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	<title>Aurelie Lanctot - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Tue, 11 Mar 2014 08:58:37 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Les petits cailloux</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/03/11/les-petits-cailloux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aurelie Lanctot]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Mar 2014 06:57:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les genres en question / Chronique</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le week-end dernier, à l’occasion de la Journée internationale des femmes, on m’a demandé de quelle manière j’intégrais mes convictions féministes à mon travail, à mes études, à mes projets en général.&nbsp; J’ai réalisé qu’avant toute chose, c’est dans la quotidienneté que se manifestent le plus mes efforts féministes. Terrain, il faut l’avouer, où le sexisme est particulièrement difficile à combattre du fait qu’on le remarque trop peu. Pourtant, rien ne justifie qu’on baisse la garde, même dans l’intimité.</p>
<p>Pour tout dire, j’ai souvent l’impression que c’est à travers les rapports informels et personnels qu’on observe le sexisme enraciné le plus profondément. Celui qui se manifeste lorsque, entre amis, entre collègues ou même entre amoureux, on passe du bon temps et que les langues se délient. Que la vigilance baisse d’un cran. Lorsque pour un instant, plus rien n’est politique – voudrait-on croire.</p>
<p>Lorsqu’on soupe entre amis et que les filles finissent – pour une raison obscure, à se sentir plus concernées par la vaisselle et le service que les convives masculins, et que personne ne le souligne. Lorsqu’au restaurant, on apporte systématiquement l’addition à Monsieur. Je m’amuse de l’air gêné du serveur lorsque je vais régler, mais au fond c’est lassant.</p>
<p>Lorsqu’avant d’aller à la piscine, mine de rien, je prends cinq minutes de plus sous la douche pour me raser les jambes –question d’hygiène. Je me demande d’où est venue cette idée que, s’épiler les poils des tibias, c’était plus hygiénique. C’est absurde. Mais c’est ce qu’on nous dit. Allez savoir. Mais reste que la peur de passer pour «malpropre» l’emporte, bien souvent.</p>
<p>Lorsque je me perds sur un chemin que j’emprunte pour la cinquième fois et qu’on me gratifie d’un «haha, t’es tellement une fille»…</p>
<p>«Ce n’est pas grave», qu’on se dit souvent. Histoire de s’exonérer de la responsabilité de résister, même dans les petits gestes du quotidien, à la pression genrée qu’on trouve partout. Ce n’est pas grave, qu’on se dit, puis pas un mot. Faut pas «faire chier», faut pas gâcher l’ambiance.</p>
<p>En effet, ce n’est pas «grave». Sauf que se taire, c’est faire un choix; et c’est faire un choix bel et bien politique. Ça, il ne faut pas l’oublier. La résistance féministe, lorsqu’on s’y met, doit être immanente. Elle s’exerce sur tous les fronts, sous la couette comme au travail ou dans l’espace public. Et si on est tenté de croire la sphère privée apolitique, n’oublions pas que cette dépolitisation ne sert certainement pas les femmes, mais le <i>statu quo</i>.&nbsp; C’est pourquoi les choix, même anodins, comptent. Se taire, ou «obéir», ou «faire comme tout le monde», c’est rajouter chaque fois un petit caillou du côté s<i>tatu quo</i> de la balance.</p>
<p>Alors lorsqu’on me demande comment j’intègre le féminisme à mon travail, à mes rapports interpersonnels, à ma sexualité; bref à ma vie en général, je dis souvent que c’est avant tout en osant <i>dire</i> le sexisme. En disant «non», et «je m’en fous» de ce qu’on «attend» de moi et ma féminité. Je n’ai rien à prouver, avec ma féminité. Je ne devrais pas avoir quoi que ce soit à prouver.</p>
<p>Il faut également résister à la tentation d’«euphémiser» son féminisme, lorsque le contexte y semble hostile. S’il faut oser dire le sexisme, il faut également oser dire le féminisme.</p>
<p>Je ne suis pas «humaniste», pas «pour l’égalité», pas «féministe mais&nbsp; pas frustrée» – juste féministe. Souvent frustrée, d’ailleurs. Mais, surtout, avec plein de petits cailloux dans mon sac à dos, prête à les ajouter un par un à notre côté de la balance.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<item>
