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	<title>Archives des Décodage - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Tue, 06 Oct 2026 21:43:37 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
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	<item>
		<title>« Tous les chemins mènent à Rome »</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/10/07/tous-les-chemins-menent-a-rome-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Joséphine Miton]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 Oct 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décodage]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[cuisine fantôme]]></category>
		<category><![CDATA[doordash]]></category>
		<category><![CDATA[hygiène]]></category>
		<category><![CDATA[restaurant]]></category>
		<category><![CDATA[uber eats]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Sur les applis de livraison, tous les noms mènent à la même cuisine. Au profit de qui?</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/10/07/tous-les-chemins-menent-a-rome-2/" data-wpel-link="internal">« Tous les chemins mènent à Rome »</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">D’où vient vraiment votre dernier repas commandé sur Uber Eats? Pas toujours du restaurant dont vous avez vu le logo. À l’hiver 2020, dans le centre-ville de Montréal, trois enseignes proposaient leurs plats sur l’application : Deville pour le burger, <a href="https://mikecohen.ca/2020/12/reuben-s-deli-steakhouse-makes-a-covid-19-comeback-for-take-out-and-delivery-via-deville/" data-type="link" data-id="https://mikecohen.ca/2020/12/reuben-s-deli-steakhouse-makes-a-covid-19-comeback-for-take-out-and-delivery-via-deville/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Reuben’s pour le <em>smoked meat</em></a> et <a href="https://themontrealeronline.com/2021/01/anton-james-returns-under-the-one-kitchen-format/" data-type="link" data-id="https://themontrealeronline.com/2021/01/anton-james-returns-under-the-one-kitchen-format/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Anton &amp; James pour la pizza</a>. Trois logos, trois menus, et une seule cuisine : celle de Deville, situé au 1425 rue Stanley. Reuben’s, deli tenu par la même famille <a href="https://mikecohen.ca/2020/12/reuben-s-deli-steakhouse-makes-a-covid-19-comeback-for-take-out-and-delivery-via-deville/" data-type="link" data-id="https://mikecohen.ca/2020/12/reuben-s-deli-steakhouse-makes-a-covid-19-comeback-for-take-out-and-delivery-via-deville/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">depuis plus de 40 ans</a>, n’avait pas rouvert sa salle; son nom restait sur l’application, mais ses sandwichs sortaient des fourneaux de Deville. Depuis, le deli a <a href="https://www.mtl.org/fr/quoi-faire/gastronomie/reuben-s-deli-steaks-desserts" data-type="link" data-id="https://www.mtl.org/fr/quoi-faire/gastronomie/reuben-s-deli-steaks-desserts" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rouvert</a> rue Sainte-Catherine, Anton &amp; James <a href="http://www.restomontreal.ca/resto/anton-james-montreal/2110/fr/" data-type="link" data-id="http://www.restomontreal.ca/resto/anton-james-montreal/2110/fr/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a fermé</a>, et Deville <a href="https://www.ubereats.com/ca-fr/store/deville-dinerbar/8_RVq4XAQMa0Xx6hxdeOAg" data-type="link" data-id="https://www.ubereats.com/ca-fr/store/deville-dinerbar/8_RVq4XAQMa0Xx6hxdeOAg" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">est toujours</a> au 1425 Stanley.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>« <em>Catfished by my sandwich</em> » </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un restaurant qui existe déjà, avec sa cuisine et ses cuisiniers, peut créer un deuxième nom, parfois un troisième, uniquement pour l’application. Pas de salle, pas d’enseigne dans la rue : un logo, un menu, quelques photos. On parle alors de marque virtuelle, ou de restaurant virtuel. Quand la cuisine elle-même n’a ni salle ni vitrine, c’est une <em>dark kitchen</em>, ou une « <a href="https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/26560782/cuisine-fantome" data-type="link" data-id="https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/26560782/cuisine-fantome" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">cuisine fantôme</a> » pour l’Office québécois de la langue française.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cas d’école nous vient des États-Unis. En 2020, une marque d’ailes de poulet baptisée <em>It’s Just Wings</em> apparaît sur DoorDash sans posséder le moindre établissement. Ses ailes sortent des cuisines d’un millier de Chili’s et de Maggiano’s, deux chaînes du même groupe, dont les noms <a href="https://www.restaurantbusinessonline.com/emerging-brands/chilis-adds-takeout-option-its-virtual-concept-its-just-wings" data-type="link" data-id="https://www.restaurantbusinessonline.com/emerging-brands/chilis-adds-takeout-option-its-virtual-concept-its-just-wings" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">n’apparaissent nulle part</a> sur l’application. Dès la première année, la marque atteint un rythme de ventes de <a href="https://www.restaurantdive.com/news/brinker-plans-more-off-premise-only-kitchens-virtual-brand-expansion/618304/" data-type="link" data-id="https://www.restaurantdive.com/news/brinker-plans-more-off-premise-only-kitchens-virtual-brand-expansion/618304/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">170 millions de dollars américains</a> par an. D’autres chaînes ont suivi, et certains clients finissent par s’en apercevoir. Un Américain, persuadé d’avoir commandé à un petit restaurant indépendant, a cherché l’adresse sur Yelp : elle menait à une chaîne bon marché. « <a href="https://www.nbcnews.com/data-graphics/virtual-restaurant-boom-uber-eats-data-rcna76532" data-type="link" data-id="https://www.nbcnews.com/data-graphics/virtual-restaurant-boom-uber-eats-data-rcna76532" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>J’ai l’impression de m’être fait catfisher par mon sandwich</em></a><em> (tdlr)</em> », a‑t-il confié à NBC News.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2023, NBC News a épluché les restaurants proposés sur Uber Eats à New York : plus d’une fiche sur cinq semblait être un restaurant virtuel. Le patron d’une pizzeria de Manhattan y gérait à lui seul plus de soixante marques. « <em>C’est le seul moyen de rester dans la course</em> », explique-t-il. À Montréal, <a href="https://tryduplika.com/" data-type="link" data-id="https://tryduplika.com/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’entreprise Duplika</a> vend aux restaurateurs des marques clés en main (ramen, fajitas, burgers) à cuisiner pendant les heures creuses, et dit travailler avec 47 restaurants au Québec et en Ontario. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cuisiner pour l’algorithme </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi un restaurant aurait-il besoin de trois noms? Parce que sur l’application, on ne cherche pas une adresse, on cherche une envie : burger, sushi, poulet frit… L’application répond par une liste de noms. Chaque nom supplémentaire ajoute une ligne à la liste, et une chance d’être choisi. Des chercheurs qui ont étudié plus de 13 000 cuisines fantômes en Chine résument ce paradoxe en une formule : « <a href="https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0969698926000469" data-type="link" data-id="https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0969698926000469" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>visibilité numérique, obscurité physique</em></a> ». </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les noms ont fini par saturer l’application elle-même. Dès 2023, Uber Eats <a href="https://www.nrn.com/delivery-takeout-solutions/uber-eats-has-already-removed-8000-virtual-restaurants-its-system-amid" data-type="link" data-id="https://www.nrn.com/delivery-takeout-solutions/uber-eats-has-already-removed-8000-virtual-restaurants-its-system-amid" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a retiré 8 000 restaurants virtuels</a> de sa plateforme et exigé, sur le marché américain, qu’une marque propose un menu différent à au moins 50 % de ceux des autres marques installées à la même adresse. Les grandes chaînes, elles, sont les mieux placées : selon une <a href="https://ideas.repec.org/a/inm/ormnsc/v71y2025i7p5788-5804.html" data-type="link" data-id="https://ideas.repec.org/a/inm/ormnsc/v71y2025i7p5788-5804.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">étude publiée en 2025</a>, les applications de livraison font progresser les ventes des chaînes de restauration rapide quatre fois plus que celles des restaurants indépendants. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette stratégie a plus de cinquante ans, et elle n’est pas née dans la restauration. En 1972, l’agence américaine de la concurrence, la <em>Federal Trade Commission</em> (FTC), <a href="https://www.quimbee.com/cases/in-the-matter-of-kellogg-co" data-type="link" data-id="https://www.quimbee.com/cases/in-the-matter-of-kellogg-co" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">poursuivait déjà les géants des céréales</a>, Kellogg’s en tête, les accusant de saturer de marques les rayons des supermarchés, ne laissant aucune place aux concurrents. La plainte a été classée dix ans plus tard, mais l’économiste Richard Schmalensee <a href="https://econpapers.repec.org/RePEc:rje:bellje:v:9:y:1978:i:autumn:p:305-327" data-type="link" data-id="https://econpapers.repec.org/RePEc:rje:bellje:v:9:y:1978:i:autumn:p:305-327" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">en avait décrit le mécanisme</a> : une industrie qui, plutôt que de baisser ses prix, multiplie les marques. La différence : chaque boîte de céréales porte le logo Kellogg’s; sur l’application, rien ne relie <em>It’s Just Wings</em> à Chili’s. Il a suffi que la chaîne propose de venir chercher les ailes sur place pour que le secret tombe : <a href="https://www.restaurantbusinessonline.com/emerging-brands/chilis-adds-takeout-option-its-virtual-concept-its-just-wings" data-type="link" data-id="https://www.restaurantbusinessonline.com/emerging-brands/chilis-adds-takeout-option-its-virtual-concept-its-just-wings" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">le client se retrouvait à pousser la porte d’un Chili’s</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>« <em>Un petit cercueil en inox</em> » </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Rien n’empêche une cuisine mal notée de fermer une marque et d’en ouvrir une autre, sans historique ni mauvais avis. Abhishek Nagaraj, professeur à Berkeley, pose la question dans NBC News : « <em>Si l’on fait disparaître un restaurant pour en lancer un nouveau sous un autre nom, que veulent encore dire l’identité et la réputation? </em>» Et sans aller jusque-là : quand un même restaurant se présente sous vingt noms, note <a href="https://www.fox13now.com/news/fox-13-investigates/virtual-restaurants-operating-out-of-nationwide-chains-under-different-names" data-type="link" data-id="https://www.fox13now.com/news/fox-13-investigates/virtual-restaurants-operating-out-of-nationwide-chains-under-different-names" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Thomas Gremillion</a>, de la <em>Consumer Federation of America</em>, une association de défense des consommateurs, les avis s’éparpillent et ne disent plus rien de la qualité ni de l’hygiène. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Si l’on fait disparaître un restaurant pour en lancer un nouveau sous un autre nom, que veulent encore dire l’identité et la réputation? »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Or, l’hygiène se contrôle toujours à une adresse. À Manhattan, NBC News a cherché neuf marques virtuelles installées à la même adresse dans la base du service sanitaire de la ville. Aucune n’y figurait, alors que la cuisine qui les préparait avait, elle, été épinglée pour des mouches et des nuisibles. À Montréal, la Ville publie la <a href="https://donnees.montreal.ca/dataset/inspection-aliments-contrevenants" data-type="link" data-id="https://donnees.montreal.ca/dataset/inspection-aliments-contrevenants" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">liste des établissements condamnés</a> pour une infraction à la Loi sur les produits alimentaires, dans un format conçu par Yelp. Ce format sert précisément à ce que les plateformes affichent les résultats d’inspection à côté de chaque restaurant. Mais le fichier ne connaît que deux noms : celui de l’établissement et celui de son exploitant. Aucun champ n’est prévu pour l’enseigne affichée sur l’application. Pour y retrouver quelque chose, il faut donc déjà connaître le nom que l’application ne montre pas. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Un cuisinier anonyme, employé dans une cuisine fantôme d’une zone industrielle anglaise, a raconté son quotidien à la revue <em><a href="https://notesfrombelow.org/article/cooking-behind-closed-doors-dark-kitchen-inquiry" data-type="link" data-id="https://notesfrombelow.org/article/cooking-behind-closed-doors-dark-kitchen-inquiry" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Notes From Below</a></em> : des commandes qui tombent sur des écrans, des notes qui mesurent sa vitesse, l’impression d’être enfermé dans « <em>un petit cercueil en inox</em> ». « <em>Tout passait par les ordinateurs et les données, plutôt que par de vraies interactions </em>», résume-t-il. Entre la cuisine et le client, il n’y a plus que l’écran. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Tables vides, écrans pleins </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Faut-il s’inquiéter de ce repas sans salle ni rencontre? <a href="https://www.worldhappiness.report/ed/2025/sharing-meals-with-others-how-sharing-meals-supports-happiness-and-social-connections/" data-type="link" data-id="https://www.worldhappiness.report/ed/2025/sharing-meals-with-others-how-sharing-meals-supports-happiness-and-social-connections/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Le <em>World Happiness Report </em>de 2025</a>, qui s’appuie sur des sondages menés dans 142 pays et territoires, montre que les gens qui partagent souvent leurs repas se disent plus heureux, et que cela compte autant qu’un bon revenu. Le restaurant a‑t-il pour autant déjà été le lieu de convivialité qu’on imagine? L’historienne <a href="https://www.rebeccalspang.org/invention-of-the-restaurant" data-type="link" data-id="https://www.rebeccalspang.org/invention-of-the-restaurant" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Rebecca Spang</a> rappelle qu’il a justement inventé, à Paris à la fin du XVIIIe siècle, les tables séparées et la carte individuelle, là où l’on mangeait jusque-là à la table d’hôte. Les cuisines fantômes n’ont donc rien inventé : elles ont simplement divisé le restaurant en deux sections distinctes – la cuisine qui produit et la salle qui réunit. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces marques peuvent très bien exister. Ce que le client ignore, c’est qui cuisine. Il suffirait d’ajouter, au nom de l’enseigne, celui de la cuisine qui la prépare, et aucune règle ne l’impose. Au Québec, <a href="http://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/document/lc/P-40.1?code=se:228" data-type="link" data-id="http://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/document/lc/P-40.1?code=se:228" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’article 228 de la Loi sur la protection du consommateur</a> interdit déjà à un commerçant de « passer sous silence un fait important ». Le nom de la cuisine, seul moyen de vérifier une inspection ou de retrouver de vrais avis, en est-il un?</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/10/07/tous-les-chemins-menent-a-rome-2/" data-wpel-link="internal">« Tous les chemins mènent à Rome »</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Une épidémie de solitude masculine, vraiment?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/30/une-epidemie-de-solitude-masculine-vraiment/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décodage]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[décodage]]></category>
		<category><![CDATA[incels]]></category>
		<category><![CDATA[Manosphère]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=61124</guid>

					<description><![CDATA[<p>La manosphère, vecteur de radicalisation.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/30/une-epidemie-de-solitude-masculine-vraiment/" data-wpel-link="internal">Une épidémie de solitude masculine, vraiment?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Une épidémie de solitude se serait abattue sur la population masculine… Le symptôme d’une crise identitaire au cœur d’une société où tout est sens dessus dessous, la faute aux féministes!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce phénomène purement médiatique a été popularisé en 2023, à la suite d’un <a href="https://wou.edu/westernhowl/the-male-loneliness-epidemic/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rapport</a> émis par le gouvernement américain alertant sur un recul généralisé des liens sociaux. Justifiée par des <a href="https://wou.edu/westernhowl/the-male-loneliness-epidemic/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">données sélectionnées</a> de manière tendancieuse, la « <em>Male Loneliness Epidemic</em> » s’apparente davantage à une panique morale qu’une réalité sociale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Foyer initial de l’épidémie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette vindicte populaire trouve son origine au sein de la manosphère, un nom pour le moins risible, on l’admettra, mais aux conséquences plus que fâcheuses. Point de départ et d’amplification de ces discours, la manosphère est un réseau informel de communautés poreuses et masculines réunies sous la même bannière pour parler de sujets typiquement « masculins ». Ces communautés en ligne se répartissent dans différents forums et réseaux sociaux, et peuvent s’identifier en allant du libertarisme jusqu’au <em>alt right</em> – mouvement politique informel d’extrême droite et de nationalisme blanc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les idées de ces communautés ont gagné en popularité, propulsant des influenceurs masculinistes sur le devant de la scène, avec Andrew Tate pour n’en citer qu’un. Ne se limitant pas à l’espace virtuel, ces discours sont aussi portés par la classe dirigeante, avec des oligarques comme <a href="https://www.vox.com/technology/2023/12/27/24011198/bezos-zuckerberg-musk-buff-mma-masculine&lt;" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Jeff Bezos ou Elon Musk</a> qui adhèrent massivement à cette esthétique d’hypermasculinité. Sous l’impulsion de Donald Trump, le parti républicain américain les a très rapidement intégrés pour <a href="https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/823317/virilisme-campagne-trump-convaincu-bien-jeunes-hommes" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">mobiliser un électorat</a> jeune et masculin, séduit par une rhétorique viriliste.