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	<title>Eloïse Schlachet - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Tue, 18 Mar 2025 15:15:08 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
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		<title>Étudier en anglais comme francophone</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/03/19/etudier-en-anglais-comme-francophone/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Eloïse Schlachet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Mar 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[étudier]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Travestir sa francophonie.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2025/03/19/etudier-en-anglais-comme-francophone/" data-wpel-link="internal">Étudier en anglais comme francophone</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">N ous n’étudierons plus en anglais. Voilà où, après trois années à suivre des cours dans la prestigieuse université qu’est la nôtre, nos pensées s’arrêtent lorsqu’il s’agit d’envisager la suite. Que ce soit pour la maîtrise ou pour se lancer dans le monde professionnel, il est certain (ou presque) que nous chercherons désormais un environnement qui fait place à notre langue maternelle. Malgré tous les efforts que McGill puisse entreprendre afin de valoriser la langue française, choisir une université anglophone en tant que francophone nous apparaît aujourd’hui comme un travestissement d’une part intégrale de notre identité. Nous sommes avant tout francophones, et nous espérons ne pas l’oublier.</p>



<p><strong>L’expérience d’une française à McGill</strong></p>



<p><em>Éloïse</em> : Venue de France comme un bon nombre de mes compatriotes afin de profiter d’une expérience internationale et d’une certaine renommée universitaire, j’ai laissé derrière moi ma langue maternelle lors de mes heures de cours. J’avais en effet décidé d’étudier à McGill car elle me permettait à la fois de conserver mon français en dehors de l’enceinte de l’université, ainsi que de remettre mes devoirs dans la langue qui me chantait (comprendre en français ou en anglais).</p>



<p>Finalement, la langue, avant même les frais universitaires — les universités hollandaises, plus abordables pour les Européens, ayant également été dans mon viseur —, a été le facteur déterminant de mon choix d’établissement. J’y voyais l’opportunité de confirmer un niveau d’anglais universitaire tout en gardant un pied dans une communauté francophone qui m’est chère.</p>



<p>À l’instar des communautés latines ou chinoises qui peuplent Montréal, il me semble que le français ne m’a jamais tant paru agir comme un ciment entre les habitants, une marque de nos origines respectives mais aussi un sujet à débat brûlant. En effet, tant pour les questions de protection de la francophonie, que pour ceux qui s’aventurent à mettre le doigt sur la <em>bonne</em> façon de parler le français, la francophonie est un sujet qui exalte le Québec et qui me paraît vivre à travers tout un chacun, bien davantage encore que dans la France que j’ai quittée depuis maintenant quelques années.</p>



<p>Seulement, aussi reconnaissante que je puisse être d’étudier ici et de pouvoir y pratiquer mon anglais, chaque conférence à laquelle j’assiste ou chaque publication scientifique que j’ai à lire m’apparaît comme un effort me distançant jour après jour d’un plaisir que j’avais jadis à étudier. Je ne sais pas entièrement quelle est l’origine de ce sentiment, s’il repose sur la frustration de ne pas pouvoir m’exprimer et élaborer ma pensée avec la même facilité qu’en français, sur la manière de réfléchir et d’enseigner, inévitablement influencée par la langue, ou encore sur le simple manque du plaisir de lire et d’entendre ma langue. Je sais néanmoins que ce sentiment est loin de m’être propre.</p>



<p><strong>Et les Québécois?</strong></p>



<p><em>Jeanne</em> : Je ne prétends en rien parler au nom de tous les Québécois, mais je crois juste d’affirmer que pour une majorité d’entre nous, le français est un pilier identitaire indéniable.</p>



<p>Ayant grandi dans une famille francophone où j’ai toujours parlé le français à la maison, le choix d’une université anglophone en a surpris plus d’un. Certains amis de mes parents l’ont même perçu comme une insulte à mes racines francophones, estimant ce choix comme une forme de trahison, voire un quasi-blasphème, réaction largement plus dramatique qu’elle n’aurait dû l’être.</p>



<p>En toute franchise, choisir d’étudier en anglais était avant tout un choix pratique. J’en avais marre qu’on ridiculise mon accent, et je me disais que l’immersion dans un milieu anglophone serait la meilleure stratégie pour ne plus me sentir limitée. Après quelques années à remettre mes travaux en anglais, à me mettre au défi de prendre la parole en public dans cette langue, je ne ressens plus la même angoisse qu’autrefois à la simple pensée de devoir m’exprimer en anglais.</p>



<p>Pourtant, aujourd’hui, c’est un tout autre sentiment qui m’habite quand je pense à l’anglais : celui d’un certain détachement de ma langue natale.</p>



<p>Le paradoxe de la francophonie québécoise, c’est d’évoluer dans un environnement où le bilinguisme est omniprésent, mais continuellement critiqué de part et d’autre. Comme francophone, c’est dès l’enfance qu’on nous apprend que notre langue est fragile, qu’il faut la défendre, qu’il faut surveiller l’utilisation d’anglicismes et qu’il faut résister à l’attrait du bilinguisme. Pourtant, parler anglais est un atout, voire une nécessité, dans de nombreux domaines professionnels, et il est difficile d’ignorer la pression qui nous pousse à maîtriser cette langue pour réussir. On est en quelque sorte tiraillé entre notre langue maternelle et l’anglais, cette langue qui représente souvent une ouverture vers un monde d’opportunités académiques et professionnelles autrement inaccessibles. Que ce soit pour travailler à l’étranger, poursuivre des études supérieures à l’international ou simplement élargir son réseau, l’anglais nous est présenté comme la clé du succès.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« L’anglais a certes ouvert mon horizon, multiplié mes chances et renforcé ma confiance. Mais en même temps, il a créé une distance insidieuse avec mon français natal, me laissant cette impression étrange de naviguer entre deux mondes sans totalement appartenir ni à l’un ni à l’autre » </p>



