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	<title>Archives des Réflexion - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Wed, 30 Sep 2026 00:50:15 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
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	<item>
		<title>Quand utilisation devient appropriation</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/30/quand-utilisation-devient-appropriation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sixtine Nicolaÿ]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Coin queer]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[appropriation culturelle]]></category>
		<category><![CDATA[argot queer]]></category>
		<category><![CDATA[expressions]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[vocabulaire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’usage commun de l’argot queer afro-américain.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/30/quand-utilisation-devient-appropriation/" data-wpel-link="internal">Quand utilisation devient appropriation</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph"><em>Slay, clock it, spill the tea, yass queen</em>, sont des termes que vous avez déjà entendus lors d’une conversation avec vos ami·e·s, sur internet, ou que vous avez peut-être même utilisés. Si&nbsp; ces expressions semblent aujourd’hui assez répandues – elles font&nbsp; partie du langage courant –, ces mots ont, en réalité, une histoire complexe et peu évoquée. Issu de la&nbsp; communauté queer afro-américaine et latinx, l’argot queer est désormais utilisé par le grand public,&nbsp; ce qui reflète une démocratisation plus globale de ces termes, même en dehors de la communauté&nbsp; LGBTQ+. Toutefois, cela crée également des tensions quant à une possible appropriation culturelle,&nbsp; surtout quand les personnes qui utilisent ces mots ne connaissent pas le&nbsp; contexte dans lequel ils ont émergé. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des <em>ballrooms </em>à TikTok </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La plupart des termes qu’on pourrait qualifier d’argot queer, et&nbsp; qui sont utilisés aujourd’hui, proviennent de la culture <em>ballroom </em>des&nbsp; années 1970. Ces espaces ont&nbsp; émergé en réaction au <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/voguing-de-harlem-a-montreal/" data-type="link" data-id="https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/voguing-de-harlem-a-montreal/" data-wpel-link="internal">racisme </a>présent dans les concours de drag traditionnels, qui étaient donc&nbsp; surtout fréquentés par des personnes afro-américaines et latinx&nbsp; trans. Des compétitions s’y déroulaient, avec différents types&nbsp; d’épreuves qui opposaient des&nbsp; <em>houses </em>– des familles de substitution pour les personnes queer rejetées. C’est au sein de cet&nbsp; <a href="https://pridepalace.lgbt/blogs/news/gay-slang?srsltid=AU7gw4Uwh8qG9Fv4yQ9ZpqSWfTBt9esxcvCWEDdXfhFChjQkIqBCUJxV" data-type="link" data-id="https://pridepalace.lgbt/blogs/news/gay-slang?srsltid=AU7gw4Uwh8qG9Fv4yQ9ZpqSWfTBt9esxcvCWEDdXfhFChjQkIqBCUJxV" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">environnement </a>que de nombreux termes, et les significations qu’on leur attribue aujourd’hui, ont vu le&nbsp; jour. Le terme <em><a href="https://www.burnettfoundation.org.nz/articles/culture/popular-queer-slang-and-their-origins/" data-type="link" data-id="https://www.burnettfoundation.org.nz/articles/culture/popular-queer-slang-and-their-origins/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">slay</a></em>, par exemple, signifiait originellement qu’on avait&nbsp; tué quelque chose, mais dans les <em>ballrooms</em>, sa signification a évolué&nbsp; pour dire que quelqu’un avait vraiment réussi sa performance.&nbsp; </p>



<p class="wp-block-paragraph">D’autres mots, tels que le terme <em><a href="https://www.dictionary.com/culture/slang/periodt" data-type="link" data-id="https://www.dictionary.com/culture/slang/periodt" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">periodt</a></em>, peuvent être plus largement&nbsp; associés à l’anglais vernaculaire afroaméricain. C’est ce qu’on appelle&nbsp; l’<a href="https://www.britannica.com/topic/African-American-Vernacular-English" data-type="link" data-id="https://www.britannica.com/topic/African-American-Vernacular-English" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">AAVE </a>(<em>African-American Vernacular English</em>), un vernaculaire qui&nbsp; s’est développée aux États-Unis aux&nbsp; <em>17e et 18e </em>siècle et qui a été influencée par le contact de l’anglais britannique et des langues africaines.