse à ce type de projet social, il risque d’être pointé du doigt par des entreprises y étant défavorables, qui appelleront à son démantèlement. Si cela se produit, il ne restera de ce projet idéaliste qu’une poignée d’agréables souvenirs de balades à pied et entre amis, au lieu d’un changement concret et radical.</p>



<p>D’autre part, cette initiative est aussi menacée par la perspective d’un virage politique dans les élections municipales, prévues en novembre 2025. En effet, Soraya Martinez Ferrada, la principale figure de l’opposition, s’est déjà exprimée en critiquant la forme qu’a prise ce projet, proclamant qu’elle serait en faveur d’une approche consultative, au risque de freiner l’élan actuel du projet.</p>



<p>Si nous mettons de côté la rhétorique politique et le jargon économique, le débat que ce projet suscite nous fait nous poser une question fondamentale : est-il possible de former une société cohésive dans un milieu fracturé par des barrières physiques et des idéologies individualistes? Si nous continuons sur cette trajectoire, pouvons-nous nous imaginer perdre contact avec la réalité des rapports humains ; les lapsus, les sentiments, et les quiproquos vont-ils nous manquer, une fois seuls dans le siège passager de notre boîte en métal automatisée?</p>
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		<title>La survie et l’épanouissement de la francophonie à McGill</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/03/19/la-survie-et-lepanouissementde-la-francophonie-a-mcgill/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Proulx]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Mar 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[francophonie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Regard sur 200 ans de résistance.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">La tumultueuse histoire de la langue française à McGill s’inscrit dans un débat endémique à la société québécoise. L’institution académique, héritage d’un controversé marchand de fourrures écossais, est une destination majeure de l’innovation intellectuelle québécoise — et ce, en anglais, depuis 1821. La majorité francophone de la province n’a pas toujours vu d’un œil favorable la présence de l’université sur son territoire, lui attribuant un tort irréparable à la cause de la protection de la francophonie et à l’accès universel à l’éducation universitaire. Chef-lieu tantôt du colonialisme britannique, puis de l’intelligentsia anglo-saxonne, l’Université McGill est aujourd’hui un lieu où règne une impressionnante diversité au sein de laquelle le français a laissé une trace indélébile. Naviguant au travers des remous politiques et de l’évolution culturelle et linguistique de notre province, apprenons ensemble l’histoire de notre langue officielle à McGill. Retour sur 200 ans de combats, de négociations et d’apprentissages grâce aux archives de la BANQ et de McGill.</p>



<p><strong>Siméon Pagnuelo – Assujettir McGill aux institutions québécoises (1886)</strong></p>



<p>La défense du français hors des murs de McGill précède bien entendu sa valorisation au sein de l’établissement. Dans un Canada nouvellement formé, le Québec tente d’asseoir l’utilisation systématique du français — par exemple dans ses ordres professionnels — ce qui est loin de faire l’unanimité chez les administrateurs et diplômés de l’Université McGill. </p>



<p><a href="https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3081878?docref=yEE5bTs5MmcurXAec8RXxA&amp;docsearchtext=pagnuelo" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Une lettre ouverte</a> publiée en mars 1886 par Siméon Pagnuelo, en réponse à Sir William Dawson et James Ferrier, critique l’attaque de ces derniers sur l’examen du Barreau québécois — institution francophone à laquelle tous les avocats sont assujettis. Dans ce document d’archives, Pagnuelo défend la pertinence de l’examen obligatoire et raffermit la dominance du français dans la société québécoise — alors que MM. Dawson et Ferrier reprochent au Barreau de persécuter la minorité anglophone. On observe dès lors une mise en opposition des communautés linguistiques majoritaires de Montréal, un combat bien plus profond que celui de l’accréditation professionnelle : la tension est palpable. Pagnuelo défend le français et sa place dans le Québec alors que MM. Dawson et Ferrier revendiquent la souveraineté éducative de leur établissement, et, par le fait même, la langue qui le sous-tend.</p>



<p><strong>Opération McGill Français : rendre McGill et l’éducation universitaire accessibles aux Québécois (1969)</strong></p>



<p>La montée d’un certain nationalisme francophone québécois de l’éducation atteint son paroxysme en 1969, simultanément à la Crise de Saint-Léonard (<em>Bill 63</em>). À l’époque, de nombreux débats de société font rage quant au financement et à l’encouragement d’une éducation primaire et secondaire en anglais, notamment chez les immigrants d’origine italienne peuplant Saint-Léonard, quartier de l’est de l’île de Montréal. La majorité québécoise francophone défend l’adoption d’un système unilingue, toujours dans un objectif de valorisation de la langue et de protection de l’identité québécoise. Le ressentiment exprimé par les Québécois francophones n’ayant pas un accès équitable à l’éducation universitaire est le miroir d’un combat social opposant une classe gouvernante anglophone aux travailleurs francophones. Les textes d’époque relatent la montée d’un sentiment d’injustice, qui culmine en la cruciale (mais trop souvent oubliée) Opération McGill Français. Cette manifestation prônant l’accès des francophones à l’Université McGill est la plus importante enregistrée au Québec depuis la Seconde Guerre mondiale. Il faut savoir qu’à l’époque, les Montréalais francophones n’ont accès qu’à une seule université offrant un cursus dans leur langue, — l’Université de Montréal — et comptent pourtant plus de diplômés des études postsecondaires que leurs homologues anglophones. C’est donc pour démocratiser l’éducation universitaire et déloger la mainmise de l’anglais sur l’Université que plus de 10 000 Québécois (<a href="https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/aujourd-hui-l-histoire/segments/entrevue/111653/operation-mcgill-francais-universites-quebec-francophones-anglophones" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">15 000 </a>selon les sources francophones, 7 000 selon l’Université) prennent d’assaut les rues. Résultat? Un an plus tard, McGill accepte enfin la remise de travaux en français, permettant donc le système de remise bilingue qui bénéficie à un pourcentage conséquent d’élèves d’hier et d’aujourd’hui. Côté gouvernemental, l’Université du Québec (UQAM, UQAC et toutes autres déclinaisons) voit le jour, répondant aux requêtes des cégépiens victimes de la raréfaction des places universitaires. Cette période marque le début d’une série d’accommodements raisonnables de McGill envers les manifestation prônant l’accès des francophones à l’Université McGill est la plus importante enregistrée au Québec depuis la Seconde Guerre mondiale. Il faut savoir qu’à l’époque, les Montréalais francophones n’ont accès qu’à une seule université offrant un cursus dans leur langue, — l’Université de Montréal — et comptent pourtant plus de diplômés des études postsecondaires que leurs homologues anglophones. C’est donc pour démocratiser l’éducation universitaire et déloger la mainmise de l’anglais sur l’université que plus de 10 000 Québécois (15 000 selon les sources francophones, 7 000 selon l’Université) prennent d’assaut les rues. Résultat? Un an plus tard, McGill accepte enfin la remise de travaux en français, permettant donc le système de remise bilingue qui bénéficie à un pourcentage conséquent d’élèves d’hier et d’aujourd’hui. Côté gouvernemental, l’Université du Québec (UQAM, UQAC et toutes autres déclinaisons) voit le jour, répondant aux requêtes des cégépiens victimes de la raréfaction des places universitaires. Cette période marque le début d’une série d’accommodements raisonnables de McGill envers les francophones de la province — une lente évolution vers l’égalité des chances dans l’éducation supérieure.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1200" height="273" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/03/frise-1200x273.jpg" alt class="wp-image-57862" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/03/frise-1200x273.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/03/frise-650x148.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/03/frise-150x34.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/03/frise-768x175.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/03/frise-1536x349.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/03/frise-2048x465.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1200px) 100vw, 1200px"><figcaption><span class="media-credit"> </span></figcaption></figure>



