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	<title>Vincent Harion - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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		<title>Pourquoi #jétaischarlie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Vincent Harion]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2015 17:21:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’histoire d’un peuple à grande gueule. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">L</span>a médiatisation de l’attaque de <i>Charlie Hebdo </i>serait-elle indécente en comparaison de la tragédie ayant eu lieu la même semaine au Nigeria? Nous nous devons d’énoncer une vérité évidente mais fondamentale: l’énorme médiatisation de l’attentat terroriste qui a fait douze morts ne résulte en aucun cas d’une sorte de quantification du décès humain. La considération pour les personnes assassinées lors des massacres de Boko Haram n’est pas moindre que celle accordée aux victimes de «Charlie Hebdo». Mais la symbolique derrière l’événement est tout autre: en assassinant Cabu, Wolinski, Charb ou Tignous, les terroristes ont tiré à la Kalachnikov sur notre droit à la liberté d’expression. Ce droit, la France l’a revendiqué pendant toute son histoire.</p>
<p class="p3"><span class="s1">Le 11 janvier 2015, les Français se sont en effet rassemblés pour défendre une des valeurs fondatrices de la révolution française de 1789: la liberté d’expression. Elle constitue le socle idéologique de la France depuis la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Représenté par la presse et les médias, ce quatrième pouvoir agit depuis comme un contrepouvoir face aux pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.</span></p>
<p class="p5"><span class="s2"><b>Tradition inaliénable </b></span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Depuis 1789, le droit à la liberté d’expression a contribué à forger l’histoire de la France. L’affaire Dreyfus n’aurait pas acquis cette importance capitale si Bernard Lazard n’avait pas publié en 1897 <i>L’affaire Dreyfus – une erreur judiciaire</i>, et si Émile Zola n’avait pas écrit en 1898 son <i>J’accuse</i>, qui permit de rouvrir le dossier Dreyfus que l’État-major considérait clos. Maniée aussi bien par les dreyfusards que les antidreyfusards, la liberté d’expression a été au centre d’un des évènements les plus importants de l’histoire de France: la remise en cause par le peuple d’une décision du pouvoir judiciaire. L’Affaire Dreyfus a ainsi renforcé la République française, jugée jusqu’alors fragile. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">La liberté d’expression a aussi permis l’émergence des intellectuels, que Barrès et Brunetière ont définis, après l’Affaire Dreyfus, comme ceux dont l’activité repose sur l’exercice de l’esprit et qui prennent position dans la sphère publique. Ce sont eux qui vont façonner, loin de la censure, la pensée française. Quand Simone de Beauvoir publie en 1949 <i>Le Deuxième Sexe</i>, l’accueil qui lui est réservé est loin d’être élogieux. La philosophe y démantèle les connaissances établies sur la place et l’identité de la femme. Mais la liberté d’expression, confortée par la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905, tient bon: en France, bastion de la liberté d’expression, il n’a jamais été question de censurer l’écrivain. Parallèlement, au Canada, l’Église catholique et l’archevêché de Montréal interdisent la vente de son livre jusque dans les années 1960.</span></p>
<p class="p5"><span class="s3"><b>Tradition non aliénée </b></span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Si le peuple français a été meurtri par l’attentat du 11 janvier 2015, c’est parce qu’en tuant Cabu et les autres, ces terroristes ont bafoué une partie essentielle de son identité. Si le mouvement a connu un souffle international, c’est qu’il portait en lui la révolte contre une forme d’autoritarisme et la promotion des valeurs républicaines. Le mouvement dépasse donc le statut d’hommage aux victimes: #JeSuisCharlie condamne l’atteinte à la liberté d’expression et veut rassurer les satiristes et journalistes du monde entier. En marchant le 11 janvier, les manifestants ont clairement exprimé que jamais ils n’accepteront qu’on les fasse taire. J’étais, suis et serai Charlie.</span></p>