&nbsp; Ainsi, cet argot n’est pas uniquement issu des communautés queer, mais&nbsp; également de la culture et des pratiques linguistiques <a href="https://newsone.com/6854992/gen-z-slang-deeply-rooted-in-black-culture-linguistic-experts-say/" data-type="link" data-id="https://newsone.com/6854992/gen-z-slang-deeply-rooted-in-black-culture-linguistic-experts-say/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">afro-américaines</a> de manière plus générale.&nbsp; </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Le langage spécifique à une communauté […] contribue également à verbaliser certaines expériences spécifiques et créer ainsi un sentiment d’appartenance »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Si la communauté queer qui utilisait ces expressions était à l’origine très minoritaire, il existe plusieurs facteurs qui peuvent expliquer son utilisation&nbsp; commune aujourd’hui. Dans un premier temps, la sortie du film documentaire <em>Paris is Burning</em> de Jennie&nbsp; Livingstone en 1991, qui se concentre&nbsp; sur la scène des <em>ballrooms </em>new-yorkais, a contribué à populariser cette&nbsp; culture très peu connue du grand public. Mais c’est surtout dans les années 2010 que l’utilisation de ces&nbsp; termes connaît son plus gros développement, notamment grâce à&nbsp; l’émergence des émissions télévisées qui mettent ouvertement en&nbsp; avant la culture LGBTQ+, telles que <a href="https://gcn.ie/queer-language-social-media/" data-type="link" data-id="https://gcn.ie/queer-language-social-media/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">RuPaul’s Drag Race</a>, lancée en 2009, ou&nbsp; encore Queer Eye, sortie en 2018. La popularisation du hip hop à aussi participé&nbsp; à l’essor de certains termes issus de l’AAVE et également utilisés dans la&nbsp; culture des <em>ballrooms</em>. Enfin, la popularisation de ces mots à un niveau global&nbsp; n’a été possible que grâce aux réseaux&nbsp; sociaux, qui ont fait circuler ces expressions. Cela explique également pourquoi&nbsp; ce vocabulaire est surtout adopté par la génération Z. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le polari : une langue secrète </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au 20e siècle, en Angleterre, les hommes homosexuels parlaient un&nbsp; langage « secret » : le <a href="https://www.bbc.com/culture/article/20170726-the-secret-language-that-broke-taboos" data-type="link" data-id="https://www.bbc.com/culture/article/20170726-the-secret-language-that-broke-taboos" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">polari</a>. Initialement, cet argot était utilisé par&nbsp; diverses communautés marginalisées. Il finit par être parlé dans les&nbsp; <em>music halls</em> et progressivement adopté par la communauté homosexuelle.&nbsp; Composé d’une centaine de mots de vocabulaire et d’expressions, il avait un rôle identificateur et sécuritaire, l’homosexualité étant criminalisée à l’époque en Angleterre. Il permettait&nbsp; aux gens qui le parlaient de se reconnaître entre eux sans être forcément&nbsp; compris par d’autres. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais au-delà de l’aspect purement pratique, le fait d’avoir un langage commun avait également un rôle&nbsp; unificateur au sein d’une communauté extrêmement discriminée.&nbsp; L’utiliser dans l’espace public était également une façon d’exister et de prendre de la place dans des lieux où&nbsp; l’homosexualité était fortement réprimée. De plus, certains mots utilisés&nbsp; servaient à nommer des expériences spécifiques à la sous-culture gaie qui n’avaient pas d’équivalents exacts en anglais. Dans un article pour la <a href="https://www.bbc.com/culture/article/20170726-the-secret-language-that-broke-taboos" data-type="link" data-id="https://www.bbc.com/culture/article/20170726-the-secret-language-that-broke-taboos" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">BBC</a>, le sociologue Paul Baker explique que le&nbsp; « polari n’était pas seulement une langue secrète, c’était une autre façon de voir le monde ».