		<title>Le féminisme nuit-il aux hommes?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/01/28/le-feminisme-nuit-il-aux-hommes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aurelie Lanctot]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Jan 2014 06:41:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les genres en question</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2014/01/28/le-feminisme-nuit-il-aux-hommes/" data-wpel-link="internal">Le féminisme nuit-il aux hommes?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Récemment, j’ai été confrontée à plusieurs reprises à des commentaires d’hommes se disant particulièrement irrités par le discours féministe. Sommairement, leur frustration semblait causée par un sentiment d’exclusion des réflexions sur le genre; les poussant à déduire que le féminisme serait une idéologie surannée, mue par un ressentiment injustifié à l’égard des hommes. Les hommes, avançaient-ils, auraient eux aussi besoin qu’on se penche sur la tyrannie genrée qu’ils subissent.</p>
<p>Je leur concède ce point. La masculinité, dans le contexte contemporain, est définitivement en mal d’être «pensée». Les hommes, au même titre que les femmes, sont prisonniers d’un bon nombre de stéréotypes. Et lorsque vient le temps de causer masculinité, les braquages sont souvent instantanés: halte au <i>backlash</i>. Pourtant, explorer la (ou plutôt les) masculinité(s) n’est en rien synonyme de «masculinisme». En cela, on peut tout à fait se pencher sur les enjeux qui touchent aux genre et qui concernent les hommes, tout en prônant des valeurs résolument féministes.</p>
<p>Mais pour le reste? Lorsque ce constat ne suffit pas à calmer les esprits échaudés de ces messieurs. Lorsque c’est le bien-fondé même des luttes féministes qu’on met à mal. Lorsqu’on critique la pertinence des luttes menées à bras-le-corps <i>par </i>et <i>pour </i>les femmes, allégeant sa désuétude, voire son effet néfaste sur l’autre sexe. Que peut-on répondre à ces «non mais clairement, on est rendu ailleurs», sinon une poignée de statistiques inégalitaires et un regard exaspéré? Je dois dire qu’il m’arrive, face aux plus ardents <i>mansplaineurs </i>(paternalistes), d’être tellement ahurie par «le chemin à faire» que je me retrouve muette et vulnérable. «Ayoye, par où commencer».</p>
<p>J’en suis venue à la conclusion que ce discours, tenu par des hommes prétendument «affaiblis» par l’omniprésence (tousse, tousse) de la pensée féministe, et qui consiste à relativiser l’oppression des femmes en insistant sur les défis que rencontrent aussi les hommes, est <i>en soi </i>une forme de violence patriarcale. La négation des inégalités dont les femmes font les frais m’apparait indéniablement comme l’une des principales raisons pour lesquelles le féminisme est tout sauf désuet. Il est complètement fallacieux d’affirmer que nous avons atteint un point d’égalité critique, passé lequel ce serait les hommes qui se retrouvent dans une posture d’assujettissement. «Si vraiment les féministes veulent l’égalité, vous ne voudriez pas laisser cela arriver, n’est-ce pas?» a‑t-on le culot de demander.</p>
<p>Or, si les schèmes d’oppression sont plus subtils, moins patents que par le passé –alors que les femmes ne bénéficiaient même pas des droits civils au même titre que les hommes, par exemple –cela ne signifie pas qu’il faille pour autant crier victoire et «passer à autre chose», bien au contraire.</p>
<p>À mon avis, cela signifie même qu’il faut redoubler d’ardeur. De perspicacité, aussi. Et ce «négationnisme» masculin, arguant tantôt que les filles sont «en plus grande proportion sur les bancs d’université», ou que «les hommes sont tout aussi réifiés par la publicité que les femmes», fait partie des écueils rhétoriques que les féministes doivent apprendre à surmonter.</p>