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La manosphère : site de radicalisation</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La manosphère est devenue cet espace de confort et de valorisation pour de nombreux jeunes hommes isolés, aux sentiments de décalage ou de malhabileté sociale. Un espace de soutien, ou plutôt d’endoctrination : il mène fréquemment à la <a href="https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12351222/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">radicalisation</a> de ses internautes, nourris par des idées et dis cours nauséabonds, suintant la misogynie et le racisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les promoteurs de cette crise sont empreints de nostalgie. Nostalgie des rapports genrés, plus rigides et traditionnels; regret d’un temps où l’on reléguait les femmes et personnes racisées au rang de citoyen·ne·s de seconde zone… C’est qu’avec les différentes vagues de féminisme et l’autonomisation des femmes au sein de nos sociétés industrielles, nombreux sont ces hommes qui ont vu leur « dividendes patriarcaux » se déliter. Les dividendes patriarcaux, c’est l’ensemble des avantages économiques et sociaux obtenus collectivement par les hommes. Conceptualisés par la sociologue <a href="https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/14443058.2025.2476406" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Raewyn Connell</a>, il s’agit d’avantages structurels qui bénéficient avant tout aux hommes blancs, cisgenres et hétérosexuels. Que ces privilèges soient remis en cause au profit d’une société plus égalitaire, aux yeux des incels, c’est impardonnable.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Il y a effectivement une crise de solitude; seulement,<br>elle n’est ni nouvelle ni proprement masculine »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Ces incels (« <em>involuntary celibates</em> »), situés dans la branche alt-right de la manosphère, participent largement à la propagandisation de cette prétendue crise. L’apologie et la promotion d’actes préjudiciables au sein de cette communauté a ouvert la marche à de nombreux actes terroristes masculinistes : Elliot Rodger en est la figure de proue. Auteur du massacre d’Isla Vista, il a laissé derrière lui un manifeste, <em><a href="https://www.documentcloud.org/documents/1173808-elliot-rodger-manifesto/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">My Twister World</a></em>, devenu un texte fondateur au sein des milieux incels et masculinistes : « <em>Les femmes ne devraient pas avoir le droit de choisir leur partenaire. Ce choix devrait être fait à leur place par des hommes civilisés et intelligents (tldr).</em> »</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une crise non-genrée, une gestion genrée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais alors, que disent les chiffres de cette crise de solitude? La solitude des hommes a augmenté au cours de ces dernières années, c’est une certitude. Sont-ils pour autant plus seuls que les femmes? <em>Pew Research</em> le dément : <a href="https://www.pewresearch.org/social-trends/2025/01/16/men-women-and-social-connections/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">16 %</a> des Américain·e·s déclarent se sentir seul·e·s tout le temps ou la plupart du temps. C’est le cas de <a href="https://www.pewresearch.org/social-trends/2025/01/16/men-women-and-social-connections/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">16 %</a> des hommes et <a href="https://www.pewresearch.org/social-trends/2025/01/16/men-women-and-social-connections/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">15 %</a> des femmes. C’est lorsqu’on se penche sur la gestion de cette solitude que les proportions diffèrent d’un genre à l’autre : les femmes sont plus susceptibles de chercher du soutien auprès de proches ou de professionnels de la santé mentale – <a href="https://www.pewresearch.org/social-trends/2025/01/16/men-women-and-social-connections/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">22 %</a> des femmes contre <a href="https://www.pewresearch.org/social-trends/2025/01/16/men-women-and-social-connections/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">16 %</a> des hommes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les taux de suicides constituent, dans la manosphère, une preuve de mal-être dont les hommes auraient le seul monopole. Si les hommes demeurent surreprésentés dans les statistiques – environ <a href="https://cams-care.com/resources/educational-content/the-gender-paradox-of-suicide/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">76 %</a> des morts par suicide aux États-Unis chaque année –, on compte environ <a href="https://cams-care.com/resources/educational-content/the-gender-paradox-of-suicide/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">trois tentatives</a> de suicide chez les femmes pour chaque tentative chez les hommes. Des chiffres qui s’expliquent notamment par les <a href="https://cams-care.com/resources/educational-content/the-gender-paradox-of-suicide/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">méthodes utilisées.</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a effectivement une crise de solitude; seulement, elle n’est ni nouvelle ni proprement masculine. L’âge, l’origine sociale et ethnique ou encore la sexualité sont des facteurs plus déterminants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le constat d’une population en proie à la solitude devrait, plutôt que de nourrir des contenus problématiques, ouvrir la porte à la remise en question des normes de genre nocives : les hommes devraient s’autoriser aussi une vulnérabilité, un lien émotionnel, et chercher l’aide dont ils ont besoin. Reconnue comme une <a href="https://globalnews.ca/news/10095898/loneliness-global-public-health-concern-who/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">urgence sanitaire</a> internationale, la solitude a, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), des effets délétères : ce phénomène augmenterait le risque de démence, les accidents vasculaires cérébraux et les décès prématurés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si cette solitude généralisée présente un danger sanitaire sérieux, la panique morale autour de cette « épidémie » est tout aussi inquiétante : les idées relayées au sein de la manosphère ne restent plus cantonnées aux marges d’Internet. Elles sont désormais largement diffusées, atteignant une démographie masculine plus jeune, plus susceptible donc de voter pour des partis d’extrême droite que des femmes dans la même tranche d’âge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En ayant autant de prise sur les discours médiatiques, les milieux masculinistes sont capables d’influencer la culture populaire pour le pire. Et quand les plus hautes sphères de pouvoir s’en emparent, elles ne peuvent que servir et exacerber un <a href="https://academic.oup.com/sp/advance-article/doi/10.1093/sp/jxag012/8671579" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">retour de bâton</a>, conduisant fatalement au recul des droits des minorités.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/30/une-epidemie-de-solitude-masculine-vraiment/" data-wpel-link="internal">Une épidémie de solitude masculine, vraiment?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Votre argent dort peut-être chez Revenu Québec</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/30/votre-argent-dort-peut-etre-chez-revenu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Joséphine Miton]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décodage]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[finances]]></category>
		<category><![CDATA[Premières Nations]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<category><![CDATA[Réclamations]]></category>
		<category><![CDATA[Revenu Québec]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=61134</guid>

					<description><![CDATA[<p>Un registre public et gratuit recense plus de 400 millions de dollars non réclamés.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/30/votre-argent-dort-peut-etre-chez-revenu/" data-wpel-link="internal">Votre argent dort peut-être chez Revenu Québec</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Quelque part dans les serveurs de Revenu Québec dorment <a href="https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/1858057/registre-biens-non-reclames-autochtones-barriere-langue" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plus de 400 millions de dollars</a>. Cette somme n’a rien d’anonyme : elle réunit une ancienne paie, un compte bancaire oublié, un héritage jamais réclamé… Toujours en attente de ses bénéficiaires, elle vaut le budget annuel de Trois-Rivières (<a href="https://www.v3r.net/wp-content/uploads/2025/12/Communique-Budget2026.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">401,6 millions de dollars</a> en 2026). Le <a href="https://www.revenuquebec.ca/fr/biens-non-reclames/rechercher/registre-des-biens-non-reclames/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">registre existe</a>, il est public, on peut le consulter sans compte ni mot de passe.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son <a href="https://portail-assurance.ca/article/produits-financiers-non-reclames-quebec-compte-rapatrier-1-g/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">budget 2021–2022</a>, Québec prévoyait rapatrier dans ses coffres un milliard de dollars en produits financiers non réclamés, alors encore détenus par les banques et les assureurs. Sur ce milliard, le gouvernement estimait que 450 millions seraient réclamés par leurs détenteurs au cours des cinq années suivantes. En droit, cet argent n’est pas perdu, puisqu’il reste rattaché à son propriétaire, identifié par un nom et parfois une adresse. Pourquoi une telle somme demeure-t-elle non réclamée? Et pourquoi certaines personnes ont-elles nettement moins de chances de récupérer leur argent que d’autres?