Le Délit http://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Fri, 11 Apr 2008 18:53:11 +0000 http://wordpress.org/?v=2.2.2 en Cahier création 2008 http://www.delitfrancais.com/archives/221 http://www.delitfrancais.com/archives/221#comments Tue, 08 Apr 2008 05:15:08 +0000 redaction http://www.delitfrancais.com/archives/221 Le Délit finit son année de publication en beauté avec la troisième édition du supplément création.]]> 0408_creacover.jpgAu programme: nouvelles littéraires, illustrations, photographies et bande dessinée et caricatures diverses. Pour admirer le tout, il suffit de télécharger la version PDF du cahier création en cliquant sur ce lien ou sur la couverture.

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Ballerines http://www.delitfrancais.com/archives/212 http://www.delitfrancais.com/archives/212#comments Tue, 08 Apr 2008 05:00:52 +0000 redaction http://www.delitfrancais.com/archives/212 La rue n’est plus frigide. Le jour est arrivé où Montréal, timide, daigne enfin découvrir la couleur de ses trottoirs. Les Montréalais peuvent, voyeurs, admirer l’échancrure audacieuse des rues et des ruelles du Plateau et d’ailleurs. La ville se déshabille et s’allège du surplus de poids qui l’a accablée pendant trois mois.

Je ressors mes ballerines. Ces ballerines dont l’inconfort m’a tant manqué et qui me promènent à travers les quartiers; les quartiers se pomponnent, galopent à l’heure d’été et se mettent à la mode. Rue Prince-Arthur, un café, d’ordinaire peu clinquant, ressort un lot modeste de chaises en plastique. Foule. Babillages. Les chaussures légères des femmes les plus hardies résonnent d’un bruit sec sur l’asphalte (encore neuf) du boulevard Saint-Laurent. La ville, désengourdie, s’étire et se rhabille. Le marteau-piqueur pique, et frappe de plus belle les chaussées inondées d’un soleil cru.

Matin. Des hommes en bleu s’affairent. Casques, bruits, panneaux, tournez, action! Avenue des Pins, le Théâtre de Quat’Sous n’est plus qu’un îlot de travaux. Qui sait ce qu’à l’automne il sera devenu. Saint-Urbain, les piétons traînent le pas. Les autos accélèrent. Les roues ne patinent plus. Les moteurs s’impatientent à la lumière orange. Le temps est élastique. La ville s’est levée tôt et se couchera tard. Tout comme cet étudiant qui, du haut d’une tour coulée en béton brut, contemple le bal des gens entre des étendues de neige où l’on distingue… de l’herbe!

Midi. Un employé muni de son dîner s’assied sur un rebord, boulevard de Maisonneuve. Il parle du beau temps à une belle collègue. Étourdi, il contemple une tour à bureau; le sien est au douzième étage. L’hiver lui a tant fait presser le pas, tant fait baisser la tête, qu’il n’avait plus levé les yeux sur ce lieu familier. Avenue du Parc, un indécis s’attarde devant un étalage de fruits. Rien ne presse. Rue de Bullion, un bonhomme en caleçon déblaie une entrée sale. Rue Sainte-Catherine, trop de monde, passons. Côte-des-Neiges, le cordonnier de la rue Swail salue une dame blonde. Terrasses, journaux, on parle du soleil.

Nocturne. Avenue du Mont-Royal, trois fumeurs se tiennent à la sortie d’un bar. On bouscule. Ils bloquent le passage. Rue de l’Esplanade, devant sa porte qui annonce «chien méchant», un vieil homme en béret prend l’air du soir en fumant une pipe. Tout est dit. L’hiver a déposé son bilan. Bientôt nos échéances elles aussi prendront fin.

Le mot d’ordre final de ce propos brouillon est de garder l’œil vif, de marcher au soleil, de décortiquer l’espace. Le Délit restera sur les présentoirs jusqu’en septembre, discret participant du paysage urbain. Feuilletez-le, laissez-le traîner pour qu’un passant s’en empare et l’abandonne à son tour sur un banc, sous un siège… peu m’importe. Car mes ballerines, elles, vont tinter et craquer sur les pavés cuisants. Les bruits urbains, jadis étouffés par l’habit hivernal, ressurgiront, distincts. Montréal.

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L’été des Montréalais http://www.delitfrancais.com/archives/207 http://www.delitfrancais.com/archives/207#comments Tue, 08 Apr 2008 05:00:48 +0000 redaction http://www.delitfrancais.com/archives/207 Festival Fantasia
Métro: Guy-Concordia
Du 3 au 21 juillet 2008
Au cœur du ghetto Concordia, le Festival Fantasia offre une programmation aux antipodes de la production hollywoodienne. Entre les films de série B, les productions d’amateurs, les courts métrages d’animation, les réalisations asiatiques et autres, les cinéphiles friands de science-fiction, d’horreur et d’aventure seront servis.

Pour apprécier le phénomène Fantasia, une certaine patience s’impose. Les plus ponctuels remarqueront qu’une file se forme à l’entrée des salles de projection bien avant que le film commence –habituellement quarante minutes en retard. On excuse pourtant le laxisme des projectionnistes dès que le film commence et que l’atmosphère bon enfant s’empare de la salle. Quand la tronçonneuse apparaît et que les corps explosent, le public applaudit et en redemande.