<p>Jeanne, étudiante à McGill</p>
</blockquote>



<p>J’ai senti que l’anglais prenait peut-être une place trop grande dans ma vie lorsqu’une dame nous a interpellés dans la rue, un ami et moi, pendant que nous discutions en <em>franglais</em>. Nous parlions comme nous avons l’habitude de le faire, dans une langue hybride qui me semble propre à Montréal. Cette dame, bien que plaignarde et quelque peu effrontée, complètement désemparée par le fait que nous parlions un français tant influencé par l’anglais, tenait une part de vérité : notre langue évolue, et avec elle, notre manière de nous exprimer, mais à quel prix? Cette interaction m’a fait prendre conscience que, sans m’en rendre compte, je m’éloignais peut-être de cette langue que j’avais pourtant toujours considérée comme acquise.</p>



<p>Bien que je chérisse ce <em>franglais</em> si propre à mon identité, j’ai parfois l’impression d’être coincée entre deux réalités. L’anglais a certes ouvert mon horizon, multiplié mes chances et renforcé ma confiance. Mais en même temps, il a créé une distance insidieuse avec mon français natal, me laissant cette impression étrange de naviguer entre deux mondes sans totalement appartenir ni à l’un ni à l’autre.</p>



<p><strong>Retrouver sa langue</strong></p>



<p>Que l’on soit Français, Québécois ou francophone d’ailleurs, il arrive un moment où l’on se rend compte que notre rapport à la langue s’étend au-delà de l’utile. C’est une part de nous, une façon de penser et d’exister. Après ces années, nous savons maintenant que nous n’étudierons plus en anglais, et qu’il nous faut désormais renouer pleinement avec le français pour nous retrouver.</p>
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		<item>
		<title>La famille nucléaire à l’épreuve de l’époque contemporaine</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/01/22/la-famille-nucleaire-a-lepreuve-de-lepoque-contemporaine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Eloïse Schlachet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Jan 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquêtes]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[relations]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Faut-il se tourner vers des alternatives pour mieux « faire famille »?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>La famille nucléaire</em> : voilà un terme un peu niché que j’ai découvert dans mes cours de sociologie au lycée. Initialement définie comme une réalité idéale par des sociologues tels que George Murdock dans <em><a href="https://ia801307.us.archive.org/18/items/socialstructurem00murd/socialstructurem00murd.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Social structure</a></em> (1949) en tant que « groupe social caractérisé par une résidence commune, une coopération économique et la reproduction », la popularisation des modes de vie alternatifs a amené de nombreuses personnes à questionner le modèle de la famille nucléaire.</p>



<p>C’est cela qui m’a conduite à recueillir les témoignages de mes pairs, Pénélope, Anatole* et Thomas – certains étudiant à McGill et d’autres étant de jeunes professionnels montréalais – afin d’explorer ce qu’il reste de cet idéal aujourd’hui. Certains le perçoivent comme un modèle stable mais contraignant, tandis que d’autres y trouvent une source de désillusions. Ces dialogues révèlent comment la famille nucléaire, bien qu’érodée par des changements sociétaux et des défis actuels, reste un repère ambivalent.</p>



<p><strong>Des interrogations autour de la parentalité</strong></p>



<p>Pour certains de mes interlocuteurs, la question de fonder leur famille nucléaire demeure essentielle, mais elle est souvent liée à des considérations dépassant le simple désir de progéniture. Le contexte climatique, comme les incertitudes économiques et sociales, peuvent notamment les amener à réévaluer ce choix. Pénélope, une jeune barista en pause d’études d’histoire de l’art à McGill, me fait part de ses sentiments sur la question : « Dans l’idée, j’aimerais avoir des enfants, mais avec l’instabilité du monde actuel, je me demande si je serais capable d’offrir un cadre de vie aussi sécurisant que celui que mes parents m’ont donné. »</p>



<p>Elle me confie toutefois la pression sociale qu’elle subit lorsqu’elle partage ses doutes sur la maternité : « Je ne comprends pas pourquoi c’est encore le cas aujourd’hui, mais depuis que j’ai passé les 25 ans, on dirait que la question d’avoir des enfants est devenue centrale dans la manière dont les autres me voient. Ce n’est même pas que j’y ai renoncé complètement, mais la possibilité même que je ne materne pas semble heurter la sensibilité de certains. Ils m’expliquent combien je le regretterai plus tard si je n’en ai pas. Moi, j’aime croire que je pourrais être heureuse avec comme sans enfants. »</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« En dépit des réalités économiques, climatiques et des évolutions sociales qui l’ont fragilisée, la famille nucléaire continue d’être perçue par certains comme un pilier de stabilité et un modèle structurant dans un monde incertain »</p>
</blockquote>



