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	<title>Orian Dorais - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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		<title>La victoire d’Éric Duhaime (n’aura pas lieu)</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/01/19/la-victoire-deric-duhaime-naura-pas-lieu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Orian Dorais]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Jan 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême droite]]></category>
		<category><![CDATA[Parti Conservateur du Québec]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Politique provinciale]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<category><![CDATA[Québec Solidaire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Petite histoire de l’ultradroite québécoise.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/01/19/la-victoire-deric-duhaime-naura-pas-lieu/" data-wpel-link="internal">La victoire d’Éric Duhaime (n’aura pas lieu)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">En ce début d’année électorale, la situation politique au Québec semble remarquablement figée. Malgré son amateurisme et son <a href="https://www.journaldequebec.com/2021/12/07/front-commun-pour-reclamer-une-enquete-publique-sur-la-gestion-de-la-pandemie" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">manque alarmant</a> de transparence en ce qui a trait à la gestion de la pandémie, François Legault se maintient au sommet des intentions de vote. L’opposition se bat pour disputer un peu de la visibilité du premier ministre. Le seul parti ayant réussi un tant soit peu à entailler la popularité de la CAQ, <a href="https://lactualite.com/politique/la-caq-recule/?fbclid=IwAR2wUfraQIupS8Br_e711ecbEB31N4q1-l5eTaPYUJPGZRyUu79MbU3ZeVc" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">notamment dans la région de Québec</a>, est le Parti conservateur du Québec (PCQ). Mais Éric Duhaime a‑t-il une réelle chance de faire une percée significative? L’histoire nous apprend que les extrêmes politiques séduisent assez peu dans notre province.</p>



<p>Depuis plusieurs décennies, des partis provinciaux et fédéraux très à droite ont vu le jour au Québec. Dès 1934, le «<a href="https://www.ledevoir.com/lire/286182/adrien-arcand-un-fasciste-bien-de-chez-nous" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">fürher canadien</a>» Adrien Arcand, admirateur d’Hitler et de Mussolini, fonde le Parti National Social Chrétien (PNSC), une organisation ultrareligieuse et antisémite, dont l’emblème est la croix gammée nazie. Le PNSC a alors une structure hiérarchique militarisante similaire à celle des fascistes italiens, ses militants appartenant à des groupes comme «Les légionnaires», aujourd’hui mieux connus sous le nom de «Chemises Bleues». Arcand n’arrive à récolter que très peu de soutien au Québec et n’obtient que 0,16% du vote lors de l’élection fédérale de 1940. Son parti est dissous peu après par le gouvernement fédéral de Mackenzie King, qui craint sa sympathie pour les ennemis du monde libre, et Arcand est emprisonné dans un camp de détention.</p>



<p>Dans les années 1940, un parti réformateur voit le jour. Il s’agit du<strong><span class="has-inline-color has-societe-color"> </span></strong>Bloc populaire, qui présente des candidats aux deux paliers de gouvernement et semble a priori être un parti de gauche. Sa principale raison d’être est l’opposition à la conscription. Il prône par ailleurs une plus grande intervention de l’État dans l’économie pour limiter l’influence des<em> </em>« <em>trusts </em>», ces conglomérats anticoncurrentiels. Cela dit, être en faveur d’un État fort ne signifie pas nécessairement être de gauche. A contrario, plusieurs au Bloc populaire sont inspirés par le <a href="https://www.erudit.org/fr/revues/rs/2004-v45-n2-rs835/009647ar/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">corporatisme</a> des fascistes Franco et Salazar. Certaines des figures les plus éminentes du Bloc populaire, comme Henri Bourassa – fondateur du Devoir et brillant réformateur au début du 20<em>e</em> siècle qui se radicalise à droite en vieillissant – et André Laurendeau – chef de l’aile provinciale du parti de <a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/laurendeau-andre-4025/biographie.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">1943 à 1947</a> – se montrent d’ailleurs très antisémites. Laurendeau manifestera des regrets, dans les années 1960, par rapport à ses positions anti-juives. Bourassa et d’autres membres du parti soutiennent également Pétain. Bien que le Bloc populaire soit une coalition politique hétéroclite, on ne peut nier dans ses rangs un intérêt certain pour les hommes forts européens. Aux élections provinciales de 1944, le Bloc populaire remporte moins de 15% des votes et fait élire quatre députés. En 1945, lors du scrutin fédéral, sa part du vote diminue et ne fait élire que deux députés. Après le départ de son chef André Laurendeau, le parti se désagrège rapidement et ne présente personne à l’élection provinciale de 1948.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>&nbsp;«Tout au long de notre histoire, il y a toujours eu un bipartisme entre le PLQ, de centre, et un parti nationaliste soit de centre gauche comme le PQ, soit conservateur sans être d’ultradroite, comme la CAQ»</p></blockquote>



<p>Dans les années 1960–1970, la droite morale et religieuse québécoise se réunit autour du Parti créditiste qui prône l’impression massive d’argent dans le but de soutenir financièrement les citoyens. Les créditistes, opposés aux changements de la Révolution tranquille, préconisent aussi un retour aux valeurs familiales et religieuses traditionnelles. Comme le Bloc populaire avant eux, ils présentent des candidats au provincial et au fédéral. Le chef de la section fédérale, Réal Caouette, est religieux, hostile à l’homosexualité<strong><span class="has-inline-color has-societe-color"> </span></strong>et en faveur de la peine de mort. La figure la plus connue de l’aile provinciale reste néanmoins Camil Samson qui, dans un discours devenu célèbre, attaque «les p’tits professeurs de cégep barbus» qui veulent sortir la religion de l’éducation, en un exemple typique de la haine contre les intellectuels caractéristique des radicaux politiques. Le plus haut score des créditistes, tous paliers confondus, avoisine le quart des votes, ce qui est loin d’être une révolution. À titre de comparaison, le Parti québécois (PQ) remporte 30% des voix dès sa deuxième élection, en 1973. À peine cinq ans après sa création, le PQ se porte mieux d’un point de vue électoral que le Parti créditiste dans l’ensemble de son histoire.</p>



<p>Il y a plusieurs autres exemples de partis provinciaux ou fédéraux d’ultradroite<strong><span class="has-inline-color has-culture-color"> </span></strong>fondés au Québec. Du <a href="https://www.bibliotheque.assnat.qc.ca/DepotNumerique_v2/AffichageFichier.aspx?idf=158801" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Parti nationaliste chrétien</a> à la fin des années 1960, qui souhaite faire du Québec une théocratie catholique, à l’actuel Parti Populaire du Canada de Maxime Bernier, qui n’a fait élire aucun député aux élections fédérales de 2021, la constante demeure que ces formations n’attirent que très peu de partisans. Une preuve supplémentaire de ce constat réside dans le fait que le PCQ a existé pendant 12 ans, avant qu’Éric Duhaime n’en prenne la tête, et le parti n’a obtenu jusqu’à présent que des scores négligeables.<strong><span class="has-inline-color has-societe-color"> </span></strong>À vrai dire, tout au long de notre histoire, il y a toujours eu un bipartisme entre le PLQ, de centre, et un parti nationaliste, soit de centre gauche comme le PQ, soit conservateur sans être d’ultradroite, comme la CAQ, qui demeure bien moins radicale que le parti d’Éric Duhaime. Ainsi, les Québécois préfèrent toujours la modération, ce qui est une mauvaise nouvelle pour le chef du PCQ.</p>



<p>De l’autre côté du spectre politique, cela pourrait aussi frustrer Québec Solidaire. En effet, le Parti ouvrier du Québec, le Parti socialiste du Québec, le Rassemblement pour l’indépendance nationale, le NPD québécois, l’Union des forces progressistes et Option nationale sont autant de défuntes formations politiques plutôt de gauche qui, historiquement, n’ont pas mieux performé que les partis d’ultradroite. Comme quoi le centrisme prudent et parfois excessif des Québécois peut autant déplaire aux deux côtés.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2022/01/19/la-victoire-deric-duhaime-naura-pas-lieu/" data-wpel-link="internal">La victoire d’Éric Duhaime (n’aura pas lieu)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Le charme discret de la bourgeoisie de province</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/11/09/le-charme-discret-de-la-bourgeoisie-de-province/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Orian Dorais]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Nov 2021 16:42:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Antonio Barrette]]></category>
		<category><![CDATA[François Legault]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Jacques Bertrand]]></category>
		<category><![CDATA[Maurice Duplessis]]></category>
		<category><![CDATA[politique québécoise]]></category>
		<category><![CDATA[René Lévesque]]></category>
		<category><![CDATA[union nationale]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>De qui François Legault est-il vraiment l’héritier politique? </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/11/09/le-charme-discret-de-la-bourgeoisie-de-province/" data-wpel-link="internal">Le charme discret de la bourgeoisie de province</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Ses adversaires les plus acharnés le comparent à Maurice Duplessis. D’autres voient dans son autonomisme provincial, dans son rêve d’un « Québec fort dans un Canada uni » une résurgence du bourassisme des années 1980–1990. Lui-même se dit inspiré par René Lévesque<sup>1</sup> et Lucien Bouchard<sup>2</sup>. Cependant, au regard de plusieurs événements ayant marqué l’année 2021, il m’apparait désormais évident que le premier ministre François Legault est avant tout l’héritier politique de deux premiers ministres unionistes des années 1960. Antonio Barrette et Jean-Jacques Bertrand sont aujourd’hui deux figures quelque peu oubliées ; cela s’explique notamment par la brièveté de leur mandat respectif à la tête du Québec. Barrette n’est en poste que six mois (de janvier à juillet 1960) et Bertrand termine le mandat de Daniel Johnson, après le décès de ce dernier (il dirige donc la province moins de deux ans, d’octobre 1968 à mai 1970). Toutefois, en se penchant sur la carrière de ces premiers ministres somme toute assez mineurs, plusieurs similitudes&nbsp; peuvent être observées entre leur parcours et celui du chef caquiste.</p>