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		<title>Bleu émeraude</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Vincent Harion]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Jan 2015 03:40:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>12 janvier 2010&#160;à&#160;16 heures 53 minutes — Port-au-Prince: Le ciel est bleu, bleu émeraude, comme on ne le voit pas en Europe. Il ne fait pas chaud, il ne fait pas froid. Il ne fait pas bon, il ne fait pas lourd. Certains sont dehors, d’autres encore a l’intérieur. Tout le monde court, tout le&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2015/01/12/bleu-emeraude/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Bleu émeraude</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">12 janvier 2010&nbsp;à&nbsp;16 heures 53 minutes — Port-au-Prince</span><span class="s2">: Le ciel est bleu, bleu émeraude, comme on ne le voit pas en Europe. Il ne fait pas chaud, il ne fait pas froid. Il ne fait pas bon, il ne fait pas lourd. Certains sont dehors, d’autres encore a l’intérieur. Tout le monde court, tout le monde crie. Château de cartes sur lequel le vent vient de s’abattre. Port-au-Prince s’écroule.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">12 janvier 2010&nbsp;à&nbsp;16 heures 54 minutes — Port-au-Prince</span><span class="s2">: Ceux dehors pleurent, ceux à l’intérieur n’ont pas le temps. Une minute, c’est peu et c’est long à la fois. Le bleu émeraude est remplacé par un cumulus de cendres. Port-au-Prince brûle.&nbsp;</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">12 janvier 2010&nbsp;à&nbsp;17 heures 17 minutes — Port-au-Prince</span><span class="s2">: Le mur bloque ses jambes. Il gesticule encore un peu mais sait le poids trop important. Il crie, personne ne l’entend. Sous les décombres de l’immeuble 236, il se résonne, se calme, se tape les joues, crache du sang. Ses mains tremblent, comme son pays. Il pleure, se calme à nouveau, sait que le temps sera long, il respire, comprend qu’il ne peut qu’attendre et rester fort. Le plancher craque, se fragmente peu à peu, des briques continuent de tomber. Port-au-Prince s’effondre. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">12 janvier 2010&nbsp;à&nbsp;18 heures 06 minutes — Port-au-Prince</span><span class="s2">: Sa main droite se dirige vers la photo dans sa poche de chemise. Cela lui rappelle d’autres temps. Sur la photo, se tient sa femme, l’air sérieux. Son fils, farceur, tire la langue. Il ressent encore l’ambiance familiale qui berçait l’après-midi de la photographie. Des photos devaient aussi orner les murs de la lugubre salle où il se trouve. Mais les murs qui tiennent encore debout, sont nus, dénués de leurs habits décoratifs, fissurés, griffés, écorchés vifs. Ils ne sont plus qu’amas de briques et de mauvais ciment, plus que des tas de poussière. Des vieux beaux défigurés. Port-au-Prince estropié.&nbsp;</span></p>
<p class="p2"><span class="s2">***</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">12 janvier 2010&nbsp;à&nbsp;16 heures 54 minutes — Saint-Domingue</span><span class="s2">: La terre a à peine tremblé. Les voitures ne se sont pas arrêtées, la circulation n’a pas dévié de son parcours habituel. Les chauffeurs de taxi n’ont pas cessé d’être dangereusement rapides, d’insulter à tout-va, d’écouter la radio beaucoup trop fort. La vie de Saint-Domingue n’a pas changé. La plupart n’ont rien senti, certain ont seulement tangué, comme les passagers d’un navire, bercés par les vaguelettes qui s’écrasent sur la coque. Saint-Domingue vit.