<p>Pour ceux qui tiennent encore au modèle de la famille nucléaire, il s’agit souvent de reproduire une expérience qui fut positive pour eux, ou bien au contraire, qu’ils aimeraient « corriger » en devenant de meilleurs parents que les leurs. Il y a quelques années encore, Anatole, étudiant en science politique à McGill, pensait fonder sa propre famille. Il m’explique : « Je voulais faire mieux que mon père. Ce ne serait pas très dur : j’aurai juste à ne pas lever la main sur mes gamins. Maintenant je crois que l’envie m’est passée, ce n’est sans doute plus aussi important pour mon égo, ou du moins je préfère ma liberté à ce que des enfants pourraient m’apporter. »</p>



<p>Comme d’autres, Anatole questionne le modèle même de la parentalité dans le cadre nucléaire. Il fait partie de ceux qui veulent vivre « différemment » : « J’ai deux loups en moi. D’un côté je contemple la vie tranquille qu’un job confortable pourrait m’apporter, de l’autre, je me vois voyager en bus et rejoindre mes amis ingénieurs son sur des lieux de fêtes, être libre de mes mouvements, faire ce que je veux sans que ça ait de conséquences sur un autre humain. »</p>



<p>Nombreux sont ceux qui envisagent des alternatives, comme la coparentalité entre amis ou les communautés de vie où les responsabilités parentales sont partagées, comme l’éducation des enfants, ou la gestion des tâches quotidiennes pour leur bien-être. Ces modèles, bien qu’encore marginaux, offrent un soulagement des charges mentale et émotionnelle en créant un réseau d’entraide et un équilibre entre vie personnelle et familiale. Ils témoignent d’une volonté croissante de s’éloigner de l’individualisme inhérent à la famille traditionnelle. En ce sens, ils traduisent une quête de solidarité et d’appartenance plus large, qui dépasse le cercle restreint des relations biologiques.</p>



<p><strong>Modèles alternatifs et solidarités nouvelles</strong></p>



<p>Les modèles alternatifs de famille ou d’habitation apparaissent comme des solutions à l’isolement, comme à Montréal où le modèle de la colocation est largement démocratisé. Pour beaucoup, cette configuration offre une manière plus fluide d’aborder les relations humaines, tout en réduisant la pression qui pèse sur les liens familiaux traditionnels. Thomas, qui partage un appartement avec deux autres jeunes professionnelles depuis 3 ans, affirme : « J’ai commencé à vivre avec Aglaé et Marie sans les connaître, à travers un groupe Facebook, quand on était étudiants à McGill et encore tous les trois fauchés. Mais maintenant qu’on travaille, l’excuse économique n’est plus : on décide délibérément de continuer à vivre ensemble. On aime ça se soutenir dans les moments difficiles, mais c’est aussi le fun de rentrer et d’avoir quelqu’un avec qui tout partager, surtout avec l’hiver qui peut vite ralentir les sorties. On a comme l’impression d’être une famille choisie les uns envers les autres, et comme nos histoires romantiques n’ont pas tant pris ces derniers temps, on se rend encore plus compte de la valeur de la stabilité de ce lien en comparaison à celui d’une famille classique qui repose sur l’amour de deux parents. » Il ajoute : « Plus je grandis, plus je réalise comme c’est rare de rencontrer des adultes dans des mariages heureux. Je ne comprends pas pourquoi ça ne se fait pas plus d’essayer autre chose que la vie en couple. »</p>



<p>Cette notion de « famille choisie » dont parle Thomas a été <a href="https://revueintervention.org/wp-content/uploads/2018/11/ri_148_2018.2_beaudry.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">popularisée par les communautés queer</a>, et trouve de plus en plus d’écho auprès des jeunes générations. Dans ces configurations, le lien affectif prime sur le lien biologique, ce qui permet une réelle réinvention des structures relationnelles. En dépit des réalités économiques, climatiques et des évolutions sociales qui l’ont fragilisée, la famille nucléaire continue d’être perçue par certains comme un pilier de stabilité et un modèle structurant dans un monde incertain. Ce modèle permet aussi de concentrer le soutien émotionnel et matériel sur un cercle restreint, tout en facilitant la transmission intergénérationnelle de valeurs, de traditions et de patrimoine. Ces aspects expliquent pourquoi il reste privilégié par ceux qui cherchent une forme de stabilité ou un héritage culturel fort, malgré ses limites perçues. Pour beaucoup, la famille nucléaire garantit néanmoins une organisation claire des rôles et des responsabilités, offrant un cadre rassurant dans une société où les repères changent rapidement. Idéale pour certains et source de rejet pour d’autres, la famille nucléaire incarne ainsi la nostalgie d’une époque perçue comme plus ordonnée, tout en soulignant les contraintes d’un modèle parfois trop rigide pour s’adapter aux attentes contemporaines. </p>