<p>C’est qu’il existe depuis le début du 20<em>e</em> siècle, au Québec, une tradition de politiciens se présentant pour des partis provinciaux nationalistes, mais en ayant intériorisé l’idée que le Québec ne peut aspirer à autre chose qu’être une province canadienne. Prisonniers de cette conviction, ces politiciens « nationalistes-provincialistes&nbsp;» – au rang desquels on retrouve des politiciens comme Gabriel Loubier, Pierre-Marc Johnson ou Gérard Deltell – sont incapables d’envisager quelconque projet ambitieux d’affirmation nationale pour le Québec. Ils se contentent ainsi de se présenter en « bons gestionnaires », aptes à bien s’occuper des « affaires » de la province. La politique, pour eux, revêt un aspect strictement comptable, et l’émancipation du Québec ne peut se faire que par de bonnes performances économiques.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>«</strong>C’est qu’il existe depuis le début du 20<em>e</em> siècle, au Québec, une tradition de politiciens se présentant pour des partis provinciaux nationalistes, mais en ayant intériorisé l’idée que le Québec ne peut aspirer à autre chose qu’être une province canadienne»</p></blockquote>



<p>Ces politiciens ont en fait des vues assez alignées sur celles du Parti libéral du Québec (PLQ), seul un sens du patriotisme légèrement plus fort les empêchant de se présenter comme libéraux. À ce propos, plusieurs nationalistes-provincialistes, surtout Loubier et Deltell, ont, à divers degrés, accepté l’anglais comme « la langue de la réussite&nbsp;», faisant donc preuve d’une déférence exagérée envers le milieu de la finance anglophile et la communauté anglophone de Montréal<sup>3</sup>. Barrette et Bertrand sont peut-être les deux représentants les plus archétypaux de cette classe de politiciens nationalistes modérés, satisfaits d’un rôle de gestionnaires provinciaux subordonnés aux grands capitalistes anglophones.</p>



<p>N’ayant ni la fougue souverainiste de Lévesque, ni le courage politique de Bourassa (qui avait proposé un nouveau pacte constitutionnel), ni même l’appétit pour les grandes réformes de Duplessis (qui, malgré ses innombrables défauts, se distingue de ses successeurs unionistes par sa création de l’impôt provincial), François Legault est en fait le dernier-né de la lignée des nationalistes de province.</p>



<p><strong>Antonio Barrette</strong></p>



<p>Barrette et Legault partagent la caractéristique d’être venus au monde dans des familles de classe moyenne et de ne pas être issus des milieux menant traditionnellement vers la politique (droit, médecine, journalisme, etc.). Dans les années 1920–1930, Barrette gagne sa vie comme machiniste, puis ingénieur pour le <em>Canadian National</em>. Il fonde ensuite sa propre entreprise – <em>Barrette et Lépine, courtiers d’assurance</em> – en 1936. Le fait que Barrette ait été entrepreneur contribue à sa ressemblance avec Legault, le premier chef d’État québécois de l’histoire de la province issu du « Québec Inc. ». Barrette et Legault partagent également la particularité d’avoir accumulé de très nombreuses années en politique avant d’accéder au poste de premier ministre. Barrette est député de Joliette durant 24 ans (1936–1960), dont 15 à titre de ministre du Travail, avant de prendre la tête de la province. Legault est député presque sans interruption de 1998 à 2018 et cumule plusieurs fonctions ministérielles entre 1998 et 2003. Force est de constater que Legault a également hérité de plusieurs défauts majeurs ayant caractérisé la carrière de l’unioniste.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Dépourvu de toute forme de projet pour le Québec, [Barrette] fait campagne sur son expérience, semblant croire qu’une longue carrière ministérielle équivaille à une vision politique. Le principal argument électoral du premier ministre sortant est sa capacité à ‘‘bien gérer” la province»</p></blockquote>



<p>Lorsqu’il se lance avec l’Union nationale (UN) en 1936, Barrette est un chef syndicaliste, membre de l’association caritative des Chevaliers de Colomb et issu de la classe moyenne. Il se présente en politique pour défendre les intérêts des gens ordinaires et les valeurs traditionnelles du Québec. C’est pourtant lui qui, en 1949, alors qu’il était ministre du Travail, dépose l’infâme projet de loi 5 visant à réformer le Code du travail pour réduire les droits des employés et limiter les libertés syndicales. La loi est jugée si sévère et provoque un tel mécontentement chez les travailleurs qu’elle est retirée par Duplessis, pour être adoptée par fragments durant la décennie suivante<sup>4</sup>. Du reste, le ministère du Travail dirigé par Barrette est essentiel à la répression antisyndicale menée par l’Union nationale, laquelle a été le théâtre de certains des actes les plus infamants commis sous le régime duplessiste, que même les tentatives récentes – et pertinentes – de réhabilitation du chef ne sauraient effacer. Le prêtre et sociologue George-Henri Lévesque écrit ainsi, à la suite du dépôt du projet de loi 5 par Barrette, que « [t]out le monde ici a d’ailleurs l’impression qu’il a […] sacrifié la mission qu’il s’était donnée de travailler pour un idéal social et qu’il n’est plus qu’un pauvre petit politicien comme tant d’autres»<sup>5</sup>.</p>



<p>Par ailleurs, si l’Union Nationale, quand Barrette s’y joint en 1936, a pour objectif de dénoncer la corruption, le patronage et les délits d’initiés qui sont monnaie courante sous le libéral Louis-Alexandre Taschereau, elle finit par répéter certains de ces mêmes procédés malhonnêtes. En 1957, par exemple, des ministres de l’Union nationale utilisent des informations gouvernementales confidentielles pour acheter des actions de la filiale gazière d’Hydro-Québec, peu avant que celle-ci ne soit privatisée. Les actions prennent rapidement de la valeur. Cette entreprise de privatisation – dont la nature scandaleuse est révélée par <em>Le Devoir</em> en 1958 – se fait sous le signe du favoritisme politique et avantage certains gros capitaux anglophones proches du PLQ<sup>6</sup>. L’un des principaux ministres mis en cause lors de ce scandale est Antonio Barrette. De son passage dans le monde de l’entreprise, il ne semble alors pas avoir conservé les sens de l’initiative et de l’indépendance d’esprit qui auraient pu lui permettre de tenir tête à son chef quand ce dernier lui a demandé de renier ses principes. Il apparaît n’avoir gardé que la capacité de «&nbsp;flairer une bonne affaire&nbsp;», faisant de lui-même une pitoyable caricature d’un homme d’affaires cupide se lançant en politique d’abord et avant tout pour garnir son propre compte de banque et celui de ses amis entrepreneurs.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1000" height="750" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/SocieteBaretteBON-1000x750.jpg" alt class="wp-image-45426" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/SocieteBaretteBON-1000x750.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/SocieteBaretteBON-330x247.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/SocieteBaretteBON-768x576.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/SocieteBaretteBON-1536x1152.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/SocieteBaretteBON-2048x1536.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/gontieralexandre/?media=1" data-wpel-link="internal">Alexandre Gontier</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>Barrette arrive ainsi au pouvoir avec le lourd passif politique hérité de ses années comme ministre. Il est choisi comme chef de l’UN un peu par défaut, simplement parce qu’il est celui qui accumule le plus d’expérience. Son court mandat comme chef d’État est assombri par les échos du scandale du gaz naturel. Au déclenchement des élections, il n’a pas le charisme nécessaire pour rassembler son parti. Dépourvu de toute forme de projet pour le Québec, il fait campagne sur son expérience, semblant croire qu’une longue carrière ministérielle équivaille à une vision politique. Le principal argument électoral du premier ministre sortant est sa capacité à «&nbsp;bien gérer » la province.</p>



<p>La plupart de ce qui vient d’être énoncé à propos de Barrette est également vrai dans le cas de François Legault. Comme son prédécesseur unioniste, Legault, depuis son entrée en politique, a renié la plupart des convictions qui jadis le guidaient. Le premier ministre était à l’origine un souverainiste convaincu ayant même rédigé le « budget d’un Québec indépendant ». Il déclare aujourd’hui, au nom d’un pragmatisme lâche et un brin mal défini, qu’il ne souhaite plus parler d’indépendance, car les Québécois « sont tannés de ces vieilles chicanes-là ». Il se contente, à la place, de réclamer des miettes d’autonomie au gouvernement fédéral en culture, en santé et en fiscalité, n’osant opposer aux multiples refus de Trudeau rien de plus que des motions parlementaires et des discours de mauvaise humeur.</p>



<p>Par ailleurs, jusqu’à son arrivée au pouvoir, Legault s’est présenté comme un défenseur des bons travailleurs québécois. En 2012, le chef caquiste promettait notamment d’augmenter le salaire des enseignants de 20% et, en 2015, il s’insurgeait contre les conditions salariales des infirmières<sup>7</sup>. C’est le même politicien qui aujourd’hui fait adopter, en pleine pandémie, le projet de loi 59 sur la santé et la sécurité au travail, lequel constitue un recul en matière de santé et sécurité au travail selon plusieurs experts<sup>8</sup>. Le projet de loi 59, en somme, n’est pas si loin de l’esprit de la loi 5 de Barrette. Le premier ministre, qui a dédié tant d’années de son engagement politique à chanter les louanges des travailleurs de la classe moyenne, déploie aujourd’hui – avec une obsession comptable on ne peut plus provincialiste – de grands efforts pour faire des économies au détriment des conditions de travail de cette dite classe moyenne, celle-là même qui a contribué à le faire élire. Legault offre ainsi un spectacle aussi pitoyable que celui de l’ancien syndicaliste, élu par les petites gens, contribuant à la répression violente de grèves parfaitement légales.</p>