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un mécanisme vieux de vingt-sept ans</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La <a href="https://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/document/lc/B-5.1" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Loi sur les biens non réclamés</a> existe depuis 1999 (modernisée en 2011, RLRQ c. B‑5.1). Une banque, un employeur, un assureur ou une succession qui détient un bien inactif depuis trois ans doit le remettre à Revenu Québec plutôt que de le garder indéfiniment. Concrètement, cela touche un compte bancaire oublié après un déménagement, un chèque de paie jamais encaissé, le contenu d’un coffre-fort dont le loyer n’est plus payé, ou une police d’assurance-vie dont personne n’a réclamé le capital.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« En centralisant ces sommes dans un registre unique, </p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Revenu Québec joue le rôle qu’on attend d’un bon gardien »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Une fois transférés à Revenu Québec, ces actifs sont inscrits au registre public des biens non réclamés. L’organisme tente alors d’en retrouver les propriétaires, sans toutefois y être tenu : la responsabilité de réclamer les sommes revient d’abord aux titulaires. Les biens de moins de 500 $ peuvent encore être réclamés pendant une période de dix ans. Ensuite, ils sont liquidés et <a href="https://www.revenuquebec.ca/fr/biens-non-reclames/sinformer/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">versés au Fonds des générations,</a> mis en place en 2006 pour réduire la dette publique du Québec. Les biens de 500 $ et plus, quant à eux, demeurent réclamables sans limite de temps – encore faut-il que leurs propriétaires sachent qu’ils existent. Récupérer son bien a un prix : pour un produit financier, <a href="https://www.revenuquebec.ca/fr/biens-non-reclames/sinformer/delais-et-honoraires-relatifs-aux-biens-non-reclames/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Revenu Québec retient 10 % de sa valeur</a>, jusqu’à concurrence de 1 211 $, avec un minimum de 60$ en 2026–2027.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’autres administrations appliquent un mécanisme semblable. Une étude sur la gestion des biens non réclamés par les gouvernements d’États américains parle même d’un « <em><a href="https://www.emerald.com/insight/content/doi/10.1108/jpbafm-03-2018-001/full/html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">trésor caché</a></em> » pour les finances publiques. Une logique comparable est à l’œuvre au Québec. L’État agit à la fois comme gardien et bénéficiaire de ces avoirs : il prélève des frais lorsqu’un bien est réclamé et conserve les sommes de moins de 500 $ qui demeurent sans propriétaire après dix ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’État, ce bon gardien</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, la lecture officielle est celle d’un État prudent. Sans cette loi, l’argent disparaîtrait : les banques n’ont aucune obligation de retrouver des héritiers, les successions se perdent dans les méandres administratifs. En centralisant ces sommes dans un registre unique, Revenu Québec joue le rôle qu’on attend d’un bon gardien. Sans ce registre, retrouver un compte oublié pourrait exiger de communiquer individuellement avec chaque banque ou employeur du Québec, une démarche pratiquement impossible pour un particulier. <a href="https://www.blakes.com/fr-ca/perspectives/introduction-a-la-legislation-canadienne-sur-les-biens-non-reclames/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Cinq provinces canadiennes sont arrivées à la même conclusion</a> et ont adopté une loi du même genre, dont la Colombie-Britannique depuis 1999 et l’Alberta depuis 2008.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Ontario, à l’inverse, a fait un choix différent. La province ne possède toujours pas de régime général sur les biens non réclamés. Une consultation publique lancée en 2012 n’a jamais abouti à l’adoption d’un projet de loi, tandis que l’<em><a href="https://www.canlii.org/en/on/laws/stat/so-2015-c-38-sch-4/latest/so-2015-c-38-sch-4.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Escheats Act</a></em> de 2015 n’impose aux détenteurs aucune obligation de remise ni d’avis. Hors des comptes bancaires, <a href="https://www.canada.ca/fr/agence-consommation-matiere-financiere/services/activites-bancaires/soldes-non-reclames.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">qui relèvent d’une règle fédérale,</a> les sommes restent donc dans les coffres de leurs détenteurs, sans qu’aucun mécanisme ne garantisse que leurs propriétaires en soient informés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Contrairement à son voisin ontarien, le Québec a choisi d’imposer un registre public accessible à partir d’un simple nom. Tant qu’un bien est réclamable, le droit de le récupérer ne s’éteint jamais. Vu sous cet angle, le système n’est pas conçu pour dépouiller qui que ce soit. Il vise à empêcher que l’argent s’évapore dans les failles du secteur privé. Un assureur qui ne retrouve pas le bénéficiaire, un employeur qui ferme ses portes, un dossier jamais numérisé : sans cette loi, cet argent aurait fini par disparaître pour de bon, sans laisser de trace.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une égalité de façade?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Canada dans son ensemble, Banque du Canada et provinces confondues, détient collectivement plus d’un milliard de dollars en biens non réclamés. Une étude publiée en 2025 dans le <em><a href="https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0047272725001471" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Journal of Public Economics</a></em>, menée par les économistes Alejandro Zentner et Justin Holz auprès d’environ 100 000 titulaires de biens non réclamés au Texas, montre que le taux de réclamation spontané plafonne à environ 1 %. Cette moyenne cache un écart racial marqué : les propriétaires hispaniques ont 64 % moins de chances de réclamer leur bien que les propriétaires blancs. Même lorsqu’ils reçoivent une lettre expliquant comment récupérer l’argent, l’écart persiste : 49 % des visiteurs blancs du site réclament finalement leur argent, contre seulement 26 % des visiteurs hispaniques. La difficulté ne se limite donc pas à « ne pas savoir » : elle touche aussi les documents à fournir et la confiance envers l’institution. Rien n’indique que l’écart soit identique au Québec : c’est le mécanisme, et non la mesure, qui se transpose. Les professeurs de politique publique Pamela Herd et Donald Moynihan, de l’Université du Michigan, ont nommé cela le «<a href="https://www.jstor.org/stable/10.7758/9781610448789" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"> <em>fardeau administratif</em> </a>». C’est un coût invisible, fait de temps, de tracasseries et parfois d’humiliation, que certains portent seuls.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’héritage qui coûte cher</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus de 600 000 $ appartenant à des membres de la Nation crie dorment dans le registre de Revenu Québec, selon une enquête de Radio Canada. Plusieurs familles cries ne rédigent pas de testament selon les pratiques que présuppose le droit civil québécois, ce qui complique la reconnaissance des héritiers. Le registre lui-même soulève certaines limites. Les avis sont publiés presque exclusivement en français, dans la Gazette officielle du Québec, alors que le français n’est pas la langue de nombreux Cris. Jonathan Kitchen et ses cinq frères et sœurs tentent de réclamer 63 000 $ laissés par leur père, mort en 2005 sans testament. Leur démarche demeure toutefois bloquée à l’étape de départ : ils doivent d’abord réunir les certificats de naissance des six enfants, aujourd’hui dispersés à travers le Québec. Selon Jonathan, le gouvernement devrait contacter les familles directement plutôt que de publier une liste que personne ne consulte. Madeleine Kawapit, pour sa part, n’a découvert l’existence des 15 000 $ qui lui revenaient qu’après avoir été contactée par des journalistes de CBC. Revenu Québec ne lui en a jamais fait part. Dans chacun des deux cas, les frais déjà déduits de la succession s’élèvent à 1 254,38 $, prélevés à même l’argent que les familles tentent de récupérer.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Une étude sur la gestion des biens non réclamés par les gouvernements d’État américains parle même d’un «&nbsp;trésor caché&nbsp;» pour les finances publiques »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Les Cris ne sont qu’un exemple parmi d’autres. Pensons aux personnes âgées peu à l’aise avec les outils numériques : elles doivent d’abord parvenir à naviguer sur un site gouvernemental avant même de découvrir qu’un bien leur appartient. Un nouvel arrivant dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais se heurte au même obstacle, puisque le registre et ses avis sont presque exclusivement publiés en français. Puis vient l’étape de la réclamation elle-même, qui exige de rassembler des preuves et documents. Naviguer sur un site gouvernemental, franchir la barrière de la langue, rassembler des documents : ce sont exactement les obstacles qui ont ralenti la réclamation des Kitchen et des Kawapit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans l’<a href="https://www.rsfjournal.org/content/rsfjss/9/5/1.full.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">introduction d’un numéro spécial</a> paru en 2023, Herd et Moynihan soutiennent que ceux qui subissent ces frictions, délibérées ou non, finissent par perdre confiance dans l’État. Qu’on y voie la prudence d’un bon gardien ou un fardeau administratif, le résultat est le même pour ceux qui n’ont pas les moyens de réclamer : leur argent reste hors de portée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/30/votre-argent-dort-peut-etre-chez-revenu/" data-wpel-link="internal">Votre argent dort peut-être chez Revenu Québec</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Le « self-care » : qui valide votre repos?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/le-self-care-qui-valide-votre-repos/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Joséphine Miton]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décodage]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[décodage]]></category>