FrancoFolies
Métro: Place-des-Arts
Du 24 juillet au 3 août
Les FrancoFolies sont l’occasion idéale de découvrir les formations musicales locales. La programmation de l’année dernière était particulièrement réussie: version symphonique de Loco Locass, spectacles multiples pour le groupe polyvalent Malajube, créations indépendantes avec les labels Grosse Boîte et Dare to Care. Le charme des Vincent Vallières et Thomas Hellman était équilibré par l’effronterie et le vulgaire du trio choc de Numéro#, TTC et Omnikrom. Pour l’instant, la liste d’invités de cette année reste nébuleuse, mais il est d’ores et déjà confirmé que Pierre Lapointe sera de retour avec une création inédite: Mutantès. Ce concert coûtant au minimum 40$, les portefeuilles les plus frugaux se contenteront des dizaines de représentations gratuites.

Festival international de Jazz
Métro: Place-des-Arts
Du 26 juin au 6 juillet
Forts de la mini-série publiée dans les pages du Délit, vous voilà bien nantis pour tirer le maximum du Festival International de Jazz de Montréal (communément appelé «le jazz»). La programmation rend compte d’une définition très flexible de ce courant musical. Au cours des années précédentes, l’événement a été très diversifié: énergique (Manu Chao), expérimental (Pawa Up First), souvent investi d’une généreuse dose d’électronique (Artist of the Year, Amon Tobin, DJ Champion), et ce, plus souvent qu’autrement au cours de concerts gratuits. Pour les plus nantis, le jazz accueille cette année le comédien Woody Allen. Ce dernier montrera son appendice nasal légendaire, de même que ses talents de clarinettiste.

Jardin botanique / Parc Maisonneuve
Métro: Pie-IX
Tout le monde a déjà entendu parler du trio formé par le stade olympique, l’insectarium et le jardin botanique. Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que leur tarif diminue presque de moitié si vous possédez une carte «Accès Montréal». Les activités varient au cours de la saison estivale (une exposition sur les arrangements floraux japonais ikebana se tiendra entre autres les 12 et 13 avril), mais le lieu s’avère idéal pour un pique-nique au milieu des plus belles créations de Dame Nature.

Si vous préférez ne pas délier les cordons de votre bourse, le parc Maisonneuve est suffisamment grand pour vous faire oublier que vous êtes sur l’île de Montréal. L’Orchestre symphonique de Montréal y fait habituellement un arrêt dans le cadre de sa série estivale de concerts extérieurs… et gratuits.

Musée des beaux-arts de Montréal
Métro: Peel ou Guy-Concordia
Il n’est pas trop tard pour visiter l’exposition ¡Cuba! puisqu’elle se poursuit jusqu’au 8 juin. Après, le musée fera une autre excursion au-delà des frontières des beaux-arts pour monter dès le 29 mai une rétrospective sur la haute couture telle qu’envisagée par Yves Saint-Laurent. Il faut admettre que ce dernier a souvent pigé dans la culture visuelle artistique, à l’instar de ses vêtements à la Mondrian.

Si l’exposition Place à la magie! tire sa révérence du Musée d’art contemporain, le Refus global continue d’occuper une place de choix dans la présentation artistique. C’est ainsi que le 20 juin marquera l’ouverture de l’exposition Les 60 ans du Refus global. Si vous n’avez pas encore vu les toiles de Paul-Émile Borduas, Jean-Paul Riopelle et compagnie (mais où diantre avez-vous passé les cinquante dernières années?), ce sera une autre occasion de les reluquer.

Musée d’art contemporain de Montréal
Métro: Place-des-Arts
Sans être infernal, l’été montréalais a ses moments d’humidité écoeurante. Il devient alors fort avantageux de trouver un endroit où l’air climatisé est en fonction. Si vous avez épuisé le répertoire de films à grand déploiement du cinéma du coin, des endroits comme le Musée d’art contemporain deviennent particulièrement attrayants. Comme d’habitude, l’accès au musée est gratuit le mercredi après 18h00; autrement, le coût d’entrée est de 4$ sur présentation d’une carte étudiante.

Cette année, un événement à surveiller au MACM est La Triennale québécoise, une exposition consacrée à l’art contemporain québécois. Disponible à partir du 24 mai, elle s’étend sur l’ensemble du musée et rassemble les trouvailles de quatre commissaires, sous le slogan «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme». Cette exposition est une excellente occasion de découvrir la production artistique d’ici, tous médiums confondus.

Mile-End
Métro: Rosemont
Nos collègues du Daily dressaient récemment un portrait ambivalent de ce quartier situé au nord du Plateau-Mont-Royal, connu entre autres pour sa contribution à la scène musicale montréalaise. Envahissement commercial à part, il n’en demeure pas moins que l’endroit contient plusieurs échoppes dignes d’être visitées. Pour les amateurs d’origami et de bricolage, Au Papier japonais (24, Fairmount O.) est un incontournable. Sa collection d’imprimés et de papiers délicats est tout simplement somptueuse.