<p><strong>Création du Délit et Loi 101 : le français prend de la place (1977)</strong></p>



<p><em>Le Délit</em>, unique journal francophone de l’Université McGill, est publié pour la première fois en 1977 — année coïncidant avec la ratification de la Loi 101 faisant du français la langue d’usage protégée du Québec. Depuis sa création, <em>Le Délit</em> donne une voix aux étudiants francophones et permet une presse réellement libre et représentative de la population étudiante mcgilloise. En effet, au courant des années 1970, McGill voit le nombre de francophones inscrits croître pour atteindre 20% du corpus — statistique similaire aux informations divulguées par l’université pour l’année <a href="https://www.mcgill.ca/undergraduate-admissions/fr/etudiants-quebecois#:~:text=Vivre%20en%20français%2C%20ici,autre%20de%20Montréal%2C%20bien%20sûr." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">2024–25</a>. Cette année-là, 20% des étudiants affirment parler le français comme langue maternelle et plus de la moitié révèlent être capable de parler et de comprendre le français. Une nette amélioration depuis les années 1970, alors que la Loi 101 exclut McGill de son champ d’application et donc ne peut forcer l’établissement à adopter le français comme langue d’enseignement.</p>



<p>Néanmoins, plusieurs balises et règles relatives à l’emploi sont mises en application, interdisant par exemple la discrimination à l’embauche de quelqu’un pour sa compétence en anglais. Au fil des années, cette mesure bénéficie certes aux francophones, mais aussi aux professeurs de partout dans le monde voulant contribuer à la richesse intellectuelle de l’université. Armé à présent d’un journal hebdomadaire tiré à plusieurs milliers d’exemplaires et d’une protection de son droit à l’emploi et à l’étude en français, l’étudiant francophone peut à présent survivre et prospérer à McGill.</p>



<p><strong>Création du portail « Vivre McGill en français » (2015)</strong></p>



<p>Maintenant qu’une équité — du moins dans la Charte constitutive de McGill — est atteinte, l’Université se lance dans des activités de valorisation du français. L’idée novatrice de l’administration? Amener le français à la communauté anglophone montréalaise et internationale par le biais d’activités diverses et de programmes d’attestation d’apprentissage du français. Les francophones semblent avoir gagné énormément de terrain depuis 1821, tellement qu’il est maintenant question de faire du français une langue attirante pour les étudiants partout dans le monde. L’université, très loin de son passé discriminatoire, abrite notamment la Commission des affaires francophones (CAF), organisation s’occupant de la protection des droits des francophones à McGill. D’un point de vue éducatif, plusieurs facultés offrent des cours ou des programmes disponibles en français. C’est le cas notamment de la Faculté de droit, fait qui rendrait sûrement Siméon Pagnuelo très fier d’avoir résisté à l’opposition à l’institution francophone du Barreau! Le portail se consacre aussi à la création de capsules linguistiques, culturelles et touristiques sur le français et la ville de Montréal, prenant l’initiative de présenter avec précision l’importance du français hors du microcosme mcgillois. Une récente campagne publicitaire illustre également le bon vouloir de McGill, valorisant son « French side » et voulant montrer hors de tout doute la réelle inclusion de la francophonie entre ses murs.</p>



<p><strong>Francofête 2025!</strong></p>



<p>Ce bref résumé historique de quelques passages marquants de la francophonie à McGill vise à démontrer toute l’importance de la Francofête organisée par l’université dans l’intégration des francophones, mais aussi du français dans son quotidien. 200 ans d’histoire, de querelles, de manifestations… et pourtant, le français a réussi à se frayer une place dans le monde anglophone de McGill, faisant d’elle une université réellement bilingue. Continuez d’exercer vos droits et de collaborer avec l’université dans ses activités de valorisation de la langue officielle!</p>
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		<title>Le Français: un atout?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/02/20/le-francais-un-atout/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Proulx]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Feb 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Enquête sur l’accès à une correction paritaire bilingue à McGill.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le Québec peut se vanter d’être la seule province officiellement et véritablement francophone du Canada — muni de maintes lois et chartes visant à protéger l’intégrité de sa langue officielle. Le français est mis de l’avant comme un pilier de sa culture fondatrice, de ses institutions et de ses services : comment se porte-t-il réellement? En vérité, tous ces efforts législatifs semblent se buter à un <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2074599/declin-francais-jean-francois-roberge-reseau-sociaux-anglais-travail" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">inexorable déclin de l’utilisation du français</a> comme langue principale au travail et dans les milieux académiques, tous groupes d’âges confondus. Cette détérioration de la langue nationale est sans doute attribuable à une pléthore de facteurs complexes que la présente enquête ne prétend pas identifier, préférant se concentrer sur des enjeux plus pertinents au quotidien des étudiants francophones mcgillois. L’Université McGill, microcosme anglophone au statut protégé, est tenue d’assurer la protection des droits de ses étudiants francophones de naissance, composant le <a href="https://vivreenfrancais.mcgill.ca/mcgill-en-francais/sur-le-campus/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">cinquième de sa population inscrite</a>, toutes facultés confondues. Elle redouble d’initiatives et de campagnes publicitaires, faisant la promotion d’activités valorisant la francophonie ou bien l’usage du français sur le campus — efforts louables dont <em>Le Délit</em> est un des principaux bénéficiaires.</p>



<p>Cette enquête passe outre les engagements parascolaires de l’Université et se penche davantage sur l’expérience académique concrète de ceux qui font le choix de remettre leurs travaux universitaires en français. Cette option, un droit acquis et protégé par la Charte de l’Université, est-elle réellement garantie? Les professeurs (et autres professionnels du milieu académique) engagés par McGill sont-ils réellement capables de fournir une correction paritaire, peu importe la langue utilisée par l’étudiant? La Faculté des arts — ses quelque 8 000 étudiants en faisant la plus fréquentée — est le point focal de cette enquête, choisie pour la diversité des disciplines qui y sont enseignées et pour l’importance de la rédaction dans la remise de travaux académiques. Le statut d’université de prestige qu’arbore fièrement l’Université McGill la rend particulièrement attrayante pour les étudiants internationaux, alors que plus de <a href="https://www.mcgill.ca/undergraduate-admissions/international-students" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">150 pays</a> sont représentés au sein de sa population étudiante. Cette diversité s’étend à son corps professoral, qui attire des académiciens des quatre coins du monde, permettant une richesse d’expertise inégalable bonifiant certainement l’enseignement offert. Malgré son statut bien défini d’institution unilingue, le recrutement de professionnels hors Québec expose la Faculté des arts à un dilemme quant à sa promesse de parité linguistique de correction.</p>