<p>Quant à l’inclusion des hommes dans les débats féministes, j’ai l’impression qu’il y a une réticence acceptable à laisser libre cours à la parole masculine. Certaines ne seront sans doute pas d’accord, mais il m’apparaît important que soient préservés des espaces où les femmes puissent échanger en dehors des «matrices» patriarcales; des terrains non mixtes où les femmes sont appelées à se définir de manière pleinement autonome. Des «espaces sécuritaires», comme on les appelle souvent, non seulement pour l’expression mais pour la pensée elle-même.</p>
<p>Et attention, je ne parle pas ici de prôner le repli sur un féminisme de ressentiment, qui vise le renversement des forces plus que l’égalité. Circonscrire, ce n’est ni exclure, ni condamner, ni haïr. Quant à l’inclusion des hommes proféministes, dans le discours comme dans l’action, elle peut s’avérer enrichissante afin d’éviter une rupture, un antagonisme entre les conceptions féministes du monde et ses conceptions dites «normales» (lire: patriarcales).</p>
<p>Malheureusement, il semblerait que certains hommes ne conçoivent pas que les femmes aient besoin de se penser sans eux; sans la «tutelle» patriarcale qu’ils représentent, consciemment ou non. Ils ne conçoivent pas non plus que si les féministes avancent, les stéréotypes genrés reculent. Et à ce chapitre, les deux sexes gagnent. L’émancipation de la femme, il ne faudrait pas l’oublier, brise des carcans qui contraignent aussi les hommes dans des rôles qui ne leur conviennent pas toujours.</p>
<p>Il faut arrêter de penser que ce que les femmes acquièrent, elles le confisquent aux hommes. Les féministes ne détestent pas les hommes. Elles veulent simplement que les individus, hommes ou femmes, soient à même de se définir plus librement, et que leur genre ne détermine pas leurs chances, dans la vie en général. Et si cela implique de penser en termes «féministes» et non simplement «égalitaires», c’est que l’affranchissement passe en grande partie par l’émancipation des femmes. Cette démarche ne «nuit» pas aux hommes. Mais oui, elle appelle à ce que les femmes agissent et pensent seules.</p>
<p>La prochaine fois qu’on tentera de m’expliquer avec grand sérieux pourquoi le féminisme est une relique obsolète, j’essaierai d’avoir la patience de réciter tout ça.</p>
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		<title>Litanie pour un Québec moribond</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2013/10/29/litanie-pour-un-quebec-moribond/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Aurelie Lanctot]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Oct 2013 05:29:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Je dois avouer que le Québec que je vois ces derniers temps fait peine à voir.&nbsp;Le Québec, semble-t-il, n’appartient plus également à tous ses citoyens. Parce que les Québécois, les vrais, ils ont des «valeurs». De très grands principes. Un très grand souci d’autoconservation, surtout. Et attention: on ne badine pas avec l’autoconservation. Il faut préserver ses particularismes. Nos racines, notre héritage. Il faut être «fier de sa race», comme l’écrivait Claude Jasmin dans les pages du <i>Devoir</i>, en juin. Il faut cesser de s’excuser d’être qui nous sommes. Allez ouste, l’altérité! Dans les marges! Nous avons une Nation à construire, ici.</p>
<p>C’est essentiellement ce que nous rappelaient les quelques milliers de manifestants qui ont marché pour la Charte des valeurs québécoises dans les rues de Montréal, ce samedi. En tête de la manifestation, évidemment, les «grosses pointures» du mouvement des Janettes. La marche, aura-t-on dit, se voulait dédiée à la «collectivité». Réaffirmer le sentiment québécois qui, apparemment, fait l’objet d’une insidieuse érosion qu’il nous faut maintenant contrer par voie législative. Et par un dévouement sans borne à nos valeurs. «Nos» sacro-saintes valeurs.</p>
<p>Certains ont récemment souligné que la dernière fois que le Québec s’est polarisé comme il le fait présentement autour de la Charte des valeurs, c’était au printemps 2012. D’aucuns insinuent également que ceux qui défendent la charte aujourd’hui se réclament du même «bien commun» que ceux qui portaient le carré rouge en 2012. Alors que ceux qui s’opposent à la charte auraient l’esprit brouillé par leur égocentrisme et leurs petits privilèges individuels.&nbsp;Il est vrai qu’au printemps 2012, l’objectif était radicalement humaniste: défendre l’accessibilité à l’éducation pour tous, peu importe leur horizon socio-économique. Réitérer que la connaissance n’est pas un bien de consommation comme un autre. Qu’au sein d’une société, les intellectuels ne sont pas que des mollassons sans dessein. Que le Québec n’est pas qu’une société de technocrates et de propriétaires de chalets dans les Laurentides.</p>