<p><em>*Nom fictif</em></p>
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		<item>
		<title>Ententes pour la francophonie</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/11/27/ententes-pour-la-francophonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Eloïse Schlachet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Nov 2024 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Campus]]></category>
		<category><![CDATA[francophonie]]></category>
		<category><![CDATA[McGill]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les frais réduits au Québec trahissent-ils un désir de ne sélectionner que les « bons » francophones?</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/11/27/ententes-pour-la-francophonie/" data-wpel-link="internal">Ententes pour la francophonie</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Peuplé de huit millions de francophones, le Québec se présente aujourd’hui comme le bastion de la francophonie en Amérique du Nord, notamment à travers ses politiques de promotion du patrimoine linguistique. Cultivant son image de province accueillante, le Québec offre une tarification préférentielle pour les études supérieures aux francophones, mais seulement aux étudiants originaires de <a href="https://www.mrif.gouv.qc.ca/Document/Engagements/2015-02.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">France</a> et de <a href="https://www.mrif.gouv.qc.ca/Document/Engagements/2018-06.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">la communauté francophone de Belgique</a>.</p>



<p>Au cours des cinq dernières années, <a href="https://www.ledevoir.com/societe/education/821998/quebec-depense-865-millions-cinq-ans-etudiants-francais?" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">865 millions de dollars</a> (soit en moyenne 173 millions de dollars par an) ont été alloués aux étudiants français inscrits dans les universités et cégeps du Québec sous forme de subventions. Ces fonds permettent aux étudiants de premier cycle de payer des frais de scolarité environ deux fois moins élevés que ceux imposés aux autres étudiants internationaux, et même inférieurs à ceux des Canadiens non-résidents du Québec, en raison des <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2034897/frais-scolarite-etudiants-canadiens-non-residents-quebec" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">récentes augmentations tarifaires</a> les visant. Pour les cycles supérieurs, l’écart est encore plus marqué : lorsqu’ils sont inscrits en maîtrise ou au doctorat, les étudiants français et belges paient les mêmes frais que les résidents québécois, un privilège qui n’est pas même accordé aux Canadiens nonrésidents du Québec.</p>



<p>Cet effort financier a indéniablement fait croître la présence d’étudiants français et belges — et par extension, celle de la francophonie — dans les institutions universitaires québécoises, les intégrant comme des partenaires clés du projet linguistique de la province. Cependant, il soulève des questions sur l’inclusion, l’équité ou encore le sentiment d’appartenance qu’il induit. Qui peut vraiment se sentir chez soi au Québec? Et que révèle cette générosité sélective sur la vision québécoise de la francophonie?</p>



<p><strong>Vers une francophonie à tout prix</strong></p>



<p>Au Québec, les frais de scolarité dépassent la question financière : ils dessinent une frontière nette entre ceux auxquels on permet de s’intégrer et ceux qui sont forcés à rester en marge. Les résidents du Québec, qui bénéficient des tarifs les plus bas, incarnent le cœur battant de la province. Les Canadiens non résidents deviennent quant à eux déjà des « presque-étrangers » en étant sommés de payer des frais deux fois plus élevés que les résidents de la province. L’addition reste considérablement inférieure à celle imposée aux étudiants internationaux, qui se voient ainsi relégués au statut d’appartenance le plus limité.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Cette instrumentalisation de la francophonie comme outil de sélection compromet néanmoins la possibilité pour le Québec de porter le projet d’une francophonie universelle, éclipsant la solidarité linguistique qui la caractérise au profit d’un pragmatisme économique.</p>
</blockquote>
</blockquote>



<p>La préférence tarifaire accordée aux étudiants français et belges, au-delà de constituer une anomalie chez les étudiants internationaux, agit comme un rapprochement symbolique avec les résidents québécois. Elle les invite à se sentir chez eux, à la différence des autres étudiants francophones et des Canadiens originaires d’autres provinces. En favorisant des étrangers plutôt que leurs concitoyens anglophones ou francophones d’ailleurs au Canada, le projet de la francophonie du Québec réaffirme une distinction identitaire qui transcende alors le cadre national et valorise davantage le partage de la langue que celui de la nationalité.</p>



<p>Ce projet de retrouvailles et d’accueil par l’idiome répond toutefois à une logique sélective qui privilégie certaines nations, plutôt que de faire du Québec un espace universel de connexion pour les francophones des quatre coins du monde. Ainsi, les étudiants français et belges, issus de pays plus riches et dotés d’institutions académiques prestigieuses, bénéficient d’un accueil chaleureux dans les établissements universitaires, qui deviennent le lieu tangible de leurs privilèges et de leur appartenance. Les étudiants francophones d’Afrique et du Moyen-Orient, malgré leur contribution à la vitalité de la langue française, se heurtent quant à eux à des barrières économiques et symboliques qui les marginalisent dans ce projet de francophonie à deux vitesses.</p>



<p><strong>Une francophonie conditionnelle : entre privilège et exclusion</strong></p>



<p>Ces politiques soulèvent des interrogations légitimes quant à la hiérarchie culturelle implicite qu’elles révèlent. Les nations perçues comme « compatibles » — riches, blanches et européennes — sont favorisées au détriment des pays du Sud. Bien qu’il existe des accords avec des États comme la Tunisie, Djibouti et la République démocratique du Congo, où le français est parlé respectivement par <a href="https://www.odsef.fss.ulaval.ca/sites/odsef.fss.ulaval.ca/files/uploads/odsef-lfdm-2022.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">52,47%, 50% et 51,37%</a> de la population, ces partenariats restent largement symboliques. Ils profitent seulement à une poignée d’étudiants — souvent <a href="https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/education/publications-adm/ES/Etudier-quebec/Pays-signataires.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">moins d’une douzaine par pays chaque année</a>. En comparaison, des <a href="https://www.mcgill.ca/internationalstudents/contact-us/issoffice/international-student-body" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">milliers d’étudiants français et belges</a> bénéficient de ces ententes à la seule échelle de McGill. </p>