Le magasin a l’avantage d’être situé juste à côté de Bagels Fairmount (74, Fairmount O.), où l’on peut acheter des «bagels de la veille»: chaque sac est un agencement aussi mystérieux qu’abordable d’une douzaine de ces délicieux petits pains. À l’instar de Bagels Saint-Viateur (263, Saint-Viateur O.), la boulangerie est ouverte 24 heures sur 24.

Autrement, les amateurs d’art seront servis par la présence de Dare-Dare (parc sans nom, entre Saint-Laurent et Clark à la hauteur de Rosemont). Cet été, le centre organise du 5 au 8 juin l’événement Aux bons plaisirs fugaces, sorte de camping en plein air où les participants montent diverses œuvres et installations. Le quartier accueille aussi quelques galeries, à l’instar d’Art Mûr (5826, Saint-Hubert) et de la galerie Clark (5455, avenue de Gaspé). Si le design vous intéresse, le magasin Commissaires (5226, boul. Saint-Laurent) en est un à ne pas manquer pour profiter de la richesse qu’offre Montréal dans ce domaine, d’ailleurs classée ville UNESCO de design.

L’irréductible Casa del Popolo présente également cet été son Suoni per il Popolo, festival de musique avant-gardiste et de libération expérimentale. Les concerts auront lieu à la Casa del Popolo (4873, boul. Saint-Laurent) et à la Sala Rossa (4848, boul. Saint-Laurent) du 1er au 30 juin.

Lac aux Castors
Métro: Mont-Royal ou Côte-des-Neiges
Le Lac aux Castors présente plusieurs avantages vis-à-vis des autres espaces verts montréalais. Il offre un point d’eau plus vaste que la pataugeoire du parc Lafontaine, où il est d’ailleurs risqué de se faire attaquer par une armée de pigeons et d’écureuils. Sa population d’oies et de canards s’avère également plus civilisée. Situé au cœur de la montagne, ce parc offre un certain isolement du brouhaha urbain et la possibilité de faire une promenade escarpée, du pédalo… ou de simplement s’étendre pour faire le farniente.

Piknik Electronik
Métro: Jean-Drapeau
Si vous cherchez une alternative aux tam-tams ayant lieu chaque dimanche au mont Royal, le Piknik Electronik s’avère une option musicale dominicale. Au parc Jean-Drapeau, sur l’île Sainte-Hélène, cet événement accueille pour un prix modique les amateurs de musique électronique de 13h00 à 20h00… et parfois même plus tard. La formule permet d’assister aux prestations de DJ d’ici et d’ailleurs sans pour autant s’enfermer jusqu’aux petites heures du matin. Que demander de plus?

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Le début de la fin http://www.delitfrancais.com/archives/217 http://www.delitfrancais.com/archives/217#comments Tue, 08 Apr 2008 05:00:39 +0000 redaction http://www.delitfrancais.com/archives/217 Les choses qui se terminent nous renvoient très souvent à leur commencement. Ceux qui passent ces jours-ci leur final final repensent à leur premier cours à McGill. Ceux qui déposent leur mémoire se rappellent l’instant où ils ont trouvé leur sujet de recherche. Ceux qui quittent leur emploi revivent leur première journée de travail. Et puis, enfermés dans leur chambre un samedi soir pour rédiger leur énième article de l’année, les petits déliites songent au moment où ils ont eu l’idée tordue de «s’impliquer». «Engagez-vous qu’ils disaient…», les Romains.

Et moi, alors que vient le temps de signer mon dernier éditorial, je ne songe point à tous les soirs où j’ai maudit mes colocataires à cause du bruit intenable dans la pièce voisine, eux qui ne connaissaient apparemment pas les mots «fin de session», mais bien au premier journal de l’année, celui qui nous a occupés bien plus longtemps qu’un samedi soir.

Premier Délit
Pour célébrer le trentième anniversaire du Délit, l’équipe éditoriale avait décidé de se lancer dans un premier numéro «obèse». Que dire? Nous étions seulement zélés…et un peu naïfs. Nous avons parcouru les archives de plusieurs centaines de Délit, retrouvé le premier rédacteur en chef du journal, réalisé des dizaines de montages photos avec des céleris au Cheez Whiz sur une nappe orange et brune (année 1977 oblige). Le dimanche soir, la tension a commencé à monter lorsque la correctrice a vu le nombre d’articles s’accumuler dans sa boîte de réception («Vous avez 30 nouveaux messages»). Puis, le jour fatidique du lundi arriva. Entre l’une qui avait décidé que c’était le jour pour s’acheter des meubles chez IKEA, l’autre qui n’en pouvait plus de retoucher les photos de ses ballons, la journée/soirée/nuit de production s’est terminée très tard. Il s’en est fallu de peu qu’il n’y ait pas de journal du tout. À 1h00 du matin, un agent de sécurité est entré dans le local, nous priant de sortir parce que l’édifice allait fermer. Je ne sais pas comment nous avons fait, mais après quinze minutes de négociations, il nous a finalement laissés tranquilles. Nous avons célébré notre accomplissement au Tim Hortons ouvert 24h de la rue University et avons juré que les prochaines productions ne se termineraient pas avec un café-goût-eau-de-vaisselle à 2h00 du matin.