<p>Bref. Ceux qui ont pris part à la grève se rappellent sans doute de cette période comme d’un moment de solidarité tout à fait singulier. On dira ce qu’on voudra des «carrés rouges», évidemment. Mais, chose certaine, il était offert à tout le monde, ce petit carré. Hijab ou <i>topless</i>. Complet ou soutane. «Blanc, jaune, noir, mauve, bleu avec des pitons jaune-oranges – j’m’en câlisse», comme disait Falardeau. Bloquer la hausse des frais de scolarité pour offrir à tous une plus grande égalité des chances.</p>
<p>Quant à la Charte des valeurs, apparemment notre nouveau «projet social», on voudrait nous faire croire qu’il en est de même. Mais cette charte, elle est pour qui, au juste? En-dehors de la majorité blanche catho-laïque, je veux dire?Samedi, à la manifestation pro-charte, j’ai vu brandir des pancartes plutôt étonnantes, dans une perspective d’égalité entre tous.&nbsp;«Visiteurs, décoiffez-vous! Un pays est en train de naître ici» lisait-on sur l’une d’entre elles. Dans un Québec souverain, doit-on comprendre, les «visiteurs» devraient à tout prix renier les manifestations visibles de leur identité première?&nbsp;«Nous avons la persévérance, et nous vaincrons» était-il inscrit sur une autre. Vaincre quoi, au juste? À quelle bataille fait-on référence, si ce n’est qu’à celle que nous menons présentement contre la diversité?&nbsp;«Bienvenue chez <span style="text-decoration: line-through;">vous</span>&nbsp;NOUS» lisait-on ailleurs. Comme si seul le Québécois «de souche» avait réellement droit de cité dans la «Belle Province».</p>
<p>Pour l’égalité, on repassera. Et pour tout vous dire, j’ai vu dans cette manifestation le reflet d’un peuple maladroit et craintif. Le pathétique syndrome d’une majorité blanche et francophone qui ne sait plus se définir autrement que par l’exclusion. J’en ai marre, tellement marre, qu’on pense le Québec uniquement en fonction de «ce qu’il ne doit pas devenir», en se basant sur une peur maladive de l’extinction.&nbsp;Les Québécois – tous les Québécois&nbsp; – valent plus qu’une poignée de «valeurs» qu’un gouvernement leur a mis dans la bouche.</p>
<p>Et d’ailleurs, combien de fois faudra-t-il répéter que la laïcité n’est pas une valeur, mais bien une attitude de l’appareil gouvernemental vis-à-vis de ses institutions. On pourrait parler de laïcité comme valeur gouvernementale, peut-être. Au même titre que la transparence, ou encore l’étanchéité de la séparation entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Et, par ailleurs, notons que la laïcité <i>est</i> une posture gouvernementale fermement tenue au Québec, depuis des décennies. Et heureusement!&nbsp;De plus, je ne vois franchement aucun signe de relâchement à cet égard. À quand remonte le dernier projet de loi dont émanaient de désagréables relents cléricaux? J’aurais aimé que ceux qui sont descendus dans la rue ce week-end en «réclamant» un état laïc me renseignent à ce sujet; parce que vraiment, je ne vois pas.</p>
<p>Mais on s’en fiche, au fond. Comme l’a si bien dit Céline Dion en entrevue au magazine <i>MacLean’s</i>: «<i>Sometimes, you have to have an opinion</i>» («Parfois il faut avoir une opinion.»).Tout à fait, Céline. «<i>Take an opinion, and go rescue the people!</i>» (prenez position et aller sauver des gens ! »</p>
<p>On semble vouloir jouer le jeu de la «nation», forte de ses particularismes et de ses convictions. Mais on ne fait au fond que brandir un bricolage de «valeurs» vétustes pour combler un vide immense. Un vide creusé à force d’apathie et d’abnégation, à force de télé-réalité stupide et d’émissions de variété, dont on se gave pour oublier l’échec de notre projet politique, plutôt que de le penser sur de nouvelles bases.&nbsp;Ça fait une sacré pente à remonter, quand vient le temps de défendre à nouveau notre identité distincte, en effet. Mais j’ose espérer que l’identité québécoise contemporaine est plus riche et féconde qu’une poignée d’inquiets qui défilent dans les rues de Montréal en brandissant des énormités discriminatoires.</p>