		<category><![CDATA[repos]]></category>
		<category><![CDATA[self-care]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=61011</guid>

					<description><![CDATA[<p>Tour à tour billet médical, arme politique et conseil d'employeur. </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/le-self-care-qui-valide-votre-repos/" data-wpel-link="internal">Le « self-care » : qui valide votre repos?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Rester couché toute une journée, rideaux tirés, le téléphone à la main, porte désormais un nom : le <em><a href="https://www.today.com/health/news/bed-rotting-rcna108074" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">bed rotting</a></em>. Le site américain <em>TODAY</em> le range parmi les gestes de <em>self-care</em> et convoque cinq cliniciens pour dire comment s’y prendre sans risque. Une médecin y voit un « <em>self-care moment</em> », pas plus d’une demi-journée. Interrogés sur le risque, ils fixent au passage la dose qui fait d’une journée au lit un soin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot désigne pourtant, à l’<a href="https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/26574730/prise-en-charge-de-soi" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Office québécois de la langue française</a> comme à l’<a href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK582359/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Organisation mondiale de la Santé</a>, la pratique par laquelle « une personne identifie ses besoins », « avec ou sans le soutien d’un professionnel ». La décision revient donc à celle qui se repose. Ici, ce sont cinq professionnels qui fixent les conditions. Chaque emploi du mot pose la même question : qui décide de ce qui compte comme repos légitime? Hier, le médecin; aujourd’hui, les objets connectés, l’employeur et l’État : jamais la personne fatiguée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le rôle de malade</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1873, le neurologue Silas Weir Mitchell met au point la <em><a href="https://branchcollective.org/?ps_articles=anne-stiles-the-rest-cure-1873-1925" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rest cure</a></em>, prescrite contre la neurasthénie – un épuisement nerveux alors diagnostiqué presque exclusivement chez des femmes. Pour elles : six semaines au lit, interdiction de lire et d’écrire. Selon le diagnostic, leur fatigue vient de leurs nerfs, pas des conditions dans lesquelles elles vivent. Ce qu’elles en disent ne compte pas. Le remède suit; Mitchell n’autorise pas seulement le repos, il en dicte les modalités. À <a href="https://hekint.org/2023/12/28/charlotte-gilman-weir-mitchell-and-the-yellow-wallpaper/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Charlotte Perkins Gilman</a>, il interdit précisément ce qui était son métier : écrire. L’écrivaine affirmera plus tard avoir retrouvé son équilibre en s’y remettant. De cette expérience naîtra <em><a href="https://theconversation.com/the-yellow-wallpaper-a-19th-century-short-story-of-nervous-exhaustion-and-the-perils-of-womens-rest-cures-92302" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">The Yellow Wallpaper</a></em>, une nouvelle dans laquelle une femme soumise à la même cure sombre progressivement dans la folie. Gilman n’était pourtant pas habilitée à dire ce dont elle avait besoin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’était pas une dérive isolée, mais une règle, que <a href="https://kar.kent.ac.uk/62743/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Talcott Parsons</a> nommera en 1951 : le « <em>rôle de malade</em> ». Se retirer de ses obligations est permis, à condition de chercher à guérir et de s’en remettre à l’autorité d’un professionnel reconnu. À une autre échelle, cette logique persiste : pour reporter un examen, il faut un billet du médecin.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’auto-préservation</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1975, Ivan Illich, penseur critique des institutions, publie <a href="https://archive.org/details/medicalnemesisex00illi" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Némésis médicale</em> : <em>l’expropriation de la santé</em></a>. Il reproche à la médecine, non de s’être trompée, mais d’avoir <a href="https://bjgp.org/content/75/750/26" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">confisqué aux familles</a> ce qu’elles savaient faire. Le <em>self-care</em> consiste alors à prendre en charge ensemble ce que l’institution néglige. Dès 1968, le Black Panther Party ouvre <a href="https://blackpast.org/african-american-history/black-panther-partys-free-medical-clinics-1969-1975/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">treize cliniques gratuites</a> dans les quartiers noirs de Chicago, Seattle ou Kansas City, et y dépiste la drépanocytose, maladie du sang fréquente chez les personnes d’origine africaine. <a href="https://www.presidency.ucsb.edu/documents/statement-signing-the-national-sickle-cell-anemia-control-act" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Washington</a> ne la finance qu’en 1972, après les cliniques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les mêmes années voient des groupes de femmes s’organiser hors de l’institution médicale et publier dès 1970 leur propre manuel de santé, devenu <em><a href="https://ourbodiesourselves.org/history-legacy" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Our Bodies, Ourselves</a></em>, écrit à partir de leurs propres expériences. Médical à l’origine, le mot devient politique : se soigner sans autorisation. En 1988, la poétesse et féministe noire <a href="https://archive.org/details/burstoflightessa00lord" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Audre Lorde</a>, alors atteinte d’un cancer, écrit : « <em>Prendre soin de moi n’est pas de la complaisance, c’est de l’auto-préservation, et c’est un acte de guerre politique. (tdlr)</em> » On cite abondamment cette phrase, toutefois <a href="https://english.ucla.edu/wp-content/uploads/Schalk-and-Kim_Reclaiming-the-Radical-Politics-of-SelfCare_SAQ-2021.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rarement avec ce qui l’entoure : la maladie</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La chercheuse <a href="https://feministkilljoys.com/2014/08/25/selfcare-as-warfare/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Sara Ahmed</a> distingue deux groupes, ceux dont on prend soin et celles dont on attend qu’elles prennent soin des autres, une charge qu’elle décrit comme revenant d’abord aux femmes. Dans son analyse, Lorde appartient d’office au second groupe, et la maladie ne l’en fait pas sortir. Prendre soin d’elle-même revenait donc à quitter ce rôle, et à s’exposer au reproche d’égoïsme. D’où la justification qui ouvre sa phrase – ce n’est pas de la complaisance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le <em>soi quantifié</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le médecin signe toujours les dispenses, mais un second juge s’y est ajouté, qui n’exempte de rien et note tout. Il tient dans un objet qu’on achète et dans une routine qu’on filme, une suite d’étapes à exécuter et à montrer – le « <em><a href="https://www.stylist.co.uk/fitness-health/wellbeing/sunday-reset-trend-how-to-create-a-routine/687148" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sunday reset</a></em> », un dimanche passé à remettre la semaine en ordre; la « <em><a href="https://knowledge.uchicago.edu/record/5989?ln=en" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">that girl</a></em> », levée à cinq heures. Le <em><a href="https://www.nationalgeographic.com/science/article/does-sleepmaxxing-work" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sleepmaxxing</a></em> en est la version chiffrée : ruban adhésif sur la bouche, score de sommeil affiché au réveil par une bague. Une routine a des étapes, et des étapes s’exécutent bien ou mal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, le billet du médecin et le score de la bague ne disent pas la même chose. Le billet atteste qu’on est inapte, dispense d’un examen ou d’une journée, et engage le professionnel qui le signe. Le score ne dispense de rien et n’engage personne : la norme qu’il applique est fixée par un fabricant, pas par une profession. En 2017, des cliniciens du sommeil se demandent si le <em><a href="https://jcsm.aasm.org/doi/10.5664/jcsm.6472" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">soi quantifié</a></em> ne va pas trop loin. Ils nomment orthosomnie, la quête du sommeil parfait qu’entretiennent ces appareils : des patients consultent pour un trouble lu sur leurs courbes, qu’ils tiennent pour plus fidèles que les examens validés. Le score ne remplace donc pas le billet; il en fabrique la demande. La médecine se retrouve ainsi à arbitrer un verdict qu’elle n’a pas rendu.