<p><strong>Le corps professoral se prononce</strong></p>



<p>Considérant la responsabilité de McGill quant à l’embauche d’employés capables d’assurer la correction (ou du moins une supervision de la correction) de travaux en français aussi qualitative qu’en anglais, quelles sont les attentes de l’institution quant au niveau linguistique initial de ses professeurs? Alain Farah, professeur agrégé du Département de littérature française, affirme que « le processus d’embauche n’exige pas du candidat de maîtriser le français — ni l’anglais! » Lui-même professeur de certains des rares cours pouvant exiger la soumission d’un travail dans une langue spécifique, il déclare ne pas se considérer suffisamment compétent en anglais pour corriger des travaux en cette langue à un niveau universitaire. C’est une chose de comprendre une langue et d’en avoir des compétences conversationnelles, mais c’en est clairement une autre d’analyser la pertinence d’un raisonnement complexe dans un domaine souvent très précis. Il révèle que, dans bien des cas, les professeurs sont unilingues anglophones, évidemment incapables de réaliser une quelconque correction autonome d’un travail en français. Sachant cela, quelles sont les ressources mises à la disposition de ces sommités par l’Université pour assurer un respect des mesures sur la protection des droits des francophones du Québec et d’ailleurs? Professeur Farah dit ne pas être au courant d’un tel système, et il n’est pas le seul.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« La question est de savoir si les travaux en français seront corrigés avec la même compétence et considération que leur contrepartie anglophone »</p>
</blockquote>



<p>Dr Judith Szapor, professeure agrégée du Département d’histoire, abonde en ce sens. Citant les exigences du contenu de chaque programme de cours de la Faculté des arts, elle insiste sur le fait que la remise de travaux en français est un droit accordé aux étudiants par l’intermède d’une politique interne obligatoire. Cette déclaration, vous la trouverez formellement dans tout document de ce type transmis aux étudiants par les professeurs — qu’en est-il de son application? Bien qu’elle soit elle-même francophone de naissance, elle affirme ne « plus pouvoir corriger de travaux en français au même niveau qu’en anglais », faisant par exemple ses commentaires de correction en anglais sur les copies francophones. Elle nie cependant un quelconque laxisme quant à la correction, affirmant s’armer « d’un dictionnaire et d’outils grammaticaux lorsqu’elle ne comprend pas certaines tournures de phrase » — travail exemplaire dont elle est très fière. Cette fierté professionnelle et académique, me dit-elle, devrait être le standard du corps professoral, mais elle comprend que sa maîtrise du français n’est pas partagée par l’ensemble de ses collègues. De surcroît, elle n’a pas connaissance d’un centre d’aide à la correction pour les professeurs ou les auxiliaires d’enseignement unilingues et cite une problématique supplémentaire encore plus criante. En effet, dans des cours de niveau 300, 400 et 500, le sujet se raffine, la méthodologie individuelle d’enseignement se précise et les perspectives peuvent changer radicalement selon le chargé de cours. Comment alors déléguer la correction et assurer non pas uniquement une bonne compréhension du français, mais simplement une bonne compréhension du sujet?</p>



<p><strong>Une conformité imparfaite</strong></p>



<p>La question de la parité refait surface dans la barrière que peut causer la langue dans l’accès direct au professeur expert. Si les étudiants savent pertinemment que le professeur ne maîtrise pas le français, vont-ils réellement prendre le risque de soumettre leurs travaux en cette langue? Leurs droits sont-ils bafoués non pas par une mauvaise correction, mais plutôt par la seule crainte d’un manque de parité? Selon la Charte de McGill, le droit pour les étudiants d’être unilingues francophones serait protégé par leur droit de remise en français — aucune mention n’est faite des mécanismes pouvant assurer le respect de ce droit fondamental. Il en va de même pour la Charte de la langue française du Québec, qui prévoit aux articles 45–47 des mesures qui empêchent la mise en danger du français dans les processus d’embauche, sans pour autant garantir les droits des francophones. C’est cette nuance qui crée une zone grise, garantissant par exemple qu’on ne peut pas engager quelqu’un sur la seule base de la maîtrise de l’anglais, mais n’exigeant pas qu’elle sache s’exprimer en français — surtout dans une institution anglophone comme McGill.</p>



<p>Dans ces conversations avec les professeurs de différents départements, difficile d’ignorer la tendance du « don’t ask, don’t tell [ne pose pas des questions, ne dit rien, ndlr] » — alors que Dr Szapor avoue ne pas vraiment savoir comment ses collègues unilingues accomplissent une correction paritaire des travaux reçus. Professeur Farah est encore plus sceptique, sans pour autant mettre en question l’intégrité du corps professoral, alors qu’il affirme ne pas connaître à McGill une quelconque instance assurant une correction paritaire. Personne ne semble savoir ni vouloir s’informer sur les pratiques de ses collègues. Après tout, la correction et le contrôle de la qualité de celle-ci relèvent uniquement du professeur titulaire du cours, m’explique Dr Szapor : le silence règne dans les couloirs de la Faculté. La correction paritaire du français n’est pas un sujet de discussion entre collègues. On ne veut pas froisser ou offusquer, en questionnant la compétence d’un professeur, d’un ami.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="900" height="1200" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/02/McGill-Francais-2.png" alt class="wp-image-57537" style="width:422px;height:auto" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/02/McGill-Francais-2.png 900w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/02/McGill-Francais-2-650x867.png 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/02/McGill-Francais-2-150x200.png 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2025/02/McGill-Francais-2-768x1024.png 768w" sizes="auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/stu-dore/?media=1" data-wpel-link="internal">Stu Doré</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>
</div>


<p><strong>L’expérience francophone étudiante à McGill</strong></p>



<p>Outre les témoignages des professeurs, une recherche de la base de services confirme l’absence d’une quelconque instance rendue directement accessible par les chargés de cours des différentes facultés. On relève l’existence des Services linguistiques de McGill — œuvrant dans la correction et la révision de textes en français —, mais une lecture approfondie montre que ce service s’adresse principalement à l’administration pour ses mémos institutionnels et autres documents officiels. Encore une fois, rien n’est rendu disponible aux étudiants ou aux professeurs pour assurer une correction réellement paritaire lorsque le français est utilisé. Malgré l’absence d’un quelconque système d’encadrement de la correction ou d’une vérification de la compétence linguistique des professeurs, certains étudiants persistent à remettre leurs travaux en français.</p>



<p>Éloïse, étudiante de troisième année en sciences politiques, est de ces irréductibles : <em>Le Délit</em> a donc voulu chercher à connaître son expérience quant à la correction de ses travaux. Il n’est pas question pour elle de juger de la capacité des professeurs à comprendre et à corriger en français : elle n’a aucune attente envers ceux-ci, étant donné leur présence dans une institution anglophone. Elle reconnaît également la variabilité indue causée par les différents professeurs, leurs différents barèmes de correction et les autres modalités de leurs cours. Essentiellement, il semble très difficile selon elle d’évaluer proprement le niveau de français du professeur ou de ses auxiliaires. Éloïse défend l’opinion selon laquelle cette correction en français est un droit qui ne lui est jamais refusé ; elle se questionne cependant sur les méthodes utilisées pour assurer le respect de ce droit. Elle ajoute : « je ne serais pas du tout étonnée si les professeurs ou leurs TAs [auxiliaires d’enseignement, ndlr] utilisent Google Translate (ou une autre plateforme similaire) pour faciliter la correction » — relevant une fois de plus la subtilité de l’enjeu dont cette enquête fait état. La question n’est pas de savoir si les travaux en français seront corrigés, mais bien s’ils seront corrigés avec la même compétence et considération que leur contrepartie anglophone. La correction est faite, la note est acceptée par l’étudiant et le cours est complété : justice est-elle donc rendue? Éloïse affirme n’avoir jamais eu de réel problème avec la correction de ses travaux ; pourtant, l’utilisation potentielle d’un logiciel de traduction n’est-elle pas un signe d’iniquité? Cette affirmation fait écho au message des professeurs Szapor et Farah, comme quoi aucune réelle ressource professionnelle n’est mise à la disposition des membres unilingues anglophones du corps professoral.</p>