<p>J’avais quatre ans le soir référendum de 1995, mais je me souviens très bien des regards vitreux de mes parents devant la télévision, pendant le discours de la défaite. Je ne comprenais pas, mais je savais que c’était triste. Une tristesse lancinante et discrète qui ne nous a jamais quittés tout à fait. Le Québec est devenu ce soir-là un peuple mélancolique.&nbsp;J’ai souvent réécouté les enregistrements vidéo du silence de mort entrecoupé d’applaudissements qui régnait lorsque Jacques Parizeau prononçait les fameuses paroles qui allaient stigmatiser sans remède le projet souverain. Je ne sais pas ce qui était le plus triste. Les visages froncés et déconfits de ceux qui ne comprenaient pas la gifle qu’on venait de leur asséner, ou le fait qu’il se soit trouvé des gens pour applaudir.Or, ce week-end, j’ai eu l’impression d’entendre dans les rues de Montréal l’écho amplifié de ces applaudissements.</p>
<p>Est-ce de ça dont le Québec rêvait?</p>
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		<title>Au-delà de l’hypersexualisation</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2013/09/30/au-dela-de-lhypersexualisation/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Aurelie Lanctot]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Oct 2013 03:54:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les genres en question</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2013/09/30/au-dela-de-lhypersexualisation/" data-wpel-link="internal">Au-delà de l’hypersexualisation</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La semaine dernière, l’économiste Iannick Marcil, le médecin Alain Vadeboncoeur et la militante féministe Léa Clermont-Dion ont lancé une pétition pour inciter le gouvernement Marois à interdire la venue au Québec des concours de beauté style «mini-Miss».</p>
<p>Plus tôt au mois de septembre, un journaliste de <i>L’Écho de Laval</i> nous apprenait en effet que l’organisme britanno-colombien National Canadian Girl (NCG) avait annoncé la tenue en novembre d’un gala mini-Miss, à Laval.&nbsp;En moins de quarante-huit heures, la pétition anti mini-Miss a récolté plus de 35 000 signatures. Sur les réseaux sociaux, elle s’est répandue comme une traînée de poudre, suscitant des réactions quasi-unanimes: des concours de beauté encourageant le culte de la superficialité chez les jeunes filles, pas chez nous!</p>
<p>Questionnées sur la nature de leur événement, les porte-paroles de NCG affirment cependant que la compétition, qui s’adresse aux jeunes filles de 0 à 19 ans, n’a rien d’un «concours de beauté» au sens strict. Il s’agirait plutôt d’un concours de «personnalité» et de «talent». La preuve, le maquillage y est proscrit, et toutes les participantes âgées de plus de 4 ans doivent prononcer un discours sur scène, à partir duquel on évalue leur éloquence, leur élégance et leur capacité à faire «bonne impression».&nbsp;Rien à voir avec l’hyper-sexualisation, l’objectification précoce des jeunes filles et tous les autres stéréotypes qu’on attribue généralement aux concours de beauté. Je réprime difficilement un roulement d’yeux ici.</p>
<p>D’abord, soyons clairs: peu importe la vertu dont les concours de Miss se bardent, ils demeurent des promoteurs d’une image aliénée et débilitante de la «féminité idéale».Je dirais même que le pire avec les concours de <i>Miss</i>, c’est&nbsp; qu’ils ont l’imposture de prétendre rechercher des femmes dont la «personnalité» égale, voire surpasse, la beauté. «Avant tout», une tête forte, dira-t-on. Accessoirement vissée sur un corps bien entretenu. Mais quel genre de «personnalité» entend-t-on, au juste?</p>