<p>Ce déséquilibre entre les nations du Nord et du Sud n’est pas anodin. Il reflète une logique utilitariste dont les accords sont conclus exclusivement avec des nations présentant des intérêts économiques stratégiques pour le Québec. En faisant de la maîtrise du français un critère d’immigration, ces politiques sélectionnent une population étudiante alignée avec ces mêmes intérêts. Cette instrumentalisation de la francophonie comme outil de sélection compromet néanmoins la possibilité pour le Québec de porter le projet d’une francophonie universelle, éclipsant la solidarité linguistique qui la caractérise au profit d’un pragmatisme économique.</p>



<p>L’exemple de l’entente avec la Belgique, qui ne repose pas sur un lien historique particulier avec le Québec, illustre bien ce privilège accordé aux pays du Nord et la dissonance du projet québécois. Paradoxalement, des pays culturellement proches comme la Suisse et le Luxembourg, où le français est parlé par <a href="https://www.odsef.fss.ulaval.ca/sites/odsef.fss.ulaval.ca/files/uploads/odsef-lfdm-2022.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">67,13% et 91,99%</a> de la population, sont exclus de ces tarifs préférentiels. Si cette situation diffère des logiques néocoloniales qui excluent les nations africaines, elle met néanmoins en lumière une politique de « minimum convenable », où certains pays francophones sont négligés faute d’intérêts économiques immédiats.</p>



<p>Ces tendances révèlent une absence de vision idéologique forte autour de la langue française dans les politiques québécoises. Au lieu de devenir une force unificatrice, la francophonie au Québec semble s’enfermer dans un projet utilitariste dicté par des alliances à court terme, et éloigné des idéaux d’universalité et de fraternité historiquement liés à la langue française.</p>



<p><strong>Étendre le sentiment de chez-soi</strong></p>



<p>Si le Québec aspire véritablement à protéger et promouvoir son patrimoine francophone, il devra repenser son approche qui, dans sa forme actuelle, perpétue des exclusions. L’élargissement de la tarification préférentielle à l’ensemble des nations francophones renforcerait un sentiment d’appartenance universel, tout en répondant aux idéaux de solidarité linguistique. Cela offrirait également de nouvelles perspectives académiques et culturelles pour la francophonie, au moyen de mesures alignées sur les objectifs économiques et diplomatiques de la province.</p>



<p>Une politique véritablement inclusive permettrait au Québec de s’affirmer comme un acteur clé de la justice culturelle et linguistique. En s’inspirant de l’<em><a href="https://journals.openedition.org/anatoli/461" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">homoglosson</a></em> d’Hérodote, qui définit <a href="https://www.jstor.org/stable/20788284" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’appartenance par la langue partagée plutôt que par l’origine</a>, le Québec pourrait repenser la francophonie comme un espace véritablement ouvert et inclusif. Elle cesserait d’être un cercle exclusif pour devenir un lieu d’échanges, où chaque francophone pourrait se sentir pleinement « chez lui ».</p>



<p>Pour concrétiser cette vision, le Québec doit élargir ses politiques préférentielles afin d’inclure tous les francophones, transformant ainsi la langue française en une véritable force unificatrice. Il renforcerait alors son rôle de foyer pour une francophonie mondiale, où chaque individu, quelle que soit son origine, serait reconnu et valorisé comme membre d’une communauté vraiment inclusive.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2024/11/27/ententes-pour-la-francophonie/" data-wpel-link="internal">Ententes pour la francophonie</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Liberté et affects</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/10/30/liberte-et-affects/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Eloïse Schlachet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Oct 2024 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[liberté]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[vote]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Viser plus haut que la démocratie libérale.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">« Lorsque le peuple vote, le peuple gagne. » Ces mots résonnent depuis plusieurs mois dans le <a href="https://www.jstor.org/stable/j.ctvqsdsd8" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">paysage politique à travers le monde</a>, alors que le populisme prospère sur le terreau d’une fracture sociale toujours plus béante. Les crises économiques, la peur et la xénophobie définissent maintenant notre conjoncture, transformant le débat démocratique en une scène de division et de désillusion. Si ces slogans sont souvent plus opportunistes que sincères, ce qui importe est de comprendre si le choix représente un aspect concret et pertinent de nos démocraties — ou si les conditions le transforment en illusion. Autrement dit, le vote confère-t-il une puissance d’agir, au sens spinoziste, à l’électeur? Ou bien le jeu politique est-il arrangé d’avance, fonctionnant au moyen et bénéficiant de cette illusion de choix qu’il confère aux citoyens?</p>