<p>Comment prétendre à la parité de la correction si une pluralité de professeurs ne peut corriger ou superviser des travaux en français au niveau universitaire et que l’Université ne possède aucune exigence de maîtrise du français à l’embauche? Il semble donc que, malgré une multitude de politiques mises en place pour assurer le respect des droits des étudiants francophones, ceux-ci sont bien souvent soumis à des conditions de correction inégalitaires. Cela dit, le témoignage d’Éloïse ne se veut pas accusateur ni n’a‑t-il pour objectif de se plaindre : sa perception d’étudiante ne décèle pas l’inégalité recensée par les professeurs interrogés. Pas surprenant, selon Dr Szapor, étant donné l’opacité omniprésente au sein du corps professoral quant aux méthodes utilisées pour la correction : il serait difficile de percevoir une inégalité si l’on n’a même pas conscience du système qui la sous-tend.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Je ne serais pas du tout étonnée si les professeurs ou leurs auxiliaires d’enseignement utilisent Google Translate pour faciliter la correction »</p>
<cite>— Éloïse, étudiante de troisième année</cite></blockquote>



<p><strong>Comment responsabiliser l’institution</strong></p>



<p>Que doit retenir la communauté francophone de cette enquête sur la réelle parité des services linguistiques rendus par McGill? Selon Professeur Farah, il faut chercher à plonger plus profondément dans le système et à exiger davantage de comptes des professeurs et de leurs assistants. Le réel problème en soi n’est pas l’intégrité ou le professionnalisme ; il s’agit simplement d’inciter l’Université à fournir toutes les ressources nécessaires pour faire appliquer les politiques qu’elle rend obligatoires. Comme l’affirme le Dr Szapor, si l’Université et sa Faculté des arts obligent les professeurs à inclure ce droit fondamental dans leur programme de cours, elle doit contribuer à son application. Elle croit fermement que c’est la richesse linguistique — pas seulement du bilinguisme mcgillois — qui donne toute sa valeur à l’Université : il s’agit simplement de laisser tous les étudiants s’exprimer et être considérés équitablement.</p>



<p>Il existe tout de même différentes manières de faire valoir les droits des francophones à McGill. Les étudiants peuvent bien sûr, comme conseillé par Professeur Farah, assurer un suivi plus poussé de leurs travaux remis en français, surtout lorsqu’on « ne sait pas exactement qui corrige la copie », comme le souligne Éloïse. Si cette première mesure s’avère insatisfaisante, l’étudiant peut se tourner vers la Commission des affaires francophones (CAF) et plaider sa cause envers cet organe visant à faire valoir les enjeux de la francophonie sur le campus mcgillois. Bien que la population francophone soit minoritaire, la CAF s’assure qu’elle ne soit pas invisible et que ses intérêts soient défendus — incluant bien entendu la promesse de parité linguistique présente à l’article 19 de la Charte constitutive de McGill.</p>



<p>Cette enquête expose la principale faille des promesses faites par McGill à sa population étudiante francophone, mais montre également le bon vouloir de l’Université à assurer la survie du français en ses murs. Il s’agira simplement de rendre plus accessibles des ressources pour assister les professeurs dans leurs corrections et, surtout, d’imposer davantage de transparence quant aux processus individuels de correction. Le français, comme le dit Éloïse, est un droit. Pas une option, pas un privilège, mais bien un droit pour quiconque est inscrit au sein de cette Université — ceux qui l’utilisent ne devraient pas voir leurs résultats être déterminés arbitrairement ou différemment des autres. Comment protéger ce droit sans pour autant heurter l’immense richesse d’expertise contenue dans la Faculté? À vous de jouer, McGill…</p>
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		<title>Les gardiens de la démocratie</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/01/29/les-gardiens-de-la-democratie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Proulx]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Jan 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Lobbyisme]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Démystifier la pratique et l’encadrement du lobbyisme québécois.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Le lobbyisme a un problème de personnalité. L’évocation seule du terme rappelle une pléthore de scandales pharmaceutiques (Purdue Pharma), financiers (Crise financière de 2008) ou tabagiques (Affaire Dalli) ; il est, dans l’imaginaire commun, une gangrène sociale cupide. Les reportages sensationnalistes qui vilipendent cet instrument démocratique se concentrent sur un marché dérégulé, voire anarchique – celui des ÉtatsUnis. La mondialisation à laquelle la sphère médiatique est soumise place donc l’ensemble des lobbys et leurs représentants dans une catégorie artificiellement homogénéisée, ignorant les efforts des différents régimes pour l’encadrement de la pratique. Au sein d’une société majoritairement méfiante de la légalité et l’intégrité du lobbyisme et des titulaires de charges publiques (TCP), comment scinder le Québec de l’exemple américain? Présenter le cadre réglementaire québécois – en opposant ses modalités à la perception négative de jeunes universitaires – peut permettre de mettre en lumière le paysage du lobbyisme d’ici. Ainsi, nous saurons si la haine viscérale envers le lobbyisme est justifiée.</p>



<p><strong>Comprendre le système québécois</strong></p>



<p>Si l’on se penche sur les statistiques avancées québécoises, il va sans dire que ce marché parapolitique représente un paradis du plus offrant de par sa nature purement entrepreneuriale. Il ne faut pourtant pas confondre cette flagrante iniquité pour un abus de pouvoir, de confiance ou bien un manquement des élus à leur promesse d’intégrité. L’industrie du lobbyisme est rigoureusement encadrée par Lobbyisme Québec (LQ) – sous-division de l’Assemblée nationale – depuis 2002. Le mot d’ordre : transparence. S’il se révèle sociétalement impossible de combler l’écart des richesses et son influence dans l’accès aux élus, LQ s’assure d’une divulgation complète de toutes les tentatives de lobbyisme effectuées dans la province. Le commissaire au lobbyisme, Jean-François Routhier, œuvre sans cesse pour mettre à jour, réformer, populariser et perfectionner la Loi sur la transparence et l’intégrité en matière de lobbyisme (LTEML). La plateforme de divulgation Carrefour Lobby Québec est primée, moderne, facile d’accès, mais honteusement inconnue. Il semble donc que le problème ne repose pas dans un laxisme législatif, mais plutôt dans une méconnaissance des mécanismes mis en place pour la protection de l’État de droit québécois. Il s’agit donc de comprendre si les jeunes universitaires impliqués en politique sont insatisfaits et trouvent l’effort législatif trop faible ou bien s’ils basent leurs jugements du lobbyisme sur des perceptions injustifiées et externes au Québec.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« La tendance universitaire identifie non pas un manque de transparence, mais plutôt un partage imparfait des pouvoirs et une méconnaissance des ressources de divulgations comme étant la problématique principale »</p>
</blockquote>