<p>Comme l’explique NCG sur son site web, les compétitions sont avant tout axées sur la prestance, l’élégance et l’aptitude à parler en public, ainsi que sur la promotion de certaines valeurs [évidemment] nobles comme la confiance, l’estime de soi, la charité ou l’esprit sportif. Des «belles valeurs» que toute femme «bien ordonnée» doit chérir et promouvoir.&nbsp;Disons-le, c’est en fait concevoir «la femme idéale» comme potiche inoffensive et divertissante. Ces concours alimentent une notion de la féminité idéale qui semble figée dans les années 1950. La femme <i>premium</i> se devra donc d’être belle, bien mise, dédiée, consciencieuse, élégante, performante, pro-active, charmeuse, consensuelle…et on pourrait aussi ajouter, en note de bas de page, cisgenre, hétérosexuelle, «d’apparence saine» et habile sur des talons de 8 pouces.</p>
<p>La seule différence avec le modèle de la ménagère idéale de la première moitié du siècle dernier, c’est qu’on valorise ici son ambition professionnelle. Après tout, la femme contemporaine bien en ordre doit savoir se conformer aussi aux contingences du marché de l’emploi! N’est-ce pas?</p>
<p>Or, ce profil ne correspond au fond à rien d’autre qu’à celui de la femme telle que le marché de consommation la conçoit. Lisse et sans altérités. Surtout, ne pas faire de vagues. Et pour toutes celles dont la beauté puise sa source dans les marges, eh bien tant pis. Comme si la féminité, la vraie, devait s’inscrire à l’intérieur du cadre qu’on veut bien lui allouer.&nbsp;Et puis il y a aussi ce fichu <i>double standard</i>. Celui avec lequel les femmes doivent encore conjuguer à ce jour, à peu près partout où elles passent, et qui constitue la pierre angulaire de tous les concours de beauté. Ce <i>double standard</i> qui prescrit qu’il ne suffit pas d’être compétente, intéressante et «engagée». Il faut aussi être jolie; jolie comme la culture de masse nous le dicte, bien sûr.</p>
<p>La beauté n’est donc peut-être pas le critère ultime du concours, ni la clé pour accéder au titre convoité, mais elle demeure néanmoins une contingence implicite; une barrière à l’entrée non négociable. Il faut <i>d’abord</i> que la femme ou la fillette soit conforme à certains critères esthétiques pour qu’on daigne ensuite considérer son caractère.&nbsp;À preuve, voit-on défiler sur les podiums de ces concours beaucoup de femmes dont la personnalité est remarquable, mais qui sont plutôt rondes, <i>queer </i>ou encore qui souffrent d’un handicap physique quelconque, par exemple? Non. Bien sûr que non. Au registre de la diversité corporelle, on pourrait difficilement imaginer des échantillons plus homogènes.&nbsp;Quant à l’éloquence, disons qu’on se contente de très, très peu. Niveau «ras-les-pâquerettes» en terme d’intellection, et je doute qu’on puisse trouver une exception à la règle. Juste le fait de prendre sciemment part à un <i>beauty pageant </i>révèle à mon avis un discernement assez moyen. Parce qu’il faut être franchement inconscient pour participer à une mascarade aussi rétrograde.</p>
<p>Pour en revenir à la version «mini» des concours de Miss, il est donc à se demander si, au-delà de la tyrannie de l’apparence et de l’hyper-sexualisation, c’est la conception de la féminité qu’on veut transmettre aux jeunes filles.&nbsp;Car bien que ces concours prétendent promouvoir la force de caractère, l’engagement et la compétence, ils se collent en fait à une définition terriblement exclusive et antiféministe de «ce que devrait être une femme».</p>
<p>Or, à mon sens, ce qu’on devait enseigner aux fillettes, c’est plutôt que la féminité «idéale», moyennant qu’elle existe, n’est pas faite pour être contemplée ou applaudie. Elle ne s’évalue pas sur une scène, pas plus qu’elle ne «s’émule». Elle n’est pas complaisante, lustrée ou strictement élégante. Elle ne rentre pas toujours dans une robe à paillette. Elle est mouvante, éclatée et complexe. Parfois rageuse, toujours forte et courageuse. Et surtout, elle n’a pas besoin de diadème pour s’affirmer. Elle peut légitimement se contenter d’être vécue. Un point, c’est tout.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2013/09/30/au-dela-de-lhypersexualisation/" data-wpel-link="internal">Au-delà de l’hypersexualisation</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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