&nbsp; </p>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire du polari met en avant l’importance pour une communauté&nbsp; marginalisée d’avoir son propre vocabulaire. Aujourd’hui, cette langue n’est&nbsp; presque plus parlée – en 2010, Cambridge l’a déclarée comme une langue&nbsp; en <a href="https://www.advocate.com/news/daily-news/2010/12/10/polari-gay-code-language-faces-extinctionhttps://www.advocate.com/news/daily-news/2010/12/10/polari-gay-code-language-faces-extinction" data-type="link" data-id="https://www.advocate.com/news/daily-news/2010/12/10/polari-gay-code-language-faces-extinctionhttps://www.advocate.com/news/daily-news/2010/12/10/polari-gay-code-language-faces-extinction" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">voie de disparition,</a> notamment&nbsp; parce que sa fonction première a disparu suite à la dépénalisation de&nbsp; l’homosexualité en Angleterre. Cependant, son histoire nous rappelle qu’un&nbsp; langage spécifique à une communauté n’a pas uniquement pour but&nbsp; de communiquer, mais contribue également à verbaliser certaines expériences spécifiques et créer ainsi un sentiment d’appartenance.&nbsp; </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Utilisation et appropriation&nbsp; </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le cas de l’argot queer contemporain, son utilisation en dehors de la&nbsp; communauté noire LGBTQ+ n’est pas toujours bien accueillie, surtout quand ces termes sont repris sans aucune&nbsp; connaissance du contexte dans lequel&nbsp; ils ont émergé. L’appropriation du vocabulaire d’une communauté&nbsp; historiquement discriminée a pour risque d’effacer l’histoire et les expériences qui ont conduit à l’émergence de ces expressions. Ces mots sont parfois repris parce&nbsp; qu’ils sont considérés comme « cool » ou populaires, sans que leurs origines ou significations&nbsp; ne soient réellement bien comprises. C’est ce que souligne&nbsp; <a href="https://newsone.com/6854992/gen-z-slang-deeply-rooted-in-black-culture-linguistic-experts-say/" data-type="link" data-id="https://newsone.com/6854992/gen-z-slang-deeply-rooted-in-black-culture-linguistic-experts-say/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Jamaal Muwwakkil</a>, un sociologue, anthropologue et linguiste&nbsp; qui explique, en parlant des expressions AAVE : « Je ne comprends&nbsp; pas comment on peut entendre un mot et se dire : “Ce mot sonne bien ou il est intéressant; je ne vais pas me renseigner”, et commencer à le dire tout simplement. » </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« L’utilisation de ces termes est souvent marquée par un manque de connaissance quant à leur histoire »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">De plus, le manque de connaissances autour de ces mots signifie qu’ils sont parfois utilisés dans un sens différent&nbsp; de celui originellement attribué. L’expression <em><a href="https://www.them.us/story/clock-it-how-ballroom-coined-the-internets-new-catchphrase" data-type="link" data-id="https://www.them.us/story/clock-it-how-ballroom-coined-the-internets-new-catchphrase" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">clock it</a></em> est, par exemple,&nbsp; souvent utilisée comme une façon&nbsp; d’acquiescer ou d’approuver les propos d’une personne. Cependant, elle&nbsp; était initialement utilisée dans les ballrooms afin de faire comprendre à une personne queer ou trans qu’on&nbsp; avait compris qui elle était « réellement ». Son utilisation actuelle&nbsp; semble avoir complètement séparé&nbsp; le terme de ces différents sens et&nbsp; contribue d’une certaine manière à invisibiliser les expériences auxquelles&nbsp; cette expression était liée.&nbsp; </p>



<p class="wp-block-paragraph">On pourrait alors se dire que la popularisation de cet argot marque au&nbsp; moins une forme d’acceptation de la&nbsp; communauté noire LGBTQ+ et de sa culture. Toutefois, comme évoqué précédemment, l’utilisation de ces termes est souvent marquée par un manque de connaissance quant à leur&nbsp; histoire. L’appropriation de cet argot ne se limite d’ailleurs pas&nbsp; seulement aux personnes non queer. Au sein même de la communauté&nbsp; LGBTQ+, l’utilisation par des personnes blanches de l’argot queer&nbsp; afro-américain est <a href="https://www.wussymag.com/all/new-slang-for-gay-white-people-to-use-instead-of-appropriating-black-slang" data-type="link" data-id="https://www.wussymag.com/all/new-slang-for-gay-white-people-to-use-instead-of-appropriating-black-slang" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">critiquée</a>, car elle contribue à invisibiliser les origines et la culture d’où ont émergé ces mots.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/30/quand-utilisation-devient-appropriation/" data-wpel-link="internal">Quand utilisation devient appropriation</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’homosexualité : un sujet encore tabou</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/08/31/lhomosexualite-un-sujet-encore-tabou/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sixtine Nicolaÿ]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Sep 2026 00:38:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Coin queer]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Coupe du monde]]></category>