<p><strong>L’encadrement législatif</strong></p>



<p>La transparence n’est-elle donc que factice si son existence reste inconnue par les masses? À quoi bon la divulgation du moindre murmure d’un lobbyiste envers un élu si personne ne sait comment l’entendre? Selon Eloïse, étudiante en développement international et en environnement à McGill, le problème est bifocal : l’accès à l’information est imparfait et les visées du lobbyisme ne mènent pas à une amélioration des conditions sociales de la population générale. Elle avance que « même si des mécanismes de contrôle existent, le fait même qu’ils soient inconnus du public rend leur efficacité risible », affirmant elle même n’avoir jamais consulté les ressources de transparence telles que CLQ. De plus, « des milieux sous-subventionnés ou moins financés, comme les organisations non gouvernementales et autres organisations environnementales, sociales, communautaires » voient leur accès aux élus complexifié à cause de lobbyistes qui accaparent l’agenda démocratique. Bogdan, étudiant en sciences politiques à McGill, soulève le problème suivant face au lobbyisme : « l’influence des lobbys [américains, <em>ndlr</em>] ne cesse d’augmenter depuis l’arrêt Citizens United v. FEC (2010) et a pris des proportions hallucinantes dans les dernières années. »</p>



<p>Il supporte ainsi l’idée que le lobbyisme américain est endémique au système, parfois à son détriment. Cependant, il note une lueur d’espoir pour le Québec, alors qu’il explique que la province se débrouille assez bien, citant des outils comme « un registre public assez complet […] et un système de vérification rigoureux. » </p>



<p>La tendance universitaire identifie non pas un manque de transparence, mais plutôt un partage imparfait des pouvoirs et une méconnaissance des ressources de divulgations comme étant la problématique principale. Bien que le modèle législatif québécois soit incroyablement avancé et muni de multiples organes de vérification de la conformité du lobbyisme, ce dernier garde sa réputation négative en raison des objectifs qu’il poursuit. Il paraît impossible d’enrayer l’attitude négative face au lobbyisme – même auprès de jeunes universitaires dont les intérêts académiques s’alignent avec des questions d’administration gouvernementale. Sachant que, comme le dit Eloïse : « le lobbyisme est inhérent, et dans une certaine mesure souhaitable dans le démocratie ; le réel problème, ce sont les manigances et autres actes frauduleux », il faut se pencher sur des façons de rendre le processus toujours plus paritaire et transparent. </p>



<p><strong>Le futur d’un lobbyisme transparent</strong></p>



<p>L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) – organisme œuvrant dans l’avancement dans la recherche socio-économique et la compilation statistique – recommande une multitude d’ajustements réglementaires qui pourraient faire toute la différence pour ce qui est de la confiance envers le processus démocratique. Ils proposent un meilleur encadrement des normes d’après-mandat – empêchant l’effet des « portes tournantes » chez les TCP et les abus de pouvoir et d’influence. L’organisation fait également la promotion de l’empreinte législative, qui divulgue publiquement et au sein de chaque projet de loi l’influence exacte de chaque groupe de représentation d’intérêts. Après avoir été informée de ces recommandations, Eloïse a semblé plus réceptive, affirmant que : « la meilleure visibilité et transparence ne peut qu’être bénéfique, » ajoutant qu’il fallait rester le plus loin possible du « modèle américain ».</p>



<p><strong>Des leçons à tirer?</strong></p>



<p>Que faut-il donc retenir de cette consultation étudiante? Il semblerait que le lobbyisme soit craint non pas pour sa seule pratique, mais pour les écarts éthiques qui y sont souvent attribués. En renforçant le cadre normatif et législatif actuel, il serait possible de rassurer la population sans pour autant que cette dernière ait l’impression d’être dupée. Malgré l’effritement de la confiance envers les institutions démocratiques, force est de constater que tout n’est pas perdu. Bien que le lobbyisme souffre d’un problème de personnalité, on le tolère, on le comprend et éventuellement on l’adoptera pleinement. Le Québec est sur la bonne voie en ce qui a trait à sa réforme de la LTEML : il doit continuer de surveiller et punir les contrevenants ainsi que s’assurer de divulguer de manière accessible et beaucoup plus publique les activités de lobbyisme. La méfiance est un problème d’accès. Il suffira de donner aux Québécois ce qu’ils désirent, ce qui les aidera à comprendre le côté essentiel du lobbyisme et la représentation d’intérêts. Les étudiants ont parlé : c’est au tour du Québec de se rendre digne de son titre de démocratie fonctionnelle et véritablement transparente!</p>
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		<title>Découvrir le quotidien des professeur·e·s‑chercheur·se·s</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/01/29/decouvrir-le-quotidien-des-professeur%c2%b7e%c2%b7s-chercheur%c2%b7se%c2%b7s/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maya Mohammad]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Jan 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[chercheur]]></category>
		<category><![CDATA[enquete]]></category>
		<category><![CDATA[professeur]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=57246</guid>

					<description><![CDATA[<p>Discussion avec Brendan Szendro et Barry Eidlin.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/01/29/decouvrir-le-quotidien-des-professeur%c2%b7e%c2%b7s-chercheur%c2%b7se%c2%b7s/" data-wpel-link="internal">Découvrir le quotidien des professeur·e·s‑chercheur·se·s</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Trouver un équilibre entre l’enseignement et la recherche est un défi quotidien pour les professeur·e·s‑chercheur·se·s. Ces deux vocations, souvent guidées par les intérêts individuels et les habitudes de travail des professeur·e·s, demandent une gestion rigoureuse de leur temps et des différentes tâches. Comment ces professionnel·le·s parviennent-ils·elles à jongler avec leurs multiples responsabilités? Grâce à deux témoignages de professeurs en sciences sociales et politiques, menant leurs propres projets de recherche, j’ai pu avoir un aperçu des routines, des défis, et des stratégies qu’ils adoptent pour concilier leur double métier. J’ai discuté avec le professeur Brendan Szendro, intéressé en recherche comparative sur les gouvernements et la politique, et le professeur Barry Eidlin, sociologue de recherche historique comparative sur les sujets de classes, inégalités, et changements sociaux. </p>



<p><strong>Au quotidien </strong></p>



<p>Le quotidien du domaine varie beaucoup en fonction de l’horaire et des responsabilités de chacun. Par exemple, combien de cours donnent-ils durant le semestre, combien d’étudiant·e·s ont-ils par classe, ont-ils des assistant·e·s, etc. Szendro explique : <em>« Ce semestre, j’enseigne trois cours, donc, à la place de travailler sur la recherche tous les jours, j’y dédie quelques jours entièrement. Les étés sont plus productifs, parce qu’il y a moins d’obligations liées à l’enseignement (tdlr) »</em>. De plus, relayer les tâches à une équipe de recherche, comme le fait Eidlin, allège sa charge de travail, lui permettant de travailler sur plusieurs projets et de trouver un équilibre avec ses responsabilités de professeur. </p>



<p>Eidlin explique : <em>« Il y a un rythme à la recherche. Il y a l’étape où on conçoit le projet, on développe les idées, on récolte les données, puis il y a l’analyse et la rédaction… mais en vérité, ce n’est pas aussi linéaire. Chaque projet a son propre rythme et chacun a ses contraintes. »</em> La collecte de données qualitative – c’est-à-dire des entrevues individuelles ou en groupe, des questionnaires, et autres – est la méthode la plus courante en sociologie. <em>« Je ne m’assois pas devant l’ordinateur pour faire des calculs et des analyses statistiques, c’est plutôt de la lecture, de la réflexion, de l’analyse des documents, de la recherche des tendances, faire la comparaison entres différentes perspectives. »</em> Tout ce processus demande plus de temps et d’efforts que la collecte de données quantitatives, qui consiste à recueillir des nombres et les codifier pour en faire des statistiques.</p>