Dernier mot
Une petite note sur la nature même du Délit pour finir. Lorsque les gens apprennent que vous travaillez pour un journal étudiant, ils pensent tout de suite que vous voulez faire carrière dans le monde des médias. Comment vous expliquer que Le Délit n’est pas comme ça? Nos collaborateurs ne sont pas des «journalistes» —seulement des étudiants pauvres qui veulent des billets de théâtre gratuits. Notre contenu va du «chialage» contre le français à McGill au Mohammed délit, qui remplit les trous de dernière minute (heureusement qu’on a les chroniques artistiques!). Notre lectorat, s’il existe, est majoritairement constitué d’étudiants qui ne réagissent à aucun de nos articles et de ma maman (qui me trouve bien bonne).  Le Délit ne se prend pas au sérieux ou pour un média professionnel. Et surtout, il n’aspire pas à le devenir.

Attention – boîte de remerciements
(Interrompez votre lecture si vous êtes du genre à fermer votre téléviseur au moment du discours des gagnants à la cérémonie des Oscars).
Pour terminer cette ode au commencement, un petit mot à ceux qui ont hâte d’en finir. Un immense bravo à toute l’équipe du Délit  —et tout particulièrement à Zoé pour sa source de stress hebdomadaire du dimanche, à Julie pour ses autopromos et son iPod, à Mathieu pour son gâteau chocolat-porto, ses trois articles en moyenne par semaine et pour avoir corrigé toutes mes maladresses avec InDesign, à Cynthia pour son calme face aux vagues d’imprécisions grammaticales sur lesquelles les dictionnaires refusent de se prononcer, à Alex pour son immense dévotion à la page 4, à Louis pour nous avoir délaissés pour un stage avec les petits enfants d’Afrique (je crois que je ne m’en remettrai jamais), à Vincent pour ses castors, à Lawrence pour ses tableaux dont il est le tsar, à P-O pour ses chroniques littéraires qui comptent au moins deux lectrices fidèles (sa «blonde» et moi). Vous valez toutes les mères multiculturelles du monde depuis 1977.

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Chambouler http://www.delitfrancais.com/archives/203 http://www.delitfrancais.com/archives/203#comments Tue, 08 Apr 2008 05:00:35 +0000 redaction http://www.delitfrancais.com/archives/203 Comment inaugure-t-on une dernière chronique? Je suis fatigué et les muses m’ont abandonné. J’ai bien cherché conseil auprès de ma colocataire, mais elle m’a simplement demandé d’écrire «Steph is the coolest chick in the world», cette phrase compulsive qui apparaît sur les feuilles orphelines errant dans l’appartement. La création, dans l’écriture comme ailleurs, c’est se laisser contaminer par ses expériences et son entourage, pour enfin partager ce qui nous marque (ou nous perturbe, c’est selon). Toutefois, une phrase ne suffit pas pour monter un argument.

Quand l’inspiration manque, il est avisé de se promener dans les méandres du passé. Il y a longtemps (ou était-ce la semaine dernière? je ne me souviens plus…), un vieux sage a dévoilé que l’antidote à la schizophrénie d’une chronique était le suicide. Soit. Mais s’il faut une mesure aussi drastique, je préfère encore le souffle divin des kamikazes. À défaut de faire une chronique blanche, ou de ne pas envoyer cette page à l’imprimeur, mon arsenal est limité. Je plonge plus profondément dans le passé, dans les livres posés sur ma table de travail. C’est la fin de session après tout. J’y vois Augustin et deux Thomas –d’Aquin et Hobbes. Ils me chuchotent une petite salve empoisonnée qui nourrira cette joyeuse chronique suicidaire: la vie est laide.

Pas besoin de définir le péché originel ou la nature humaine pour constater à quel point nous pouvons être misérables. Personnellement, il suffit que je songe à ce type que j’ai aperçu un jour à Parc-Extension. Soutenu par un membre de sa famille, il poussait des hurlements inhumains en cachant entre ses mains son visage ruisselant de sang. Nous vivons tous notre lot d’expériences étranges. Certains vont les dissimuler; d’autres, les partager, les raconter, les représenter.

L’art est souvent en symbiose avec nos questionnements existentiels. Dans la peinture, la sculpture et le vitrail, l’artiste construit les terrifiantes idoles que nous vénérons, à défaut de savoir ce qui nous attend au trépas. Quand la science décide de laisser de côté cette interrogation, l’art questionne l’apparente supériorité rationnelle de l’homme. Il représente, sur la toile ou à travers l’objectif de l’appareil photo, les exquises cruautés dont le genre humain se montre capable. Penser est un processus complexe, plein de contradictions. Il n’est pas toujours évident de le montrer sous un jour positif. Si les standards de la science nous échappent –lisibilité, reproductibilité, prévision–, nous retournons à la poésie.

Je ne veux pas dire par cela que l’art est un refuge esthétique, une vulgaire parure contre les injustices de la réalité. À moins de tenter de concurrencer Oscar Wilde, on peut difficilement vivre suivant la vertu de la beauté. Celle-ci s’inscrit dans un discours plus vaste, à la fois circonstanciel et fluide. Imaginez si on utilisait un argumentaire aussi étroit dans d’autres disciplines: on pourrait dire de Charles Darwin qu’il ne vaut rien parce que ses enfants étaient consanguins.