		<category><![CDATA[homophobie]]></category>
		<category><![CDATA[homosexualité]]></category>
		<category><![CDATA[soccer]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60806</guid>

					<description><![CDATA[<p>Pourquoi y a-t-il aussi peu de joueurs ouvertement gais dans le soccer?</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/08/31/lhomosexualite-un-sujet-encore-tabou/" data-wpel-link="internal">L’homosexualité : un sujet encore tabou</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Cet été, comme tous les 4 ans, s’est déroulée la Coupe du monde de soccer. Alors que des <a href="https://inside.fifa.com/fr/organisation/media-releases/coupe-du-monde-bat-plusieurs-records-audience?requester=MediaHub" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">records d’audience</a> ont à nouveau été réalisés et que le soccer est plus que jamais présenté comme un sport capable d’unir le monde, il reste une minorité qui n’est presque jamais évoquée dans le soccer masculin, la communauté LGBTQ+. Sur <a href="https://coupedumonde2026.net/joueurs/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">1 244 joueurs sélectionnés</a> pour ce Mondial, aucun n’est ouvertement homosexuel. Même au-delà de cette compétition, le constat reste le même: il n’y a quasiment aucun joueur de classe mondiale ouvertement homosexuel ou tout simplement queer. Mais alors, comment expliquer que le sport le plus populaire du monde – autant en nombre de spectateurs que de pratiquants – n’ait pratiquement aucune figure ouvertement gaie, surtout quand on le compare à son homologue féminin? </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Culture de la masculinité </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant même d’évoquer l’homosexualité, il faut comprendre que la culture du soccer impose une vision très précise et figée de la masculinité. Le soccer, comme nombre d’autres sports de haut niveau, promeut le mythe de l’athlète viril censé dépasser sa douleur pour exceller. Si cette image ne se limite bien sûr pas au joueur de soccer, les normes de genre qui l’accompagnent semblent être profondément ancrées dans la culture de ce sport. Ainsi, toute transgression de cette image de la masculinité est remarquée, si ce n’est critiquée. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Un exemple assez parlant quand on évoque l’impact de ces normes est celui du défenseur Benjamin Pavard, qui publie en février 2025 une <a href="https://www.instagram.com/p/DGbO3mGi-k9/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">photo</a> de lui en débardeur blanc. Si cette image n’a à première vue rien de particulièrement choquant, les réactions moqueuses et les commentaires homophobes n’ont pas attendu pour se faire entendre, et cela aussi bien de la part d’internautes anonymes que de la part de ses coéquipiers en équipe de France. Le cas de Benjamin Pavard n’est pas un incident isolé. L’espagnol <a href="https://www.sofoot.com/breves/borja-iglesias-se-confie-au-sujet-de-la-masculinite-toxique-et-de-lhomophobie-quil-subit-dans-le-foot" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Borjas Iglesias</a> – un joueur d’ailleurs engagé pour la lutte contre l’homophobie et la masculinité toxique – a également été victime d’une vague d’insultes homophobes après avoir porté du vernis sur ses ongles. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce genre de réaction à ce qui peut à peine être considéré comme des transgressions aux normes de genre illustre à quel point le soccer reste façonné par une culture toxique de la masculinité. Aucun de ces deux joueurs ne s’est déclaré homosexuel, mais ils restent malgré tout la cible d’insultes homophobes, simplement parce qu’ils s’affichent avec des éléments qui ne correspondent pas aux normes de genre traditionnelles. Ce phénomène est d’ailleurs particulièrement visible dans le soccer, comme le montre une <a href="https://www.bbc.com/sport/football/61912426" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">étude</a> du syndicat des joueurs (<a href="https://www.fifpro.org/fr" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">FIFPRO</a>). On y constate que les joueurs sont ciblés en fonction « <em>de la perception qu’on a de leur comportement ou de leur personnalité » (tdlr)</em>, mais aussi pour leurs soutiens à la communauté LGBTQ+. Dans un contexte où un simple écart aux normes de genre traditionnelles peut être sanctionné par des réponses virulentes, l’idée d’admettre ouvertement son homosexualité peut sembler difficilement viable, expliquant en partie sa rareté. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« La culture du soccer impose une vision très précise et figée de la masculinité »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Ces craintes ne sont d’ailleurs pas infondées. L’histoire tragique de Justin Fashanu, le premier footballeur professionnel à avoir publiquement fait son coming-out, le prouve. Ce joueur anglais – le premier footballeur britannique noir à avoir été <a href="https://tetu.com/2020/10/22/histoire-gay-lgbt-sport-homophobie-football-souvenir-justin-fashanu-premier-coming-out-gay-joueur-foot/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">transféré pour un million de livres</a> – se destinait à une très belle carrière. Mais son <em>coming-out</em>, le <a href="https://tetu.com/2026/06/11/sport-coupe-monde-foot-2026-histoire-visibilite-coming-out-gay-football/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">22 octobre 1990</a>, va bouleverser ses plans. Dans un premier temps, il est rejeté par sa famille, surtout son frère. Mais l’homophobie va ensuite s’étendre au monde du soccer alors qu’ilperd le soutien de son manager et devient la cible de supporters. En 1998, il met fin à sa carrière de footballeur avant de mettre fin à ses jours quelques mois plus tard. Fashanu est aujourd’hui au pan-théon du soccer pour sa contribution à ce sport, mais son histoire tragique a laissé une empreinte dans le monde du soccer. Il faudra attendre deux décennies pour qu’un autre joueur en activité ait le courage de faire son coming-out publiquement. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Évolutions et déceptions </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette histoire remonte aux années 90’. Depuis, la société dans son ensemble a largement évolué sur la question de l’homosexualité. On pourrait donc penser que le monde du soccer a lui aussi évolué. Plusieurs campagnes contre l’homophobie ont été mises en place dans différentes ligues professionnelles. La Ligue de football professionnel (LFP) française a lancé une <a href="https://www.lfp.fr/article/contre-l-homophobie-un-flocage-unique-symbole-d-un-engagement-collectif" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">campagne</a> qui implique, entre autres, la présence d’un badge distinctif aux couleurs de l’arc-en-ciel et des messages de sensibilisation dans les stades et à la télévision. En Angleterre, la Ligue anglaise de football (EFL) <a href="https://www.bbc.com/sport/football/articles/cqlg6740xg6o" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a fait de même</a> avec notamment un ballon aux couleurs de l’arc-en-ciel et des dons à l’association <em>Football v Homophobia</em>. Cependant, ces actions principalement symboliques ont reçu des retours assez mitigés, avec le refus de certains <a href="https://www.stophomophobie.com/la-journee-de-lutte-contre-les-lgbtphobies-en-ligue-1-ne-fait-pas-consensus/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">joueurs de participer</a> évoquant des croyances personnelles ou religieuses. La LFP a d’ailleurs <a href="https://www.lequipe.fr/Football/Actualites/La-lfp-abandonne-les-couleurs-arc-en-ciel-sur-les-maillots-des-joueurs-sur-une-journee-de-ligue-1-dediee-a-la-lutte-contre-l-homophobie/1658703" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">abandonné</a> cette initiative contre l’homophobie, préférant réunir les luttes contre toutes les différentes formes de discrimination en une même campagne. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Les joueurs qui voudraient faire leurs coming-out ne seraient pas réellement soutenues par ces institutions »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Si les grandes institutions du football tentent de montrer un visage uni contre l’homophobie, certaines de leurs décisions peuvent sembler assez contradictoires avec ce discours. On peut notamment évoquer l’attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, un pays où l’homosexualité est <a href="https://www.humandignitytrust.org/country-profile/qatar/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">illégale</a>. Ce genre de décision peut entretenir l’idée que les joueurs qui voudraient faire leurs <em>coming-out</em> ne seraient pas réellement soutenus par ces institutions. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le milieu du soccer masculin semble assez peu accueillant pour les joueurs homosexuels, comment se fait-il que le foot-ball féminin soit, lui, beaucoup plus ouvert sur ce sujet? En effet, la Coupe du monde de 2023 comptait <a href="https://www.bbc.com/worklife/article/20230818-fifa-2023-womens-world-cup-good-queer-joy-on-and-off-the-pitch" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">96 athlètes ouvertement LGBTQ+</a>, dont des stars mondiales, comme Megan Rapinoe ou Vivianne Miedema. Cette différence peut notamment être expliquée par le fait que les joueuses, en pratiquant un sport traditionnellement associé à la masculinité, vont déjà à l’encontre de certaines normes de genre. Il est ainsi moins difficile de briser d’autres normes en se revendiquant LGBTQ+.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/08/31/lhomosexualite-un-sujet-encore-tabou/" data-wpel-link="internal">L’homosexualité : un sujet encore tabou</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>La performance de l’homosexualité : un privilège?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/la-performance-de-lhomosexualite-un-privilege/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Joséphine Miton]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Coin queer]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[2SLGBTQ+]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
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		<category><![CDATA[expression]]></category>
		<category><![CDATA[performance]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60646</guid>

					<description><![CDATA[<p>Blague innocente, signe d’ouverture ou nouveau costume?</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/la-performance-de-lhomosexualite-un-privilege/" data-wpel-link="internal">La performance de l’homosexualité : un privilège?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Deux hommes hétéros imitent une voix, se prennent par la taille, font semblant d’être en couple pour une photo, puis éclatent de rire. L’un ajoute « <em><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/No_homo" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">no homo</a></em> » et tout rentre dans l’ordre. Pendant ce temps, un homme gai tient la main de son partenaire. Il surveille autour de lui, sonde le quartier, évalue le risque. Pour les uns, l’homosexualité est un prétexte pour rire. Pour les autres, c’est juste une vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entre violences et « <em>bromance</em> »</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur papier, le contexte semble plus apaisé. Un sondage du <a href="https://www.pewresearch.org/global/2020/06/25/global-divide-on-homosexuality-persists/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Pew Research Center</a> mené en 2019 dans 34 pays montre que 52 %, en médiane, des répondant·e·s estiment que l’homosexualité « <em>devrait être acceptée par la société </em>(<em>tdlr</em>) ». Dans plusieurs pays, l’acceptation a gagné plus de dix points depuis le début des années 2000. Le <a href="https://ressource.sos-homophobie.org/Rapports_annuels/rapport_LGBTIphobies_2025.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Rapport sur les LGBTIphobies 2025</a> décrit pourtant toujours l’école comme un des principaux lieux de violences, parlant d’une « police du genre » exercée entre élèves : moqueries, insultes, mises à l’écart de celles et ceux qui ne rentrent pas dans la bonne case de la masculinité ou de la féminité. En France, le <a href="https://www.education.gouv.fr/contre-l-homophobie-et-la-transphobie-l-ecole-40706" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ministère de l’Éducation nationale</a> rappelle lui aussi qu’il est « essentiel de ne pas banaliser, sous prétexte de jeu ou d’humour, ces comportements ». En parallèle, une partie de la recherche en sociologie montre l’émergence de nouvelles formes de masculinité où des hommes hétérosexuels rejettent plus clairement l’homophobie, se montrent plus tactiles entre eux et revendiquent une « <em><a href="https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/09589236.2016.1245605" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">masculinité plus douce</a></em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Entre la brutalité toujours très réelle des LGBTIphobies et ces « <em><a href="http://bromances" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">bromances</a></em> » : que penser d’un geste aussi banal que deux mecs qui « font les gais » pour rire? Blague innocente, signe de progrès ou nouveau costume qui maintient l’homosexualité à distance?