<p>Pour mieux séparer travail et vie personnelle, Szendro fréquente un café de son quartier.<em> « Certains jours durant l’été ou le congé d’hiver, je commence la journée en allant à un café prendre quelques notes, ce qui est super relaxant »</em>, dit-il. On pourrait définir le café de <em><a href="https://esl.uchicago.edu/2023/11/01/third-places-what-are-they-and-why-are-they-important-to-american-culture/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">third space</a></em> – soit un endroit qui n’est ni la maison (<em>first space</em>), ni le bureau (<em>second space)</em>, mais un troisième espace consacré aux loisirs, au social, et dans ce cas-ci, à la recherche. Ce déplacement physique permet au cerveau d’associer chaque lieu avec un état d’esprit spécifique et d’être plus productif. </p>



<p><strong>Être professeur et chercheur </strong></p>



<p>Szendro partage : <em>« Pour certaines personnes, [être professeur et chercheur] s’agit de choses largement distinctes, mais pour d’autres – et c’est l’approche que j’utilise – la recherche constitue la base de ce que nous enseignons. À ce stade, cela devient une question de traduction »</em>, afin de rendre la matière accessible autant aux sphères de chercheur·se·s qu’aux étudiant·e·s. Il ajoute que les recherches demandent une approche plus technique et spécialisée, tandis que l’enseignement demande une forme plus éloquente afin de captiver un auditoire.</p>



<p>Pour les nouveaux·lles diplômé·e·s, faire de la recherche permet d’élargir les possibilités de carrière au delà de l’enseignement. Szendro développe que les possibilités d’avancement varie selon ses objectifs personnels et cela l’accorde plus d’indépendance dans la sélection de ses projets. Autant d’indépendance peut être source de stress au début, donc l’enseignement donne une structure sur laquelle se reposer. Finalement, les modes de travail pour les recherches et la structure de l’enseignement s’équilibrent mutuellement. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« C’est comme si on escalade une montagne, et on arrive à ce qu’on pense être le sommet, mais à travers les nuages on voit qu’il y a encore du chemin à faire »<br>Barry Eidlin, professeur-chercheur de sociologie</p>
</blockquote>



<p><strong>Les hauts et les bas</strong> </p>



<p>Eidlin partage les craintes des nouveaux·lles diplômé·e·s, qui ont souvent peur de ne pas parvenir à trouver un sujet de recherche, qui ne savent pas où commencer et qui se perdent dans la foule de chercheur·se·s. Il avoue : <em>« J’avais des craintes de ne pas savoir quoi faire, et maintenant j’ai trop à faire. Ça fait en sorte que c’est difficile de poursuivre [les projets] tous en même temps, alors il faut faire des sacrifices. »</em> Il ajoute qu’il faut prioriser quel projet et à quel moment le commencer en fonction de sa pertinence et de sa spécialisation professionnelle. En tant qu’étudiant·e, rendre sa thèse de doctorat semble être l’aboutissement.<em> « C’est comme si on escalade une montagne, et on arrive à ce qu’on pense être le sommet, mais à travers les nuages on voit qu’il y a encore du chemin à faire »</em>, décrit Eidlin. Szendro, pour sa part, atteste :<em> « Lorsque vous êtes fier d’un résultat, vous avez vraiment le sentiment d’avoir contribué à l’évolution des connaissances et vous avez le sentiment d’avoir découvert quelque chose d’unique. Cela semble profondément important. »</em></p>



<p>Tandis que ses recherches portent souvent davantage sur l’histoire, un de ses projets traite d’événements actuels. Je me demandais si, à cause du temps que prend le processus de publication, il est possible que la recherche ne semble pas aussi pertinente une fois publiée. Eidlin explique :<em> « J’ai confiance que les événements que j’étudie actuellement seront toujours importants dans 5 à 10 ans. Je dois faire les recherches en ce moment, mais les trouvailles seront pertinentes dans le futur. »</em> </p>



<p><strong>Le processus d’évaluation par les pairs (peer-review) </strong></p>



<p>Dans certains secteurs de recherche, les revues sont davantage spécialisées. Par exemple, en sociologie, il existe des revues sur la sociologie politique, la sociologie de la famille, des mouvements sociaux, de la vie urbaine, la criminologie, la culture, etc. Il est important pour les chercheur·euse·s de considérer leur auditoire lorsqu’ils·elles établissent leur projet. Cependant, il est possible que la revue rejette leur projet, donc il est préférable d’en sélectionner plusieurs, au cas où. Comme le dit Eidlin : « <em>Une partie intégrale de la vie académique, c’est le rejet.</em> » Un appel aux critiques, qui ont la possibilité d’accepter ou de rejeter la demande. Il ajoute qu’il faut prendre en compte que les chercheur·se·s prennent de leur temps pour donner des évaluations à d’autres projets et ne sont pas rémunéré·e·s pour ce travail.</p>



<p><strong>L’équilibre entre passion et défis </strong></p>



<p>Pour tout dire, l’équilibre entre l’enseignement et la recherche est un défi constant pour les professeur·e·s‑chercheur·se·s. Entre les exigences de collecte de données, la rédaction, l’évaluation par les pairs, et les multiples révisions, ces professionnel·le·s jonglent entre de nombreuses responsabilités qui demandent beaucoup d’organisation et de motivation dans leurs quotidien. Malgré les obstacles et les rejets, le rôle de chercheur·se contribue de manière significative à l’avancement des connaissances et à l’enrichissement des enseignements. Ces efforts, bien que souvent invisibles, façonnent les disciplines académiques et la société en général.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/01/29/decouvrir-le-quotidien-des-professeur%c2%b7e%c2%b7s-chercheur%c2%b7se%c2%b7s/" data-wpel-link="internal">Découvrir le quotidien des professeur·e·s‑chercheur·se·s</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Vivre en résidence : mélange culturel ou simple colocation améliorée?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/01/22/vivre-en-residence-melange-culturel-ou-simple-colocation-amelioree/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aliénor Jardin]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Jan 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[enquete]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
		<category><![CDATA[résidences]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=57025</guid>

					<description><![CDATA[<p>McGill : résidences universitaires, entre diversité et repli social.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/01/22/vivre-en-residence-melange-culturel-ou-simple-colocation-amelioree/" data-wpel-link="internal">Vivre en résidence : mélange culturel ou simple colocation améliorée?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Si les étudiant·e·s en première année à l’université font souvent l’expérience de vivre loin de leurs parents, cette transition prend une dimension particulière en résidence universitaire, où la mixité culturelle et les affinités sociales s’entrelacent. Ainsi, lorsqu’ils·elles arrivent à McGill, une question majeure se pose : résidence ou colocation? Cet éloignement de la bulle familiale offre une opportunité unique de rencontrer des personnes aux parcours, langues et habitudes de vie différents, élargissant ainsi le cercle social habituel. En 2022, <a href="https://www.mcgill.ca/about/quickfacts" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">29,8 % des étudiant·e·s inscrit·e·s à McGill étaient internationaux·ales</a>. Les résidences concentrent une grande partie de cette population en première année. Dans ce saut vers l’inconnu et face aux défis de l’intégration, la résidence étudiante peut être perçue comme un accélérateur de relations dans un cadre multiculturel souvent bien différent de ce à quoi on a été habitué auparavant. Pourtant, bien que généralement proposée par McGill pour les nouveaux·lles venu·e·s, loger dans une résidence demeure une option coûteuse et qui n’est pas systématiquement envisagée. </p>