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">12 janvier 2010&nbsp;à&nbsp;17 heures 09 minutes — Saint-Domingue</span><span class="s2">: Elle fait les courses, le solide magasin lui ayant permis de ne rien sentir. Elle est énervée, énervée contre ce ciel bleu émeraude qui n’apporte que lourdeur et touristes incultes. Énervée contre son patron qui l’exploite. Énervée contre les prix qui ont encore augmenté. Énervée contre ce gouvernement corrompu qui oppresse ses «enfants» en les taxant indignement. Énervée contre cette bande d’incapables qui ne voit pas que le pays souffre, ou du moins qui font semblant de ne pas le voir. Fatiguée de la technologie, symbole de ce monde qui avance, se développe, se transforme, mais qu’elle ne peut pas se payer. Marre des vieux qui ressassent que c’était mieux avant, qui radotent à propos d’un temps où on sacrifiait sa liberté pour pouvoir laisser sa porte ouverte en sortant de chez soi. Marre de ces oublis faciles, qui touchent l’horreur des régimes Trujillo et Balaguer. Marre de cette élite qui ne partage rien, et regarde, sur la route de leurs <i>week-ends</i> à «la Romana», les mendiants avec répugnance.&nbsp;</span></p>
<p class="p2"><span class="s2">***</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">12 janvier 2010&nbsp;à&nbsp;23 heures 27 minutes — Port-au-Prince</span><span class="s2">: Il a faim mais s’y était préparé. Sa gorge asséchée, il économise à présent sa salive, cela fait longtemps qu’il n’a pas crié. Il ne pourra probablement pas sauver ses jambes et il le sait. Jamais il n’aurait pensé être capable d’une telle objectivité, une telle perspicacité. Il fait nuit entre les décombres de l’immeuble 236. La poussière s’est déposée sur le plancher démoli.<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>Il a soudainement froid, une sensation qu’il n’avait que très rarement éprouvée. Ce n’est pas le même genre de froid que la brise qui s’étend parfois sur Port-au-Prince.</span></p>
<p class="p2"><span class="s3">***</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">12 janvier 2010</span><span class="s4">&nbsp;à&nbsp;19 heures 27 minutes — Saint-Domingue</span><span class="s3">: Épuisée et enfin chez elle, après une demi-heure de bus. Elle salue sa mère, pose ses sacs de course dans la cuisine et se dirige vers le salon où elle s’assoit sur le canapé. </span></p>
<p class="p1"><span class="s3">-&nbsp;T’as senti la secousse&nbsp;?, lui demande sa mère.</span></p>
<p class="p1"><span class="s3">- Une secousse&nbsp;? Quelle secousse&nbsp;? Non, j’ai rien senti. </span></p>
<p class="p1"><span class="s4">13 janvier&nbsp;2010&nbsp;à&nbsp;6 heures 15 minutes — Saint-Domingue</span><span class="s3">: Le réveil sonne. Elle se lève, se lave le visage et allume la petite télé du salon. Les images affichent un Port-au-Prince détruit, envahi par les casques bleus et les associations humanitaires. Elle regarde les photos défiler sur l’écran et voit un palais présidentiel en<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>ruines, des femmes qui pleurent et une prison détruite. </span></p>
<p class="p1"><span class="s4">13 janvier 2010 à&nbsp;8 heures 38 minutes — Saint-Domingue</span><span class="s3">: Son patron arrive au bureau, lui parle du séisme. Elle a compris; Haïti est en ruines et son peuple anéanti. La communauté internationale a envahi Port-au-Prince. On emploie déjà les termes de partage colonialiste; Haïti est un lieu à enjeux géopolitiques et les différents pays commencent à défiler. </span></p>
<p class="p2"><span class="s3">***</span></p>
<p class="p1"><span class="s4">13 janvier&nbsp;2010&nbsp;à&nbsp;16 heures 49 minutes — Port-au-Prince</span><span class="s3">: L’immeuble 236 a fini par s’écrouler totalement, l’homme est mort. Ses dernières pensées sont allées à sa famille, à sa douce femme et à son fils. </span></p>
<p class="p2"><span class="s3">***</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">12 janvier 2010</span><span class="s4">&nbsp;à&nbsp;16 heures 53 minutes — Hispaniola</span><span class="s3">: Frères siamois, ils ne se ressemblent pourtant pas. Ils sont collés par les pieds et se tiennent sur l’eau. Au fond, rien ne les rejoint, frères de sang mais pas de cœur. L’un parle espagnol, l’autre français. L’un se forge, l’autre s’effondre. L’un nait, l’autre meurt. L’un proteste, l’autre pleure. Deux morceaux de terre, deux fragments de sol, unis pour toujours au milieu de la mer. L’un est République dominicaine, l’autre Haïti. C’est le mélange des deux qui forme Hispaniola.&nbsp;</span></p>
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