<p>Comme l’Union nationale de 1936, la Coalition Avenir Québec de 2012 faisait de la lutte à la corruption l’un de ses principaux chevaux de bataille. À cette époque, Legault était fier de présenter « l’incorruptible » ancien policier Jacques Duschesneau comme candidat vedette et promettait de mettre fin à la culture de corruption qui caractérisait le règne de Jean Charest – lui-même une sorte de Taschereau du 21<em>e</em> siècle. Cependant, la lutte à la corruption et la volonté de rendre service à des amis hommes d’affaires ne font pas bon ménage. Ainsi, autant Barrette et ses collègues se sont-ils compromis dans le scandale du gaz naturel, autant le gouvernement Legault est-il empêtré dans plusieurs scandales de copinage et de conflits d’intérêts impliquant le premier ministre lui-même<sup>9</sup> et les ministres Fitzgibbon<sup>10</sup> et Caire<sup>11</sup>, ainsi que l’ancien président de la CAQ, Stéphane Le Bouyonnec<sup>12</sup>. Autant dans le cas de Legault que dans le cas de Barrette, les manquements éthiques n’ont peut-être pas l’ampleur de ceux ayant eu lieu sous les libéraux, mais ils témoignent néanmoins d’une culture du copinage et du favoritisme qui naît d’une trop grande proximité entre le cabinet caquiste et le monde des affaires.</p>



<p><strong>Jean-Jacques Bertrand</strong></p>



<p>Ce qui distingue Bertrand dans l’histoire du Québec, c’est surtout la comparaison défavorable que l’on dresse entre lui et ses collègues, Daniel Johnson et Jean-Guy Cardinal, lesquels étaient de vrais hommes d’État empreints d’une véritable vision nationale pour le Québec. En 1966, Johnson avait eu le courage de proposer « l’égalité ou l’indépendance », devenant ainsi le premier chef d’un grand parti à se prononcer en faveur de la souveraineté si le Canada persistait à ne pas respecter l’autonomie du Québec. Cette même année, alors que le mouvement indépendantiste commençait à peine à s’organiser politiquement, Johnson a eu l’audace politique presque incroyable d’inclure la séparation comme une avenue politique valide, prouvant qu’il était vraiment prêt à tout pour défendre les prérogatives du Québec. Après le décès prématuré de Johnson, une course à la direction de l’UN a eu lieu. L’opposant de Bertrand était Cardinal, un authentique nationaliste, conscient de l’importance que la question linguistique prenait dans la mouvance nationaliste. En cela, Cardinal se rapprochait plus des positions du Parti québécois, qui allait naître peu après la course à la chefferie.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1000" height="730" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/SocieteLautreBON-1000x730.jpg" alt class="wp-image-45424" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/SocieteLautreBON-1000x730.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/SocieteLautreBON-330x241.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/SocieteLautreBON-768x561.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/SocieteLautreBON-1536x1121.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/11/SocieteLautreBON-2048x1495.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/gontieralexandre/?media=1" data-wpel-link="internal">Alexandre Gontier</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p>Succédant à un premier ministre ouvert à quitter le Canada et défaisant un adversaire prêt à révolutionner les politiques linguistiques, Bertrand propose… absolument rien. Le court mandat de l’unioniste (1968–1970) est un néant en termes de revendication nationale pour le Québec. Tout au plus termine-t-il l’abolition du Sénat québécois amorcée par Jean Lesage. En dehors de cela, Bertrand s’oppose aux campagnes en faveur d’un McGill français, crée un ministère de l’Immigration québécois sans parvenir à s’assurer que celui-ci détienne quelque réel pouvoir et fait preuve d’un tel aplaventrisme face au fédéral que René Lévesque le qualifie de « pleureuse professionnelle ». Bien entendu, le plus grand échec de Bertrand est le fameux <em>bill 63</em>, qui autorise les parents à choisir la langue d’instruction de leurs enfants et, donc, permet aux élèves francophones ou allophones de fréquenter les écoles anglophones, où ils s’anglicisent massivement. Cette loi est la réponse de Bertrand aux revendications de McGill français et à la<a href="https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/aujourd-hui-l-histoire/segments/entrevue/142326/crise-saint-leonard-debut-conflit-linguistique-quebec-julie-noel" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external"> crise linguistique</a> de St-Léonard. Il pousse même l’humiliation jusqu’à forcer Cardinal, alors ministre de l’Éducation, à faire adopter lui-même le <em>bill 63</em><sup>13</sup>, en échange du remboursement de ses dettes électorales. Cardinal accepte à son corps défendant. Les députés unionistes Jérôme Proulx et Antonio Flamand brisent les lignes de parti pour s’opposer à la loi. Cette dernière représente le plus bel exemple de provincialisme, voyant le premier ministre préférant se ranger du côté de la communauté anglophone et du Parti libéral, contre ses propres députés nationalistes, dans le but d’acheter à bas coût une paix sociale afin d’éviter la « chicane » dont les Québécois ont tant horreur.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><meta charset="utf-8"></p><p>«Bertrand s’oppose aux campagnes en faveur d’un McGill français, crée un Ministère de l’Immigration québécois&nbsp;sans parvenir à s’assurer que celui-ci détienne quelque réel pouvoir et fait preuve d’un tel aplaventrisme face au&nbsp;fédéral que René Lévesque le qualifie de&nbsp;‘‘ pleureuse professionnelle ”»&nbsp;</p></blockquote>



<p>François Legault a lui aussi commencé sa carrière politique en servant auprès de chefs patriotes ayant une vraie volonté d’émanciper le Québec, soit Lucien Bouchard et Bernard Landry. Lors de son arrivée au pouvoir, Legault se montre infiniment moins revendicateur, sur le plan national, que ses mentors. Bertrand n’a qu’un seul geste nationaliste fort à son actif – l’abolition du Sénat&nbsp;–, comme Legault n’a que sa petite loi 21, bourrée d’imperfections et déjà torpillée par les tribunaux, à inscrire sur sa feuille de route. La décision absurde du chef caquiste de financer l’agrandissement de Dawson et de McGill correspond à une trahison aussi inqualifiable que l’adoption du <em>bill 63</em> par Bertrand. Dans les deux cas, un politicien se prétendant nationaliste consent à l’assimilation des jeunes Québécois par le système d’éducation anglophone, financé à même les fonds publics, en une décision motivée à moitié par une peur de la confrontation et à moitié par une acceptation passive de l’anglais comme la langue dominante de la sphère économique. La fausse bonne idée de contingenter les cégeps anglophones insinue que l’anglais est la langue des élites cultivées et souligne encore plus l’admiration inconsciente des caquistes pour la langue de Shakespeare. Le projet de loi 96, présenté comme un plan musclé pour la défense du français – rendu d’autant plus nécessaire par les précédentes décisions de la CAQ – ne redresse pas la situation, car le projet exclut une série de mesures phares comme l’application de la loi 101 au collégial et aux petites entreprises, ainsi que la fin du statut bilingue des municipalités comptant moins de 50% de locuteurs anglais.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«La décision absurde du chef caquiste de financer l’agrandissement de Dawson et de McGill correspond à une trahison&nbsp;aussi inqualifiable que l’adoption du <em>bill 63</em> par Bertrand»</p></blockquote>



<p>Force est de constater que, depuis la deuxième moitié de l’année 2020, le Québec est au bord d’une nouvelle crise linguistique. Avec les études confirmant le déclin du français, l’anglicisation rampante de Montréal<sup>14</sup>, le financement d’un système d’éducation parallèle assimilateur par les contribuables<sup>15</sup> ou les nombreux cas d’employés francophones effrayés d’utiliser le français dans des boutiques du centre-ville de Montréal<sup>16</sup> – en un retour insidieux du «&nbsp;<em>speak white</em>&nbsp;» d’hier –, la situation semble s’être dégradée au point d’être comparable à celle de 1969. La situation est telle que Michael Rousseau, le PDG d’Air Canada, a affirmé candidement, cet automne, avoir vécu 14 ans à Montréal sans ressentir le besoin d’apprendre le français pour réussir<sup>17</sup>. La différence étant que les Québécois semblent aujourd’hui s’accommoder d’un premier ministre provincialiste et de demi-solutions, faites de compromis et de servilité, face aux problèmes menaçant leur existence en tant que seul peuple francophone d’Amérique. Triste époque.</p>



<p class="has-text-align-center">—</p>



<p>1.&nbsp;Michel David. <a href="https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/512115/levesque-en-heritage" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>René Lévesque en héritage</em></a>. Le Devoir. 4 novembre 2017.</p>



<p>2. Gilbert Lavoie. <a href="https://www.lesoleil.com/2018/09/17/francois-legault-a-lecole-de-lucien-bouchard-c412d1b1b8ee997de3b9914e909c1ca9" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>François Legault à l’école de Lucien Bouchard</em></a>. Le Soleil. 16 septembre 2018.</p>



<p>3.&nbsp;Voir, par exemple, le<a href="http://m.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-6607.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"> point de presse</a> de Gérard Deltell, alors chef de l’ADQ, du 16 février 2011, où il s’oppose à la loi 101 au cégep, rappelant avec admiration que Jacques Parizeau a étudié l’économie à Londres.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>4. Denyse Baillargeon.&nbsp; <em>La grève de Lachute (1947)</em>. Revue d’histoire de l’Amérique française 37, 2 (1983),&nbsp; p.286.</p>