<p><strong>La liberté contrainte du vote</strong></p>



<p>Témoin des idéaux révolutionnaires, le vote symbolise aujourd’hui la liberté individuelle et la souveraineté collective au cœur de nos démocraties libérales. Autrefois perçue comme antagoniste à l’idée républicaine, la démocratie a trouvé sa place en adoptant la représentativité, un système où l’électeur cède sa souveraineté en vertu d’un « choix » qui, selon Francis Fukuyama, marque la « <a href="https://www.jstor.org/stable/24027184?searchText=francis+fukuyama+the+end+of+history&amp;searchUri=%2Faction%2FdoBasicSearch%3FQuery%3Dfrancis%2Bfukuyama%2Bthe%2Bend%2Bof%2Bhistory%26so%3Drel&amp;ab_segments=0%2Fbasic_search_gsv2%2Fcontrol&amp;refreqid=fastly-default%3Ae62ac2df05bc31877b37336b5827527e" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">fin de l’Histoire</a> » – l’idée qu’il n’existerait aucun système politique plus abouti que la démocratie libérale.</p>



<p>L’électeur, qui est cependant tenu entre le libre arbitre et les déterminismes d’un système aux structures rigides, est-il véritablement en mesure d’agir selon son essence? Spinoza nous rappelle que la liberté ne réside pas dans le simple fait de choisir, mais dans la capacité à exprimer sa propre nature, à affirmer une « puissance d’agir ». En politique, cela impliquerait que le vote confère à l’électeur une autonomie réelle, un pouvoir de décision ancré dans l’expression de soi, et non une imitation de la liberté. La réalité des démocraties représentatives cantonne néanmoins ce « choix » par des forces qui échappent au contrôle du citoyen. Celui-ci est contraint d’adhérer à un système façonné par les élites politiques et économiques, les médias et les structures institutionnelles, au nom d’un <em>contrat social </em>informel et contraignant. Plutôt que d’incarner une force libre, l’électeur semble réduit à une position de spectateur, invité à valider des options déterminées en amont. Dans ce cadre, le vote devient l’instrument d’une souveraineté d’apparence, qui maintient la population dans une impression de contrôle tout en limitant sa capacité d’action.</p>



<p><strong>Une société des affects : illusion de choix</strong></p>



<p>Ce qui se joue en politique dépasse toutefois les simples institutions : il s’agit de gouverner les affects, ces forces intimes qui unissent et dirigent les individus. Frédéric Lordon, s’inspirant de Spinoza, décrit cette « société des affects » dans laquelle des émotions collectives comme la peur, le besoin d’appartenance, ou la colère deviennent des leviers de contrôle redoutablement efficaces, à l’image du maccarthysme américain des années 50 (ou la « <a href="https://journals.openedition.org/conflits/858#tocto2n7" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Peur du Rouge</a> »), ou de <a href="https://academic.oup.com/hgs/article/36/1/46/6542909?login=true" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">la montée du nazisme</a> dans l’Allemagne des années 30 (notamment par la propagande orchestrée par Joseph Goebbels). La démocratie libérale, loin de favoriser un choix éclairé, repose en grande partie sur ces affects afin de structurer la puissance d’agir des citoyens, leur donnant l’illusion d’une liberté qui leur appartient — en apparence seulement.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« S’ils souhaitent être élus, les deux candidats doivent composer avec les préoccupations des électeurs des états pivots, dont le choix va déterminer le résultat des élections »</p>
</blockquote>



<p>Pour Spinoza, le pouvoir politique est en réalité une projection imaginaire des puissances individuelles, transférées au collectif. Ainsi, l’État, loin d’être une entité indépendante, existe comme un canal où s’expriment les affects et désirs individuels. Mais dans cette société des affects, le transfert de puissance, qui pourrait être présumé émancipateur, devient un instrument de stabilisation. Ces émotions – crainte, espoir, désir de sécurité – sont dirigées non pas pour encourager une véritable autonomie des citoyens, mais pour les lier à des choix déjà définis à l’avance.</p>



<p>Dans ce cadre, le choix politique n’est plus une expression véritable de liberté, mais une réponse conditionnée aux affects orchestrés. En s’ancrant dans un quotidien rythmé par des émotions entretenues, l’électeur se trouve captif de ces affects, réagissant aux options qui lui sont offertes. Loin de renforcer son indépendance, cet encadrement affectif le confine à des choix affectivement déterminés, qui ne font que reconduire le statu quo, entretenant l’illusion d’un ordre naturel et incontestable.</p>



<p><strong>Une illusion orchestrée par les médias</strong></p>



<p>Quant aux médias, loin de se limiter à une mission de dissémination de l’information, ils tracent les récits politiques, définissant les contours de ce qui semble acceptable. Pierre Bourdieu, dans <em>Sur la télévision </em>(1966), révèle la manière dont les médias imposent, selon des normes établies, une sélection de figures et d’idées « éligibles », un cadre préconstruit qui se présente comme naturel. Noam Chomsky et Edward Herman, dans <em>La Fabrication du Consentement </em>(1988), vont plus loin, soulignant que ce cadre répond avant tout aux intérêts économiques dominants. Les médias, disent-ils, fabriquent un « consentement » qui ressemble davantage à une adhésion imposée qu’à un choix véritable, offrant aux citoyens une liberté illusoire où le filtrage des options précède même la réflexion individuelle.</p>



<p>Les crises climatiques, sanitaires ou économiques contribuent également à restreindre cet espace de débat, créant un sentiment d’urgence qui justifie des prises de décisions accélérées. Dans cette précipitation, les électeurs se voient offrir des solutions immédiates qui servent à redorer les images politiques plus qu’à créer des avancées durables. Cette dynamique accentue la dépendance des citoyens envers des figures populistes qui capitalisent sur une angoisse dont elles sont souvent les instigatrices, renforçant ainsi l’illusion d’un choix dans le même temps où se resserre l’éventail de possibilités.</p>