L’appréciation esthétique d’une œuvre peut dépasser le savoir-faire technique de la mimesis, l’imitation de la réalité. Elle se mesure aussi au potentiel d’évocation, c’est-à-dire qu’elle permet au visiteur d’associer ses souvenirs et ses connaissances à l’œuvre proposée. Au fur et à mesure que l’on comprend davantage les procédés plastiques menant à la création, on accède plus concrètement à l’expérience du sublime, à cette frontière subtile entre la matière et l’idée, entre le jeu de l’acteur et soi, entre l’accumulation de mots et l’échafaudage d’une fiction.

Comment peut-on envisager le discours d’une œuvre d’art dans un milieu contemporain? Je suggère qu’on le fasse dans une optique de remise en question radicale. Comme dans plusieurs autres sphères du savoir, il est tentant de s’appuyer fermement sur les acquis du passé pour progresser modestement. En le ratissant, on obtient une meilleure vue d’ensemble et on évite de répéter les mêmes erreurs. Vénérer les disparus est la voie de la facilité –il faut aller jusqu’au bout et procéder au questionnement.

Cela est d’autant plus difficile dans le contexte de l’art dans la mesure où sa voie de diffusion principale est le musée. Qu’est-ce qu’un musée, sinon un réceptacle d’artefacts du passé, un sanctuaire aux lumières tamisées dans lequel on recrée le passé, l’histoire naturelle ou le brouhaha de l’atelier? Le questionnement devient une sortie. C’est pourquoi des artistes comme BGL ou Jean-Pierre Gauthier transforment le musée en un labyrinthe où ils installent des sculptures qui se trémoussent et attaquent le visiteur.

Être artiste, maintenant, c’est se balancer entre l’expertise matérielle et la connaissance de l’histoire de l’art, en multipliant les contaminations entre plusieurs disciplines. Je connais peu de créateurs qui s’inscrivent strictement dans la tradition des beaux-arts. Les œuvres d’aujourd’hui mesurent les déterminismes physiques de la perception pour mieux s’en échapper. D’autres, comme les frères Chapman, s’appuient sur d’anciennes créations (les gravures horrifiantes de Goya) pour y adjoindre une dimension critique. Pour souligner la célébration sadique des illustrations originales, ils y ajoutent des personnages ludiques et enfantins. Une œuvre réussie engendre la conversation –non seulement dans le milieu de l’art, mais aussi entre les visiteurs, qui comparent leurs interprétations, partagent leurs réflexions, leurs souvenirs.

La vie est laide. Mais si on la remet en question et la décortique, on peut peut-être en rire un peu, et en ressortir plus libre.

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Confit de Délit http://www.delitfrancais.com/archives/209 http://www.delitfrancais.com/archives/209#comments Tue, 08 Apr 2008 05:00:22 +0000 redaction http://www.delitfrancais.com/archives/209 Le Délit proposait la semaine dernière un sondage permettant à ses lecteurs assidus ou occasionnels d’exprimer leur opinion sur la publication. Lors du traditionnel Délit-party, le conseil de rédaction a accepté de se prêter au même exercice. Soucieux de donner une voix aux marginaux, Le Délit publie ici les réponses de son lecteur collectif le plus fidèle.]]> Le Délit (L.D.): Qui êtes-vous?
Conseil de rédaction (C.R.): Je suis une dizaine de McGillois, provenant de la Faculté des arts, des sciences, des arts et des sciences, de droit, d’éducation continue. Je suis aussi en rédaction de mémoire de l’autre côté de la montagne.

L.D.: À quel genre vous identifiez-vous?
C.R.: Je suis pas mal 50-50, mais le masculin sera utilisé pour alléger le texte.

L.D.: Quel est votre âge?
C.R.: J’ai de 19 à 26 ans, donc disons 22 pour faire simple.

L.D.: D’où venez-vous?
C.R.: Je suis majoritairement Québécois, mais aussi Français et Suisse. Je suis né dans la vieille capitale, entre Wickham, Rivière-du-Loup et Val-David. J’ai un chalet à St-Louis-du-Ha! Ha!, mais c’est un peu loin, donc je magasine un condo dans NDG.

L.D.: Comment qualifieriez-vous votre niveau en français?
C.R.: Sans vouloir me vanter, je dirais «élite». En plus, cette année, la surqualification de la correctrice m’a maintenu sous haute surveillance.

L.D.: Êtes-vous bilingue français/anglais?
C.R.: Je n’ai pas vraiment eu le choix en entrant à McGill. Dans mes temps libres, je parle aussi espagnol, allemand, russe, chinois (mandarin et cantonais), japonais et joual.

L.D.: À quelle fréquence consultez-vous vos comptes courriels du Délit?
C.R .: Le dimanche, je les reçois par intraveineuse. Le reste de la semaine, j’essaie de me limiter à six ou sept fois par jour.

L.D.: Aimeriez-vous prendre votre copie du Délit dans un endroit où il n’est pas distribué présentement? Si oui, lequel?
C.R.: Oui, j’aimerais bien voir Le Délit distribué à l’Université de Montréal. Des présentoirs dans les toilettes pourraient aussi être agréables.