<p>5. Correspondance de G.-H. L. citée dans Jules Racine St-Jacques, <em>Georges-Henri Lévesque – Un clerc dans la modernité</em>, Montréal : Éditions du Boréal (2020),&nbsp; p. 415–416.</p>



<p>6. Robert Rumilly. <em>Maurice Duplessis et son temps, vol. 2 : 1944–1959</em>. Montréal : Fides, coll. «Vies canadiennes ». 1973, p. 650.</p>



<p>7. Michel Corbeille. <a href="https://www.lesoleil.com/2015/11/07/legault-denonce-loffre-de-clause-orphelin-aux-infirmieres-10538509991fe6d1819535e21b5ad1a6" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Legault dénonce l’offre de « clause orphelin » aux infirmières</em></a>. Le Soleil. 7 novembre 2015.è</p>



<p>8. Collectif. <a href="https://lautjournal.info/20210311/projet-de-loi-no-59-un-serieux-coup-de-barre-est-necessaire" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Projet de loi no 59 : un sérieux coup de barre est nécessaire</em></a>. L’aut’journal. 3 mars 2021.</p>



<p>9. Claude Villeneuve. <a href="https://www.journaldequebec.com/2020/12/19/lethique-de-proximite" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Éthique de proximité</em></a>. Le Journal de Québec. 19 décembre 2020.</p>



<p>10. Jocelyne Richer. <a href="https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2021-03-12/commissaire-a-l-ethique/une-quatrieme-enquete-sera-declenchee-sur-le-ministre-pierre-fitzgibbon.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Commissaire à l’Éthique : Une quatrième commission sera déclenchée&nbsp; sur le ministre Pierre Fitzgibbon</em></a>. La Presse Canadienne. 12 mars 2021.</p>



<p>11. Jocelyne Richer. <a href="https://www.ledevoir.com/politique/quebec/536611/le-depute-eric-caire-fait-l-objet-d-une-plainte-a-la-commissaire-a-l-ethique" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Le député Éric Caire fait l’objet d’une plainte à la Commissaire à l’éthique</em></a>. La Presse Canadienne. 13 septembre 2018.</p>



<p>12. Caroline Plante. <a href="https://www.lesoleil.com/2020/12/17/la-caq-rehabilite-son-ancien-president-stephane-le-bouyonnec-et-le-nomme-au-conseil-executif-c13b573b4181056a29af90368c785052" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>La CAQ réhabilite son ancien président Stéphane Le Bouyonnec</em></a><em>.</em> Presse Canadienne. 17 décembre 2020.</p>



<p>13. Lysiane Gagnon. &nbsp; <em>Jean-Guy Cardinal, une carrière politique marquée par les lois sur la langue</em>/ suite : <em>Il avait parrainé la loi 63 contre son gré</em>. La Presse,‎ 19 mars 1979, A1, suite : A6</p>



<p>14. Mathieu Bock-Côté. <em>La situation du français à Montréal : une catastrophe</em>. Journal de Montréal. 26 janvier 2020.</p>



<p>15. Frédéric Lacroix. <a href="https://fredericlacroix.quebec/2021/03/15/quebec-prefere-les-universites-anglaises-2/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Québec préfère les universités anglaises</em></a><em>. </em>15 mars 2021.</p>



<p>16. Marie Lise Mormina. <a href="https://www.journaldemontreal.com/2020/11/13/incapable-detre-servi-en-francais" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Incapable d’être servi en français au centre-ville de Montréal</em></a><em>. </em>Journal de Montréal. 13 novembre 2020.&nbsp;</p>



<p>17. Mylène Crête.<a href="https://www.lapresse.ca/actualites/national/2021-11-04/discours-en-anglais/michael-rousseau-vise-par-200-plaintes.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Micheal Rousseau visé par 200 plaintes</em></a>. La Presse. 4 novembre 2021.</p>



<p></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/11/09/le-charme-discret-de-la-bourgeoisie-de-province/" data-wpel-link="internal">Le charme discret de la bourgeoisie de province</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Les George-Étienne Cartier du 20e siècle</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/09/15/les-george-etienne-cartier-du-20e-siecle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Orian Dorais]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Sep 2021 17:16:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[fédéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Politique fédérale]]></category>
		<category><![CDATA[politique québécoise]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=44085</guid>

					<description><![CDATA[<p>Coup d’oeil sur ces figures politiques québécoises qui ont bâti leur carrière politique sur la négation des droits de leurs compatriotes francophones.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/09/15/les-george-etienne-cartier-du-20e-siecle/" data-wpel-link="internal">Les George-Étienne Cartier du 20e siècle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Dans un <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/10/27/les-louis-hippolyte-la-fontaine-du-20e-siecle/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">précédent texte</a> paru au <em>Délit</em>, j’affirme que Louis-Hippolyte Lafontaine, un politicien réformiste issu de la branche modérée du Parti patriote, est le véritable père fondateur d’un Canada indépendant de la Grande-Bretagne, en cela que Lafontaine a négocié la mise en place du «gouvernement responsable», qui permet au Parlement de nommer le chef de l’exécutif. Si certains patriotes républicains – proches de Louis-Joseph Papineau et ancêtres, en quelque sorte, des souverainistes actuels – ont reproché à Lafontaine de trop compromettre avec la monarchie, il n’en demeure pas moins que le chef réformiste est parvenu à jeter les bases de la démocratie canadienne et s’est toujours battu pour que les francophones y soient traités avec justice.</p>



<p>La thèse de mon précédent essai était que l’attitude réformiste et conciliatrice de Lafontaine à l’origine d’une tradition politique qui, au cours du 20<em>e</em> siècle, a vu plusieurs politiciens québécois s’impliquer en politique fédérale, autant au Parti libéral (PLC) qu’au Parti conservateur (PCC), tout en ayant à cœur la défense des intérêts du Québec. Wilfrid Laurier et Brian Mulroney sont probablement les plus grands représentants de cette tradition. On pourrait ajouter à cette liste prestigieuse Henri Bourassa (qui commence sa carrière politique avec les libéraux et fonde <em>Le Devoir</em> en 1910), Joseph-Israël Tarte, Ernest Lapointe et Jean Marchand au PLC, ainsi que Frederick Debartzch Monk et Arthur Sauvé au PCC. Lafontaine serait, en un sens, l’inspirateur du biculturalisme canadien. Toutefois, il existe une autre tradition politique, bien plus négative, selon moi, instaurée par George-Étienne Cartier.</p>



<p><strong>Une perversion politique</strong></p>



<p>L’engagement politique de Cartier débute dans les années 1820–1830, époque à laquelle il est l’un des patriotes les plus revendicateurs. Appartenant à la milice des Fils de la Liberté, il se démarque comme commandant lors de la bataille de St-Charles, durant les rébellions de 1837. Après la défaite des patriotes, il part en exil aux États-Unis pour quelques mois et revient peu avant l’Acte d’Union de 1840, qui verra l’unification du Haut et du Bas-Canada sous un seul gouvernement. La seconde partie de la carrière de Cartier est radicalement différente de la première. Converti au réformisme, il accepte l’union, se rapproche de Lafontaine et devient l’un des politiciens les plus influents du Québec, d’aucuns diraient le plus influent après la retraite de Lafontaine en 1851. En 1857, Cartier devient vice-premier ministre du Canada, numéro deux du gouvernement de John A. Macdonald. C’est la fidélité à toute épreuve dont Cartier fera preuve à l’égard de Macdonald qui marquera les quinze dernières années de sa carrière et qui caractérise son héritage politique.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«En somme, l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique institutionnalise plusieurs recommandations du rapport Durham de 1840, dont le but avoué était l’assimilation des francophones d’Amérique et le maintien de la monarchie britannique en Amérique. En toute connaissance de cause, Cartier participe à cette entreprise, aux côtés de Macdonald, un homme n’ayant jamais fait mystère de sa haine pour les francophones» </p></blockquote>



<p>Georges-Étienne Cartier est surtout connu comme l’un des principaux architectes du pacte confédératif de 1867. Il est notamment dirigeant de la délégation du Canada-Est à la Conférence de Québec de 1864, qui devait jeter les bases du fédéralisme canadien. Ce projet politique représente un reniement par Cartier non seulement des idéaux patriotes, puisque la Confédération maintient plusieurs des institutions coloniales que ces derniers combattaient (comme le poste de gouverneur et un Conseil législatif nommé), mais également une trahison des principes de Lafontaine, pourtant son mentor politique. Si Lafontaine et d’autres réformistes ont à cœur la défense des droits des francophones du Canada, Cartier, pour sa part, n’hésite pas à vendre à ses concitoyens l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique (AANB),<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"> </span></strong>qui place le Québec en situation d’infériorité politique. En effet, avant 1867, le Québec et l’Ontario avaient exactement le même nombre de sièges au Parlement, tandis qu’après le changement de régime constitutionnel, le Québec ne détient plus que 64 circonscriptions sur 180. Aujourd’hui, c’est 78 sur 338.</p>



<p>En somme, l’AANB institutionnalise plusieurs recommandations du rapport Durham de 1840, dont le but avoué était l’assimilation des francophones d’Amérique et le maintien de la monarchie britannique en Amérique. En toute connaissance de cause, Cartier participe à cette entreprise, aux côtés de Macdonald, un homme n’ayant jamais fait mystère de sa <a href="https://www.ledevoir.com/opinion/idees/585114/manifestation-antiracisme-macdonald-etait-aussi-le-bourreau-des-francophones" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">haine</a> pour les francophones. Par ailleurs, Cartier est également complice des manigances du gouvernement Macdonald dans le cadre du scandale du Pacifique lors duquel le Parti conservateur est accusé de collusion dans le but de financer l’élection de 1872. Cartier est ainsi un politicien qui ne parvient à se hisser à la tête du Canada, aux côtés de Macdonald, qu’au coût de ce qui constituaient, au début de sa carrière, ses convictions les plus profondes. Malgré qu’il soit francophone et membre d’un peuple parmi tant d’autres envers lequel Macdonald était <ins><a href="https://www.ledevoir.com/opinion/idees/488844/a-quand-le-limogeage-de-john-a-macdonald" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">raciste</a></ins>, sa volonté de travailler à la négation des droits fondamentaux de son peuple a fait en sorte que Macdonald lui a longtemps accordé sa confiance.</p>