<p>Pour mieux cerner l’impact des résidences universitaires sur l’intégration sociale et la diversité culturelle à McGill, j’ai mené plusieurs entretiens avec des étudiantes ayant connu différents parcours. Parmi elles, Rosa Benoit-Levy, en première année, ainsi que Susana Baquero, Auxane Bussac, et Marguerite Lynas, toutes en troisième année, ont partagé leurs expériences dans diverses résidences. Cette enquête explore si ces lieux de vie collective tiennent leur promesse de diversité et favorisent la formation de liens sociaux durables.</p>



<p><strong>La diversité en résidence, une réalité? </strong></p>



<p>Dans les résidences universitaires de McGill, les espaces communs partagés comme les cuisines, les réfectoires ou les salles de bain sont souvent des lieux de socialisation. Ce type d’environnement favorise des interactions fréquentes et informelles entre les résident·e·s, confronté·e·s à la vie en communauté. Auxane Bussac, élève de troisième année, souligne : « En termes de vie sociale ça me paraît évident que vivre en résidence facilite la création de liens avec les autres étudiants pour la simple et bonne raison qu’on vit ensemble 24 heures sur 24 et sept jours sur sept […] il y a aussi l’esprit de communauté qui est non négligeable en résidence, être en permanence à quelques pas les uns des autres et partager une intimité de vie au quotidien ça crée des liens très forts. » </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Les témoignages recueillis auprès de nombreux·ses étudiant·e·s montrent que l’année en résidence constitue un<br>tremplin important pour l’intégration sociale et l’exploration de la diversité culturelle »</p>
</blockquote>



<p>Sur le site officiel du <a href="https://www.mcgill.ca/students/housing/fr/offre-de-residences" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Logement étudiant de McGill</a>, l’Université dit offrir des espaces adaptés à chacun·e (selon le coût, le bruit…) avec son slogan : « Nos résidences reflètent la diversité de la population étudiante ». Cette promesse de diversité est perçue différemment selon les expériences des résident·e·s. Dans les premières semaines, ce contexte si particulier, où l’on ne choisit pas qui sera notre voisin·e, donne l’impression de pouvoir connaître beaucoup de monde, provenant de larges horizons. Et en théorie, oui ; comme le souligne Marguerite Lynas (élève de troisième année ayant vécu à la Nouvelle Résidence) : « Quand tu vis dans la résidence c’est très sympa puisque tu as toujours l’opportunité de rencontrer des nouvelles personnes si tu veux. Cela permet de ne pas te fermer dans un groupe mais de diversifier le genre de personnes que tu vas fréquenter, et les langues que tu vas parler. » </p>



<p>Cependant, en pratique, selon les caractères, langues parlées, expériences vécues… chacun·e a tendance à rester essentiellement avec des personnes de même origine ou parlant la même langue que lui·elle, comme le rapporte Auxane. Cela peut se produire plus naturellement du fait d’une culture, de références, d’habitudes, d’humour, qui peuvent amener à une entente tacite et renforcée par l’éloignement géographique du pays natal. Face à la réalité de ses liens, Auxane explique : « On a tous tendance à rester vachement avec nos pairs. […] Donc je ne dirais pas qu’on est particulièrement confronté à des interactions interculturelles, ça demande de l’effort, mais c’est clair que vivre en résidence ça facilite n’importe quel type d’interactions. » </p>



<p>Comme l’étudiante l’explique par la suite, rencontrer de nouvelles personnes nécessite parfois de sortir de sa zone de confort et d’aller vers les autres : « Tu peux vivre en résidence et pour autant te renfermer sur toi-même et tu feras beaucoup moins de rencontres que d’autres qui ne vivent pas en résidence, mais sont ouverts et avenants. » La résidence n’est donc pas toujours une précondition pour nouer des liens forts avec des personnes provenant du monde entier. </p>



<p><strong>« Un refuge culturel » </strong></p>



<p>Toutefois, pour certain·e·s, les similarités culturelles offrent un confort qui facilite l’adaptation et la confiance dans ce nouvel environnement. Susana Baquero, étudiante colombienne en troisième année, a trouvé un refuge culturel en partageant son étage avec une Panaméenne et une Mexicaine à l’une des Résidences supérieures : « Je me suis sentie plus à l’aise en parlant ma langue natale, je sentais que j’étais entourée de personnes qui comprenaient certaines choses dans ma culture. Ça ne veut pas dire que je ne m’entendais pas avec les autres gens de mon étage, mais ça me faisait me sentir plus proche de la maison. »</p>



<p>À l’inverse, au-delà d’une recherche de diversité culturelle, certaines résidences sont connues pour être dominées par une ou plusieurs nationalités, contrastant avec le slogan affiché sur le site du Logement étudiant. Par exemple, Rosa Benoit-Levy, actuellement en première année, remarque qu’à la Nouvelle Résidence : « Il n’y a pas beaucoup de diversité, dans la mesure où c’est une majorité de Français. Mais après, il y a pas mal d’Américains. Ça m’a plu, même s’il y a moins de diversité à Nouvelle Résidence que dans d’autres résidences. » </p>



<p>Les témoignages recueillis auprès de nombreux·ses étudiant·e·s montrent que l’année en résidence constitue un tremplin important pour l’intégration sociale et l’exploration de la diversité culturelle. Bien qu’aucune résidence ne soit exclusivement composée d’une seule nationalité, des regroupements naturels peuvent influencer l’expérience de la diversité. Néanmoins, la structure inclusive des résidences de McGill offre à tous·tes les étudiant·e·s une opportunité d’interagir dans un cadre multiculturel, même si la pleine exploration de cette diversité dépend de la volonté individuelle de chacun·e à sortir de sa zone de confort.</p>
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		<title>Un, deux, trois, pitchez!</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/01/22/un-deux-trois-pitchez/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Quitterie Janvier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Jan 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[enquete]]></category>
		<category><![CDATA[entreprenariat etudiant]]></category>
		<category><![CDATA[incubateur universitaire]]></category>
		<category><![CDATA[université]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment les incubateurs universitaires accompagnent-ils les étudiants-entrepre-<br />
neurs vers le succès ?</p>
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<p class="has-drop-cap">Avez-vous déjà imaginé que votre projet de fin de semestre soit plus qu’une présentation PowerPoint et devienne une véritable entreprise? Aujourd’hui, de plus en plus d’étudiants sautent le pas et se lancent dans leur propre aventure entrepreneuriale, et ce, depuis les bancs de l’université. L’entrepreneuriat, aussi stimulant qu’incertain, séduit particulièrement la génération Z, prête à travailler d’arrache-pied pour donner vie à ses idées.</p>



<p>Entre ambitions personnelles, mise à l’épreuve, et soutien institutionnel des incubateurs, nous nous penchons sur le mode de vie et les ressources des étudiants-entrepreneurs sur la voie du succès. Afin de plonger dans la réalité qui se cache derrière les paillettes et les slogans inspirants des start-ups, je suis allée à la rencontre d’étudiants-entrepreneurs et de responsables de l’incubateur Dobson de McGill. </p>