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le repos au service du rendement</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Une tribune du <em>Huffington Post</em>, en 2017 : « <em><a href="https://www.huffpost.com/entry/want-more-productive-employees-encourage-self-care_b_58a3763be4b0e172783aa19e" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Want More Productive Employees? Encourage Self-Care</a></em> ». Sept ans plus tard, une <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/irj.12418" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">étude</a> portant sur 46 336 salariés de 233 organisations britanniques constate que ces dispositifs – méditation, gestion du stress ou applications –, n’améliorent pas le bien-être de ceux qui les suivent. Le conseil survit à sa réfutation, et le terme est devenu, écrivent les universitaires <a href="http://read.dukeupress.edu/south-atlantic-quarterly/article-abstract/120/2/325/173307/Reclaiming-the-Radical-Politics-of-Self-CareA-Crip" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Jina B. Kim et Sami Schalk</a>, « <em>inextricable des impératifs du travail et de la productivité</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le gouvernement du Québec ne poursuit pas le même but et aboutit au même ordre. Son programme de santé mentale s’intitule « <a href="https://cisss-outaouais.gouv.qc.ca/obtenir-un-service/obtenir-de-laide-pour-un-probleme-de-dependance-ou-de-sante-mentale/sante-mentale/programme-quebecois-pour-les-troubles-mentaux-pqptm/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">des autosoins à la psychothérapie</a> ». Une personne présentant des symptômes légers à modérés reçoit d’abord un guide d’exercices, qu’elle remplit à son rythme avec l’accompagnement d’un intervenant. Le nom officiel de l’étape dit le reste, ce sont des <a href="https://www.cisssca.com/soins-et-services/sante-mentale/autosoins-diriges" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">autosoins dirigés</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autour de ces conseils et de ces programmes, un marché. L’économie du bien-être pesait <a href="https://globalwellnessinstitute.org/press-room/press-releases/the-global-wellness-economy-hits-a-record-6-8-trillion-and-is-forecast-to-reach-9-8-trillion-by-2029/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">6 800 milliards</a> de dollars en 2024. Carl Cederström et André Spicer y lisent une « <a href="https://www.politybooks.com/bookdetail?book_slug=the-wellness-syndrome--9780745655604" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>biomoralité</em></a> », où « <em>celui qui se sent bien est quelqu’un de bien, celui qui se sent mal est quelqu’un de mauvais</em> ». Comment y arrive-t-on? En deux temps, répond le sociologue <a href="https://www.persee.fr/doc/caf_2431-4501_2019_num_131_1_3352" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Claude Martin</a>. On confie à des spécialistes le soin de dire comment vivre, puis on se tient pour responsable de ce qui arrive. C’est le billet, signé par un tiers, puis le score, rendu à soi seul.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur Instagram, l’algorithme trie. Les chercheuses canadiennes en communication Shana MacDonald et Brianna Wiens ont montré qu’il met en avant une version blanche et consumériste du <em><a href="https://necsus-ejms.org/living-whose-best-life-an-intersectional-feminist-interrogation-of-postfeminist-solidarity-in-selfcare/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">#selfcare</a></em> et laisse de côté les approches féministes noires et anticapitalistes, celles de Lorde. Elles n’ont pas disparu pour autant. Tricia Hersey, fondatrice de <em><a href="https://thenapministry.wordpress.com/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">The Nap Ministry</a></em>, écrit que son repos de femme noire américaine « <em>a toujours été un refus politique</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Justifier son repos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Faut-il alors abandonner le mot? Une partie de la critique le juge perdu, devenu une façon de conseiller du repos à ceux qu’on continue d’épuiser. La chercheuse <a href="https://link.springer.com/article/10.1057/s41301-017-0131-8" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Inna Michaeli</a> reprend l’accusation dans le titre de son article, <em>Self-Care: An Act of Political Warfare or a Neoliberal Trap?</em> (<em>Self-care : acte de guerre politique ou piège néolibéral</em>), pour répondre que la question est mal posée. « <em>Respirer n’est pas néolibéral en soi.</em> » Ce qui compte, c’est ce qu’il y a autour. Le même repos peut s’acheter seul ou s’organiser ensemble, et c’est cette seconde forme qu’elle observe dans les mouvements féministes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et la personne qui tire ses rideaux à quinze heures? Le médecin décide si elle peut s’absenter, la bague note sa nuit, l’employeur lui conseille de se ménager pour revenir en forme. Aucun des trois ne lui demande ce dont elle a besoin. La phrase de Lorde n’a pas été écrite pour devenir un slogan, elle servait à une femme qui devait justifier son repos. Tant que d’autres décident quelle fatigue est légitime, chacun devra continuer à se justifier, et certains plus que d’autres.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/le-self-care-qui-valide-votre-repos/" data-wpel-link="internal">Le « self-care » : qui valide votre repos?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Le retard et les bienfaits du temps long</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/le-retard-et-les-bienfaits-du-temps-long/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décodage]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[accélération]]></category>
		<category><![CDATA[anthropologie]]></category>
		<category><![CDATA[temps]]></category>
		<category><![CDATA[Utilitarisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Imposer sa propre subjectivité temporelle.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/le-retard-et-les-bienfaits-du-temps-long/" data-wpel-link="internal">Le retard et les bienfaits du temps long</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le retard est rarement reçu positivement : c’est un état des choses non désirable, une anomalie. Dans le langage courant, il renvoie à une situation négative à laquelle il faut absolument remédier, à un écart par rapport à la norme, ou par rapport à un idéal de développement à atteindre. Au <em>Délit</em>, il est préférable de ne pas rendre son article un dimanche soir – autrement dit, en retard –, au risque de s’attirer les foudres de notre rédactrice en chef : un décret qui me place dans l’embarras, en tant que retardataire pas tout à fait réformée, et dont la notion du temps est complètement détraquée. Sans chercher à faire l’apologie d’un comportement qui confine à l’irrespect de l’autre, j’ose émettre l’idée que nous voyons peut-être trop souvent le retard d’un mauvais œil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’imposition de la ponctualité comme norme suprême ne se cantonne pas à notre journal étudiant : elle est propre à nos sociétés industrialisées, dont la conception du temps est particulièrement rigoureuse et utilitariste. La temporalité est perçue comme un objet tangible, que l’on peut et doit rentabiliser autant que possible. Les journées sont compartimentées, et chaque heure doit être mise à profit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, l’extrême fragmentation du temps s’est accentuée en même temps que l’accélération technologique, laquelle caractérise la révolution industrielle du 20e siècle. L’accumulation de ces innovations a permis l’accroissement de notre efficacité et la rationalisation du travail – ou taylorisme. Mais cette conception s’est aussi étendue à notre rapport au temps : la logique capitaliste de fragmentation des tâches s’est appliquée au domaine temporel, et a remplacé les rythmes organiques. On se trouve désormais entraîné dans une course folle, où tout est urgent, les 24 heures d’une journée étant devenues un véritable compte à rebours.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet impératif absolu de performance est pourtant contre-productif. À vouloir à tout prix accroître la productivité au travail, on en oublie le bien-être des travailleurs. Ces exigences réduisent la qualité du bien produit, et nous aliènent par la même occasion. Il dévore l’oisiveté, pourtant indispensable au temps long du vivant.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="2000" height="1338" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/retard-2000x1338.jpeg" alt class="wp-image-60602" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/retard-2000x1338.jpeg 2000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/retard-650x435.jpeg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/retard-150x100.jpeg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/retard-768x514.jpeg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/retard-1536x1028.jpeg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/03/retard-2048x1370.jpeg 2048w" sizes="(max-width: 2000px) 100vw, 2000px"><figcaption><span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/felix-fournier/?media=1" data-wpel-link="internal">Félix Fournier</a> | Le Délit</span></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">C’est une logique qui nous interdit les temps morts, l’ennui, le vide. On ne se laisse plus aller à divaguer dans les transports et dans les files d’attente ; on ne se laisse plus habiter par le temps… Les idées meurent dans l’œuf, et nos réflexions sont étouffées par les distractions numériques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour Hélène L’Heuillet, le retard devient une micro-victoire au milieu de journées éreintantes et hautement compartimentées. Tous les retards ne sont pas pour autant bons à prendre, notamment celui qui permet d’exercer une forme de contrôle, et de faire attendre celui soumis au temps de l’autre. Aux yeux de la philosophe et psychanalyste, le retard doit être accidentel. Dans notre contexte de malaise temporel, il nous offre un moyen de nous échapper des normes de rendement et de l’aliénation qui en découle. Le retard nous offre une marge de liberté.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/le-retard-et-les-bienfaits-du-temps-long/" data-wpel-link="internal">Le retard et les bienfaits du temps long</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Extrême minceur, ou contrôle des corps</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/extreme-minceur-ou-controle-des-corps/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décodage]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[excès]]></category>