<p>En cela, Cartier est le premier d’une longue lignée de politiciens québécois qui, ayant intériorisé la haine que plusieurs Canadiens anglais ressentent envers les francophones, ont dédié leur carrière politique à maintenir et renforcer l’état d’inféodation dans lequel se trouve le Québec au sein de la confédération. Ces personnages publics voient la civilisation anglo-saxonne comme supérieure et croient que le Québec ne peut s’épanouir autrement qu’en l’embrassant à pleine bouche. Toute forme de volonté émancipatrice de la nation québécoise est donc, à leurs yeux, dangereuse. Notons que la plupart des héritiers idéologiques de Cartier ont connu, comme lui, de grands succès politiques, la population anglophone étant friande de ces «francophones de service» qui la confortent dans sa vision du monde. <meta charset="utf-8"><span class="has-inline-color has-grisfonce-color">Un phénomène similaire existe aux États-Unis, où plusieurs dizaines de personnalités afro-américaines, par exemple Candace Owens ou Kanye West, ont connu un grand succès en flattant la population blanche et en oeuvrant a persuader les autres Afro-Américains que se dévouer corps et âmes au système qui les opprime constitue en fait le forme la plus élevée de liberté.</span></p>



<p><strong>Les héritiers idéologiques de Cartier</strong></p>



<p>Alors, qui sont ces George-Étienne Cartier du 20<em>e</em> siècle ? Deux noms viennent spontanément à l’esprit. Il n’est pas nécessaire de revenir en détail sur chaque méfait commis par Pierre Trudeau et Jean Chrétien, mais il faut cependant rappeler que la plupart desdits méfaits ont été commis contre leur propre peuple, avec un acharnement que l’on pourrait qualifier de névrotique.</p>



<p>Prenons Pierre Trudeau qui, comme Cartier, commence sa carrière en idéaliste. Dans les années 1950, par de nombreux textes dans la revue <em>Cité Libre</em>, il dénonce les excès du gouvernement Duplessis, particulièrement sa répression violente du mouvement syndical, et en appelle à des réformes progressistes de la société. De 1965 à 1968, peu après son élection comme député au fédéral, Trudeau est ministre de la Justice et c’est à ce poste qu’il dépose son célèbre «bill omnibus», qui décriminalise l’avortement et l’homosexualité. Au départ, Trudeau désire également l’avancement des Québécois et des francophones des autres provinces, comme en témoigne l’adoption de la <a href="https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/o-3.01/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Loi sur les Langues Officielles</a> (1969).</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Si Trudeau s’engage en politique, à l’origine, contre le régime duplessiste, force est de constater qu’il reprend plusieurs des procédés qu’il reprochait à l’Union Nationale»</p></blockquote>



<p>Cependant, la méfiance de Trudeau envers toute forme de nationalisme, doublée de son admiration pour un système politico-juridique d’inspiration britannique – qui place les droits individuels avant les droits collectifs – vont rapidement le pousser à prendre des mesures très brutales contre un Québec nationaliste s’affirmant de plus en plus dans la foulée de la Révolution tranquille. Ainsi, la seconde moitié de la carrière de Trudeau est marquée par ses <a href="https://www.ledevoir.com/opinion/idees/30363/l-emeute-qui-a-transforme-la-saint-jean-baptiste-en-fete-nationale" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">provocations</a> lors du Lundi de la Matraque (1968), par son utilisation de la <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/loi-sur-les-mesures-de-guerre" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Loi sur les mesures de guerre</a> pour emprisonner des centaines de personnalités souverainistes pacifiques (1970), par sa <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1772659/election-parti-quebecois-1976-ottawa-washington-plc-power-corporation" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">requête</a> à des hommes d’affaires influents de délocaliser des dizaines de milliers d’emplois en dehors du Québec pour nuire au premier gouvernement péquiste (1976), par ses <a href="https://www.journaldequebec.com/2020/05/14/il-y-a-40-ans-la-promesse-qui-devint-trahison" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">fausses promesses</a> lors du premier référendum sur la souveraineté (1980) et par son orchestration de <a href="https://www.ledevoir.com/politique/canada/122165/il-y-a-25-ans-la-nuit-des-longs-couteaux-une-constitution-inachevee" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">la nuit des Longs Couteaux</a> (1981). Ajoutons à cela que Trudeau renie ses principes syndicalistes et progressistes, n’hésitant pas à employer des lois spéciales lors de grèves dans la fonction publique fédérale tout au long de son mandat, notamment à <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/greves-des-postes-spc" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Postes Canada</a>. En 1970, il <a href="http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/21042.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">invite</a> même des grévistes à «<em>manger de la marde</em>». Trudeau ne respecte pas non plus les libertés individuelles – qu’il sacralise pourtant dans sa <a href="https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/const/page-12.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Charte canadienne des droits et libertés</a> (1982) – lorsqu’elles sont invoquées par des Québécois pour défendre leurs propriétés menacées par des projets fédéraux. Ainsi n’hésite-t-il pas à exproprier des citoyens innocents lors de la construction de l’aéroport de Mirabel (1970), de la création du Parc de Forillon (1970) et de l’érection de la tour de Radio-Canada à Montréal (1973). Il n’a pas plus de scrupules à violer les libertés individuelles de son principal rival politique, René Lévesque, qui est<a href="https://www.journaldemontreal.com/2020/09/06/la-grc-avait-a-lil-les-independantistes" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external"> espionné</a> par la Gendarmerie royale du Canada pendant des décennies.</p>



<p>Si Trudeau s’engage en politique, à l’origine, contre le régime duplessiste, force est de constater qu’il reprend plusieurs des procédés qu’il reprochait à l’Union Nationale. Est-il alors exagéré de qualifier son règne de Grande Noirceur? Comme Cartier, Trudeau a fini par devenir ce qu’au départ il combattait. Et si l’AANB de 1867 a fait du Québec une simple province, la Charte des droits et libertés de 1982 assure pour sa part que le Québec ne pourra <a href="https://www.ledevoir.com/opinion/idees/599258/idees-l-usurpation-de-nos-pouvoirs-en-1982-se-fait-toujours-sentir" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">jamais</a> prendre ses propres décisions, ne serait-ce qu’en tant que province, sans intervention des tribunaux fédéraux. Dans les deux cas, les grands architectes de ces textes constitutionnels sont des francophones originaires du Québec. Trudeau a par ailleurs été soutenu dans toutes ses manigances par des ministres fédéraux québécois que n’aurait pas reniés Cartier: Gérard Pelletier, Marc Lalonde, Jean-Pierre Goyer et, surtout, Jean Chrétien.</p>



<p>En 1981, c’est Chrétien, alors ministre de la Justice, qui organise le stratagème de la nuit des Longs Couteaux. Il joue également un rôle non négligeable dans la conception de la Charte de 1982, enchâssée dans la Constitution canadienne fraîchement rapatriée d’Angleterre, dont le but est de saper l’autonomie des provinces en permettant aux tribunaux fédéraux d’invalider des lois provinciales. Chrétien partage l’enthousiasme de Trudeau pour un pouvoir centralisé à Ottawa et pour un gouvernement des juges. Lorsque Chrétien devient premier ministre canadien en 1993, son principal objectif est de bloquer la montée du souverainisme québécois. Si être fédéraliste ne constitue évidemment pas une faute morale, les procédés qu’emploie Chrétien contre le mouvement souverainiste sont on ne peut plus répréhensibles. Au cours de la campagne référendaire, le camp du <em>NON</em>, mené par Chrétien, multiplie les dépenses <a href="http://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.electionsquebec.qc.ca%2Ffrancais%2Factualite-detail.php%3Fid%3D2243" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">illégales</a> et clandestines. De 1996 à 2004, le programme fédéral des commandites est utilisé illicitement pour financer des organismes promouvant l’unité fédérale, en ce qui constitue l’un des plus gros scandales politiques de l’histoire canadienne, presqu’à égalité avec le scandale du Pacifique. En 2000, le gouvernement Chrétien dépose la <a href="https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/c-31.8/page-1.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Loi sur la clarté référendaire</a>, qui nie au Québec le droit de décider de son sort par majorité simple. Cette loi est la continuation logique de l’AANB et de la Charte de 1982. Chrétien est aussi responsable des mesures d’austérité mises en place dans les années 1990 qui frappent durement les chômeurs et les ainés, soit les membres les plus vulnérables de la société. Cela est d’autant plus triste que Jean Chrétien, au début de sa carrière, est un jeune avocat idéaliste, révolté contre les penchants autoritaires de l’Union Nationale.&nbsp;</p>