<p><strong>Tremplin ou simple coup de pouce? </strong></p>



<p>Face aux incertitudes de l’entrepreneuriat, de nombreuses universités canadiennes telles que HEC Montréal, l’ÉTS, ou encore Concordia ont créé des incubateurs pour offrir un cadre structuré et maximiser les chances de réussite de leurs étudiants-entrepreneurs. Bien que ces structures jouent un rôle clé dans l’écosystème entrepreneurial, leur efficacité demeure un sujet de débat.</p>



<p>Le Centre Dobson pour l’entrepreneuriat de McGill, actif depuis maintenant 30 ans, incarne bien ce modèle. Ouvert à l’ensemble de la communauté mcgilloise, il propose des programmes structurés et progressifs allant de la conception d’une idée à des tournées internationales. Fonctionnant presque comme un cours, cet incubateur enseigne aux étudiants les étapes clés de la création et de la croissance d’une entreprise, tel que l’art du pitch devant des&nbsp;investisseurs.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« L’outil clé : adopter une posture introspective, se poser des questions sans relâche et accepter que l’échec, loin<br>d’être une finalité, est une opportunité d’apprentissage »</p>
</blockquote>



<p>Selon Marianne Khalil, gestionnaire principale du Dobson Center, l’incubation universitaire présente deux atouts majeurs : un réseau facilitant les connexions avec des investisseurs et des acteurs du secteur, ainsi qu’une réduction des risques grâce à la crédibilité académique. Lors d’une entrevue, elle m’explique que de faire partie d’un incubateur permet avant tout d’avoir un accès direct vers l’industrie visée : « C’est un peu comme du match-making. » En agissant comme un sceau de qualité, l’incubateur rassure les investisseurs et offre aux étudiants un environnement propice à l’innovation. Ces avantages s’illustrent dans l’aventure de l’entreprise Arravon, cofondée par deux étudiants de McGill, qui m’ont expliqué que leur incubation leur a permis de franchir une étape importante. L’un d’eux m’a d’ailleurs confié : « Grâce au centre, j’ai pu rencontrer des investisseurs et des experts qui ont contribué à faire progresser mon projet. » </p>



<p>Rejoindre un incubateur est un atout non négligeable face à toutes les difficultés rencontrées lors d’une aventure entrepreneuriale. Cependant, cela ne garantit pas pour autant le succès. Bien que ces structures offrent un cadre et des conseils précieux, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=COtH4Dq7-pA" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">une grande majorité des start-ups incubées finissent tout de même par disparaître</a>. L’entrepreneuriat reste un domaine incertain, où la persévérance et l’agilité sont essentielles. Au-delà du coup de pouce des incubateurs universitaires, la réussite dépend surtout de la capacité des entrepreneurs à s’adapter, à se démarquer et à évoluer dans un milieu de plus en plus compétitif. Pour les étudiants en particulier, réussir à créer une entreprise implique de repenser leur mode de vie afin de trouver un équilibre.</p>



<p><strong>Un mode de vie à double casquette</strong></p>



<p>Le quotidien des étudiants-entrepreneurs repose sur un équilibre délicat entre études et projets professionnels. En effet, bien que beaucoup se lancent initialement pour occuper leur temps libre, rapidement, leurs priorités se réorganisent : leur cursus académique est adapté, presque contraint de répondre aux exigences de leur entreprise. À l’unanimité, on constate que l’entrepreneuriat prend le pas sur les études. « Officieusement, l’entrepreneuriat, c’est mon activité principale, mais il ne faut pas le dire à voix haute », souligne une étudiante anonyme et fondatrice d’une start-up incubée. La gestion de ce double engagement demande une organisation rigoureuse. Il apparaît que les étudiants-entrepreneurs s’accordent à dire qu’il s’agit d’un projet exigeant, nécessitant un engagement total, qui finit par transformer le rapport au temps et aux responsabilités.</p>



<p>Mais dans ce cas pourquoi ne pas attendre pour se lancer? Pour les trois étudiants interrogés, c’est avant tout la recherche de renouveau et de défis qui les motive. L’université représente le terrain de jeu idéal pour expérimenter et faire des erreurs. Cette période de vie, où l’entrepreneuriat ne constitue pas encore une source de revenu principal, limite les risques financiers et les aide à se lancer. Comme le souligne Xavier Niel, fondateur de la station F – un incubateur de start-ups lors d’entrevues : « le moment idéal pour lancer une start-up, c’est celui qui vous met le moins en danger, soit le confort douillet des études. » Il ajoute que « quand vous commencez [votre entreprise] à 19 ans, le risque est faible car c’est la continuité de vos études, que la start-up marche ou non. »</p>



<p>Au-delà des risques, l’ambition joue un rôle clé au sein des étudiants qui choisissent de se lancer : « C’est le plus gros projet sur lequel je pouvais mettre la main », explique Cyril, un étudiant en anthropologie à Concordia ayant lancé deux start-ups dans son temps libre. Cela traduit l’idée que cette opportunité représente un projet d’envergure, qui valorise pleinement leurs capacités et leurs ressources. Cependant, cette valorisation peut être mise à rude épreuve lorsque confrontée à l’échec. </p>



<p><strong>Une jeunesse ambitieuse face aux échecs en entrepreneuriat </strong></p>



<p>Dans le monde de l’entrepreneuriat, les échecs sont non seulement acceptés – <a href="https://explodingtopics.com/blog/startup-failure-stats" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">quatre idées sur cinq n’aboutissent jamais</a> -, mais sont considérés comme une étape essentielle du processus. Plus que des idées souvent volatiles, c’est la personnalité de l’entrepreneur et la capacité à incarner une vision dans un secteur maîtrisé qui font la différence auprès des investisseurs. « Avoir une idée, ça s’apprend. Ce que tu vends lors d’un pitch, c’est ton ambition », m’explique l’un des cofondateurs d’Arravon Technologie, présentement étudiant à McGill.</p>



<p>Carole Stromboni, autrice du livre <a href="https://www.editions-eyrolles.com/livre/innover-en-pratique" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Innover en pratique</em></a>, explique que l’idée représente seulement 10% de l’innovation. Les 90% du chemin restant prennent une dimension profondément personnelle, incluant les premiers grands échecs. Contrairement à l’école ou au monde de l’entreprise, où l’échec peut être dilué parmi les autres, en entrepreneuriat, il semble sans excuses, ni filet de sécurité: ce que l’on crée, c’est soi-même. Cette idée met l’estime de soi à rude épreuve, imposant une capacité à prendre de la distance et se détacher progressivement des échecs. Cyril s’est lancé dans l’entrepreneuriat en fondant Meoria et Jeuno, deux start-ups dédiées à la jeunesse, connaissant à la fois des réussites et des échecs. Il m’explique que la gestion émotionnelle de ces échecs s’avère un long apprentissage, mais demeure essentiel au succès sur le long terme: « Ce n’est pas parce que ça ne fonctionne pas que je ne suis pas fait pour ça. »</p>



<p>Même si l’entrepreneuriat attire une large foule séduite par le prestige, seuls quelques-uns, armés de résilience, parviennent à se démarquer. L’outil clé : adopter une posture introspective, se poser des questions sans relâche et accepter que l’échec, loin d’être une finalité, est une opportunité d’apprentissage. Ainsi, la frontière entre succès et échec se floute, les hauts comme les bas apportant de précieuses leçons.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/01/22/un-deux-trois-pitchez/" data-wpel-link="internal">Un, deux, trois, pitchez!</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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