		<category><![CDATA[femmes]]></category>
		<category><![CDATA[maigreur]]></category>
		<category><![CDATA[résistance]]></category>
		<category><![CDATA[standards]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un inquiétant regain de popularité.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/extreme-minceur-ou-controle-des-corps/" data-wpel-link="internal">Extrême minceur, ou contrôle des corps</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">L’atteinte d’une maigreur excessive et malsaine comme idéal de beauté semble être revenue hanter la sphère publique et médiatique. Les corps maladifs sous-pondérés sont à nouveau esthétisés et massivement célébrés. Et nous qui pensions en être enfin sorties. Le mouvement de la positivité corporelle qui avait battu son plein dans les années 2010, avait marqué un tournant favorable dans l’émancipation des corps, en particulier féminins. Certes, le bilan de cette période reste quelque peu à nuancer, les corps fins, valides et sculptés demeurant la norme, mais, dans l’ensemble, on observait une inclusivité accrue des différentes corpulences au sein de l’espace public, et moins d’injonctions à rentrer dans une taille S.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette fenêtre d’égalité dans le traitement des corps semble s’être désormais refermée. La minceur est redevenue la norme toute-puissante. Les <a href="https://www.cbc.ca/news/world/celebrity-weight-loss-ozempic-9.6975758" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">influenceurs</a> qui avaient construit leur audience autour de l’acceptation de leur corps fondent à vue d’œil. Les célébrités à l’apparence squelettique et aux visages émaciés affluent sur les tapis rouges. Et les médias sociaux en rajoutent, <a href="https://www.dw.com/en/bye-bye-body-positivity-hello-heroin-chic/a-70026120" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">suggérant</a> incessamment la désirabilité des corps les plus fins. Cet éloge s’observe à travers différentes tendances absolument dangereuses qui normalisent la dépendance aux produits médicamenteux, notamment l’Ozempic, pour n’en nommer qu’un seul. </p>



<p class="wp-block-paragraph">On dissimule l’obsession de la finesse derrière des termes de soin et de développement personnel, et s’opère une instrumentalisation du langage médical comme moyen de culpabilisation. La graisse est vilipendée, synonyme de mauvaise santé et de laisser-aller. C’est un acharnement rhétorique et bien-pensant qu’on retrouve moins autour de la consommation d’alcool, par exemple, mais mobilisé à l’excès lorsqu’il s’agit d’exercer une forme de contrôle sur les corps féminins. Les médecins sont souvent en première ligne pour véhiculer ces <a href="https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4381543/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">biais grossophobes</a> et établir des diagnostics erronés auprès de leurs patients en surpoids. En associant systématiquement des symptômes sérieux à leur corpulence, les causes profondes demeurent non traitées, tandis que le régime devient la solution toute trouvée. Les personnes minces sont rarement pathologisées, même lorsqu’elles présentent des habitudes de vie et de santé similaires à une personne en surpoids.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une contrainte genrée </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les femmes sont les premières victimes de cette tendance particulièrement nocive : les troubles du comportement alimentaire affectent <a href="https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/82-619-m/2012004/sections/sectiond-fra.htm" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">dix fois</a> plus les femmes que les hommes. <a href="https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/82-619-m/2012004/sections/sectiond-fra.htm" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">90%</a> des cas d’anorexie mentale se manifestent chez les femmes. Les effets psychologiques d’un individu en déficit calorique ne sont pas négligeables : irritabilité, difficulté de concentration, dépression, isolement social. </p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai employé le mot « tendance » quelques lignes plus tôt, mais il est évident que les attentes et pressions sociétales exercées sur les corps féminins ne datent pas d’hier. La valeur des femmes et leur accès au bonheur a depuis longtemps été conditionnel à leur apparence et à leur capacité à supporter la faim.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’histoire sans fin </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Une autre dimension bien pernicieuse de ce standard : c’est un idéal inatteignable. Un idéal qui exclut toute approche équilibrée. Impossible de peser moins que son poids naturel sans, au passage, dégrader sa santé. Qui dit inatteignable dit recherche constante, qui n’aboutira jamais à un résultat fini et définitif. On doit s’employer continuellement à atteindre la taille parfaite, et il n’est pas question de se relâcher, au risque de rapidement regagner le poids si difficilement perdu. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette quête interminable est périodiquement récompensée par des compliments et encouragements qui motivent sa poursuite. L’approbation sociale justifie toutes les souffrances, toutes les privations. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La faim devient obsédante, et le champ d’intérêt des affamées ne dépasse plus celui de l’assiette. Comme une sonnette, constante, qui réclame que cette sensation négative soit apaisée et disparaisse. Elle monopolise l’esprit, matin, midi et soir, jour après jour, semaine après semaine. La faim devient paralysante. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour Naomi Wolf, essayiste et militante féministe, cette culture du régime est une stratégie retorse élaborée par les sociétés industrialisées, et e, afin d’imposer des normes punitives à un segment de la population enfin libéré par la deuxième vague du féminisme. Cette propagande bien huilée, qui idolâtre la minceur et devient une injonction avant tout féminine, revêt un enjeu politique. Elle veut qu’on soit petite, apathique, faible. Tout le contraire de ce qu’avance le mouvement féministe, lequel prône solidarité et vigueur. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La faim était révélatrice du statut social: le mieux nourri est le plus valorisé par sa société. Ainsi, dans la France médiévale, les femmes recevaient deux tiers des céréales allouées aux hommes. Mais, dans un contexte de surabondance alimentaire qui caractérise nos sociétés industrielles, la logique voudrait que nos assiettes soient remplies à parts égales. La culture du régime devient un outil efficace pour imposer la faim aux femmes et la normaliser. Elle devient un sédatif politique puissant afin de les neutraliser et freiner leur émancipation.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Paradoxe d’une injonction libératrice </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Une femme amaigrie est une femme qui a su se discipliner, dominer ce sentiment tenaillant de faim pour atteindre une visée suprême et superbe. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Celles dévouées à cet objectif s’entourent de rituels, croyances et symboles, avec la promesse d’un salut que représente la perte de poids. Selon <a href="https://journals.openedition.org/aof/571" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Michelle Lelwica</a>, professeure de religion à l’Université de Concordia, ces femmes ont fini par prendre la forme d’un culte. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La faim, ou plutôt sa maîtrise procure un sentiment de contrôle, voire d’émancipation. On est responsable de son propre corps, on a le pouvoir de le sculpter, de le soumettre à toutes les carences. C’est à nous que revient la décision du lieu, du temps de prise de repas : dans ce contexte, « <em>une femme fait preuve d’une forme d’autonomie qui, historiquement, a toujours été l’apanage des hommes </em>(<em>tdlr</em>) ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne vous méprenez pas, ce régime alimentaire est subi, non choisi. La grossophobie est une construction sociale néfaste qui ne profite aucunement aux femmes. Celles-ci ont d’ailleurs besoin d’une quantité plus importante de gras dans leur corps – <a href="https://us.humankinetics.com/blogs/excerpt/learn-why-women-carry-more-fat-than-men?srsltid=AfmBOoouPl0dOFkVgNj1HTH7zwFWVbJURQbPLDzmnwjrWFa3sV_be3EF" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">18 à 20 %</a> du poids corporel, contre <a href="https://us.humankinetics.com/blogs/excerpt/learn-why-women-carry-more-fat-than-men?srsltid=AfmBOoouPl0dOFkVgNj1HTH7zwFWVbJURQbPLDzmnwjrWFa3sV_be3EF" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">10 à 15%</a> pour les hommes – et son élimination complète peut entraîner de sérieux dérèglements hormonaux. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Aimer son corps et rejeter les standards de beauté constituent un acte militant et féministe. Un acte de résistance à l’encontre des normes tyranniques du patriarcat. La nourriture, c’est notre carburant, notre source de force et d’énergie. Alors, mangez, et mangez bien, d’abord pour affronter le rude hiver montréalais, mais aussi pour vous réapproprier votre corps.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/extreme-minceur-ou-controle-des-corps/" data-wpel-link="internal">Extrême minceur, ou contrôle des corps</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Un état des lieux du monde informatif</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/04/un-etat-des-lieux-du-monde-informatif/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dalia Djazouli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décodage]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[connaissance]]></category>