<p><strong>Réponse populaire : s’élever au-delà des contraintes</strong></p>



<p>Là où la démocratie représentative porte en elle le paradoxe d’une liberté qu’elle entend garantir mais limite, il revient au citoyen de répondre à cet idéal de liberté sans en trahir l’essence. La véritable puissance d’agir consiste à comprendre les contraintes qui pèsent sur nos vies pour mieux les surmonter, et elle exprime ainsi sa beauté par son potentiel libérateur : en apprenant où se situent les frontières de notre liberté, nous nous donnons les moyens de les étendre. La connaissance des forces qui nous déterminent n’est pas une abdication, mais au contraire, une affirmation.</p>



<p>Ainsi, je crois que s’éprendre de la liberté et de la démocratie nous incombe de ne jamais cesser de lutter pour la connaissance et pour l’évaluation perpétuelle des institutions au sein desquelles s’exerce notre liberté. N’oublions pas ce qu’Aldous Huxley, mentor de Georges Orwell, nous enseignait à ce sujet dans <em>Le Meilleur des Mondes </em>(1932) : « La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader, un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. »</p>
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		<title>Incendie de batteries au lithium au port de Montréal</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/10/02/incendie-de-batteries-au-lithium-au-port-de-montreal/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Eloïse Schlachet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Oct 2024 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[batterie]]></category>
		<category><![CDATA[incendie]]></category>
		<category><![CDATA[lithium]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Gestion des batteries au lithium : quels défis ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le lundi 24 septembre 2024, aux alentours de 14h30, un incendie s’est déclaré au port de Montréal, touchant un conteneur d’environ 15 000 kilos de piles au lithium. Les flammes ont été maîtrisées et éteintes au cours de la journée du mardi. Communiquée par un appel au 911, l’information a mené à la sécurisation du périmètre s’étendant entre la rue Vimont, la rue Hochelaga, l’avenue Haig et le fleuve Saint-Laurent. Les habitants ont reçu la consigne de ne pas quitter leur domicile, de couper les systèmes de ventilation, et de fermer portes et fenêtres pour éviter une exposition à des fumées toxiques. Florence, une résidente du quartier de Hochelaga et étudiante montréalaise de 22 ans, témoigne : « J’ai été notifiée des consignes directement par une alerte sur mon cellulaire. C’était surprenant de voir qu’on n’est jamais à l’abri des accidents, peu importe où on vit. »</p>



<p>Bien qu’un pompier ait été transporté aux urgences pour une blessure au genou, l’incendie n’a compromis la santé physique d’aucune autre personne. Le Service de sécurité incendie de la Ville de Montréal (SIM) a assuré qu’il n’y avait pas de danger immédiat concernant la qualité de l’air, bien que <a href="https://www.journaldemontreal.com/2024/09/24/incendie-au-port-de-montreal-des-risques-pour-la-sante-des-residents-du-secteur#:~:text=Des%20milliers%20de%20kilos%20de,de%20Mercier%E2%80%93Hochelaga%2DMaisonneuve." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">certains riverains aient ressenti des picotements à la gorge ou aux yeux</a>. Cet incident met en lumière les défis multiples posés par le marché des batteries au lithium, qui connaît une demande croissante avec l’essor des technologies dites « propres ». Il soulève des questions sur la gestion de ces batteries, particulièrement dans des lieux de transit comme les ports, où cette demande accrue augmente le risque d’accidents. Une enquête est en cours au port de Montréal pour déterminer les causes précises de cet incendie.</p>



<p><strong>Multiplication des risques</strong></p>



<p>Avec 80% d’utilisation exclusive à la conception de batteries, le lithium-ion est essentiel pour assembler des appareils électroniques (téléphones cellulaires, ordinateurs portables…) mais aussi des véhicules électriques et des systèmes de stockage d’énergie. La production mondiale a de ce fait connu un essor important au cours des dernières années. Au Canada, l’exploitation de ce métal, qui avait <a href="https://www.msn.com/en-ca/money/topstories/how-much-lithium-comes-from-canada/ar-AA1rjwhN" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">été limitée de 2014 à 2020</a> en raison de <a href="https://www.canadianminingjournal.com/featured-article/canadas-lithium-is-in-quebec/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">difficultés financières</a>, a repris de plus belle en 2021 avec la croissance exponentielle générée par le marché des véhicules électriques. <a href="https://www.cbc.ca/news/climate/lithium-in-the-world-1.6841339" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Elon Musk</a> désignait à ce titre les batteries au lithium comme le « nouveau pétrole ». Avec <a href="https://ressources-naturelles.canada.ca/nos-ressources-naturelles/mines-materiaux/donnees-statistiques-et-analyses-sur-lexploitation-miniere/faits-mineraux-metaux/faits-sur-le-lithium/24010" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">environ 3,2 millions de tonnes</a> de réserve d’oxyde de lithium, le Canada, dont les mines principales se situent au Québec, près de Val‑d’Or, et au Manitoba, dispose d’atouts qui lui permettront de se positionner comme un acteur clé sur le marché florissant de celui qu’on appelle « <a href="https://reporterre.net/Le-lithium-l-or-blanc-de-l-economie-verte" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’or blanc de l’économie verte</a> ». Ces dernières années, le lithium est en effet devenu un matériau indispensable au déploiement d’alternatives aux voitures thermiques.</p>