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Où le « jeu » apparaît</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ces scènes, le scénario se répète. On imite une voix jugée « efféminée ». On exagère des gestes codés comme gais. On se présente comme « en couple » avec son meilleur ami, avant de dissiper tout malentendu. L’homosexualité devient un filtre comique, une intonation, une position du corps. Elle sert à cimenter la complicité du groupe, pas à parler de désir ni de violence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce jeu n’est pas marginal. Il traverse les équipes sportives amatrices, les groupes d’amis urbains, les établissements scolaires et universitaires situés dans des milieux se considérant comme « ouverts » et éduqués. Cette présence est attestée à la fois dans une <a href="https://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1177/15579883211061009" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">revue systématique</a> portant sur les masculinités contemporaines et dans <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1111/1468-4446.12055" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’ethnographie d’un lycée anglais</a> réalisée par Mark McCormack. Là, l’insulte frontale devient moins visible. Elle se fait plus rare dans les couloirs. On préfère le clin d’œil ironique, le « <em>no homo</em> » murmuré après un câlin de trop. Pourtant, les chiffres rappellent que la ligne n’est pas la même partout. En France, 41 % des personnes déclarent utiliser encore des insultes homophobes comme « pédé » ou « enculé », une proportion qui monte à 47 % chez les moins de 35 ans (<a href="https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2019/06/cp_fjr_250619.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">IFOP, 2019</a>). L’institut note que l’homophobie explicite reste plus fréquente dans les milieux peu diplômés et recule avec le niveau d’éducation. Autrement dit, la violence change de forme selon l’espace social : dans certains milieux, on insulte ; dans d’autres, on ironise.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« L’homosexualité devient un filtre comique, une intonation, une position du corps. Elle sert à cimenter la complicité du groupe, pas à parler de désir ni de violence »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La lecture du « progrès » : masculinité inclusive</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains chercheurs y voient une rupture réelle. Eric Anderson, dans son ouvrage <a href="https://www.taylorfrancis.com/reader/read-online/46ef3f94-4ae9-4efe-9fe2-53bdeb7d4b42/book/pdf?context=ubx" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Inclusive Masculinity: The Changing Nature of Masculinities</em></a> et dans <a href="https://www.tandfonline.com/doi/pdf/10.1080/09589236.2016.1245605?needAccess=true" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">un article</a> coécrit avec Mark McCormack, propose la « théorie de la masculinité inclusive » . Elle repose sur un concept central : l’« homohysteria », non pas la peur d’être gai, mais la peur d’être vu comme tel par les autres. Tant qu’elle est forte, chaque geste est surveillé. On évite les câlins, les confidences, les larmes, tout ce qui pourrait être lu comme trop féminin. Quand l’homophobie culturelle recule, la peur d’être perçu comme gai perd de son pouvoir. Quand elle diminue, le terrain de jeu s’ouvre : les gestes de tendresse redeviennent possibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les enquêtes ethnographiques sur des lycées et campus britanniques ou nord-américains décrivent des groupes de garçons hétérosexuels qui rejettent ouvertement l’insulte homophobe et incluent des camarades gais dans leur cercle. <a href="https://www.taylorfrancis.com/reader/read-online/46ef3f94-4ae9-4efe-9fe2-53bdeb7d4b42/book/pdf?context=ubx" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Anderson</a> documente aussi une tactilité accrue entre eux : étreintes prolongées, partage de lit, gestes de tendresse qui auraient été impensables dans les années 1980. Une <a href="https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8674484/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">revue systématique publiée dans l’<em>American Journal of Men’s Health</em></a> synthétise 33 études. Elle identifie quatre traits récurrents dans ces masculinités contemporaines : plus d’inclusivité, plus d’intimité émotionnelle et physique, plus de résistance aux normes virilistes classiques. Dans cette lecture, « jouer au gai » ne signifie pas forcément se moquer des gais. C’est aussi le signe qu’une partie des garçons ne construit plus son identité en fuyant à l’idée de « passer pour pédé ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La lecture du « costume » : masculinités hybrides</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bridges et Pascoe parlent de « <em><a href="https://compass.