<p>Plusieurs autres politiciens québécois impliqués en politique fédérale pourraient aussi être qualifiés d’héritiers idéologiques de George-Étienne Cartier. On peut penser à Stéphane Dion, Pierre Pettigrew, André Ouellet et Denis Coderre, quatre ministres sous Chrétien qui le soutiennent dans ses entreprises illicites contre leur Québec natal. Dion est d’ailleurs l’auteur de la Loi sur la clarté référendaire. On peut penser à Jean Charest, député conservateur fédéral de 1984 à 1998 qui, en 1990, soumet un rapport décommandant la reconnaissance du Québec comme société distincte dans le cadre de l’Accord du Lac Meech, ce qui provoque le départ de Lucien Bouchard et d’autres députés qui fondent le Bloc québécois. L’essentiel est de constater que nombre de politiciens fédéraux québécois ont dédié leur carrière à s’opposer non pas à une idéologie – l’indépendantisme, le nationalisme – mais à l’idée même de quelconque affirmation québécoise, plus souvent qu’autrement par des méthodes peu éthiques. Il n’est pas nécessaire d’être souverainiste pour critiquer les jeux de coulisse de Cartier, Trudeau ou Chrétien; il suffit d’être démocrate. Cela dit, il est nécessaire de remettre en question l’adhésion du Québec à une confédération dont les grands axes constitutionnels sont décidés derrière des portes closes et où les Québécois ayant le plus de succès politique sont ceux prêts à piétiner leur nation d’origine.&nbsp;</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/09/15/les-george-etienne-cartier-du-20e-siecle/" data-wpel-link="internal">Les George-Étienne Cartier du 20e siècle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Les Louis-Hippolyte La Fontaine du 20e siècle</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/10/27/les-louis-hippolyte-la-fontaine-du-20e-siecle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Orian Dorais]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Oct 2020 13:17:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=38620</guid>

					<description><![CDATA[<p>Examen de l’héritage du modèle biculturaliste canadien et de ses principaux défenseurs au 	Québec. </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/10/27/les-louis-hippolyte-la-fontaine-du-20e-siecle/" data-wpel-link="internal">Les Louis-Hippolyte La Fontaine du 20e siècle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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<p class="has-drop-cap">Dans l’histoire du Québec, le 19<em>e</em> siècle est avant tout – à mon sens – celui des patriotes. En effet, leur épopée, loin de se limiter aux rébellions de 1837, débute dans les premières années des années 1800, avec la fondation du journal moderniste <em>Le Canadien</em> en 1806, puis du Parti canadien en 1815, qui devient le Parti patriote en 1826. Ce chapitre de l’histoire s’étend ensuite jusqu’à l’orée de 1870, époque à laquelle l’adoption du projet de Confédération de Macdonald met un frein aux velléités républicaines, décentralisatrices et binationales des derniers patriotes, les radicaux du Parti rouge de Louis-Joseph Papineau et d’Antoine-Aimé Dorion qui souhaitent que les provinces canadiennes forment des républiques autonomes un peu à la manière des États américains. Dorion et d’autres rouges quittent la vie politique peu après l’adoption de l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique.</p>



<p>Les années précédant l’adoption de cet acte voient, par ailleurs, mourir plusieurs patriotes demeurés influents jusqu’à la fin de leur vie, comme Denis Benjamin Viger (1861), Wolfred Nelson (1863) ou Auguste Norbert Morin (1865). Le mouvement patriote est ainsi au cœur de la vie politique pendant une majeure partie du 19<em>e</em> siècle et inspire le biculturalisme canadien qui commence à se développer dans les années 1880–1890.&nbsp;</p>



<p><strong>Le Siècle des patriotes&nbsp;</strong></p>



<p>Durant plusieurs décennies, le principal objectif des patriotes est la mise en place d’un régime démocratique, voire républicain, dans la colonie du Bas-Canada. L’obtention du gouvernement responsable en 1848 constitue une demi-victoire pour les patriotes,&nbsp; devenus les «réformistes» après les rébellions, dans la mesure où cette nouvelle loi constitutionnelle diminue de beaucoup les pouvoirs du gouverneur britannique et atténue les effets néfastes de l’Acte d’Union qui visait à priver, par l’assimilation, les francophones du Bas-Canada de leur poids politique. Si l’on doit critiquer – comme le feront les réformistes plus radicaux, rassemblés au sein du Parti rouge à partir des années 1850 – la forme que prend le système politique du Canada dans la deuxième moitié du 19<em>e</em> siècle, il faut toutefois reconnaître que le gouvernement responsable est un grand accomplissement dans notre histoire, dans la mesure où il met fin au régime autocratique et colonial en place depuis la Conquête, système qui donnait tous les pouvoirs au gouverneur anglais. Tout cela grâce à une impulsion prodémocratique et réformiste issue en grande partie du Bas-Canada. En 1848, les francophones peuvent, pour la première fois de leur histoire, élire un parlement pourvu d’un réel pouvoir.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Lorsque l’on se remémore l’histoire du long combat patriote pour la démocratie, les Québécois ont tendance, avec raison, selon moi, à vénérer les révolutionnaires comme Louis-Joseph Papineau, Chevalier de Lorimier, Jean-Olivier Chénier ou Robert Nelson, qui prennent les armes pour contester la gouvernance britannique.<strong> </strong>Cependant, nous commémorons aussi la mémoire d’un certain Louis-Hippolyte La Fontaine, grand architecte du gouvernement responsable et patriote modéré notoire, qui obtient des gains importants pour son peuple en protestant pacifiquement contre le gouvernement monarchiste en place. La Fontaine parvient à négocier un changement de régime majeur, quitte à s’associer aux autorités britanniques, ce qui fait de lui, plus que John A. Macdonald, le véritable père fondateur de l’État canadien. Si mon admiration première va aux radicaux qui ont su rester fidèles à leurs idéaux même en exil ou sur l’échafaud, il est nécessaire de reconnaître l’importance de l’héritage démocratique du modéré La Fontaine, qui aide à l’avancement de son peuple en collaborant avec le système en place jusqu’à lui imposer sa vision politique.&nbsp;</p>



<p><strong>Le 20</strong><strong><em>e</em></strong><strong> siècle</strong></p>



<p>De la même manière, si nous honorons les grandes figures indépendantistes du 20<em>e</em> siècle comme René Lévesque, Jacques Parizeau ou Bernard Landry qui, comme les radicaux du 19<em>e</em> siècle, proposent un changement total de système politique et tiennent à leurs idéaux jusqu’à la fin de leur vie, il faut aussi reconnaître l’apport historique de politiciens québécois qui se dévouent sincèrement à l’avancement politique du Québec, mais en s’impliquant avec conviction en politique fédérale. Je parle ici des premiers ministres fédéraux québécois qu’ont été Wilfrid Laurier, Louis St-Laurent et même Brian Mulroney. Ces La Fontaine du 20<em>e</em> siècle, s’ils acceptent de collaborer avec le régime fédéral, aident néanmoins le Québec à saisir son importance comme nation, fût-ce au sein du Canada. Si le souverainisme est la seule idéologie pouvant garantir le plein épanouissement du Québec aujourd’hui, selon moi, le biculturalisme a son importance dans notre histoire politique et dans notre prise de conscience nationale, du moins jusqu’à l’échec de Meech,&nbsp;il y a trente ans.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>La modernisation du Canada sous Laurier, mais surtout sa vision d’un grand pays biculturel, suffisent à faire de lui un personnage essentiel de l’histoire nationale du Québec.</p></blockquote>



<p>Le principal porteur de l’idéal des deux peuples fondateurs, pendant plusieurs décennies du 20<em>e</em> siècle, est le Parti libéral du Canada (PLC), avec sa traditionnelle alternance entre un chef anglophone et un chef francophone. Cela va de soi, puisque le PLC est le parti de Laurier, l’homme d’État qui développe et défend la vision des «deux peuples fondateurs» du Canada. Le bilan de Laurier est certes très critiquable, notamment sur son refus d’accorder le droit de vote aux femmes, sur sa participation à la guerre des Boers et sur la mollesse de son <a rel="noreferrer noopener external" href="http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amnord/manitoba-Laurier-Greenway.htm" target="_blank" data-wpel-link="external">compromis</a> destiné à protéger les Franco-manitobains, qui voient leurs écoles interdites à la toute fin du 19<em>e</em> siècle. Il n’en demeure pas moins que son mandat&nbsp;est l’un des premiers gestes d’affirmation nationale du Québec, en réaction à la pendaison de Louis Riel et au mépris du Parti conservateur du Canada à l’égard des Canadiens français. La modernisation du Canada sous Laurier, mais surtout sa vision d’un grand pays biculturel,<strong> </strong>suffisent à faire de lui un personnage essentiel de l’histoire nationale du Québec. Grâce à son action, le PLC devient le représentant du Québec au parlement fédéral pendant longtemps. Laurier inspire le concept du <em>French Power</em>, selon lequel le Québec peut se développer en combinant une bonne gestion provinciale à une présence accrue au gouvernement fédéral.&nbsp;</p>



<p>Cette idée, bien qu’imparfaite, permet au Québec de comprendre que son poids électoral peut lui permettre d’influencer la politique canadienne et donc qu’il n’est pas totalement impuissant face<strong> </strong>à son sort. C’est l’idéal du <em>French Power</em> qui amène Louis St-Laurent à la tête du Canada en 1948, le premier Québécois à exercer le pouvoir au fédéral depuis 1911. Plus diplomate que Mackenzie King, Saint-Laurent évite une troisième Crise de la conscription lors de l’intervention canadienne en Corée<strong> </strong>en rendant l’enrôlement volontaire. Saint-Laurent est réceptif aux revendications du nationalisme canadien-français classique&nbsp;– celui d’Henri Bourassa, de Lionel Groulx, de Camilien Houde et de l’Union nationale – qui se caractérise, entre autres, par une opposition farouche à la conscription lors des deux guerres mondiales (<a href="https://www.erudit.org/en/journals/cd/1992-n29-cd1040042/8007ac/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">72%</a>) des habitants du Québec se prononcent contre la conscription, en 1942, lors du référendum sur la question). Saint-Laurent parvient à équilibrer les intérêts anglophones et les revendications francophones.&nbsp;</p>