<p>L’exploitation du lithium n’est pas exempte de risques. C’est un métal très réactif qui présente des dangers, et ce de manière accrue lorsqu’il est mal entreposé ou transporté. Lors de son utilisation dans une batterie, les ions de lithium se déplacent entre les électrodes, générant un courant électrique. <a href="https://www.nytimes.com/2023/06/21/nyregion/e-bike-lithium-battery-fires-nyc.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Le danger survient lorsqu’une cellule entre en « emballement thermique »</a>, une réaction en chaîne au cours de laquelle la chaleur se développe extrêmement rapidement : une surcharge ou un défaut de fabrication sont autant de raisons qui peuvent engendrer ce phénomène. La moindre surchauffe ou défaillance interne peut ainsi entraîner une fuite thermique et provoquer un incendie, comme celui survenu au port de Montréal. La demande croissante amplifie <em>de facto </em>le risque d’accidents générés par l’utilisation de ce métal.</p>



<p><strong>Incertitudes sur la sécurité des batteries</strong></p>



<p>L’incident au port de Montréal n’est malheureusement pas un événement isolé. A moins de 600 km de là, la ville de New York a recensé 21 décès liés à des incendies de batteries au lithium entre les années 2021 et 2023, et <a href="https://www.courrierinternational.com/article/la-lettre-tech-threads-contre-twitter-la-justice-soutient-l-intox-l-astrologue-intelligent-et-les-batteries-qui-tuent" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plus d’une centaine d’accidents similaires durant cette seule année</a>. Malgré les risques connus, les entreprises exploitantes subissent une pression du marché qui les incite à ajouter de l’énergie aux batteries, au risque de <a href="https://www.nytimes.com/2023/06/21/nyregion/e-bike-lithium-battery-fires-nyc.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">repousser les limites de sécurité</a>. Les batteries produites pour les vélos électriques contiennent par exemple bien plus d’énergie que celles des téléphones cellulaires, ce qui les rend de fait particulièrement destructrices en cas d’incendie. À cela s’ajoutent des mauvaises conditions de stockage, l’absence de protocoles adaptés ou le vieillissement des batteries qui sont autant de facteurs qui aggravent l’incidence des incendies initiés par des batteries au lithium.</p>



<p>Si la récente reprise de l’exploitation du lithium au canada a renforcé son rôle stratégique dans la transition environnementale du pays, elle s’accompagne aussi d’enjeux de taille pour assurer la sécurité tout au long du cycle de vie des batteries (de la production à l’élimination). Dans ce cadre, l’incendie au port de Montréal ne s’inscrit que dans la continuité de la croissance du marché du lithium, et rappelle aux autorités l’urgence de revoir les normes et protocoles encadrant la manipulation des batteries. En d’autres termes, il s’agit d’investir davantage dans l’adaptation des infrastructures et l’implémentation des réglementations afin de prévenir de futurs accidents.</p>



<p><strong>Lithion Technologies : recyclage innovant au Québec</strong></p>



<p>Face à cette problématique, la province du Québec <a href="https://www.lithiontechnologies.com/nouvelles/un-appui-de-2m-a-recyclage-lithion-pour-renforcer-l-expertise-quebecoise-dans-le/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">finance à hauteur de 2 millions de dollars</a> l’entreprise Lithion Technologies. Celle-ci s’est donnée pour mission de <a href="https://www.versants.com/actualite/la-premiere-usine-pour-recycler-les-batteries-electriques-a-saint-bruno/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">créer la circularité des matériaux stratégiques</a> au Québec et dans le monde. À travers sa filiale Recyclage Lithion, l’entreprise québécoise use d’un procédé innovant permettant de recycler les batteries au lithium et d’en récupérer 95 % des composants en produits de haute pureté (lithium, nickel, cobalt, manganèse, graphite). Ils sont ensuite utilisés pour fabriquer de nouvelles batteries aux ions de lithium.</p>



<p>Ouverte à Saint-Bruno en 2023, la première usine commerciale de Recyclage Lithion permet la réalisation de ce plan d’économie circulaire : elle assure le traitement mécanique des batteries, tandis qu’une seconde usine (ouverture prévue pour 2026) effectue le processus chimique de purification des métaux. Elle a également vocation à devenir un centre de formation et d’observation pour les futurs entrepreneurs dans le domaine du recyclage des batteries. L’entreprise prévoit le <a href="https://www.versants.com/actualite/la-premiere-usine-pour-recycler-les-batteries-electriques-a-saint-bruno/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">développement de 25 usines d’ici 2035</a>, et des partenariats avec la Corée du Sud, les États-Unis et l’Europe sont déjà en cours.</p>



<p>L’incendie qui a pris place au port de Montréal lundi dernier nous rappelle les défis présents sur la route vers la transition énergétique. Si les technologies se développent rapidement, la politique doit aussi encadrer ces avancées, afin de s’assurer qu’elles ne nuisent pas à la sécurité et à l’environnement.</p>
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