L.D.: De quel sujet n’a-t-on pas assez parlé cette année?
C.R.: J’aurais aimé fouiller plus en profondeur les services alimentaires de McGill. La durabilité et l’ASSÉ ont aussi été un peu négligées. Du côté de la culture, je suis déçu que ma brève incursion dans le monde de la mode féminine n’ait pas engendré une série d’articles sur cet univers fascinant.

L.D.: Quelle entrevue avez-vous préférée?
C.R.: C’est sûr que si Fred Burrill n’existait pas, GRASPÉ devrait l’inventer. Je garde aussi d’excellents souvenirs de l’entrevue téléphonique avec James DiSalvio (du groupe Bran Van 3000) en direct de New York (et pas de L.A., quoiqu’on l’ait beaucoup chanté).

L.D.: Quelle est votre traduction mcgilloise favorite?
C.R.: L’acronyme anglophone QPIRG gagne beaucoup d’élégance en étant remplacé par son pendant francophone GRIPQ. J’attends toujours impatiemment les publicités d’Élections McGill, à qui j’ai donné des cours de français toute l’année.

L.D.: Quel est le meilleur «depuis 1977»?
C.R.: Je les aime tous, je ne peux pas choisir. Ceux qui impliquent ma famille ont une place à part dans mon cœur, mais Le Délice, numéro spécial de la Saint-Valentin, en contenait aussi une collection savoureuse. Celui en japonais était pas mal non plus. Pour ceux qui ne lisent pas couramment le japonais, ça disait simplement: «On est fatigués depuis 1977».

L.D.: Quelle fut la plus belle couverture du Délit cette année?
C.R.: La couverture du spécial Russie a fait la quasi-unanimité, tellement qu’on n’a pas osé changer cette formule gagnante pour le spécial Asie.

L.D.: Avez-vous des obsessions cachées?
C.R.: Il serait peut-être temps de laisser ma mère tranquille. On pourrait penser que je suis encore pris avec un complexe d’Œdipe. Œdipe était-il multiculturel?

L.D.: Quelle amélioration apporteriez-vous au journal?
C.R.: Je pense que la mort du Kulturkalender, mis à part nous avoir fait beaucoup danser, a entraîné une diminution radicale de l’assistance aux concerts classiques de la Faculté de musique. Pour améliorer l’aspect visuel du Délit, la couverture devrait contenir plus de texte. On aurait enfin l’air d’un vrai journal sérieux. Je pense que ça pourrait se faire avec simplicité et élégance. Mon fantasme ultime serait de mettre les titres en Comic Sans MS, mais je vais me retenir.

L.D.: Quel sujet auriez-vous aimé couvrir?
C.R.: J’aimerais beaucoup faire une entrevue avec Carla Bruni. Ça pourrait s’intituler «Est-ce que quelqu’un lui a dit qu’il est con?». Tant qu’à faire dans le potin, je pense qu’il serait temps de révéler les détails de la liaison secrète posthume entre ma mère multiculturelle et Pierre Elliot Trudeau. Sinon, je trouve que j’ai peu parlé de Denise Bombardier pour tout le «chialage» que ses chroniques ont provoqué lors des séances de production.

L.D.: Du côté des collaborateurs, qui mérite un mention spéciale?
C.R.: C’est sûr que M. Vacuité et Mme Je-d-d-d-anse-dans-ma-tête nous manquent, mais on a quand même déniché quelques perles rares. Lawrence tient d’ailleurs à remercier personnellement toutes les collaboratrices (non, pas les collaborateurs) en Culture. Ramzi El-Fakhri a été nommé employé du mois à vie et Guillaume Dutil a reçu le trophée du joueur le plus utile à son équipe. Le prix Kofi Annan a été remis à Stéphanie Dufresne, alors que Laurence Bich-Carrière a remporté la palme dans la catégorie collabo-le-plus-souvent-oubliée-dans-le-cartouche.

L.D.: Avez-vous quelque chose à ajouter?
C.R.: Ouate de phoque.

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Vers et compostage http://www.delitfrancais.com/archives/211 http://www.delitfrancais.com/archives/211#comments Tue, 08 Apr 2008 05:00:19 +0000 redaction http://www.delitfrancais.com/archives/211 Des vers de terre? Non, des Eisenia foetida, aussi connus sous le nom de vers rouges de fumier. Ce sont de petits organismes qui pourraient vous aider à diminuer du tiers la masse de vos déchets, en plus de produire un fertilisant de grande qualité. Vous êtes intéressés?

Il suffit de se procurer 500 grammes de vers rouges et un bac de la grosseur d’une boîte de 500 feuilles. Installez les vers confortablement: gravier, sable, papier journal. Le bac peut aller sous le lavabo, au pied de votre lit…

«Et la meilleure façon d’empêcher les vers de s’échapper?», me demanderez-vous, horrifiés à l’idée que ces bêtes gluantes envahissent votre demeure. Si vous vous en occupez correctement, ils ne s’enfuiront pas! Par exemple, pour les satisfaire, vous devez toujours leur donner de petits morceaux de nourriture. Un ver rouge est nettement plus petit –et moins gluant– qu’un ver de terre. Votre population de vers ne sera pas contente de voir atterrir dans son habitat une énorme pelure de banane que vous n’auriez pas préalablement découpée en plusieurs morceaux.