<p>Malheureusement, dans les années 1960–1970,&nbsp; le PLC, sous Pearson et Trudeau, abandonne graduellement la défense du biculturalisme pour adopter le multiculturalisme. Cela culmine avec le rapatriement illégitime de la Constitution de 1982, lorsque le PLC tourne définitivement le dos à l’idée des deux peuples fondateurs. Le principe du <em>French Power</em> s’en trouve corrompu; on retrouve encore plusieurs Québécois au PLC, mais ils ne défendent plus un système qui protège les intérêts du Québec. Ainsi, les hauts gradés québécois du PLC, depuis Trudeau père, ne me semblent être guère plus que des appâts pour faire croire aux Québécois que les libéraux respectent toujours le principe des deux peuples fondateurs, tout en s’efforçant de neutraliser le nationalisme québécois, en un détournement grotesque des idéaux de Laurier.&nbsp;</p>



<p>Cela dit, les Québécois ne se laissent pas complètement duper. Si, avant 1982, le PLC remporte des scores soviétiques lors des élections fédérales au Québec, son emprise devient très contestée, après la Nuit des Longs Couteaux, par les conservateurs puis par le Bloc québécois. Encore aujourd’hui, il est rare pour les libéraux de remporter au Québec une trentaine de sièges, ou plus, sur une possibilité de soixante-quinze. Sur onze élections fédérales, cela ne s’est produit qu’à trois&nbsp;reprises depuis 1984, ce qui est assez dramatique pour un parti habitué auparavant à gagner quatre cinquièmes des circonscriptions québécoises. À vrai dire, la force électorale des libéraux fédéraux repose beaucoup plus sur l’Ontario et les provinces maritimes, qui croient encore à l’idéal d’un Canada uni et juste.&nbsp;&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Mulroney représente le dernier Québécois à s’être engagé en politique fédérale avec un projet pour l’avancement du Québec, dans un vrai esprit biculturaliste.</p></blockquote>



<p><strong>Mulroney et Meech&nbsp;</strong></p>



<p>Cela nous amène à Mulroney, qui, il y a trente-six ans cet automne, remportait la plus grande victoire électorale de l’histoire canadienne en utilisant la méthode simple de se montrer à la fois ouvert aux nationalistes québécois et aux électeurs anglophones insatisfaits de la corruption et des excès libéraux. Mulroney est celui qui réussit à faire sortir les conservateurs de leur régionalisme des Prairies, pour une trop courte période avant que l’influence des chefs comme Preston Manning, Stockwell Day ou Stephen Harper ne les y ramène. Je trouve le «p’tit gars de Baie-Comeau» important, car il représente le dernier Québécois à s’être engagé en politique fédérale avec un projet pour l’avancement du Québec, dans un vrai esprit biculturaliste. Le projet d’accord du Lac Meech – bien qu’à mon sens la souveraineté lui eût été préférable – était honnête et bien meilleur pour le Québec que ce que les libéraux avaient à lui offrir. La scélératesse de ces derniers fait capoter le projet de Mulroney. L’homme d’État, comme naguère Louis-Hippolyte La Fontaine, fait le pari de l’entente avec un régime adverse, dans le but de faire avancer son peuple. Il y parvient en partie, car ses victoires électorales prouvent que le Québec n’est pas la chasse gardée des libéraux, que les Québécois ne se laissent pas piétiner impunément et que la contestation du modèle fédéraliste illégitime de Trudeau peut générer un grand mouvement politique. Hélas, il m’apparaît que la triste vérité de la Confédération canadienne est que les deux peuples fondateurs ne sont tout simplement pas compatibles et ne peuvent s’accorder que pour un certain temps avant que des opportunistes comme John A. Macdonald, Robert Laird Borden, Pierre Elliott Trudeau, Jean Chrétien et Paul Martin ne viennent profiter des tensions sous-jacentes pour faire avancer leur agenda politique. La question des Autochtones, qui se revendiquent légitimement comme un troisième peuple fondateur, vient encore compliquer la situation nationale au Canada, au point de rendre impossible le rêve d’un Canada uni et équitable envers tous ses fondateurs.</p>



<p>La Fontaine rêvait d’une société démocratique, mais, en vrai patriote, il souhaitait aussi que les francophones du Canada-Uni soient bien traités dans le cadre de cette démocratie. Les décennies suivant l’obtention du gouvernement responsable montrent que l’espoir de La Fontaine en une égalité entre francophones et anglophones ne s’est pas réalisé et que la solution binationale proposée par les républicains rouges aurait peut-être été préférable, sans que cela n’enlève aux accomplissements de La Fontaine. Pareillement, le biculturalisme de Laurier n’empêche pas le retour des conservateurs au pouvoir en 1911, qui imposent la conscription en 1917, sans tenir compte de l’opposition de l’un des deux peuples fondateurs. Tous les efforts de Mulroney n’empêchent pas l’échec de Meech causé par le parti qui l’a pourtant imaginée. Ces échecs n’affectent en rien la valeur historique de l’idéologie du biculturalisme et de ses défenseurs. Cependant, pour l’avenir, ils révèlent, à mon sens, que si le Québec peut prendre conscience de lui-même et de son pouvoir au sein de la confédération grâce à l’action de personnages remarquables, il ne peut s’accomplir que par lui-même. La voie républicaine me semble ainsi la seule envisageable.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/10/27/les-louis-hippolyte-la-fontaine-du-20e-siecle/" data-wpel-link="internal">Les Louis-Hippolyte La Fontaine du 20e siècle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>L’environnement, un essentiel de la nation québécoise</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/08/04/lenvironnement-un-essentiel-de-la-nation-quebecoise/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Orian Dorais]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Aug 2020 01:32:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=36267</guid>