		<category><![CDATA[désinformation]]></category>
		<category><![CDATA[fiabilité]]></category>
		<category><![CDATA[informations]]></category>
		<category><![CDATA[savoirs]]></category>
		<category><![CDATA[vérité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quand l’avènement du savoir induit de nouvelles formes d’ignorances.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/04/un-etat-des-lieux-du-monde-informatif/" data-wpel-link="internal">Un état des lieux du monde informatif</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Le savoir n’a jamais été si accessible. Avec l’aide de l’éducation de masse et des progrès des technologies de l’information et de la communication (TIC), la culture s’est démocratisée. Les réseaux sociaux constituent notamment un canal d’information utile à la diffusion rapide, indifférenciée et continuelle de données. Plus question d’attendre la sortie de votre journal hebdomadaire pour être renseigné sur l’actualité. Tout est désormais à portée de main. </p>



<p class="wp-block-paragraph">De même, le capital intellectuel est devenu un enjeu de performance. Nous sommes entrés, d’après Peter Drucker, théoricien en management, dans une ère de la connaissance. Parce que le savoir est producteur de richesse, les États déploient des efforts importants pour attirer les travailleurs hautement qualifiés, et ainsi stimuler l’innovation. C’est le cas du Canada, qui leur facilite l’obtention d’une résidence permanente via le <a href="https://www.canada.ca/fr/immigration-refugies-citoyennete/services/immigrer-canada/entree-express/qui-presenter-demande/travailleurs-qualifies-federal.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Programme des travailleurs qualifiés</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On connaît tout, mais on ne comprend rien</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Paradoxalement, nous sommes aussi entrés dans une ère de méconnaissance et de désinformation sans précédent. Les savoirs affluent, prolifèrent, mais rien ne reste gravé. D’abord parce qu’avec la spécialisation de la connaissance, nous sommes saturés d’informations indépendantes les unes des autres, confinées dans des domaines spécifiques. Et on ne sait pas quoi en faire. Pour Daniel Innerarity, philosophe, cette surcharge informationnelle nous empêche de distinguer ce qui est pertinent de ce qui ne l’est pas et brouille notre compréhension globale du monde : « La complexité mal comprise est la nouvelle forme d’ignorance. » Ce trop-plein de savoirs nous dépasse ; on accepte alors notre ignorance et on adopte une attitude servile. On se soumet bien volontairement aux objets techniques, qui comblent nos lacunes et l’étendue de cette complexité.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Les savoirs affluent, prolifèrent, mais rien ne reste gravé »</p>
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<p class="wp-block-paragraph">La multiplication globale des savoirs implique aussi une délégation. On ne peut pas tout découvrir par nous- mêmes. Les informations fournies sont admises par confiance. Un aspect qui donne bien du grain à moudre aux détracteurs des médias traditionnels et complotistes en tous genres : qui, finalement, est détenteur de vérité? Comment reconnaître la désinformation et comment adopter le bon référentiel?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br><strong>L’ère de post-vérité</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai interrogé Jenny Burman, professeure au département de communications de l’Université McGill. Sur la question du rapport entre les citoyens et la vérité, elle affirme : « <em>Je pense que les citoyens souhaitent connaître la vérité, mais il existe une méfiance croissante envers toutes sortes de preuves, ou ce que nous considérions auparavant comme des preuves ; les photographies peuvent être retouchées, les vidéos peuvent être modifiées (tdlr)</em>. » Avec les progrès de l’intelligence artificielle, <a href="https://www.canada.ca/en/security-intelligence-service/corporate/publications/the-evolution-of-disinformation-a-deepfake-future/the-evolution-of-disinformation-a-deepfake-future.html#toc3" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">les hypertrucages (<em>deep-fakes</em>) prolifèrent sur les réseaux sociaux </a>et plus rien n’est totalement fiable. Des textes générés par l’intelligence artificielle (IA) s’immiscent au milieu de contenus légitimes : difficile alors de démêler le vrai du faux. Plus préoccupant encore, les hypertrucages peuvent être <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-revue-de-presse-internationale/la-revue-de-presse-internationale-emission-du-vendredi-26-mai-2023-6520845" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">détournés</a> par des groupes partisans afin d’influencer l’opinion publique. L’utilisation de fausses images est devenue une stratégie politique de l’administration Trump, laquelle n’hésite plus à publier régulièrement des visuels manufacturés ridiculisant les démocrates.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br><strong>Démocratisation ou polarisation?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La méfiance accrue des citoyens n’est pas le seul fait de l’avancée considérable de l’intelligence artificielle. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les nouveaux canaux médiatiques ont le mérite de promouvoir une large participation publique. Seul problème   « <em>le degré de contrôle [des médias, ndlr], l’accès des utilisateurs, les règles qui l’encadrent, sont alors déterminés par des entrepreneurs </em>», affirme Burman. « <em>Une personnalité publique peut acheter une plateforme, puis modifier les règles de modération et,  par conséquent,  la relation à la vérité sur cette plateforme particulière</em> », ajoute-t-elle. Des plateformes, donc, qui sont « <em>contrôlées par des personnes qui n’ont aucun intérêt public à les modérer </em>». L’exemple le plus évident reste X (anciennement Twitter), qui, après le rachat d’Elon Musk, <a href="https://journals.sagepub.com/doi/full/10.1177/20563051251330390" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">donne davantage de visibilité aux contenus orientés à droite</a>, plutôt que sur la base de leur véracité ou de leur intérêt public. Du côté de Facebook, on observe aussi une tolérance accrue aux discours haineux et à la désinformation. Mark Zuckerberg a largement assoupli sa politique de modération et de vérification systématique des faits.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« La lutte contre la désinformation est d’intérêt public, et se trouve à l’essence même du journalisme »</p>
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<p class="wp-block-paragraph">À cela s’ajoute la problématique des boîtes noires et des biais de confirmation. Les médias sont confiés à des algorithmes faisant apparaître des publications en fonction de l’engagement qu’elles génèrent. Les utilisateurs sont exposés à des contenus qui confortent leurs propres croyances, ouvrant la voie à la polarisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br><strong>Journalisme en péril?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le monde de la presse n’est pas épargné. En 2024, seuls 39 % des Canadiens faisaient confiance aux nouvelles relayées par les médias d’information d’après le <a href="https://www.lapresse.ca/affaires/medias/2024-06-16/la-confiance-des-canadiens-envers-les-medias-d-information-continue-de-descendre.php#" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Centre d’études sur les médias</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le journalisme en tant que contre-pouvoir est remis en question, c’est la légitimité du régime démocratique qui est, par voie de conséquence, susceptible d’en souffrir. D’autant plus que la presse écrite est compromise par le bouleversement du cycle des actualités. Le défi est double : le journalisme doit défendre sa crédibilité tout en disputant l’attention du public. La société de la connaissance implique un risque d’obsolescence. L’exclusivité sur la collection et la diffusion de nouvelles est désormais révolue et il devient nécessaire de s’ajuster au flux continuel d’informations prodigué par Internet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le travail d’investigation et la vérification systématique et rigoureuse des faits sont sapés par ce que David H. Weaver, professeur en journalisme et communication de masse qualifie de « journalisme d’assertion ». Les médias, motivés par l’impératif de livrer une nouvelle inédite, sont prêts à sacrifier les standards journalistiques les plus élémentaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La lutte contre la désinformation est d’intérêt public, et se trouve à l’essence même du journalisme. L’obsession de l’exclusivité doit être abandonnée au profit d’une mise en perspective sur le temps long. Et le lectorat doit pouvoir compter sur des médias capables de rapporter des données fiables, détachées d’intérêts partisans ou économiques. D’autant plus dans un contexte d’érosion démocratique, alimentée par les hypertrucages et la polarisation. L’engagement de citoyens bien informés est nécessaire pour lutter contre le recul de ces normes. Notre nouvelle sous-section « Décodage » s’emploiera à la défendre, en réfutant des idées reçues, en déconstruisant des mythes bien ancrés, et en récusant des infox.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/04/un-etat-des-lieux-du-monde-informatif/" data-wpel-link="internal">Un état des lieux du monde informatif</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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