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/soc4.12134" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">masculinités hybrides</a></em> » : une « <em>incorporation sélective d’éléments associés aux masculinités marginalisées </em>». Concrètement, des hommes, souvent blancs, hétéros, de classe moyenne ou supérieure, s’approprient la sensibilité, l’humour queer ou la douceur sans jamais céder leur position de pouvoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Appliquée à notre jeu de départ, cette grille change la question. « Jouer au gai » devient un marqueur de confort social : seul celui qui est sûr de sa place dans la hiérarchie, masculin, hétéro, légitime, peut se permettre la mise en scène sans craindre que l’étiquette reste. McCormack, qui est pourtant l’un des partisans d’une lecture optimiste de la masculinité inclusive, le reconnaît lui-même : dans son ethnographie d’un lycée de milieu populaire en Angleterre, les attitudes pro-gais et la tactilité existent, mais « <em>ces comportements sont <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1111/1468-4446.12055" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">moins prononcés que chez les garçons de classe moyenne</a>.</em> » Un constat que <a href="https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8674484/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Connor et al</a>. élargissent : ces nouvelles formes de douceur et d’inclusivité s’observent surtout chez de jeunes hommes hétérosexuels, de classe moyenne, dans des pays occidentaux riches.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au final, ces deux lectures ne s’excluent pas : les mêmes garçons peuvent adopter des gestes plus doux et inclusifs tout en portant ce « nouveau costume de classe » qui les laisse en position dominante.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Toujours le même gagnant</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce jeu rappelle qu’on peut imiter, surjouer et tourner en dérision l’homosexualité, alors que ceux qui sont réellement gais n’ont pas cette marche arrière. <a href="https://www.jean-jaures.org/publication/lgbtphobies-etat-des-lieux-2019/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">La Fondation Jean-Jaurès</a> documente leurs stratégies d’invisibilité au quotidien : éviter de se tenir la main, changer de quartier, taire son couple.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Il faut une certaine tranquillité pour se déguiser en ce que d’autres subissent »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Certains hommes gais apprennent à y participer, à rire avec le groupe, parfois pour s’y fondre. Mais cette adaptation a un coût : ce que Meyer appelle la « <em><a href="https://psycnet.apa.org/fulltext/2003-99991-002.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">dissimulation de soi</a></em> » , c’est-à-dire mettre à distance sa propre identité pour survivre socialement. Cette stratégie constitue en soi une charge psychologique à part entière. Plus largement, ses travaux sur le stress minoritaire montrent que ces signaux répétés — blagues, sous-entendus, caricatures — alimentent un stress chronique fait d’anticipation du rejet, d’autosurveillance et de honte intériorisée, même sans violences explicites. <a href="https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2021/6-7/2021_6-7_1.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Les recherches sur les microagressions</a> envers les jeunes minorités sexuelles le confirment : ce type de blagues est associé à davantage de symptômes dépressifs et d’anxiété chez les jeunes LGBTQ+.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce jeu n’est jamais neutre et est toujours inégal. La vraie question reste : qui peut jouer sans jamais perdre? Les hommes hétérosexuels, les plus légitimes, peuvent « faire les gais » pour une blague et revenir aussitôt à une identité jamais menacée. Il faut une certaine tranquillité pour se déguiser en ce que d’autres subissent. Ceux directement concernés n’ont pas ce luxe. Le costume, pour eux, n’a jamais été un déguisement.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/la-performance-de-lhomosexualite-un-privilege/" data-wpel-link="internal">La performance de l’homosexualité : un privilège?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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