					<description><![CDATA[<p>De l’importance du territoire dans notre existence nationale et de la conception du nationalisme où l’écologie y tient un rôle important.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/08/04/lenvironnement-un-essentiel-de-la-nation-quebecoise/" data-wpel-link="internal">L’environnement, un essentiel de la nation québécoise</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Lorsque l’on discute des causes sociopolitiques qui animent le nationalisme québécois, force est de constater que ce mouvement est resté plutôt cohérent avec lui-même depuis le début du 20</span><i><span style="font-weight: 400;">e</span></i><span style="font-weight: 400;">&nbsp;siècle. Les nationalistes québécois, d’une génération à l’autre, ont, par exemple, toujours fondé leur action politique sur la défense du français et sur l’autonomie — voire l’indépendance — de la province. La liberté d’entretenir un rapport à la religion différent de celui du Canada anglais — que ce soit un rapport plus étroit, à l’époque du clérico-nationalisme catholique, ou plus axé sur la laïcité, aujourd’hui — a également toujours été un combat nationaliste. Toutefois, j’en viens à me dire que l’environnement devrait être reconnu comme un enjeu naturel du patriotisme au Québec, au même titre que l’identité. L’idée n’est pas de ligoter l’engagement en faveur des intérêts québécois à un dévouement total à l’écologie, mais bien de montrer que ladite écologie s’accorde tout naturellement avec la cause nationale. À vrai dire, l’environnementalisme, au 21</span><i><span style="font-weight: 400;">e</span></i><span style="font-weight: 400;"> Siècle, a la même valeur que la démocratie : tout mouvement ou parti politique doit en tenir compte, peu importe l’orientation politique. La protection de la terre va autant de soi que la défense du suffrage universel, tous les acteurs sociopolitiques doivent respecter ce principe. Néanmoins, l’objet de ce texte demeure le lien – tout naturel ! – entre nationalisme et environnement.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Je ne m’attarderai pas sur l’évidence de souligner l’urgence climatique, je laisse à d’autres le soin de prêcher cette vérité. Je rappellerai plutôt que l’idée même de nation québécoise s’est bâtie dans un rapport intime avec le territoire. L’attachement à la terre est au cœur de notre identité depuis l’époque de la Nouvelle-France, car c’est toujours la terre qui a assuré notre survie, nous qui sommes un peuple de pêcheurs, de coureurs des bois, de bûcherons, d’agriculteurs et de chasseurs. C’est également grâce à nos rivières que nous avons fondé l’État québécois moderne, dans les années&nbsp;1960, avec Hydro-Québec. La saine gestion de nos ressources naturelles a été et est toujours synonyme d’émancipation nationale. C’est une résistance contre une forme brutale de colonialisme, soit le pillage de nos ressources par des intérêts étrangers, qu’il convient de poursuivre et de reprendre aujourd’hui.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Avec son importance historique, la nature habite aussi l’imaginaire québécois. Elle se retrouve dans le roman du terroir classique comme dans les œuvres modernes d’Anne Hébert et de Marie-Claire Blais. Elle habite notre poésie, du tout premier poème de notre littérature, </span><i><span style="font-weight: 400;">Les muses de la Nouvelle-France</span></i><span style="font-weight: 400;"> (1612) de Marc Lescarbot, jusqu’à </span><i><span style="font-weight: 400;">L’homme rapaillé </span></i><span style="font-weight: 400;">(1970) de Gaston Miron, trois siècles et demi plus tard. Elle est importante dans les peintures de Krieghoff, dans le théâtre de Michel Marc Bouchard et dans les films de Frédéric Back, de Norman McLaren, de Pierre Perrault, de Bernard Émond ou encore de Richard Desjardins. La nature, dans la culture québécoise, est synonyme d’équilibre ; elle est en quelque sorte notre refuge mental, notre havre par excellence.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Nous entretenons ainsi un lien existentiel fort avec notre territoire. Il est indissociable de la conception même du « Québec » et nous a aidés à chaque étape de notre développement psychologique et physique. Encore de nos jours, au cœur de la pandémie, le Québec a le réflexe de se tourner vers son terroir pour un sentiment de sécurité, comme en témoigne l’initiative du </span><a href="https://www.tvanouvelles.ca/2020/04/05/tout-sur-le-panier-bleu-du-gouvernement-du-quebec" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Panier Bleu</span></a><span style="font-weight: 400;">, mise en place lors de la crise sanitaire de la COVID-19. La volonté d’assurer notre souveraineté alimentaire est une aspiration des plus patriotiques. À la lumière de ces constatations, l’environnementalisme s’accorde naturellement avec les velléités nationales québécoises, car, en s’opposant à des projets polluants et en encourageant le développement durable, il implique de protéger l’intégrité de notre pays, qui est de chair… et de terre, comme se plaisait à dire René Lévesque.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">D’ailleurs, le fait de mettre en œuvre des politiques écologiques, de réduire notre dépendance aux hydrocarbures et d’accélérer la transition verte implique aussi d’affirmer notre différence par rapport au reste du Canada. Cet État, rappelons-le, est pétrolier. Une bonne partie de son économie repose sur l’exploitation des énergies fossiles. Les </span><a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1694867/justin-trudeau-petrole-gaz-energie-aide-ottawa" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Libéraux</span></a> <span style="font-weight: 400;">et les </span><a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1303818/andrew-scheer-calgary-petrole-gaz-campagne-electorale-elections" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Conservateurs</span></a> <span style="font-weight: 400;">fédéraux semblent manger dans la main de l’industrie pétrochimique, comme ils nous l’ont bien montré dans les dernières années. Lorsqu’il était premier ministre, Stephen Harper et son gouvernement se sont retirés du protocole de Kyoto, reniant ainsi les engagements solennels du Canada de s’enrôler dans la lutte aux changements climatiques, pour ne pas nuire à l’industrie albertaine ultra polluante des sables bitumineux.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Justin Trudeau, qui s’est vendu en 2015 comme un environnementaliste exemplaire et une alternative radicale à l’obscurantisme écologique d’Harper, n’a pas hésité à investir des milliards de deniers publics dans le projet d’oléoduc </span><i><span style="font-weight: 400;">Trans Mountain</span></i><span style="font-weight: 400;"> en Colombie-Britannique en 2018. Trudeau a même persisté dans son soutien aux projets d’oléoducs en accordant un </span><a href="https://www.lequotidien.com/actualites/mario-simard-deplore-le-financement-du-gazoduc-coastal-gaslink-c4e50ee9c9238dcf48c2d76762666d8e" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">prêt</span></a><span style="font-weight: 400;"> gouvernemental de plusieurs centaines de millions de dollars aux promoteurs de </span><i><span style="font-weight: 400;">Coastal Gaslink</span></i><span style="font-weight: 400;">, le projet contre lequel la nation Wet’suwet’en s’est soulevée début&nbsp;2020. Le gouvernement Trudeau a aussi profité du contexte dramatique de la COVID-19 pour </span><a href="https://www.ledevoir.com/societe/environnement/575559/le-gouvernement-trudeau-veut-accelerer-les-forages-petroliers-en-mer" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">expédier</span></a><span style="font-weight: 400;"> l’évaluation environnementale de projets pétroliers au large de la Terre-Neuve. Le Nouveau Parti démocratique (NPD) de Jagmeet Singh, qui se présente aussi comme une alternative, s’est quant à lui déclaré en </span><a href="https://www.cbc.ca/news/politics/jagmeet-singh-ndp-oil-saudi-arabia-canada-1.4779792" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">faveur</span></a><span style="font-weight: 400;"> de la construction de raffineries pétrolières et a été accusé par Elizabeth May d’être </span><a href="https://www.thestar.com/politics/federal/2019/10/19/ndp-leader-jagmeet-singh-says-he-hasnt-given-up-on-oil-rich-alberta-and-newfoundland.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">conciliant</span></a><span style="font-weight: 400;"> avec la fracturation hydraulique. L’industrie des combustibles fossiles semble avoir un monopole sur la politique canadienne et sur tous les partis ayant la moindre chance d’exercer le pouvoir.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Alors que les partis fédéraux se faisaient compétition, dans les dernières années, pour savoir qui allait être le meilleur allié des pétrolières, le Québec, en 2012, a mis fin à </span><a href="https://www.lapresse.ca/debats/editoriaux/2019-12-08/prenons-l-amiante-en-exemple" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">l’extraction</span></a><span style="font-weight: 400;"> de l’amiante dans la province et a surtout </span><a href="https://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201209/20/01-4575993-marois-annule-la-hausse-des-droits-de-scolarite-et-ferme-gentilly-2.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">fermé</span></a><span style="font-weight: 400;"> la centrale nucléaire&nbsp;Gentilly‑2. À partir de ce moment, le Québec est devenu une nation modèle, en ce sens que l’immense majorité de son électricité provient de sources renouvelables — hydroélectriques, notamment —, plutôt que du charbon ou du nucléaire. En cela, le Québec prouve qu’une société de millions d’habitants peut s’alimenter sans générer plus qu’une quantité minime de gaz à effet de serre (GES). Par ailleurs, en 2013, le Québec a signé un accord avec la Californie pour </span><a href="https://www.lapresse.ca/environnement/politique-verte/201310/03/01-4695924-feu-vert-au-marche-du-carbone-quebec-californie.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">l’établissement</span></a><span style="font-weight: 400;"> d’une bourse du carbone, qui, depuis, est un modèle </span><a href="https://www.journaldequebec.com/2019/12/10/quebec-aidera-le-chili-a-instaurer-son-marche-du-carbone-1" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">international</span></a><span style="font-weight: 400;"> en ce qui a trait à la réduction des GES. À l’origine, cet accord incluait l’Ontario, mais la province s’est retirée suivant la </span><a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1417284/doug-ford-environnement-critique-verificatrice-ontario" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">décision</span></a><span style="font-weight: 400;"> du premier ministre provincial Doug Ford, qui, comme nombre de ses homologues canadiens-anglais, est farouchement hostile à toute forme de tarification du carbone et sceptique face à l’interventionnisme écologique. En 2018, le Québec a aussi interdit la </span><a href="https://www.journaldequebec.com/2018/06/06/gaz-de-schiste-le-gouvernement-couillard-interdit-la-fracturation-hydraulique" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">fracturation</span></a><span style="font-weight: 400;"> hydraulique, mettant effectivement un terme à l’exploitation de gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent. Aujourd’hui, Hydro-Québec poursuit des avancées dans les secteurs </span><a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1510393/hydro-quebec-partenariat-parcs-eoliens" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">éolien</span></a><span style="font-weight: 400;"> et </span><a href="https://www.journaldemontreal.com/2019/12/04/hydro-quebec-se-lance-dans-lenergie-solaire" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">solaire</span></a><span style="font-weight: 400;">. Tous ces accomplissements avant-gardistes de la part du Québec sont des raisons de fierté nationale et témoignent de notre unicité au cœur du Canada pétrolier, en ce qui a trait à la conscience environnementale.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le nationalisme québécois a tout à gagner d’adopter pour de bon une facette environnementaliste. Rappelons que les victoires contre le gaz de schiste contre </span><a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1059783/transcanada-oleoduc-energie-est-abandonne" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Énergie Est</span></a><span style="font-weight: 400;"> et contre les forages à </span><a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1047658/petrole-anticosti-quebec-fin-recherche-hydrocarbures-gaz-schiste" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Anticosti</span></a><span style="font-weight: 400;"> ont impliqué la participation passionnée d’un électorat régional traditionnellement nationaliste, additionnée à celle d’une population plus métropolitaine. Le discours environnemental, rassemblant des individus de divers horizons politiques, géographiques et démographiques, peut aider à retrouver une cohésion au sein du mouvement nationaliste et a des chances d’unir, pourvu qu’il évite de tomber dans une rhétorique moralisatrice ou apocalyptique et, surtout, qu’il n’éclipse pas les causes identitaires et culturelles qui définissent la nation du Québec.&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le climat est l’enjeu de ce siècle, celui qui va rassembler les populations. Il faut en prendre acte sans toutefois se mettre à croire que les enjeux de l’immédiat sont les seuls valables. Au contraire, les nationalistes ont la chance de rappeler l’importance du territoire dans le cadre de la patrie qu’ils défendent et à laquelle le peuple s’identifie. Il faut donc allier la préservation de la biodiversité à la préservation de notre culture nationale! Chose certaine, avec des projets polluants comme le </span><a href="https://www.lesoleil.com/actualite/huit-groupes-environnementaux-contre-un-troisieme-lien-quebec-levis-9979956673a75fa537605fda5e38a59d" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">troisième lien</span></a><span style="font-weight: 400;"> de Québec, le </span><a href="https://www.lapresse.ca/debats/opinions/2020-01-05/megaprojet-royalmount-le-troisieme-lien-de-montreal" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">complexe</span></a><i><span style="font-weight: 400;"> Royalmount</span></i><span style="font-weight: 400;"> de Montréal, l’exploitation du pétrole sur la </span><a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1474763/matapedia-se-retirer-des-comites-de-suivi-pour-bloquer-les-projets-dhydrocarbures" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">Matapédia</span></a><span style="font-weight: 400;">, en Gaspésie, et </span><a href="https://www.lequotidien.com/actualites/gazoduq-des-groupes-environnementaux-reclament-la-suspension-des-consultations-1076a4b5c285725b4db49ccfc70b2436" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><span style="font-weight: 400;">GNL-Québec</span></a><span style="font-weight: 400;">, l’engagement pour l’environnement ne manquera pas de combats, partout dans la province. C’est l’occasion de se rassembler et de protéger notre maison. </span></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/08/04/lenvironnement-un-essentiel-de-la-nation-quebecoise/" data-wpel-link="internal">L’environnement, un essentiel de la nation québécoise</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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