Si vos vers vivent dans des conditions favorables, ils vont joyeusement s’attaquer à cette nourriture dont vous ne vouliez pas, tout en laissant derrière eux leurs déjections, aussi appelées «vermicompost». Soyez rassurés: le compost sent la bonne terre humide.

C’est généralement à ce moment qu’on m’interrompt: «Beurk, ça va attirer les mouches!». En effet! Sauf si vous prenez soin de couvrir le contenu du bac avec du papier journal. Les mouches ne seront pas capables de le soulever pour aller voler la nourriture de vos vers. J’entends aussi souvent cette excuse: «Je n’ai pas de place pour un bac de la grosseur d’une boîte de 500 feuilles dans mon appartement». Admettons que vous êtes vraiment à l’étroit dans votre demeure –ou, tout simplement, que l’idée d’adopter des vers ne vous enchante pas autant que moi. Dans ce cas, il vous reste tout de même une option si vous souhaitez éviter le gaspillage des déchets organiques!

Le groupe Compostage Gorilla de McGill recueille à l’automne les restants de fruits et de légumes crus des étudiants et les utilise pour faire du compostage extérieur. Il ramasse un tas de déchets végétaux et le recouvre de feuilles mortes. Des micro-organismes et autres «bibittes» viennent ensuite directement de la terre pour s’attaquer aux déchets et transforment le tout en compost. Votre contribution: un petit sceau qui ferme bien, caché dans une armoire de cuisine, et qu’il faut trimballer jusqu’à McGill une fois par semaine pour qu’il soit vidé. Pendant l’été, vous pouvez également débuter un tas de compost sur votre terrain ou visiter l’Éco-quartier le plus près de chez vous.

Votre réelle contribution: une cure minceur pour nos dépotoirs et un coup de pouce aux populations de vers, actinomycètes, collemboles et autres larves de coléoptères. Tous ces organismes sont nécessaires à la bonne santé de la terre et de ce qui y pousse. Indirectement, ils contribuent aussi à votre propre santé et à celle des générations futures.

Pour plus de détails, consultez www.gorilla.mcgill.ca (Compostage Gorilla, en anglais seulement pour l’instant) ou www.ecoconso.be/article247.html

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Mon auberge suédoise http://www.delitfrancais.com/archives/204 http://www.delitfrancais.com/archives/204#comments Tue, 08 Apr 2008 05:00:11 +0000 redaction http://www.delitfrancais.com/archives/204 «On en a d’la chance, hein?»

Il n’y a pas bien longtemps, j’étais avec deux Belges et une Française. Nous étions tout écrasés et entassés comme des köttebullars (boulettes suédoises) sur mon lit IKEA à regarder L’Auberge espagnole. En fiers représentants de la francophonie, mais surtout en bons étudiants en échange, nous avions évidemment tous déjà apprécié l’histoire de cette auberge barcelonaise complètement sautée et de sa salade internationale savoureusement hétérogène. Nous en avions tous rêvé, de cette auberge, à la veille de notre trimestre à l’étranger.

Mais bon, vous vous en fichez certainement de nos accès de nostalgie. Par contre, si je vous dis que notre expérience est en train de dépasser toutes nos attentes, que notre réalité est encore plus extraordinaire qu’un film, ça, c’est différent. Parce qu’en général, on aime les histoires de films qui se passent vraiment. C’est le phénomène de l’«hollywoodisation».

Déjà, tout le monde sait qu’un échange n’a d’«académique» que le nom. Au niveau du baccalauréat, personne ne se soucie de ses résultats scolaires en terre étrangère. On part en échange pour voyager. On part pour faire une tonne de rencontres, pour tisser d’innombrables liens. On part pour se sentir grand dans sa tête, plus grand dans ses souliers. Ici, à Uppsala, nous avons pris la définition de l’étudiant en échange à bras le corps. Et Uppsala a fait le reste.

Nous sommes 400 étudiants étrangers arrivés en janvier. Une grande majorité d’entre nous sommes parqués dans un ghetto étudiant de douze immeubles, mélangés à une majorité de Suédois. Nous vivons dans un monde parallèle où l’on court d’étage en étage pour prévenir les autres de la prochaine «soirée-couloir», où le trafic de matelas, d’ustensiles de cuisine ou encore de produits alcoolisés anime le marché noir.

Dans notre auberge suédoise à nous, on discute, hurle, chante et danse autour d’une table ou dans une boîte de nuit dans toutes les langues possibles. Par respect pour le multiculturalisme, nous passons des heures à trinquer: «Skål, Prosst, Kippiss, Cheers…». Dans nos cours (plutôt rares), nos bases de comparaisons sont infinies. L’expérience est unique du fait que tous les étrangers sont concentrés dans les cours donnés en anglais; ça nous donne accès à un maximum de perspectives culturelles.

Pour rendre notre expérience encore plus extraordinaire, il y aussi le formidable facteur Europe, si précieux aux yeux des étudiants hors Union européenne. Au Canada, on peut faire 500 km et ne traverser que des champs de maïs. Ici, je vais traverser la Suède d’est en ouest ce week-end pour une ballade en voiture de cinq heures. Dans deux semaines, je prends l’avion pour 4$ et deux petites heures de vol pour aller visiter Berlin. De là, nous louerons une voiture et avalerons en un clin d’œil les 300 kilomètres qui nous sépareront de Prague. Tout ça en cinq petits jours coincés entre deux cours.

Aujourd’hui, j’ai peur. J’ai peur de la fin de mon échange. J’ai peur de retourner à Montréal –une ville que j’adore pourtant. Je ne veux pas sortir de ce monde si délicieux… Mais au final, toutes ces peurs me forcent à apprécier encore plus chaque moment passé en sol suédois. Mon film arrive bientôt à sa conclusion. Mais je ferai tout pour mettre une suite sur pied.

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http://www.delitfrancais.com/archives/220 http://www.delitfrancais.com/archives/220#comments Tue, 08 Apr 2008 05:00:08 +0000 redaction http://www.delitfrancais.com/archives/220 http://www.delitfrancais.com/wordpress/wp-content/uploads/2008/04/0408_cover.jpg

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Les chargés de cours de Concordia finissent le trimestre en grève http://www.delitfrancais.com/archives/215 http://www.delitfrancais.com/archives/215#comments Tue, 08 Apr 2008 05:00:04 +0000 redaction http://www.delitfrancais.com/archives/215 Le trimestre se termine donc sans résolution du conflit de travail et, à moins d’un improbable règlement demain, les syndiqués se prononceront jeudi ou vendredi sur de nouveaux moyens de pression. «On ne veut surtout pas faire de mal à nos étudiants», insiste Maria Peluso, présidente de l’APTPUC (CUPFA, en anglais) et chargée de cours en science politique. «C’est pour ça qu’on a attendu aussi longtemps», dit-elle en rappelant que ses membres sont sans contrat de travail depuis maintenant six ans et que le syndicat a voté à 97% en faveur d’un mandat de grève illimité depuis le mois d’octobre dernier.

Les chargés de cours avaient jusqu’ici évité de piqueter durant les heures de classe, de manière à importuner le moins possible les étudiants. Aujourd’hui mardi étant la dernière journée de cours du trimestre d’hiver, les seuls moyens de pression qui resteront aux enseignants sont ceux touchant les examens et la divulgation des notes finales. Aucune annulation d’examen ne semble prévue pour l’instant, mais Mme Peluso annonce déjà qu’après la journée de négociation prévue mercredi, le syndicat jugera s’il est opportun de retenir les notes finales.

La confiance ne règne pas
«Les administrateurs passent; ce sont des oiseaux de passage. Ils sont incompétents dans la gestion», lance la leader syndicale, qui évoque le jeu de chaise musicale en cours à la haute direction et les problèmes financiers de l’université. Visiblement désabusée face à l’intransigeance de son employeur, Mme Peluso se dit convaincue que l’administration n’appliquera pas la nouvelle convention, quel que soit son contenu.

«Ils s’en ‘foutent’! [Les négociateurs patronaux] arrivent en retard aux réunions, ils ne sont pas préparés, ils n’ont pas de temps pour nous. Après ça, ils s’en remettent à des mensonges et à des spins pour faire passer leur point de vue.» Mme Peluso souligne que l’administration concordienne est généralement plus prompte à délier les cordons de sa bourse pour ses avocats que pour ses employés.

Les chargés de cours de Concordia sont les moins bien payés du réseau universitaire québécois. Ils reçoivent 5500$ par cours, contre les 8000$ qu’offrira en 2010 l’UQÀM à ses chargés de cours. Ce salaire se mesure difficilement, selon eux, à la place importante qu’ils occupent dans l’enseignement: ils donnent 40% des cours offerts par Concordia.

L’APTPUC demande le maintien d’une limite du nombre d’étudiants par cours et l’équité du salaire et des conditions avec les chargés de cours des autres universités québécoises.

«[L’administration] retire des ‘négos’ des aspects qu’elle nous avait déjà accordés, comme la question du nombre limite d’étudiants par classe, qui était sur le point d’être résolue, et celle du droit de regard sur les «cours réservés», où l’université engage des enseignants spéciaux avec une entière discrétion sur leur salaire et leurs conditions», remarque Mme Peluso. À titre d’exemple, l’ex-premier ministre Bernard Landry avait reçu 35 000$ pour enseigner un cours à Concordia.

Appui réel mais fragile
Le mouvement de grève se poursuit jusqu’ici avec l’appui des associations étudiantes et de la CSN. L’exécutif de l’APTPUC se dit toutefois conscient que le soutien des étudiants pourrait se fragiliser si les moyens de pression en venaient à compromettre la remise des notes et des diplômes. Sa présidente se fie pour l’instant aux nombreuses démonstrations d’encouragement reçues par l’APTPUC la semaine dernière, alors que des étudiants sont venus joindre les lignes de piquetage.

Julie Delisle, U3 en design graphique, et Giuki Cael, étudiant étranger en génie mécanique, ne semblent pas s’inquiéter outre mesure des moyens de pression des chargés de cours et réitèrent leur appui à la grève. «S’il faut que ça bouge, ils doivent prendre les moyens qu’ils ont entre les mains», résume Julie Delisle, indiquant qu’elle rejoindra probablement les enseignants sur les lignes de piquetage cette semaine.

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